Post has published by kymiou

Ce sujet a 37 réponses, 14 participants et a été mis à jour par  kymiou, il y a 1 an et 5 mois.

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    Végèce : la légion, mode d’emploi

     

    Que sait-on de Publius Flavius Vegetius Renatus ? Rien de précis. Ce n’était pas un soldat mais un haut-fonctionnaire, proche du Pouvoir, dont les fonctions touchaient aux services administratifs de l’armée.

    Quand vivait-il ? Entre 380 et 440, par là.

    Qu’a-t-il écrit ? Le De re militari, sur l’art militaire, constamment copié, puis imprimé, tout au long du Moyen-Âge et des Temps Modernes et la Mulomedicina, un ouvrage de médecine vétérinaire sur les chevaux et les boeufs, qui fera encore autorité au milieu du XVIIIème siècle.

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    Le De re militari, version 14ème siècle interprétée comme un art de la chevalerie.

    Sa thèse : constatant l’immense déglingue de l’Empire d’Occident, il préconise un retour au système des légions, abandonné depuis un siècle et demi. Le paradoxe est que Végèce a donc puisé son savoir chez des écrivains comme Caton l’Ancien, Cornelius Celsus et Frontin – et il ne s’en cache pas – mais sans avoir jamais vu une légion de sa vie !

    S’il n’est pas officier et n’a rien apporté de neuf, il a le génie de la synthèse. Ayant étudié des auteurs militaires latin dont beaucoup sont aujourd’hui perdus, il rassembla leur pensée dans un texte dont la clarté força l’admiration de tous, même en dehors des cercles militaires. Son plan, vu comme une « méthode » pouvant s’appliquer à tout sujet, fut même vanté par Saint Thomas d’Aquin.

    Vous allez d’ailleurs en juger…

    Compliments ! Vous voilà général d’une légion installée dans un coin tranquille de l’Empire. Vous allez pouvoir peaufiner votre machine à victoire en toute quiétude. Mais même en l’absence de guerre, une armée perd un peu de sa substance chaque jour que Mars fait. Il y a les mises à la retraite des vieux soldats, les maladies, les blessures accidentelles, les désertions et les condamnations. Si l’hémorragie est permanente, la transfusion doit l’être aussi.

    Le premier point que vous aurez à traiter sera donc celui du RECRUTEMENT.

    Qu’en dit Végèce ?

    A la guerre, ce qui détermine la victoire, c’est moins la quantité d’hommes et la bravoure dénuée d’expérience que l’art développé par l’application.

    Il convient de faire un choix éclairé des recrues ; de leur enseigner, pour ainsi dire, la jurisprudence des armes ; de les fortifier par des exercices quotidiens ; de les initier, sur le terrain de manoeuvre, à toutes les éventualités présumables des combats et des batailles ; d’infliger à la paresse de sévères châtiments. Car le savoir militaire alimente l’audace du soldat : nul ne craint d’exécuter ce qu’il est sûr de connaître à fond.

    Profil du candidat-soldat idéal : issu des campagnes et rompu aux durs travaux des champs ; qu’il ait l’oeil éveillé, la tête droite, la poitrine large, les épaules musculeuses, les bras nerveux, peu de ventre, les jambes minces, les jarrets et les pieds solidement unis par les cartilage.

    Si les circonstances vous obligent à enrôler du citadin, voyez les charrons, les bouchers, les portefaix, ce genre de chose. Méfiez-vous des pécheurs, des pâtissiers, des tisserands et de ceux dont l’occupation première a quelque analogie avec celle des femmes.

    Prenez-les jeunes, au début de la puberté. Il vaut mieux déplorer le défaut de maturité provisoire d’une recrue pour le combat que de regretter ses années perdues… Ce n’est pas peu de chose, en effet, que le métier des armes quand il s’agit d’enseigner au cavalier ou au fantassin à se servir de l’arc ; au soldat revêtu du bouclier à exécuter chaque mouvement, chaque figure de l’escrime, sans s’écarter de son poste, sans troubler les rangs, à lancer le javelot avec précision et vigueur, creuser un fossé, planter convenablement les pieux, manier le bouclier et l’opposer obliquement aux traits, parer les coups avec adresse et les porter hardiment.

    A présent que vous tenez votre paquet de recrues, vous l’incorporez à votre Ière cohorte, la meilleure, celle de vos vétérans les plus blanchis sous le harnois. Ce sont eux qui procureront un semblant de vernis militaire à toute cette bleusaille.

    Ainsi passe-t-on à l’ENTRAINEMENT

    Au début vient l’exercice des pas militaires. Rien de plus important qu’une marche uniforme. On habituera les conscrits à des promenades où la vitesse sera jointe à la régularité. Au pas standard, on fera vingt milles en cinq heures mais au pas allongé, cette distance passera à vingt-cinq milles dans le même laps de temps… On exercera aussi le soldat à franchir en sautant des fossés et des obstacles en hauteur.

    Porter à dos un poids de soixante livres en marchant au pas militaire doit être l’exercice fréquent du conscrit. Ne croyons pas que ce soit là une chose difficile avec un peu d’usage car l’habitude rend tout infiniment aisé. On peut, par exemple, faire parcourir aux fantassins en charge d’armes et bagages un trajet de vingt milles aller-retour, en ayant soin de faire à pleine course une partie du chemin. Les opérations ne se faisant pas toujours en plaine, il y a lieu de leur faire gravir et descendre des pentes escarpées afin qu’aucun accident de terrain ne vienne les surprendre par la suite au moment du combat.

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    Bien entendu, natation pour tout le monde, y compris pour les cavaliers et leurs chevaux, et même pour les valets du train des équipages. On ne traverse pas toujours les rivières sur des ponts et il arrive qu’une armée en retraite ou en poursuite soit obligée de se jeter à la nage.

    Un exercice essentiel est celui de la quintaine : chaque conscrit fixe fermement en terre un poteau de six pieds d’élévation. Equipé d’un bouclier valant deux fois le poids du bouclier ordinaire et d’un bâton d’un poids également double du glaive, il s’escrime comme devant un adversaire, simulant des coups sur la tête et la face, menaçant les flancs, cherchant à briser jambes et genoux ; tout à tour s’approchant, s’éloignant ; revenant à la charge avec des bonds vigoureux, y mettant toute son impétuosité.

    N.B. J’ai une fois essayé çà. C’est é-rein-tant. Et moi, je n’avais pas de centurion pour m’aboyer aux oreilles. 😆

    On passe ensuite à la pratique du javelot. Ici aussi, l’arme d’exercice sera plus pesante que la vraie. Quant à l’arc, on y affectera le tiers des jeunes gens, reconnus comme les plus capables. On ne négligera pas non plus les frondes, dont les pierres font plus de mal contre les casques, les cuirasses et les cataphractes qu’une nuée de flèches.

    Très efficaces aussi sont les fléchettes de plomb. Elles sont fixées par cinq au revers du bouclier et le soldat habile à les lancer a l’avantage d’une arme défensive, immédiatement disponible et apte à blesser chevaux et cavaliers sans attendre qu’on en vienne au contact.

