Post has published by Hallitus

Ce sujet a 4 réponses, 2 participants et a été mis à jour par  cuirassier, il y a 8 mois et 3 semaines.

5 sujets de 1 à 5 (sur un total de 5)
  • Participant
    Posts4
    Member since: 16 septembre 2017

    Salut à tous

    Disposant de beaucoup de temps libre et surtout de la chance de parler le russe et le français couramment, je me lance dans le projet très mégalo de traduire le livre “L’Évolution de l’Art Opératif” du célèbre Isserson en Français.

    Pour ceux qui ne le savaient pas, Isserson est l’un des inventeurs de la théorie des opérations en profondeur (oui oui c’est grâce à elle qu’on a eu la très plaisante reconquête de la Mandchourie en 1945 B) ). Si vous voulez savoir les fondements même de la théorie, je vous renvoie à l’excellent dossier de Cuirassier (juste ici : https://www.strategietotale.com/forum/148-du-niveau-operatif/143054-qu-est-ce-que-l-art-operatif).

    Cette idée vient d’une demande d’un ami, qui n’a pas pu retrouver ce chef d’œuvre en français (il existe une version en anglais pour ceux qui parlent cette satanée langue : http://usacac.army.mil/Cac2/cgsc/carl/download/csipubs/OperationalArt.pdf)

    Avant de me lancer dans le projet je voudrais savoir ce que vous en pensez (surtout que je suis nouveau sur ce forum hein 🙂 ) et si ce projet en vaut la peine tout simplement.

    Bien à vous

  • Modérateur
    Posts2996
    Member since: 12 avril 2012

    Salut @Hallitus !

    Bienvenu sur le forum nous t’invitons à te présenter sur le sujet dédié.

    Alors je vais forcément te dire que c’est une bonne chose car j’ai tenté de faire la même chose. Le texte ne semble pas bien difficile mais mon niveau d’anglais étant insuffisant la traduction me prenait beaucoup trop de temps.
    J’ai traduit une vingtaine de pages…
    Les membres du forum sont à ta disposition pour t’aider.

    J’ai aussi le Stratégie de Svetchine qui me nargue en rouge pétant dans ma bibliothèque de livres blancs, mais là la traduction sera un tout autre challenge.

    J’ai aussi l’intention de faire des sujets sur le forum qui relativiseront ce que j’ai déjà pu écrire sur ce thème. Mon point de vue a évolué.

    Comparaison n'est pas raison.

  • Participant
    Posts4
    Member since: 16 septembre 2017

    Salut Cuirassier

    Je vais me présenter en effet, sauf que je n’ai pas grand chose à dire sur ma personnalité peu intéressante 😉

    D’ailleurs j’aimerais bien poster ma traduction une fois faite sur Wikisource, mais je ne sais pas si c’est une bonne idée….

    Sinon j’aimerais bien avoir ta traduction de 20 pages si tu l’as toujours, ça me fera un gain de temps assez remarquable 😉

    Bien à toi camarade

  • Modérateur
    Posts2996
    Member since: 12 avril 2012

    Avant de partager mon début de traduction je tiens à présenter l’auteur à ceux qui ne le connaîtraient pas.
    Georgii Samoilovich Isserson est un général soviétique d’origine juive et l’un des principaux penseurs de l’art opératif des années 30. Excellent théoricien, certains de ses écrits seraient encore classifiés, il s’avère être un piètre commandant en chef. L’une des raisons à cela est qu’il était particulièrement associable mais parmi ses amis il y avait un certain Joukov avec qui il eut de nombreuses conversations en matière de polémologie (science de la guerre).
    Issersson est donc loin d’être étranger dans la formation intellectuelle du futur maréchal vainqueur de Moscou, Stalingrad, Leningrad, Koursk et Berlin… Isserson a eu l’occasion d’effectuer un exercice tactique lors des années 30 contre Joukov qu’il perda. Isserson, comme les autres théoriciens de l’art opératif, sera victime des purges et passera le temps de la guerre au Goulag.

    “L’ÉVOLUTION DE L’ART OPÉRATIF” est un ouvrage écrit par Isserson au cours des années 30. Il était un fervent bolchevique et cela se ressent dans son écrit plein de référence à la guerre des classes, au marxisme, à Lénine etc… On ne peut que sourire devant son champ lexical, les allemands sont les fascistes, les démocraties occidentales la bourgeoisie et la première guerre mondiale est la guerre impérialiste. Néanmoins de ce que j’en ai lu son étude est intéressante et particulièrement innovante pour l’époque.

    https://weaponsandwarfare.files.wordpress.com/2017/08/s3om6x.jpg

    Comparaison n'est pas raison.

  • Modérateur
    Posts2996
    Member since: 12 avril 2012

    Commandant de Brigade
    Georgii Samoilovich Isserson

    L’évolution de l’art opératif

    L’évolution de l’art opératif du général de brigade Georgii Samoilovich Isserson traite principalement de la question de l’art opératif dans une perspective historique et théorique. Il analyse en particulier de façon critique l’héritage opérationnel du passé, y compris l’époque Napoléonienne, la guerre franco-prussienne de 1870-1871, et le domaine de la guerre impérialiste (la 1ère guerre Mondiale). L’auteur décrit les contours pour la résolution des questions sur l’art opératif dans les conditions de la future guerre révolutionnaire des classes, lorsque l’opération en profondeur visant la destruction sera devenue la principale forme des opérations. L’œuvre contient quelques propositions discutables qui devraient stimuler une analyse plus approfondie des idées de l’auteur. Ce livre est principalement destiné aux officiers et commandants de haut rang de l’Armée rouge des ouvriers et des paysans et pour les étudiants dans les académies de services supérieurs.

    Préface de l’auteur pour la seconde édition.

    La deuxième édition de ce livre paraît quatre ans après la première. Naturellement, de grands changements ont eu lieu pendant cet intervalle. Si ce travail a été spécifiquement destiné à la formulation d’une théorie appliquée pour la conduite d’opérations modernes, il fallait effectuer des corrections essentielles. Mais, si nous n’avons pas déjà posé cet objectif, nous le ne posons maintenant. Ce travail expose les fondements historiques et théoriques de nouvelles formes de combat armé sur une échelle opérative. Le caractère même de ce livre rend les changements basiques inutiles. Le but de l’élaboration de propositions fondamentales à partir des conditions de développement historique était de prévoir les possibilités et les conditions d’une nouvelle ère de l’art militaire en général.
    Ces propositions ont reçu l’affirmation substantielle du cours des événements de ces quatre dernières années, qui ont connu une croissance nouvelle et formidable des forces armées sur le continent européen.
    Si énormes, les armées de plusieurs millions d’hommes, entièrement équipées avec des armements modernes, n’ont pas d’autres perspectives sur le champ de bataille titanesque contemporain, que celles délimitées par le concept d’opération en profondeur.
    Quel que soit le cas, ce concept historiquement dérivé n’a jamais rencontré d’opposition fondamentale de principe. Au contraire, la pénétration du concept dans la pensée militaire et théorique des écrivains militaires officiels modernes est devenue d’autant plus évidente. À cet égard, les publications militaires des fascistes allemands sont un exemple frappant. Dans Militarwissenshftliche Rundschau (n ° 2, Marsh 1936) Ludiw général Beck écrit sur l’engagement en profondeur dans le fonctionnement moderne de trois échelons opérationnels. Dans la même revue (non, Juin 1936), le général Wademar Erfurt critique les anciens Principes de déploiement linéaire. Il écrit que.
    « Une lutte disproportionnée pour la largeur a conduit à négliger les exigences de l’échelonnement en profondeur et à un rejet catégorique des réserves dans l’attaque.
    La guerre mondiale a prouvé qu’il était presque impossible soit de modifier l’axe d’une attaque principale soit de modifier une décision antérieure dans les conditions d’un combat sur un front étendu. Les fines lignes des attaquants, aussi bien que celles des défenseurs, deviennent fermes, immobiles et inflexibles …
    La stratégie linéaire du passé récent doit être abandonnée en faveur du déploiement échelonné par de puissantes réserves opérationnelles au cours des opérations à la fois offensives et défensives … Dans l’avenir immédiat pendant la guerre de mouvement, nous devront concevoir de grandes formations réparties latéralement et en profondeur. »

