Post has published by Berton

Ce sujet a 23 réponses, 11 participants et a été mis à jour par  kymiou, il y a 5 ans et 4 mois.

24 sujets de 1 à 24 (sur un total de 24)
  • Participant
    Posts624
    Member since: 15 avril 2012

    Les héritiers de Charles Quint, disposaient d’un empire “où le soleil ne se couchait jamais”. De vastes territoires englobant l’Europe et l’Amérique. D’où ils disposaient de richesses considérables amassées en Amérique. Leur commerce s’étalait sur toute la surface du monde connut. Leur flotte était le joyau du royaume et leur armée était imbattable. Tant de richesses et de faste que disposait les héritiers de la couronne d’Espagne et pourtant, le royaume tombât dans une lente chute aux enfers. Le royaume souffrant d’instabilité politique permanente perdit la plupart de ses possessions Européennes puis américaines à la fin de l’époque moderne. Pour se retrouver dans la pénombre de gouvernement frauduleux par exemple franquiste et dans une instabilité économique qui plonge actuellement le pays dans la crise.

    Comment expliquer que ce royaume pourvu de toutes les richesses du monde, subit une chute et un destin tragique?

    Pour ma part, je pense justement que c’est cette instabilité politique causée par d’une part l’incapacité de régner de certains monarques souffrant de problèmes mentaux. Et d’autre part de la corruption du reste du gouvernement, comme le décrit si bien Victor Hugo dans Ruy Blas.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Et bien, l’Espagne a avant tout mal géré ses immenses ressources : elles les a dilapidées et gaspillées et lorsque l’heure de l’industrialisation est venue en Europe, elle est restée à part et n’avait plus grand chose de son ancienne fortune.
    A mon avis avant même d’aller plus loin il faut souligner ce point, car au final cet argent a été utilisé pour montrer la fortune des plus riches mais pas pour moderniser le pays.

  • Participant
    Posts2179
    Member since: 16 avril 2012

    Maxsilv, je partage ton avis. Mais je remonterais bien avant l’époque contemporaine pour expliquer les causes profondes.

    Les premières erreurs apparaissent sous Philippe 2 déjà qui en commit 2. La première est de ne pas avoir marché sur Paris après Saint Quentin. Il aurait pu mettre à terre l’ennemi qui deviendra le poison de son pays mais il ne le fit pas. Deuxième erreur: son intransigence papiste. En 1567 les catholiques romains “Belges” signent un traité de fidélité au roi espagnol tandis qu’en 1568, les “Pays-Bas” en font de même contre lui. Au départ, ils ne réclamaient pas l’indépendance mais juste une plus grande tolérance. Le fanatisme du roi mena les deux parties à la guerre.

    Ensuite, l’Espagne a surtout dilapidé l’immense fortune des Amériques au lieu de développer son potentiel économique. Ce qui provoqua plusieurs banqueroutes.
    Ajoutez à cela la guerre contre les Provinces unies, la Savoie et l’Angleterre et le budget va commencer à plonger.

    Mais je dirais que le coup final doit être attribué à la guerre de 30 ans. L’Espagne engloutit des sommes pharaoniques pour payer ses soldats intraitables sur le champ de bataille et pour les subsides à ses alliés. A sa décharge, elle dut faire face à 7 fronts simultanés parmi lesquels des révoltes sur son propre territoire (Catalogne, Naples et Portugal). A ce moment-là, il s’agissait plus de sauver ce qui pouvait encore l’être.

    Et puis, les mariages entre cousins germains n’arrangèrent pas les choses. Cela aboutit à Charles 2 et à la guerre de succession d’Espagne avec un changement dynastique.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Le poids de l’Eglise et de l’Inquisition joue son role aussi: imaginez que les prêts à intérets et les profits sont interdits!

  • Participant
    Posts2179
    Member since: 16 avril 2012

    Il faut aussi noter la rivalité granidssante avec la maison de Savoie. Si au départ, les deux familles étaient de fidèles alliées, les relations se dégradèrent au 17ème siècle. Les Savoyards tentèrent de se faire un nom dans la région, et ils se heurtèrent aux ambitions espagnoles dans le nord de la péninsule.

  • Participant
    Posts1483
    Member since: 15 avril 2012

    La mauvaise gestion de ressources.
    Les guerres civiles pour le trones.
    Le manque d’industrie.
    Et la Tyrannie vont pas pousser les colonies a la loyauté. En perdant ses colonies l’espagne perd sa richesse.

