Post has published by UlysseSLee

Ce sujet a 9 réponses, 2 participants et a été mis à jour par  UlysseSLee, il y a 10 mois et 2 semaines.

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    Member since: 12 avril 2012

    Salut, ça faisait très longtemps que je n’avais pas visité le forum. Je profite de mon retour (j’essaierai d’être plus régulier) pour poster un résumé que j’ai fait d’un livre traitant de l’histoire des Proche et Moyen Orient de 1876 à 1980.
    Par contre c’est vrai que ce sont des notes, donc il n’ya pas toujours une bonne syntaxe et parfois carrément des abréviations.
    Je pense que cela en intéressera plus d’un, (après faudra que j’édite pour mettre quelques images, ceci dit).

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    INCERTAIN ORIENT : LE MOYEN-ORIENT DE 1876 À 1980

    INTRODUCTION :

    Deux topos européens sur l’Orient : son immuabilité et sa complexité. Dépasser le préjugé d’immuabilité, en étudiant un passé qui influence beaucoup le présent, et qui s’inscrit dans une continuité.
    Désorientaliser l’Orient ?
    Étymologie : l’ Orient (latin :orior : se lever, oriens : à l’est) idem.Expression française de Levant, s’opposant à Ponant/ Couchant (latin: occidens, du verbe occidere se coucher). Parler d’Orient, c’est donc parler depuis un Occident.
    Notion occidentalocentrique, critiquée par intellectuels tiers-mondistes, comme le Palestinien Edward Saïd (1935-2003). Idée : le discours orientaliste de la culture européenne visait à se démarquer d’un Orient perçu comme une forme d’elle inférieure et refoulée. L’Orient, construction européenne, n’est donc pas une réalité tangible, mais un contre-modèle enfermant les populations qui y sont assignées dans une position subalterne, et il faut les en libérer en déconstruisant le discours orientaliste.Quoique critiquées, les thèses de Saïd amènent à décentrer le regard sur l’Orient, à quitter la position européenne sans tomber dans l’inverse, le roman tiers-mondiste fait de grands hommes orientaux et négligeant la masse des populations.

    L’Orient n’existe que d’un Occident,= risque de poser la région ainsi désignée en périphérie antagoniste. Par définition, l’Orient c’est le lointain, donc concept singulier de Proche-Orient,= lointain proche, un alter ego. Quant au Moyen-Orient, on peut le considérer comme une zone intermédiaire, ni orientale, ni occidentale, justement hybride (comme Braudel, dans sa Grammaire des civilisations parlait de l’Islam comme du continent intermédiaire). On doit le regarder, comme dit Lévi-Strauss, avec un regard éloigné, de loin, pour le voir et se voir. Alors on constate que l’Occident et l’Orient s’éclairent mutuellement sans s’opposer.
    Éviter de tomber dans la caricature : l’histoire de l’Orient doit être vue comme celle d’interactions et de co-constructions bilatérales, et non comme une suite d’action et de réactions unilatérales, les contextes globaux et locaux s’entremêlent. Les puissances européennes n’interviennent jamais sans relais locaux, il y a un rapport de force. Les idées et pratiques occidentales furent adaptées, voire détournées, par certains Orientaux en fonctions de leurs intérêts. (ex : la laïcité).L’histoire de l’Orient n’est pas celle linéaire d’un Orient innocent victime des appétits voraces des occidentaux malintentionnés, qui cherche glorieusement à s’émanciper. Si les puissances occidentales ont joué des rivalités pour avancer leurs pions, les Orientaux ont aussi su jouer de leurs rivalités pour avancer les leurs. Les Orients, en proie à de profondes rivalités, ont chercher à impliquer des puissances occidentales pour vaincre leurs rivaux locaux.
    L’Occident a façonné l’Orient, mais l’Orient a autant façonné l’Occident. Plusieurs générations d’intellectuels orientaux se sont formés à Paris, et ont donc diffusé la pensée occidentale en Orient, mais ils ont aussi permis l’acclimatation de la pensée orientale en Occident. Révolution kémaliste inspirée de modèles européens, a influencé des politiques européennes ultérieures. Et d’un point de vue culturel, un chanteuse comme Oum Kalthoum a eu du succès à l’Olympia.
    Il faut donc retracer tout ce qui lie l’Orient à l’Occident, tout autant que tout ce qui les sépare.
    Combien d’Orients ?
    Selon leur éloignement d’avec l’Europe, la tradition géographique occidentale distingue trois Orients:le Proche, le Moyen, et l’Extrême. Limites très imprécises, surtout entre les deux premières. Héritage des divergences entre les ambitions françaises et britanniques du XIXe s. La délimitation est une appropriation intellectuelle et symbolique, qui peut précéder une appropriation concrète. Ainsi, en France, on parla longtemps de Proche-Orient, pour parler des pays méditerranéens compris entre la Turquie et l’Égypte, c’est à dire ceux où les intérêts français étaient les plus importants. En anglais, notion de Near East presque inusitée sauf pour parler du Croissant fertile antique et de ses marges, Irak compris. Les anglophones parlent plus volontiers de Middle East , qui inclut notre Proche-orient et y ajoute en plus la Péninsule Arabique et l’Iran : on n’est plus dans un monde méditerranéen, mais dans une presqu’île entre la Méditerranée et l’océan Indien. C’est le fruit d’une époque où les britanniques cherchaient à articuler leur empire asiatique à une assise européenne. Quant aux américains, ils parlent désormais d’un Grand Moyen-Orient, incluant le Maghreb ( « Couchant » en arabe).Là, c’est la dimension arabo-musulmane qui prend le dessus sur la géographie.
    Des Orients à géométrie variable
    Proche-Orient :inclut toujours Liban, Syrie, Israélo-palestinienne, Jordanie. Peut inclure : Irak, Turquie, Égypte Moyen-Orient : inclut toujours Irak, Iran, Turquie, Égypte, Pays du Golfe, Arabie Saoudite, Yémen. Peut inclure : pays cités comme au Proche-Orient, Soudan, Pays du Maghreb, Afghanistan, Pakistan.

    La difficulté à distinguer Proche et Moyen-Orient souligne le caractère mouvant de la réalité. L’Orient est une région dont les contours varient selon la période abordée : l’historien n’a pas à lui assigner arbitrairement de frontières fixes.
    Ex :Turquie contemporaine, durant l’ère des Tanzimat et l’ère kémaliste. Les élites turques lancent un mouvement d’occidentalisation. Depuis, pour de nombreux Turcs, ils sont des occidentaux, ou au moins, occidentalisés, et considèrent leurs voisins arabes et même balkaniques, comme des orientaux. Concevant la modernisation comme une désorientalisation, les réformateurs ottomans et plus encore kémaliste voient aussi l’Orient comme une époque d’ignorance, et les élites stambouliotes voyaient la population réticente comme une populace orientale et anachronique.Israël= Occident pour nous, mais où les juifs mizrahim (orientaux en arabe)venus du Yémen ou même du Maghreb ont été perçus comme des orientaux, tout comme les arabes d’Israël.
    Comme toute autre région, le Moyen-Orient= espace mouvant selon des variations de ses équilibres internes à retracer.
    Périodisation proposée par Hourani (historien britannique d’origine libanaise 1915-1993) pour l’histoire intellectuelle de l’Orient arabe : 1798-1939, de l’expédition d’Égypte à la Seconde Guerre mondiale, âge libéral, ouverture à la modernité, foisonnement intellectuel.Depuis, période de régimes autoritaires, d’idéologies totalisantes, socialistes ou islamistes.
    Problème de cette périodisation : sentiment d’un Orient dépendant,qui ne fait que réagir à l’Occident. Aussi le choix est il fait de commencer la période dans le dernier quart du XIXe où la multiplicité des influences fait qu’il est impossible de savoir lesquelles seront dominantes. En effet, les populations du Moyen-Orient, ballottées entre les influences britanniques, françaises, ottomanes, perses, russes,et allemandes, intéressée par l’exemple du Japon Meiji, tiraillées entre leurs dénominateurs communs et leurs tendances séparatistes nationales en Égypte, confessionnels pour les chrétiens de l’Empire ottoman ou ethniques pour les kurdes et les arabes, dont les nationalismes s’affirment.
    Faire commencer l’étude à ce moment, c’est montrer qu’il n’y avait nulle fatalité dans l’évolution de la région, et que certaines potentialités peuvent ressurgir.

  • Admin bbPress
    Posts6308
    Member since: 12 avril 2012

    Je n’ai pas encore commencé la lecture (je ferai ça demain car je manque de temps), mais je voulais te dire bon retour Ulysse ^^

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    CHAP I : LE MOYEN-ORIENT EN MUTATION (1876-1914)

    Traditionnellement, XIX e siècle perçu comme période de déclin des empires ottoman et perse qui dominaient la région. En effet, ils connaissent de nombreuses difficultés, et en leur sein, beaucoup craignent -mais depuis bien longtemps- de connaître un déclassement. Cependant, on peut voir la réalité sous un jour plus positif, en parlant d’une ère de mutation. Tout en étant inquiets des problèmes de leurs empires, nombres de Perses et d’Ottomans, loin de se résigner, proposent des réformes plus ou moins radicales pour y remédier.
    Samir Kassir a ainsi pu parler de «second empire ottoman», innovant et moderne, vus les changements que l’on voit alors au Proche-Orient. Sortir du cliché de «l’homme malade». L’Orient du XIXe est bien plus auroral que crépusculaire ; apparition durant cette période d’ éléments qui se feront plus importants par la suite. La Première Guerre mondiale, dans ce point de vue, a été un accélérateur (en éliminant les freins s’opposant à ses idées nouvelles) plus qu’un point de rupture.

    LE MOYEN-ORIENT À L’HEURE DU MONDE
    Durant tout le XIXe siècle, le Moyen-Orient connaît un double mouvement, en apparence contradictoire de dilatation et de contraction spatiales. L’Empire ottoman, miné par les nationalismes et défié par les puissances impérialistes, se rétracte sur le Proche-Orient. La Perse qadjare, elle, réussit à limiter les pertes territoriales, mais les puissances étrangères sont de plus en plus encombrantes. Car si les empires se replient, c’est parce que la région s’ouvre au monde et à ses influences comme jamais auparavant, ce qui renforcent ses tendances centrifuges.

    Le repli ottoman
    Fin du XIX e siècle: l’Empire ne contrôle plus que l’Anatolie et les provinces arabes du Levant (1878: traité de Berlin, 230 000 km2 et 5,5 millions d’habitants perdus). Causes: pressions indépendantistes des provinces européennes et khalijiennes (du Golfe) et colonialisme européen ( France, G-B, Italie, Autriche-Hongrie Russie).
    Conséquences :-Situation avantageuse pour le Moyen-Orient arabe : recentrage sur lui, en tête à tête avec Constantinople, situation précédente : marginalisation et dilution. Oppositions aux tentatives de réformes et de modernisation de la Sublime Porte visant à renforcer le pouvoir central. L’islam devient nettement majoritaire. 59% de musulmans dans l’Empire en 1820, 80% en 1914. Pertes de provinces non-musulmanes, afflux de centaines de milliers de musulmans fuyant les Russes et se réinstallant dans l’Empire (muhacir)..Ex :Tcherkesses s’installent en Turquie et dans le Proche-Orient arabe.Bouleversement des minorités chrétiennes et juives, relativisé par leur tendance au regroupement, par exemple des chrétiens à Constantinople et des Juifs à Jérusalem.
    Paradoxalement, les puissances européennes qui ont conquis des provinces de l’Empire et qui soutiennent certains mouvements indépendantistes, sont aussi celles qui lui permettent de se maintenir en vie. Chacune étant rivale de l’autre, elles préfèrent toute avoir un empire ottoman affaibli que de voir une autre puissance dans les Détroits (surtout dans le cadre de la rivalité russo-britannique).