    La pensée militaire française n’est pas moins certaine sur le sujet. Dans un travail très intéressant, Deux manœuvres, le général Lucien Loizeau écrit à propos de la nécessité à la fois d’engager des forces importantes au début d’une opération et d’assurer leur insertion continue depuis l’arrière sur une longue période de temps. À son avis, la condition essentielle est l’échelonnement en profondeur des forces.
    Le développement des opérations en profondeur et la profondeur opérationnelle des champs de bataille sont de plus en plus caractéristiques de la guerre moderne. Tout témoigne du fait que l’on va être sévèrement puni pour avoir négligé ces points de vue historiquement constatés. Notre époque, avec ses armées de plusieurs millions d’hommes et sa technologie militaire de pointe est une époque de stratégie profonde et d’opérations en profondeur. Mais il faut garder à l’esprit le fait que nous analysons les opérations que personne n’a encore jamais réalisé. Nous traitons des méthodes spécifiques de lutte jamais testées au combat et en opération.
    Notre travail de recherche dans le domaine de l’art opératif est essentiellement différent des travaux similaires du passé, quand les chercheurs militaires comme Alfred von Schlieffen, Schlichting, et Bernhardi déduisirent leurs théories opérationnelles entièrement à partir d’une analyse de l’expérience historique des guerres récentes, en utilisant leur savoir et des données vérifiées. De l’époque historique actuelle et de notre construction du socialisme, nous avons réussi à créer une société et une armée unique. Ce fait, en parallèle avec une croissance sans précédent de notre capacité de production quotidienne, qui donne des résultats hautement élevés, signifie que l’expérience passée conserve pour nous seulement l’importance que l’histoire donne dans un sens général.
    Nous serions incapable d’atteindre les buts de la présente étude si nous n’avions pas réussi à aller au-delà des limites de l’expérience historique, si nous n’avions pas réussi à la réévaluer dans la perspective des nouvelles conditions de notre époque, et si nous n’avions pas impitoyablement rejeté tout ce qui était usé par le temps. Nous sommes actuellement engagés dans une construction révolutionnaire, et notre art opératif saisit intensément ce fait. En étudiant les formes de la guerre moderne nous nous confrontons absolument à de nouvelles tâches qui n’ont été ni définis ni atteints dans le passé.
    Il y a des difficultés évidentes. Beaucoup doit être fait pour délimiter précisément et définitivement les principes de base pour mener une guerre moderne à une échelle opérative. Cette délimitation est nécessairement déterminée par l’essence même de l’opération en profondeur. C’est un système complexe qui fusionne tous les efforts de combat en un seul complexe centralisé et unifié d’actions le long du front et dans la profondeur, sur terre et dans l’air.
    Nous devons améliorer notre étude des tactiques de bataille moderne, puisque le résultat d’une opération dépend directement de la façon dont l’ennemi est combattu à l’échelle tactique. Les formes opératives de la guerre ne signifient rien si elles ne concernent pas la puissance de choc d’un coup tactique direct. C’est pourquoi nous avons décidé de publier une deuxième édition de ce livre, avec une nouvelle troisième partie qui constitue un autre essai sur les racines historiques de nouvelles formes de combat.
    Enfin, nous pensons qu’il est nécessaire de répéter le fait que ce livre ne doit pas être considéré comme un guide direct pour l’action. Il serait absurde d’enseigner l’art opératif comme une sorte de recette prêt faite. L’essence même de l’art opératif suppose une liberté de méthodes et de formes qui doivent être choisies avec soin à chaque fois pour s’adapter à une situation concrète. Toutes les propositions que nous avançons dans le domaine de l’art opératif moderne doivent être traitées comme des idées d’orientation, qui trouvent cette solution ou une autre concrète que dans une situation particulière donnée.
    Par conséquent, le présent travail serait de valeur négative si les idées qu’il préconise ont été traités comme des recettes prêts-faites. Il peut y avoir tellement de solutions possibles avec l’art opératif. Nous voulons montrer les distinctions essentielles entre les conditions de notre époque avec ses nouvelles formes de l’opération en profondeur et l’art opératif du passé. Ce n’est qu’ici que ce trouve l’importance des propositions avancées dans le présent travail.

    Moscou, Mai 1936
    G. Isserson

    Préface de l’auteur de la première édition

    Lors des grands tournants de l’histoire, quand un ordre social de l’ancien régime a été détruit lors d’un combat titanesque et qu’une nouvelle société est en cours de construction, la lutte armée comme une continuation de la politique subie elle aussi des changements fondamentaux. La révolution remplace l’évolution de l’art militaire. Ce processus nous oblige à redéfinir et à résoudre avec de nouvelles façons toutes les questions fondamentales de l’organisation et de conduite de la lutte armée du prolétariat. La capacité de la recherche militaire scientifique marxiste offre des perspectives illimitées pour revoir les principes de base de l’art militaire de l’ancien régime et pour résoudre une myriade de nouveaux problèmes d’aujourd’hui. L’évolution de l’art opératif est une tentative pour étudier la nature des opérations dans la guerre future.
    Ce sujet nouveau et peu étudié est analysé dans une perspective historique et théorique pour élaborer une théorie appliquée de l’art opératif contemporain. Ce travail avance des postulations avec des formulations concrètes et calculées. Pourtant, n’étant qu’une partie de la recherche, il ne peut pas faire semblant d’être une réponse complète et définitive au problème. Au contraire, il est souhaitable qu’une large discussion sur ce livre puisse donner l’impulsion à l’avancement de notre pensée militaire théorique dans le domaine de l’art opératif.
    Un tel résultat serait un grand prolongement pour répondre à la fin de ce livre.

    Moscou,
    16 Octobre 1932
    G. Isserson


    Première partie,
    Le patrimoine opérationnel du passé
    1.Les possibilités de développement de notre art opératif

    L’art opératif contemporain comme introduction à la conduite des opérations fait face à un certain nombre de problèmes d’actualité. Dans ce domaine il reste encore beaucoup d’inconnus et de question en suspens. Les changements colossaux de la technologie, de l’armement, et des formations de combat, comme le montre l’évolution des tactiques, restent insuffisamment incorporés dans la théorie au niveau des actions de combat sur l’échelle de tout un front. En contraste avec le passé, une opération contemporaine se déroule sous de nouvelles conditions politiques, et avec un matériel et une base technologique complètement différents. Toutefois, cette opération n’a pas encore son fondement théorique dans l’organisation des actions de combat et pour le développement de leurs formes opératives.