  • Participant
    Posts799
    Member since: 3 juillet 2012

    Je n’ai pas bien compris le but du topic.
    La question se porte sur :

    * Le début du déclin espagnol ?
    Là je dirais lafin du 16e, et chute brutale à partir de 1648 (fin dela guerre de Trente ans).

    * Cause du déclin de l’Espagne ?
    Là je dirais la gestion catastrophique de l’immense empire espagnol après Charles Quint.

  • Participant
    Posts123
    Member since: 6 février 2013

    Je pense que c’est principalement à cause de la corruption. La corruption, empêchant la modernisation de la marine, qui sera alors dans l’incapacité de défendre l’Empire colonial. Aussi, je pense qu’un empire aussi vaste, au vu des moyens de l’époque était impossible à contrôler durablement, surtout que l’Empire était éparpillé aux 4 coins du Monde.
    Bon, la consanguinité des différents monarques est sans doutes aussi une des grandes causes du déclin…

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    J’y ajouterait un solde migratoire insuffisant pour les énormes colonies qu’ils possédaient. La fautes au critère religieux beaucoup trop restrictifs qu’ils imposait pour avoir droit au “nouveau monde”. D’ailleurs la contre réforme était clairement inadapté à l’Amérique, où planait un vent de liberté beaucoup trop important pour être endigué. Ils n’eurent jamais le contrôle réel de leurs colonies…

  • Participant
    Posts15
    Member since: 25 juillet 2013

    Bonjour,

    Les causes du déclin de l’empire espagnol reposent sur plusieurs points, allant au de-là d’une mauvaise gestion économique. Il est vrai que malgré les fameuses mines d’argents d’Amérique du sud ( comme le Cerro de Potosi ) les rois d’Espagne ont eu de nombreuses banqueroutes, notamment celles de 1557, 1575 et 1598 (pour ne citer que celles de Philippe II). Le problème de cette gestion économique est très simple, il s’agit des délais extrêmement longs pour extraire les minerais, les acheminer et les convertir en véritable “monnaie”. Pour cela Philippe II, puis ses successeurs, ont usé de leurs nombreux contacts à Gênes et en Souabe avec les fameux Fugger, pour se fournir en liquidité.

    Le véritable problème vient de l’immense armée impériale de Charles V durant le XVIème siècle, que l’on peut estimer à 150 000 voire 200 000 hommes. Ce chiffre pulvérise n’importe quel effectif des armées du XVIème et du début du XVIIème siècle. Pour entretenir une telle armée, répartie entre les Flandres, l’Italie et les terres allemandes, il fallait une importante liquidité dans les caisses. Lors du partage de l’empire entre Ferdinand Ier et son neveu Philippe II, ce dernier se retrouve avec une immense armée sur les bras, qu’il doit gérer et financer. Le début de la guerre de quatre vingt ans et les guerres navales avec les ottomans drainent considérablement l’économie de l’empire espagnol.

    La suprématie de l’Espagne à travers le monde reposait sur une avancée technologique considérable et surtout sur un art de la guerre en pleine mutation. Les techniques de guerres des tercios espagnoles ont été d’une rare efficacité pour cette période transitoire, mêlant la défense des piques et la puissance de feu des arquebuses et mousquets. Dès lors, les hollandais en plein conflit contre ces tercios, développent une nouvelle façon de faire la guerre, qui restera en place jusqu’au XIXème siècle. Guillaume d’Orange développe les premiers régiments de lignes, entraînés (drill) et détenant une puissance de feu considérable qui écrase les tercios. Cette nouvelle façon de faire la guerre se répand très rapidement en Europe, mais les armées espagnoles sont imperméables face à cette nouveauté. La bataille de Rocroi de 1643 va par ailleurs démontrer la puissance des régiments de lignes face aux tercios qui vont être totalement écrasés et disparaître. Cette bataille annonce, de mon point de vu, le déclin de la suprématie espagnole dans l’art de la guerre.

    De ce fait, les rois suivants se retrouvant sans troupes de grandes valeurs et sans argent, voient leur hégémonie décliner lentement mais sûrement. L’argent a une incidence prépondérante dans ce déclin mais il n’est pas seulement du à une mauvaise gestion. Le véritable problème se trouve dans le déclin d’un système de combat transitoire face à la nouveauté des régiments de lignes. L’empire espagnole sans troupes et sans grandes liquidités doit céder du terrain face aux grandes puissances émergentes comme le Royaume de France ou les Flandres.

