Post has published by cuirassier

Ce sujet a 24 réponses, 10 participants et a été mis à jour par  mongotmery, il y a 3 mois et 1 semaine.

25 sujets de 1 à 25 (sur un total de 25)
  • Modérateur
    Posts2996
    Member since: 12 avril 2012

    Je vais aujourd’hui débuter un nouveau dossier sur une guerre méconnue et qui plus est exotique ! Exotique car il concerne le Tchad, le but étant de vous faire découvrir comment on fait la guerre à la Saharienne, de plus le coup d’état de 2008 est riche en enseignements tactiques. Dans une 1ère partie la présentation du Tchad et des belligérants, puis une 2nd sur l’art de la guerre à la saharienne et ensuite une description et une analyse des opérations.

    http://cache.20minutes.fr/img/photos/20mn/2009-04/2009-04-07/article_CarteWeb_Tchad1.jpg

    Brève histoire du Tchad :

    – 1960 Indépendance vis-à-vis de la France
    – François Tombalbaye 1er président, d’ethnie chrétienne Sara, il subit les révolte musulman du Nord et finis pas être renversé en 1975 par un coup d’état militaire.
    – général Félix Malloum président renversé par Goukouni Oueddei en 1979.
    – Le rival de ce dernier : Hissène Habré soutenu par la Lybie prend le pouvoir en 1980.
    – Echec de la fusion du Tchad avec la Lybie de Kadhafi, ce dernier lance l’invasion du nord du pays stoppée grâce à l’intervention de la France (Opération Manta). Néanmoins la moitié nord du pays reste occupée.
    – En 1987, l’armée Tchadienne lance une offensive surprise et inflige une humiliante défaite à l’armée libyenne qui ne garde le contrôle que d’une mince bande le long de la frontière (la bande d’Aozou). Elle sera restituée au Tchad en 1994.
    – En 1990, le président Hissène Habré est renversé par Idriss Déby.
    – Fin 2007-début 2008 tentative de putsch de l’UFDD (Union des Forces pour le Développement et la Démocratie).

    Alors je ne rentre pas trop dans les détails car avec les groupes armés qui changent régulièrement de noms en fonction des alliances et des époques cela devient vite un casse-tête…

    http://www.interet-general.info/IMG/Tchad-Abou-Goulem-Vehicules-UFDD-Captures-27novembre2007-1.jpg

    Matériel de l’UFDD récupéré par l’Armée nationale tchadienne (ANT) durant la bataille d’Abou Goulem. Le matériel étant le même pour les 2 camps il sera bien sur réutiliser. Noter la tentative de camouflage très utile dans la broussaille entourant N’Djamena.

    L’UFDD :

    Ce mouvement regroupe plusieurs partis anti-Idris Déby (président du Tchad depuis 1990), tel le CDR, les Forces unies pour le changement etc… Mais bon comme souvent en Afrique c’est toujours une histoire de lutte de clans, de « meilleure répartitions » des richesses etc… Ce mouvement est soutenu par le Soudan qui lui sert de base de départ pour ses offensives vers le Tchad.

    http://tchadonline.com/wp-content/uploads/2010/01/NOURI2.jpg

    Mahamat Nouri président de l’UFDD, c’est un ancien général de l’armée Tchadienne, bon tacticien il est d’un commandant qui infligea la déroute de l’armée libyenne dans les années 80.

    Depuis 2005 (début de la guerre civile tchadienne) l’UFFD a fait plusieurs tentatives pour s’emparer du pouvoir, toutes on échouer en particulier fin 2007 ou ils sont stopper à la bataille d’Abou Goulem par l’Armée Nationale Tchadienne (ANT) commandée par Idris Déby lui-même. Néanmoins au début de l’année 2008 malgré cette défaite ils sont décidés à retenter leur chance.

    A suivre présentation des autres belligérants…

    Comparaison n'est pas raison.

  • Admin bbPress
    Posts6298
    Member since: 5 août 2017

    Parfait! Je ne connais absolument rien sur ce conflit, alors, j’attend la suite, surtout en ce qui concerne l’aspect militaire. N’hésite pas à « longuement t’attarder » sur les tactiques employées, la stratégie employée et le côté logistique 😉

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Participant
    Posts1080
    Member since: 12 avril 2012

    Merci j’attends la suite 🙂
    Je ne savais même pas que notre Mouhamar favori avait voulu envahir le Tchad 😆

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    j’espère que tu nous parleras du role de la france, d’autant qu’il y a une situation géopolitique très particulière dans le soudan voisin!