    L’ensemble de l’expérience des guerres récentes; si riche en ce qui concerne la tactique, dissimule encore la vraie nature des opérations futures. Cette situation est aggravée par le fait que la guerre mondiale n’a pas donné une seule opération qui pourrait être considéré comme une solution opérationnelle pour l’obtention de la victoire. Certaines opérations qui ont abouti à la défaite réelle de l’ennemi, y compris par exemple la débâcle du général AV Samsonov à Tannenberg, n’ont pas joué un rôle essentiel dans la guerre dans son ensemble. Les batailles grandioses et féroces de 1918 n’ont pas réussi à résoudre le problème de surmonter les fronts à l’échelle opérative et sont devenues la plus évidente manifestation de la fin l’art militaire tel qu’il était arrivé à l’époque de l’impérialisme. La guerre mondiale touchait à sa fin sans résoudre les difficultés d’organisation et de conduite des opérations offensives.

    Ces difficultés découlent de l’énorme pouvoir défensif du front retranché, de la baisse de moral des soldats au cours des dernières années de la guerre, et de la supériorité des moyens défensives sur ceux offensifs. D’autres difficultés incluaient la nécessité d’une concentration massive de la puissance de feu et de la complexité de l’organisation et de la conduite d’actions offensives. Pour le dire autrement, ces difficultés se sont complètement focalisées dans le domaine de la tactique, et ils ont influencé grandement la conduite de toutes les opérations en 1918.

    Comme le général Ludendorff l’a dit «la tactique doit être placé avant la stratégie”. Et, effectivement, les opérations offensives au cours de la Première Guerre mondiale n’ont pas été menées conformément aux exigences opérationnelles, mais aux endroits que les conditions tactiques dictaient. L’effort principal n’a pas été développé selon un axe qui promettait des résultats opératifs, mais dans un lieu où le front pouvait tactiquement et facilement être rompu. L’offensive allemande de Mars 1918 en est un bon exemple. La nature de la guerre de position a prédéterminé la conscience opérative. Il était impossible de surmonter les nouvelles conditions du combat. Et, plus important, les contradictions de classe ont été de plus en plus importantes dans les deux blocs capitalistes.

    Afin d’inculquer à chaque nouveau soldat assez de force pour vaincre la résistance de l’ennemi dans une offensive ouverte, il était nécessaire d’éveiller la volonté de classe des masses. Les contradictions des classes ont débordé dans une lutte de classe ouverte et armée, et la guerre impérialiste a dû être transformée en une guerre civile. Notre guerre civile de 1918-1921, qui a duré jusqu’à la défaite finale de l’ennemi, a initié une nouvelle époque dans l’histoire de l’art militaire et a changé entièrement la nature de la lutte armée.
    Clausewitz a écrit ce qui suit au sujet des guerres de la Révolution française: “La guerre révolutionnaire avait renversé tout l’ancien ordre social et chassé l’ennemi de Chalons à Moscou”. Nul besoin d’être Clausewitz pour saisir l’ampleur géographique des derniers mots de cette citation, de la lire de l’est à l’ouest et pour comprendre la nature souple de notre guerre révolutionnaire de classe.

    Cependant, l’essence opérationnelle de la nouvelle époque qui se déroule actuellement n’a pas encore été complétement révélée, en particulier en matière de contrôle des masses militaires énormes qui sont bien équipées avec des technologies modernes. L’importance des changements au cours de la période post guerre civile russe reste grande. Ils nous obligent à poser la question du rapport entre la force qualitative de la défensive et offensive d’une manière différente, avec l’idée d’une prépondérance en faveur de ce dernier. Dans ces conditions, le problème de surmonter un front disposant d’une puissance de feu intensive acquiert entièrement une nouvelle signification. Il s’agit de la possibilité de “percée” vers l’avant sur toute sa profondeur. En fait, toute notre pensée militaire vise à résoudre ce problème.
    Tant dans les pays capitalistes que dans notre pays après la guerre mondiale et la guerre civile russe, l’évolution de l’art militaire découlait de fondements différents, mais cette révolution globale a été caractérisée par la recherche de nouvelles formes tactiques pour l’offensive et l’application de nouveaux moyens technologiques pour le combat. La courte période après la guerre mondiale a constitué toute une époque dans le domaine de l’art militaire, au cours de laquelle les tactiques ont subi des changements plus importants que pendant tout le demi-siècle avant la guerre mondiale. La première période fut un temps où les règlements ont été examinés et de nouveaux établis. De nouvelles tactiques ont été élaborées durant plusieurs années. Il est à noter que pendant toute la durée de l’évolution de l’art militaire, la tactique n’a jamais changé si rapidement.

    La Prusse est entrée dans les guerres de 1866 et de 1870 avec le règlement de 1847, qui sera modifié seulement en 1888. L’armée allemande entre la guerre mondiale avec les règlements promulgués en 1908, donc sur une longue période de 70 ans, les Allemands ont changé leurs règlements que deux fois.

    Au cours de l’intense construction socialiste, nous avons émis des règlements provisoires sur le terrain en 1925, et ils ont été remplacés par des règlements de terrain permanents en 1929. Maintenant, nous sommes une fois de plus dans l’émission de nouvelles réglementations sur le terrain. Ainsi, pour la troisième fois en une décennie, nous nous retrouvons avec une nouvelle réglementation. Ce tempo rapide pour l’élaboration de la réglementation, naturelle pendant une période de progrès colossaux en matière de technologie, est devenu un phénomène courant dans le développement de l’art militaire après la guerre mondiale.

    Cependant, ces changements rapides reflètent en grande partie et déterminent le développement de l’art de la guerre dans le domaine de la tactique. Les problèmes de combat en général le long d’un front armé et d’actions militaires à l’échelle opérative ont été mis de côté. Ce n’est que récemment qu’ils ont de nouveau attiré l’attention de la recherche militaire-scientifique. Pourtant, la littérature pertinente reste largement concernée par les questions d’ordre général de faire la guerre dans le cadre de la politique, de la stratégie et de l’économique. Les questions pratiques sur la conduite des actions militaires le long d’un front armé et des techniques pour la réalisation d’une opération moderne ne trouvent que rarement réflexion dans la littérature contemporaine. Au cours de la première année après la guerre mondiale, les Allemands ont poursuivi leurs publications sur l’analyse des opérations de la Grande Guerre. Suite à la création d’une théorie militaire riche après la guerre franco-prussienne de 1870-1871, ils en sont encore à digérer les enseignements de Schlieffen. À cet égard, leur écrivain militaire Groener avait quelques idées intéressantes mais guères nouvelles.

    En France, Strategie de Culmann est apparu, et il est susceptible d’être considéré comme le dernier ouvrage sur l’enseignement des opérations. Cependant. Cullman n’a pas présenté un système opérationnel total. Il traitait uniquement des questions qui y sont associés. Et la chose la plus importante à propos de son travail est le fait que son point de vue sur l’avenir n’envisage que partiellement l’incorporation de tout ce qui était nouveau à l’échelle opérative.
    Un certain nombre d’écrivains militaires bourgeois ont essayé de remplacer une théorie quelque peu scientifique de la conduite des opérations avec de vagues fantasmes sur les perspectives d’une guerre future. Mais ces œuvres, qui reflètent les contradictions des classes au sein du capitalisme moderne, témoignent au combien le problème de l’art opératif contemporain est peu exploré par la théorie scientifique.