    Mon point de vu peut-être largement critiqué et réfuté, car il tourne essentiellement sur le déclin d’un art de combat au profit d’un autre, plus coûteux. L’incidence n’est pas directe et visible mais elle va considérablement affaiblir l’hégémonie espagnole de façon plus insidieuse. La guerre et son art de la mener ont, pour moi, l’incidence la plus grande sur les monarchies à l’époque moderne.

    PS : ce point aurait le mérite d’être développé plus longuement par des gens plus qualifiés que moi mais j’espère avoir apporté une petite pierre à l’édifice ^^

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Tout d’abord bienvenue Hélépolis sur le Forum de la Guerre et merci pour ce message très intéressant. Si tu veux faire plus ample connaissance avec le reste de la communauté du Forum, tu peux aller te présenter ici.

    Sinon, pour en revenir au déclin espagnol, j’insisterais davantage sur la gestion calamiteuse des richesses du Nouveau Monde. Selon les estimations des historiens actuels, celui-ci était peuplé d’environ trente millions d’individus avant l’arrivée des Européens, chiffre qui a été divisé par trois en un siècle d’exploitation abusive des populations. Une véritable hécatombe et forcément un manque à gagner sur le long terme !
    En outre, n’oublions pas que le système de l’encomienda, s’il avait l’avantage d’offrir terres et exploitants pour le conquistador victorieux, se révèle en fait une adaptation calamiteuse du fief européen ! Or, malgré les critiques nombreuses et vives auprès de la cour d’Espagne (on pourrait citer l’action du plus connu : Las Casas), Charles Quint ne parvient pas à interdire cette pratique : l’abolition de celle-ci entraînant en effet un vaste soulèvement des colons ! Finalement, il faut attendre 1791 pour définitivement y mettre fin. Or, cette incompréhension entre les colons et les Espagnols restés sur le Vieux Continent alimente bien des disputes et est directement née du manque de planification de la colonisation de ces nouveaux territoires. Sur le long terme, la couronne d’Espagne y perd très gros !

    Quant aux problèmes liés au financement de l’armée, ils ne se retrouvent pas seulement dans les armées espagnoles (toutes les armées européennes composées de mercenaires y sont sujettes), mais dans le cas du sac d’Anvers (en 1576) ils sont manifestes. En effet, l’armée, pourtant à la solde de la couronne d’Espagne, faute de recevoir sa solde dans son combat contre les provinces septentrionales insurgées des Pays-Bas espagnols, pille la ville qui détenait la clef du commerce avec le Nouveau Monde en Europe du Nord ! Sur le long terme, cela marque le déclin d’Anvers au profit d’Amsterdam et donc encore des recettes en moins pour les caisses de l’Espagne.

    Enfin, j’ajouterais que l’intolérance religieuse dont fait preuve l’Espagne à la fin de la Reconquista (exil des Juifs, renvoi des musulmans par-delà le détroit de Gibraltar, omniprésence de l’Inquisition, lois discriminatoires pour les familles de chrétiens qui ne sont pas de souche, etc.) et durant tout le XVIe siècle ne profite ni à sa démographie (qui ne progresse guère et connaît même un léger déclin dans la seconde moitié de ce siècle), ni au développement des arts et des sciences. Bref, les premiers signes d’un futur déclin étaient déjà décelables au moment même où l’Espagne semblait invincible !

  • Modérateur
    Posts1264
    Member since: 26 avril 2013

    L’expulsion des juifs et des morisques va aussi avoir de lourdes conséquences pour l’Espagne la privant de bras et d’intellectuels dans son élevage, son agriculture, sa maçonnerie et dans l’industrie textile. (comme tu l’avais dénoté maxsilv 🙂 )

  • Participant
    Posts15
    Member since: 25 juillet 2013

    Merci, je viens tout juste de me présenter 🙂

    Merci pour ta réponse très instructive, il est vrai que le système de l’Encomienda à grandement participer à la “féodalisation” du Nouveau Monde, et encore plus avec les Vices-Rois. Le système économique en a, forcément, pâti et annonce un déclin économique certain.