    La Perse dans l’étau du Grand Jeu

    Situation proche de celle de l’empire ottoman. Mais faiblesse du pouvoir central+ éloignement de l’influence nationaliste européenne diminuent les tendances irrédentistes des communautés ethniques (Azéris, Kurdes, Baloutches etc…) ou religieuses (sunnites, zoroastriens, madéens etc…) du pays. Victime du Grand Jeu:pression russe au Nord, engendre pression britannique au Sud et à l’Est. Plusieurs guerres infructueuses contre les ottomans au XIXe. État peine à contrôler les cheikhs locaux, qui refusent obéissance et impôts. Mais faiblesse poussant les puissances à la maintenir comme tampon.

    Un espace connecté

    Pas de repli sur soi-même : les reculs et pressions qu’enregistrent les deux empires sont le fruit de la connexion qui se renforce entre la région et le reste du monde, qui certes l’assaille, mais dont les innovations aident aussi à sa modernisation. De multiples réseaux se créent entre les capitales des empires et les provinces, mais également entre ces empires et le reste du monde. Ainsi donc, alors que l’Empire ottoman perd géographiquement pied en Europe, il est de plus en plus européen de par sa culture et son économie, recevant de l’Europe idées et innovations. Dans l’autre sens, l’Europe obtient nombre de produits et d’expatriés du Moyen-Orient.
    – Voyages en Europe et apprentissage des langues et modes de vie européens (dis alla franca) des élites ottomanes et perses. Parcours vu comme part essentielle d’une formation intellectuelle et ce durant des générations. Opposition au mode de vie alla turca, ensemble des mœurs traditionnelles ottomanes. Ex:-Triples voyages en Europe des shahs Nasser-ed-Din(1831-1896) (1873,1878 et 1889) et Mozaffaredin shah (1900,1902,1905), et du sultan Abdülhamid II, dont le périple est qualifié par François Georgeon de « voyage initiatique ». Hassan Taghizadeh (1878-1970) artisan actif de la Révolution constitutionnelle perse de 1906, et traducteur en persan de Flammarion, encourage ses compatriotes à « se soumettre totalement à l’Europe, par « l’assimilation de sa culture, ses us et ses coutumes, son organisation, ses sciences ».
    -Premier outil de connexion au monde, le développement du réseau télégraphique. Premières implantations par les Français et les Britanniques durant la guerre de Crimée (1853-1856). Intérêt des sultans : reprendre en main leurs provinces périphériques, en envoyant leur ordres et en recevant des informations de partout.Progrès fulgurants : 35 000 km de réseau télégraphique début XXe, création en 1871 du ministère des Postes et du Télégraphe,ouverture d’une école ottomane de télégraphie en 1861.Coopération britannique : intérêt de relier Londres au Raj, connexion avec les réseaux britanniques, avantage supplémentaire : réseau ottoman atteint provinces de la péninsule Arabique.Problèmes pour l’Empire:Télégraphe outil de contestation dans les provinces houleuses : les lignes détournées ou vandalisées. Obstruction des gouverneurs locaux. Connexion avec le réseau des puissances européennes renforce l’influence occidentale (ex : langue d’usage des opérateurs est le français). Émergence d’un réseau perse : ministère crée en 1876 et s’étend en quelques années sur des milliers de km de lignes, et est relié aux réseaux britanniques et ottomans.
    -Réseau ferroviaire comme second outil d’ouverture. Développement très lent en Perse. Début dans l’ Égypte des khédives (vices-roi), entre le Caire et Suez. Intérêt des sultans:symbole de modernité et de prospérité industrielle, intérêts des investisseurs européens, fortes compensations et idées que les lignes deviendront un jour russes ou européennes. Développement de l’Empire mais renforcement de pénétration russe et européenne. Les sultans cherchent alors à ne pas donner trop de concessions aux investisseurs de même nationalités.Avantages : développer le tourisme, à faciliter le transport de troupes et de biens,à brasser les populations et à désenclaver le Moyen-Orient Ex : Orient-Express (1889) reliant Paris à Constantinople en 67 H via Vienne, Budapest, Belgrade et Sofia. Bagdadbahn réalisée avec capitaux allemands surnommée BBB (Berlin Byzance Bagdad). Symbole de la Weltpolitik, volonté de concurrencer les Britanniques dans le Golfe. Mise en chantier de ligne ralliant Damas à La Mecque et Médine(1900). Politique panislamique : financement 100% musulman, facilitation et densification des pèlerinages, renforcement du rôle de « protecteur des lieux saints » du sultan.
    -Modernisation du réseau portuaire ottoman, (adaptation à marine à vapeur) avec capitaux européens. Nouvelles plaques tournantes du commerce maritime (direction Europe, Asie, USA) :Alexandrie, Smyrne (Izmir), Beyrouth, exportation les matières premières agricoles, et importation et diffusion de biens manufacturés.
    Fort cosmopolitisme des cités portuaires levantines : populations de l’Empire (juives, chrétiennes, musulmanes) + Européens bénéficiant des capitulations. Flux de touristes, de pèlerins, d’hommes d’affaires et de marchandises, modernisation de l’urbanisme: entrepôts, bureaux, cafés, hôtels, promenades de bord de mer. Adoption du tramway (hippomobile, puis électrique) symbole de modernité, sert de transport en commun. Profondes conséquences : marginalisations des anciennes cités caravanières et industrieuses de l’intérieur, émergence de nouvelles élites Levantines rachetant le foncier rural pour valoriser leur statut social . Vague d’émigration provoquée par la marginalisation de l’intérieur : (surtout des communautés minoritaires et montagnardes fuyant la conscription et en quête d’une vie meilleure). Au XIXe siècle, 100 000 Libanais et 250 000 Syriens partent notamment en l’Amérique Latine, surnommés « Turcos ».

    Le canal de Suez
    Inauguré en 1869, aboutissement d’un projet repris par les saint-simoniens depuis 1846 rêvant d’ un trait d’union civilisationnel entre Orient et Occident. Le projet est mené à bien par Ferdinand de Lesseps, qui a reçu du khédive les concessions foncières et les 20 000 travailleurs égyptiens nécessaires. Londres rachète dès 1875 les parts du khédive et en devient l’actionnaire principal du canal. En 1882, l’Égypte surendettée passe sous occupation britannique, uniquement pour le canal. Point stratégique vital pour le Royaume-Uni, une étape cruciale vers l’ Empire des Indes,-couplée à Chypre et Gibraltar-. A l’échelle locale, la création du canal est une preuve de plus de l’autonomie de l’Égypte vis-à-vis de Constantinople. Pour l’Empire ottoman, ce canal permet de se connecter aux réseaux transocéaniques qui l’on marginalisé depuis les Grandes Découvertes, même si les flux commerciaux qu’ils génèrent contribue au déclin des vielles cités marchandes telles Damas, Alep ou Mossoul, bousculant ainsi l’équilibre des sociétés moyen-orientales. En créant le réseau ferré du Hedjaz, le sultan cherche également à offrir une alternative terrestre et sur son sol à la route maritime du canal.

    Une douloureuse insertion dans l’économie mondiale
    Insertion du Moyen-Orient se fait aussi par traités commerciaux signés avec les puissances européennes. Abaissement des tarifs douaniers, octroi aux Occidentaux de facilités administratives et juridiques (ex les capitulations.) Conséquences : enrichissement de quelques dynasties de négociants le plus souvent juifs ou chrétiens, concurrence très néfaste des produits industriels européens pour la proto-industrie et l’artisanat locaux. Concentration des deux empires sur la vente des matières premières agricoles et minières (blé, coton, tabac, soie,opium et minières) achat de produits manufacturés à plus forte valeur ajoutée (armes, vêtements, produits pharmaceutiques, machines etc…) Chute des cours de matières premières 1- Concurrence des USA, 2 Grande Dépression économique de 1876 à 1893.
    Conséquences : déficit de la balance commerciales, donc endettement majeur des deux États vis à vis d’ Européens. 1881 : création de l’ Administration de la dette publique, organisme financier composés d’Européens et d’un seul représentant ottoman contrôlant de larges pans de l’économie de l’Empire(30% des ressources de l’Empire à l’aube du Xxe siècle).
    Empire perse : concessions de plus en plus importantes à des investisseurs européens. Ex :le britannique Reuter, magnat des télégraphes, reçoit le monopole de l’exploitation du transport ferroviaire, des mines et de l’eau, bientôt révoquées sous la pressions des oulémas (savants en matière religieuses, interprétant le Coran, les hadiths et émettant des fatwas. Chez les sunnites, en théorie ils sont indépendants des pouvoirs politiques, c’est moins le cas chez les chiites, où les plus influents sont les ayatollahs. Le singulier d’oulémas est alim) chiites et de la Russie.Révolte du tabac de 1891 contre le projet du shah d’accorder à une régie britannique le monopole sur le tabac.


    Le temps des missions

    Contexte général de missions évangélisatrices dans le cadre du colonialisme+ contexte régional de rapprochement avec l’Europe donne forte poussée missionnaire catholique dans l’Empire ottoman surtout. Objectifs : pas vraiment de convertir les musulmans mais d’ assister les chrétiens orientaux, raffermir l’autorité pontificale sur les uniates, rapprocher les orthodoxes du Vatican. Il ne s’agit pas tellement de convertir, mais d’assister les chrétiens orientaux. Soutien financier des puissances européennes aux multiples congrégations -France anticléricale en tête, 75% des congrégations sont françaises. Implantation d’écoles et d’universités chrétiennes au Proche-Orient (où sont les principales communautés chrétiennes), diffusion de la langue française et de la foi chrétienne parmi les populations levantines. Création d’orphelinats, hôpitaux et dispensaires par les congrégations féminines. Traduction par les presses jésuites, de la Bible en arabe.
    Fin du XIXe : missionnaires protestants originaires du Royaume-Uni ou des USA. Moindre influence : pas le même soutien étatique, et pas de soutiens locaux. Renommée de leurs hôpitaux imprimeries et surtout université (Université américaine de Beyrouth). Missions orthodoxes soutenues par Russie en Syrie. Alliance israélite universelle (fondée à Paris 1860) soutien les juifs de la région.Conséquence : ascension sociale des communautés chrétiennes et juives d’Orient, due à une éducation de qualité, qui fait d’eux les relais du fructueux commerce avec l’Europe.

  • Modérateur
    Posts8403
    Member since: 12 avril 2012

    Bon retour, et je pense que cela va être intéressant. Quelquesoient les livres, il est toujours intéressant de savoir ce qu’ils disent, et cette période (surtout la première partie pour ma part) est intéressante et mouvementée.

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    UNITÉ ET DIVERSITÉ DE L’ORIENT OTTOMAN

    L’Empire ottoman, comme sa province égyptienne, sont à la fois impérialistes (le premier participe à la Conférence de Berlin de 1885 sur l’Afrique, la seconde cherche à étendre son influence en Syrie et au Soudan) et victimes des impérialismes. Pour comprendre un tel paradoxe, il faut se souvenir que les situations sont très différentes au sein de l’Empire ottoman.

    Une mosaïque ethno-confessionnelle

    Malgré ses pertes territoriales et son resserrage sur l’Orient,L’Empire ottoman reste un foisonnement de langues et confessions, le rendant difficile à gérer et à maintenir cohérent. Diversité linguistique: turc, plusieurs dialectes arabes, kurde, grec, circassien, syriaque, français, arménien, ladino, uniquement dans sa partie orientale. Nombreux bi ou trilingues dans les cités cosmopolites du littoral levantin.
    Diversité confessionnelle unique au monde (surtout au Proche-Orient) : L’ islam sunnite majoritaire se décompose entre écoles juridiques. Hanéfisme et chaféisme majoritaire au Proche-Orient/ hanbalisme dans la péninsule Arabique. Lieux saints : La Mecque, Médine, Jérusalem. Minorités chiites importantes, surtout dans les provinces des futurs Irak et Liban. Divisions entre chiites duodécimans majoritaires et ismaélien (au Proche-Orient)/zaydites au Yémen. Lieux saints : Najaf, Kerbala Minorité hétérodoxes, fruits de syncrétismes: druzes, alévis, alaouites. Plus grande hétérogénéité des chrétiens d’Orient (aucun pouvoir n’a pu imposer une orthodoxie)Divisions entre les uniates (ou catholiques) qui reconnaissent l’autorité pontificale et les autres, dits orthodoxes.Parmi les uniates, on trouve les très nombreux maronites du Liban.Minorités juives, implantées depuis l’Antiquité ou ayant fui l’Espagne au XVI ou les pogroms d’Europe centrale au XIXe. Communauté yézidie en actuel Irak, très mal vue des musulmans.Diffusion, sous l’influence européenne, de la libre-pensée voire de l’athéisme ayant une influence considérable sur les élites. Temples maçonniques très nombreux dans l’Empire, lieux de sociabilités pour les élites.