  • Modérateur
    Posts2996
    Member since: 12 avril 2012

    Merci j’attends la suite 🙂
    Je ne savais même pas que notre Mouhamar favori avait voulu envahir le Tchad 😆

    C’est en effet trop peu connu malgré la déroute que son armée a subit si je trouve suffisamment de source peut-être qu’à la suite de ce dossier je ferai un poste consacré à cette guerre.

    j’espère que tu nous parleras du role de la france, d’autant qu’il y a une situation géopolitique très particulière dans le soudan voisin!

    Oui tout à fait, le rôle de la France fut capital malgré une position assez passive.

    Comparaison n'est pas raison.

  • Modérateur
    Posts2996
    Member since: 12 avril 2012

    Suite du dossier avec la présentation des autres belligérants.

    Idris Déby et l’Armée Nationale Tchadienne (ANT) :

    Comme nous l’avons vu plus haut Idriss Déby est président du Tchad depuis 1990… Si il n’est pas un démocrate il se révèle être un excellent chef de guerre, en effet il fit ses preuves de tacticien lors des différentes guerres civiles qui secouèrent sont pays et lors de la reconquête du nord du pays contre l’armée libyenne. C’est un homme courageux et très déterminés, il n’hésite pas à commander lui-même ses troupes sur le champ de bataille. Il a été formé à la prestigieuse école de guerre de Paris et dispose pour résister à l’attaque rebelle de l’Armée Nationale Tchadienne :

    http://www.cameroun24.net/images/news/idriss_deby770.jpg

    Le président Idris Déby en uniforme de chef d’état-major de l’ANT. A noté l’officier en arrière-plan qui a fait un savant mariage entre tenue traditionnelle et uniforme de conception américaine.

    L’ ANT est une armée avec de forts effectif (+ de 30 000 actifs), son aviation possède notamment de puissants hélicoptères mi-35 ou encore des chasseurs bombardiers PC-9 piloté par des mercenaires biélorusses. L’essentiel des troupes se compose d’infanterie motorisé sur des pickups généralement de marque Toyota d’où le surnom de « Toyota war » parfois donner aux conflits de cette région. Ces véhicules sont aux cœurs de la stratégie militaire saharienne, ainsi on les retrouves massivement dans les 2 camps. Ils sont aussi armées à peu près de la même manière ; kalachnikov, mitrailleuses lourdes, et très forte proportions de RPG-7. Mais je reviendrai plus en détail dans la prochaine partie.

    http://www.lefigaro.fr/medias/2011/04/10/b1d3ea82-63f9-11e0-b34d-824223a52ff9.jpg
    Le gros des troupes tchadiennes et rebelles est constitué d’infanterie motorisé se déplaçant à pick up comme sur cette photo. Observez bien la nature du terrain c’est important pour comprendre la prochaine partie sur les tactiques employées.

    La garde républicaine sort du lot avec un matériel de meilleure qualité, elle est aussi privilégier pour suivre les formations proposé au Tchad par l’armée française et américaine. Elle n’est composée que de Zagawa, l’ethnie du président gage de fidélité…

    http://www.rfi.fr/radiofr/images/095/Tchad_combats_071125x432.jpg
    Un RAM 2000 de conception israélienne. Ce très rare véhicule capable de transporter 8 soldats (dont 2 pour l’équipage) est uniquement utilisé par la garde républicaine qui est la seule à utiliser des véhicules blindés. A noter qu’il a été touché à plusieurs reprises notamment par un RPG sur le flanc gauche mais le blindage à résister.

    La France et l’opération Epervier :

    Le Tchad a obtenu son indépendance depuis longtemps mais « maman France » garde toujours un œil sur la région. L’opération Manta qui avait permis de résister à l’invasion libyenne c’est vu prolongé par l’opération Epervier à partir de 1987. Ainsi la France possède un fort contingent présent à N’Djamena.

    Pendant la période qui nous concerne voici le dispositif d’Epervier :
    – Des marsouins (infanterie de marine) provenant du 3ème RIMa, du 21ème RIMa et du 3ème RPIMa
    – Des légionnaires du Régiment Etranger de Cavalerie avec leur blindé légers Sagaie
    – L’armée de l’air est présente avec des mirages 2000, des hélicoptères puma et un avion de reconnaissance Atlantique 2 pour la marine nationale.
    – Divers éléments du génie, de logistique, du service de santé des armées…
    -Des forces spéciales du 1er RPIMa seront projetées en urgence.

    Pour un total de 1100 hommes environ.