    Pour autant, d’un point de vu strictement européen, le déclin de l’Espagne me semble avant tout militaire. Les armées espagnoles n’ont pas su faire face aux régiments de lignes, et à son déferlement de puissance. Par ailleurs, les armées espagnoles ne seront plus aussi performantes dans les guerres qui suivent celle de Quatre Vingt Ans. Bien entendu, l’argent est le nerf de la guerre et je pense qu’il est a été décisif. Les mutineries des tercios dans les Flandres en sont l’exemple le plus probant ( d’ailleurs à ce sujet Geoffrey Parker a écrit un magnifique ouvrage : The Army of Flanders and the Spanish Road, 1567-1659).

    Mon point de vu est ( à tord ou à raison ) centré sur l’aspect militaire du déclin espagnol. Par ailleurs je n’avais pas songé au sac d’Anvers, qui a porté un coup fatal dans l’économie espagnole, c’est une analyse très intéressante. Toutefois je pense que les grands ports espagnols comme Cadix ou San Sebastian ont pu servir pour palier à ce désastre.

    Concernant l’aspect religieux je te rejoins aussi entièrement sur ce sujet. La démographie est certainement l’aspect le plus important en ce qui concerne l’économie d’un royaume. Par contre pour en revenir sur l’exploitation des indiens d’Amérique, je ne serais pas aussi accusateur sur le génocide de ces populations. Les européens ont apporté des maladies comme la syphillis ou la grippe qui n’avaient pas cours en Amérique. Ces maladies ont décimé la population amérindienne en une très grande partie. Attention je ne dis pas que les espagnols n’ont pas réduit en esclavage des populations, mais ce n’est pas aussi systématique que le prétend la Leyenda Negra véhiculé par les protestants hollandais.

    PS : Je viens de voir qu’il n’y a pas de sujet sur la guerre de Quatre Vingt Ans, je trouve que c’est dommage d’oublier un conflit qui ravagé le nord de l’Europe durant des décennies.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Par ailleurs je n’avais pas songé au sac d’Anvers, qui a porté un coup fatal dans l’économie espagnole, c’est une analyse très intéressante. Toutefois je pense que les grands ports espagnols comme Cadix ou San Sebastian ont pu servir pour palier à ce désastre.

    Le problème réside dans le fait que ce sac d’Anvers coïncide avec l’avènement des Provinces-Unies ; par conséquent, c’est vraiment Amsterdam qui va devenir la clef de voûte du commerce avec le Nouveau Monde en Europe du Nord, d’autant qu’avec l’union entre les royaumes d’Espagne et de Portugal, les navires hollandais vont aussi faire la chasse aux navires portugais et affaiblir davantage les ressources commerciales de la péninsule ibérique. Cependant, j’ignore l’importance du commerce Espagne-Portugal au sein du Vieux Continent et je ne suis pas assez calé sur la question pour t’avancer des chiffres précis pour détailler cette évolution.

    Par contre pour en revenir sur l’exploitation des indiens d’Amérique, je ne serais pas aussi accusateur sur le génocide de ces populations. Les européens ont apporté des maladies comme la syphillis ou la grippe qui n’avaient pas cours en Amérique. Ces maladies ont décimé la population amérindienne en une très grande partie. Attention je ne dis pas que les espagnols n’ont pas réduit en esclavage des populations, mais ce n’est pas aussi systématique que le prétend la Leyenda Negra véhiculé par les protestants hollandais.

    Je suis parfaitement conscient du rôle prépondérant joué par le choc bactériologique dans cette hécatombe qui a frappé les natifs du Nouveau Monde ; cependant, je n’ai guère insisté là-dessus, non pas parce que je l’omettais – ce n’était pas là mon intention -, mais tout simplement parce que là l’Espagne n’y pouvait pas grand chose !

    PS : Je viens de voir qu’il n’y a pas de sujet sur la guerre de Quatre Vingt Ans, je trouve que c’est dommage d’oublier un conflit qui ravagé le nord de l’Europe durant des décennies.

    En effet, c’est dommage ; toutefois, rien ne t’empêche de créer ledit sujet. 😉

  • Participant
    Posts15
    Member since: 25 juillet 2013

    Ce serait avec grand plaisir de faire un topic sur cette guerre, même si j’avoue que mes connaissances sont relativement limités sur ce conflit.

    On a eut un petit quiproquo sur la question du génocide, mais je tiens à dire que j’avais parfaitement cerné ton propos.