    Une souveraineté contestée
    Réalité de la domination ottomane sur ses provinces du Moyen-Orient est variable. Toujours penser à la distance province-Constantinople et aux moyens de la Porte à la date que l’on étudie. Contrôle très lâche jusqu’au XVIIIe s : obligation de déléguer le contrôle des périphéries à des relais locaux. XIXe : renforcement progressif de l’emprise du centre grâce aux progrès techniques.

    L’organisation administrative de l’Empire ottoman
    Réforme de 1871: Empire divisé en une trentaine de vilayet (provinces), superficie entre 30000 et 100 000 km2. Vilayet divisé en sandjak ou liva. Les cantons = kaza, dirigés par des kaymakam, communes= nahiye (dirigées par des müdir) villages= des karye administrés par des muhtar. Le vali dirige le vilayet, le mutassarif le sandjak, donc la plupart du temps il lui est inféodé. Anatolie= une dizaine de vilayets, la Mésopotamie 3 (Mossoul, Bagdad et Bassora), la Grande Syrie également (Alep, Damas, Beyrouth), +sandjak de Jérusalem directement dépendant du gouvernement constantinopolitain, et le Mont-Liban, très autonome depuis 1861 sous la pression de Paris, dont les habitants majoritairement maronites sont dirigés par un mutassarif obligatoirement catholique nommé par la Porte.Le Hedjaz reconquis est un vilayet, comme le Yémen lorsqu’il redevient ottoman en 1872. Le Koweït a un kaymakam théoriquement dépendant du vilayet de Bagdad depuis 1871 ;
    Les émirats de la côte occidentale de la cote occidentale du Golfe Persique ne sont plus dans les faits sous contrôle ottoman : bientôt, ils seront protectorats britanniques. Le reste de la Péninsule arabique est entre les mains de tribus bédouines indépendantes.

    Très forte autonomie de l’Égypte depuis Méhémet-Ali : autonomie des khédives depuis 1867, contre tribut annuel à la Porte et se gardent d’adopter une politique extérieure qui lui nuirait. Mais les Européens prennent le contrôle du pays en profitant de son surendettement (cause : politique de modernisation onéreuse, surtout le canal).Plusieurs étapes : 1876:création d’une Commission internationale de la dette (dominée par les Français et les Britanniques) 1879 : le khédive Ismaïl trop rigide avec ses créanciers européens est déposé et remplacé par son fils Tawfiq.1881 : soulèvement contre les ingérences européennes menées par le colonel Urabi. 1882 : les troupes d’Urabi sont défaites, et les Britanniques installent un consul général qui a le pouvoir effectif. L’Égypte reste fictivement ottomane jusqu’à la Première Guerre mondiale, où les Britanniques déposent le khédive et font du pays un protectorat.
    Dans les provinces du Bilad al-Sham (« pays de Damas », « Grande Syrie »), les actuels Syrie, Liban, Palestine, Israël et Jordanie, la brève conquête égyptienne a modifié les équilibres communautaires. Dissensions entre druzes et maronites, violents affrontements au Mont-Liban dans les années 1850 donnent interventions européennes et russes sous prétexte de protéger les maronites et catholiques (France), les druzes (R-U), les orthodoxes et les Arméniens (Russie). Conséquences : Bilad-al Sham objet d’ingérences croissantes et légitimées par un système de capitulations de plus en plus dévoyé.
    Les capitulations
    Système instauré au XVI e s : concessions temporaires de privilèges commerciaux aux nations européennes. Tarifs douaniers préférentiels pour les négociants européens installé en territoire ottomans (surnommés Levantins). Obj : stimuler l’économie ottomane par l’accroissement des échanges avec la prospère Europe+ obtenir plus de recettes douanières.Permanents à partir du XVIIIe. Csq : domination économique des Européens plus compétitifs. Privilèges politiques de plus en plus exorbitants : liberté de culte+ immunité judiciaire devant les tribunaux ottomans pour les ressortissants étrangers, qui ne peuvent être jugés que par leurs pays. XIXe : les Européens se créent une clientèle communautaire locale, et obtiennent que plusieurs groupes de chrétiens de l’Empire obtiennent les mêmes droits. De nombreux chrétiens d’Orient se placent sous la protection des puissances européennes et échappent donc aux autorités ottomanes sur leur propre sol (ils veulent éviter le droit ottoman qui leur est assez défavorable et le statut de zimmis). Glissement du terme Levantin : toute perso vivant dans l’Empire ottoman mais citoyenne ou sujette de pays européens. Non seulement, des sujets de l’Empire échappe à sa loi, mais en plus à son fisc. L’empire aboli les capitulations lors de la Première Guerre mondiale : les populations qui en bénéficiaient tombent dans un cercle vicieux : persécutées, elles se faisaient protéger par les puissances étrangères et devenaient suspectes et se firent encore plus persécutées lors de l’abolition des capitulations. Rétablies par les vainqueurs en 1919, les capitulations furent supprimées en 1923 par le traité de Sèvres.

    Mésopotamie ottomane (actuel Irak) plus solidement tenue : mais interférences économiques européennes : pays terrain du Grand Jeu. Britanniques intéressés par les deux fleuves comme route secondaire pour accéder à l’Empire des Indes : développement de la marine à vapeur : 1909, la compagnie Lynch obtient le monopole de la navigation sur le Tigre. Bagdadbahn financées par Allemagne, cherchant à étendre son influence. Midhat Pasa, gouverneur du vilayet de Bagdad depuis 1869 cherche à moderniser le territoire pour l’arrimer à l’Empire. Craintes d’émancipations : éloignement géographique de Constantinople, population à majorité chiite. Tentative de resserrement du contrôle sur la rive ouest du Golfe. Concurrence britannique, farouche opposition des cheikhs locaux : le cheikh Al Thani arrache l’autonomie du Qatar par les armes (1892).
    Anatolie : sanctuaire de l’Empire. Rares tentations autonomistes ou indépendantistes (Arméniens surtout) très mal admises par la Porte. Paranoïa de l’ennemi de l’intérieur attisée par police alarmiste. Émirat kurdes démantelés de force. Ouverture d’une fracture entre Anatolie occidentale littorale, urbanisée, intégrée, et Anatolie orientale rurale et isolée : crainte d’éclatement.

    La péninsule Arabique entre sédition wahhabite et pénétration britannique
    Wahhabisme : origine prêcheur hanbalite Muhammad bin Abd al Wahhab (1703-1792), déclarant vouloir ramener l’Islam à sa pureté primitive, influent dans le Nadjd. Alliance avec le chef local Al-Saoud (1744) : diffusion par les armes dans une large partie de la péninsule dans la seconde moitié du XIXe s . Conquête des lieux saints par les saoudites : début XIXe. Reconquête par troupes du khédive : premier État saoudite éliminé, capitale Diriyah détruite, chef exécuté à Constantinople (1818). Nouvelle capitale Riyad. 1902 : avènement d’Abd al Aziz, dit Ibn Saoud (1876-1953). Rapprochement avec les Britanniques : profite de la 1GM : objectif récupérer les provinces ottomanes de la péninsule.
    Prétextant la lutte contre la piraterie, les Britanniques renforcent présence dans le golfe Persique. 1838 : Aden devient protectorat. Traités avec les émirats côtiers : protection contre arrêt des attaques contre les navires de sa Majesté. Côte renommée « côte de la Trêve ». Installation de la résidence britannique de Bouchehr : le golfe est devenu lac britannique. Les États de la Trêve gardent une indépendance théorique, mais sont très inféodés aux intérêts, surtout économiques des autorités anglo-indiennes de Bombay.


    Cohabitation et tensions intercommunautaires

    L’Empire ottoman a une longue expérience de la gestion des relations intercommunautaires. Reprise des principes de la zimma (turc) ou dhimma ( arabe) musulmane : liberté de culte des juifs et chrétiens contre marques de reconnaissance de leur soumission (impôt de capitation et interdits vestimentaires abolis en 1855). Reconnaissance des minorités, organisées en millet (communautés), dont le chef religieux (millet basi) est le porte-parole et l’interface avec les autorités ottomanes. Millet basi:fonctionnaires nommés par le sultan sur proposition de leur communauté, résidant à Constantinople : large autonomie pour organiser leur communauté tant qu’elle reste loyale.Ex : millet arménien se dote d’une Constitution en 1863, 13 ans avant l’Empire, sans remettre en question appartenance à l’Empire. Fin XIXe s : dizaines de millet (juif, arménien, maronite, melkite, nestorien, syrien catholique, syrien jacobite, etc). Mais tous les musulmans (sauf les druzes du Mont-Liban syncrétiques) appartiennent au même millet, dirigé par le sultan.
    Gestion par communautés religieuses et non par individu. Renforcement des identités communautaires, permettant plus tard reconstitution d’États-nations. Mais pas de cloisonnement communautaire absolu : système des millet beaucoup moins efficace avant XIXe s, et surtout, forts échanges communautaires en milieu urbain. Ex Jérusalem 1900, conseil municipal transcende en partie les appartenances communautaires pour gérer la cité en commun. Plus d’autarcie communautaire en milieu reculé et peu cosmopolite (montagnes, désert par ex).
    Contrairement à cliché, l’Empire connaît de nombreuses tensions et violences intercommunautaires, surtout au XIX avec la nationalisation des appartenances religieuses. Frustration surtout des musulmans face à la réussite économique des non-musulmans (avec l’essor du commerce transméditérranéen défavorable aux musulmans) et à la désinfériorisation statutaire des zimmis durant les Tanzimat. Difficile de démêler la part du religieux et du social dans la dénonciation des «privilèges» et les violences à l’encontre des non-musulmans. EX : 1860 : violents affrontements à Damas et au Mont-Liban entre chrétiens et druzes et sunnites ; intervention française. 1894-1896 : massacres hamidiens -du nom du sultan Abdülhamid II- d’entre 100000 et 300000 chrétiens, surtout Arméniens . 1909 plusieurs dizaines de milliers d’Arméniens de Cilicie massacré par la population à Adana.

    L’EMPIRE OTTOMAN À L’ÂGE DES RÉFORMES.

    L’Empire ottoman contemporain connaît une série de réformes qui visent toutes à répondre à un sentiment de déclassement vis-à-vis de l’Occident. Problématique pour les élites: faut il imiter ou se démarquer de l’Europe pour enrayer le décrochage ? Tous veulent une modernisation, mais pas tous une occidentalisation. Au final, les mouvements qui se succédèrent apportèrent plus de continuités que de ruptures, toutes avançant vers une même direction centralisatrice.

    Déclin, retard ou inadaptation ?

    Il y a toujours eu des déclinistes dans l’Empire ottoman, mais de plus en plus au XIXe s, avec le recul de l’Empire. Nicolas Ier en parle comme de « l’homme malade de l’Europe. » Mais réalité plus complexe : discours décliniste au service d’un activisme réformiste aussi intense qu’audacieux. Les historiens de l’Empire ottoman parlent plus volontiers de retard que de déclin au XIXe s, sans nier les graves difficultés de l’Empire. Retard : Europe a accéléré, Empire n’a pas tant ralenti. Élites ottomanes cherchent à s’adapter aux changements mondiaux , plus qu’à imiter l’Europe. Différence ténue car c’est l’Europe qui les initie.

    Autonomisme versus ottomanisme

    Déclin/décadence= idée de passivité des élites. C’est tout le contraire : nombreuses innovations,déclenchant l’ère des Tanzimat et l’instauration de la première Constitution ottomane en 1876.

