Post has published by Ergogan

Ce sujet a 30 réponses, 10 participants et a été mis à jour par  Ergogan, il y a 2 ans et 4 mois.

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    Bonjour à tous, voici donc, après plus d’un mois de retard, la 1er partie sur les 7 ou 8 constituants mon dossier sur les yakuza que j’avais rédiger pour ma 3e année de licence.

    les yakuza forment la mafia la plus puissante et la plus nombreuse au monde. Ils possèdent des liens étroits avec leur patrie d’origine, le Japon, et, contrairement aux autres mafia, ont pignon sur rue. Les liens qu’ils entretiennent avec le reste de la population sont très ambiguës, oscillant entre l’ombre et la lumière, entre le bien et mal.

    I. des origines à nos jours

    1. les origines

    les origines précises des yakuza sont encore maintenant, et malgré leur notoriété actuelle, sujet à débat.
    Il existe plusieurs hypothése sur le genèse des yakuza, aucune ne faisant l’unanimité bien qu’un consensus existe plus ou moins sur des origines multiples. La plupart de ces hypothèses ont néanmoins un point commun : les yakuza prennent source durant l’époque Edo de 1600 à 1868.

    Pour la première des hypothèses, il faut d’abord faire une petite digression concernant la hiérarchisation de la société japonaise lors de l’époque Edo.
    La société japonaise était divisée de façon stricte entre plusieurs castes. Au sommet se trouvait l’empereur puis ses daimyo, venaient ensuite les samurai, les paysans et enfin les marchands et artisans.
    À côté existait aussi deux castes ostracisées depuis des temps immémoriaux : les Eta et les Hinin.

    Les seconds auraient un rôle important dans les naissances des Yakuza. En effet, cette caste regroupait les métiers dit « sale » ou dégradant , à savoir saltimbanque, bourreau, croque-mort ou joueur professionnel (bakuto 博徒) pour n’en citer que quelques uns. Ce dernier statut en particulier, à savoir celui de joueur professionnel, est très lié aux Yakuza.

    En effet, les bakuto vivaient uniquement du jeu et avaient un certains monopole dessus, hors le jeu d’argent et encore maintenant une des activités principales des clans Yakuza. Les bakuto sont aussi à l’origine de l’Irezumi (入れ墨, 入墨, 紋身, 刺花, 剳青, 黥 ou 刺青), tatouage très élaborés qui sont de nos jours un des traits distinctif des yakuza. Les bakuto, pour se reconnaître et se faire reconnaître, avaient en effet l’habitude de se couvrir le corps de tatouage.
    Une théorie existe selon laquelle le nom « yakuza » viendrait des bakuto. En effet, l’un des jeux les plus joués était le Oicho-Kabu dont le but est d’approcher avec ses cartes la somme de 9 sans la dépasser, les points devenant dégressif une fois dépasser pour atteindre zéro point lorsque la somme des cartes est égale à 20. la main perdante au Oicho-Kabu est donc 8-9-3. Cependant, si on regarde la prononciation de chaque chiffre, on obtient « ya » (pour « yattsu »), « ku » (pour « kyu ») et « za » (pour « san ») soit le nom même de « yakuza ». Hors, les yakuza regroupent tout les perdants et les exclus de la société japonaise.
    Les bakuto, ayant accès régulièrement à une grande quantité de monnaie, devinrent aussi en parallèle des usuriers. Les utre activité récurrente des yakuza) mais nécessitant une force coercitive contre les mauvais payeurs, force dont l’origine est d’ailleurs celle préférée des yakuza, mais nous y reviendrons plus tard.

    http://p3.storage.canalblog.com/39/78/110219/51373969.jpg

    extrait du film Lady Yakuza (Vol. 5) : Chronique des Joueurs (Hibotan Bakuto : Tekkaba Retsuden (1969) de Kosaku Yamashita, montrant à quoi peut bien ressembler des bokuto.

    Un deuxième métier issu des hinin, celui des colporteurs et marchands ambulant ou tekiya (的屋/テキ屋), joua aussi un rôle dans la naissance des yakuza.
    Les tekiya étaient légaux, contrairement aux bakuto (le jeux étant interdit bien que les bakuto furent assez régulièrement utilisés pour reprendre le salaire des travailleurs au jeux pour le compte de gouvernement local en échange d’un pourcentage) mais souvent mal vu, du fait de la piètre qualité des objets et de la suspicion envers un métier qui abritait régulièrement des fugitifs. Ils pratiquaient aussi le racket (en échange de protection, par ailleurs autre activité régulière des yakuza) et s’organisaient selon un mode hiérarchique avec déjà la notion d’oyabun et kobun.

    http://www.sakusenhonbu.com/wp-content/uploads/2016/04/HakoneFestival0028-300×225.jpg

    Les tekiya existent toujours de nos jours. En effet, les stands présent lors des festivals au Japon sont encore régulièrement tenus par des Yakuza ou par des personnes louant leur place aux clans yakuza locaux.

    L’autre hypothèse majeur, et aussi celle que les yakuza avancent, est celle des rônin ou samurai sans maître.

    À la fin du sengoku jidai, les samurai représentaient pas moins de 10 % de la population, soit entre 2 et 3 millions de personne.
    Dans le but d’éviter un retour à la guerre civile, le shogunat tokugawa prit la décision d’en mettre plus de 500 000 en rupture de ban, ceci dans le but de réduire la taille des armées de chaque daimyo et par le fin même les tentations de reprendre les hostilités.
    Si une certains retournèrent à une vie paysanne (par ailleurs bien vu par la société Edo), bon nombre d’autre devinrent bandits de grands chemin, rendant la vie des Tekiya et Bakuto (qui se déplaçaient régulièrement) bien plus dangereuse.
    Ces samurai déchus, du fait de leurs comportement extravagant, reçurent le nom de kabukimono, soit « fou ». Il ne faut cependant pas y voir de lien avec le théâtre mais avec l’étymologie même du mot, qui signifie « excentrique » ou « qui ne se plie pas aux règles ». Ces kabuki-mono, outre le vol, s’amusaient régulièrement à tuer des passants pour le plaisir en pratiquant le Tsujigiri (辻斬) la nuit sur des passants, que ce soit sur la route ou en ville. Certains groupes étaient par ailleurs très organisés et se faisait aussi appelé hatamoto-yakko (旗本奴), ce qui signifie ironiquement « serviteur du Shôgun ». Leurs activités ne se limitaient pas au brigandage mais aussi au proxénétisme, ce qui fait qu’une des racines des yakuza plonge aussi dans cette catégorie ultra violente de la société Edo.

    Pour faire face à cette menace, d’autres rônin se réunirent en groupe de défense avec des habitants directement affecté par les agissements des hatamoto-yakko tel que les marchands ou les aubergistes. Ils furent appelé Machi-yakko ou protecteur des villes et vite intégrés par les groupes des bakuto ou de tekiya pour protéger leurs intérêts. Ces rônins amenèrent avec eux leurs code d’honneur et façon de faire, adoptant aussi certaines coutumes de leurs employeurs et servant de force de frappe pour les combats de gangs ou comme moyen de coercition.

    http://www.fujiarts.com/japanese-prints/k204/195k204f.jpg

    estampe d’époque présentant, si mes sources sont justes, un affrontement entre machi-yakko et bandits.

    Comme nous venons de la voir, il est plus probable que les origines des yakuza soient multiples, un mélange de traditions samurai auquel se serait greffé des coutumes issu des castes criminels.

    2. l’époque meiji

    la restauration Meji est une période de bouleversement profond dans la société japonaise. Pour éviter de subir le sort de la Chine, humilié de façon répéter et colonisé peu à peu par les européens, l’empereur Meiji, de retour au pouvoir après une guerre civile (la guerre de Boshin) ayant mit fin au shogunat Tokugawa, lança une politique de modernisation à marche forcée en 1868.
    Cette politique permit au Japon de rattraper le retard sur les occidentaux en 30 ans à peine.

    En parallèle, l’empereur mit aussi fin à la division ancestrale de la société, conduisant une frange de la société vers la pauvreté.
    Nous avons vu auparavant qu’il existait deux classes à part dans la société japonaise, les Eta et Hinin. Ils formaient les Burakumin (部落民), méprisé par les autres mais ayant le monopole sur certains métiers. Cela leur permettait autrefois de toujours avoir un moyen de subsistance mais la fin de la société de classe mit aussi fin à ce monopole et de nombreux paysans appauvris se ruèrent vers ces métiers, écartant les burakumin.

    À ce désordre social s’ajoutait l’apparition des idées de Karl Max. Pour éviter un soulèvement ou briser les grèves qui empêchaient la modernisation et la croissance du Japon, les autorités firent appels aux clans tekiya et bakuto, qui fusionnèrent pour donner naissance aux clans yakuza moderne.
    En échange d’une certaine immunité, les yakuza, de tradition conservatrice, combattirent les idées communiste et tissèrent des liens avec les nouvellement formé Zaibatsu ainsi qu’avec le monde politique. Les yakuza, grâce à leur violence et leur moyens financier, pouvaient être des alliés précieux dans la cour se au pouvoirs.
    De plus, la fin du statut de samurai n’a pas mis fin à l’esprit samurai, particulièrement présent dans l’armée impériale du fait que beaucoup de samurai rejoignirent l’armée, les zaibatsu ou le gouvernement (les premiers ministres étaient tous au début issu de la caste des samurai).
    Les yakuza cultivant un esprit proche, il n’est pas surprenant que des liens étroit entre état et crime organisé se tissèrent.

    Les yakuza restèrent cependant attachés aux traditions et commirent plusieurs assassinats contre des hommes politique trop libéraux en alliance avec La société de l’Océan noir (玄洋社, Gen’yōsha) mais furent aussi partisans de l’expansion du Japon en Asie. Les yakuza eurent ainsi un rôle non négligeable dans l’assassinat violent de l’impératrice Myeongseong de Corée le 8 octobre 1895, qui conduisit à terme le Japon à annexer la péninsule coréenne.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/8a/1929_toyama_mitsuru_kodama_yoshio_genyosha_meeting.jpg

    Petite photo de famille de la société de l’océan noir. Au centre, l’on peut voir Tōyama Mitsuru (頭山 満), homme politique et fondateur du groupe. surnommé le shogun de l’ombre, il est à l’origine de l’assassinat d’un premier ministre et de bien d’autres meurtres. Il créa une milice dans le but de faciliter les invasions de Corée et de Chine, fournissant cartes détaillées et interprètes.
    Au premier rang à droite se trouve Yoshio Kodama (児玉 誉士夫), futur fondateur du Yamaguchi-Gumi, premier groupe Yakuza du Japon. Si vous cherchiez une preuve des liens anciens entre Yakuza et politique, en voici une.

    3. jusqu’en 1945

    Les yakuza avaient de nombreux lien avec la société de l’Océan noir, une société secrète japonaise ultra-nationaliste avec beaucoup d’influence sur le gouvernement. Elle servait entre autre de police secrète en Chine et en Corée à travers un vaste réseaux de maison closes, ce qui en faisait un allié inestimable pour le Japon du fait des informations cruciale que la société pouvait fournir.

    La société évolua vers un parti véritable après la 1er guerre mondiale et beaucoup de membres de la Diete et des ministres étaient issus de ses rangs. Elle délégua son réseau de prostitution aux Yakuza ainsi que son rôle de police secrète en Corée et Chine.
    Les yakuza s’occupaient du pillage des ressources naturelles dans les colonies ainsi que le trafic d’arme et d’opium. Ces pillages et trafics permirent l’ascension de puissant chef yakuza tel que Yoshio Kodama (児玉 誉士夫) ou Ryōichi Sasakawa (笹川 良一).
    En parallèle, les Yakuza étaient aussi en charge des femmes de réconfort, en servant d’auxiliaire à la Kenpeitai (憲兵隊), la police militaire. Le trafic des femmes de réconfort ainsi que le trafic de drogue, où les yakuza jouèrent un rôle majeur dans tout les trafics, fut institué par la Kōa-in (興亜院), l’Agence de développement de l’Asie orientale, qui utilisait l’argent des trafics obtenus par les yakuza pour soutenir financièrement les gouvernements d’occupation en Chine et Corée.

    Les yakuza avaient donc un rôle important dans le dispositif militaro-industriel du Japon impérial.

    4. après 1945

    L’armée d’occupation américaine mit fin à l’intégralité du complexe militaro-industriel après la défaite du Japon. Les yakuza, étant un élément important de ce complexe, furent aussi affecté par la dissolution et retourna à une vie clandestine après des décennies de coopération avec l’état. Ayant conservé beaucoup d’influence sur la société et profondément nationaliste voir fasciste, les yakuza furent rapidement visés par les américains et étaient vu comme une menace majeur, plus particulièrement les Gurentai (愚連隊)

    Ces derniers formaient un groupe dont l’appartenance aux yakuza est encore sujette à débat. Leurs origines remontent à la restauration Meiji et à l’industrialisation du pays. Les Gurentai étaient plus proche en terme d’organisation et de moyen d’action des gangs traditionnaux et furent les premiers à être désigné sous le terme de bōryokudan (暴力団), soit « groupe violent », terme qui aujourd’hui désigne l’intégralité des yakuza moderne.
    Ils ont cependant eu de nombreux liens avec les yakuza lors de la militarisation du Japon dans les années 1930 mais, contrairement aux yakuza, ils n’avaient pas d’intérêt à posséder un territoire, préférant la lutte politique en servant eux aussi de milice para-militaire pour le compte de l’extrême droite. Le groupe de Gurentai le plus célèbre était la société du dragon noir ou (Kyūjitai; 黑龍會; Shinjitai: 黒竜会) kokuryūkai.

    En 1948, l’armée américaine mit fin à la lutte anti-yakuza, estimant la menace éteinte bien que seul les gurentai furent réellement inquiétés, les yakuza ne faisant que se cacher plus profondément, attendant de retourner à la lumière et profitant des opportunités offertes par une telle concentration de soldats mâle, de la pauvreté, de la pénurie et du chômage.
    Les yakuza organisèrent rapidement des bordels à destination des soldats américains, employant de jeunes japonaises sans travail et affamées. Des femmes chinoises, coréennes ou venant des philippines furent aussi exploitées. Ces dernières étaient auparavant employé entre autre dans les usines mais ne purent rentré dans leurs pays respectifs, du fait que ceux ci étaient aussi en ruine que le Japon.