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    Et puisqu’on parle de cavaliers… Il est bon que des chevaux de bois soient disposés pour l’entraînement suivant : on oblige les recrues à les enfourcher d’abord sans armes, puis armés. Il faut qu’ils soient en état de sauter de gauche comme de droite, de bas en haut et de haut en bas, en tenant d’une main la pique ou le glaive nu. Grâce à ces leçons répétées, ils retrouveront au milieu du désordre de la bataille les gestes acquis par l’exercice.

    Un cas particulier : LA FORTIFICATION DU CAMP.

    C’est une étude de première nécessité car un camp construit dans les règles est comme une forteresse mobile qui suit partout le soldat, à la fois abri sûr pour l’étape et position de repli en cas de revers.

    On choisit un endroit sûr, salubre, non sujet aux inondations par forte pluie et à proximité de tout le fourrage, l’eau et le bois nécessaires. S’il n’y a pas de danger à craindre, un mur de trois pieds fait de mottes de terre gazonnées assorti d’un fossé de neuf pieds de large sur sept de profondeur peut suffire.

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    Là où l’ennemi est actif, le fossé aura douze pieds de largeur pour un fond de neuf. La terre, rejetée vers l’intérieur sur des lits de fascines, formera un talus de quatre pieds sur lequel on plante des pieux que les soldats transportent d’ordinaire avec eux. Il importe par conséquent d’avoir toujours sous la main les bêches, paniers et autres objets indispensables.

    LES EVOLUTIONS COLLECTIVES

    Il est impérieux d’habituer les soldats en ligne de garder l’ordre des rangs, qu’ils n’aillent pas se tasser ou s’étendre en sens inverse du besoin. Resserrés, ils n’ont plus l’espace nécessaire pour combattre ; clairsemés, ils ouvrent passage aux tentatives de l’ennemi.

    On conduira le plus souvent possible les recrues sur le terrain de manoeuvre pour les disposer d’abord sur une seule ligne sans sinuosité ni courbure, puis leur ordonner de doubler subitement les rangs, leur faire former le carré, puis le coin – manoeuvre presque toujours décisive – ou encore le cercle, dispositif permettant à une poignée d’hommes de contenir un ennemi qui aurait fait une percée.

    Végèce termine là ce premier chapitre, consacré à l’entraînement des hommes. Sa conclusion : choisissons et instruisons nos jeunes gens. Il est d’ailleurs plus économique d’enseigner les armes aux siens que d’enrôler des étrangers à prix d’argent.

     

    A nous deux maintenant, général.

    Pendant que vos recrues s’exercent à vous gagner des batailles et imprègnent de leur sueur leur panonien, ce bonnet réglementaire si commode contre les intempéries en même temps que garniture intérieure de casque, revoyez donc vos fondamentaux dans le silence de votre tente…

    Qu’est-ce qu’une légion, d’abord ? C’est une armée complète qui, sans secours étrangers, est en position de battre tout ce qu’on lui oppose. Elle est composée de cohortes qui lui sont propres réunissant dans un même corps les fantassins lourds, les troupes légères, les archers, les frondeurs, les balistaires et la cavalerie légionnaire. Toutes ces parties n’ont qu’un seul esprit  pour fortifier les camps, se mettre en bataille et combattre.

    Des forces alliées peuvent être un renfort utile, mais ces gens, n’ayant pas été dressés comme le reste, ne peuvent pas obéir avec la même promptitude. On ne peut guère les utiliser comme force principale mais plutôt comme éléments légers.

    Vous manierez tout ce petit monde, général, grâce à une hiérarchie bien étudiée dont Végèce vous fournit le détail, grands tribuns désignés par l’Empereur, petits tribuns nommés au mérite, préfet de camp, préfet du génie, officiers ordinaires, optionnaires et, bien entendu, les centurions, du primipile chargé d’expérience au petit dernier de la cohorte la plus jeune (la Xème). Parmi eux, des avisés et des ineptes, des bons zigues et des peaux de vache. Vous aurez à les connaître par coeur, général, qualités et défauts inclus. Mais revenons à la masse de vos hommes…

    Chaque légion comprend dix cohortes. La première est au-dessus des autres par le nombre et la qualité des soldats. On y trouve les meilleurs vétérans… et les recrues puisque c’est par ces vieux soldats qu’elles sont formées. C’est cette Ière cohorte, forte d’un millier d’hommes, qui garde l’aigle de la légion et les emblèmes impériaux. Elle ouvre toujours la marche. C’est aussi par elle qu’on commence à former la première ligne quand il faut se mettre en bataille.

    Les autres cohortes, fortes de six cents hommes, viennent ensuite. On veille, pour la IIIème, à la composer de soldats vigoureux car elle occupe le centre de la ligne. Idem pour la Vème parce qu’elle ferme la gauche comme la Ière ferme la droite. La VIème cohorte doit rassembler la fleur de la jeunesse vu qu’elle se tient en deuxième ligne derrière la Ière, la plus valeureuse. A sa suite, les VIIème, XIIIème, IXème et Xème cohortes viennent se placer derrière celles de première ligne.

    Il faut noter que ces cohortes ne sont pas égales devant la solde, dont le montant augmente à mesure qu’on descend de la Xème à la Ière. Pour un soldat, changer d’unité s’apparente donc à un avantage en bons sesterces. Ce système, franchement génial, s’appelle :

    LA PROMOTION CIRCULAIRE.

    On l’a dit, la légion perd régulièrement des hommes pour des motifs divers. On remplit les « vides » de la Ière cohorte en prélevant sur la Iième, puis ceux de la Iième en prenant dans la IIIème, et ainsi de suite. Cette cascade de déplacements fait qu’en finale, la Xème cohorte se retrouve à moitié vide. On la complétera en choisissant les meilleurs nouveaux engagés, dont vous vous souvenez qu’on les a parqués dans la Ière, où leur bizutage par les vétérans devait voler bas. 😉

    Végèce :

    « Par l’ordre de la promotion, tous les soldats roulent ainsi de cohorte en cohorte de sorte que de la Ière, où il n’était qu’une recrue, un homme passe tout d’un coup à la Xème et y prend un meilleur grade ; avec le temps, il remonte par toutes les autres, augmentant toujours de grade et de solde, et revient en fin de carrière à la Ière… »

    … où il peut à son tour, en tant que vétéran, en faire baver à la bleusaille.

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    Et à propos d’en baver, n’oubliez jamais, Général, que l’exercice cent fois répété concerne l’ensemble des effectifs et pas seulement les recrues. Les vieux soldats, même les mieux instruits, sont tenus au même entraînement, ne fusse qu’une fois par jour. Rien n’amollit plus le corps et la vaillance que l’inaction. Qu’ils coupent des arbres, portent des charges, nagent en rivière ou en mer, pratiquent la course le barda sur le dos.

    Faites-leur construire un bastion et confiez-en la garde à une partie de vos hommes tandis que leurs camarades chercheront à les déloger, boucliers contre boucliers. Cela finira en rigolade et c’est bon pour le moral. Accessoirement, ils auront assimilé l’importance et la force de cette arme.

    Qu’ils se persuadent que la technique militaire l’emporte sur la force brute et que si l’on ôte la discipline et l’entraînement, plus rien ne différencie un soldat d’un paysan !


    Restent à évoquer les MACHINES DE GUERRE.