    Leur mission est d’assurer la protection des ressortissants étrangers principalement des français mais aussi beaucoup de chinois… Des accords de défense avec le Tchad font que la France apporte son aide en termes de formation, logistique, service de santé et renseignement (reconnaissance aérienne).
    Si la France soutient ouvertement Idris Déby, ses soldats ont pour ordre de respecter la neutralité face à cette guerre civile, néanmoins la seule présence de l’armée française va se révéler déterminante pour les batailles qui vont venir.

    http://www.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/images/ema/les-forces-prepositionnees/gabon/120802-gabon-dio-au-profit-de-l-armee-tchadienne/dio-au-profit-de-l-armee-tchadienne-2/1890071-3-fre-FR/dio-au-profit-de-l-armee-tchadienne-2.jpg
    http://www.defense.gouv.fr/var/dicod/storage/images/base-de-medias/images/operations/tchad/120606-tchad-detachements-d-instruction-operationnelle-au-profit-de-l-armee-tchadienne/detachements-d-instruction-operationnelle-au-profit-de-l-armee-tchadienne-1/1810645-1-fre-FR/detachements-d-instruction-operationnelle-au-profit-de-l-armee-tchadienne-1.jpg
    L’insigne de manche prouve que le militaire français (probablement un officier) est un marsouin des troupes de marine. Il est en train de former des membres de la garde républicaine (béret rouge)à la cartographie, science très négligée dans cette région.

    Bref pour résumer, vous avez les rebelles qui en février 2008 vont retenter de prendre le pouvoir en s’emparant de la capitale et du palais présidentiel, face à eux ils ont Idris Déby et l’ANT soutenue timidement (du moins au 1er abord) par la France.

    A suivre analyse de l’art militaire à la saharienne…

    Comparaison n'est pas raison.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    C’est un sujet que je suis impatient de lire, ( c’est très contemporain, bien traité) et en plus j’ai eu l’occasion de travailler sur le mandat d’arrêt contre Béchir le soudanais ennemi de Déby au lycée.

    Si la France soutient ouvertement Idris Déby, ses soldats ont pour ordre de respecter la neutralité face à cette guerre civile, néanmoins la seule présence de l’armée française va se révéler déterminante pour les batailles qui vont venir.

    Tu ferais pas allusion entre autres à l’aéroport que les rebelles ne peuvent investir vu que l’armée française y évacue ses ressortissant mais d’où partent les hélicos loyalistes qui inverseront la vapeur?

  • Modérateur
    Posts2996
    Member since: 12 avril 2012

    @ulysseslee
    Oui je pensais à cet évènement entre autre. J’aurai bien voulu garder le suspense jusqu’à mon post sur la bataille de N’Djamena, mais ce n’est pas grave. Le seul point que j’avais prévu de parler sur les relations Soudan-Tchad est le fait que le Soudan abrite, finance et arme la rébellion donc n’hésite pas si tu connais le sujet à compléter par tes connaissances à la suite du dossier.

    Comparaison n'est pas raison.

  • Modérateur
    Posts2996
    Member since: 12 avril 2012

    L’art militaire au Sahara.

    Une guerre ancestrale :

    On peut parler d’art militaire Saharien car; des rebelles Touaregs jusqu’au Soudan, en passant par la médiatique AQMI, ont a globalement les mêmes tactiques de combat et qui sont uniques au monde. Pour comprendre leur manière de se battre il faut comprendre le terrain : la grande partie du champ de manœuvre est constituée de très vaste étendue plane et désertique, sans couvert pour dissimuler ses mouvements. Ainsi la guerre au Sahara, et ce n’est pas Rommel qui me contredira, s’apparente à une bataille navale ou le sable serait l’océan et les rares points stratégiques (ville, oasis…) seraient des îles à conquérir. La notion de front n’existe pas car les armées sont des flottes qui se meuvent et évitent le combat jusqu’à atteindre leur objectif stratégique.

    http://dafina.net/forums/file.php?52,file=31071,filename=berberes.jpgPhoto de rezzou des années 20, si les moyens ont changé, la doctrine reste la même.

    Dans ce milieu particulier c’est développer : la razzia (rezzou en touareg) qui consiste en une attaque rapide de l’ennemi sans se laisser accrocher. Et finalement la guerre pratiquée aujourd’hui dans cette région est la même que celle d’autrefois, sauf que les kalachnikovs ont remplacé les sabres et les pickups ont remplacé les méharis. Ce qui faut bien comprendre c’est l’aspect fluidité des mouvements, on évite au maximum les combats, quand ce dernier est engagé il ne dure pas longtemps, le vaincu se désengage rapidement et ne se laisse pas accroché.