    Ce dernier fait est par ailleurs un élément majeur pour la réapparation des yakuza. En effet, les guerres civiles en Chine suivit ensuite par la guerre de Corée firent que bon nombres de Chinois et Coréen ne purent rentrer chez eux. Les mafias de leurs pays d’origine profitèrent de la présence d’autant de leur compatriotes au Japon pour s’implanter dans l’archipel. Ces nouveaux venu furent surnommé les Daisangokujin (第三国人) par les autorités américaines, ce qui signifie « étranger venant de pays tiers ».

    Ils s’affrontaient entre eux ainsi que contre les yakuza et la police japonaise pour prendre le contrôle du très lucratif marché noir du Japon., pouvant aller jusqu’à des batailles rangées comme L’incident de Shibuya (渋谷事件) en 1946.
    Les japonais étaient à ce moment dans un état de dépression tellement généralisé que cet état reçut le nom de « condition kyodatsu » (虚脱状態, kyodatsujoutai). Cette condition était causé par le désespoir, l’épuisement de la population ainsi que les privations et conduisit un nombre important de japonais dans l’alcoolisme et la drogue, ce qui créa un marché des plus lucratifs.
    La pénurie général ainsi que l’absence de réponse gouvernementale fit que les gangs organisèrent rapidement un marché noir indispensable pour la population japonaise.
    C’est ainsi par exemple que 4 jours à peine après la reddition japonaise, le gang Ozu contacta les patrons d’usine qui jusque là fournissaient l’armée en exclusivité de venir les voir pour discuter de la redistribution de leur marchandises. Le gang Ozu installa son marché noir près de la garde de Shinjuku puis posa une énorme pancarte avec plus de cents ampoulespour indiquer l’emplacement de celui-ci, pancarte que l’on disait tellement lumineux qu’elle se voyait à des kilomètres.

    Le succès et les profits furent immédiats et l’on vit fleurir des marchés identique un peu partout au Japon. Cependant, près de 30 % des personnes travaillant dans ces marchés étaient des Daisangokujin et les gangs de Daisangokujin tentèrent d’en prendre le contrôle, s’estimant être en position de force par rapport aux Japonais occupés et eux même étant soutenu par le gouvernement allié qui dirigeait le pays.

    Les yakuza ne se laissèrent pas faire et, en juin 1946, plus d’un millier de yakuza du clan Matsuba-kai (松葉会) affrontèrent plusieurs centaines de taiwanais près du poste de police de Shibuya. Les combats, à l’aide de barre de fer et de quelques armes à feu, causèrent la mort de 7 taiwanais avec 34 blessés, tandis que la police japonaise eut également des pertes : un policier fut tué et un autre blessé.

    L’opinion publique fut choqué par cet accident et exigea un procès, blâmant les étrangers et l’incompétence de leur police. Une quarantaine de taiwanais furent déférés devant un tribunal par la composante chinoise du gouvernement allié et 35 personnes furent condamnés à l’expulsion et aux travaux forcés.
    Cependant, le gouvernement chinois exigea que ses ressortissants se voient gratifiés de rations supplémentaire ainsi que d’autres droits spéciaux qui les mettaient à l’abri de la police japonaise. Ces privilèges, que n’eurent pas les coréens, entraîna des tensions avec ces derniers.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1a/Shibuya_Tokyo_in_1945.jpg

    Shibuya en 1945

    Le début des années 50 fut un tournant majeur pour les Yakuza.
    La guerre de Corée de 1950 à 1953 entraîna de profond bouleversements pour le Japon et les Yakuza. En effet, cette guerre longue et meurtrière, la première de cette ampleur depuis la seconde guerre mondiale, fit que les états-unis, en lutte contre l’expansion du communisme, avait besoin d’un pays allié proche capable de fournir tout le matériel nécessaire à la guerre, et si possible sans lui même tomber aux mains des communistes.

    Le Japon était le candidat désigné et les zaibatsu (conglomérat industriel sur-puissant et dissous après la guerre du fait de leurs rôles dans la guerre) furent de nouveau autorisés et recréer. Pour éviter que les grèves ou les actionnaires bloquent la réindustrialisation du pays, les yakuza retrouvèrent leur job d’autrefois, celui de briseur de grève.

    Il faut dire cependant que la police japonaise, ayant souffert lourdement des purges qui suivirent la reddition, était toujours incapable de faire correctement régner l’ordre. Les yakuza firent donc office de police parallèle, étant mieux organisés et souvent mieux équipés. Une pratique courante à l’époque était pour les chefs d’entreprise de donner quelques actions à un clan yakuza pour les autoriser à participer aux assemblées générales et, par leur simple présence, empêcher les autres actionnaires de contester la stratégie de l’entreprise. Cela permit au Japon d’avoir une cohérence économique et industriel sur le long terme et fit des yakuza un pilier de du Japon avec l’assentiment des forces d’occupations, qui voyaient en eux une « force régulatrice ».

    En effet, l’autre rôle que les américains attendaient des yakuza était la lutte contre le communisme. À cet fin, plusieurs chefs de clan puissant, influent et riche furent libérés par la CIA dont Yoshio Kodama (児玉 誉士夫) et Ryōichi Sasakawa (笹川 良一). Le premier est connu comme étanr celui ayant fait de son clan, le Yamaguchi-gumi (目山口組) le plus puissant du Japon en fédérant les clans épars et en intégrant les gurentai rennaissant. Le second n’est pas un yakuza mais en était très proche et se revendiquait être « le fasciste le plus riche du monde » selon ses propres dire et permit de recréer les anciens liens entre gouvernement et yakuza.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/d2/RyoichiSasakawa_face.jpg/390px-RyoichiSasakawa_face.jpg

    Ryōichi Sasakawa, auto-proclamé “fasciste le plus riche au monde”, il avait une telle influence sur le Parti libéral-démocrate Japonais que les nominations au postes de ministre passait toujours par lui. Il était aussi à la tête d’un groupe de paris sportif illégal et entretenait des liens avec des groupes yakuza pour assurer ses affaires.
    Cela ne l’a pas empêchait de devenir l’un des plus grands philanthrope de sa génération, étant par exemple, à son époque, le plus gros donateur individuel pour les Nations-unis et ayant fait de don de plus de 70 millions de dollars pour la lutte contre la lèpre.
    Entre autre distinction, il a aussi été fait chevaliers des arts et lettres par la France en 1993.

    Il faut aussi rajouter que les guerres en Chine et Corée eurent des répercussions au Japon, en cela que beaucoup de ressortissants de ces pays étaient toujours au Japon et faisait craindre l’apparition de 5e colonne communiste dans le pays. Le soutien du gouvernement d’occupation puis Japonais fut donc total envers les yakuza pour lutter contre l’influence communiste et la réduction des mafias étrangère.

    Ce soutien, couplait avec le miracle économique japonais, provoqua une explosion du nombre de yauza dont le nombre augmenta de 150 % entre 1958 et 1963 avec plus de 180 000 yakuza réparti dans 126 gangs répertoriés (5 000 au total si l’on prend en compte les gangs faisant eux même partis d’autres gangs). Il y avait ainsi ironiquement plus de yakuza que de soldats dans les forces d’autodéfense
    Les yakuza étendirent leurs activités et leurs rayons d’actions, commençant à s’étendre à l’international, aux états-unis ou dans les pays asiatiques voisins entre autre.


    5. les années 80,90 et 2000

    Les accords du Plaza du 22 septembre 1985 conduise à un rapatriement massif des capitaux japonais dans l’archipel. Les taux d’intérêt pour les prêts étant proche de zéro, une frénésie spéculative apparu rapidement et le prix du foncier dans les grandes villes atteignit des sommets vertigineux.
    Cependant, les yakuza, outre leurs activités illicites, étaient aussi présent dans l’immobilier (ainsi que la sécurité privé et les prêts monétaire) depuis l’appropriation illégal de certaines terres suite à la destruction des registres cadastraux lors de la guerre.

    L’on vit une explosion des jiageya (地上げ屋), bande spécialisé dans la récupération de logements et terrains. Les jiageya utilisaient leur image de yakuza pour intimider les propriétaires et locataires pour obtenir à prix cassé des emplacements privilégiés dans les grandes villes qu’ils revendaient ensuite à prix d’or aux entreprises souhaitant effectuer des projets immobilier massif (immeuble de bureaux, centres commerciaux ……).
    Outre le fait que cette pratique alimentait la bulle spéculative japonaise (バブル景気), elle conduisait aussi à vider les centres villes de leurs résidents permanents et à l’étalement des banlieux.

    Les années 80 furent la période la plus faste pour les yakuza où leurs revenus atteignirent leur paroxysme.
    Les années 90, quand à elles, furent toute autre.

    L’éclatement de la bulle immobilière mit fin à la prospérité des clans yakuza mais ce fut surtout la loi anti-gang du 1er mars 1992 suivit par la loi anti-blanchiment de 1993 qui provoqua une révolution chez les yakuza.

    Après la loi, les yakuza perdirent leurs statut particulier dans la société, ayant vu leur image public se détériorer suites aux abus des jiageya, aux scandales liant yakuza et politique, à la police qui était désormais apte à gérer la sécurité public sans l’aide des yakuza et à la fin de l’URSS qui fit perdre aux yakuza leur rôle anti-communiste.
    Les liens entre police et yakuza se brisèrent, mettant fin à des pratiques pourtant utile comme l’iishu , où lorsqu’un yakuza commet un crime envers un non-yakuza, il se rend de lui même à la police. De plus, les yakuza se géraient entre eux autrefois et la police les laissait punir eux même leurs criminels si aucun non-yakuza n’était impliqué.

    Désormais, la police lutte plus activement contre les yakuza, encourageant la population à porter plainte contre eux et à ne plus faire appel à leurs services (les lenteurs administratives japonaise dissuadaient souvent les civils de porter plaintes, ces mêmes lenteurs poussant certains propriétaires à envoyer des yakuza chez leurs mauvais payeurs).
    Les clans furent officiellement interdit et les yakuza fichés. Le chefs de bandes devinrent responsable pour toutes les actions de leurs sous-fifres et les citoyens pouvaient obtenir dédommagement et poursuites pénales avec la présentation d’une simple preuve de chantage ou racket.

    Cela obligea les principaux clans à cacher leurs activités en prenant une facade légal grâce à des sociétés bidons. Cet enterrement des activités yakuza fut suivit d’une multiplication d’activité divers pour compenser, conduisant entre autre à une explosion de la prostitution bas de gamme, facile à mettre en œuvre et à cacher.
    L’autre conséquence fut une diminution drastique du nombre de yakuza pour atteindre 85 000 membres en 2007, ce chiffre étant en baisse continue. Néanmoins, cette baisse d’effectif, couplée à une crise de vocation, n’entamant pas la puissance des principaux clans qui compensa par une plus grande cohésion des membres et une sélection plus ardu, dans le but de ne se doter que des meilleurs.

    Si actuellement, les yakuza ont perdu le soutien du gouvernement japonais et leur rôle de pilier de la société japonaise ; s’ils doivent faire face à une plus grande pression de la police et des gangs venant d’autre pays, ils sont encore loin d’avoir disparu et reste toujours la mafia la plus grande et la plus puissante au monde.

    Les principaux clans yakuza actuels sont les suivants :

    Yamaguchi-gumi (六代目山口組, Rokudaime Yamaguchi-gumi)
    Créée en 1915, c’est la famille yakuza le plus puissante et la plus nombreuse du Japon avec 40 000 membres réparti en 750 clans. Opère surtout dans le Kansai depuis Kobe mais a des liens dans tout le Japon

    Sumiyoshi-rengō
    (住吉連合), parfois appelé Sumiyoshi-kai (住吉会)
    Confédération dont la forme actuelle remonte à 1969, ce clan est constitué de 20 000 membres et 277 clans. La structure diffère du Yamaguchi-gumi en cela que les clans y sont plus indépendants et l’oyabun y partage le pouvoir.
    Opère à Tôkyô et lutte fréquemment contre le Yamaguchi-gumi.

    Inagawa-kai
    (稲川会)
    Fondé en 1949 et opérant à Tôkyô, ce clan est composé de 15 000 membres avec 313 clans et fut l’un des premiers à s’internationaliser.

    Tōa Yuai Jigyō Kummiai (東亜友愛事業組合), parfois appelé Tōa-kai (東亜会)
    Fondé en 1948 par un coréen et opérant à Tôkyô, ce clan, avec seulement 1 000 et 6 clans, est parvenu à se hisser au sommet du fait qu’il soit massivement composé de coréens et bénéficie de contact privilégiés avec les gangs de la péninsule

    Kudo-kai (工藤會 Kudō-kai)
    Originellement un groupe de bakuto d’avant la guerre, le kudo-kai est devenu le clan principal de Kitakyushu avec des liens à Tôkyô. Avec 1 000 membres, il forme le clan le plus violent du Japon, n’hésitant pas à s’attaquer aux autres clans et aux civils. spécialisé dans le trafic de drogue de haute qualité.

    Un point, c'est tout.

    Et deux si t'insistes.

  • Participant
    Posts1364
    Member since: 17 avril 2015

    C’était intéressant, et bien rédigé, bon dossier, mais fait gaffe au copier coller de wikipédia sur l’incident de Shibuya, je ne crois pas que le forum l’autorise.

  • Modérateur
    Posts2270
    Member since: 8 février 2014

    Ce n’est pas un copier/coller, mais il est vrai que ça ressemble beaucoup à l’article wikipédia, qui semble pourtant très bien résumer la situation.
    N’oublie pas de mettre tes sources à la fin de ton dossier.

    "Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve"-Euclide

  • Participant
    Posts2925
    Member since: 26 février 2013

    La plus puissante du monde… en dehors de l’archipel ils sont bien moins présent que d’autre : les chinois étant la plus dispersé du monde, la russe dans toute l’est de l’europe (et dernièrement en france), les 3 grandes italienne aussi étant ramifié sur toute la terre. En occident blanc, les hells ne sont pas en reste et les gangs mexicain et salvadorien s’appuie sur leurs immenses diaspora a travers tout le continent américain.
    Bref au japon personne ne peut jouer sur les même tableau que les yakuzas, mais de là a dire que c’est la plus puissante du monde y’a un immense pas que je ne franchirai pas.

    Omnia Sunt Comunia

    Je suis anarchiste au point de traversé dans les clous pour ne point avoir de soucis avec la maréchaussée.

  • Participant
    Posts1319
    Member since: 17 juin 2016

    Oui mais tout l’archipel japonais est sous contrôle yakuza et ça leurs suffit amplement.