    Aucun bouclier, nulle cuirasse, ne résiste aux javelots lancés par ces machines appelées balistes et scorpions. Chaque centurie dispose d’une de ces pièces, tirée par des mulets et servie par une équipe de onze hommes. Plus elles sont grandes, plus elles chassent loin les projectiles dont on les charge. On ne s’en sert pas seulement pour la défense des camps : on les place aussi sur le champ de bataille, derrière les soldats les plus lourdement armés.

    Il y a donc cinquante-cinq de ces machines dans une légion et il faut y ajouter dix onagres, une par cohorte, montés sur des chariots tirés par des boeufs. De quoi recevoir chaudement n’importe quel assaillant.

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    Chaque légion possède encore des espèces de canots, faits d’un seul morceau de bois creusé, des chaînes de fer et une grande quantité de cordes. Quand il est question de traverser un fleuve et qu’il n’y a pas de pont, on met à l’eau ces canots qu’on attache les uns à côté des autres ; ensuite, on pose dessus un plancher sur lequel l’infanterie et la cavalerie passeront d’une rive à l’autre.

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    Un corps d’ouvriers accompagne l’armée, doté de tout l’outillage nécessaire à la construction des machines servant à l’attaque des places fortes comme les tortues, les mantelets, les béliers, les tours roulantes, etc.

    Nous voici à la fin du deuxième livre, général. La suite réclamera toute votre attention : Végèce va à présent évoquer votre rôle personnel et cela tombe bien : un ennemi est en approche….

    C’est un grand point, à la guerre, que de faire en sorte que les vivres ne nous manquent pas mais qu’ils manquent aux forces adverses. Dressez un état de vos troupes et de la dépense nécessaire à leur entretien. Les moyens de subsistance réquisitionnés dans votre arrière-pays seront entreposés dans les places fortes dont vous disposez, toujours en plus grande quantité que le besoin apparent ne l’exige. Tant de choses peuvent arriver !

    Veillez à avoir un plan détaillé du théâtre d’opération pour connaître exactement la distance des lieux, la nature des chemins, les routes les plus courtes et les plus détournées, les montagnes et les cours d’eau. S’il le faut, procurez-vous des guides mais tenez-les à l’oeil : on risque de perdre toute une armée par un excès de confiance en deux ou trois misérables qui promettent plus qu’ils ne peuvent tenir.

    Nous y voilà ! Sonnent les trompes, s’avancent les enseignes, l’armée s’ébranle.

    Un principe doit vous tarauder jusqu’à la migraine, général : on court plus de risques dans la progression que dans les combats. Gare aux embuscades sur des troupes en marche, suant sous leur fardeau, portant négligemment leurs armes et l’esprit non préparé au combat !

    Faites précéder votre avance par des cavaliers reconnaissant de tous côtés la route que vous voulez tenir. Dans votre progression, placez les équipages au centre, soutenez-les d’infanterie et de cavalerie sans oublier les flanc-gardes. Ouvrez la marche avec des cavaliers, des archers et des détachements d’infanterie légère.

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    Et s’il y a risque d’embuscade, pour l’amour de Mars, prévenez vos hommes ! Ce qui terrifie ordinairement dans une attaque-surprise ne produit plus cet effet quand le légionnaire en est averti.

    Pensez aussi à disposer votre défense en fonction du type d’attaque qui vous menace. En rase campagne, on a plus de chances d’être agressé par de la cavalerie plutôt que par l’infanterie. Dans les bois, les montagnes et les marais, c’est tout le contraire. Il faut alors marcher serré, sans qu’un corps n’aille plus vite ou trop lentement. Des officiers postés de distance en distance contiendront les uns et presseront les autres.

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    Que cette obsession de la défense ne vous fasse pas négliger l’offensive. Autant il est important que l’ennemi ignore tout de vos intentions, autant il est nécessaire que vous en sachiez, vous, le plus possible à son sujet. Multipliez les patrouilles de reconnaissance en profondeur. Tâchez d’attirer des déserteurs de l’armée ennemie, voire de nouer quelque contact avec une frange de ses forces. Qu’une troupe de vos cavaliers soit toujours prête à tomber sur ses fourrageurs ou sur ses convois pour rafler des prisonniers.

    Vous devez savoir s’il entre dans les habitudes des gens d’en-face d’attaquer de nuit, ou au point du jour, en milieu de journée ou le soir ; s’ils sont plus forts en infanterie qu’en cavalerie, en frondeurs qu’en archers ; s’ils vous dominent par le nombre ou la qualité de leurs armes. Assimilez tout çà et tirez-en vos conclusions pour les contrer dans toutes leurs entreprises.

    Votre plan se dessinera de lui-même à la lumière de ces renseignements. Si vous êtes supérieur en cavalerie, vous lancerez la bataille en plaine. Si, au contraire, vous êtes fort en infanterie, cherchez à combattre dans des lieux serrés, coupés d’arbres, de fossés et de marais.

    Préoccupez-vous sans cesse du moral de vos hommes. Vos officiers sont bien placés pour vous renseigner, mais à la condition de bannir toute flatterie de ces entretiens. On doit vous servir la vérité dans ce qu’elle a de plus cru et non des paroles lénifiantes et trompeuses.

    A la veille de la bataille, observez vos soldats. Leur allure et leurs propos vous trahiront leur confiance ou leur crainte. S’il n’y a que des nouveaux pour demander à combattre, ne vous fiez pas à ces gens sans expérience qui ne mesurent pas la conséquence de ce qu’ils réclament ; et différez l’action si les vétérans montrent de l’inquiétude. Ceux-là ont de l’instinct : tenez-en compte.

    Le meilleur moyen de rassurer votre armée est de la ranger souvent en bataille là où, sans risque d’être attaquée, elle puisse contempler l’ennemi et le reconnaître. On ne craint plus les objets les plus terribles en apparence, dès qu’elles sont devenues familières.

    Enfin, le grand jour de la bataille est arrivé. Comme on dira dans deux mille ans : tous vos paramètres sont au vert et vos Romains vont s’empoigner. Ad victoriam !

    LA BATAILLE

    Au moment de disposer vos hommes, vous avez trois choses à considérer : la poussière, le soleil et le vent. La première vous oblige à fermer les yeux, le second éblouit, le troisième détourne et affaiblit vos traits. Que votre armée ait ces trois choses dans le dos, et vos ennemis de face.

    Pour le reste, ordonnance classique. Un premier rang de vétérans, trois pieds entre chaque homme, puis une ligne d’archers cuirassés et de javeliniers, tous pesamment armés.

    Le troisième et la quatrième rang sont tenus par des soldats jeunes et agiles équipés de dards, de javelots et de fronde. Leur rôle est d’ouvrir le combat en passant à la tête de la légion par les intervalles. De là, ils tâtent l’ennemi. S’ils le mettent en fuite, ils le poursuivent avec la cavalerie en soutien ; s’ils sont repoussés, ils se regagnent leur poste par les mêmes intervalles, laissant aux vétérans le soin de soutenir le choc.

    Un cinquième rang est parfois formé de balistes et d’onagres. Vient enfin la dernière ligne, une infanterie lourde qui ne s’ébranle que si les rangs qui les précèdent commencent à céder. Ce brusque renfort de troupes fraîches a plus d’une fois emporté la décision.