    Comme vous le voyez c’est une guerre très traditionnelle qui a peu évolué depuis des siècles. Il y a un véritable poids des traditions :
    – on se bat clan contre clan
    – des enfants sont recrutés de forces dans les 2 camps
    – la notion de courage est plus importante que le génie tactique, les tchadiens n’ont pas peur de la mort, seul la victoire compte.

    http://www.jeuneafrique.com/photos/AFP/1273/photo_1273009564063-1-0.jpg
    Très jeune soldats de l’armée gouvernementale, avant de juger trop vite avec nos yeux d’occidentaux il faut savoir que dans cette région la vie est courte, on devient donc un homme plus tôt, dès la puberté.

    Déroulement de la bataille :

    Quand les 2 armées se rencontrent et qu’elles acceptent le combat parce qu’elles ne peuvent plus s’éviter voilà ce qui se passe : premièrement elle se déploie sur plusieurs kilomètres de largeur.
    Puis elles se chargent face à face, les attaques de flancs sont rares, parfois à la manière de Nelson à Trafalgar, une des armés se met perpendiculaire à l’autre pour l’enfoncer à son centre. Je vous laisse imaginez l’extrême violence de ces batailles ; l’imbrication dans la poussière, de centaines de pickups qui se tirent dessus au RPG, à la mitrailleuse lourde voir au canon de DCA à très courte portée ! Dans cette mêlé moyenâgeuse, c’est bien le courage qui compte, la place du chef est primordiale pour garder la cohésion et entrainer les hommes, au Tchad il n’est pas rare que des officiers supérieurs meurent au combat…

    http://storage.canalblog.com/83/00/524038/39345903.jpgDes soldats de l’ANT. Noter qu’ils transportent de nombreuses roquette RPG et ceci notamment pour 2 raisons: ils tirent très mal et à cause du mauvais entretien des munitions beaucoup n’explosent pas! Donc ils compensent par une forte cadence de tirs d’où la nécessité d’avoir beaucoup de munition.

    Rôles des appuis :

    Il est quasi inexistant ! Comme nous l’avons vu plus haut, le combat au Tchad est une question de mêlée, même les armes normalement dévolus à l’appui comme les mitrailleuses lourdes, les canons de DCA sont utilisés en mêlés à très courte portée ! Pour ce qui est de l’armement plus lourd il est quasiment inexistant tout simplement parce qu’il est considérait comme contraire à l’esprit du rezzou car Il ne ferait que retardait les mouvements. L’ANT possède pourtant des mortiers mais ils sont très mal servis… pareils pour les lance-roquette multiple*, véritable arme de destruction massive de la région, utilisés en tir tendu…

    http://cache.20minutes.fr/img/photos/afp/2008-06/2008-06-16/article_photo_1213626017075-3-0.jpg Parmi les mitrailleuses de 12.7, 14.5 ou les canons spg-9 il n’est pas rare de voir des pickups armés de canon de DCA zu-23 bitube de 23mm. Si leur usage en appui pour les troupes au sol est courant depuis la 2nd guerre mondiale, au Tchad on l’utilise en mêlée comme un simple ak-47 !

    La logistique :

    La logistique a bien sur une part importante car les armées doivent pourvoir être autonome pendant plusieurs jours dans le désert. Comme nous l’avons vu le rezzou c’est ; la victoire ou le repli rapide donc les stocks sont peu importants, de plus le guerrier tchadien n’est pas très consommateur en ravitaillement. Des pickups spécialement dédiés à la logistique restent à l’arrière des armées, régulièrement les véhicules se regroupent pour assurer la distribution des vivres, munitions et du carburant. Néanmoins chaque pickup amène avec lui son propre stock surement pour limiter ce genre de regroupement où les troupes sont facilement détectables et vulnérables à une attaque.

    http://cache.20minutes.fr/img/photos/afp/2008-06/2008-06-13/article_photo_1213360149719-1-0.jpg Pickup de logistique, ils sont non armés mais toujours escortés par de l’infanterie. La nourriture des soldats se compose généralement de mil, un céréale local.

    * Lance-roquette multiple : c’est comme les orgues de Staline, les Katiouchas, ce sont des pièces d’artillerie à tir courbe sauf qu’au Tchad on les utilise en tir tendu parfois à très courte portée.

    A suivre les opérations du 30 janvier au 2 février 2008…

    Comparaison n'est pas raison.

  • Participant
    Posts2982
    Member since: 12 avril 2012

    Super article comme quoi,l’art de la guerre ne tend pas à s’universalisé partout dans le monde.
    Merci beaucoup. 😉

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Là où on voit que t’as très bien décrit la guerre dans le sahara, c’est quand on a vu les images des combats en Lybie pick-up contre pick-up, surtout après que l’OTAN pour soit disant protéger la population, ai fait pilonner les tanks de Kadhafi.

