Post has published by kymiou

Ce sujet a 4 réponses, 3 participants et a été mis à jour par  skyros, il y a 1 an et 8 mois.

5 sujets de 1 à 5 (sur un total de 5)
  • Modérateur
    Posts1921
    Member since: 20 juillet 2013

    Dans les années 1540 av. J.-C., le Nord de l’Egypte était occupé par les Hyksôs depuis plusieurs générations. Le Sud mena alors l’offensive et chassa les envahisseurs sous l’égide de plusieurs pharaons, d’abord Sekenenrê (qui mourut au combat), puis ses fils Kamès et Ahmès.

    La subite remontée en puissance des Deux-Terres prit les régions voisines au dépourvu et Ahmès, malgré la brièveté de son règne, mena dans la foulée des campagnes victorieuses au Nord jusqu’à l’Euphrate et au Sud jusqu’au fin-fond de la Nubie. Ses successeurs poursuivirent cette politique de pressions sur les nations limitrophes.

    On aurait peu de détails sur ces épisodes sans la biographie, retrouvée dans sa tombe, d’un guerrier sorti du rang et qui avait réussi une longue et brillante carrière, d’ailleurs prolongée sous les deux règnes suivants : Ahmès, fils d’Abana. Il semble avoir fait carrière dans les troupes embarquées et terminé comme – disons en pur anachronisme – colonel ou général des Marines.

    Je vous livre ici, in extenso, ce qu’il faut bien appeler ses mémoires de guerre. C’est une voix qui nous parle après trois mille cinq cents ans de silence !

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/56/Necheb-felsengrab-ahmose-99.jpg/430px-Necheb-felsengrab-ahmose-99.jpg
    C’est le grand qui parle. Le personnage plus petit est Pahery, son neveu, qui a achevé le tombeau.

    Le chef des équipages Ahmès, fils d’Abana, défunt justifié, dit :

    je viens parler à tous les hommes, je voudrais que vous sachiez les faveurs qui me sont advenues.

    J’ai été récompensé avec de l’or (décoré) à sept reprises devant le pays tout entier, j’ai reçu des serviteurs et des servantes de la même manière et j’ai été doté de terres fertiles en très grand nombre.

    Le renom d’un brave vient de ses exploits et durera éternellement dans ce pays.

    C’est dans la ville de Nekheb  (actuelle Elkab) que je grandis, alors que mon père était soldat du roi Sékenenrê. Son (sur)nom était Baba, fils de Rainet.

    Puis j’embrassai la carrière de soldat à sa place sur le vaisseau « Taureau Sauvage » au temps du maître des Deux-terres Nebpehtyrê Ahmès alors que j’étais encore enfant, avant que je n’eusse pris femme et que je dormais encore dans un hamac en filet.

    Après que j’eus fondé un foyer, je fus transféré sur le vaisseau « Celui du Nord » à cause de ma bravoure.
    Alors, j’avais à suivre le roi sur terre lors de ses déplacements sur son char.

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/81/Saqqara_BW_11_c.jpg/330px-Saqqara_BW_11_c.jpg

    Reconquête du Delta.

    On entama le siège du port d’Avaris (la capitale des Hyksos) et je dus montrer ma vaillance sur terre, en présence de Sa Majesté.

    Ensuite, je fus nommé sur le vaisseau « Celui de Memphis ». Alors, on commença à se battre sur le canal Padjetkouy d’Avaris. J’ai frappé et je ramenai une main. On en fit rapport au héraut du roi et on me remit l’or de la vaillance.

    Puis la bataille reprit à cet endroit, je recommençai à me battre et on me remit l’or de la vaillance à nouveau.

    On en vint alors à se battre dans la zone au Sud d’Avaris et je ramenai un prisonnier, un homme. J’ai dû me mouiller ; en effet, s’il a pu être ramené comme captif, c’est parce que j’ai traversé l’eau en le portant. Cela fut rapporté au héraut royal et on me récompensa d’or une fois de plus.