    Un peuple qui n'aime pas son pays, ne mérite pas son indépendance.
    Moi

    Tiens , il pleut
    Napoléon Bonaparte

  • Participant
    Posts2925
    Member since: 26 février 2013

    Bah quand tu vois l’étendu des réseau chinois, italien et même russe les yakuza font pâle figure a côté. Ce qui me faisait réagir ce n’est pas que ça leurs suffisent hein, c’est le “yakuza mafia la plus puissante du monde”. Dans leur pré carré oui, mais ils ne peuvent pas ou peu s’éloigner de leurs “base”.

    Omnia Sunt Comunia

    Je suis anarchiste au point de traversé dans les clous pour ne point avoir de soucis avec la maréchaussée.

  • Participant
    Posts1196
    Member since: 12 avril 2012

    c’est juste la 1er partie du dossier.
    et juste pour prévenir que les yakuza sont de loin les plus riches et faisant par exemple du trafic même en italie.
    Mais c’est un point qui sera développer dans une autre partie.

    Un point, c'est tout.

    Et deux si t'insistes.

  • Participant
    Posts2925
    Member since: 26 février 2013

    Dépend de la nature du trafic et avec qui ils font du business. Et vu la tête des 2 mafia sur les nerf actuellement en italie (N’drenghetta et la Camorra) je doute qu’on puisse leur faire concurrence sur leur Botte. Ils doivent coopérer avec la Camorra ou un clan de la N’drenghetta, mais cela n’est absolument pas leur zone d’influence. Dans les balkans, les kosovar et le vori chasse en famille aussi, et c’est partout comme ça, une mafia généralement se base sur un socle ethnique et culturel en commun.
    Je ne dit pas que c’est pas possible que les Yakuza fassent des affaires dans le sud de l’Italie mais ce ne sont absolument pas les plus puissant la bas. Et s’exporter a l’autre bout de la terre, les Italiens ont commencé avant : les connections sont toujours là entre la côte est (et maintenant tout le territoire, étasunien(ne) et le sud de la péninsule italienne, de même qu’entre le Brésil et l’Italie. Les Russes font des affaires dans le sud de la France et dans toute l’ex zone d’influence soviétique. Les chinois, comme les hispano-américain, s’appuient sur leurs importantes diaspora a travers la terre.
    Faire du business partout dans le monde c’est facile, mais s’implanter durablement, et de manière sûre, s’en est une autre.
    Donc pour la quantité d’argent brassée j’attend les preuves.

    Omnia Sunt Comunia

    Je suis anarchiste au point de traversé dans les clous pour ne point avoir de soucis avec la maréchaussée.

  • Participant
    Posts1196
    Member since: 12 avril 2012

    tu auras les preuves et les sources qui vont avec.
    Mon dossier faisait 45 pages et plus de 13 000 mots donc, un peu de patience ^^

    juste pour info, les yakuza sont présent à peu près partout où se trouve des japonais et de l’argent. En 1996, par exemple, l’argent que se faisait les yakuza équivalait à 6.5 % du PIB japonais de cette année selon les estimations d’un ancien directeur de la police.

    Les yakuza imprègnent encore largement la société et rare sont les domaines où ils ne sont pas présent, du plus légal au plus illégal (de l’actionnariat au trafic de migrant en passant par les jeux d’argent et le racket)

    Un point, c'est tout.

    Et deux si t'insistes.

  • Admin bbPress
    Posts6316
    Member since: 5 août 2017

    Excellente idée d’avoir fait cette présentation!

    Attention aux fautes dans le titre (majuscules et s) par contre (Les Yakuzas), ça aurait pu les offusquer 😛

    N’oubliez pas que le titre, c’est la porte d’entrée du référencement 😉

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Participant
    Posts1196
    Member since: 12 avril 2012

    II. la composition d’un clan yakuza

    http://static.lexpansion.com/medias/114/58601.jpg

    1. l’oyabun et le kobun

    Un clan yakuza se compose comme une famille japonaise traditionnelle bien que rare sont ceux étant liés aux autres par le sang. À la tête du clan (組, kumi), se trouve le dirigeant (組長, kumichō), plus souvent appelé oyabun (親分), ce qui signifie « parent ». C’est un titre qui ne se transmet qu’à une personne ayant la confiance absolue du précédent oyabun, un fils ou un fidèle lieutenant, le plus souvent le 1er lieutenant (le kashira)

    L’oyabun joue le rôle de père d’adoption pour les yakuza, leur prodiguant conseils et protection selon les préceptes confucéens. Les yakuza suivent en effet les coutumes du confucianisme, avec la piété filiale comme fondement de la société. En cela, les ordres de l’oyabun sont absolus envers les kobun (子分) ou « fils » (le kanji 子 étant celui pour “enfant”), c’est à dire les autres membres du clan à l’exception de l’oyabun.
    Les kobun jurent, en échange de la protection et des conseils de l’oyabun, fidélité et obéissance envers l’oyabun.

    Un kobun peut à son tour devenir l’oyabun de son propre clan si son propre oyabun le lui autorise, et ce tout en gardant son affiliation à son clan d’origine, agrandissant de fait la maison mère. Bien sûr, l’oyabun peut tout à fait refuser s’il craint que son kobun ne le dépasse une fois son propre clan créé ou s’il a des doutes sur la fidélité de son “fils”.
    Les familles yakuza ont ainsi une construction féodal avec le clan principal auquel se rattache les clans secondaires fondés par des kobun du clan principal.

    L’oyabun est parfois secondé par le chef adjoint, souvent son “petit frère” de l’époque où les deux n’étaient que de simples yakuza. C’est cependant un poste facultatif que l’on trouve surtout dans les clans important où l’oyabun n’a pas le temps de gérer l’intégralité des problèmes.
    Le chef adjoint a parfois sa propre petite organisation pour l’assister, faisant un clan dans le clan.

    2. les conseillers

    un clan yakuza s’entoure régulièrement de plusieurs conseillers, souvent de non-yakuza mais à l’importance capitale.
    Ces conseillers (顧問, komon) peuvent être des avocats (新議員), des juristes spécialisés dans la loi anti-yakuza et chargé par l’oyabun de prodiguer des conseils en cas de problème juridique concernant le clan ou l’un de ses membres. Cette assistance de la part du clan en cas de litige avec la justice est d’ailleurs l’un des rôles de l’oyabun envers ses “fils”.
    Il y a aussi les comptables (会計) qui gèrent les finances du clan, dans le but de donner une légalité au finance du clan et d’éviter par exemple un redressement fiscal ou une accusation de trésorerie trafiqué. Leur plus grosse responsabilité reste tout de même de gérer à la fois les comptes des activités licites et des activités illicites.

    Ces cadres sont choisis avec le plus de prudence possible car la trahison ou l’incompétence d’un seul d’entre eux mettra en péril la survie même du clan.

    À la tête de ces agents administratifs se trouve le saikō-komon (最高顧問), qui sert d’intermédiaire entre les différents conseillers et l’oyabun. IL faut en effet savoir que certains avocats par exemple n’aide pas un seul clan mais peuvent en aider beaucoup d’autres, se spécialisant dans ce domaine. Il y a par exemple l’exemple de XXXX (faut que je regarde de nouveaux me sources, j’ai oublié de noté son nom) qui conseilla de nombreux yakuza dans sa carrière et, de son expérience, il en tira plusieurs livres à succès et dont plusieurs furent adaptés en films.

    3. le kashira

    le kashira (頭), plus précisément le wagakashira (若頭), est le bras droit de l’oyabun. Le kanji 頭 signifie littéralement “tête” et 若頭, “jeune tête”. Il commande aux cadres (幹部, kanbu) du clan.
    Ces cadres forment l’organe interne du clan et sont le squelette de la famille. Ils sont chargés par l’oyabun de mettre en application ses ordres et sont composés de vétérans de la famille, connaissant bien le clan, ses membres ainsi que le monde des yakuza. Il y a entre autre le directeur général (本部長, honbuchō), chargé d’organiser les activités lucratives du clan ; le directeur du comité d’organisation (組織委員長, soshiki iinchō), gérant l’articulation des différentes composantes du clan et est aussi le cadre ayant le plus de contact avec les autres membres (faisant de lui un membre important en cas de guerre de clan car étant celui qui connait le mieux la force du clan) ou bien le chef du secrétariat (事務局長, jimukyokuchō), en charge des relations avec les personnes étrangères au clan (yakuza d’autres familles, police, citoyens ordinaire …..).

    Le kashira est lui même secondé par le shatei-gashira (舎弟頭). Ce dernier fait office d’assistant au kashira et est de fait le n°3 du clan. Il est considéré comme le petit frère du kashira.

    Le kashira est le membre envers lequel l’oyabun a le plus confiance et est appelé à le remplacé un jour. Le shatei-gashira est l’assistant du kashira et est choisis par le kashira. Le shatei-gashira deviendra un jour à son tour kashira si son grand-frère prend la tête du clan est ainsi de suite.

    4. les cadets

    Les cadets (若中, wakachū) forment l’essentiel des membres d’un clan yakuza. Ceux ci se divisent en deux catégorie : les kyōdai (兄弟, les « frères ») et les shatei (舎弟, petits frères), les premiers ayant prédominance sur les seconds. Les kyôdai sont des yakuza vétérans et bien établis dans le clan, tandis que les shatei sont des yakuza venant récemment d’entrer dans le clan. Chaque shatei est confié aux soins d’un kyôdai qui le formera, lui servira de modèle et de conseille. Ce lien entre kyôdai et shatei est le plus fort dans un clan yakuza, les deux progressant ensemble sur la voie du yakuza et au sein de la famille.
    Par exemple, le shatei d’un nouvellement nommé kashira sera souvent nommé lui même shatei-gashira, continuant à aider son aîné ou bien le suivra s’il décide de fonder son propre clan, formant ainsi l’ossature de la nouvelle “famille”.

    Ils forment les kumi-in (組員), soit les yakuza les plus courants et ceux que les citoyens côtoient le plus. Leur fidélité et leur efficacité sont essentielles au clan, car la force du clan provient de la force des kumi-in.
    Attention cependant, il est courant pour les yakuza de faire appel aux gangs de jeunes délinquants pour les tâches ingrates et subalternes comme la surveillance ou la collecte d’argent. Ces non-yakuza ont malgré tout tendance à adopter le même comportement que les kumi-in dans l’espoir de se voir proposer d’intégrer le clan. La gestion de ces auxiliaires est laissé au soin d’autres kumi-in ayant montré quelques qualités et à qui l’on offre une chance de montrer se capacités pour éventuellement monter en grade.

    L’encadrement de ce fait de la petite délinquance est probablement l’une des raisons du faible taux de criminalité du Japon.

    5. les apprentis

    Ceux ci ne sont pas encore des yakuza mais souhaitent le devenir. Les apprentis, ou junkōseiin (準構成員), sont formé aux us et coutumes des yakuza ainsi qu’à ceux du clan. Au départ fortement encadré, les apprentis sont peu à peu laisser à leur responsabilités à la manière des samurai d’autrefois.
    Pour la petite histoire, les jeunes samurai étaient au début de leur formation très encadrés par leurs entraîneurs et ainés, puis peu à peu laissé à eux même pour leur apprendre l’autonomie et les laissaient apprendre de leurs erreurs tout en leur faisant bien comprendre que toute faute leur sera reprochée.

    La durée de l’apprentissage varie selon les clans mais dure généralement un an, au cours duquel l’apprenti peut à tout moment arrêter, après en avoir discuter avec son ainé et l’oyabun. Si, malgré les discussions, l’apprenti souhaite tout de même quitter le clan, aucun mal ne lui sera fait et il ne lui sera demandé aucune compensation. Il peut cependant y avoir quelques conditions tel que le changement de quartier ou l’interdiction de se servir du nom du clan sous peine de châtiment sévére.

    Les apprentis viennent de milieux très variés mais sont souvent repéré dès le lycée. La majorité des yakuza proviennent des burakumin (部落民), classe sociale minoritaire et discriminé du Japon. Les burakumin sont les descendants des Eta et hinin et la discrimination dont leurs ancêtres souffraient est toujours d’actualité bien que théoriquement illégale. 70 % des yakuza du Yamaguchi-Gumi sont des burakumin.
    L’autre classe sociale fournissant le plus de yakuza est celui des Zainichi, des citoyens coréen vivant exclusivement au Japon. Ils ont le statut de résident permanent, se comportant comme des japonais et souvent ne parle que japonais mais le fait qu’ils n’aient pas la nationalité japonaise limite sérieusement leurs droits. Ils firent l’objet de discrimination jusqu’en 1993 à cause d’une loi les obligeant à se déclarer à chaque fois et, dans l’incapacité de travailler de façon durable, bon nombre se tournèrent vers la criminalité et les clans yakuza.

    Les clans yakuza ne pratiquent pas de discrimination et se concentre uniquement sur les qualités de la personne. Le processus de promotion est très concurrentiel et seuls les membres les plus intelligent et adroit grimpent dans la hiérarchie sans préoccupation aucune de leurs origines.
    La légende veut que les yakuza adoptaient les enfants abandonnés ou chassés par leur parents. Si cela tient surtout du romanesque, il est avéré que les clans yakuza adoptent tout les exclus de la société.

    Un point, c'est tout.

    Et deux si t'insistes.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Le titre a été corrigé, puisque Yakuza est un mot étranger et qu’il n’y a pas lieu de lui faire suivre les règles du pluriel français.

  • Participant
    Posts1196
    Member since: 12 avril 2012

    III. Us et coutumes des yakuza

    1. La « voie chevaleresque »

    Le Ninkyôdô 任侠道(la voie chevaleresque ou héroïque) est le code d’honneur des yakuza. Ces derniers suivent en parallèle le gokudō (極道) ou voie de l’extrême (si vous aimez la linguistique, voici un détail du terme: 極 est le kanji indiquant une quantité incomparable si je ne me trompe pas et 道 signifiant “route”, les deux formants ainsi le terme utilisé pour désigner le voie du crime) mais l’influence des samurai intégrés dans les clans de bakuto et tekiya conduisit à l’instauration du code de conduite du Ninkyôdô, fortement inspiré du Bushidō (武士道) des samurai.

