Post has published by Seïki Genda

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    L’exercice Weser (Weserübung)

     

    Tout au long de la Grande Guerre, le blocus naval anglais étouffa l’Allemagne impériale. La puissante marine du Kaiser était restée quant à elle impuissante à changer le cours des choses : l’accès à la haute mer lui restait interdit par le filet anglais tendu à travers l’étroite Mer du Nord. Entre les deux guerres, la poignée d’officiers de marine allemands méditèrent sur cette expérience. Ils en vinrent à la conclusion que, dans une guerre future avec l’Angleterre, l’Allemagne devait obtenir des bases en Norvège pour briser la ligne de blocus en Mer du Nord et ouvrir l’Océan à la flotte de surface et aux sous-marins allemands.

    Tout logiquement donc, dès le début de la guerre, l’amiral Rolf Carls, troisième officier en grade de la marine allemande, se mit à harceler l’amiral Raeder à propos de l’importance d’une occupation de la côte norvégienne par l’Allemagne. Le 10 octobre 1939, la question fut soumise à Hitler.

    Cependant aucune intervention ne fut envisagée, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le Führer était à ce moment préoccupé par sa prochaine attaque à l’Ouest (ce même 10 octobre, il avait donné la directive n°6 ordonnant de préparer une offensive par la Belgique et la Hollande aussi tôt que possible). Ensuite l’Allemagne dépendait en grande partie des importations de minerai de fer suédois (sur les 15 millions de tonnes de minerai consommé la première année du conflit, 11 millions provenaient de Suède). Or pendant l’hiver, le trajet habituel du transit de ce minerai (ie la mer Baltique) n’était plus praticable à cause de l’épaisse couche de glace qui se formait. Le minerai devait donc transiter par le port norvégien de Narvik et être acheminé en Allemagne en longeant la côte scandinave. Durant ce trajet, les transports croisaient dans les eaux territoriales norvégiennes, hors d’atteinte donc de l’Angleterre. Une opération sur le territoire norvégien menaçait donc l’approvisionnement hivernal du Reich.

    Un fait va pourtant tout changer : l’attaque soviétique sur la Finlande le 30 novembre 1939. En effet, les Alliés ont organisé un corps expéditionnaire en Ecosse pour porter secours aux Finlandais. Cependant, pour que celui-ci atteigne la Finlande, il devait obligatoirement transiter par les territoires norvégiens et suédois. Les Allemands virent tout de suite que, si des troupes alliées avaient l’autorisation, ou la prenaient, de transiter par la partie septentrionale des deux Etats, on en laisserait assez, sous prétexte de maintenir les communications, pour couper complètement l’approvisionnement en minerai de fer du Reich. C’était une supposition exacte, puisque lors du Conseil suprême de la guerre du 5 février 1940 à Paris, la décision fut prise que les mines suédoises soient occupées par les troupes alliées débarquées à Narvik.

    Il ne s’agissait donc plus seulement de faciliter le travail de la marine en risquant de perturber l’approvisionnement en fer du pays, mais désormais de sauvegarder cet approvisionnement.

    Dans la nuit du 16 au 17 février 1940, le destroyer britannique Cossack, violant la neutralité norvégienne, pénétra dans les eaux territoriales du pays scandinave et y aborda l’Altmark (un ravitailleur auxiliaire du Graf Spee). Avec cet incident, la dernière barrière retenant le Führer venait de tomber : si les Alliés n’avaient pas hésiter à violer les lois internationales en menant une opération militaire dans les eaux norvégiennes en ce jour, il n’avait plus aucune garantie quant à la protection offerte à ses navires transportant le précieux minerai.

    Le 19, Hitler pris sa décision. Jodl lui rappela qu’il était temps de nommer un commandant pour cette opération. Keitel proposa un officier vétéran de la campagne de Finlande à la fin de la Grande Guerre : le général von Falkenhorst. Celui-ci fut convoqué à la Chancellerie le 21. Von Falkenhorst fut chargé séance tenante de concevoir un plan d’invasion et de l’exécuter en qualité de commandant en chef. Il fut congédié à midi, avec pour mission de revenir à 17h avec ses plans.

