Post has published by guiguit

Ce sujet a 6 réponses, 4 participants et a été mis à jour par  Deeoh, il y a 1 an et 4 mois.

7 sujets de 1 à 7 (sur un total de 7)
  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Présentation : l’organisation de l’Empire carolingien sous Charlemagne

    Grâce aux campagnes victorieuses qu’il mena sur plusieurs fronts, Charlemagne doubla l’étendue de ses possessions. Comment dirigea-t-’il ce vaste ensemble ? Avec quels moyens ? Voici une présentation des principaux agents de gouvernement de l’Empereur franc.

    1. Les comtes :

    Les comtes (du latin comes, compagnon) forment l’épine dorsale de l’administration carolingienne. Recruté parmi les membres de l’aristocratie franque, ils dirigent un territoire grand comme un département actuel. L’Empire compte environ 300 comtés. Un comte exerce le commandement militaire, les pouvoirs civils et judiciaires comme représentant du roi des Francs. Non-salariés, ils reçoivent une terre ou un titre d’abbé laïc en guise de compensation. Notez que ce poste était à l’origine non-héréditaire et que ce n’est qu’en 877 que ces «fonctionnaires» obtiendront la possession héréditaire de ce titre formant alors un élément-clef de la noblesse européenne.

    2.Les ducs :

    Les ducs sont en quelque sorte les «supérieur» des comtes. Un duc reprend ainsi des fonctions militaires et politiques plus importantes. Un duché franc regroupe généralement tout une région assez vaste comme le Mans. Notez qu’en Lombardie conquise, un duché correspond en taille et en importance à un comté franc. Un duc peut aussi se retrouver à la tête d’une marche, c’est-à-dire un territoire organisé militairement pour protéger l’empire et récemment conquis. Ainsi, la Saxe, la Bretagne, la Bavière et l’Espagne formèrent, en partie du moins, des marches de l’Empire carolingien.

    3.Le préfet de Bavière :

    Le préfet de Bavière est un titre créé en 791 suite à la destitution du duc (indépendant) de Bavière Tassilon. Son Etat fut alors intégré dans l’immense royaume franc. L’administration interne du duché ne fut pas perturbé et aucun comte ne fut installé, certainement dans le but de ne pas s’aliéner les élites locales qui avaient aidé à la chute de Tassilon. Le premier préfet nommé est Gerold, beau-frère de Charlemagne et par ailleurs cousin lointain des Agilofings.

    4.Les missi dominici :

    Les missi dominici, soit les «envoyés du maître», sont des comtes ou des évêques mandatés pour une ou plusieurs missions spécifiques dans l’Empire. Il s’agit souvent de missions d’inspections et d’affaires judiciaires. Travaillant dans un territoire défini, le missacitum, les missi sont par pair un laïc et un ecclésiastique. Ils sont recrutés parmi les plus puissants et riches afin de ne pas de se laisser corrompre.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d9/Empire_carolingien_768-811.jpg
    Une petite carte en guise de synthèse

    Sources :
    -MINOIS G. Charlemagne, Editions France Loisirs
    -MOURRE M. Dictionnaire encyclopédique de l’Histoire du monde, Editions France Loisirs
    -WIKIPEDIA, «Duc», https://fr.wikipedia.org/wiki/Duc#Moyen_.C3.82ge, consulté le 04/05/2016
    -WIKIPEDIA, «Gerlod», https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9rold_(Pr%C3%A9fet_de_Bavi%C3%A8re), consulté le 04/05/2016
    -GRAVEL M. «Comment gouverner un empire si grand», in Hstoria numéro 406

  • Modérateur
    Posts8432
    Member since: 14 mai 2013

    Intéressant. Ces titres ont donc perduré durant le moyn Age, c’est bien çà? Je pense surtout aux comtes et ducs.
    Les ducs avaient beaucoup de pouvoirs, puisque tu dis qu’ils avaient des fonctions politiques et militaires. Et avec l’exemple de l Bavière, où il a fallu, si j’ai bien compris, fomenté une révolte (tu parles de soutiens locaux) pour le destituer…
    Cela semble montrer un empire très peu centralisé pour ce qui est du pouvoir effectif. Peut-on dire que cette organisation annonce la féodalité?

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Les ducs avaient beaucoup de pouvoirs, puisque tu dis qu’ils avaient des fonctions politiques et militaires. Et avec l’exemple de l Bavière, où il a fallu, si j’ai bien compris, fomenté une révolte (tu parles de soutiens locaux) pour le destituer…

    La situation de la Bavière est très floue avant 791. En effet, techniquement, le duc de Bavière est un vassal du roi des Francs mais, de fait, il mène une politique complètement indépendante que ce soit dans ses relations avec les Lombards, Byzance ou les Avars. Il semble même que Tassilon ait soutenu secrètement les révoltes saxonnes contre son cousin Charlemagne. En outre, ce Tassilon est un Bavarois “pur souche” venant d’une dynastie nationale. Il est donc assez compliqué de savoir si l’on peut inclure ce territoire dans l’Empire carolingien avant 791. Après cette date, tout problème est réglé par l’annexion formelle du duché à l’empire.