  • Modérateur
    Posts2996
    Member since: 12 avril 2012

    Super article comme quoi,l’art de la guerre ne tend pas à s’universalisé partout dans le monde.
    Merci beaucoup. 😉

    Oui, tout à fait tout simplement parce qu’il faut s’adapter au terrain. Néanmoins il faut remarquer que leur tactique commence a vraiment devenir archaïque, par exemple au niveau des appuis ce n’est pas normal qu’ils les utilisent si mal, d’ailleurs on le verra plus tard mais cela va porter préjudice à la rébellion. Le courage ne fait pas tout, même si il faut reconnaitre que dans cette région ; du courage il n’en manque pas !

    Comparaison n'est pas raison.

  • Modérateur
    Posts2996
    Member since: 12 avril 2012

    3ème partie : l’attaque rebelle.

    http://media.paperblog.fr/i/44/447192/cameroun-suite-conflit-opposant-larmee-nation-L-1.jpeg

    C’est le mercredi 30 janvier que l’Atlantique 2 de la marine nationale repère l’importante colonne rebelle en provenance du Soudan, elle est estimée à 300 pickups. Les hommes de l’UFFD sont très déterminés, car ils savent qu’avec le déploiement prochain de l’EUFOR*, c’est surement leur dernière véritable occasion de s’emparer du pouvoir. La stratégie est simple foncez le plus rapidement vers la capitale et s’en emparer. Les autres villes seront contournées.

    http://www.opex360.com/images/atl2-20100920.jpg Avion Atlantique 2, grâce à ses nombreux capteurs et caméra (on en voit une devant) il est spécialement dédié à la reconnaissance, il est aussi capable de tirer des missiles antinavires.

    Aussitôt prévenu Idriss Déby réagit ; des troupes partent de N’Djamena pour stopper frontalement les rebelles, pendant ce temps, des blindés en provenance d’Abéché, la grande ville de l’Est, fonce pour arriver sur les arrières rebelles. L’aviation gouvernementale a elle pour mission d’appuyer les troupes au sol et d’harceler les véhicules ennemis.

    http://www.ouest-france.fr/of-photos/2008/02/08/N1GE03ABIS_20080207_apx_470_.jpg J’ignore exactement quels sont les blindés partis d’Abéché mais je suppose que ce sont ces AML 90, leur canon permet de détruire les pickups à distance mais généralement employés sans infanterie, ces blindés sont vulnérables à une attaque au RPG à courte distance.

    Mais les rebelles ne tombent pas dans le piège, en se divisant en 3 colonnes, ils arrivent à contourner les troupes de l’ANT. Une des raisons possible pour laquelle ils ont si facilement duper l’ANT, est que cette fois la rébellion est composée en partie de Zaghawa dont le neveu de Déby lui-même ! Ainsi des agents doubles les informes des mouvements des troupes gouvernementales. Ces dernières, suite à l’échec pour engager le combat, se replient vers la capitale.

    Et là chose surprenante, l’aviation française perd la trace des rebelles, cela est dû au fait qu’ils se sont dispersés et profitent de la végétation** pour rester à couvert, ne se regroupant que le soir pour se ravitailler.
    Ce n’est qu’en fin de matinée du vendredi 1 février qu’ils sont de nouveaux repérés à seulement 200 kms de N’Djamena…
    Le dispositif épervier est renforcé en urgence notamment par des forces spéciales, l’évacuation des ressortissants, estimés à 600 riens que pour les français, commence.

    http://www.rfi.fr/radiofr/images/102/rebellestchad432.jpg Voici les rebelles! Notez la très forte proportion de RPG, au moins un par véhicule, dès que la bataille est engagée les tireurs RPG débarquent et tirent en rafale leur roquette à courte portée. Il ne peuvent pas tirer à partir des véhicules car les flammes de la propulsion de la roquette bruleraient leurs camarades.

    Idriss Déby retente sa chance et le combat s’engage enfin au sud de Massakori. La bataille, extrêmement violente, tourne vite en défaveur des gouvernementaux dont les communications radios seraient écoutées, des soldats Zaghawas de l’ANT changent mêmes de camps au cours de la bataille ! Idriss Déby ne doit la vie qu’à un mi 35, qui contre toute logique militaire, se positionne en stationnaire et ouvre le feu, attirant ainsi la riposte des rebelles. Cette diversion permet à Déby de s’échapper.

    Une 2ème bataille aura lieu à Massaguet (80 kms au Nord-Est de N’Djamena), largement en sous nombre les troupes de l’ANT partent en déroute. Le général Daoud Soumain, chef d’état-major tchadien meurt héroïquement au combat.