    Concernant les flux commerciaux, je ne pas peux non plus avancer des chiffres et je reste dans le domaine de l’hypothèse… je ne connais malheureusement pas de bibliographie adéquate sur ce sujet. La question de moderne de l’agrégation d’histoire de l’année dernière concernait les échanges internationaux entre le XVIIème et XVIIIème siècle si je me souviens bien. Une bibliographie de cette question devrait permettre de palier à nos lacunes 🙂

    En tout cas merci pour cette échange, je n’ai rien de plus à ajouter !

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    J’en profite pour rappeler que si vous n’avez pas compris quelque chose dans cet échange, n’hésitez pas à le signaler, qu’on puisse éclaircir cette zone d’ombre au plus vite. 😉

    En effet, quand je discute j’ai souvent la fâcheuse habitude d’omettre certains points qui me semblent évidents, alors qu’ils ne le sont pas pour tout le monde, d’autant qu’ils peuvent même prêter à confusion – c’était le cas avec l’importance du choc bactériologique que j’aurais du préciser !

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Hélépolis, bienvenu sur le Forum de la Guerre, et merci pour ce riche démarrage sur cette période fort intéressante.

    Je voulais rebondir sur les causes démographiques et libertaires (incluant la religion), notamment au nouveau monde. Si en Métropole, la situation n’est pas encourageante, là bas, elle est rapidement désastreuse. Dans ces environnement quasiment vierge d’autorité, la moindre fuite démographique revient à une saignée, car il est impossible de rectifier le tir. L’intransigeance des mœurs et l’inquisition Espagnole conduiront rapidement à former un population sans réelle attache continentale : les Boucaniers.
    Comme vous le savez, cette population s’adonne régulièrement à une forme particulière de piraterie : la flibuste. Hors, cette activité est loin d’être négligeable. Non qu’elle arrive à des résultats probants sur les flottes de l’or (une seule sera réellement saisie, par une flottille de corsaire hollandais), elle désorganise fortement le commerce colonial espagnol, en s’attaquant aux colonies-dépôts. Celle-ci sont généralement peu peuplées (maximums 300 colons, soit des garnisons ridicules), comparés aux hauts lieux de flibuste (Tortuga aurait compté 3000 boucaniers à son apogée), et ils subissent finalement peu d’entrave dans leurs actions, qui comprennent la piraterie dans les flux commerciaux internes aux caraïbes, mais aussi l’attaque et le rançonnement des colonies et des dépôts. La flibuste devint si nuisible qu’elle se permit même des raids sur le continent, et Cadix fut proche d’être pillée.
    Une des actions indirecte de la flibuste fut également d’augmenter la corruption.

    Ainsi, outres la gestion calamiteuse de l’Espagne, ses revenues coloniaux subissent tout au long de leur acheminement une fuite progressive, et particulièrement sur le nouveau Monde, où son hégémonie est finalement presque virtuelle.

  • Participant
    Posts15
    Member since: 25 juillet 2013

    Merci pour ces informations, je n’avais absolument aucune connaissances sur le mouvement des Flibustes dans les Caraïbes.
    Encore un sujet qui va me faire passer des heures pour trouver des informations ^^

    @maxsilv : J’avais très bien compris où vous vouliez en venir, et j’apprécie d’autant plus cet échange. Je continuerai d’apporter des informations au fil de mes lectures.

    edit : Je compte aussi apporter des travaux originaux que j’ai fait sur d’autres sujets, mais pas pour le moment. J’attend la validation de mes recherches pour éviter tout problème de vol et de plagiat de mes travaux.

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Si tu t’intéresse à la Boucane et la flibuste, voici deux de mes messages où j’avais donné à peu près les même informations :

    Pourquoi les Conquistadors n’ont ils pas conquis l’Amérique du Nord ?
    Qui étaient les coureurs des bois ?