    Comme d’habitude, général, votre cavalerie se tiendra aux ailes. Si les cavaliers ennemis vous paraissent supérieurs, mêlez aux vôtres les plus agiles de vos fantassins légers. Ce n’est pas très franc-jeu mais le truc a fait ses preuves.

    Quant à la disposition générale… Végèce annonce sept grandes manières de disposer l’armée mais à bien y regarder, il n’y croit pas trop lui-même. Sand doute lui a-t-on demandé ces précisions mais il ne s’exécute qu’à contrecoeur. Jugez plutôt :

    premier ordre : le carré long, aisé à contourner ; c’est en quelque sorte la phalange ;
    deuxième ordre : le front oblique axé sur une puissante aile droite (comme à Leuctres);
    troisième ordre : le même front oblique, mais par la gauche cette fois ; bizarre pour des droitiers ;
    quatrième ordre : l’enveloppement par les ailes, style Marathon ;
    cinquième ordre : encore l’enveloppement, mais avec un centre renforcé pour la défense ;
    sixième ordre : une autre version du front oblique ;
    septième ordre : s’aider d’une protection naturelle, éminence, cours d’eau ou marais pour protéger une partie de votre front et concentrer un maximum de forces sur le point que vous voulez attaquer (ce fut la tactique d’Hasdrubal au Métaure).

    Ces généralités sont très loin de la densité des pages qui précèdent et de celles qui suivront.

    Poursuivons… la bataille se passe bien ; voici l’ennemi enveloppé sans aucune voie de retraite. Attention, danger ! Une troupe ainsi réduite au désespoir tire de ce même désespoir de la force et de l’audace. Elle peut se porter à cet paroxysme de valeur qui peut seul la sauver, au point de renverser un adversaire plus nombreux et plus fort.

    Il convient donc de lui ouvrir une porte, au moins en apparence. Tous s’y jetteront en foule, songeant beaucoup moins à combattre qu’à fuir et se laisseront finalement égorger comme des brutes épouvantées.

    Et si vous sentez se pointer l’échec ? Eh bien, ne vous entêtez pas et faites sonner la retraite. Couvrez votre front d’une ligne de cavalerie et, derrière ce rideau, retirez peu à peu vos troupes séparément, les unes après les autres, et rangez-les en ordre de marche. Cette mesure va grandement miner le moral de vos légionnaires. Sachez les rassurer en leur laissant entendre qu’il s’agit d’une ruse, que vous voulez tendre un piège à l’ennemi ou l’attirer sur un champ de bataille plus favorable.

    Postez de la cavalerie, des archers et de l’infanterie légère sur les hauteurs sous laquelle votre armée va passer. Ceux de vos adversaires qui vous poursuivent tomberont nécessairement dans l’embuscade. Quand cela arrive, propagez-en la nouvelle parmi vos unités en retraite. Ces combats retardateurs sont d’autant plus aisés que la victoire rend négligents ceux qui croient l’avoir acquise. Ainsi userez-vous l’ennemi en prévision d’une nouvelle bataille tout en restaurant le moral de votre propre armée.

    PETIT AIDE-MEMOIRE PARTIEL

    – Plus vous aurez exercé le soldat dans ses quartiers, moins vous éprouverez de revers à la guerre ;
    – n’exposez jamais vos soldats en bataille sans les avoir testés dans de petits combats ;
    – tâchez de réduire l’ennemi par la disette et par la terreur plutôt que par les combats ;
    – celui qui juge sainement de ses forces et celles de l’ennemi est rarement battu ;
    – négliger le ravitaillement, c’est s’exposer à être vaincu sans combattre ;
    – une même armée se renforce par l’exercice et s’affaiblit dans l’inaction.

    On ne peut résumer un texte aussi dense que le De re militari sans le trahir. C’est pourquoi je me suis concentré sur le mode d’emploi de la légion. J’aurais pu aussi bien pointer d’autres extraits pour brosser l’état calamiteux des armées romaines du vivant de l’auteur, ce serait un autre sujet à traiter.

    La logique voudrait donc que je m’en tienne là puisque Végèce clôture ici, au terme du 3ème livre, son évocation de l’organisation légionnaire. Mais ce n’est pas possible.

    Vous aurez remarqué que les quelques formules citées plus haut se dégagent de leur environnement « romain » pour toucher à l’universel ; elles restent valables en tous temps et en tous lieux.

    C’est sans doute cela qui a valu à Végèce son immense prestige durant tout le Moyen-Âge et jusqu’au 18ème siècle, où le chevalier de Folard, par exemple, après avoir consulté les manuels tactiques à sa disposition – et notamment celui de Machiavel – conclut avec dédain : « hors l’excellent traité de Végèce et celui de Montecuculli, le reste est peu de choses ».

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    Illustration d’époque : Végèce conversant avec le roi Edouard II d’Angleterre (vers 1300).

    On peut comprendre que ces considérations sur les armées antiques aient intéressé les beaux esprits depuis le Vème siècle mais les soudards médiévaux pratiquaient peu la curiosité intellectuelle. Qu’ont-ils donc trouvé de concret à se mettre sous la carie pour soulever chez eux tant d’enthousiasme ?

    Eh bien, le quatrième livre : LE SIEGE ET LA DEFENSE DES PLACES FORTES

    En homme méthodique, Végèce nous présente d’abord la place idéale, riche de tous les enseignements acquis au cours des âges. Après avoir considéré les choses du point de vue de l’assiégé, il changera de camp et se mettra dans le rôle de l’assiégeant.

    Quand on imagine le nombre de châteaux, de villes fortes et de sièges que compte le Moyen-Age, on comprendra que plus d’un chef de guerre a dû savourer ces lignes comme un pot de fraises.

    D’abord, une description. De la bonne place forte implique un lieu naturellement peu accessible qu’on se sera efforcé de rendre inexpugnable par des fortifications appropriées. Evitez les murs en ligne droite : ménagez de distance en distance des saillants et des rentrants qui offrent moins de prise au bélier.

    Pour affermir l’enceinte, doublez la côté intérieur d’un coffrage en terre tassée dont le sommet, oblique, monte en pente douce depuis le sol jusqu’au chemins de ronde. Ainsi n’y aura-t-il pas à se préoccuper d’encombrement dans les escaliers en cas d’attaque subite.

    Ce genre d’enceinte renforcée se moque du bélier : même si des pierres s’en détachent, la terre compactée résistera indéfiniment.

    Prévoyez une saillie percée d’ouverture au-dessus des portes : vous pourrez ainsi jeter de l’eau sur le feu que l’ennemi aurait allumé. Ne lésinez pas sur la profondeur des douves. Si vous parvenez à la nappe phréatique, c’est parfait : vous rendrez inutiles les travaux de mine.

    Il est à craindre que les archers ennemis ne chassent les assiégés des remparts à coups de flèches. Il faut donc des arsenaux bien fournis en cuirasses et en boucliers. Très utiles sont aussi les mantelets tendus devant les créneaux : les flèches ne traversent pas aisément ce qui se donne et flotte.

    L’ennemi peut vous assiéger de deux manières : il peut vous presser par de fréquentes attaques mais il a tout à gagner en vous coupant de tout ravitaillement et à jouer la famine qui s’ensuivrait. C’est pourquoi, si vous prévoyez un siège, accumulez intra muros tous les vivres des environs, boutez le feu au reste, faites saler la chair de tous les animaux que vous ne pourrez plus nourrir et laissez courir la volaille : elle s’alimente sans dépenses et sera très utile aux malades. Pensez aussi à encourager les potagers dans les jardins et même dans les cours préalablement dépavées.