    Au soir du 1er février plus rien ne peut empêcher les rebelles d’entrer dans la capitale…

    http://www.theepochtimes.com/news_images/highres/2008-2-15-qwad79735435.jpgScérémonie en hommage au général Daoud Soumain. Noter que ces soldats de la garde républicaine portent de bon vieux fusils MAS 36! Surement exclusivement utilisés pour les cérémonies. Sinon bel exemple de culte de la personnalité avec cette affiche.

    *EUFOR : contingent de troupes envoyés au Tchad par l’Union Européenne pour protéger les camps de réfugiés du Darfour.
    **La végétation : J’ai dit précédemment que la zone est désertique mais vers l’ouest la présence du fleuve Tchad permet le développement d’une végétation suffisamment dense pour que les rebelles une foi dispersé soient indétectables.

    A suivre la bataille de N’Djamena…

    Comparaison n'est pas raison.

  • Modérateur
    Posts2996
    Member since: 12 avril 2012

    4ème partie : la bataille de N’Djamena :

    Comme nous l’avons vu dans les postes précédents, les rebelles sont aux portes de la capitale. Les observateur présent sur place annonce déjà la chute imminente d’Idriss Déby, les partisans de ce dernier accusent même la France de passivité devant la situation. Pourtant le tenace président tchadien n’est pas décidé a renoncé si facilement, la bataille de N’Djamena va lui permettre un incroyable renversement de situation et elle sera aussi l’occasion d’une petite révolution dans la manière de faire la guerre au Tchad.

    http://www.populationdata.net/images/cartes/afrique/afrique-sud-saharienne/tchad/tchad_ndjamena.jpg

    Une révolution car pour cette bataille, Idriss Déby va adopter une posture statique en formant un hérisson autour du palais présidentiel et ceci à l’encontre même des principes fondamentaux du rezzou.
    Pour bien comprendre la bataille il est nécessaire de connaitre le terrain :
    N’Djamena (900 000 habitants) est une ville en forme de demi-cercle dont la base s’appuie sur le large fleuve Chari, ce dernier empêche toute attaque contre la présidence depuis le sud-ouest.
    Les rues vont canaliser les rebelles limitant ainsi fortement leur liberté de mouvement (principale atout du rezzou). Les rebelles vont devoir progresser par des avenues face à une défense bien organisée, bref un combat auxquels ils ne sont pas du tout habitués.

    http://cache.20minutes.fr/img/photos/afp/2008-02/2008-02-06/article_CPS.IBR78.060208210523.photo00.photo.default-512×360.jpg Cette photo vous montre bien les rues dans lequel les rebelles furent canalisés et comme vous pouvez le voir pulvérisés… Evidement ils ne sont pas habitués au combat urbain qui est lent, minutieux et bien différent du fougueux rezzou dans le vaste désert.

    Les gouvernementaux, dans ce terrain qui avantage la défense, peuvent économiser leur moyen en concentrant leur efforts sur la défense des quelques avenues qui amènent à la présidence.
    Ainsi ils disposeront des chars T-55 en tant que casemate roulant, placé en enfilade des rues ils empêcheront les rebelles de progresser. De plus pour la première fois au Tchad, ces blindés sont correctement protégés par de l’infanterie, rendant leur destruction difficile même dans ce milieu urbain.

    http://www.armyrecognition.com/Afrique/Tchad/vehicules_lourds/t-55/T-55_Chadian_army_07022008_news_001.jpg Un T-55 tchadien, il est la “Kalachnikov” des chars, peu cher, facile d’utilisation et d’entretien, il convient parfaitement au pays à faible budget. Son canon de 125 mm lui procure une puissance de feu très respectable, ils feront merveilles face aux pickups à N’Djamena.

    C’est là que l’on va comprendre pourquoi la simple présence de l’armée française va fortement aider Idriss Déby. En effet, nous l’avons vu la principale mission de la force d’Epervier est de protéger et d’évacuer les civiles, hors pour cette mission les troupes françaises évidement défendent fermement un point central : l’aéroport international de N’Djamena. La France a adressé un message clair aux belligérants, la guerre civile c’est votre affaire mais l’aéroport c’est pas touche !

    Ainsi toute la partie au nord-ouest de la place de l’étoile et du rondpoint de la garde sont strictement interdits aux belligérants, privant ainsi encore plus la liberté d’action des rebelles et facilitant la défense des gouvernementaux dont le flanc gauche est par conséquent défendu par l’armée française !

    De plus l’aviation tchadienne pourra continuer à utiliser l’aéroport tout en restant protégée, notamment les mi-35 qui feront des ravages dans les colonnes rebelles.

    http://i34.servimg.com/u/f34/11/10/92/18/copie_14.jpg Une sagaie du 1er REC, positionnée à l’aéroport, ils seront à plusieurs reprise amener à riposter notamment le 3 février où des rebelles ont ouvert le feu contre un avion de transport plein de ressortissant.

