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Ce sujet a 10 réponses, 6 participants et a été mis à jour par  diber, il y a 10 mois et 3 semaines.

  • Participant
    Posts6
    Member since: 15 avril 2017

    Depuis sa création, en 1948, Israël a toujours entretenu des rapports conflictuels avec l’Égypte, qui n’a pas hésité à envoyer ses armées contre l’État hébreux le jour-même de sa proclamation d’Indépendance. En octobre 1956, le nationalisme nassérien, et la fermeture par l’Égypte du détroit de Tiran, n’ont fait qu’alimenter la colère du gouvernement israélien, qui prête désormais une oreille plus qu’attentive aux sirènes franco-britanniques, elles aussi bien décidées à renverser le Président Gamal Abdel Nasser, mais qui ont besoin d’un prétexte pour justifier auprès de l’opinion publique internationale ce qui ne sera jamais qu’une expédition coloniale de plus. Le 22 octobre 1956, une conférence secrète réunit donc à Sèvres les différents protagonistes de cet étrange complot.

    Selon le plan prévu, Israël devra déclencher une “guerre préventive” contre l’Égypte. Au nom de la “sécurité de navigation sur le Canal de Suez”, la France et la Grande-Bretagne lanceront alors un ultimatum aux deux belligérants, leur enjoignant de cesser le feu et de se retirer dans les douze heures à plus de 16 kilomètres du Canal, et ce afin de laisser la place à des troupes de “protection” franco-britanniques. Cet ultimatum sera aussitôt accepté par Israël, et bien entendu rejeté catégoriquement par l’Égypte, puisque constituant une atteinte à sa souveraineté.

    le 23 octobre 1956, la Conférence de Sèvres se termine par un accord entre Israéliens, Français et Britanniques. Israël lancera une “guerre préventive contre l’Égypte dans la péninsule du Sinaï. La France et la Grande-Bretagne, se présentant comme gardiennes de la liberté de navigation sur le Canal de Suez, adresseront alors un ultimatum aux deux belligérants, leur enjoignant de cesser le feu et de se retirer de la zone du Canal, qui sera aussitôt investie par des forces franco-britanniques “de protection”. Israël acceptera immédiatement cet ultimatum que l’Égypte, selon toute vraisemblance, refusera, ce qui autorisera donc les militaires français et anglais à envahir le pays, récupérer le Canal pour le compte des actionnaires britanniques, et renverser le Président égyptien Gamal Abdel Nasser, qui arme et soutient les indépendantistes algériens du FLN combattus par la France.

    Sans doute conscients de l’optimisme pour le moins exagéré d’un tel plan, ou réellement soucieux pour leur propre sécurité, les Israéliens ont exigé, et obtenu, un certain nombre de garanties et d’avantages, aux premiers rangs desquels figure la livraison par la France de grandes quantités de matériel militaire, et notamment de plusieurs dizaines d’avions de combat français, dont certains, pour gagner du temps, seront directement prélevés sur les stocks de l’Armée de l’Air française, et hâtivement repeints aux couleurs israéliennes. Manquant de pilotes confirmés, et craignant des représailles égyptiennes, Israël a également exigé, et obtenu, le “prêt” de plusieurs escadrilles de chasse de l’Armée de l’Air française, avec leurs pilotes. Pour éviter d’être identifiés, ces avions français seront également repeints aux couleurs d’Israël. Quant aux pilotes français, ils recevront l’ordre officiel et militaire de ne pas quitter les bases israéliennes et, s’ils prennent l’air, de se débarrasser de tout document ou papier attestant leur nationalité.

    Mais ce n’est manifestement pas encore assez aux yeux des Israéliens. Et c’est là que Shimon Perès entre en scène, et que l’aventure de Dimona commence le 22 octobre 1956, Shimon Perès, alors directeur général du Ministère de la Défense, et chargé du programme nucléaire israélien, se trouve donc à Sèvres, où il accompagne la délégation israélienne venue négocier dans le plus grand secret la participation de l’État hébreux à “l’Opération Mousquetaires” (l’invasion illégale de l’Égypte pour se réapproprier le Canal de Suez sans l’autorisation des Nations Unies). Pour prix de cette participation, le français Guy Mollet, Président du Conseil, a promis à Israël la livraison de grandes quantités de matériel militaire, d’avions et de pilotes français, mais aussi… la fourniture d’un réacteur nucléaire et d’uranium enrichi, qui permettra à l’État hébreux de fabriquer ses propres bombes atomiques. Ce réacteur, du même modèle que celui de Saclay, devra être fourni secrètement, et monté le plus discrètement possible – à l’insu des États-Unis et de la Russie – dans un des endroits les plus désertiques d’Israël, au coeur du Néguev, dans un coin perdu au doux nom de femme… Dimona!