    Les Tanzimat(= réorganisations)

    Train de réformes adoptées entre 1839 et 1876 pour moderniser et rationaliser le fonctionnement administratif de l’Empire. Obj : raffermir le lien capitale/provinces. Inspiration européenne et française bien connue, mais probablement à rapprocher aussi des réformes de Pierre le Grand. Début 3/11/1839:firman (édit, décret) conscription universelle et réforme des systèmes éducatif et fiscal. 1856 reconnaissance de l’égalité de tous les habitants de l’Empire, libre-accès des non-musulmans à la fonction publique.(maintien des millet) 1876 : Constitution sous l’influence de Midhat Pasa : pouvoir du sultan encadré, création d’une Assemblée des députés élue (Meclis-i Mebusan). Plusieurs réformes ponctuelles de centralisation et sécularisation de l’Empire. Refonte du droit sous le modèle européen, esclavage déclaré illégal, apostasie décriminalisée.
    Essor de la bureaucratie gouvernementale contrôlée par le grand vizir, qui profite plus que le sultan de la centralisation. 1859 : création d’une École d’administration civile (formation des cadres du nouvel État), profonde réforme du lycée français de Galatasaray (1868). Vives critiques des Jeunes-Ottomans contre la professionnalisation des administrateurs et la bureaucratisation de l’Empire ; qui se dénaturerait trop par l’imitation de l’Europe. Paradoxe : ces Jeunes-Ottomans sont tous à Paris ! Meneur Namik Kemal (1840-1888) : réclame une Constitution encadrant la toute-puissance impériale, refus de voir l’Empire basculer dans la tyrannie et surtout perdre son identité islamique.
    Craintes exagérées : mise en œuvre des réformes parfois inefficace,ex conscription évitée par de nombreux non-musulmans. Vive opposition aux réformes centralisatrices, exacerbation des volontés autonomismes voire indépendantistes. Échec du redressement radical attendu (même si l’Empire retrouve un peu de dynamisme économique et culturel). La voie est libre pour Abdülhamid II qui remit en cause les réformes mais en allant plus loin dans leur dimension centralisatrice.
    Les Tanzimat = terreau de l’idéologie ottomaniste. Expression dans l’art 8 de la Constitution de 1876 qui déclare que « tous les individus sujets de l’Empire ottoman, quelles que soient leur religion ou confession, sont appelés, sans exception, Ottomans ». Obj : désamorcer l’influence des nationalismes, prendre le contre-pied de la politique des millet,faire de l’Empire un État-nation de « citoyens » égaux, assimiler les minorités. Échec : renforcement des volontés autonomistes des minorités. Refus des musulmans de l’égalité juridiques d’avec les zimmis chrétiens et juifs, pour les minorités chrétiens.1859 : tentative d’attentat contre le sultan Abdülmecid Parlerie des officiers musulmans furieux qu’il ai établit une égalité théorique entre ses sujets. Refus des minorités non-musulmanes de perdre les avantages fournis par la protection européenne pour une égalité hasardeuse. Opposition des élites communautaires des millet qui perdraient leur position dominante dans leur communauté. Conséquences : renforcement de la défiances des différentes entités envers le pouvoir central.Au sein même des élites turques musulmanes, fossé accru entre élites sécularisées tournées vers l’Europe et masses pieuses culturellement orientales.

    La réaction hamidienne

    Cet échec des Tanzimat et de l’idéologie ottomaniste sert de toile de fond du long règne autocratique d’Abdühamid II (1876-1909). Instaure un régime autoritaire dès 1878, une fois bien installé sur le trône censure et surveillance policière des dissidents et suspension sine die de l’Assemblée des députés.Exil et assassinat de Midhat Pasa père de la Constitution. Bcp de points communs cependant avec les Tanzimat : nécessité de réformer radicalement l’Empire. Mais pas de volonté de monarchie libérale : la Sublime Porte (le gouvernement) et ses élites pro-européennes sont écartées. Renforcement de la centralisation absolutiste depuis son palais de Yildiz. Partenariat avec l’Allemagne pour la modernisation de l’armée : conseiller prussien à la tête de l’École de guerre, d’où sortiront de nombreux dirigeants du comité Union et Progrès, et Mustafa Kemal.
    Virage idéologique radical : réactivation de la dimension califale et donc musulmane de sa fonction. Obj : rappeler à ses sujets leurs devoirs religieux, calmer leurs ardeurs libérales, dresser les classes moyennes conservatrices contre les élites sécularisées et occidentalisées des Tanzimat. Il profite de l’évolution démographique de l’Empire favorisant les musulmans pour appuyer son pouvoir sur eux quitte à délaisser les non-musulmans dont l’adhésion semble impossible. Une telle stratégie pourrait rallier les Arabes et les Kurdes. Discours panislamique vise également à le poser comme calife de tous les musulmans, qu’il pourrait mobiliser contre les puissances européennes coloniales dominant de nombreuses populations musulmanes. Sultan mal vu en Europe:fantasmes occidentaux d’insurrection djihadiste globale, massacres des minorités religieuses(surnommé « Sultan rouge ») volonté d’éloignement du référent européen. En réalité, il ne fait que continuer le programme des réformateurs qui voulaient prendre à l’Europe ses moyens pour les mettre au service d’une fin ottomane. Son panislamisme est la preuve de son adaptation à la mondialisation et à la modernité : on a retrouvé jusqu’à Java des sermons à sa gloire écrits à Bombay et en arabe.

    Le moment « jeune-turc »

    Naissance du mouvement des « Jeunes-Turcs » dans l’opposition à l’autocratie hamidienne (début approx 1890). Inspiration : Charbonnerie européenne. Composition : intellectuels, fonctionnaires plus tard officiers, tous nostalgiques de l’héritage libéral et constitutionnaliste. Veulent sauver l’Empire en se débarrassant d’un sultan perçu comme réactionnaire. Volonté de rétablir la Constitution et l’égalité de droits entre citoyens, pour empêcher interventions européennes sous prétexte de protection des minorités. Volonté d’imiter le Japon Meiji : prendre ce que l’Occident a de meilleur sans renier ses racines. Milieu entre l’occidentalisation radicale des Tanzimat et le repli oriental hamidien. Répression : exil du comité Union et Progrès (CUP) vers Lausanne, Genève, Le Caire mais surtout Paris. 2 congrès y sont tenus pour tenter d’aplanir les divergences entre les différentes composantes de l’opposition ottomane.
    Forte influence du positivisme comtien sur le CUP : jusque dans le nom. Différence majeure avec Jeunes-Ottomans : pas d’attachement à l’islam, voire même athéisme des Jeunes-Turcs.

    La galaxie « jeune-turque »
    Ensemble hétéroclite de groupes et mouvements inégalement structurés, rejetant tous l’ordre hamidien. Premier acte fort : 1889, création d’un groupe d’opposition au sultan au sein de l’École impériale de médecine. Très nombreuses divergences sur les objectifs.CUP d’Ahmed Riza, modernisateur, dirigiste,centralisateur s’imposa comme la composante dominante, farouchement opposé à toute ingérence étrangère. Opposition aux revendications arméniennes, vives suspicion des dirigeants du CUP (presque tous originaires des Balkans récemment perdus) à l’égard des minorités chrétiennes. A l’inverse, mouvance du prince Sabaheddin Bey, neveu du sultan : désireux de décentraliser l’Empire, ouvert aux revendications arméniennes et s’allier au Royaume-Uni pour prendre le pouvoir de force.

    Été 1908 : putsch militaire, de soldats proches des Jeunes Turcs depuis la Macédoine dont ils craignent l’annexion par les grandes puissances.Ralliement de toutes les troupes chargées de les mater. Abdülhamid II contraint à rétablir la Constitution. Euphorie générale, du même style que l’esprit lyrique de France 1848: en de nombreux lieux de l’Empire, dignitaires juifs, musulmans et chrétiens célèbrent main dans la main la Liberté retrouvée. Débats passionnés sur l’avenir, en tous lieux, grèves spontanées d’ouvriers, expressions publiques d’idées féministes, presse retrouve sa liberté et l’utilise avec frénésie. Mais rapidement, désenchantement : accélération du démantèlement de l’Empire, au grand dam des Jeunes-Turcs (Indépendance bulgare le 5/10/1908, annexion par l’Autriche-Hongrie de la Bosnie et de l’Herzégovine le lendemain, Grèce revendique la Crète…) La liberté de parole a renforcé les forces irrédentistes jusqu’ici réprimées.Quiproquo avec Arméniens et Kurdes : ils acceptent la Constitution pour réclamer plus d’autonomie, et ne veulent pas l’égalité en tant qu’individus pour se fondre dans l’identité ottomane, mais en tant que communautés pour mieux affirmer leurs différences. Rébellion contre le CUP et son libéralisme jugé excessif le 31/3/1909 : rebelles conservateurs et défendant l’islam réclament le plus strict respect de la shari’a et la démission du président de l’Assemblée Ahmed Riza, positiviste, franc-maçon et athée assumé.Massacre d’Arméniens à Adana. Répression du CUP (digne du Sultan Rouge): accusé de collusion, Abdülhamid II destitué 27/4 et exilé.L’Ordre a pris le pas sur le Progrès chez ces comtiens: révision de la Constitution, CUP parti unique, nouveau sultan Mehmed V n’est qu’un figurant. Mise en œuvre d’une politique de centralisation jacobine. Imposition de la langue turque à l’école primaire et dans l’administration, même dans les provinces non turcophones.Progrès de la contestation autonomiste. CUP réagit en renonçant graduellement à l’ottomanisme : valorisation de la seule identité islamo-turque. Après nouvelles pertes territoriales en Europe (1912-1913) et une brève éviction du pouvoir, décision prise de consolider le pouvoir en Anatolie. Prélude à l’extermination des « menaces » pesant sur le sanctuaire anatolien : minorités assyro-chaldéenne, grecque et arménienne. Dénonçant le Sultan Rouge, les Jeunes-Turcs après leur retour au pouvoir de 1913, n’ont plus rien à lui envier pour ce qui est de l’autoritarisme et de la persécution des chrétiens.

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    LA PERSE À L’ÂGE DES RÉFORMES
    Trajectoire très similaire à celle du voisin ottoman, de lui proviennent les influences européennes. Forte influence du voisin russe, dont l’agitation révolutionnaire dépasse les frontières.

    Le long règne de Nasser-ed-Din
    Le shah Nasser-ed-Din monté sur le trône depuis 1848, marque de son empreinte le pays pendant ses 48 ans de règne. Volonté réformatrice de son grand vizir Amir Kabir (1807-1852) : réformer l’administration pour moderniser l’État, pour résister aux pressions extérieures et s’imposer aux gouverneurs provinciaux. Ancien système de gouvernement local peu efficace: gouverneurs nommés par le shah (souvent après corruption), disposant de leurs propres troupes, sans rétributions du shah pressurant les populations comme bon leur semble pour renvoyer en théorie les impôts à Téhéran. Réforme: 1851 création d’une École Polytechnique formant (en français) les jeunes officiers, les ingénieurs et les médecins, enseignants venus spécialement d’Europe.But: réformer l’armée, donner des cadres compétents au pays. Création d’un journal officiel pour faciliter l’application et la transmission des décrets impériaux. Mais Amir Kabir, se fait des ennemis en réduisant les abus de la cour, surtout de la famille royale: victimes de leurs intrigues, il est révoqué (novembre 1851) puis assassiné en janvier 1852. Immobilisme jusqu’en 1870 et la nomination du vizir Moshir Dowleh. Formé en France, inspiré par les Tanzimat (il a été longtemps ambassadeur à Constantinople), il cherche à relancer les réformes. Lui aussi se heurte à la cour mais également à une partie du clergé chiite: l’épisode de la concession Reuter ligue contre lui les marchands du bazar et les oulémas chiites; il est démis de ses fonctions en 1873.
    Renonciation du shah aux réformes les plus audacieuses et basculement dans le conservatisme, sous la pression populaire, comme Abdülhamid II. Durcissement, surtout après la révolte du tabac (1891) : interdiction de voyager en Europe et d’en importer les journaux. 1896 : le shah est assassiné par un clerc excédé , lié à des opposants exilés à Constantinople, d’où le principal journal d’opposition en persan est tiré. D’autres opposants s’exilent en Europe.