    Il existe ainsi 9 règles que tout yakuza est censé suivre à chaque instant.

    ne pas s’en prendre aux citoyens ordinaire (notion assez vague car les commerçants faisant l’objet de racket ne sont pas compris dans les citoyens ordinaire mais il est probable que cette loi fut instaurer pour limiter le banditisme de grand chemin et éviter d’attirer le regard des autorités)
    ne pas convoiter la femme d’un autre (éviter ainsi les conflits dans le clan ou avec d’autres clans)
    ne pas voler le groupe
    ne pas se droguer
    obéissance absolue envers l’oyabun et les aînées
    dévotion totale envers l’oyabun (que ce soit de mourir pour lui ou faire de la prison)
    ne pas parler du clan à qui que ce soit (que cela concerne les activités ou l’organisation du clan)
    même en prison, un yakuza reste membre du clan (et est donc tenu de respecter les règles du clan)
    tuer une personne n’ayant aucun lien avec les yakuza est strictement interdit

    À noter que cette dernière règle ne fut que rarement appliqué et que de moins en moins de clans (surtout les plus jeunes) respectent ces règles, n’en suivant que quelques unes voir aucune.
    C’est ainsi que le maire de Nagasaki s’est fait tué en 2007 par le Kudo-kai.

    Le code de l’honneur Yakuza repose sur trois notions fondamentales : jingi, giri et ninjo.
    jingi : le respect et l’obéissance envers ses supérieurs, une notion essentielle dans le Japon en général. Le chef de clan : personne ne peut lui désobéir, lui résister ou se montrer familier envers lui. Le jingi impose un comportement bienséant et correct.
    giri : le sens du devoir et des obligations. Toute dette doit être payée, en argent si nécessaire mais le plus souvent sous forme de loyauté et de services. Cela marche dans les deux sens : le Yakuza paye toujours ses dettes mais n’oublie jamais de réclamer son dû.
    ninjo : un concept que l’on pourrait traduire très approximativement par l’expression “comportement chaleureux”. En clair, la capacité du yakuza de comprendre et compatir aux problèmes des petites gens et de leur rendre justice. Comme on peut le supposer, cet aspect des traditions a été quelque peu laissé de côté..

    2. le sakazukigoto (盃事)

    Le sakazukigoto (盃事) est une cérémonie shintoïste au cours de laquelle une coupe nommée sakazuki (盃), préalablement rempli de sake, est partagé entre les participants, chacun y buvant trois fois. Cette cérémonie symbolise la création d’un lien entre les participants et n’est pas uniquement liée au monde des yakuza, pouvant avoir lieu par exemple lors d’un mariage traditionnel.

    Parmis les yakuza, le sakazukigoto diffère selon la nature du lien voulu. Il y a les cérémonies de succession (襲名盃・しゅうめいさかずき), de liaison entre l’oyabun et un nouveau fils (親子盃・おやこさかずき), de fraternisation (兄弟盃・きょうだいさかずき) ainsi que pour fortifier un lien déjà existant (固めの盃・かためのさかずき).
    Il est de coutume pour les participants de garder sa coupe comme symbole du lien et de la confier à son oyabun ou son frère. Ainsi, un yakuza se faisant exclure du clan définitivement se voit remettre sa coupe brisée pour symboliser la rupture du lien (cela fonctionne aussi pour les liens fraternels).
    Cette exclusion se nomme hamonjo (破門状・はもんじょう) et le yakuza désormais exclu n’a plus le droit d’avoir la moindre relation avec le clan ou ses affiliés en aucune manière.

    https://lh3.googleusercontent.com/-wWIYVH2Z2Es/VWdbohi7B4I/AAAAAAAAJUQ/-8MJJd9fNe0/w500-h406-no/sakazukigoto.jpg

    Sakazukigoto

    3. la cérémonie d’intronisation

    Lorsque l’apprenti s’est montré digne d’être un yakuza, une cérémonie d’intronisation est organisé. Cette cérémonie très codifiée est fixé selon le calendrier lunaire à une date jugé de bonne augure.

    La cérémonie se déroule dans une salle traditionnelle comportant un autel shintoïste, une table basse sur laquelle se trouve les cadeaux des membres envers leur nouveau frère, ainsi que des décors minimalistes.
    Les participants, strictement mâle et membre du clan (et bien souvent haut placé dans le clan), sont placés dans un ordre pré-établis dans le plus grand silence. Tous sont habillés de kimono.

    Le sakazuki du kôbun et de l’oyabun sont remplis de sake mélangé à du sel (chassant les mauvais esprit) et des arêtes de poissons. La coupe du kôbun est rempli à moitié, celle de l’oyabun l’est entièrement pour symboliser la différence de statut mais aussi que l’oyabun donnera à son nouvrau “fils” son expérience pour remplir sa coupe (qui symbolise ainsi le yakuza en devenir, le sake rituel représentant ainsi l’expérience). Chaque participant boit alors sa coupe en trois gorgées ou échange leurs coupes à chaque gorgés selon les traditions. Chacun garde ensuite sa coupe comme symbole du lien nouvellement créé.

    Après l’échange du sake, l’oyabun se fend d’un discours plus ou moins différent selon le contexte mais généralement exprimant l’importance des valeurs traditionnelles yakuza, l’importance de la famille (comprendre, le clan) et de la fidélité envers les autres.
    Ce n’est qu’après le discours que les spectateurs, jusque là tenus au silence absolu, rompent le silence avec un « Omedetō gozaimasu » collectif (pour traduire rapidement, cela signifie félicitation de façon très polie). La cérémonie se clôt ainsi.
    La suite de la journée devenant ensuite bien plus informel et festive, se concluant par une fête dans des bars, restaurants ou karaoke.

    4. le yubitsume

    Le yubitsume (指詰め) est la tradition la plus connue des yakuza et qui consiste en une auto-mutilation des doigts, souvent le petit doigt ou une phalange (voir plusieurs selon la gravité des faits).
    Le yubitsume remonte à l’époque des tekiya où il était pratiqué comme moyen de payement lorsque la personne ne pouvait rembourser ses dettes et rendant celui qui le subissait moins habile dans la vie courante ou pour se défendre. Les samurai l’exécutaient aussi à l’occasion pour expier une faute (le yubitsume était alors le symbole du renoncement à sa condition de samurai car le samurai n’était ensuite plus capable de se battre aussi bien qu’avant)

    C’est cette dernière signification qui est remontée jusqu’à maintenant.
    Les yakuza l’effectuent pour deux raisons : en guise d’expiation et pour stopper un conflit.

    La cérémonie d’expiation se déroule en présence de l’offensé (ainsi que de l’oyabun car pratiqué en cas d’erreur ou de manquement à ses devoirs) et le repentant remet don doigt ou sa phalange fraîchement coupé à l’offensé dans un linge blanc, accompagné de sa coupe si l’offensé lui est lié par le sakazukigoto. Si l’offensé accepte, le repentant garde son doigt ou phalange dans un bocal de formol dans le but de se rappeler à jamais sa disgrâce. En de rare cas, la mutilation est jugée insuffisante par l’offensé, le repentant continuant à se mutiler jusqu’à obtenir le pardon. Il y a bien sûr le risque d’abus et de sadisme mais l’oyabun est là pour calmer l’offensé et éviter d’aller jusqu’au suicide.
    À chaque faute jugé grave, un nouveau doigt peut être coupé et rare sont les yakuza vétérans ayant conservé l’intégralité de leurs doigts et phalanges.
    Lorsque le doigt est coupé pour expier d’une faute, on parle de shini-yubi (死指) ou doigt mort.

    Un autre cas d’auto-mutilation arrive lorsqu’un clan souhaite stopper un conflit avec un autre. C’est alors l’oyabun qui se coupe le doigt et l’envoie à l’autre clan pour montrer sa sincérité.
    On parle dans ce cas là de iki-yubi (生指) ou doigt vivant.

    En 1993, les autorités estimaient le nombre de yakuza mutilé à près de 45 % d’entre eux, 18 % ayant 2 doigts ou plus de mutilés. Néanmoins, la pratique est en perte de vitesse du fait qu’elle permet d’identifier un yakuza au 1er coup d’oeil, et ce dans un climat anti-yakuza grandissant. Les yakuza ont ainsi tendance à utiliser des prothèses pour cacher leur mutilation et les oyabuns privilégient de plus en plus d’autres formes de punition et d’expiation.

    http://xpat.s3.amazonaws.com/wp-content/uploads/2015/09/16104310/130198474_FOR_pinki_423346c.jpg

    Main ayant subi le yubitsume et les prothèses cachant les phalanges sectionnées

    5. l’irezumi

    L’Irezumi (入れ墨, 入墨, 紋身, 刺花, 剳青, 黥 ou 刺青) est l’autre coutume la plus connue des yakuza. Elle provient de l’habitude qu’avaient les bakuto de se tatouer le corps et ce pour plusieurs raisons.
    La première serait pour cacher les marques laissaient par les autorités sur le corps des condamnés, le tatouage servant alors à camoufler les cercles noirs symbole de crime. Les tatouages pouvaient alors servir au bakuto pour se reconnaître entre eux, tout comme permettre aux travailleurs cherchant le jeux de trouver les bakuto.
    La deuxième serait un moyen d’exhiber sa richesse. Le shogunat interdisait les étalages de richesse, hors, un irezumi demande beaucoup de temps et d’argent, ce qui permet de montrer que son porteur est suffisamment riche pour dépenser son argent dans un tatouage.
    La troisième serait un moyen de protection spirituelle au sein d’un métier où la mort est assez présente. Les bakuto n’étaient d’ailleurs pas les seuls dans ce dernier cas car les pompiers avaient aussi cette habitude.

    De nos jours, près de 70 % des yakuza sont tatoués, allant du petit tatouage aux œuvres recouvrant une bonne partie du corps. L’irezumi est une marque d’appartenance au monde des yakuza et un signe d’attachement au clan. Chaque famille a ses traditions en matières d’irezumi mais il existe tout de même des points communs entre chaque.
    Les motifs les plus grands sont choisis par l’oyabun, souvent un symbole contraire au caractère du yakuza. Ainsi, un yakuza impulsif et violent pourra se voir imposer un motif de geisha ou de bouddha, quand un yakuza plus calme et modéré se verra attribué un dragon ou un démon. Ceci, dans le but d’apporter au yakuza les caractéristiques qu’il n’a pas.
    Mais, pour les motifs plus discret et moins visible, le choix est laissé au yakuza qui peut laisser libre cours à son imagination.

    L’irezumi concerne surtout les homme (le tatouage est vu au Japon comme un symbole machiste des classes les plus pauvres) mais les femmes se font aussi tatouer à l’occasion.
    L’irezumi est un processus long, coûteux et surtout, douloureux. Il est ainsi le symbole du dévouement du yakuza envers sa famille et une preuve de virilité surtout s’il est effectué par un artisan travaillant à l’ancienne. C’est enfin un moyen de montrer son appartenance définitive au monde des yakuza car l’irezumi est irréversible.

    L’irezumi étant un moyen presque imparable de reconnaître un yakuza, il n’est pas rare que des établissements, surtout les bains publics, interdisent l’accès aux personnes tatoués (les occidentaux ne semblent cependant pas être concernés par cette mesure, les chances qu’ils fassent partie des yakuza étant très faible) mais il est parfois possible de passer outre en cachant son tatouage avec une serviette.

    Lors du Sanja matsuri (三社祭), il est possible d’admirer les irezumi de nombreux yakuza. En effet, les yakuza exhibe fièrement leurs tatouage ce jour là et ce, uniquement vêtu d’un sous vêtements en tissu laissant entrevoir leur postérieur. C’est d’ailleurs l’une des attractions principale du Sanja matsuri .

    http://cdn.c.photoshelter.com/img-get/I0000DGg0A6kFHI8/s/860/860/japan-yakuza-tattoos-1-Sanja-festival-9175.jpg

    Yakuza lors du sanja matsuri exhibant leurs tatouages

    6. le seppuku

    le seppuku (切腹) est une forme rituelle de suicide consistant à s’ouvrir le ventre de la façon la plus lente et douloureuse possible dans le but d’expier une faute très grave.
    Principalement effectué par les samurai, le seppuku a de nombreuses signification, que ce soit pour protester, pour éviter la honte ou pour expier une faute.

    Interdit depuis 1868, le seppuku a pratiquement disparu de nos jours bien qu’il y ponctuellement des cas comme celui de Yukio Mashima en 1970 ou Isao Inokuma en 2001, pour des raisons allant d’une tentative raté de coup d’état à la honte de voir son entreprise faire faillite.
    Les yakuza y ont quelques fois recours pour éviter la honte d’une exclusion définitive de leur clan mais cela reste extrêmement rare.

    Un point, c'est tout.

    Et deux si t'insistes.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    Très, très, très intéressant travail. Un grand bravo !

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts1913
    Member since: 17 février 2013

    Ce dossier permet de briser certains clichés sur les yakuza et de nous en apprendre plus dessus, et surtout il est extrêmement agréable à lire.

  • Participant
    Posts1196
    Member since: 12 avril 2012

    IV. Activités des yakuza

    Bien que très présentes dans le commerce, les activités des yakuza ne sont nullement comptabilisées dans le calcul du PIB japonais. Selon un ancien directeur de l’agence nationale de la police, les activités économiques des yakuza correspondaient à 6,5 % du PIB en 1996. Largement souterraines, ces activités ont tout de même un impact sur la vie économique du Japon voire au-delà.

    1. Les racket des sociétés

    Comme beaucoup de mafia dans le monde, les yakuza ont recours au racket auprès des entreprises et commerces présents sur leur territoire. Les yakuza promettent protection et aide en échange d’un pourcentage des revenus générés et, en cas de refus, peuvent piller, menacer voire détruire eux mêmes le magasin.
    Ce fut, jusqu’à récemment, la principale source de revenus des yakuza avant de se voir dépassée par les trafics en tout genre suite à l’internationalisation des yakuza. C’est ainsi que 41 % des chefs d’entreprises avouent avoir été victime de ce racket.