    En novembre 1956, “l’Opération Mousquetaires” s’achève sur un fiasco total pour la France et la Grande-Bretagne : victorieuses sur le terrain, leurs troupes ont néanmoins dû rembarquer sous la pression conjointe des Nations-Unies, des États-Unis et de l’URSS; le Canal de Suez est toujours égyptien; Gamel Abdel Nasser est toujours au Pouvoir et toujours occupé à soutenir et armer les indépendantistes algériens combattus par la France. A Paris comme à Londres, l’humiliation est complète, et le comportement de Washington, perçu comme une trahison. Pour Israël en revanche, l’affaire se présente un peu mieux : son armée a su infliger des dommages considérables à l’ennemi égyptien. Surtout, son alliance avec la France lui a permis de se rééquiper en matériel moderne, dont les livraisons, qui comprendront bientôt celles des fameux “Mirage III”, s’échelonneront jusqu’en 1967. Et parmi les clauses secrètes des accords de Sèvres figure aussi la fourniture par la France d’un réacteur nucléaire, et d’uranium enrichi, destinés à la fabrication de la bombe atomique israélienne.

    Pour le français Guy Mollet, Président du Conseil, la livraison à Israël d’un réacteur nucléaire et d’uranium enrichi était un peu la dette morale de la France envers l’État hébreux, pour ne pas avoir su résister aux pressions russes et américaines lors de l’Affaire de Suez de 1956, et mener la guerre jusqu’à son terme logique : l’élimination du régime nassérien. Bien sûr, cette livraison, qui contrevenait aux traités internationaux et menaçait tout l’équilibre proche et moyen-oriental, devait rester secrète. Israël se garda bien d’en parler, et même les États-Unis ne la découvrirent qu’au milieu des années 1960, grâce à leurs avions espions U2.

    Revenu au Pouvoir fin 1958, le Général de Gaulle n’en apprit lui-même l’existence que plus tard. Atterré, réalisant les implications de cette nouvelle donne, il fit l’impossible pour convaincre les Israéliens de mettre un terme à leur aventure nucléaire, allant jusqu’à proposer la livraison de nouveaux Mirage III et IV en échange de l’abandon de leur programme. Les Israéliens, comme c’était prévisible, refusèrent. Et la Guerre des Six Jours, en 1967, mit un terme à la complicité franco-israélienne. Pour vendre ses armes, la France se tournera alors vers les pays arabes, ennemis d’Israël, et Israël, pour acheter de nouvelles armes, portera ses regards vers les États-Unis. A Dimona, en plein coeur du désert du Néguev, le réacteur français était depuis longtemps entré en service, et les bombes commencèrent à s’accumuler, année après année…

    Elles s’accumulent encore aujourd’hui…

  • Participant
    Posts417
    Member since: 15 avril 2017

    Wow , merci très instructif :cheer: Je savais déjà que le programme nucléaire israélien avait tout de clandestin , mais je ne m’attendais pas à ce que cela vienne de nous , et qu’un ” complot ” à l’encontre de l’Egypte se cachait derrière tout ça !

    Allez regarder tout mes sujets à l'Armurerie 🙂

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  • Admin bbPress
    Posts6308
    Member since: 15 avril 2017

    Intéressant en effet! La France a fourni le matos avant de se faire jeter comme une vieille chaussette… En France cette histoire est connue ou dissimulée?

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Modérateur
    Posts2995
    Member since: 15 avril 2017

    Il y a une affaire dans l’affaire. De Gaulle avait décrété une embargo sur les livraisons d’armes vers Israël. Hors un contrat était en cours pour la livraison de vedettes lance missile. Un commando israélien est alors venu chaparder les vedettes directement au chantier naval. C’est la fameuse affaire des vedettes de Cherbourg.
    Selon Pierre Razoux, auteur d’un livre sur Tsahal, De Gaule était au courant de la tentative israélienne et aurait laisser faire. Ce vol servant de prétexte pour se rapprocher des pays arabes.