    Ici, un point essentiel : cette masse de vivres sera bientôt dissipée si vous n’imposez pas, dès le début du siège, une distribution parcimonieuse. Une ville où l’on observe la sobriété au milieu de l’abondance des réserves ne connaîtra jamais la famine et la chute du moral qui s’ensuit.

    L’assiégé doit tenir prêts bitume, soufre, poix, huile, en un mot tout ce qui peut incendier le matériel de l’assiégeant. Qu’il dispose de magasins de fer et de combustible pour forger des armes de remplacement ; qu’il prévoit du bois propre à remplacer les armes de jets ; qu’il place sur les murs et dans les tours des monceaux de cailloux de torrent : leur arrondi les rend facile à lancer et les plus gros iront aux catapultes.

    ET L’ASSAILLANT, dans tout çà, de quoi dispose-t-il ?

    S’il tranche pour l’attaque plutôt que pour le blocus, il comptera sur la tortue, le bélier, la faux, le mantelet, la guérite, la galerie et la tour roulante.

    La tortue est un sorte de caisse en planches ouverte devant et derrière. Toujours couverte de peaux fraîches – rapport aux pyromanes d’en-face ! , elle renferme tantôt une poutre à croc de fer, appelée faux, pour arracher des pierres du mur, tantôt un bélier pour servir au même but.

    Le mantelet s’apparente à un abri lourdement renforcé sous lequel les sapeurs peuvent travailler la base des murailles sans craindre les projectiles.

    C’est depuis une guérite, montée sur roues, que les archers peuvent harceler plus ou moins impunément les défenseurs – enfin, jusqu’à ce que les ballistaires s’énervent…

    Proche du mantelet est la galerie à couvert de laquelle les assiégeants comblent le fossé avec des pierres, du bois et de la terre, préparant ainsi la voie pour une tour roulante.

    Humour d’époque : cette petite construction était parfois appelée poisson-pilote parce que, à l’instar de ces derniers qui précèdent les requins (Végèce dit : baleines), la galerie précède le gros beffroi qui la suit.

    Et puisqu’on en est à la tour d’assaut, parlons-en.

    Elle ressemble assez à une maison. Son ennemi naturel étant le feu, on la couvrira intégralement de peaux fraîches (çà devait sentir, là-dedans!) . Sa hauteur doit surpasser non seulement les murs mais aussi les tours. La menace est grande pour l’assiégé puisque ses trois niveaux fournissent autant d’attaques : en bas, le bélier martèle le mur ; au-dessus, un pont-levis permet aux assaillants de passer de plain-pied sur le parapet ; le troisième étage, garni d’archers et de javeliniers ruine d’avance toute contr’attaque des assiégés.

    Leurs carottes sont-elles cuites ? Non. Changeant de camp, Végèce se porte aux secours de ces derniers.

    Premier point : si votre garnison en est capable, faites une vigoureuse sortie et, profitant du flottement de l’adversaire, boutez le feu à cette sacrée tour ;

    Si vos troupes ne sont pas de taille, attendez la nuit précédant l’assaut, quand la tour est quasiment en position, et rendez-lui une petite visite nocturne ;

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d7/Roman_siege_machines.gif/400px-Roman_siege_machines.gif

    seconde possibilité : chargez vos plus puissantes balistes de brûlots et/ou de falariques. Explication : le brûlot ( au sens où l’entend Végèce, pas ceux de l’Armada, hein?) sont des faisceaux de joncs embrasés. La falarique, bien plus élaborée, est un dard garni d’un fer à crochets et d’une hampe de bois. Entre ce bois et le fer se trouve un tuyau en métal percé de trous. Ce tuyau, bourré de soufre, de résine et d’étoupe imprégnées d’huile, est allumé juste avant le tir. Ce projectile d’un genre particulier traversera la couverture pour se ficher dans la charpente. Résultat assuré.

    Troisième possibilité : si la tour se construit sous vos yeux, supputez l’endroit de votre enceinte où elle portera son attaque. Faites alors pratiquer un souterrain par-dessous vos propres murs – un peu comme les contre-mines de l’avenir – que vous pousserez jusqu’à l’endroit où la tour passera. Celle-ci s’enfoncera sans remède, ni pour l’avancer, ni même la reculer.

    Retour dans le camp des assiégeants.

    Construisez ostensiblement une tour roulante de toute évidence trop petite pour atteindre le parapet. Les assiégés penseront que vous vous êtes trompé dans le mesurage de leurs murs, chose pourtant facile en comparant leur ombre à celle d’un bâton planté dans le sol. Lorsque vous l’avancerez, on vous accueillera par des moqueries plus que par les armes.
    Mais à l’insu de tous, vous aurez construit à l’intérieur de votre tour une seconde, plus petite et montée sur des jeux de poulies. Un fois contre la muraille, vous la faite monter d’un coup et vos soldats en sortiront à la surprise générale.

    Après la tour roulante, l’ascenseur d’assaut télescopique ! Les ingénieurs militaires romains n’étaient vraiment pas des charlots !

    Pour l’assiégeant, une bonne ruse peut pallier le coût de tout ce matériel. Que dites-vous de celle-ci ?

    Il y a toujours quelques contacts verbaux entre les deux camps. Faites courir le bruit que votre armée de siège va mal. Que la soupe y est mauvaise. Que la maladie y règne. Qu’il y a des désaccords au sein de vos combattants. Pour confirmer cette fable, n’attaquez plus que sporadiquement et de manière molle, toujours en milieu d’après-midi. L’attention des assiégés s’en ressentira forcément.

    Et puis un matin, très tôt, lancez toutes vos forces et mettez-y le paquet ! Vous ne rencontrerez que des sentinelles somnolentes.

    Vous voyez l’assiégé pâlir à cette perspective ? Rassurez-le : quelques chiens installés dans les tours donneront l’alerte à temps.

    Et au fait… si par malheur un groupe d’ennemis devait forcer le mur et se répandre dans la ville, gardez vos soldats sur les murailles. Ces ennemis, c’est la population non-combattante qui s’en chargera. Bombardés de tuiles, de tabourets et de casseroles, ces audacieux chercheront très vite leur salut dans la fuite. Au nom d’un principe édité plus haut, entr’ouvrez-leur même une porte pour leur éviter de vendre chèrement leur peau par désespoir.

    Végèce achève ce quatrième livre en insistant sur le point essentiel que constituent les réserves de vivres et d’eau. C’est de son temps : peu versés en poliorcétique, les Barbares devaient plus souvent tabler sur la famine pour s’emparer des places fortes romaines.

    Peu à dire sur le CINQUIEME LIVRE.

    Il concerne les forces navales mais ce sujet qu’il est obligé de traiter pour être complet ne l’inspire visiblement pas. Constatant que la mer est pacifiée – la piraterie vandale ne se développera que trente ans plus tard, il lance quelques généralités sans grand intérêt sur le plan militaire, du genre « quel bois choisir ? », les saisons propices à la navigation, signes d’approche d’une tempête, etc.