    Le samedi 2 févier les rebelles se déplacent selon 3 axes : un longeant l’aéroport, un passant par le centre-ville et le 3ème en provenance du sud-est pour s’emparer de la radio, histoire d’annoncer une victoire qui est loin d’être acquise ! Mais les rebelles butent devant la farouche résistance des 3 000 Zaghawas de la garde présidentielle. Ils ne peuvent pas se déployer dans les rues, littéralement stoppés par les T-55 et l’infanterie pendant qu’une pluie de roquette des mi-35 s’abat sur les rebelles qui n’ont que les arbres plantés le long des rues pour s’abriter…

    http://tcomtchad.info/wp-content/uploads/2010/08/helico2.jpg Un mi-35 (version export du mi24), ce véritable “tank des cieux” dispose d’une forte puissance de feu qui ravagera les rebelles dans les rues de N’Djamena

    A plusieurs reprises les rebelles tenteront de passer par le secteur français, mais la puissante riposte qu’ils subiront les découragea bien vite…
    Le dimanche 3 février les rebelles forts agacés par leur échec d’hier décident de lancer un ultime assaut par le sud-est. Ils s’emparent de la radio mais buttent toujours devant le hérisson de la présidence, ils payent chèrement leur manque d’armes d’appuis. Le soir comprenant qu’ils n’ont pas les moyens de remporter la victoire, les rebelles en manque de ravitaillement, se replient vers le Soudan.

    http://referentiel.nouvelobs.com/file/447877.jpg Il faut saluer le sang-froid des soldats de l’armée française, qui pendant la bataille ont très bien géré l’évacuation. Ici des légionnaires (béret vert) avec les fameux VAB (véhicule de l’avant blindé) à droite.

    A suivre la conclusion…

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  • Modérateur
    Posts2996
    Member since: 12 avril 2012

    Alors voici la conclusion :

    Difficile d’avoir les chiffres des pertes, on doit s’approcher du millier d’homme dans chaque camp.
    Malgré le déploiement de l’Eufor la guerre continua jusqu’aux accords avec le Soudan du 15 janvier 2010. Néanmoins il est clair qu’après la bataille de N’Djamena les rebelles perdirent espoir en la victoire.

    Suite à ces évènements de février 2008, le président Déby fit creuser un fossé autour de la ville, pour en renforcer la protection. A cause des différentes trahisons qu’il a subit, il lança une purge dans le milieu politique et militaire tchadien…

    Sinon quelques petites anecdotes : durant la bataille de N’Djamena, des forces spéciales françaises participaient à l’évacuation de ressortissant, évidement leurs véhicule ne portent rien qui permettrez de les identifier. Le souci c’est que par conséquent un T-55 gouvernemental les a pris pour un pickup rebelle ! S’en suivis une course poursuite dans les rues de la ville entre le char et le 4×4, heureusement bien terminé. Ces soldats sont réputés pour leur grande maitrise de soi mais c’est sûr que cette mésaventure a dû leur donner des sueurs froides !

    Article du journal Le POINT du _08/2/2008 :

    En bons frères d’armes, les militaires français ne se moquent pas, bien sûr ! Mais la mésaventure de leurs camarades autrichiens à N’Djamena a fait le tour des popotes. Le week-end dernier, alors que les combats faisaient rage dans la capitale tchadienne, 15 soldats d’une unité de reconnaissance de l’armée autrichienne sont terrés dans leurs chambres de l’hôtel Kempinski, le plus luxueux de N’Djamena. Ils font partie de l’avant-garde du contingent autrichien de la mission européenne au Tchad de l’Eufor.

    Alors que les combats s’intensifient autour de leur luxueux hôtel, les Autrichiens, qui disposent de leurs véhicules, et de leurs armements avec leurs munitions, estiment ne pas être suffisamment opérationnels pour rejoindre par leurs propres moyens l’aéroport de la capitale, sécurisé par les Français. Après des heures à chercher un moyen de joindre ces derniers, ils finissent par y parvenir, et leur demandent de les rejoindre à leur hôtel pour les en “extraire”, selon la formule consacrée. Une colonne française composée d’un GFS (Groupement de forces spéciales) finira donc par venir chercher, lundi 4 février, les Autrichiens apeurés, et par les protéger jusqu’à leur arrivée au camp Kossei, sur l’aéroport.