    Ma principale source c’est Pirates & Flibustiers, ma foi très agréable à lire 😉

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    En parcourant le dossier, j’ai vu beaucoup de choses pertinentes mais seulement – à mon avis – des symptômes et des conséquences, autrement dit des causes particulières mais pas la cause générale. La remarque “l’Espagne a mal gèré ses richesses”, toute exacte qu’elle soit, entraîne une autre question : “Qu’est-ce qui a fait que l’Espagne ait mal géré ses richesses ?”.
    Et là, seul un économiste (que je ne suis pas) pourraît répondre dans le contexte suivant :
    – les Romains ont littéralement essoré leur empire de tout son or pour importer des produits de luxe des Indes et même de Chine. Vers l’an 500, l’Europe est partie pour 1000 ans de pénurie en métaux précieux.
    – en 1492, l’Espagne est sur un pied moyenâgeux à l’instar de ses voisins ; une économie fondée à 98 % sur l’agriculture, un peu d’artisanat pour assurer l’outillage et du commerce avec l’Orient quand les Ottomans le permettent.
    Et voici la question qui tue : que se passe-t-il quand une économie sur pied agricole renforcé se voit soudain inondée par des monceaux d’or et d’argent ?
    Un changement de donne aussi radical nécessiterait des réformes assorties mais la motivation n’est pas là puisque tout semble pouvoir se régler à coups de lingote. Si un bien quelconque fait défaut, pourquoi se fatiguer à créer une usine puisqu’il suffit de l’importer ?
    Si l’administration espagnole, déjà traditionnellement formaliste et paperassière, n’arrive pas à gérer les choses, le pouvoir ne la remet pas en question. Au contraire, on la renforce et on la laisse se mêler de tout et trancher à tort et à travers.
    Quand Christophe Colomb débarqua à Saint-Domingue, un huissier a ses côtés sanctionna l’événement par un procès-verbal signé par des témoins ! Idem pour Cortès lorsqu’il liquida l’empire aztèque.
    Et il y a l’inflation galopante, inexpliquable par les connaissances de l’époque. Au début du 16ème, tout le monde s’ébahit devant la chèreté du pain. Comment auraient-ils pu comprendre que ce n’était pas le grain qui augmentait, mais le cours de l’or qui s’effondrait, vu son abondance ?
    Le drame de l’Espagne, c’est qu’ils n’ont pas vu le changement des temps et que les vieux usages médiévaux restaient enracinés. Quand Philippe II choisit pour commander la Felicissima Armada (surnommé “invincible” par ironie) le duc de Medina-Sidonia, ce dernier protesta qu’il ne connaissait rien à la marine et que la vue d’une simple barque lui collait le mal de mer. Il lui fut répondu qu’une expédition d’une telle importance ne pouvait être pas confiée à un simple quidam compétent ; il fallait un Grand d’Espagne et tant pis s’il n’avait pas le pied marin.
    Mais ce ne sont que des généralités. Economistes et financiers, à vos claviers !

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts2179
    Member since: 16 avril 2012

    Kymiou, je pense que tu poses les bonnes questions. Moi-même je ne suis pas économiste et donc j’aurai de la peine à disserter là-dessus.
    Par contre, pour le dernier point que tu soulèves, on peut vraiment généraliser. A l’époque, on pensait encore comme au Moyen-âge, c’est-à-dire que l’on associait le commandement à la noblesse. Un roturier ne pouvait diriger une armée. Donc s’il le fallait, on plaçait un incompétent à la tête de la troupe juste parce qu’il était noble. On retrouve ça dans tous les pays d’Europe à cette époque (et même au-delà); il n’y a qu’à penser aux charges d’officiers militaires que l’on achetait.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    Certes, solduros_390, la naissance restera longtemps un critère de première grandeur, mais les souverains lucides ont toujours compris qu’il fallait prendre en compte les compétence. Souviens-toi que du Guesclin était de toute petite noblesse et même pas français. Cela n’a pas empêché Charles V de le nommer connétable.
    Et plus près de l’époque considérée ici, les adversaires de Médina Sidonia, les Drake et les Raleigh, étaient d’origine obscure et s’étaient formés dans la piraterie d’état.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Modérateur
    Posts1264
    Member since: 26 avril 2013

    Certes, solduros_390, la naissance restera longtemps un critère de première grandeur, mais les souverains lucides ont toujours compris qu’il fallait prendre en compte les compétence. Souviens-toi que du Guesclin était de toute petite noblesse et même pas français. Cela n’a pas empêché Charles V de le nommer connétable.
    Et plus près de l’époque considérée ici, les adversaires de Médina Sidonia, les Drake et les Raleigh, étaient d’origine obscure et s’étaient formés dans la piraterie d’état.

    Oui mais quand le roi faisait sa, les gens qu’il nommait était souvent méprisés par la noblesse. Et il ne fallait pas que le roi suivant soit sous l’influence de l’aristocratie, sinon sa allait chauffer pour tous ce petit monde (que Du Guesclin détestait aussi). Regarde ce qui est arrivés au membres de l’administration de Charles V après sa mort,tous en prison 🙁 .

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    Tu as raison, et moi aussi. Rien n’est simple et c’est ce qui fait le plaisir de la chose.
    Salud.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

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