    Un signe évident de cette lassitude est la dernière phrase de son livre : » Quant aux vaisseaux qui croisent sur le Danube, je m’abstiens d’en parler ; sur ce sujet, les leçons d’une pratique journalière en apprennent plus que tous les développements de la science ».

    Entre les lignes, j’y lis : « Aïe ! J’ai oublié la navigation fluviale… Oh et puis zut ! Si ça les intéresse, qu’ils aillent y voir ! »

    Ce fut son mot de la fin. Ce sera le mien aussi. 🙂

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts1392
    Member since: 12 avril 2012

    Et bien, je n’ai pas le temps de tout lire mais ça m’a tout l’air d’être fort intéressant, un livre que je ne connaissais pas. Je reprendrai la lecture au plus vite.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Superbe! J’ai tout lu d’une traite (et j’ai encore moins envie de m’incorporer dans la légion)! Voilà un dossier qui peut s’avérer être l’un des meilleurs et des plus utiles du forum.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Ah, quel bon mode d’emploi que celui de Végèce revisité par Kymiou ! Après sa lecture, on croirait presque connaître le quotidien du légionnaire – une impression assez paradoxale quand on sait que Végèce n’a jamais été soldat !

    Cependant, ce dernier oublie une chose quand il préconise le retour à la légion : le choix des comitatenses et des limitanei était nécessaire pour assurer la défense de l’Empire au IVe siècle. En effet, des légions placées uniquement aux frontières ne suffisaient plus à parer les incursions des Germains sur le Rhin, des Daces sur le Danube ou encore des Perses sassanides (bien plus agressifs que leurs prédécesseurs arsacides, aussi appelés les Parthes) sur l’Euphrate. L’ajout de troupes de réserve en plus de celles basées aux frontières était vital : les vingt-cinq légions d’Auguste (environ cent vingt-cinq mille hommes) éparpillées dans tout l’empire romain n’auraient jamais été suffisantes !

  • Participant
    Posts2324
    Member since: 11 mai 2012

    Sublime cette description de l’entrainement.

    Quelqu’un pourra peut etre m’eclairer sur les unites de mesure de distance et de poids que je puisse comparer avec ce qui fait aujourd’hui.

    Que represente les 60 livres ?

    et les 20 milles ? Je doute qu’il s’agisse du miles anglais 😆

    Merci Kymiou de nous avoir fait partager ca.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    @ Maxsilv

    Le sujet demandera, en effet, pas mal de commentaires. Même si le De re militari sera le livre de chevets de multiples chefs de guerre pour 14 siècles, Végèce a dû le concevoir comme une sorte de pamphlet prônant le retour aux sources. La légion qu’il décrit est celle des Antonin (avec, il est vrai, un peu plus de cavalerie) et on peut largement contester les services qu’elle aurait pu rendre à l’aube du Vème siècle, tant les circonstances avaient changé.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts2724
    Member since: 12 avril 2012

    Au cas où PP, tu peux te référer à ça.

    1 mille = 1.482 km donc 20 milles = 29.67 km
    1 livre = 324g donc 60 livres = 19.440 kg

  • Participant
    Posts2324
    Member since: 11 mai 2012

    Au cas où PP, tu peux te référer à ça.

    1 mille = 1.482 km donc 20 milles = 29.67 km
    1 livre = 324g donc 60 livres = 19.440 kg

    Super!!!!

    C’esr grosso merdo ce qui ce fait aujourd’hui mais avec un “”mais”” et pas des moindres.

    L’equipement individuel du legionnaire etait beaucoup plus rustique. C’est a dire qu’ils allaient marcher 50 ou 60 km (ca n’a rien d’exceptionnel) mais avec des sandalettes de cuir et bon nombre d’equipement tres inconfortables. La rusticite de ces soldats etait exceptionnelle.

    De meme on y pensant beaucoup en plus d’etre des soldats professionels etaient je pense des tanneurs, des forgerons, des menuisiers, etc…

    Vraiment fascinant de voir a quel point les romains sont parvenus a developper un tel outil.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Euh, attendez, mais la livre c’est pas 1=0,450 g?

  • Participant
    Posts1655
    Member since: 12 avril 2012

    Un sujet vraiment intéressant! Moi qui n’as pas l’habitude de visiter les sections antiques (Préférant les guerres du 20 et 21ième siècle) J’ai adoré chaque ligne de ce dossier, les légionnaires me fascineront toujours 😆

  • Participant
    Posts2724
    Member since: 12 avril 2012

    Euh, attendez, mais la livre c’est pas 1=0,450 g?

    Non, celle-là est la livre anglaise.

  • Participant
    Posts2977
    Member since: 12 avril 2012

    Superbe dossier. Très facile à lire et tellement instructif. merci @kymiou.

    La machine militaire romaine était vraiment incroyable. C’est un peu l’ancêtre de toutes nos armées avec ses soucis en logistique, en équipement, en armement, etc…

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Les fléchettes de plomb, c’est à partir du IIIe siècle ap JC, non?
    Et si je comprends bien, les recrues puisqu’intégrées à la Ie cohorte, sont mieux payées que le reste?

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Dossier qui m’a l’air super mais que je ne pourrais lire cette semaine ( a mon grand dessaroi soyez en sur ! ) .

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    suite éditée, mais pas encore la fin. 🙂

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Tant mieux que ce ne soit pas finit, car je me régale.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    Et si je comprends bien, les recrues puisqu’intégrées à la Ie cohorte, sont mieux payées que le reste?

    Tu rigoles ? Juste un peu de soupe et des coups de galigae au cul pour faire passer !!! 😛

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Je me disais bien aussi!

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    Suite et fin éditée. Bon appétit ! 😉

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Merci pour la barre de rire avec le coup de la mini tour doublée!Ah, que j’aimerais voir cette scène au cinéma! Je me demande si elle a été réellement employée.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Suite et fin éditée. Bon appétit !

    Merci, on s’est régalé. 🙂

  • Participant
    Posts1392
    Member since: 12 avril 2012

    Et bien, ce fut excellent!

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    @ UlysseSLee
    Merci pour la barre de rire avec le coup de la mini tour doublée!Ah, que j’aimerais voir cette scène au cinéma! Je me demande si elle a été réellement employée.

    Elle a sûrement été employée, quoique rarement sans doute. J’imagine mal Végèce inventant une machine pour faire un gag alors qu’il écrit pour l’empereur en titre.

    Pour le cinéma, on trouve quelque chose qui y ressemble, avec des chevaux utilisés pour la traction rapide des cordes de levage, dans “La Chair et le Sang” de Paul Verhoeven (1985). Mais l’action du scénario se déroule à la Renaissance et la machine en question est évidemment attribuée à Léonard de Vinci. On ne prête qu’aux riches…

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    Petit Poucet écrit :

    L’equipement individuel du legionnaire etait beaucoup plus rustique. C’est a dire qu’ils allaient marcher 50 ou 60 km (ca n’a rien d’exceptionnel) mais avec des sandalettes de cuir et bon nombre d’equipement tres inconfortables. La rusticite de ces soldats etait exceptionnelle.

    Rustique. Les légionnaires l’étaient également, mais malins aussi.

    Je possède un documentaire sur le sujet qui prétend illustrer la question des légions en marche avec des cobayes reproduisant les gestes. Comme d’habitude, ces démonstrations d’archéologie par reconstitution pêchent par une certaine naïveté, exploitant une idée reçue pour ensuite en énumérer les inconvénients.