    La Révolution constitutionnelle
    Mozaffaredin (1853-1907) succède à son père : autorité qui n’est définie ou encadrée par aucun texte. Autorité contestée par les élites libérales influencées par l’Europe, les marchands de bazar de plus en plus influents ulcérés par une pression fiscale croissante, et par une partie d’un clergé chiite fort influent. « Révolution constitutionnelle » en 1905 (concomitante de la Révolution russe) à Téhéran. Le shah accepte que soit élue une Assemblée constituante en 1906.Déc 1906 : la Constitution entre en vigueur, très inspirée de la Constitution belge ;monarchie parlementaire, pouvoir du shah encadré et contrebalancé par une Assemblée (Majles) aux larges prérogatives. Liberté d’expression, égalité et respect des droits fondamentaux des citoyens. Mais chiisme duodéciman religion officielle et art 2 (jamais appliqué) donne même à un collège de mujtahid (savants habilités à interpréter les textes de la tradition musulmane et à émettre des fatwa.) le droit de contrôler la validité religieuse des décisions du Majles. Peu de résultats : Majles rapidement divisé entre réformateurs et conservateurs. Incapacité chronique du pouvoir central à s’imposer aux chefs tribaux soutenus par la puissante hiérarchie religieuse. Celle ci soutien la Révolution parce qu’elle freine le pouvoir du shah, mais refuse toute réforme centralisatrice, jugée venir d’un Occident hérétique.

    Le constitutionnalisme remis en cause
    Mohammad-Ali, fils de Mozaffaredin, cherche d’emblée à se débarrasser de la Constitution. Juin 1908 : coup de force (arrestation des chefs libéraux, dissolution puis bombardement du Majles). Ère de la « petite tyrannie », remise en causes des avancées du premier Majles. Vive pression populaire, (au nord surtout)shah rétablit la Constitution et abdique en faveur de son fils mineur Ahmad, dernier souverain qadjar (1909). Régenté par oncle Ali Reza Kan, compose avec Majles + conseillers occidentaux appelés par les parlementaires. Révolution déclenchée contre une supposée mainmise occidentale aboutit à une officialisation de celle ci. Mais experts venus de pays réputés neutres (Suède, Belgique, USA).
    1908 : découverte du premier gisement de pétrole en Perse (et du Moyen-Orient) par un concessionnaire britannique. Appétits occidentaux aiguisés : création par les Britanniques de l’Anglo-Persian Oil Company (APOC), qui passe sous contrôle de l’Amirauté en 1914. Britanniques maintiennent leur influence sur le pays : éviction des experts américains en 1911 (avec soutien russe). Dissolution par le régent du 2e Majles (même année). Constitution maintenue, mais principes bafoués (surtout liberté d’expression). Héritage constitutionnel demeure vif dans certaines région (malgré influence de plus en plus conservatrice du clergé chiite).

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    LA FORMATION DES IDÉOLOGIES CONTEMPORAINES

    Réforme aussi dans les esprits des élites citadines éduquées et alphabétisées, s’ouvrant aux influences européennes. Stimulation de cette ouverture par le développement de l’imprimerie. Du XVI au XIX e : invention qui n’est qu’entre les mains des chrétiens de l’Empire. XIXe : massification de son usage, et entre les mains de musulmans. Apparition de deux grands pôles éditoriaux arabes : Le Caire et Beyrouth, + centre éditorial truc de Constantinople émergeant au XVIIIe, et Tabriz pôle éditorial perse. Journaux arabes et quelques journaux perses sont publiés en Europe.
    Conséquence:l’écrit n’est plus sacré, on peut en débattre. 1880’s-1914 : Émergence, diffusion et début de structuration des idéologies qui domineront le Moyen-Orient au Xxe s. Idéologies qui s’affrontèrent ultérieurement (ex : nationalisme arabe/islamisme) mais qui au départ relevaient de dynamiques communes : leur confrontation n’était donc pas inéluctable ni insurmontable.

    La foi dans le progrès
    Comme en Europe occid et en Amérique : diffusion du positivisme et du scientisme au sein des élites moyen-orientales au XIXe, surtout chez les intellectuels et activistes proches du CUP. Ahmed Riza, son leader, était le plus célèbre des positivistes ottomans, au point de devenir vice président du Comité positif international (initié par Laffite, principal disciple de Comte au cours de son séjour parisien). Autre influence, Ludwig Büchner (1824-1899) théoricien allemand du Vulgärmaterialismus. Doctrines enracinant la foi ottomane dans la science, et le rejet de la religion et du spirituel, allant même chez les Jeunes-Turcs les plus matérialistes jusqu’à critiquer la poésie.

    De l’arabisme au nationalisme arabe
    Émergence des premières formes de nationalisme arabe dans les provinces arabophones de l’Empire (revendications autonomistes voire indépendantistes) dans un contexte de remise en cause des principes ottomanistes par Abdülhamid II puis par le CUP. Précurseur : mouvement arabiste (émerge milieu du XIXe) promeut identité arabe sans vouloir sécession. Volonté des arabistes de transcender les différences confessionnelles des Arabes sans rompre avec l’Empire (qu’au minimum ils préfèrent aux puissances européennes). Font de la Nahda un combat culturel avant d’être politique : promotion de la langue arabe (à purifier des dialectes), encourager la publication en arabe afin de faire émerger une vie intellectuelle arabe. Ex : Al-Bustani, rédacteur du Clairon syrien (en arabe) ouvre une école nationale où l’on enseigne en arabe à tous les Syriens ; création en 1906 de la Société de la renaissance arabe. Réclamation à la Porte : autorisation de l’usage de l’arabe dans l’administration et l’éducation et la renonciation à une centralisation excessive.
    Durcissement progressif des revendications arabistes, ouvrant la voie aux revendications nationalistes. Ex :1877 révolte arabe matée en Syrie qui prévoyait de porter l’algérien Abd el Kader au pouvoir dans le Bilad al Sham. 1880 : les opposants syriens influencés par Midhat Pasa, alors gouverneur du vilayet de Damas, appellent à l’autonomie contre la politique d’Abdühamid II : incarnation de « l’insolence des Turcs » et de leur « tyrannie ». Chrétiens favorables à l’arabisme contre le panislamisme du Sultan Rouge, d’autant plus qu’il apaise les tensions qui ont ensanglanté la région il y a peu. Ainsi, maronite Négib Azoury rédige le Réveil de la nation arabe dans l’Asie turque (Paris, 1905) et plus tard un journal, L’indépendance arabe. Nationalisme arabe prend son essor contre la politique de turcification de l’administration et de l’enseignement mise du CUP après 1908. Cause : ralliement des musulmans arabes jusqu’ici intéressés par le panislamisme hamidien. Ex : 1909, création d’une société secrète Al Qahtaniyya crée par deux officiers ottomans, (un égyptien et un irakien) réclamant un duopole arabo-turc à l’exemple de l’Autriche-Hongrie. 1911 : fondation de la Ligue de la jeunesse arabe à Paris, et en 1913 Congrès général arabe encore à Paris.
    Développement du nationalisme arabe souvent vu comme ferment de modernité dans empire archaïque, peut être vu comme produit de tensions centre revigoré/ périphéries récalcitrantes. Nationalisme = alors: réaction contre projet modernisateur de centralisation et de réforme, utilisant tous les outils de la modernité. Nationalisme arabe peut être vu comme conservateur, voire réactionnaire puisqu’en lutte contre un état de fait irrémédiablement bousculé par la modernité.A rapprocher de l’islamisme alors en gestation, tout aussi paradoxalement révolutionnaire et réactionnaire à la modernité et au choc civilisationnel qu’elle annonce.

    La Nahda (« essor » ou « force »)
    Mouvement de «renaissance» culturelle secouant le monde arabe (fin XVIIIe-1918). Vision cyclique de l’histoire(comme humanistes européens du Xve s): estimant vivre une période de déclin, ils veulent lui faire succéder une période de renouveau, qui restaurerait le prétendu âge d’or du monde arabe. Prise de conscience du «retard » des Arabes sur l’Occident et entrée en contact avec l’Occident : expédition d’Égypte. Différence d’avec la Renaissance européenne : ne pas s’inspirer d’un âge d’or idéalisé mais passé mais d’un Occident bien présent. Stratégie : prendre à l’Europe ses instruments scientifiques, techniques et intellectuels pour mettre au service du renouveau de l’identité arabe sans la dénaturer.
    Occidentalisme nadaoui abondante littérature visant à observer l’Occident sur le terrain pour le faire connaître au lectorat oriental. Ex: Rifa’a al Tahtawi (1801-1873) décrit le Paris des années 1820 qu’il a pu observer, envoyé par l’Égypte khédiviale pour observer le système scolaire français. Nombreux intellectuels arabes et turcs voyagent en Europe; controverses nombreuses sur les manières de résorber le «retard» arabe, sur lequel tous sont d’accord.
    Comme les humanistes, nahdaoui forment une sorte de République des lettres car ils ont d’étroites relations intellectuelles. Pas uniquement entre eux, mais aussi avec les intellectuels européens. Débats virulents, souvent par livres ou journaux interposés. Beaucoup de nahdaoui publient aussi en Occident, et pas toujours en arabe. Pas vraiment de socle idéologique commun au mouvement intellectuel nahdaoui , caractérisé par son foisonnement intellectuel. Prépare le terrain au nationalisme arabe en revalorisant l’identité arabe et tend à reléguer au second plan les divisions religieuses.

    Aux origines de l’islamisme : le réformisme musulman

    Sous l’influence de la Nahda et du wahhabisme, dvlpmt dans l’Empire ottoman du XIXe s d’un courant intellectuel appelant à la réforme (islah) de la religion musulmane. Même conviction du retard sur l’Occident, mais voit dans un retour aux sources la solution pour le combler. Solution religieuse : s’inspirer des pieux ancêtres musulmans, les salaf plutôt que des mécréants occidentaux ou des abbassides. Comme la Réforme chrétienne, volonté de rétablir l’islam dans sa première pureté, en retournant au texte sacré, donc en apprenant la langue arabe classique (comme les nahdaoui). Contrairement à eux, hors de question de s’accommoder de la domination turque (accusée par nombre de réformistes d’être responsable du « déclin musulman ») encore moins d’imiter le sécularisme européen. Le retour aux sources revient à regretter l’époque où l’islam était dirigé par des Arabes et où il n’y avait pas de division chiites/sunnites.
    Le réformisme musulman appelle également à une relance de l’ijtihad (interprétation des textes sacrés), donc à l’innovation, en s’appuyant sur un hadith du prophète annonçant la venue chaque siècle d’un rénovateur pour l’islam.(Hadith= ety nouveauté, corpus de paroles et comportements attribués au prophète et attribué à une chaîne remontant à ses compagnons. Pas une parole divine : soupçons d’apocryphe, c’est pourquoi ils sont toujours précédés d’une chaîne des transmetteurs pour en évaluer la fiabilité)
    Ne pas confondre la salafiyya (mouvement de réforme islamique apparu au XIXe et prétendant revenir à l’islam originel des pieux ancêtres, les salaf, et purifier la religion musulmane de pratiques superstitieuses) du XIXe s avec le salafisme contemporain prônant un islam figé et intangible, alors que le premier veut faire revivre l’état d’esprit des salafs, réformateurs pour faire renaître un islam dynamique pouvant s’adapter à la modernité. L’actuel salafisme est plus proche du wahhabisme à l’époque en plein essor, qui présente les changements qu’il prône comme le rétablissement d’une tradition et refuse toute autre.
    La salafiyya est particulièrement présente en Égypte, grâce à Jamal al-Din al-Afghani (1839-1897). Perse (son nom lui aurait servi à cacher ses origines chiites), s’installe en Égypte en 1871, intègre une loge maçonnique et est expulsé en 1880. Il voyage en Europe, critique Ernest Renan, qui pense que l’islam est la cause du retard oriental (qui serait anti-scientifique).Se rêve en Luther musulman, qu’un islam réformé pourrait redresser l’Orient. Veut l’unité des musulmans, et pour cela il faudrait à nouveau calife unique. Ses nombreux voyages à travers les divers islams (perse, arabe, turc, asiatique, sunnite et chiite) font de lui l’incarnation du programme panislamique. Abdülhamid II cherche à le mettre à son service. Mais pour al-Afghani, l’unité se fera par l’éducation, qui seule peut permettre de rattraper l’Occident.
    Pénétration plus difficile du réformisme musulman en Perse (causes :origines sunnites et arabes) . Mais certains intellectuels sont séduits, surtout par le panislamisme. Muhammad Tabataba’i (1841-1920) contribue fortement à diffuser les idées d’al-Afghani en Perse. A l’époque, clergé chiite entre progressivement dans le jeu politique perse (causes : faiblesse des shahs face à la pénétration occidentale, répression de l’hérésie babiste jugée trop timorée). De la Révolte du tabac jusqu’à la Révolution constitutionnelle de 1905-1911, clercs chiites soutiennent tous les soulèvements. Nombreux clercs élus dans le Majles,influence conservatrice. Paradoxe : clergé critique faiblesse des shahs mais s’oppose à toute mesure de rationalisation de l’État, pour respecter les traditions religieuses. Explication : modernisation soutenue par puissances européennes, semble donc assujettir plus encore la Perse, alors que leur obj est inverse pour leurs tenants. Minorité du clergé s’oppose radicalement à la Constitution, comme Fazollah Nouri (1843-1909); exécuté pour soutien à « la petite tyrannie » pousse une bonne partie du clergé à prendre ses distances avec le nouveau régime.