    Ce n’est que récemment, lorsque la montée du fascisme allemand au pouvoir a créé une menace de guerre proche et sans précédent, qu’est apparu un certain nombre de nouveaux travaux sur la nature des conflits armés contemporains.

    On a beaucoup écrit sur la guerre future. Des écrivains militaires comme Ludendorff, Fuller, Emmanuel, Metzsch, Requin, Rocco Moretta, Bastico, et d’autres tentent de prédire la nature de la guerre future, chacun ayant son propre point de vue. Parmi les nouvelles œuvres certaines ont de nombreuses idées intéressantes, mais néanmoins, cela reste la plupart du temps de la spéculation. Le sujet principal est à quoi la guerre future ressemblera. Seul une petit fraction de divers auteurs analysent et justifient des formes concrètes d’opérations dans la guerre contemporaine. Une exception notable est le général Loizeau français, qui, dans ses Deux manœuvres, tente de régler dans la pratique un certain nombre de questions sur les opérations contemporaines. Néanmoins, dans l’ensemble, les prévisions sur la guerre future dans la littérature étrangère n’avancent pas principalement de nouvelles idées.
    Sur la base de la plus grande construction révolutionnaire, notre pensée scientifique militaire s’est développée le long de ses propres lignes. Dans une analyse des formes de lutte armée contemporaine, nous avons dû être audacieux en soulevant et en réglant un certain nombre de nouvelles questions. À cet égard notre littérature a des avantages évidents La nature des opérations des armées modernes de [V.K.] Triandafillov est par exemple un travail notable notamment consacré aux opérations contemporaines. La portée et la nature des questions traitées équivalent à une élaboration d’un système opératif entier, qui résout un certain nombre de problèmes dans un contexte pratique. Mais on devrait considérer le fait qu’avant que sa mort tragique survienne Triandafillov avait radicalement changé ses vues sur un certain nombre de questions essentielles. Sur la base de nos travaux son esprit curieux faisait de nouvelles recherches plus ambitieuses. Un accident tragique ne lui a pas permis d’élaborer un nouveau système des vues opérationnelles. En attendant la vie poursuit son cours.

    Pour conclure, la théorie des opérations contemporaines est insuffisamment mise au point et reste l’aspect le moins élaboré de l’art militaire. Le fait que cette situation est précédemment arrivée dans l’histoire peut à peine être une consolation.
    Dans un environnement capitaliste la théorie militaire est toujours en retard sur la pratique, et en premier lieu ce fait a été reflété dans les questions d’ordres opératives. Avoir une grande efficacité tactique équivaut à pratiquer ce qui peut être tester dans des manœuvres et des exercices. En temps de paix, la conduite des opérations c’est surtout de la théorie qui ne peut pas être testé. Car il est beaucoup plus facile d’appliquer de nouveaux moyens à une échelle limitée que d’organiser leur application en masse. Ainsi, les tactiques ont à plusieurs reprises pris le dessus sur art opératif. À l’heure actuelle, cette situation est à peine acceptable. Clairement les différentes formes de lutte armée, le nouveau matériel humain, et les nouveaux moyens de combat exigent avec force de nouvelles formes et de nouveaux moyens d’emploi massif à l’échelle opérative, où la quantité se transforme en une qualité en soi.

    Avant l’époque de l’impérialisme, quand les forces armées étaient comparativement des forces limitées (l’armée prussienne de 1870 comptait 500.000 soldats), les questions associées à la conduite d’une opération n’ont pas atteint le statut d’un sujet théorique indépendant, car ils ont été entièrement résolus dans le cadre de l’élaboration d’un plan de guerre concret. Toutes les questions auxquelles [le feld-maréchal Helmuth von] Moltke a été confronté lors de la préparation pour la guerre en 1870 ont été réduites à l’élaboration pratique des déploiements contre la France.

    Aujourd’hui, un certain nombre de facteurs de complication ont surgi, notamment les armées de masse, moyens de combat qualitativement divers, une technologie très sophistiquée, des colonnes très profondes, la difficulté de déploiement en formation de combat, et un soutient logistique complexe. En conséquence, la conduite d’une opération produit des problèmes qui ne peuvent être résolus dans le seul cadre du travail de l’élaboration d’un plan de déploiement et qui nécessitent l’élaboration d’une base théorique générale.

    Le praticien a besoin maintenant d’une théorie raffinée pour la conduite des opérations. Ainsi, l’art opératif vu comme une instruction sur les opérations acquiert une telle importance en étant la discipline la plus importante pour le travail opérationnel et pratique dans le contrôle des grandes formations. De l’actualité des problèmes associés à l’art opératif en découle d’autres considérations. Il est bien évident que des changements considérables dans la technologie et les tactiques donnent lieu à aucun changement moins considérable dans la conduite des opérations. Clausewitz a écrit, “Les changements dans la nature de la tactique doit également influer sur la stratégie. Si les manifestations tactiques dans un cas donné sont d’une nature différente que dans un autre, alors les manifestations stratégiques doivent également changer; sinon, elles ne seraient pas séquentielle et rationnelle “.

    Cette logique interne apparente n’a pas toujours été comprise. Pendant l’ère de Moltke, avec l’apparition de nouvelles armes et de tactiques modifiées, tout le monde a approché encore la bataille du point de vue de l’art militaire napoléonien. Dans ce contexte, Moltke était un grand réformateur, car il a réussi à comprendre les nouvelles conditions et les exigences de son temps. Cependant, en 1914, les formes et les méthodes pour la conduite des opérations différaient peu de celles de l’époque de Moltke. Tous les paramètres du conflit armé avaient subi un changement qualitatif et quantitatif. Toutefois, le contrôle opérationnel de ces paramètres n’a jamais subi aucune sorte d’amélioration qualitative. Même maintenant, si nous donnons toute la pensée à l’élaboration d’une opération telle qu’elle est actuellement envisagée, nous aurions peine à trouver des changements essentiels. Les corps d’armées sont déployés le long d’une seule ligne, les secteurs de l’attaque sont désignés, et les missions sont attribuées conformément à leurs limites … mais tout cela était déjà appliqué en 1914, et si nous allons plus loin en arrière, il en était de même à l’époque de Moltke!
    L’art opératif semble ne pas évoluer, ce qui est intolérable. Pendant ce temps, les conditions actuelles et celles de 1914, pour ne rien dire des conditions à l’époque de Moltke, sont totalement incompatibles. Toute une gamme de facteurs primaires dans les conflits armés a changé. Nouveaux armements, de nouvelles tactiques, et un nouveau type de soldat entraînent inévitablement des changements radicaux et essentiels à la conduite des opérations. Il est assez clair que la modification de l’équipement des usines et la mise en service de nouvelles machines sont des facteurs qui modifient fondamentalement l’ensemble du processus de production et de son organisation. De son côté le domaine militaire, les facteurs analogues devraient naturellement ordonner une configuration organisationnelle différente des unités militaires. La conduite des opérations contemporaines doit être minutieusement analysée dans cette perspective.

    Mais, un examen des seuls nouveaux éléments humains et matériels serait encore insuffisant. Une opération est une arme de la stratégie, alors que la stratégie est une arme de la politique. Ceci est la raison pour laquelle une opération n’est pas le stade le plus élevé de conflit armé. Une opération est plutôt un élément en soi dans une équation plus grande, subordonné à la guerre en général.