    Le racket peut aussi prendre des formes un peu plus exotique: le sōkaiya (総会屋). Au lieu de harceler les entreprises, les yakuza offrent leurs services pour empêcher toutes contestations lors de l’assemblée générale en échange d’une somme d’argent qui sera utilisée pour acheter des actions de l’entreprise et ainsi obtenir le droit d’assister à l’assemblée. Par leur simple présence, les yakuza assurent ainsi la sérénité de l’assemblée: le wa (和). C’est très pratique pour établir des plans à long terme sans avoir besoin de se préoccuper des réactions des petits actionnaires (les gros étant géré autrement). Le shôkaiya est utilisé aussi bien pour les PME que les gros bonnets comme les banques nationales ou les zaibatsu. Par exemple, selon wikipédia toujours, la banque fuji, 3e du japon à l’époque, fut accusée d’avoir eu recours à ce système en 1989 pour un montant dépassant les 200 millions de yen.
    Après un pic dépassant les 8 000 cas en 1982 (date de l’interdiction formelle du sōkaiya), ce racket particulier diminua pour passer sous la barre des 2 000 cas. Mais les sommes en jeux, au contraire, s’accentuèrent et la pratique reste encore d’actualités. 80 % des entreprises avec un chiffre d’affaire supérieur à 1 000 milliard de yen (soit environ 800 000 000 d’euro) ont encore des contacts avec les yakuza et 40 % y font encore appel de temps à autre malgré l’interdiction. Le sôkaiya est bien trop pratique pour s’en passer et bien trop rentable pour les yakuza pour qu’ils lâchent l’affaire.
    Le sōkaiya n’est pourtant pas caché malgré sont statut de délit. Au contraire, il figure au bilan comptable sous la désignation de « cadeau » ou de « publicité commerciale » (dans la même veine que l’emploi de mercenaire par les ONG indiqué au bilan sous la domination d’adjoint technique).
    Pour lutter contre la persistance du sōkaiya, les assemblées générales des grandes firmes se tiennent généralement toutes le même jour et à la même heure pour que les yakuza ne puissent pas participer à toutes les assemblées.

    L’harmonisation et la mise au pas des actionnaires ne sont cependant pas les seuls effets du sōkaiya. L’entrée des yakuza au sein d’une entreprise leur permet de collecter toute sortes de données compromettantes et de pouvoir faire chanter l’entreprise. Néanmoins, pour protéger leurs intérêts, les yakuza font aussi tout leur possible pour que ces données ne deviennent pas publiques. Par exemple, lorsque la société chisso causa une pollution au mercure dans la baie Minamata dans les années 50 (pollution responsable d’une malformation des enfants qui consommaient de l’eau issue de cette baie), l’influence des yakuza empêcha toute enquête sérieuse pendant des décennies et ce n’est qu’en 1996, soit 37 après la mise en évidence de la culpabilité de l’entreprise, que cette dernière fut condamnée.

    2. Les jeux d’argent

    Le chapitre 23 du code pénal japonais est très clair : les jeux d’argent sont interdits. Seuls sont autorisés les paris sportifs, les loteries et le pachinko.

    Bien sûr, comme à chaque fois qu’une chose est prohibée, un marché noir se met en place et le jeux est ainsi une des activité traditionnelles des yakuza et ce depuis les origines. Les yakuza gèrent les salles de jeux clandestines, de majong et les paris illégaux lors de grands événements sportifs. Les paris au Japon sont normalement limités aux « sports publics » (Kōei kyōgi – 公営競技) qui comprennent les courses de chevaux, voitures, vélos et bateaux, le tout géré par la Japan Racing Association (JRA). Les autres sports comme le sumo ou le baseball ne peuvent légalement pas faire l’objet de paris mais les yakuza proposent toujours des paris pour tous les sports.

    C’est néanmoins dans le pachinko (パチンコ) que les yakuza sont les plus présents. C’est que le secteur du pachinko, après un boom dans les années 80, occupe le troisième rang concernant les loisirs des japonais après la restauration et le tourisme. C’est donc en toute logique que les yakuza sont massivement présents dans ce secteur.

    Les joueurs achètent un grand nombre de petites billes en métal qu’ils insèrent dans la machine une fois assis devant. Le seul contrôle qu’a le joueur est la vitesse à laquelle les billes sortent. Les billes métalliques tombent alors sur une surface de jeu verticale plantée de nombreux clous, parfois sans les toucher, mais occasionnellement elles tombent dans certains trous et la machine déclenche un genre de machine à sous possédant trois roues. Si trois symboles identiques sont obtenus sur la machine à sous, la machine délivre un grand nombre de billes, que le joueur pourra utiliser pour continuer à jouer ou tout simplement aller au comptoir des prix où il pourra choisir des cadeaux (souvent des plaques en métal, plus facile à transporter).
    En théorie, il n’y aucun gain monétaire mais il y a souvent à côté des magasins de pachinko des stands qui rachètent les lots contre de l’argent, permettant de contourner la loi. Bien qu’illégale, cette pratique n’a pas encore donné lieu à une arrestation connue.

    Il existe actuellement un peu moins de 20 000 salles de jeu, beaucoup avec des gérants d’origine coréenne et travaillant étroitement avec les yakuza. Le pic de consommation se situe en 2005, le nombre de joueurs diminuant depuis mais près d’un japonais sur quatre y joue encore plus ou moins régulièrement. Le chiffre d’affaire est ainsi de 24 504 milliards de yens en 2014.

    Outre leur rôle de source de revenus, les pachinko sont aussi fréquemment utilisés par les yakuza pour blanchir l’argent : avec l’argent sale, ils achètent des billes, font semblant de jouer avec des machines trafiquées, récupèrent ainsi beaucoup de billes, les échangent contre les plaques, elles mêmes de nouveau échangées contre de l’argent liquide légal.

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    Salarymen jouant au pachinko

    à part ça, le pachinko est une activité réservé aux sourd car des milliers de billes en acier qui se télescopent en permanence est très peu conseillé pour les oreilles du pauvre Ergogan. Certains prêtent des casques anti-bruit mais beaucoup te laisse te faire martyriser le tympans (et le porte-monnaie …. oui, je n’ai pas gagner une seule fois). C’est bruyant même quand on est sur le trottoir d’en face.


    3. La prostitution et la pornographie

    La prostitution est interdite depuis 1958 au Japon et est donc naturellement un secteur largement au mains des yakuza. Elle n’était pas non plus particulièrement autorisé auparavant mais l’occupation américaine s’était accompagné d’une certaine tolérance pour éviter les viol de la part des soldats. Ni la prostituée ni le client ne sont cependant poursuivis mais le proxénétisme sous toutes ses formes est vigoureusement combattu. Il y a malgré tout un grand nombre de pratiques sexuelles qui ne sont pas soumises à la loi. En effet, seule la pénétration vaginale contre rémunération est considérée comme une prostitution. Sont donc exclus du champ d’application de la loi fellation, sodomie et autres pratiques sans coït faisant les beaux jours de youporn.

    L’industrie du sexe japonaise utilise de nombreux euphémismes pour masquer son commerce :

    Soapland, officiellement pour prendre des bains avec une hôtesse pour vous aider à vous relaxer; officieusement, la partie la plus nettoyé et massé se trouve entre les jambes.
    Fashion-health massage (ファッションヘルス), tout ce que vous voulez de sexuel mais sans coït malheureusement …. heureusement, les japonais peuvent être très créatif pour se payer du bon temps.
    Pink salon (ピンクサロン), spécialisé dans la fellation; C’est tout rose avec des cabines individuels.
    Image club (イメージクラブ) ou simplement imekura (イメクラ), vous aimez le cosplay ? ça tombe bien, dans ce genre d’endroit, vous aurez l’intégralité des services des Fashion-health massage (toujours sans coït) avec en plus la possibilité de choisir un déguisement pour votre hôtesse. Vous fantasmez sur les infirmières en col roulés ? ne cherchez plus, le Japon est là.
    Call girls: la subtilité vient qu’il faut passer par des services de santé pour les joindre.
    telekura (téléphone clubs): les clients achètent une liste de numéro d’indépendantes et après, les deux personnes se démerdent (même si bien souvent, la relation est assez longue et ne consiste pas uniquement en relation sexuelle; des rendez vous et autres activités sont d’usage)
    enjo kōsai (援助交際, litt. « relations d’entraide » ou « sortie pour soutenir », en abrégé, enkō) ou pudiquement « rendez-vous compensé ». C’est la même chose que le telekura mais cette fois, avec une mineure (collégienne ou lycéenne). Cela peut ressembler à de la pédophilie mais au Japon, la majorité sexuelle est à 13 ans. De plus, dans la majorité des cas, les rendez vous ne vont même pas jusqu’au baiser (quand les participantes ne décident tout simplement pas de ne pas donner suite). Entre 10 et 20% des lycéennes s’adonnent à l’enjo kôsai. Jusqu’à récemment, l’on pouvait trouver, près des lycées, des affiches vantant le mérite de l’enjo kôsai où des intermédiaires mettaient les jeunes filles en relations avec de riches clients.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/cb/Pinsaro.jpg/450px-Pinsaro.jpg
    Si vous voyez ce genre de truc, vous êtes devant un pink salon

    La prostitution concernerait plus de 150 000 personnes au Japon mais peu de japonaises y sont impliquées. Les prostituées proviennent de pays d’asie du sud est et d’ex-URSS.
    Ces jeunes femmes sont abordées dans leurs pays d’origine par des cellules yakuza ou par leurs alliés sur place, leur promettant travail ou célébrité au Japon. Ces jeunes femmes sont appâtées par des promesses de carrière d’actrice mais sont ensuite utilisées pour des films pornographique puis pour se prostituer.
    La pornographie ne faisait pas partie des activités yakuza traditionnelles, étant plutôt un domaine des gurentai mais la nécessité de diversifier les activités et l’intégration des gurentai en a fait un domaine où les yakuza sont désormais très présents. Il faut savoir que la pornographie japonaise est souvent censurée au niveau des organes génitaux mais que l’importation de produits pornographiques étrangers (et donc non censurés) est totalement illégal. Les yakuza, en plus de la production locale de film, organise ainsi des trafics de films provenant d’autres pays, souvent tournés avec des actrices japonaises mais à l’étranger.

    À Tôkyô se trouve un quartier presque entièrement dédié à l’industrie du sexe : Kabukichō (歌舞伎町), dans l’arrondissement de Shinjuku (新宿区). Malgré une superficie d’à peine 3 500 m², kabukichô est l’un des quartiers chaud les plus importants au monde. Le nombre de yakuza sur place en permanence dépasse régulièrement les plusieurs centaines de personnes, gérant près de 150 établissements dédiés au sexe, la plupart avec pignon sur rue et directement gérés par les yakuza. Du fait du nombre important de yakuza, kabukichô est l’endroit le plus mal famé de Tôkyô voire du Japon.
    Longtemps uniquement occupées par les yakuza, les années 90 ont vu l’arrivée massive de gangs chinois et coréens souhaitant occuper à leur tour le terrain (et profitant de la perte de soutien du gouvernement envers les yakuza). Cette arrivée massive, même si les yakuza reste largement majoritaires, est lié à l’explosion du tourisme en chine et Corée du Sud, dont les touristes fréquentent volontiers le quartier de Kabukichô.

    Les gains provenant de l’industrie du sexe seraient, en 2009, équivaudraient à 1% du PIB Japonais, soit à peu près autant que le budget de la défense, qui était au alentours de milliard de dollars. Cela peut sembler énorme mais ces gains incluent aussi la pornographie sous toutes ses formes. D’après John Carr, expert et consultant au Royaume-unis pour la sécurité des enfants sur internet, les 2/3 de la pédopornographie de la fin des années 90 provenait du Japon et ce n’est qu’en 2003 que la pédopornographie réelle commença à être réprimé; La pédopornographie fictive (manga, anime) restant autorisé et pesant à elle seule 5.5 milliard de dollars en 2000. Ce n’est cependant qu’en 2014 que la possession représentant des enfants réelles fut réellement condamné (mais pas celle de manga ou anime pédopornographique car représentant des enfants fictifs).

    Pour revenir aux gains, en comparaison des 2 ou 3 % de la population occidentale payant pour des relations sexuelles, 14% des japonais en sont adepte. L’industrie du sexe au Japon est donc très lucrative.

    http://il6.picdn.net/shutterstock/videos/6396917/thumb/1.jpg

    Entrée du quartier de Kabukichô

    http://www.lvgonggong.com/Upload/image/05345d342ff736c0f451ac985608a462.jpg

    intérieur du quartier de Kabukichô

    4. Le puroresu et le sumo

    Le Puroresu (プロレス) est un genre de lutte professionnelle japonais très populaire. Les yakuza défendent ce sport au même titre que le MMA (mixed martial arts) mais sans altruisme aucun. En effet, beaucoup de compétitions et de galas sont organisés dans des arènes et stades leur appartenant. Le fait que le puroresu, à la différence du catch occidental, ne fixe pas ses résultats à l’avance et que les coups sont réellement portés fait que les paris sur les résultats sont populaires, avec comme conséquence un certain nombre de matches truqués.

    Concernant le sumo (相撲), les yakuza font surtout parler d’eux par leur paris illégaux ainsi que pour le trucage de matches, tout comme le puroresu. Cette corruption a même un nom : 八百長, yaochō. Mais malgré les nombreux soupçons, aucune preuve n’était jusqu’alors parvenue à démontrer l’existence de cette corruption.
    Tout change cependant en 2010. l’Ōzeki (大関) Kotomitsuki Keiji (琴光喜 啓司) est alors arrêté pour avoir participer à des paris illégaux sur des matches de baseball avec des yakuza. Mais, en 2011, au fil de l’enquête, la police japonaise découvre des messages sur des téléphones portables. Ces messages prouvaient sans ambiguïté l’existence d’arrangement sur les résultats des matches entre mars et juin 2010. Le scandale entraîne la radiation de plus de 20 sumotori professionnels ainsi que la fermeture d’une écurie et le retrait de deux maîtres d’écurie.
    Le scandale entraîna une baisse non négligeable de fréquentation des matches ainsi que qu’une crise de vocations parmi les jeunes qui deviennent de moins en moins sumotori. L’influence des yakuza sur le sumo étant jugé trop important.

    5. L’immobilier, les prêts d’argent et la finance

    Nous l’avons vu lors de l’histoire des yakuza, l’immobilier était le secteur ayant rapporté le plus lors de la bulle économique. Encore maintenant, les yakuza se présentent souvent comme entreprise immobilière pour cacher leurs activités moins légales.
    Les jiageya, bien que moins nombreux que dans les années 80, continuent leurs activités d’intimidation et de rachat. Mais cette fois, ce n’est plus pour le compte d’entreprises souhaitant entreprendre de grands travaux mais pour le compte de propriétaire souhaitant se débarrasser de locataires mauvais payeur. Les jiageya le faisaient déjà auparavant mais la fin de la bulle spéculative a réduit la frénésie du bâtiment. Ils continuent bien sûr les expropriations illégales mais à un rythme bien moins soutenu qu’auparavant.