    Babisme et bahaïsme
    Babisme = courant dissident du chiisme duodéciman, apparaît en 1844 en Perse. Clerc Shirazi(1819-1850) s’autoproclame Bab (porte) vers le 12e imam occulté par la tradition chiite. Répression : Bab exécuté. Renaissance à Bagdad avec disciple Hossein Ali Nouri (1817-1892) dit Bahaollah (splendeur de Dieu). Perse et chiites badgadis obtiennent son éloignement de Perse. Décès et inhumation à Saint-Jean d’Acre.


    Le féminisme

    Statut de la femme très débattu par réformistes musulmans. Qasim Amin (1865-1908) contredit le français d’Harcourt qui juge l’islam obscurantiste et à son paroxysme dans le statut des femmes. Pour Qasim Amin, il n’y a pas réclusion, mais ségrégation. Reconnaît une infériorité de l’instruction des femmes dans le monde musulman (due à l’ignorance des populations) Réclame une revalorisation de la condition féminine. Publie deux ouvrages L’émancipation de la femme musulmane(1899) et La Femme nouvelle(1900). Pour lui, le retour aux sources de l’islam s’accompagne de la lutte contre la relégation des femmes, qui n’a pas de fondements coraniques (notamment abandon du voile). Élites ottomanes occidentalisées critiquent le voile et autres pratiques au nom des idées des Lumières. Fort décalage entre élites ottomanes occidentalisées (femmes vêtues alla turca jugées rétrogrades) et masses populaires refusant l’influence occidentale (femmes vêtues alla franca jugées provocantes alors qu’encore très couverte).
    Question féminine également posée en Perse.Rôle prépondérant des femmes dans la Révolution constitutionnelle (1905-1911) (participations aux manifestations, réunions dans des Assemblées de femmes). Exclues du droit de vote, militantes réclament des droits, surtout à l’éducation. Création d’écoles pour filles et un journal féministe rédigé par des femmes, Danesh (Savoir) en 1910 avec l’aval des autorités : irritation hiérarques chiites voulant en limiter la portée.

    Les balbutiements du socialisme oriental

    Socialisme oriental émerge ds la deuxième moitié du XIXe et est le résultat d’une part des voyages d’études faits en Europe par les intellectuels moyens-orientaux et d’autre part de l’arrivée d’immigrés venus d’Europe ou du Moyen-Orient. Cas de l’Égypte où la diaspora italienne diffuse ses idées progressistes, et en Palestine ou l’échec de la révolution russe de 1905-1906 fait affluer nombre de militants socialistes juifs endurcis, qui font du prosélytisme politique même auprès des populations arabes. Création en 1905 des deux premiers partis socialistes moyen-orientaux, le Poalei Tzion (Travailleurs de Sion) fondé par Ber Borokhov (1881-1917), où l’on retrouve le jeune David Ben Gourion et le Hapoel hatzaïr (Jeune Travailleur) de Aharon David (1856-1922). Parti social-démocrate en Perse mais fondé à Bakou par des Perses de la diaspora (cité très progressiste de l’Empire des tsars).
    Mais il y a des racines locales au socialisme (travaux d’Ilham Khuri-Makdisi l’ont démontré), le socialisme moyen-oriental est un acteur au sein de réseaux radicaux relayé jusqu’aux Amériques par les diasporas ; s’il est mal connu, c’est parce qu’il a été vite englobé dans le nationalisme arabe. Les œuvres des intellectuels moyen-orientaux de la fin du XIXe témoigne de leur intérêt pour la question sociale. 1910 : premier Parti socialiste ottoman (très peu d’audience)
    Abd al-Rahman al-Kawakibi (1855-1902)
    Ce grand intellectuel et militant originaire d’Alep est le meilleur exemple de la proximité originelle de mouvances idéologies ultérieurement divergentes. Il est considéré à la fois comme un des pères fondateurs du nationalisme arabe, comme un des plus grands réformiste musulman et comme un précurseur du socialisme arabe. Ses idées libérales et arabistes le contraignent à l’exil au Caire en 1900. Dans la revue al-Manar, il publie la Mère des cités. Il y remet en cause l’autorité califale des sultans ottomans, appel à un réveil des Arabes pour reprendre le contrôle de la umma. Il islamise ainsi l’arabisme, jusqu’ici plutôt défendu par les chrétiens.
    Il est également fort critique à l’égard de l’autoritarisme hamidien, son traité Caractéristiques du despotisme parle du despotisme politique comme de la « source du mal dont le remède est la consultation constitutionnelle ». Propos socialistes : « la religion de l’argent » est pour lui consubstantielle au despotisme, et il s’en prend violemment aux exploiteurs.

    L’essor du sionisme

    Point commun du sionisme avec la Nahda arabe(peu de juifs y ont participé) et le réformisme musulman: faire revivre un passé très largement mythifié. Créer un État juif en Palestine est perçu comme un acte refondateur. Contexte d’émergence d’idéologie sioniste: affirmation des identités nationales Orient/Occident du XIXe s, montée des idées libérales en Europe depuis la Révolution française qui a accordé la citoyenneté aux juifs, et aux discriminations et surtout les pogroms de plus en plus fréquents à partir des années 1880 dont les juifs sont victimes en Europe centrale et surtout dans l’Empire russe. Sionisme= solution au dilemme: émancipation possible mais incertaine (poussées d’antisémitismes)+ assimilation (perte de l’identité juive) à l’Ouest et soumission/persécution à l’Est. Majeure partie des juifs d’Europe orientale fuient vers l’Europe occidentale et les USA. Ex: 600 000 juifs entrent aux USA entre 1881 et 1903. Une minorité choisit de partir pour la Palestine (transports améliorés, Empire ottoman attractif: accueil réservé aux juifs séfarades au XVIe s, et système des millet peut permettre de préserver l’ identité juive).
    Organisation du mouvement sioniste: création de la société des «Amants de Sion»: financement d’Edmond de Rothschild, riche banquier français.Rachat de terres pour les quelques milliers d’immigrés juifs de Palestine. Rôle de Theodor Herzl (1860-1904): intense production visant à convaincre les autres juifs du projet sioniste, surtout lobbying auprès des grandes puissances. Cherche à obtenir soutien d’Abdühamid II à la création d’un État juif en Palestine contre rachat de la dette ottomane par sionistes: refus du sultan(1896)(volonté d’obtenir protection avant d’inciter les juifs à venir plus nombreux). Structuration du lobbying sioniste par Herzl: création de l’Organisation sioniste. Intenses débats à Bâle (1897) pour congrès fondateur: sur légitimité du projet sioniste et viabilité. Jewish Territorial Organisation prône implantation ailleurs qu’en Palestine (Chypre, Ouganda, Amérique). Statuts officiels ne prévoient pas création d’un État juif, mais d’un «foyer garanti par le droit public» cad protégé par les puissances européennes.
    Le sionisme est aussi une pratique se heurtant sur le terrain à nombre d’obstacles. Accueil réservé par Palestiniens n’est pas longtemps cordial. Israël Zangwill, écrivain britannique (1864-1926) disait que le sionisme était «le retour d’un peuple sans terre sur une terre sans peuple». Optique sioniste: Palestiniens= Arabes sans attachement particulier à la terre palestinienne, sans sentiments d’appartenance nationale, et pouvant se déplacer de quelques km pour rester des Arabes. De fait, la Palestine n’est historiquement qu’une partie du Bilad al-Sham et le sionisme et la spoliation territoriale ont été les catalyseurs d’une identité palestinienne autonome. Uchronie: sans présence sioniste, Palestine aurait été fondue dans Grande Syrie ou Jordanie.
    Mais sionistes ont négligé spécificités identitaires palestiniennes anciennes comme l’attachement à Jérusalem; et scénario sioniste prévoyant abandon volontaire des terres palestiniennes par les Arabes était éventuellement possible si Grande Arabie unifiée, mais rendu impossible par morcellement du Moyen-Orient après 1 GM. Ainsi, indifférence initiales des Arabes de Palestine durant les premières décennies de l’immigration juive -phénomène jugé comme n’étant qu’une nouvelle vague d’immigration-, se mue en inquiétudes puis tensions avec l’augmentation du flux migratoire. Réticence voire hostilité aux projets sionistes même parmi les 25000 Arabes juifs palestiniens. Mais sionistes et Arabes gardent des relations pacifiques à défaut d’être cordiales. Le Yishow (=communauté juive palestinienne d’avant la création de l’État d’Israël) crée en effet beaucoup d’emplois pour les Arabes; besoin de main d’œuvre. 1908: début des violences entre les communautés. Autorités ottomanes cherchent très vite à limiter l’immigration juive en Palestine et la vente de terres aux immigrés juifs: mais mesures vites contournées. 1908: 80 000 juifs venus d’Europe répartis dans 26 colonies agricoles contre 24 000 en 1880. Représentent 10% de la population.

    Le panturquisme, prélude au nationalisme turc

    Nationalisme turc plus exacerbé par panslavisme russe que par nationalismes dissidents (arabe, kurde, arménien). Premiers appels des musulmans de l’Empire russe à une solidarité des peuples turcophones contre assimilationisme tsariste (fin XIXe). Rapprochement entre branches politique et culturelle du mouvement panturquiste : volonté de défense, mais aussi d’ appropriation et de valorisation de cette identité menacée. Influence européenne : turcologie savante crée prise de conscience de la richesse de l’histoire et de l’identité turques.
    Implicitement, panturquisme signifie délaissement des provinces levantines au profit de populations turcophones d’Eurasie. Volonté de se détacher de l’Orient musulman, non plus par occidentalisation mais par quête d’une alternative identitaire eurasiatique autour du mythe touranien (chercher signification) . Révolution jeune-turque de 1908 accélère diffusion des idées panturquistes (libéralisation des journaux et associations). Idées reprises par membres des élites du CUP. Fin de la propagande ottomaniste. Repli plus radical sur l’identité turque que celui d’Abdühamid II sur identité islamique. Prélude à révolution kémaliste transformant l’Empire ottoman en État-nation turc. Notion de « communauté dominante » ne désigne plus musulmans de l’Empire, mais prééminence des Turcs. Glissement facilité par développement (seconde moitié du XIXe) d’un « orientalisme ottoman » opposant noyau turc moderne et occidentalisé à provinces archaïques farouchement orientales et considérées comme irrécupérables.