    Basé sur Clausewitz, le camarade [V. I.] Lénine a écrit, « seulement la plus petite partie des phénomènes nouveaux dans le domaine de l’art militaire peut être traitée comme idées et inventions [militaires] neuves, puisque la plupart de ces phénomènes sont dus à de nouvelles relations sociales et de nouvelles conditions sociales. » (Leninskii sbornik, XII, 421). Plusieurs facteurs, y compris l’évolution complète des conditions sociales, une nouvelle vie sociale et politique, une économie différente, et le nouveau caractère révolutionnaire et de classe de notre guerre future, modifient la nature des opérations elles-mêmes. Nous occupons une position plus avantageuse dans la définition de cette nature. Les enseignements marxistes-léninistes sur la guerre clarifient pleinement la nature de la lutte armée. Un certain nombre de documents du Parti communiste et des résolutions du Komintern précisent cet enseignement et de la meilleure façon possible à l’égard de la question de la guerre future.
    Selon les Résolutions du Congrès VI Komintern, “La guerre mondiale à venir sera non seulement une guerre mécanisée employant une énorme quantité de ressources matérielles. Elle sera également une guerre qui implique des masses de plusieurs millions de l’homme et la majorité de la population des pays belligérants. “C’est de cette façon que le congrès du Komintern a résolu l’une des questions les plus essentielles sur le poids relatif entre la technologie et les masses dans une guerre future et, par conséquent, dans les opérations d’une telle guerre. C’est seulement sur la base des enseignements du marxiste-léniniste concernant la guerre que nous pouvons construire une théorie de l’art opératif.

    En somme, un certain nombre de nouveaux facteurs qualitatifs, y compris les nouvelles conditions sociales et politiques, une autre gamme de moyens technologiques pour le combat, de nouvelles formes tactiques au combat, et enfin, la pratique signifiante et urgente d’une théorie de la conduite des opérations, définissent la base pour le développement de notre art opératif. Mais nous devons garder à l’esprit que l’art opératif en tant qu’instructions sur la conduite des opérations est une discipline extraordinairement jeune. En substance, il retrace ses racines que dans la période suivant la Guerre mondiale, quand il a commencé à occuper une place indépendante entre les disciplines militaires.

    Avant la Première Guerre mondiale, l’art militaire n’a admis que deux éléments principaux: la stratégie comme l’ensemble des connaissances sur la guerre, et les tactiques l’ensemble qui concerne la bataille. Cette compréhension biaisée démontre à elle seule une fois de plus à quel point la théorie militaire est en retard sur la pratique.

    Même dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’évolution des formes de combat armé a outrepassé les limites de cette compréhension de la stratégie et de la tactique. Le conflit armé a donné naissance à toute une chaîne d’actions de combat qui s’étendait sur une ligne de front et qui était distribuée en profondeur. Ces actions ont dépassé les limites de la bataille et donc ne pourraient pas être intégrées dans la tactique. Parce que ces actions n’ont pas embrassé le phénomène de la guerre dans son ensemble, ils ne pouvaient pas non plus être traités comme relevant de la stratégie de guerre. Ainsi, en théorie, il s’est ouvert un écart considérable entre la stratégie et la tactique, et cet écart dans la pratique de la lutte armée a été rempli par de véritables phénomènes de grande portée et de grande importance. Ces phénomènes requirent une nouvelle compréhension qui a émergé seulement après la guerre mondiale sous la rubrique de l’art opératif comme ensemble des connaissances sur les opérations. Par conséquent, l’art opératif est venu occuper une place indépendante dans la division désormais tripartite de l’art militaire comprenant la stratégie comme ensemble des connaissances sur la guerre, l’art opératif comme ensemble des opérations, et les tactiques concernant la bataille.

    Cependant, après être récemment devenue une discipline indépendante, l’art opératif fait maintenant face à la tâche de revoir fondamentalement tous les acquis sur la conduite des opérations. C’est tout à fait typique dans l’histoire de l’art militaire: quelque chose de nouveau et même de récemment né soudainement se révèle avoir vieilli. Notre pensée opérative ne peut pas se focaliser sur l’expérience de la guerre mondiale. Ce système épuisant de batailles d’attrition, qui a échoué à résoudre le problème de la percée d’un front, et dont le tempo offensif très lent, nécessitait aux alliés quatre mois au cours de l’année 1918 pour pousser les Allemands de 100 kilomètres seulement, ne peut pas devenir le seul point de départ pour le développement de notre théorie sur la conduite des opérations.
    Gardant à l’esprit le caractère révolutionnaire de notre future guerre des classes comme une confrontation décisive entre deux mondes incompatibles, nous devons aller plus loin et exiger davantage de notre théorie militaire. L’époque émergente des révolutions prolétariennes, avec la construction du socialisme révolutionnaire et de guerres des classes, prédestine sans doute l’avènement d’une nouvelle ère dans l’art militaire. Comme [Friedrich] Engels a dit, « la libération réelle du prolétariat, l’élimination complète de toutes les distinctions de classe, et la pleine propriété des moyens de production … supposent la création d’un nouveau moyen de faire la guerre. » (Sobranie de K. Marksa i F. Engel’sa, XIII, 491-93.) Notre doctrine opérationnelle fera face à de grands défis qui ne sont et ne s’auraient être résolues par la même pratique que celle de la guerre impérialiste [Première Guerre mondiale]. Celle-ci comprendra: la percée du front, la conduite d’une offensive en profondeur pour percer et briser un front doté d’une intense puissance de feu sur toute sa profondeur opérative, et enfin, infligeant des pertes, écrasant l’ennemi de coups visant sa destruction complète. Dans ces conditions, la mission de base de notre art opératif est la justification et l’élaboration de la théorie d’une opération en profondeur visant l’anéantissement.

    2. L’évolution de l’art opératif avant la guerre mondiale

    Travailler sur une théorie de l’art opératif est très compliqué en raison des diverses routes possibles, il faut voyager. Schlichting a écrit qu ‘«une nouvelle méthode stratégique n’a jamais jailli comme Minerve de la tête de Jupiter [parce] qu’il découle des particularités d’une époque et des moyens de combat correspondant.” Toutes les particularités de l’heure actuelle dans leur contexte socio-politique, économique, militaires, les dimensions industrielles offrent les matériaux pour une définition des opérations dans la guerre du futur. Mais ces particularités ne peuvent pas être interprétées comme quelque chose de permanent. Leurs tendances de développement sont essentielles dans la détermination de la nature des conflits armés, et elles ne peuvent être tracées et perçus que dans le contexte dynamique du processus historique.

    Pour comprendre la nature spécifique de l’opération contemporaine, il faut établir les conditions préalables et les conditions qui ont causé sa naissance et son évolution déterminée au fil du temps. Cette approche historique révèle également les conditions qui déterminent l’évolution future des formes opératives pendant les conflits armés. Dans le contexte historique, le phénomène actuellement connu comme une opération révèle de façon frappante les caractéristiques qui ont défini l’évolution de sa nature.
    La conduite de la guerre à l’époque de Napoléon est schématiquement composée en deux étapes de base qui étaient loin d’être égales en étendue et dans la durée. Ces étapes comprenaient une longue marche le long d’une ligne d’opération étendue et une courte bataille en un lieu en conclusion de cette marche. Clausewitz a décrit la situation comme suit: «. Dans les yeux de la stratégie, le champ de bataille n’est pas plus qu’un seul point, tout comme pour la durée où la bataille n’est pas plus qu’un seul instant » En effet, par rapport aux longues lignes d’opérations, la bataille de l’époque napoléonienne n’était pas plus qu’un point dans l’espace et un seul moment dans le temps.