    Concernant les prêts, les yakuza sont toujours présents pour accorder des prêts à des taux usuriers. Ils ne posent pas de questions mais utilisent tous les moyens à leur dispositions pour recouvrir leurs créances. Les personnes sur-endettées, souvent des personnes isolées, des étudiants ou des chômeurs avec une famille à charge, sont régulièrement contraints au suicide ou à la fuite. En effet, la loi japonaise stipule que les créances ne peuvent être transmises à la famille. Bien sûr, les yakuza font tout de même pression auprès des proches mais la police japonaise encourage les citoyens à venir porter plainte dans ces cas là. C’est d’ailleurs l’un des moyens d’arrestation de yakuza les plus répandus ; une simple preuve suffit.
    Cette implication des yakuza dans le monde du crédit est régulièrement vue comme une des explications de la « décennie perdue » (失われた10年). En effet, la volonté des yakuza à récupérer leurs dettes bloquaient toutes tentatives d’étalement voir d’annulation de dette qui auraient pu sauver une entreprise, causant alors le dépôt de bilan et empêchant toute reprise. Cette volonté empêchait aussi les jeunes entreprises de pouvoir se développer car les yakuza n’avaient aucun scrupule à couler l’entreprise pour récupérer leur argent. Une estimation de l’an 2000 concernant l’implication des yakuza dans la dette publique et privée nous fournit des chiffres astronomiques. Près de 40 % des créances douteuses sont liées aux yakuza (dont 10 % sont possédées directement), pour un montant dépassant les 100 milliards de dollars.

    Outre l’immobilier et les crédits plus ou moins risqués, les yakuza furent aussi notoirement célèbres pour certains raids financiers. À la tête de shite shyudan, fond d’investissement à haut risque, les yakuza obligeaient une entreprise cotée en bourse à faire baisser le cours de ses actions (via les menaces, violences voir enlèvement dans les cas les plus extrêmes) pour ensuite les racheter à bas prix puis à obliger une autre entreprise à les racheter à son tour pour plusieurs fois le prix initial.
    Cette pratique, née dans les années 70, ne concernait au début que des entreprises de taille modeste mais le raid de 1983 contre Yomiuri shinbun (読売新聞) par le Yamaguchi-gumi permit de mettre à jour cette pratique, obligeant le premier ministre d’alors, Yasuhiro Nakasone (中曽根 康弘), à intervenir.

    6. Les trafics

    Les yakuza sont présent dans trois gros trafics principalement : le trafic de drogue, d’armes et de clandestins.

    Le trafic de drogue est une activité somme toute récente pour les yakuza. Il est apparu de façon massive lors de la reconstruction du Japon après la guerre et était un domaine sur lequel surtout les gurentai officiaient. Lorsque les clans yakuza absorbèrent les gurentai, ils prirent aussi la relève concernant le trafic de drogue et plus particulièrement le trafic d’amphétamines. Face au désespoir de l’après guerre, la demande de drogue explosa et, parce que cela permettait de conserver une certaine forme de paix sociale et parce que les occupants en étaient friant, les autorités japonaises fermèrent les yeux sur le trafic d’amphétamines, et ce jusqu’à la loi anti-gang.
    Ce fut néanmoins lors de l’internationalisation des activités yakuza que le trafic de drogue se développa réellement au-delà d’un niveau artisanal. Les drogues les plus dures étaient surtout vendues dans d’autres pays sans transiter par le Japon mais les pays qui subissaient ces trafics firent pression sur le Japon pour qu’il combatte les clans et limite les trafics. Le pays le plus virulent n’était autre que les Etats-Unis dont la présence de yakuza sur sa côte ouest et à Hollywood générait un fort trafic.
    Il est donc probable que les pressions constantes des Etats-Unis aient pu conduire à la création de la loi anti-gang.

    Le trafic de drogue reste cependant l’une des activités les plus lucratives des yakuza et ces derniers y sont encore très présents malgré une répression plus importante : près de 60 % des amphétamines sont d’origine yakuza au Japon. Cependant, ce ne sont pas les yakuza qui risquent le plus car la police veut tarir non pas l’offre de drogue (les yakuza jouissent encore d’une relative impunité) mais la demande (400 grammes de cannabis peut valoir de 4 à 6 ans de prison à son possesseur, surtout s’il s’agit d’un citoyen ordinaire et quelque soit sa nationalité).
    Malgré l’évidente rentabilité du trafic de drogue, les clans les plus traditionalistes, le plus notable étant le Yamaguchi-gumi, interdisent à leurs membres de tremper dans ce trafic.

    Le trafic d’armes est le plus vieux trafic auquel s’adonnent les yakuza. Il faut en effet remonter à la contrebande d’armes à feu en provenance du Portugal au XVIe siècle, durant le sengoku jidai.
    La législation japonaise envers les armes à feu est l’une des plus sévères et restrictives au monde et seules les familles avec de puissants appuis à l’international peuvent se permettre de plonger dans ce trafic.
    Les armes proviennent en majorité des pays limitrophes comme Taïwan ou la Chine (où les yakuza sont présents physiquement depuis les années 60 ou bien grâce à des alliances avec les triades locales) ou bien en provenance des Etats-Unis, profitant de leur forte implantation et de l’accessibilité d’armes en tout genre mais principalement d’armes de poing plus faciles à camoufler et à transporter. Les armes en provenance des Etats-Unis (et plus particulièrement d’Hawai, où les yakuza sont le plus implantés) forment près du tiers des armes prohibées au Japon.

    Malgré tout, le trafic d’arme ne concerne que les yakuza entre eux et la grande majorité des meurtres par balle sont le fait de yakuza, contre d’autres yakuza.

    Le trafic d’être humain est lui né lors du miracle économique japonais, au moment où le Japon apparaissait comme un paradis pour ses voisins plus pauvres. Les yakuza sont très impliqués dans l’immigration clandestine au Japon, redirigeant les clandestins vers des entreprises affiliées ou bien en les prostituant. La présence à l’international des yakuza aide à ce trafic et il permet aux entreprises liées aux yakuza de profiter d’une main d’oeuvre peu coûteuse, surtout avec la pénurie de travailleurs au Japon qui fait augmenter la demande.
    D’après le ministère de la justice, il y aurait plus de 67 000 clandestins au Japon en 2013. Les nationalités les plus présentes sont les chinois et les coréens mais beaucoup ne sont devenus clandestins qu’à l’expiration de leur visa. Mais, en l’absence de visa, ils n’ont d’autre choix que de recourir aux yakuza pour trouver du travail et continuer à vivre au Japon.

    Les clandestins forment un problème épineux pour le Japon. Ils sont clairement dans l’illégalité et leur présence prolongée est comme une preuve de l’inefficacité des services d’immigration mais d’un autre côté, ils permettent de parer à la baisse de la main d’oeuvre au Japon, étant donc indispensables aux entreprises les plus touchées par cette baisse. De plus, les clandestins envoient de l’argent dans leurs pays d’origine et il y a le risque que ces pays prennent des mesures de rétorsions envers le Japon si ce dernier cible ses clandestins et les expulse massivement. Ce fut le cas avec l’Iran qui, pour protester contre l’expulsion de plus en plus fréquente de ses ressortissants clandestins, limita les importations de produits japonais ainsi que le tourisme. Hors, ce sont désormais les coréens et les chinois les plus nombreux et des mesures de rétorsions de la part de ces pays serait désastreux pour le Japon.
    Les yakuza le savent bien et accentuent ses trafics de clandestins, surtout avec la baisse constante de main d’oeuvre au Japon qui augmente continuellement la demande.

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    Manifestation de soutien envers Abubakar Awudu Suraj, jeune Ghanéen mort lors de son expulsion du Japon en mars 2010

    7. le divertissement

    Le japon dispose d’une industrie du divertissement très puissante, à même de pouvoir rivaliser localement avec à peu près toutes les productions étrangères.
    et bien sûr, les yakuza y sont très impliqués, que ce soit en possédant plus ou moins directement les agences, en finançant ces dîtes agences (le yamaguchi-gumi est le second plus gros donateur privé dans le monde des idols japonaises) ou en possédant les salles de concert, de cinéma ou les plateaux de tournages.

    La main mise des yakuza sur le bâtiment ne se limitent pas, en effet, à la pure spéculation. Détenir les cabarets, les bordels clandestins et autres endroits propice aux activités peu en phase avec le statut de star offre ainsi aux yakuza tout ce qu’ils veulent pour faire chanter les plus grands, pouvant à loisir bloquer ou propulser une carrière.
    C’est ainsi que par exemple, en 2008, cinq chanteurs populaires prirent part à une compétition de golf pour l’anniversaire de l’oyabun du Yamaguchi-gumi. Et, malgré ça, les chanteurs continuèrent leurs carrières sans problèmes.

    Les liens sont anciens (le Yamaguchi-gumi avait fondé sa propre agence de star en 1957, la Kobe Geinosha, enregistrée sous le vrai nom du boss. Bien que dissoute sous pression policière, les liens restèrent et une agence qui tenterait de couper les ponts risquerait de voir tout ses vilains petit secrets être affiché au grand jour.

    Bien sûr, il arrive que des liens avec des yakuza peuvent précipiter une carrière comme celle du présentateur vedette de la NHK en 2012. Shinsuke Shimada, de son nom, fut en effet révoqué pour avoir participer aux festivités d’anniversaire d’un chef de clan yakuza qui s’est avéré être un amis de longue date de Shinsuke Shimada.
    Et, loin d’être mis au ban, il reçut le soutien de plusieurs de ses confrères.

    Cette révocation fut le premier acte d’un nouveau dispositif policer d’une cinquantaine d’agent pour éradiquer les yakuza du monde du spectacle mais les effets restent, au mieux, cosmétique. Le cas Shinsuke Shimada fait ainsi figure de fusible, le coeur restant intact. En effet, le dispositif est assez ambigüe car seul un lien réel et avéré (Shinsuke Shimada avait reçu de l’aide de son ami yakuza lors d’un conflit avec un groupe d’extrême droite) interdit à une personnalité d’apparaître à la télévision.

    Une autre affaire, toujours en cours d’ailleurs, montre un visage cru sur les liens yakuza/show bizz.

    Ikuo Suho (周防 郁雄), fondateur du plus important groupe de divertissement du Japon (burning production), commença sa carrière en temps que chauffeur pour l’Inagawa-Kai avant de fonder son agence en 1971. Depuis surnommé “le don de l’industrie du divertissement”, il a des liens étroits avec le yamaguchi-gumi et son ascension fut brutale et sanglante (en 2001, des coups de feu furent tirés en direction des locaux de Burning production).
    Il fut à l’origine d’un scandale en 2013 impliquant Ikumi Yoshimatsu, nommée miss internationale 2012. Refusant de travailler avec une agence liés aux yakuza, elle travaillait donc pour une petite agence quand elle devint en 2012 la première japonaise a remporter le titre. C’est alors que Genichi Taniguchi, yakuza notoire et directeur de Pearl Dash (ainsi que membre du board of director de K-Dash, une des plus grande agence du Japon qui s’est aussi rendu célèbre en faisant des pressions sur la famille d’une star et en la faisant suivre constamment lorsqu’elle voulut démissionner) voulut l’engager.
    Devant son refus, elle fut emmener de force auprès de Ikuo Suho qui lui laissa le choix: travailler pour lui ou un de ses associés (donc Genichi Taniguchi) ou être mis à l’écart. Devant son refus (malgré des menaces et des violences heureusement enregistrées), Genichi Taniguchi et Ikuo Suho firent pression sur le comité de miss internationale.
    Ces derniers empêchèrent Ikumi Yoshimatsu d’être présente lors de l’édition 2013 pour “raison de santé” mais loin de se démonter, Ikumi Yoshimatsu, avec son avocat, fit une conférence de presse où elle montra ses preuves, conduisant à un procès avec Genichi Taniguchi.

    Le rebondissement est survenu le 2 juin 2016 lorsque Kazuo Kasaoka, oyabun du Matsurua-gumi et ancien employé de Burning Productions, fit un témoignage long et complet sur les maneuvres mafieuse de son ancien employeur et montrant l’importance des yakuza dans le monde du spectacle.
    Mais malgré cela, rare furent les hommes politiques à prendre la défense de Ikumi Yoshimatsu (souvent car ayant eux mêmes des liens avec des yakuza) mais la femme du 1er ministe shinzo abe, Akie Abe, prit parti pour Ikumi Yoshimatsu (Akie Abe était de plus la juge pour l’édition 2013 du concours de beauté).
    Le scandale est toujours en court et Ikumi Yoshimatsu est devenue un symbole de la lutte contre les yakuza.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6a/Ikumi_Yoshimatsu.jpeg

    Ikumi Yoshimatsu

    8. L’humanitaire

    Aussi étrange que cela puisse paraître, les yakuza sont aussi dans l’humanitaire mais surtout concentré au Japon. Ils furent ainsi les premiers à porter secours aux victimes lors du tremblement de terre à Kobe en 1995 (阪神・淡路大震災), en particulier le Yamaguchi-gumi dont le quartier général se trouve à Kobe.
    Les yakuza furent de nouveau les premiers sur place lors du séisme à Tôhoku en 2011, séisme suivit d’un tsunami meurtrier. Ce fut cette fois le Sumiyoshi-kai et l’Inakawa-kai qui aidèrent les populations civiles, bien avant l’arrivée des secours. Ils affrétèrent plus de 70 camions en provenance de Tôkyô, avec à leur bords plus de 500 000 dollars en nourriture et autres produits de première nécessité. Et ce dès le lendemain de la catastrophe.

    L’explication concernant ces aides désintéressées est simple : leur code d’honneur qui les pousse à porter secours à quiconque est en péril. Il y aussi une explication plus terre à terre et pragmatique : les yakuza sont de plus en plus mal considérés depuis 1992 et la loi anti-gang, à la fois par la population et par le gouvernement. Porter de l’aide de façon désintéressée dans une situation aussi critique est un moyen efficace de redorer son blason, même si des soupçons restent. La police continue en effet de penser que l’aide des yakuza est aussi un moyen pour eux d’être les premiers à profiter de la reconstruction comme ce fut le cas avec le Yamaguchi-gumi à Kobe.

    http://static.wixstatic.com/media/c64b3e_918cff97c33740ffa4ced888b1e53574.jpg/v1/fill/w_792,h_332,al_c,lg_1,q_80/c64b3e_918cff97c33740ffa4ced888b1e53574.jpg

    Nourriture et produits de première nécessité fournis par les yakuza

    Un point, c'est tout.