    Il y a eu également une coopération en terme de missiles via Dassault.

    Comparaison n'est pas raison.

  • Admin bbPress
    Posts6308
    Member since: 15 avril 2017

    Le commando a fait quoi plus exactement?

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Modérateur
    Posts8405
    Member since: 15 avril 2017

    Le commando n’en est fait pas vraiment un.

    Les Israéliens ont fait croire aux Français qu’une société d’exploitation pétrolière norvégienne voulait prendre les navires déjà construits, sans armement.
    Les Français et Israéliens acceptèrent.
    Les marins israéliens déjà présents à Rouen partent tranquillement, peut être en se faisant passer pour des Norvégiens de cette société ou en prétendant devant emmener les vedettes pour elle, du port civil de Cherbourg sur les vedettes pour la Norvège… mais accosteront en fait à Haifa.
    Le lendemain du départ de Cherbourg, les Français comprennent que la société n’existe pas et qu’il y a vol.
    Il n’essaieront pas de couler les vedettes (sans armement, les détruire est en théorie possible malgré le mauvais temps d’hiver, mais vu leur vitesse, et le fait que l’équipage israélien ait surement des armes individuelles, impossible de les arraisonner).

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Participant
    Posts417
    Member since: 15 avril 2017

    Avec toute ces affaires , Israël ne devrait même pas être un Etat souverain .*

    EDIT : Enfin … Personne n’est blanc dans cette histoire comme dans d’autres

    Allez regarder tout mes sujets à l'Armurerie 🙂

    Nombreux post sur le Moyen-Orient

  • Participant
    Posts587
    Member since: 15 avril 2017

    Ce genre d’affaire, Israël ne fut pas le premier et encore moins le dernier.

    La dictature c'est ferme ta gueule !
    La démocratie c'est cause toujours...

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 15 avril 2017

    @cuirassier :

    … un contrat était en cours pour la livraison de vedettes lance missile. Un commando israélien est alors venu chaparder les vedettes directement au chantier naval. C’est la fameuse affaire des vedettes de Cherbourg.

    Je me souviens de cette histoire. En agissant aussi finement, les Israéliens avaient mis les rieurs de leur côté. L’opinion et la presse françaises ne se sont pas privés d’en ricaner ouvertement. Les informations TV détaillaient la progression des vedettes au jour le jour et dans la bonne humeur. Tout ça au grand dam du gouvernement qui ne pouvait plus qu’accepter le fait accompli et se venger sur quelques lampistes.

    Je crois que les explications ultérieures, où il est question d’arrangements secrets, sont une simple tentative pour redorer le blason.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Modérateur
    Posts8405
    Member since: 15 avril 2017

    @kymiou

    J’avoue que la préparation ainsi d’une guerre me parait bizarre, les Israéliens avaient intérêt quoiqu’il arrive à faire cette “guerre préventive” pour empêcher une attaque égyptienne. Ils feront pareil durant la guerre des 6 Jours avec le même scénario, dans la mesure où ce sont les Américains et le Russes qui arrêteront les Israéliens (comme l’ultimatum franco-anglais a arrêté les Israéliens en 56).

    Cela serait bien d’avoir les sources de tout ce qui est dit, car dans l’état actuel des choses, les solutions plus “simples” sont tout aussi crédibles et plausibles.

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Participant
    Posts6
    Member since: 15 avril 2017

    Le commando n’en est fait pas vraiment un.

    Les Israéliens ont fait croire aux Français qu’une société d’exploitation pétrolière norvégienne voulait prendre les navires déjà construits, sans armement.
    Les Français et Israéliens acceptèrent.
    Les marins israéliens déjà présents à Rouen partent tranquillement, peut être en se faisant passer pour des Norvégiens de cette société ou en prétendant devant emmener les vedettes pour elle, du port civil de Cherbourg sur les vedettes pour la Norvège… mais accosteront en fait à Haifa.
    Le lendemain du départ de Cherbourg, les Français comprennent que la société n’existe pas et qu’il y a vol.
    Il n’essaieront pas de couler les vedettes (sans armement, les détruire est en théorie possible malgré le mauvais temps d’hiver, mais vu leur vitesse, et le fait que l’équipage israélien ait surement des armes individuelles, impossible de les arraisonner).

    Je n’aurais pas dit mieux!

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