    « Je suis sorti et j’ai acheté un guide de voyage (un baedeker pour ceux qui voient ce que c’est) pour savoir à quoi ressemblait la Norvège. Je n’en avais aucune idée… Puis je suis allé dans ma chambre et j’ai travaillé sur ce guide… A 17h je suis retourné auprès du Führer. » ; tiré de l’Interrogatoire de von Falkenhorst à Nuremberg.

    Le général Nikolaus von Falkenhorst

       Ni Brauchitsch (général en chef de la Wermarcht) ni Halder (chef d’état-major général des armées) n’avaient été mis au courant de cette opération avant que, le 26, von Falkenhorst ne se rende auprès du grand état-major pour demander des troupes de montagne pour exécuter son opération. La Luftwaffe n’a, elle, été mise au courant en la personne de Goering que le 1 mars. Décision fut également prise d’ajouter le Danemark à la liste des terres à sécuriser, ce pour contrôler toute la côte sans interruption et assurer les communications avec les troupes en Norvège.

    Il n’est aujourd’hui plus possible de mettre en doute le fait qu’Oslo et Copenhague étaient au courant qu’une action militaire se préparait contre eux. 10 jours avant l’attaque, le colonel Oster, officier de l’Abwehr, mit au courant un de ses amis intimes, le colonel Sas (attaché militaire du Danemark à Berlin), des plans de Weserübung. Renseignements qui furent transmis au gouvernement de Norvège et aux Alliés. Pourtant les deux Etats s’accrochèrent à leur neutralité jusqu’au bout, empêchant une intervention de la part des Alliés.

    Le 3 avril, les navires prévus pour l’opération ont pris la mer, camouflés en navires britannique et dotés des indentifications de ceux-ci. Le 9 avril, à 5h20 CET (4h20 au Danemark) était présenté aux deux gouvernements un ultimatum les enjoignant à accepter sur le champ la protection du Reich.

    La position géographique et la topographie du Danemark ne lui permettaient aucune résistance face aux divisions blindées allemandes. Aussi, la totalité du gouvernement, exception faite du général Pryor (commandant en chef de l’armée), était pour céder aux exigences allemandes.

    Un bataillon de la Wermarcht, débarqué à Copenhague même s’empara rapidement du palais et du quartier général de l’armée danoise. A 8h34, les conditions de l’ultimatum étaient acceptées et l’ordre de rendre les armes donné à toutes les troupes danoises.

    Les choses vont se passer bien différemment en Norvège. A 5h52, une demi-heure à peine après la réception de l’ultimatum, le gouvernement norvégien donne sa réponse : « Nous ne nous soumettrons pas, la lutte est engagée. »

    Le plan allemand visait six objectifs bien précis.

    Le premier, Narvik, n’offrit que peu de résistance : les troupes à terre se rendirent aux allemands sans tirer un coup de feu. Seuls les équipages des deux antiques cuirassés alors à quai décidèrent de résister. A 8h le port était sous le contrôle des Allemands.

    Trondhjem fut pris presque aussi facilement et les troupes purent débarquer sans encombre. Certains forts résistèrent quelques heures, et le proche aéroport de Vaernes deux jours, mais ce fut tout.

    Bergen offrit quelque résistance : les batteries du port endommagèrent sérieusement de croiseur Koenigsberg et un bateau auxiliaire. Mais cela n’empêcha pas le débarquement et l’occupation du port avant midi. Dans l’après-midi, une quinzaine de bombardiers de la RAF vinrent achever le Koenigsberg, mais la flotte britannique qui croisait au large reçut l’ordre de ne pas intervenir, à cause des risques de mines.