    Et deux si t'insistes.

  • Modérateur
    Posts2270
    Member since: 8 février 2014

    Vis à vis de cette aide humanitaire, j’avais lu dans un courrier international que les yakuzas rachetaient à peu de frais les maisons et terrains des réfugiés du tremblement de terre de Tôhoku.
    Es-tu en mesure de confirmer ces propos?

    "Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve"-Euclide

  • Participant
    Posts1196
    Member since: 12 avril 2012

    Confirmer ? même la police japonaise ne peux l’affirmer.

    près de 15% des sous-traitants employés pour la reconstruction avaient des liens avec les yakuza et les yakuza organisent des réseaux pour alimenter la centrale de fukushima en ouvriers prêt à risquer leur santé mais c’est à peu près tout ce qu’il y a de sûr.
    Cela est néanmoins très probable que les yakuza proposent de racheter les terrains aux réfugiés.

    En effet, même 5 ans après, il reste des centaines de milliers de réfugiés vivant dans les préfabriqués construit pour accueillir ceux ayant perdu leur logement ou ayant été évacué.
    en 2015, ils étaient 118 000 dont 73 000 à l’intérieur de la préfecture de fukushima.
    Mais les villes à proximité de la centrale et déclaré apte au retour ont loin d’attirer leurs anciens habitants (la ville de Nahara, par exemple, n’a enregistré que 10% de volonté de retour pour une population de 8 000 habitants).
    Les raisons sont multiples: principalement agricole, la région ne pourra pas exporter ses fruits et légumes et les agriculteurs ne voient pas l’intérêt de revenir cultiver des terres inexploitables (que ce soit pas la radiation ou le sel de mer).
    deuxièmement, la catastrophe nucléaire a créé une défiance à l’égard des déclarations du gouvernement et la peur des radiations limitent les volontés de retour.

    à cela doit s’ajouter la volonté du gouvernement de faire disparaître les déplacés avant la tenue des JO de 2020 qui fait donc pression sur les réfugiés, que se soit en limitant l’accès au soin ou en menaçant d’arrêter de fournir gratuitement un logement.

    Il est donc probable qu’avec ça, une proposition de rachat de terre pour pouvoir se réinstaller ailleurs, même à prix cassé et proposé par un yakuza, est tentante.

    Un point, c'est tout.

    Et deux si t'insistes.

  • Modérateur
    Posts2270
    Member since: 8 février 2014

    Je vois. Merci de ces informations. A quand la suite?^^

    "Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve"-Euclide

  • Participant
    Posts1196
    Member since: 12 avril 2012

    d’ici peu, je songe à créer une nouvelle partie dédié aux liens entre les yakuza et la politique (partie que je n’ai pas eu le temps de faire pour la fac).

    Un point, c'est tout.

    Et deux si t'insistes.

  • Modérateur
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    Member since: 8 février 2014

    Veux-tu que l’on mette ton dossier dans la Table des matières avec la mention [En cours]?

    "Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve"-Euclide

  • Participant
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    Member since: 12 avril 2012

    si ça ne vous dérange pas, pourquoi pas ^^

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    V.les yakuza et la société japonaise

    1.la politique

    Comme vu précédemment, les liens entre le monde politique et le monde yakuza est ancien, remontant au XIXe siècle. Les yakuza formaient un ensemble où résidaient encore les valeurs traditionnelle et très nationaliste. Il est donc normal que l’extrême droite Japonaise voyaient les yakuza comme des alliés de valeur.

    Bien sûr, cela n’était pas étalé au grand jour mais plutôt dans les sociétés secrètes où se côtoyaient hommes politique et chef yakuza influent. Ces derniers fournissaient argent et hommes de mains en échange de privilèges, comme par exemple le monopole du proxénétisme en territoire chinois occupé.

    La fin de l’impérialisme Japonais, après quelques années de clandestinité pour les clans yakuza ayant perdu leurs chefs, ne mit pas fin à cette relation, au contraire. La lutte contre le communisme nécessitait des groupes déterminés et efficace, soutenu par le gouvernement. C’est ainsi que la CIA libéra, entre autre, Yoshio Kodama (児玉 誉士夫), futur créateur du Yamaguchi-Gumi, pour lutter contre l’influence communiste.
    L’affaire était pressante car le Japon avait des groupes communistes important qui sapaient peu à peu l’influence des états-unis. Ces groupes étaient apparu à la fin du XIXe siècle mais perdirent le combat contre l’extrême droite. Profitant du vide créé par la disparition de l’extrême droite et soutenu par l’URSS, ces groupes prenaient de plus en plus d’importance et la possibilité de voir les communistes remporter les élections qui suivront la fin de l’occupation n’était pas du goût des états-unis.
    Le premier gouvernement japonais qui vit le jour sous l’occupation était ainsi issu d’une alliance entre marxiste et socialiste.

    Les conflits entre marxiste et socialiste et l’union des droites permit au PLD soit Parti libéral-démocrate (自由民主党, Jiyūminshutō) d’emporter les premières élections libres en 1955 et de conserver la majorité absolue à la Diete jusqu’en 1993, fournissant tout les premier ministres. Certains, d’ailleurs, n’étaient pas en odeur de sainteté: Nobusuke Kishi (岸 信介), premier ministre de 1957 à 1960, fut un criminel de guerre de classe A mais fut libéré en 1948 sans procès pour contrer la communisme et participa à la recréation de la droite conservatrice.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2b/Nobusuke_Kishi_01.jpg

    Nobusuke Kishi, un homme d’extrême droite aussi proche de la CIA que du Yamagushi-Gumi

    Pour l’anecdote, c’est aussi le grand père maternel de l’actuel premier ministre Shinzo Abe.

    Bien sûr, l’extrême gauche ne se laissa pas spécialement faire et les troubles commencèrent dans les années 60 avec l’influence de la Nouvelle Gauche (新左翼, shin-sayoku) japonaise. Très influente parmi les universités où l’activisme politique est sensé être exclu, elle détache la Zengakuren (全学連) de l’influence du parti communiste. la Zengakuren était et est toujours l’un des principaux syndicat étudiant du Japon et profondément marqué à gauche. entre 1968 et 1970, des émeutes éclatent et les universités sont occupés, protestant contre l’influence américaine, la participation à la guerre du Vietnam et l’augmentation du coût de l’inscription à l’université.

    L’université de Tôdai (meilleure université du pays et jusqu’à récemment, de l’Asie) fut occupé pendant 6 mois entre 1968 et 1969; en janvier 1968, les universités se mettent en grève les unes après les autres après que l’université Chūō (meilleur fac de droit du pays) fut occupé par des étudiants réclamant l’auto-gestion du campus; le 21 octobre 1968, des émeutes éclatent à shinjuku et le soir, des milliers d’étudiants défilent devant l’ambassade des états-unis, chacun portant des cocktails molotov; la journée précédente, l’agence de défense fut assiégé par des membres du syndicat des étudiants socialiste.

    http://apjjf.org/data/43005.jpg

    émeute étudiante à Shinjuku

    dans un contexte d’insurrection, les yakuza furent décisifs. Infiltrant les mouvements, ils espionnaient les meneurs et permirent ainsi à la police de brutalement décapiter le mouvement. Ils brisaient aussi les blocus d’université et lutta contre les groupes étudiants dans la rue.
    Mais, cette apogée de coopération fut aussi le début de la fin de la bonne entente entre yakuza et politique. Non pas qu’il y ait eu mésentente mais la population commença à peu peu se rebiffer face aux yakuza.
    la gauche extrême avait perdu le soutien de la population et se radicalisa, fondant l’Armée rouge japonaise (日本赤軍, Nihon Sekigun), classé organisation terroriste encore aujourd’hui. Paradoxalement plus actif au Liban et en Palestine (le groupe avait entrepris une dérive sectaire ayant fait fuir pas mal de membres et le gouvernement japonais avait réussis à détruire ceux présent sur l’archipel) où ils commirent des attentats meurtrier comme celui de l’aéroport de Tel Aviv en 1972 (24 morts et 80 blessés), la lutte armée brisa totalement le soutien minime qui subsistait dans la population et mit fin à l’influence communiste au Japon, une fois les terroristes arrêtés. Cela rendit les yakuza bien moins utile.

    Pour l’anecdote, la branche de l’Armée Rouge Japonaise resté au pays avait comme nom Armée rouge unifiée (連合赤軍, Rengō Sekigun) et était composé d’un trentaine de personne. Le truc marrant, c’est que près de la moitié de ses membres furent tué non pas par la police mais par eux même. Des séances d’auto-critique pour améliorer la cohésion et renforcer les convictions en repérant les faiblesses tournèrent au lynchage. bien caché dans les montagnes où il s’entraîne, le groupe est à l’abri de la police mais les tueries conduisent à la désertion de deux membres qui se rendent à la police. Le groupe change de sanctuaire mais est rattrapé en cours de route. Cinq rescapés prennent en otage un couple dans un chalet: c’est l’affaire du chalet Asama (あさま山荘事件, Asama sansō jiken) entre le 19 et le 18 février 1972.
    Pendant dix jours, les révolutionnaires sont assiégés par la police avant d’être arrêté, au prix de trois morts et vingt-huit blessés parmi les forces de l’ordre.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/1a/Asama_sansou.jpg/800px-Asama_sansou.jpg

    le chalet Asama

    Malgré tout, les liens entre les yakuza et le monde politique continua même après la fin de la menace communiste au Japon, mais de façon plus subtil. Les yakuza fournissaient des carnets d’adresse et servaient de médiateur, vois même assurait la sécurité lors de meeting.
    Bien sûr, un lien avéré avec les yakuza est désormais suffisant pour briser un carrière, Keishu Tanaka (田中 慶秋) peut en témoigner. Ce dernier fut forcé le 24 octobre 2012 de quitte son poste de ministre de la justice pour avoir participer, 30 ans auparavant, à une fête organisée par un clan yakuza.

    L’actuel premier ministre, Shinzo Abe, n’est pas en reste. En octobre 2012, il fut soupçonné de liens avec Icchu Nagamoto, courtier et magnat de la finance qui fut arrêter la même année pour montage financier et trafic d’argent. Il était surtout celui qui fournissait au Yamaguchi-Gumi les liquidités nécessaire à ses opérations, au point d’être surnommé “roi du marché noir”.
    aucun lien ne fut cependant prouvé depuis leur rencontre initiale en 2008 (soit un an après sa démission du poste de premier ministre), Abe ayant démenti l’avoir rencontré de nouveau par la suite.

    http://i0.wp.com/www.tokyoreporter.com/wp-content/uploads/2012/10/huck.jpg

    à gauche, c’est Michael Dale Huckabee, dit Mike Huckabee, ancien gouverneur de l’Arkansas, au milieu, c’est Shinzo Abe, à droite, c’est Icchu Nagamoto. La photo fut prise dans le bureau de abe, en plein coeur de la Diete.

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  • Participant
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    Member since: 12 avril 2012

    si la tendance actuelle est à l’éclatement des liens entre la mafia et les politiques, il faut y voir surtout la volonté de la population. Auparavant, être soutenu par un clan yakuza n’entraînait pas toujours la fin d’une carrière: Shizuka Kamei, ministre des transport en 1994, garda son poste malgré un don de 6 millions de dollars de la part du Yamaguchi-gumi (et fut même nommé ministre des finances en 2009).

    Pourquoi donc une telle complaisance a-t-elle éclaté?

    Parce qu’en 2007, le maire de Nagasaki Iccho Itoh (伊藤 一長) fut assassiné par un yakuza lié au Yamaguchi-Gumi pour un refus du maire concernant la participation d’une entreprise de construction que le yakuza dirigeait à un projet immobilier d’ampleur.
    Si le monde politique et la population pouvait plus ou moins fermer les yeux sur la corruption occasionnelle, cet acte terroriste, c’est une autre histoire …. surtout lorsque le maire en question appartenait au PLD (parti libéral-démocrate), un parti qui pourtant entretenait des liens historique avec le Yamaguchi-Gumi (la même année, par exemple, le clan avait ordonné à plus d’une centaine de ses chefs de tout faire pour soutenir les candidatures du PLD lors des municipales).

    Ce n’était pas la première fois qu’un maire subissait une tentative d’assassinat. Hitoshi Motoshima (本島 等), lui aussi maire de Nagasaki et membre du PLD, se fit tirer dans le dos en 1990 pour avoir publiquement déclaré en 1988 que l’empereur shôwa, alors gravement malade et sur son lit de mort, avait sa part de responsabilité dans la guerre du pacifique.
    Inutile de dire que les propos passèrent mal auprès de son parti et des membres de l’extrême droite dont l’un d’eux passa à l’acte.

    Les groupuscules d’extrême droite au Japon sont le plus souvent regroupé sous l’appellation de Uyoku dantai (右翼団体), soit “groupe de droite”. En 2013, la police japonaise estimait leur nombre à plus de 100 000 personnes, répartis en un millier de groupe. Prônant le révisionnisme historique, la militarisation du pays, la fin de l’article 9 de la constitution qui empêche le Japon de déclarer la guerre, les actions armées pour récupérer les territoires revendiqués par le Japon, ces groupes sont cependant rarement inquiété car ne dépassant pas le cadre de la liberté d’opinion. Bien sûr, il arrive régulièrement que les actions de leurs membres dépassent les limites de la légalité (avec le meurtre comme paroxysme, comme celui du chef du parti socialiste Inejirō Asanuma 浅沼 稲次郎 en 1960 par un étudiant d’extrême droite pendant les prémices de la révolte de la gauche une décennie plus tard ou bien la tentative de meurtre d’un important journaliste par Kazutaka Komori 小森 一孝 la même année, où une servante perdit la vie et la femme du journaliste grièvement blessée).

    http://36.media.tumblr.com/d1601a81b9253b0edceb7995d66c81a7/tumblr_mif7qri0Ka1rinheso2_500.jpg

    http://65.media.tumblr.com/0c6086b8c9584236e266120e240cae7b/tumblr_mif7qri0Ka1rinheso1_1280.jpg

    assassinat de Inejirō Asanuma pendant un débat politique le 12 octobre 1960 par Otoya Yamaguchi (山口 二矢), 17 ans

    Le rapport avec les yakuza ?
    Les clans yakuza ont une tendance à se camoufler en Uyoku dantai pour échapper aux enquêtes sur les bôryokudan 暴力団 (groupe violent, dénomination officielle des yakuza par la police; parfois, le terme “groupe anti-sociaux” est aussi utilisé) et continuer à influencer la vie politique locale.
    C’est principalement via ces connections que les chefs yakuza soutiennent le PLD à chaque élection. Le chantage permettant de tenir les plus récalcitrants.