    Cette époque dans l’art militaire mérite d’être appelé l’époque de la stratégie du point unique, la tâche principale d’un commandant était de concentrer toutes ses forces au bon moment et au bon endroit pour les engager dans une bataille qui équivalait à un acte tactique.

    En outre, ce schéma de l’art militaire à l’époque napoléonienne reflète ses propres conditions matérielles. À l’époque, la puissance de feu était inefficace et insuffisante, de sorte que son poids était proportionnellement mineur. Le facteur clé pour produire un effet efficace sur l’ennemi était l’action de choc directe par une force dynamique. Avant d’atteindre le champ de bataille, l’exécution nécessitait un déploiement de toutes les masses dans de profondes colonnes de choc. Celle-ci avaient évolué à partir du moment où la Révolution française avait donné naissance à un nouveau type de soldat, qui brûlé d’enthousiasme au cours de la bataille. Il était bien entendu que de telle concentration de force ne pourrait être atteinte que par le lancement d’une masse de choc le long des lignes intérieures. Ce coup brisait les formations de combat linéaire de l’époque de Frédéric le Grand.

    La concentration en masse avant la bataille provient aussi des moyens matériels disponibles pour la guerre. Une caractéristique importante des conditions de combat à l’époque napoléonienne était le fait que le champ de vision humain (normalement 3-4 kilomètres) dépassait de loin la portée des armes d’épaule (200 mètres) et de l’artillerie (1 200 mètres). Dans ces circonstances, les adversaires pouvaient approcher le champ de bataille en vue les uns des autres, tout en restant incapable d’appliquer leur puissance de feu sur leur vis-à-vis.

    Ce fait explique pourquoi l’ère napoléonienne n’a pas réussi à assister à l’avènement du combat de rencontre qui découle directement du contact pendant la marche approche. Un combat de rencontre suppose que les adversaires peuvent soumettre l’autre aux tirs dès qu’ils l’aperçoivent en approche. En effet, la gamme limitée d’armes à l’époque napoléonienne expliquait la pause entre la marche approche au champ de bataille et la bataille elle-même. Cette pause permettait le déploiement préliminaire en formation de combat en entrant dans le champ de bataille avant le déroulement réel de l’affrontement.

    À son tour, cette circonstance détermine la caractéristique la plus essentielle de l’art militaire napoléonien. C’était le fait que la bataille constituait l’étape finale, le point final couronnant une longue ligne d’opération. La bataille ne provenait ni n’était déterminée par la ligne d’opération. Au lieu de cela, la bataille constituait un épisode tactique à part. Le meilleur témoignage de ce fait est la campagne d’Italie qui a pris fin avec la bataille de Marengo ou encore la campagne de 1812 avec sa bataille finale de Borodino. Et donc, la bataille à l’époque napoléonienne était un phénomène tactique en un acte. Elle ne possédait pas de dimension spatiale parce que son échelle se limitait à un seul point, et elle n’avait pas de dimension temporelle, car elle n’était tout simplement qu’un court moment dans le temps. En outre, elle n’avait pas de profondeur parce qu’elle se produisait en un lieu restreint, et enfin elle était joué comme un épisode tactique autonome sans aucune relation organique avec la marche d’approche dans son ensemble. Dans ces conditions, l’opération telle qu’elle est actuellement comprise restée totalement inconnue de l’art militaire napoléonien. En effet, à cette époque les caractéristiques fondamentales de l’opération étaient sans doute absentes. Le combat est resté dans la sphère de compétence de la seule tactique, puisque la tactique constituait le savoir de la gestion dans la bataille.
    Cependant, chaque période historique accouche d’une nouvelle et affiche de nouvelles tendances et formes rudimentaires. Ainsi, même à l’époque Napoléonienne, on peut détecter les premiers signes de nouvelles formes de lutte armée qui ont dépassé les limites d’une seule bataille. Ces formes étaient évidentes à Ulm, Regensburg, Leipzig, et dans les événements de 1814. En analysant les événements de 1812, Clausewitz a écrit, «Finie l’époque où sur le champ de bataille on pourrait voir une action individuelle au cours de laquelle la victoire serait atteint d’un seul coup. ”

    Néanmoins, de tels phénomènes ne sont pas caractéristiques de l’époque de Napoléon. La caractéristique la plus typique est la longue ligne d’opération couronnée par un point qui a constitué un épisode tactique indépendant. Dans cette situation, la tâche principale de la stratégie est de concentrer toutes les forces simultanément sur le même champ de bataille et ensuite de céder sa place à la tactique quand la bataille a commencé. Clausewitz a décrit la situation dans les termes suivants: «Au moment où l’ennemi approche assez étroitement pour offrir une bataille décisive générale, le temps pour la stratégie est terminé, et elle peut prendre un repos.” Ce point de vue est resté influent pendant une longue période, et joua un rôle très conservateur, même dans des conditions complètement différentes, quand il finit par se contredire, en principe, le phénomène de l’opération apparut peu après.
    Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, toutes les conditions qui avaient défini l’art militaire napoléonien ont subi un changement fondamental. Ces conditions, qui comprenaient l’épanouissement du capitalisme industriel, l’introduction du service militaire sur la base des nouvelles relations de la société bourgeoise, et le progrès technologique basée sur l’industrie de pointe, ont créé de nouvelles conditions préalables pour le développement de systèmes militaires.

    L’introduction d’armes rayées à tir rapide a joué un rôle énorme. Armés de fusils Dreyse, un bataillon prussien de l’époque de Moltke pouvait tirer de 4000 coups par minute. Certes, la portée est restée limitée (300-400 mètres), mais il est rapidement passé à 1000 puis 1300 mètres (le Chassepot français). Pendant ce temps, l’introduction des canons de campagne rayés Krupp ont augmenté la portée de l’artillerie à 3,5 kilomètres. Dans ces conditions, le poids de la puissance de feu dans la bataille a proportionnellement augmenté à un tel point qu’elle est devenue le principal facteur d’impact sur l’ennemi, et a donc jeté les bases de l’époque de la destruction par le feu.

    Mais, les tactiques basées sur la puissance de feu entrèrent brutalement en conflit avec les colonnes profondes de Napoléon, qui ne permettent pas l’application maximale de la puissance de feu, et qui en même temps donné de parfaites cibles. Si la puissance de feu était devenue le facteur essentiel dans la bataille, alors les exigences de puissance de feu a nécessité le déploiement latéral du plus grand nombre d’éléments de la puissance de feu le long d’une seule ligne, afin que tous puissent être engagés. Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, les tactiques ont évolué pour redéployer la colonne profonde sur un front plus large utilisant la puissance de feu, produisant progressivement une ligne étirée de tirailleurs. La concentration en profondeur des masses de troupes avant la bataille, en colonnes fermées de choc ont cédé la place à de larges déploiements linéaires ayant une base qualitativement nouvelle pour augmenter la puissance de feu. Schlieffen a écrit que:
    S’ils ne veulent pas consciemment limiter le nombre de soldats disponibles au combat, alors ils doivent inévitablement penser à un ordre dispersé et étendre le front. (Schlieffen, O Voine budushchego.)