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    Chap II : La dissolution de l’ordre ottoman (1914-1923)

    Décennie qui commence par la 1GM et s’achève par disparition de l’Empire ottoman remodèle profondément Moyen-Orient. En 1914, l’Empire -en guerre en fait depuis 1911- ne conserve plus en réalité que sanctuaire anatolien, Thrace orientale et provinces arabes. Réformes renforcent contrôle sur provinces, encore accru par triumvirat d’unionistes radicaux au pouvoir en 1913. Montées des revendications nationalistes dans les provinces arabes. L’Entente choisit d’en profiter : instrumentalisation franco-britannique du nationalisme arabe. Mais celui ci se retourna contre eux dès qu’ils cherchèrent à remplacer l’Empire. Échec initial des résistances arabes et profondes désillusions.
    Décentrer le regard et multiplier les points de vue sur la période est nécessaire. Pour les Turcs, début de la période : pessimisme initial finit dans l’euphorie : espoir et fierté retrouvés,héros comme Atatürk. Arabes, situation inverse : espoir et espérance d’indépendance initialement, amertume de l’échec et martyrs au final. Décentrer le regard montre que le conflit au Moyen-Orient commence avant 1914 et se termine bien après 1918 ; la Grande Guerre n’a fait qu’absorber un conflit commencé par l’invasion italienne et achevé par le traité de Lausanne en 1923.

    L’EMPILEMENT DES ALLIANCES
    Au Moyen-Orient, la Grande Guerre fut un long bras de fer diplomatique autant qu’un affrontement militaire. Chacun cherche en effet des alliés, et à retourner ceux des rivaux. Cause : trop de soldats mobilisés par les fronts européens, guerre doit se faire par procuration. Jeu dangereux et meurtrier, qui s’il fut efficace, laissa à la région des séquelles encore contemporaines. Instrumentalisation de la religion -encouragements au djihad, Russie instrumentalise les arméniens de l’Empire, France fait de même avec les chrétiens-, et des nationalismes -incitation à la révolte arabe, utilisation des kurdes contre les minorités chrétiennes d’Anatolie-.
    Contrairement à l’engrenage des alliances européennes, qui fait agir les acteurs dans une direction commune, les alliances sont ici accumulées sans soucis de cohérence entre elles, parfois même en contradiction vis-à-vis des autres, ce qui compliqua la sortie de guerre des sociétés moyen-orientales.

    L’axe Berlin-Constantinople : un néo-Drang nach Osten

    Rapprochement avec Allemagne : volonté d’Abdühamid II de rupture avec Tanzimat : Paris repère de dissidents. Choix également par défaut (seule grande puissance à ne pas menacer l’Empire). Réputation de l’armée allemande. Logique dissuasive: éviter les agressions, plutôt qu’attendre soutien allemand après agression. Intérêt allemand : extension de l’influence allemande jusqu’en Mésopotamie, perturbation du Grand Jeu, menace sur le monopole britannique dans le golfe Persique : cadre Weltpolitik. Débouché pour les financiers allemands (Bagdadbahn) et pour l’industrie (notamment d’armement). Missions archéologiques allemande en Mésopotamie et au Liban, instructeurs militaires allemands pour réformer et encadrer armée. Voyage d’un mois de Guillaume II en 1898 à travers l’Empire ; s’y pose en protecteur des chrétiens et ami perpétuel des « 300 millions de musulmans de la planète ». Intérêt principal : instrumentalisation du califat, menace sur les empires coloniaux des puissances de l’Entente concentrant plus de la moitié des musulmans du monde. Créer de multiples zones de tensions, obligeant l’ennemi à se disperser, et attaquer en force en Europe.
    Alliance un temps compromise par révolution jeune-turc (très francophiles, à contre pied du Sultan rouge, et excédés par l’inaction allemande face aux agressions de ses alliés austro-hongrois et italiens). Mais rupture évitée (Importance politique de l’armée très germanophile, rapprochement de l’Entente avec « l’ennemi héréditaire » russe, visant ouvertement Constantinople.) Ligne pro-germanique du ministre de la guerre l’emporte donc sur modérés prônant la neutralité.
    Alliance réaffirmée par traité secret d’assistance mutuelle le 2/08/1914. Mais déception pour Berlin : appel au djihad du 14/11 lancé sans grand effet (peu d’échos dans les colonies françaises ou britanniques ni parmi les troupes coloniales, provinces arabes sans illusions face à l’impiété et au laïcisme des jeunes-turcs, scepticismes des dirigeants politiques ). Ouverture des fronts moyen-orientaux trop peu importante. Empire ottoman= « allié sans valeur » selon von Moltke .

    Un djihad made in Germany
    Les Allemands firent tout pour attiser le soulèvement des musulmans contre les pays de l’Entente. Appel au djihad, mais aussi création d’une agence de renseignement orientale, soutenue par d’éminents orientalistes, largage de tracts en arabe et berbère relayant l’appel au djihad et à la désertion sur les tranchées françaises tenues par des maghrébins, aménagement sur les fonds du Kaiser d’un camp de prisonnier spécialement réalisé à leur intention, avec mosquée, nourriture halal et geôliers arabisants et bienveillants, mais surtout propagande destinée à les convaincre de reprendre le combat dans les armées ottomanes. Rien de tout cela n’eut de francs succès.


    L’axe Londres-La Mecque : la correspondance Hussein-McMahon

    Plan de longue date des Anglais : se tourner vers les Arabes contre Ottomans, opposer revendications nationales à solidarité confessionnelle (appel au djihad inaudible+ front à l’intérieur de l’Empire). Il faut attirer le second plus haut dignitaire de l’islam sunnite, le chérif (=«noble», descendant du Prophète) de La Mecque, gardien des lieux saints, donc théoriquement inféodé au sultan.Mission confiée à Sir Henry McMahon haut-commissaire en Égypte, (1862-1949) par Lord Kitchener, ministre des Affaires étrangères et fin connaisseur du Moyen-Orient. McMahon promet au chérif Hussein ibn Ali (1854-1931) la création d’un royaume arabe dont il serait le souverain contre son soutien, laisse envisager également le califat. Relations tendues entre Hussein et gouvernement ottoman : comme tout dignitaire local, supporte mal la politique de centralisation, et en plus, le chemin de fer du Hedjaz concurrence les routes traditionnelles aux mains de ses ouailles et sapent son autorité. Problème : définir les contours du royaume arabe. Enjeu de négociation épistolaire Hussein-McMahon (juillet 1915-janvier 1916)
    Désaccords provenant des quiproquos entretenus par chacun des deux sur les mots employés, à commencer par le mot « arabe ». Royaume arabe pour Britanniques, c’est un royaume dominant la péninsule arabique (esprit britannique : Arabe= Bédouins, sur lesquelles ils ont toute une mythologie et non Levantin, pour lesquels ils ont du dédain). Pour Hussein, l’arabité inclut le Proche-Orient. Négociations piétinent chacun cherche à faire accepter des formulations suffisamment sibyllines pour maximiser ses gains et minimiser ses engagements. Accord finalement trouvé : Hachémites auront la péninsule arabique (sauf protectorat britannique d’Aden) + majeure partie du Bilad al-Sham Damas incluse,sauf littoral syro-libanais, qui n’est pas « purement arabe ». Pour Londres, et surtout pour T.E. Lawrence, à l’ouest de la ligne Damas-Homs-Hama-Alep, il n’y a pas de pur Arabe, que des Levantins cosmopolites. Il faut aussi ménager les ambitions françaises. Projet de la Commission des affaires syriennes du Quai d’Orsay influencée par « lobby colonial », depuis 1912 : créer une Grande Syrie sous influence française, relais locaux élites levantines, à la fois francophones et francophiles.
    Large partie de l’Irak actuelle est exclue du futur royaume arabe : Britanniques lorgnent sur le pétrole. Sort de la Palestine reste très vague. Hussein se réserve le droit de remettre en question mainmise française sur Beyrouth et ses côtes une fois la guerre finie. Ottomans informés exécutent préventivement leaders arabes à Beyrouth et Damas ; contre-productif : fossé creusé entre Arabes et Turcs, persécution n’atteint que Levantins n’ayant aucune responsabilité et ne représentant pas menace imminente, mais évite partisans de Hussein dans la péninsule arabique, qui ont désormais des arguments pour rallier les Arabes levantins.

    L’axe Londres-Paris : l’accord Sykes-Picot

    Britanniques s’inquiètent des ambitions françaises au Moyen-Orient. Consultation ayant pour but de s’assurer compatibilité entre prétentions françaises et accord réalisé avec Hussein. Rencontre entre ex consul de France à Beyrouth Georges Picot (1870-1952) et négociateurs britanniques menés par député francophile Mark Sykes (1879-1919) à Londres. Mai 1916 : accord secret dit accord Sykes-Picot. On se déclare prêt à « reconnaître et à soutenir un État arabe indépendant ou une confédération d’États arabes sous suzeraineté d’un chef arabe ». Cependant, Hussein (qui ignore tout de cet accord) est loin d’obtenir entièrement gain de cause. Indépendance perçue uniquement comme émancipation vis à vis d’Empire ottoman, et délimitation de deux zones. Zone bleue directement admin par France:littoral syrien+ Cilicie et zone rouge admin britannique vilayet de Bagdad et Bassora. Plus deux zones d’influences au sein du futur État arabe : Syrie intérieure( Damas, Homs, Hama et Alep) + vilayet de Mossoul pour la France et bande de terre allant de Kirkouk à Gaza et ceinturant la péninsule arabique au nord (zone B) pour Londres. Palestine = zone brune sous contrôle international. Donc, seule péninsule Arabique deviendrait totalement indépendante (présence des lieux saints oblige). Russie intéressée à l’accord : on lui offre de s’étendre à l’est de l’Anatolie. En fait, c’est un accord Sykes-Picot-Sazonov (ministre russe des Affaires étrangères). Accord rejoint par Italie (avril 1917) contre zone d’influence au sud de l’Anatolie. Mais tout ceci resta lettre morte :circonstances des accords bien différentes de ce qu’elles seront à la fin de la guerre. Il faudra alors de nouvelles négociations.

    Le mythe Skyes-Picot
    Symbole de la duplicité et de l’impérialisme européens pour les tiers-mondistes et les djihadistes du pseudo-État islamique, présenté comme à l’origine de tous les problèmes de la région. Mais cet accord n’a jamais été appliqué, et son influence sur le tracé des frontières des États actuels est très peu évidente : ils sont plutôt issus des conférences de San Remo (1920) et Lausanne (1923). Ironiquement, les djihadistes qui critiquent cet accord ont presque matérialisé par leur conquête l’ancienne zone A de l’accord !
    Accord accusé aussi d’avoir voulu imposer un découpage du Proche-Orient sans avis des populations locales, et en trahissant le chérif Hussein. Ce n’est qu’en partie vrai, car pour respecter la parole donnée aux Hachémites, la péninsule Arabique a été exclue des négociations. A nouveau, ambiguïté du terme « arabe ». Zones d’influences ne sont que zones de domination indirectes, sur des territoires dévolus à un ou plusieurs États arabes.L’accord est aussi accusé de n’avoir pas pris en compte les réalités ethniques et confessionnelles de la région. Mais vu leur dispersion, il était presque impossible de donner à chacun d’eux son État, comme les Français tentèrent plus tard de le faire dans leur mandat syrien.
    En réalité, les dirigeants moyen-orientaux se sont servi de cet accord pour éluder leurs responsabilités dans le désastre. Les Turcs se dédouanent ainsi des séquelles de 500 ans de domination et entretiennent le mythe de la pax ottomanica. Les Arabes se dédouanent de leurs responsabilités dans l’échec des indépendances en rejetant la faute sur les frontières -qu’ils ont en réalité si âprement défendues- pour éluder leur responsabilité dans leur incapacité à gérer les populations. En effet, l’art du politique est de faire bien vivre, pas de bien séparer.