    Ces volontaires déguisés en Romains ployant sous leur barda étaient unanimes pour affirmer que leur charge, mal répartie, devenait rapidement douloureuse.

    http://www.france-courtoise.info/blog/img/12/06/LegionRomaine.jpg

    En réalité, les textes prouvent qu’en dehors des bagages de la légion, rassemblée sous la garde d’unités affectées dans ce but, chaque cohorte possédait ses propres bêtes de somme réparties dans ses rangs et, semble-t-il, de une à deux par groupe de 10 hommes, lesquels formaient une unité de base, appelée contubernium ou décurie, selon les époques. Chaque groupe comprenait deux valets chargés des bêtes en question, mules ou chevaux. Sûrement portaient-elles le gros de l’équipement des soldats.

    Ce mélange de soldats à moitié armés, de valets et d’équidés exposait la légion aux dangers les plus graves en cas d’embuscade-surprise comme celle qui scella le sort de Varus devant Arminius ou celui de Sabinus et Cotta devant Ambiorix..

    Ce risque et sa solution sont clairement évoqués par Végèce : « nos Anciens (…) avaient l’attention que les équipages ne fussent pas trop près des combattants, craignant avec raison que des valets intimidés ou blessés ne troublassent l’ordre des soldats et que les chevaux de bât effarouchés ne blessassent les soldats. C’est pourquoi on donnait des enseignes spéciales aux valets pour leur faciliter le ralliement. «

    Lors des fouilles des zones de combat de Teutoburg, les archéologues furent surpris par l es quantités d’ossements de mule découverts un peu partout. 

    Quant au fait que les légionnaires marchaient en grande partie délestés, on en trouve mille traces :

    – en marche, ils n’ont pas toutes leurs armes et les portent négligemment» (Vég. L3 – chap.5)

    on fut tellement pris de court (…) que le temps manqua (…) pour mettre les casques et retirer les boucliers de leur housse » (César, Guerre des Gaules, L.2 – chap 21)

    chaque cohorte avait ses boucliers peints différemment de ceux des autres (…) outre cela, sur chaque bouclier était écrit le nom du soldat, avec le numéro de sa cohorte et de sa centurie »( Vég. L.2 – chap. 17). Pourquoi ? sinon pour le lui faire retrouver dans l’empilement porté par la mule.

    http://img.over-blog.com/300×225/5/56/85/36/Furca.jpg
    Alors, idée reçue ?


    Du même Petit poucet

    De meme on y pensant beaucoup en plus d’etre des soldats professionels etaient je pense des tanneurs, des forgerons, des menuisiers, etc…

    Etant donné le temps consacré aux entraînements, à la construction du camps, etc, je pense que les artisans dont tu parles sont plutôt à trouver parmi ces valets organisés autour de leurs propres enseignes et dépendant d’un commandement particulier choisi dans ce groupe et donc non-militaire (Végèce le précise quelque part).

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Admin bbPress
    Posts6313
    Member since: 5 août 2017

    Un dossier particulièrement intéressant, clair et synthétique, et dont quelques réactions ne sont pas non plus dénuées d’intérêt ! Superbe boulot !

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Modérateur
    Posts8422
    Member since: 14 mai 2013

    Très intéressant ce dossier, merci @kymiou.

    On a parlé du problème de la remise en place des légions à l’époque de Végèce, mais j’ai l’impression que beaucoup des points évoqués par Végèce pourraient permettre d’organiser justement les Libitinarii et autres soldats de l’armée romaine de cette période. Comme l’organisation en marche, les techniques de siège, voire la formation de camps aux étapes. Non?

    Du coup ce traité avait-il une visée à “conseiller” les troupes contemporaines à Végèce?

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    @mongotmery :

    Du coup ce traité avait-il une visée à “conseiller” les troupes contemporaines de Végèce?

    Evidemment ! On ne sait pas, à vingt ans près, quand il fut écrit mais c’est en tout cas après la prise de Rome par Alaric en 410. Comprendre les raisons de ce désastre et y apporter des solutions devait être dans toutes les conversations, au palais comme dans les tavernes.

    « Puisque nous avons perdu notre grandeur, reconstituons les outils de cette grandeur, à savoir les légions » est une phrase qui devait s’entendre un peu partout. Mais les légions avaient disparu depuis longtemps et on ne savait plus grand chose à leur sujet.

    C’est là qu’intervint Végèce. Quoiqu’il ait certainement côtoyé les sphères militaires en tant que haut-fonctionnaire civil (peut-être trésorier), il n’exerçait pas de commandement et n’avait d’influence que par ses relations auprès de l’empereur (sans doute Valentinien III).

    Végèce n’a jamais été un stratège théoricien à la manière d’un Sun Tsé, par exemple. Il se présente lui-même comme un compilateur capable de synthétiser en un texte clair, exhaustif et cohérent des sources disparates. C’est un vulgarisateur de génie qui, s’il vivait de nos jours, pourrait sortir d’abord une étude comparée des cuisine française et cantonaise, qu’il suivrait d’un abrégé de physique quantique pour les nuls avant de s’attaquer à une analyse raisonnée de l’offensive par le cavalier du roi blanc au jeu d’échec !

    Il a donc fouillé dans les écrits militaires antérieurs, chez des auteurs que nous avons en grande partie perdus, et il ne s’en cache pas : il en cite même quelques-uns et a copié-collé des paragraphes entiers chez Frontin et Modestus.

    A tort ou à raison, il me semble que je le « sens » bien, Végèce. Il est ce qu’on appelle aujourd’hui un essayiste. On s’est sans doute demandé devant lui comment les légions fonctionnaient, au fond ? Et il s’est dit : « Tiens, c’est vrai. Je vais aller voir ce que nos auteurs en disent et en faire un livret à la portée de tous, y compris l’empereur qui en fera ce qu’il voudra – ce n’est pas mon affaire ».

    De la même manière, il avait constaté que les chevaux tant civils que militaires souffraient de maladies récurrentes, particulièrement la morve. Du coup, il se lança dans la rédaction de l’Hippiatrique, qui est un traité vétérinaire qui fera autorité jusqu’en 1760, au moins. Mais en cours d’écriture se produit une épizootie frappant les bœufs (peut-être celle de 417). Il écrit alors qu’à la demande générale et vu l’urgence, il abandonne provisoirement les chevaux pour se consacrer aux bovidés, le de curis boum (*). Sitôt celui-ci terminé, il retourne aux chevaux et achève son travail.

    (*) à prononcer bo-oum, bien entendu 😉 .

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Modérateur
    Posts8422
    Member since: 14 mai 2013

    Je me pose une question plus prosaïque: à propos de la marche des légions, les 20 milles correspondent-ils à une marche quotidienne ou à une capacité de marche pendant un temps limité au bout duquel il faudrait avoir une pause?

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Participant
    Posts523
    Member since: 2 septembre 2012

    Il s’agit d’une moyenne journalière correcte avec bagage (20 miles = environ 32 km).