    Pourtant, pendant un certain temps les tactiques conservatrices ont souligné la forte concentration des masses au sein de secteurs étroits. Cependant, Engels écrivait, “le soldat s’avéra être plus habile que le général, et par le bon sens le soldat est arrivé à la ligne de feu étendue.” Les implications tactiques de ce phénomène a immédiatement influencé la nature du combat armé dans son l’ensemble en donnant l’impulsion de l’extension latéral des formations de combat. Moltke a enseigné que:on y perd plus en profondeur quand se disposant en front étendu [parce que] deux divisions se déplaçant à 7-10 kilomètres l’une de l’autre peuvent mieux et plus facilement se porter mutuellement assistance que si une division est suivie par l’autre.
    Un autre facteur très significatif du XIXe siècle a conduit à des actions plus largement distribués latéralement. Ce facteur a été le chemin de fer, qui a accéléré la concentration d’une armée dans un théâtre d’opérations militaires. Dans le même temps, la configuration du réseau de chemin de fer a facilité la concentration de l’armée à partir de divers points sur une grande échelle. Le même nombre de soldats (300.000) que Napoléon avait si facilement conduit et déployées comme un tout unique concentré a été déployée par Moltke en 1866 contre l’Autriche en trois armées séparées sur un front de 400 kilomètres. Les dispositions de Moltke avaient tenu compte de la configuration du réseau de chemin de fer et du tracé de la frontière de Bohême. En revanche, le déploiement initial de l’armée prussienne de Moltke en 1870 contre la France occupait un front d’environ 100 kilomètres, qui, après un mouvement vers l’avant, s’est progressivement étiré à 150 kilomètres. Cette extension latérale du front semblait incroyable à l’époque, et Moltke a été vertement critiqué pour cela par ses rivaux. La théorie conservatrice élevait les principes fondamentaux de l’art militaire de Napoléon dans un canon de principes éternels, sans égard aux conditions et exigences de la nouvelle époque. Pendant ce temps, les adversaires de Moltke, y compris l’autrichien Benedek et les maréchaux français Bazaine et Mac-Mahon, visaient toujours à concentrer leurs armées dans les espaces étroits, à chaque fois confrontées à un front prussien plus étendu disposant d’une puissance de feu à forte intensité.

    Pendant les guerres de la seconde moitié du XIXe siècle, les deux époques de l’art militaire et ces deux écoles de pensée militaire se sont affrontés l’une avec l’autre. Et naturellement, l’avantage réside à celui qui a perçu les conditions de son temps. Ce fait importait seulement parce que les guerres que la Prusse a menées au cours de la seconde moitié du XIXe siècle étaient historiquement progressistes et parce que la guerre franco-prussienne de 1870-1871 faisait partie de la politique progressiste bourgeoise (qui dure depuis des décennies) de libération et d’unification allemande. La défaite et le renversement de Napoléon III a accéléré cette libération. (Lénine, “mira programme de O,” 25 Mars 1916.)
    De cette époque de transition de l’art militaire vers le déploiement latéral des forces le long d’une seule ligne, les armées commençaient à entrer dans un théâtre d’opérations militaires le long d’un front linéaire prolongé. Ce fut le début d’une nouvelle ère dans l’évolution de l’art militaire, l’époque de la stratégie linéaire. Ce ne fut pas la force numérique de forces armées qui ont mené directement à ces déploiements latéraux, l’armée prussienne de 1866 à 1870 s’avéra ne pas être plus nombreuse que celle de Napoléon. L’impulsion est venue de nouveaux facteurs matériels – moyens de combat et les chemins de fer. Les nouveaux acteurs de la puissance de feu constituaient le facteur clé qui a initié le déploiement latéralement le long de la ligne, avec sa stratégie linéaire correspondante. Ce développement était l’affirmation la plus forte de l’idée d’Engels que «rien ne dépend plus du développement économique que l’armée et la marine», et que «l’armement, la composition, l’organisation, la tactique et la stratégie dépend principalement du niveau de production atteint à un moment donné et sur le développement des moyens de communication ».
    Avec l’avènement de l’époque de la stratégie linéaire, une série de phénomènes nouveaux entrèrent dans le déroulement des événements militaires d’un théâtre de guerre, et ces phénomènes ont à la fois dépassé les limites du champ de bataille comme un point unique et dépassé le cadre de la tactique. Une fois que les armées ont commencé à engager le combat à travers une large ligne, les efforts de combat ont été distribués sur un front, et la bataille n’était plus liée à un seul point, mais à différents points éparpillés le long du front. La principale caractéristique des conflits armés au cours de la seconde moitié du XIXe siècle a été le fait que l’époque de la stratégie du point unique de Napoléon s’est occultée en une série de points distincts dispersés dans l’espace.

    Pourtant, ce ne fut pas un front continu. C’était un front cassé par plusieurs points de contacts distincts servant à l’application des efforts de combat. La guerre austro-prussienne de 1866 a commencé avec trois batailles séparées (Gitschin, Trautenauand Nachod) répartis sur un front de 100 kilomètres. La guerre de 1870 a commencé avec deux grandes batailles (Spicheren et Worth) qui ont lieu simultanément à 60 kilomètres l’une de l’autre. Le stratège Moltke confrontait le nouveau problème de combiner et de diriger tactiquement et spatialement des efforts de combat indépendants pour atteindre l’objectif général de la défaite de l’ennemi. Ce fut le premier signe caractéristique du phénomène connu selon la terminologie actuelle d’opération. Et la vision de Moltke n’était qu’une faible adaptation à ce phénomène. Comme Schlichting observé, “Le plus grand stratège manquait d’une compréhension suffisante de la façon de combiner les actions des armées séparés dans un théâtre de guerre.”
    En plus de l’extension latérale du front, la seconde moitié du XIXe siècle a été témoin d’autres phénomènes nouveaux de combat. Avec une largeur de front accrue, il est apparu les premiers signes notables de l’augmentation de la profondeur, et, en conséquence, a changé la notion de temps. Ce sont les changements que l’ère napoléonienne n’avait pas connus, la bataille à cette époque avait eu lieu littéralement dans un seul endroit et durait seulement quelques heures. Il y avait certaines conditions pré requises et objectives pour obtenir l’apparition d’actions de combat dans une seconde dimension, qui est, celle en profondeur. Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, la gamme croissante d’armes égala bientôt la portée de la vision humaine. Il devient possible de détruire l’ennemi par le feu au moment dès qu’il est visible. Le champ de vision dans des conditions de terrain normales est généralement de 3-4 kilomètres, du même ordre que les nouveaux canons rayés de campagne (3,5 kilomètres). Les premiers coups de feu provenant des avant-gardes à la vue de l’autre ont été immédiatement suivis par d’autres. Comme l’a écrit Schlieffen, “Le moment où une balle a quitté le canon, est immédiatement suivie d’une autre.” (Shliffen, O Voine budushchego.) Le combat par le feu était lancé dès la marche et attiré inévitablement les éléments arrières des colonnes en marche. Dès les premiers coups de feu, l’avant-garde accourait, et personne ne s’inquiétait d’une pause entre la marche d’approche et le combat.