    C’est donc dans ce contexte que la mort d’un maire PLD par un yakuza lié au Yamaguchi-Gumi fit l’effet d’une bombe et entraîna une série d’enquête et d’arrestation qui, à défaut de réellement menacé le sommet, endommagea les liens. Non pas qu’ils vont disparaître, car comme vu plus haut, les yakuza continuent de noyauter l’extrême droite et de financer les campagnes électorales du PLD (via des société-écrans et des montages financier), les yakuza peuvent aussi faire chanter les hommes politiques un peu trop autonome mais désormais, la population n’accepte plus les liens yakuza/monde politique.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/83/Japanese_nationalism.jpg

    un gaisensha (街宣車), camion de propagande équipé de puissant haut-parleurs et utilisé pour les campagnes électorales. Celui ci est en un appartenant à un Uyoku dantai. Les gaisensha des groupes d’extrême droite se caractérisent par une couleur noire et des symboles nationaliste (ici, le drapeau national mais souvent, c’est le drapeau impérial qui flotte). Quand le conducteur ne fait aucune annonce, il diffuse l’hymne nationale en boucle et parfois des musiques militaire. Les gaisensha des Uyoku dantai affichent aussi régulièrement des symboles des états-unis et diffuse son hymne pour montrer leur soutien aux états-unis.
    Si vous en voyez un, faîtes attention, ils ont tendance à ne pas respecter les stop et autres feux tricolores, même dans les rues les plus bondées. S’arrêtant parfois pour haranguer la foule, ils auraient un effet délétère sur les commerces avoisinant car la population tend à éviter ces camions mais la police ne peut rien y faire (liberté de parole, tout ça).

    Si les Uyoku dantai sont ceux faisant le plus usage des gaisensha, les autres parti en font usage à l’occasion mais étant donné que les gaisensha sont de plus associé aux Uyoku dantai, seul le parti communiste en fait encore un usage régulier en dehors de l’extrême droite. La population, dans sa large majorité, déteste ce genre de chose mais la possibilité d’avoir affaire à des yakuza fait qu’elle préfère les éviter vu que la police ne peut intervenir (ou alors en faveur des yakuza car leur liberté de parole est menacé).

    La couleur noire étant désormais connoté, les groupes utilisent aussi d’autres couleurs désormais, ce qui rend un poil compliqué l’identification ….. lorsque j’étais au Japon, j’ai eu la chance de pouvoir assister à une campagne électoral et j’ai eu l’occasion de discuter avec des militants. Ils m’ont expliqué que le Gaisensha d’en face, tout aussi blanc que celui des militants avec qui je discutait, diffusait des appels à la haine de la Chine (un ami japonais qui m’accompagnait me le confirma).

    https://www.youtube.com/watch?v=0At85wF7BDA

    Une vidéo pour vous donner une idée. La personne qui parle (fort) casse du sucre sur le dos la Corée pour rester poli (du moins, de ce que j’ai compris, je n’ai jamais été doué pour comprendre les gens qui parle au micro, même en France).

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  • Participant
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    Member since: 24 février 2015

    Laquelle des Corée ? Parce que pour ce qui est du Nord, on sait tous que la propagande nord-coréenne ne cesse de promettre l’annihilation du Japon. Après pour ce qui du Sud, les relations restent encore tendues.

    La dictature c'est ferme ta gueule !
    La démocratie c'est cause toujours...

  • Participant
    Posts1196
    Member since: 12 avril 2012

    il utilise le terme “kankoku”, qui désigne officiellement l’intégralité de la péninsule mais dans les faits, le terme désigne la Corée du Sud.

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  • Participant
    Posts587
    Member since: 24 février 2015

    Encore les rochers Liancourt, je suppose. Après le gouvernement a quand même fait des efforts notamment la reconnaissance des femmes de réconfort.

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  • Participant
    Posts1196
    Member since: 12 avril 2012

    justement, c’est une reconnaissance que l’extrême droite japonaise n’a pas apprécié (les premières concernées non plus, d’ailleurs).

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  • Participant
    Posts373
    Member since: 17 juillet 2016

    Une belle suite, celas me rappel un peu la politique en Italie, mais en moins chaotique.

    Sinon, existe-t-il des liens entre les Yakuzas et les politiciens d’autres pays, comme par exemple les états-unis; on a vus Huckabee dans le première partie mais était-il au courant de l’appartenance mafieuse de Icchu Nagamoto ?

    "La critique de l'art est aisément difficile mais l'art de la critique est difficilement aisé".

  • Participant
    Posts1196
    Member since: 12 avril 2012

    Mike Huckabee est un cas à part, il fait partie de la droite baptiste, créationniste, anti-avortement et anti-homosexualité.
    Lors de la prise de la photo, en 2008, il venait de renoncer à l’investiture républicaine pour les élections après avoir longtemps était le représentant de la droite conservatrice.

    Il est possible néanmoins que la présence de Nagamoto fut fortuite car celui ci était un homme incontournable pour la finance et Mike Huckabee, sans mandat mais avec de l’influence, pouvait être un partenaire de choix pour des affaires aux USA.
    Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Mike Huckabee se mêle à l’extrême droite japonaise. En 2009, il a participé à une croisière organisée par Toshio Tamogami, général qui créa peu de temps après un scandale international après la diffusion de son livre où il développa une thèse selon laquelle le Japon ne fut pas l’agresseur pendant la deuxième guerre mondiale.

    Il y a des liens assez trouble entre la droite dure américaine et l’extrême droite japonaise, renforcés par la présence des yakuza sur la côte ouest et Hawai. Cela reste de la spéculation mais il est possible que la droite dure américaine reçoive de temps à autre des financements pour les coûteuses campagnes électorales.
    En effet, les yakuza sont très riche; à titre d’exemple, si le Yamaguchi-Gumi rentrait en bourse, sa capitalisation dépasserait Toyota. Un petit financement en échange d’un détournement de regard pour contrer les velléités du gouvernement Obama de combattre l’influence yakuza à hollywood et sur la côte ouest, c’est plausible.
    à titre d’information, il a fallu une loi dans les années 70 aux USA pour mettre fin à l’influence croissante de la mafia italienne dans les élections, ce qui montre une certaine porosité.

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  • Participant
    Posts1196
    Member since: 12 avril 2012

    2. les évaporés

    Derrière ce terme se trouve un sujet tabou au Japon: la disparition volontaire ou 蒸発 Jōhatsu.

    Chaque année, un peu plus de 90 000 personnes disparaissent au Japon et ce en toute légalité. Pour comprendre un peu mieux, il faut d’abord aborder quelques points de la société japonaise.

    Le Japon reste encore maintenant une société assez patriarcale avec l’homme qui travaille et la femme au foyer. Ce faisant, les femmes japonaises qui souhaitent fonder une famille sont souvent contrainte de quitter leur travail, faute d’aménagement à destination des mères, et donc de devoir se reposer sur le salaire de leur mari. Ainsi, la rémunération est un critère important dans le choix du mari et ce dernier a donc une pression importante vis à vis de son travail.
    De plus, la valeur travail est très développé (un synonyme pour les travailleurs japonais en col blanc -plus couramment appelé “salaryman“- est “guerrier du travail” avec toutes les connotations qui vont avec le terme) et un homme est souvent jugé par rapport à son poste, le chômage étant lui vu comme symbole d’échec personnel.

    Le chômeur ne peut plus subvenir aux besoins de sa famille, manquant ainsi à ses supposés devoirs et il peut aussi être jugé comme responsable de sa situation. S’il avait travaillé encore plus dur, peut être que sa boîte ne l’aurait pas licencié ou qu’elle n’aurait pas fermé ?
    Un tel raisonnement peut nous paraître étrange voir injuste mais reste logique lorsque l’on compare le salarié aux samurai d’antan et leurs valeurs de dévotion.
    Et comme les samurai, l’échec n’a que peu de solution.

    Il n’est pas rare que les salarymen récemment licencié mentent à leur famille et fassent semblant d’aller au travail comme d’habitude puis de errer toute la journée (si vous voyez un homme en costume sobre assis sur un banc une bière à la main, c’est soit un vendeur à domicile en pleine pause, soit un salaryman au chômage qui cache ce fait à sa famille).
    Cette situation peut durer des semaines (jusqu’à la fin des allocations) mais il arrive fatalement un moment où le chômeur doit faire face à ses responsabilités.

    Soit il fait front au risque de voir sa famille quelque peu ostracisé (après tout, dans un pays avec moins de 4% de chômage, si un homme l’est, c’est qu’il ne fout rien et est donc une personne non recommandable).
    Soit il se suicide, physiquement ou socialement.
    Physiquement, la forêt d’Aokigahara (青木ヶ原) ou les falaises de Tōjinbō (東尋坊) sont des lieux de suicide bien connus (une centaine de personnes par an se tuent à Aokigahara et une trentaine chaque années se jettent dans la mer depuis les falaises escarpées de Tōjinbō). Un policier à la retraite du nom de Yukio Shige, lassé de repêcher les corps, a créé une association pour dissuader les candidats au suicide et, en l’espace de onze années, a sauvé la vie de plus de 500 personnes.

    http://www.nipponconnection.fr/wp-content/uploads/2015/07/tojinbo-Yukio-Shige-police-suicides.jpg
    Yukio Shige devant les falaises de Tōjinbō

    Mais il arrive aussi que les suicidaires renoncent à se donner la mort et s’enfuit sans laisser de trace.
    Cette fuite, c’est le suicide social. Du jour au lendemain, une personne disparait sans laisser de trace quand ce n’est pas une famille entière qui s’évapore pendant le nuit.

    L’homme au chômage fuit pour échapper à la honte et au déshonneur mais aussi pour en protéger sa famille. De complice abritant un parasite, la famille devient victime et n’est plus associé à l’échec du mari. Cette attitude peut paraître lâche (et bien des japonais la considèrent ainsi) mais elle n’est pas récente. Fuir pour éviter que sa propre honte ne rejaillisse sur les siens est un acte qui remonte au moins au début de l’ère Edo au XVIIe siècle.

    Mais où sont les yakuza dans cette histoire ? ils arrivent bientôt, très bientôt.

    Si le chômage est une raison courante pour les disparitions, les dettes en sont une autre, peut être encore plus importante.
    Une personne criblé de dettes est régulièrement tenté d’échapper à ses créanciers mais il y a pire. les jiageya, yakuza spécialisé dans les prêts usurier, sont très imaginatif et collant lorsqu’il s’agit de récupérer une créance et la fuite est bien souvent un moindre mal.
    Il faut de plus rajouter une petite spécificité concernant la transmission des dettes au Japon: les dettes d’une personne ne se transmettent pas à ses proches et un yakuza qui tenterait de faire pression dessus pour récupérer la créance de leur père/mari tomberait sous le coup de la Loi. Cela ne les empêche pas toujours mais la police peut cette fois intervenir.
    Cela peut aussi être la famille entière qui disparait au cours de la nuit. Il existe même des entreprises spécialisé dans ce genre de fuite (et souvent tenues par d’anciens évaporés) qui viennent avec quelques camionnettes, mettent l’essentiel en carton puis emmènent la famille dans un autre logement à plusieurs centaines de kilomètres. Ces sociétés sont appelés les yonigeya 夜逃げ屋 soit littéralement “société de déménagement du soir”

    Je tient à rajouter qu’en l’absence de soupçons d’enlèvement ou de délit de fuite, la police n’enquêtera jamais sur les évaporations. Il est légal au Japon de disparaître ainsi, sachant de plus que les fichiers de la Police ne sont pas centralisé, rendant donc ardu une quelconque recherche.
    Si la famille souhaite retrouvé un évaporé, il ne reste que les détectives privés dont certains en ont faut leur spécialité. Mais même si l’évaporé est retrouvé ou revient de lui même, rien n’est joué. L’acte reste et bien des évaporés revenus chez eux restent cloîtré de honte et parfois disparaissent de nouveau.

    Les évaporés se réfugient dans l’anonymat des grandes villes comme Ōsaka (大阪市) et plus particulièrement dans certains quartiers comme Kamagasaki 釜ヶ崎. Ils deviennent travailleurs journaliers sur les chantiers ou pour les yakuza. Les évaporés sont une importante source de main d’oeuvre bon marché pour les yakuza car acceptant à peu près n’importe quoi, leur condition étant au mieux précaire (logement minuscule, pas ou peu d’aide gouvernementale, isolement) et bien souvent sujet à l’alcoolisme ou à la drogue.
    Ils vivent dans les ドヤ街 doyagai (le verlan de yado qui signifie auberge), c’est à dire des chambres d’hôtel minuscule proche d’un taudis.
    Ce genre de quartier (San’ya 山谷 dans l’arrondissement de Taitō 台東区 à Tôkyô; Kotobuki-cho dans la ville de Yokohama 横浜 pour en citer d’autres similaire) est un paradis pour les activités criminelles des yakuza mais les réponse du gouvernement pour réduire les bidons villes (en 1998, à Kamagasaki, on comptait près de 5 000 sans abris) furent au mieux inefficace et au pire dégénérèrent en émeutes à plusieurs reprises.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/ae/Kamagasaki_Riot20080616_2224.JPG/640px-Kamagasaki_Riot20080616_2224.JPG

    émeute en 2008 dans le quartier de Kamagasaki en marge du G8 en 2008

    vidéo de l’émeute

    Les premières personnes à avoir travailler lors de la catastrophe de la centrale de Fukushima furent des évaporés, fournit par les yakuza et travaillant dans des conditions de sécurité déplorables.

    à la fois cause et profiteur, le phénomène des évaporés est étroitement lié aux yakuza et leur fournit un vivier de personne désespérés à qui soutirer toujours plus et à exploiter pour les basses besognes.
    Je vous conseille le livre “Les Evaporés du Japon, de Léna Mauger et Stéphane Remael” si vous voulez en savoir plus.
    Voici aussi un lien avec quelques photographies: http://www.lemonde.fr/m-actu/visuel/2014/12/19/les-evapores-du-japon_4543395_4497186.html

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