    Dans le système international, la convention est que les romains pouvaient marcher soit :
    – avec leur bagage, en vitesse de croisière, à 5 km en 50 minutes (suivi d’une pause de 10 minutes et puis ça redémarre) pendant 5 à 7 heures. Cela équivaut donc à 25 à 35 km par jour ;
    – sans leur bagages, lorsqu’il fallait secourir une légion ou arriver à temps sur un champs de bataille, à 7,2 km en 50 minutes pendant plusieurs heures (jusqu’à 8-9 heures exceptionnellement). Cela donne jusqu’à 60+ km (exemple : 50 km s’ils marchaient 7 heures).

    En réalité, il est probable qu’ils ne faisaient pas de réelles pauses de 10 minutes, mais plutôt se laissaient de la marge (pour ralentir un peu) à cause de la lenteur ou des problèmes pouvant ralentir la colonne (comme les roues de chariot qui casse…). Il ne faut pas oublier que les bagages sont relativement lents.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    Pour des raisons pratiques, je ne crois pas en ces pauses horaires de 10 minutes. Comment les organiser à l’unisson dans une colonne formée de cohortes distinctes ? Ils ne pouvaient pas synchroniser leurs sabliers ! 😆
    D’après Végèce, le principal souci était d’éviter les effets « accordéon ». Il précise que la troupe défilait devant des postes fixes leur enjoignant d’accélérer ou ralentir, selon le cas.

    Mais les précisions d'Anakil m’inspirent une question : comment faisaient-ils avec les animaux ? Ni les mules ni le chevaux ne peuvent décemment parcourir plus de 25 kilomètres sous peine de s’abîmer les jambes, fendre leurs sabots, se blesser les boulets, etc.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Modérateur
    Posts8422
    Member since: 14 mai 2013

    Pour moi, ces 25 kilomètres par jour c’est énorme: comment chasser sur le chemin, organiser le camp, en passant tant de temps à marcher d’une manière si épuisante?

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Participant
    Posts20
    Member since: 28 juillet 2016

    Merci pour ton dossier.
    Je l’ai lus et il m’a fort intéressé. 🙂

  • Participant
    Posts523
    Member since: 2 septembre 2012

    D’après les personnes pratiquant l’archéologie expérimentale sur cette période, il est aisé de parcourir 25km en 5 à 7 heures (surtout qu’ils n’avaient pas forcément beaucoup de choses à porter, car les chariots s’en chargeaient). Il ne faut pas oublier que l’on parle de distance sur voie romaine (i.e. autoroute) ! Ce n’est en aucun cas une distance pratique sur tout terrain bien sur.

    Par contre, pour ce qui est de la chasse ou autre activité, de ce que j’en sais cela ne se faisait pas vraiment (on ne nourrit pas des milliers de soldats de chasse !). En tout cas, je suis à peu près sûr que durant la période tardive de l’empire, la logistique était suffisamment au point pour permettre d’avoir de la nourriture avec eux en quantité suffisante jusqu’au prochain point de ravitaillement.
    Par contre, pour les périodes plus anciennes (notamment républicaines), je ne peux que m’inspirer des écrits comme ceux de César, notamment ceux décrivant des troupes de soldats allant fourrager aux alentours (parmi les cultures avoisinantes, les hameaux, …) lorsque le camp était construit/en construction (je ne sais plus vraiment). Mais cela semble plausible, car ils n’avaient pratiquement “que” 5 à 7 heures de marche, laissant plusieurs heures pour d’autres activités une fois arrêté (construction de camp, entrainement, …). Et la construction du camp après les heures de marche a été documentée (d’après ce que j’avais lu auprès de groupes d’archéologie expérimentale encore une fois, je ne sais par contre plus là source).

  • Modérateur
    Posts8422
    Member since: 14 mai 2013

    Effectivement, en fait ce n’est pas énorme. Je ne sais pas pourquoi mais je pensais à 10 heures de marche au lieu de 5.
    POur la chasse, je pensais au fait de fourrager effectivement, et aux nécessaires reconnaissances autour d’un camp pour la nuit.

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Participant
    Posts84
    Member since: 23 septembre 2013

    Pour du bon dossier c’est du bon dossier, un grand merci Kymiou ! Sa donne envie d’approfondir Végèce.

    Une question me tarrode, y a t’il d’autres œuvres semblables sur l’armée romaine qui nous soit parvenue ?
    Pour avoir un autre son de cloche et pour voir aussi les différences que les romains voyaient entre leurs armées de type légion et celle plus tardives.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    @sûra76 :

    (…) y a t-il d’autres œuvres semblables sur l’armée romaine qui nous soit parvenue ?

    Je n’en connais pas. Végèce a ratissé large chez des auteurs actifs à l’époque où la légion existait encore, comme Frontin, qui raisonne dans son « Stratagemata » sur l’essence du commandement et les qualités qu’il exige à partir de cas concrets ; ou encore le Grec Onasander, qui bâtit dans son « Strategicus » une construction plus théorique sur le choix du général idéal – vu comme la clef de la victoire.

    Au début du IIème siècle, nous avons Aelian, où l’on perçoit un certain retour de la phalange. C’est le temps où Rome évolue vers la défense en profondeur avec des armées décentralisées et une importance croissante de la cavalerie. La légion prend petit à petit des allures de formation simple et massive, qui reçoit le choc et le brise.

    Arrien, à la même époque, écrivit un traité de tactique assez similaire à celui d’Aelian : des légions devenues phalanges opérant en liaison avec une puissante cavalerie. A noter qu’Arrien était grand admirateur de Xénophon et qu’il écrivit une « Anabase d’Alexandre » qui montre bien ce regain d’intérêt pour la pensée grecque classique.

    Et c’est normal. La légion, flexible et toutes-armes, est un outil offensif. Quand les conflits devinrent défensifs, les besoins changèrent complètement.

    … mais je suis loin d’être un connaisseur du bas-empire. D’autres sauront t’en dire plus.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts1037
    Member since: 17 juin 2014

    J’ai une question sur ce sujet : comment comprenez-vous l’ordre de bataille décrit par Végèce?

    Kymiou fait deux descriptions de l’ordre de bataille:
    – le premier indique que la légion se range en deux lignes de 5 cohortes
    – le second décrit six lignes de soldats l’une derrière l’autre.

    Pensez-vous qu’il décrit le déploiement d’une légion, puis celui d’une cohorte qui serait une unité interarme composée d’infanterie et d’archers lourds, de tireurs légers et d’artillerie, en plus d’une troupe de cavalerie.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    Ambarequiem :

    Pensez-vous qu’il décrit le déploiement d’une légion, puis celui d’une cohorte qui serait une unité inter-arme composée d’infanterie et d’archers lourds, de tireurs légers et d’artillerie, en plus d’une troupe de cavalerie.

    Tout à fait ! La cohorte est une légion en réduction avec tous types de combattants. Ce qui les distingue entre elles, c’est seulement le degré d’expérience de leurs membres.
    Les recrues devaient donc être rapidement affectées à une fonction précise selon leurs qualités physiques ou leurs affinités comme fantassins lourds, javeliniers, cavaliers, voltigeurs, ballistaires, etc. C’est tels que le tribun de cohorte les réceptionnait. A lui de les disposer sur le terrain…

    Ces spécialisations restaient toutefois perméables entre elles. La plupart des exercices étaient pratiqués en commun. J’ai été notamment frappé qu’on apprenait aux fantassins à sauter à cheval. En principe, ce n’était pas leur affaire… mais sait-on jamais ?

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

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