    Au ministère de la Défense à Vienne, on a confirmé au Point cette affaire, en précisant que le groupe de soldats “ne comptait qu’un seul membre des forces spéciales”, et que les autres “n’étaient pas suffisamment entraînés pour traverser une ville durant des combats”. Depuis lundi, les soldats autrichiens se trouvent au camp Kossei, sous protection française…

    Maintenant quelques vidéos :
    La chaine youtube d’un rebelle, les vidéos ne sont pas particulièrement intéressantes mais elle permette de voir l’ambiance qui y règne, l’armement, les uniformes et véhicules. Il a aussi de courtes interviews des chefs.
    https://www.youtube.com/user/tchadvision?feature=watch

    Documentaire du magazine Assaut, bon il a quelques longueurs ce doc mais il a le mérite d’être sur place et de nous montrer quelques détails intéressants. https://www.youtube.com/watch?v=GrzbXkt4VH4&feature=related

    Voilà alors j’espère vous avoir intéressez avec ce cour dossier, si vous avez des questions n’hésitez pas. 😉

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  • Participant
    Posts1483
    Member since: 15 avril 2012

    je pense que l’arrivé de l’aviation a quand même pesé sur le Rezzou et la victoire dans le sahara est conditionné par la supériorité aérienne même si dans ce cas précis je pense pas que l’aviation tchadienne soit assez grande pour fournir un appuis aérien a toute les forces terrestres néanmoins l’aviation française a eu un rôle capital comme nous le montre le rôle de l’Atlantique.
    Est ce que tu sais si il y a eu des pertes françaises?

  • Modérateur
    Posts2996
    Member since: 12 avril 2012

    Oui, l’aviation a un rôle important sur ce genre de terrain. L’aviation tchadienne a quand même une bonne douzaine d’hélicoptère d’attaque en plus des petits chasseurs bombardier pilatus, elle a harcelé les colonnes rebelles et a apporté son soutien durant les batailles notamment à N’Djamena où elle fut décisive. Le rôle de l’aviation française fut en effet très important qui sait limiter à la reconnaissance et à la logistique, d’ailleurs ils auraient acheminés des obus pour les T-55, achetés en urgence à la Lybie.

    L’armée française a eu 2 blessés, ce qui est miraculeusement peu compte tenu du contexte. Sinon je n’ai pas assez insisté sur le soutient médicale apporté à l’ANT, près de 400 blessés souvent graves furent soigné par les français.

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  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Super sujet, merci cuirassier 🙂

  • Participant
    Posts1080
    Member since: 12 avril 2012

    Je relance ton excellent sujet du fait de la très bonne description de guerre Africaine contemporaine. Elle sera très utile dans l’analyse de la reprise des combats au Mali. 😉

  • Participant
    Posts3
    Member since: 6 octobre 2013

    Bonjour j’aurais une question pour cuirassier. Quel a été le nombre de civil mort lors de ce conflit ?

  • Modérateur
    Posts2996
    Member since: 12 avril 2012

    Bonjour j’aurais une question pour cuirassier. Quel a été le nombre de civil mort lors de ce conflit ?

    Navré mais je préfère ne pas trop m’avancer sur les chiffres, en effet il n’y a aucun chiffre fiable ni sur le nombre de civils tués, ni sur les pertes rebelles, ni mêmes sur celle de l’armée nationale tchadienne !

    Certaines sources évoquent plusieurs centaines de morts rien que pour la bataille de N’Djamena mais j’ignore si ce chiffre ne comprend que les civils.

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  • Participant
    Posts205
    Member since: 2 mai 2015

    excellent dossier,et bien intéressant, merci !

  • Modérateur
    Posts8320
    Member since: 14 mai 2013

    Excellent dossier.
    Il y a eu des combats au Darfour récemment, voire il y en a toujours. On a pu voir des images d’armements lourds (chars, canons mortiers), pour autant j’imagine que cette partie du onde doit partager la même doctrine?

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Modérateur
    Posts2996
    Member since: 12 avril 2012

    Oui c’est une culture de la guerre partagée par toutes les tribus sahéliennes depuis l’époque où elles menaient des raids vers le Sud.

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  • Modérateur
    Posts8320
    Member since: 14 mai 2013

    Le Rezzou TGV, comme on appelle cete guerre de pick-ups, a “té utilisé avec succès par les Tchadiens contre les Libyens.

    Cumulant véhicules civils, quelques armes moyennes (type missiles, mitrailleuses lourdes et lance-missiles légers) et une zone d’exclusion aérienne assurée par des forces étrangères (françaises surtout) qui empêchait l’aviation libyenne de tenter gêner leurs déplacements, les Tchadiens ont réussi à battre une armée équipée de matériels modernes soviétiques tant en chars, artillerie que véhicules blindés et armes d’infanterie (et aviation, même si elle n’a pu intervenir).

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

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