    L’aérodrome de Sola, près du port de Stavanger sur la côte sud-ouest, fut pris par les parachutistes allemands après que ses défenses eurent été réduits au silence. Ce terrain, le plus vaste de Norvège, offrait définitivement la supériorité aérienne en Norvège à l’Allemagne et menaçait la flotte britannique.

    Kristiansund, sur la côte sud, opposa une résistance considérable aux Allemands, et ses batteries côtières repoussèrent deux fois leurs assauts. Mais les forts furent réduits par la Luftwaffe et le port occupé dans l’après-midi.

    Mais à Oslo, la cible principale, rien ne se passa comme prévu. La flotte, conduite par le croiseur lourd Blücher, avait été arrêtée 25 km plus au sud par l’ancienne forteresse d’Oskarsborg, dont les 280mm pulvérisèrent le croiseur lourd flambant neuf de 10.000 tonnes et endommagèrent sérieusement le cuirassé Lützow. Le contre-amiral Kummetz, commandant de l’escadre, et le général Engelbrecht, commandant de la 163ème division d’infanterie, purent nager jusqu’au rivage où ils furent faits prisonniers tandis que le reste de la flotte rebroussait chemin. Les troupes aéroportées lâchées à Fornebu (5 compagnies), qui devaient faire leur jonction avec la 163ème, firent donc leur entrée en solitaires à midi dans la capitale, que le roi et le gouvernement avaient quitté trois heures plus tôt.

    Ce n’est que le 14 avril que les troupes britanniques entrèrent en jeu. Trois bataillons britanniques débarquèrent à Harstad, 55 km au nord de Narvik sans pouvoir reprendre la ville. Le 20, une brigade anglaise, renforcée de trois bataillons de chasseurs alpins français, avait été débarquée à Namsos, 130 km au nord de Trondhjem, et une seconde à Andalsnes, 150 km au sud de Trondhjem, qui devait ainsi être attaqué des deux côtés. Pilonnée par la Luftwaffe, la troupe de Namsos fut stoppée dans sa progression. De même pour le corps d’Andalsnes qui, après s’être jointe à une unité Norvégienne, abandonna l’attaque sur Trondhjem et poussa vers le sud pour aider les troupes du colonel Ruge (commandant en chef de l’armée norvégienne).

    Le colonel Otto Ruge

    Le premier engagement de la guerre entre les soldats Allemands et les Britanniques eut lieu le 21 avril à Lillehammer, mais les troupes britanniques, dépourvues d’équipement lourd, furent facilement repoussées. Norvégiens et Anglais commencèrent alors une retraite de 225 km en direction d’Andalsnes. Le 1 mai, les troupes britanniques furent évacuées d’Andalsnes, et le contingent anglo-français de Namsos le 2.

    Le 28 mai, une troupe composée de deux brigades Norvégiennes, une Polonaise et de deux bataillons de la Légion étrangère, reprit Narvik. Mais suite au déclenchement de Fall Gelb (offensive allemande sur la France, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg), les troupes de Narvik furent rembarquées précipitamment, laissant les Norvégiens seuls. Le 8 juin, Narvik était réoccupée par le général Dietl. Le 12, celui-ci acceptait la reddition du colonel Ruge et de ses troupes indignées, qui avaient l’impression d’avoir été abandonnés par les britanniques.

     

    L’opération dans son ensemble aura engendrée environ 5300 pertes pour les Allemands et 5000 pour les Alliés (avec tout de même la capitulation des armées danoise et norvégienne). Les Britanniques perdirent également un porte-avion, un croiseur et sept destroyers, les Français et les Polonais, un destroyer chacun et les Norvégiens un destroyer et les deux cuirassés de Narvik; quant aux Allemands ils y laissèrent dix contre-torpilleurs et trois croiseurs.

     

    Bibliographie :

    _ William Shirer  : The Rise and Fall of the Third Riech : A History of Nazi Germany  ;  The Challenge of Scandinavia.

    _ Interrogatoire de von Falkenhorst à Nuremberg.

    Celui qui ignore son histoire est condamné à la revivre

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