    Cette situation a créé de nouvelles conditions dans le déroulement de la bataille. La concentration préliminaire avant la bataille, comme à l’époque de Napoléon, est devenue impossible. Le combat se déroulait désormais directement depuis la marche, et ce fait a engendré l’apparition du combat de rencontre. Ce phénomène dans son sens moderne est devenu possible au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, lorsque la portée accrue des armes a égalé le champ de vision.

    Toutefois, ce fait n’a pas été reconnu depuis longtemps: les généraux prussiens conservateurs de 1866 ont laissé leur artillerie avec les bagages à l’arrière de colonnes de marche, avec l’intention de la déployer au préalable pour la bataille conformément à l’héritage napoléonien. Mais, le cours réel des événements, conditionnés par de nouveaux armements, s’est avéré être plus fort que la tradition, et l’initiative pour engager la bataille est passée des généraux aux principaux éléments en marche. En plus le déroulement de la bataille dès la marche, le combat n’était plus localisé, mais plus largement distribué, acquérant ainsi les premiers signes subtils de profondeur. Il y avait encore un autre fait important: Cette profondeur tactique a immédiatement dépassé les limites de bataille pour caractéristiques pour afficher les caractéristiques de la profondeur opérative.
    Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, la brève bataille d’action de choc a été transformé en une bataille de la puissance de feu continue qui a acquis une dimension prolongée dans le temps. Les batailles pendant l’âge de Moltke duraient 10-12 heures. Dans le même temps, elles ont échoué à obtenir le résultat décisif si typique de l’époque de Napoléon. La puissance de feu semblait incapable de résoudre le problème en un acte et dans un seul secteur. A l’issue d’une bataille, l’ennemi n’a pas été complètement détruit; il se retira progressivement, réorganisera ses formations dans un nouveau secteur, et sera encore une fois prêt à livrer bataille. Ainsi, la chaîne des efforts au combat est désormais distribuée en profondeur.

    Pendant la guerre de 1870, les trois principales batailles successives ont eu lieu dans les environs de Metz (Colombey-Nouilly, Mars-la-Tour, et Gravelotte-St. Privat) .Le cours des événements a duré seulement six jours, au cours de laquelle la deuxième armée prussienne a terminé une approche par son aile gauche, traversant une distance de 90 kilomètres. Cet ensemble intéressant de batailles, distribué en profondeur, possédait toutes les caractéristiques d’une opération moderne. Ils consistaient en des efforts de combat distincts que Moltke a combinés dans l’espace et le temps pour la réalisation d’un objectif général global. Telle était aussi la nature de la manœuvre de Sedan qui a duré dix jours et qui exigeait la traversée de 150 kilomètres en profondeur. Ainsi, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, la profondeur est devenue un phénomène nouveau du combat, bien qu’elle soit restée rudimentaire.

    La guerre de 1870 (avant la chute du Second Empire français) ne comptait que quatre éléments majeurs dans la profondeur que constituaient les principales batailles séparées (de Spicheren-Worth, Metz, Sedan et Paris). Ce sont une chaîne d’efforts de combat distincts et mutuellement indépendants. Pour la plupart, ils ont atteint leur paroxysme dans une seule bataille principale, le champ d’application qui rappelait les grandes batailles à l’époque napoléonienne. La série de points distribués dans l’espace a encore conduit à un point unique (Koniggratz et Sedan). L’objectif principal de la stratégie restait encore la concentration simultanée de toutes les forces disponibles en un seul endroit. Mais la différence essentielle réside dans le fait que la concentration procède de déploiements généralisés sur une variété d’axes qui ont conduit à un enveloppement concentrique de l’ennemi.
    La caractéristique de l’époque de la stratégie linéaire était la manœuvre concentrique le long de lignes extérieures convergentes, un développement qui a donné naissance à la notion de “Cannes” à une échelle opérative. Mais cette manœuvre depuis différentes directions conduisait encore à une seule bataille principale. Cependant, l’époque de l’apogée de la bataille selon Moltke est pourtant différente de celle du siècle précédent. Elle ne se déroulait plus comme un épisode tactique distincte, indépendante de la longue ligne d’opération. Dès que la bataille a été lancée à partir de la marche, sans intervalle entre les deux, la bataille a commencé à découler organiquement de la marche de manœuvre, avec la bataille déterminant l’organisation du mouvement. La marche se développait directement dans le combat, et l’importance de la manœuvre d’approche a naturellement grandi dans la bataille. Le plan de cette dernière a été déterminé par la disposition de la première.
    En 1866, les même corps prussiens, qui ont été initialement déployés sur un front de 400 kilomètres, ont accompli leur enveloppement à Koniggratz avec un écartement de 4-5 kilomètres les uns des autres. Dans ces circonstances, le plan pour le déploiement envisageait le schéma des actions à venir. Et, étant donné que la possibilité de modifier le groupement initial de forces était limitée, la ligne des corps déployés ne pouvait pas être fondamentalement changée au cours de l’offensive.

    Napoléon pouvait organiser sa marche, indépendamment de la future bataille, depuis qu’il avait l’opportunité d’adopter la formation de combat appropriée avant l’entrée dans la bataille. En revanche, Moltke a dû fonder son déploiement et marche d’approche sur un plan prédéfini pour vaincre l’ennemi. A son époque, la disposition des actions de combat nécessitait une perspective et une anticipation de la bataille principale, et cet élément est devenue caractéristique des opérations modernes. En effet, Moltke a dû façonner une perspective étendue du déploiement jusqu’à la grande bataille incluse.
    Quant à l’art du commandement à l’époque de Moltke, il n’y avait pas de frontière entre la marche et le combat, entre la marche d’approche et la bataille principale, entre stratégie et tactique dans le théâtre des opérations et les tactiques militaires durant conduite de la bataille. Le commandement des armées dans un théâtre d’opérations militaires a comme principale but la bataille principale, qui est un domaine de compétence de l’art opératif contemporain. En outre, une caractéristique spécifique de la stratégie de l’époque Napoléonienne, est la pause avant le déroulement de la bataille, disparue, devenue anormale dans de nouvelles conditions du commandement des armées. Ce fait est longtemps resté vague. Les fondamentaux de l’art militaire napoléonienne ont persisté, élevés au statut de principes éternels. A la veille de la bataille de Sedan, Moltke a perdu le contrôle de ses armées, et ce fut grâce à l’initiative de ses commandants subordonnés que la marche d’approche a terminé par la bataille décisive.

    Gênés par la théorie militaire conservatrice, les nouveaux phénomènes et les nouvelles conditions au cours de la seconde moitié du XIXe siècle ont requis un certain temps pour pénétrer dans le domaine de la pensée. Même au début du XXe siècle, [le stratège russe G. A.] Leer a élaboré son système dogmatique de la stratégie sur la base de l’art militaire napoléonienne. Pourtant, déjà lors des guerres de 1866 et de 1870 les actions de combat avaient révélé leur nouveau visage: Elles ont été dispersées latéralement le long d’un front, elles ont été distribuées en profondeur, et elles découlaient organiquement du déploiement dans son ensemble. Autrement dit, elles ont acquis les caractéristiques fondamentales qui définissent une opération. Les guerres au cours de la seconde moitié du XIXe siècle ont été le point de départ historique à partir de laquelle l’opération en devenir va baser son évolution.

    Comparaison n'est pas raison.

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