    En fait, c’est moins des tentatives de révolte qui n’ont jamais eu lieu qu’une promesse de ne pas changer les institutions locales qui a fait basculé les nobles bavarois dans le camp du Carolingien plutôt que dans celui de l’Agilofing. Sans compter le rapport de force en défaveur de la Bavière !

    Cela semble montrer un empire très peu centralisé pour ce qui est du pouvoir effectif. Peut-on dire que cette organisation annonce la féodalité?

    C’est plutôt la cession de terre qui annonce la féodalité que ce “fonctionnariat”. Sans argent, Charlemagne fait don de terres qui se révèleront être de véritables mines d’or pour leurs nouveaux propriétaires. Ce qui faisait la force à l’époque était la propriété terrienne. Quant à la centralisation du pouvoir, l’Empereur a tout fait pour y parvenir : institution des missi dominici, assemblée annuelle où il faisait part de ses décisions à ses sujets .Outre l’entretien des routes et autres moyens de communication, l’armée joua aussi un rôle d’unification : elle réunissait des hommes de différentes parties de son empire et les plus brillants pouvaient vite monter en grade. La redistribution des butins et les victoires assuraient la cohésion de ces troupes venant de toute l’Europe.

  • Modérateur
    Posts8432
    Member since: 14 mai 2013

    Merci de ta réponse, elle m’éclaire.

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Je tiens à rajouter quelques petits détails sur les comtes. Ces derniers étaient souvent issus de l’aristocratie locale afin de ne pas s’aliéner cette dernière. Sur les 250-300 comtes de l’Empire, environ 70 sont des Francs d’Austrasie (l’ancien royaume mérovingien qu’ont dirigé les ancêtres de Charlemagne et d’où il est issu) et parmi eux, une cinquantaine ont un lien de parenté plus ou moins proches avec les Carolingiens.

    Les comtes, comme les autres membres de l’administration étaient convoqués à l’assemblée générale annuelle qui se déroulait souvent au mois de mars. Là, l’Empereur communiquait ses décisions, aussi bien politiques que religieuses (au point qu’on en qualifia certains de synodes !)… Etant un lieu de rencontre, l’assemblée forgeait ainsi un sentiment d’unité au sein des classes dirigeantes. On sait par ailleurs que c’est devant une assemblée générale que fut “jugé” le duc Tassilon de Bavière.

  • Modérateur
    Posts1264
    Member since: 26 avril 2013

    Cette redistribution des terres s’explique aussi par la nécessité de limiter les conspirations et révoltes au sein de l’aristocratie franque qui auraient pu renverser les Carolingiens comme le furent les Mérovingiens. Cependant ce système pour fonctionner nécessitait une expansion quasi-constante du royaume franc pour contenter son aristocratie.
    Les Carolingiens avaient hérité des terres du fisc impérial romain, comme les Mérovingiens avant eux. Cependant les Mérovingiens eux aussi en butte aux manigances de l’aristocratie franque réduisirent leur domaine comme peau de chagrin, ce qui expliqua leur faiblesse croissante face à leur propre aristocratie. De leurs côté, les Carolingiens entreprient plutôt de rogner les possessions des monastères et y installèrent des abbés laïcs pour contenter leur noblesse.
    Ni les domaines écclésiastiques et ni les conquêtes militaires n’étant éternelles, les Carolingiens furent contraint à leurs tours de morceler leurs domaines, connaissant ainsi la même fin que les descendants de Clovis.

  • Participant
    Posts2
    Member since: 18 octobre 2017

    Je tiens à rajouter quelques petits détails sur les comtes. Ces derniers étaient souvent issus de l’aristocratie locale afin de ne pas s’aliéner cette dernière. Sur les 250-300 comtes de l’Empire, environ 70 sont des Francs d’Austrasie (l’ancien royaume mérovingien qu’ont dirigé les ancêtres de Charlemagne et d’où il est issu) et parmi eux, une cinquantaine ont un lien de parenté plus ou moins proches avec les Carolingiens.

    Les comtes, comme les autres membres de l’administration étaient convoqués à l’assemblée générale annuelle qui se déroulait souvent au mois de mars. Là, l’Empereur communiquait ses décisions, aussi bien politiques que religieuses (au point qu’on en qualifia certains de synodes !)… Etant un lieu de rencontre, l’assemblée forgeait ainsi un sentiment d’unité au sein des classes dirigeantes. On sait par ailleurs que c’est devant une assemblée générale que fut “jugé” le duc Tassilon de Bavière.

    Je tiens simplement à corriger un petit élement, les comtes, comme les autres grands du royaume (ecclésiastiques et laïques) dans les assemblées générales appelés des plaids généraux. Ceux ci se déroulaient non pas au mois de mars, mais au mois de mai, car nous parlons des Carolingiens, ne l’oubliont pas. Le mois de mars, c’était sous les mérovingiens. Donc après 755 environ, c’est au mois de mai (peu après le premier sacre de pépin le bref, en 754, que ce changement a lieu, donc.)

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