    L’axe Londres-Sion : la déclaration Balfour
    Professeur Chaïm Weizmann, président du Congrès juif mondial intéresse bcp Londres (obtenir un maximum de soutien à la guerre, neutraliser toute menace potentielle vis à vis des intérêts britanniques+ travaux novateurs sur les explosifs remarqués par état-major). 2/11/1917: secrétaire d’État au Foreign Office Lord Balfour fait savoir à Lord Rothschild responsable de la Fédération sioniste anglaise «que Sa Majesté envisage favorablement l’établissement d’un foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des communautés non juives existant en Palestine ». Premier soutien d’une grande puissance au projet sioniste. Mais «foyer national» ne signifie pas vraiment État.But: obtenir le soutien du Yishow dans la guerre (troupes britanniques arrivent en Palestine) et surtout, idée que toutes les populations juives au monde sont sionistes. Vision biaisée de la réalité : Londres pense que juifs russes ont joué un rôle important dans révolution bolchevique, et que soutien au sionisme= maintien de Russie dans la guerre, et pensent que juifs américains jouent rôle très important dans l’octroi de crédits à l’effort de guerre allié voire à engagement plus massif des USA. Peu d’intérêt réel pour la Palestine.Forte médiatisation contrairement à accords Sykes-Picot ou correspondance Hussein-McMahon. Politique sioniste de Londres: basée sur clichés antisémites (utilisés par Weizmann) d’une communauté juive mondialement solidaire, très implantée dans les milieux financiers et paradoxalement proche des bolcheviques! A rapprocher de stratégie de djihad made in Germany. Organisation sioniste demeure neutre, même si engagement de militants sionistes aux côtés de G-B. Déclaration Balfour semble aujourd’hui contradictoire avec correspondance Hussein-McMahon : pas à l’époque. Points de convergence: volonté d’émancipation nationale de peuples jugés opprimés (principe de Wilson) ; fait que les revendications nationales puissent entrer en contradiction paraît secondaire,car projet impérial britannique déguisé sous vertu de la libération nationale, Sykes-Picot rend caduc projet d’un grand État arabe.

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    LA MULTIPLICATION DES FRONTS

    Empire ottoman contraint de combattre simultanément puissances de l’Entente et mener répressions contre certains sujets (surtout Arabes et Arméniens), conflits en interaction. Armée engagée sur quatre fronts distincts ; stratégie de l’Entente : attiser les conflits à l’intérieur pour favoriser leurs offensives. Stratégie payante mais laisse graves séquelles sur les équilibres communautaires de la région.

    Le front caucasien

    Offensive ottomane d’hiver 1914 contre Kars. Objectif : récupérer provinces perdues en 1878 , pénétrer le Caucase et inciter population musulmanes au soulèvement. Échec: troupes décimées par typhus et froid, puis repoussées (bataille de Sarikamis : 22/12/1914-17/1/1915). Contre-offensive russe de février en Anatolie orientale, soutenues par volontaires arméniens. Constantinople craint trahison arménienne : soldats arméniens désarmés puis éliminés, villages arméniens décimés, survivants déportés vers déserts syriens et irakiens. Nettoyage ethnique de l’Anatolie (extermination des non-musulmans) : 1 million de morts. Révolution bolchevique : « divine surprise », retrait des forces russes alors d’une Anatolie sans défense. Armistice du 17/12/1917 puis traité de Brest-Litovsk de mars 1918 : Russie restitue à Empire tous les territoires perdus depuis 1877. Victoire diplomatique qui ne sauva pas l’Empire.

    Le front des Détroits
    Constantinople vulnérable (proximité Russie et Europe et littoral), première préoccupation des autorités ottomanes. Anglais avortent livraison de navires de guerres prévus contre menace grecque et pour protéger Détroits;cause du déclenchement de la guerre. Allemands offrent 2 navires de Méditerranée (condamnés face aux Français et britanniques), amiral allemand Souchon commande flotte ottomane. Empire garde semblant de neutralité, alliance avec Berlin secrète.
    Empire entre en guerre sous pression allemande (29/10/1914). Plan de Churchill (Premier Lord de l’Amirauté): offensive navale franco-britannique sur les Dardanelles puis offensive russe sur Bosphore ; prise rapide de Constantinople, élimination du faible ennemi ottoman, et concentration russe sur son front occidental. Déclenchement 19/2/1915. Revers : Dardanelles protégées des deux côtés par forts hérissés de canons + mines et filets anti-sous-marins. Autre stratégie : contournement des Dardanelles, débarquement le 25/4/1915 de troupes d’infanterie sur péninsule de Gallipoli direction Constantinople (fronts prioritaires dégarnis). Attaque s’enlise : guerre de position infructueuse. Londres exfiltre les soldats en décembre : victoire ottomane inespérée (gouvernement avait préparé son évacuation vers Konya), due à réticence de l’Entente à dilapider ressources pour front secondaire (mais vital pour Ottomans). Entente porte ses espoirs sur fronts arabes ouverts par Britanniques, initialement comme diversion.


    Les fronts arabes

    Mésopotamie Assaut britannique (troupes du Raj) dès novembre 1914. Obj: ouvrir nouveau front, protéger la route des Indes donc contrôler golfe Persique et Mésopotamie méridionale (intérêt des autorités du Raj plus que de Londres), sécuriser Chatt-al-Arab surtout Abadan, vital pour l’approvisionnement pétrolier de la Royal Navy. 1911 : Royal Navy abandonne le charbon pour le pétrole ; obj : performances techniques (flotte plus rapide que flotte allemande) mais surtout politique (affaiblir syndicats de mineurs britanniques). Prises faciles d’Abadan et Bassora (21/11/1914), marche sur Bagdad sous pression de Simla (capital d’été du Raj) périlleuse. Troupes du général Townshend remontent le Tigre : battues à Ctésiphon (nov 1915), repli sur Kut al Amara. Siège de 4 mois par les ottomans (déc 1915-avril 1916). Sans renforts et affamés, les 13000 indo-britanniques capitulent. Cuisant revers, réaction britannique : renforts menés par général Maude : Bagdad tombe le 9/3/1917, Mossoul occupée (au mépris des accords Sykes-Picot) en novembre 1918 (intérêts pétroliers).
    Égypte et Syrie Offensive ottomane (01/1915): 20 000 hommes partent à l’assaut de l’Égypte (espérant soulèvement en leur faveur) : refoulés au niveau du canal de Suez. Repli sur Beer-Sheva ; novembre 1917 britanniques prennent Gaza et Beer-Sheva, entrée triomphale à Noël à Jérusalem du général Allenby. Prise de Damas 1/10/1918, jonction avec révoltés arabes du Hedjaz menés par Thomas E. Lawrence et émir Fayçal. Fayçal proclame dès le 5 un « gouvernement constitutionnel indépendant ». Violation des accords Sykes-Picot (zone théoriquement française)
    Hedjaz Révolte arabe,(Juin 1916) commandée par Fayçal (1885-1933) fils du chérif Hussein, autoproclamé « roi des pays arabes ». Prétexte : impiété des Turcs. Soutien logistique français (livraison d’armes) aide britannique. Obj Français : pouvoir négocier ultérieurement avec Fayçal, désamorcer propagande djihadiste allemande. Insurgés prennent rapidement La Mecque et Djeddah (sur la mer Rouge). Médine trop bien protégée et ravitaillée par chemin de fer du Hedjaz. Lawrence (officier de liaison britannique) préconise de se diriger vers Transjordanie, en longeant la mer Rouge (soutien logistique de la Royal Navy). On cherche à rallier les troupes d’Égypte et à s’attaquer à la ligne du Hedjaz où elle est la plus faible. Médine sera alors facile à prendre.Prise d’Aqaba : approvisionnement maritime désormais sécurisé. Mais résistance de tribus bédouines fidèles aux Ottomans. Jonction avec Allenby, prise de Damas puis d’Alep (26/10). Troupes françaises sur littoral libanais (oct 1918). Allenby partage : Palestine pour Britanniques, côtes syriennes pour les Arabes, littoral libanais pour la France. Nov 1918 : ottomans quittent définitivement les provinces arabes.

    Thomas Edward Lawrence et Louis Massignon : entre science et influence
    Deux figures de proue de l’orientalisme européen de la première moitié du Xxe siècle, symbolisant les ambivalences dénoncées par Saïd quand il critique les « créateurs » occidentaux de l’Orient. Tiraillés entre attirance quasi mystique pour le monde arabe dont ils se font les ambassadeurs, et attachement indissoluble à leur patrie. Précieux intermédiaires durant la guerre, mais problématique ensuite.
    T.E. Lawrence est historien de formation (1888-1935) : voyage dès sa jeunesse dans les provinces arabes de l’Empire ottoman, mission archéologique sur l’Euphrate juste avant la guerre.Amour de la région et de ses habitants, particulièrement des Bédouins (qu’il voit comme une race pure) contrairement aux Levantins.Statut d’archéologue : parfaite couverture pour espionnage au profit des Britanniques. 1916 : chargé d’encadrer la révolte arabe fomentée dans le Hedjaz car arabophone. Inspire la marche vers Transjordanie. Après victoire, plaide pour respect des engagements vis à vis des Hachémites en vain : abandon de l’idée de grand royaume arabe. Retiré des affaires, se fait l’historien de lui-même dans: Les Sept piliers de la sagesse . Récit tout à sa gloire de l’ héroïque épopée des insurgés arabes 1922, créant sa légende, celle de « Lawrence d’Arabie ».
    Louis Massignon (1888-1962) est le « pape » de l’islamologie française. D’abord spécialiste du Maroc, arrive au Moyen-Orient en 1906 ; rencontre en Mésopotamie mystique al-Hallaj (sujet de sa thèse après-guerre).Combat aux Dardanelles, participe comme expert à mission Sykes-Picot, se rapproche alors de Sykes et de Faycal : début de rivalité avec Lawrence. Comme lui, critique vainqueurs pour ne pas avoir tenu parole. Désillusion à partir de victoire française de Meyssaloun contre Faycal, allié devenu encombrant.

    La défaite ottomane
    Causes: faiblesses de l’Empire et de troupes en guerres depuis 1912, surtout dispersion des forces sur multiples fronts et mauvaise logistique (réseau de communication très insuffisants). Cuisants échecs sur fronts offensifs (provinces arabes=Égypte, Caucase) fronts défensifs moins désastreux (Mésopotamie, Détroits). Victoires de Gallipoli et Kut al-Amara insufflent espoir de redressement, mais troupes ottomanes succombent sous coups répétés.15/9/1918: percée décisive de Franchet d’Esperey : voie ouverte sur Constantinople. 30/10/1918 : convention de Moudros, empire ottoman capitule. Armée démantelée, flotte du guerre confisquée. Vainqueurs disposent des installations ferroviaires et portuaires de l’Empire, troupes positionnées dans les Détroits. Responsables de l’entrée en guerre fuient à Berlin : plusieurs seront assassinés par des Arméniens (« opération Némésis »). CUP s’auto-dissout en Novembre 1918.

    La fragile neutralité perse
    1/11/1914 : Perse proclame sa neutralité après entrée en guerre des Ottomans. Satisfaction britannique (intérêts pétroliers mais se sachant détestés des Perses) , Russes (aussi haïs que britanniques) tentent de pousser le pays dans la guerre en faisant miroiter l’annexion des lieux saints chiites (Najaf et Kerbala) . Perses ne sont pas dupes : Russie bien plus menaçante qu’Empire ottoman et Britanniques trop intéressés par Mésopotamie.
    1915 : négociation en vue du ralliement à l’Allemagne échoue à cause de prétentions ottomanes. Agent allemand Wassmuss envoyé saper les arrières britanniques. Depuis Bagdad, entre en Perse avec petit contingent: appelle oulémas au djihad anti-britannique et au sabotage des installations pétrolières de la Royal Navy. Accueil favorable presque partout. Autre expédition germano-ottomane entre en Perse pour appeler populations afghanes à perturber le nord de l’Empire des Indes. Riposte : colonne du général Percy Sykes envoyée en Perse mettre fin à ces entreprises dès 1916. Résistance des tributs locales encouragée par Wassmuss, plus soutien de gendarmerie perse commandée par Suédois germanophiles. Londres recrute plusieurs milliers de supplétifs locaux, les South Persia Rifles. Britanniques contrôlent Chiraz et Ispahan grâce à eux. Gouvernement perse tombe sous la coupe de Londres dès 1916. Allemagne installe un Comité nationaliste perse contestant le gouvernement perse par de la propagande en persan. Députés et officiers de gendarmerie pro-allemands installent à la frontière mésopotamienne un « Comité de défense nationale » cherchant en vain à renverser le gouvernement.

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