    Alors, on se mit à piller Avaris. J’en rapportai du butin : un homme et trois femmes, soit quatre têtes au total. Sa Majesté me les donna comme serviteurs.

    Puis on mit le siège devant Sharouhen (le dernière place hyksôs) pendant trois ans. Enfin, Sa majesté se mit à la piller et j’en rapportai du butin, deux femmes et une main. Alors je reçus l’or de la vaillance et mes captives me furent laissées comme servantes.

    Reconquête de la Nubie.

    Après que Sa Majesté eut exterminé les bédouins-Mentiou d’Asie, elle remonta le fleuve vers Khentet-Hennefer  (au Sud de la deuxième cataracte) pour anéantir les nomades nubiens. On en fit un grand massacre et j’en rapportai du butin : deux hommes et trois mains. Je fus récompensé d’or une fois de plus et je reçus deux servantes.

    Ainsi Sa Majesté repartit le cœur en joie, ayant conquis ceux du Sud et ceux du Nord.

    Mais le retrait était prématuré. Les vaisseaux égyptiens, avec leurs troupes embarquées, se font rattraper par une flotte nubienne commandée par un certain Aata.

    Puis Aata arriva du Sud, avançant ainsi sa mort car les dieux de Haute-Égypte l’empoignèrent. Sa Majesté le rencontra à « la source du pays de  » et le fit prisonnier comme prise de guerre avec tous ses gens. Du navire de Aata, je ramenai captifs deux jeunes combattants. On me donna cinq serviteurs et une parcelles de cinq aroures de terre arable dans ma ville.

    N.B. L’aroure vaut 2500 mètres carrés, soit 25 ares.

    Suit un épisode mal précisé. Peut-être la révolte d’une ville ou une attaque de brigands.

    Puis ce vil ennemi arriva. Son nom était Tétiân. Il avait rassemblé avec lui des rebelles. Sa Majesté le tua et sa troupe fut anéantie. J’y ai gagné trois têtes et cinq aroures de terre arable dans ma ville.

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/ce/Ahmose-mummy-head.png/280px-Ahmose-mummy-head.png
    Le pharaon Ahmès – photo récente.

    Exit Ahmès. Débute le règne d’Amenhotep Ier.

    Alors, je me mis à transporter le roi du Sud et du Nord Djeserkarê Amenhotep tandis qu’il remontait le Nil vers le pays de Koush (Haute-Nubie) pour élargir les frontières de l’Égypte. Sa Majesté frappa ce vil nubien au milieu de son armée, qui fut capturée sans pertes dans nos rangs. On négligea les fuyards, qui disparurent comme s’ils n’avaient jamais existé.

    Comme j’étais en première ligne, je combattis vraiment bien et le roi a vu ma vaillance. J’ai rapporté deux mains qui furent présentées à Sa Majesté.

    (Les défenseurs éliminés,) on alla alors chercher le peuple et les troupeaux et j’amenai un prisonnier devant le roi. Je ne mis que deux jours pour ramener Sa Majesté en Égypte. On me récompensa avec de l’or et je ramenai en butin deux servantes et le captif que j’avais présenté. Je reçus alors le titre de « Combattant du Souverain ».

    A Amenhotep Ier succède son fils Thoutmès Ier, qui fond une nouvelle fois sur la Nubie.

    Alors, je transportai le roi du Sud et du Nord Aâkheperkarê Djéhoutymès (Thoutmès, quoi ! 😉 ) pour remonter le Nil vers la Nubie pour punir une révolte des pays étrangers et repousser une incursion venue du désert. Je me montrai compétent en sa présence, dans ces eaux dangereuses au moment du halage de la flotte dans la cataracte. On me nomma alors « Chef d’Équipage ».

    Sa Majesté, en colère tel une panthère, lança sa première flèche qui se ficha dans la poitrine du vil ennemi, paralysé par cette vision. On fit là un grand carnage et les non-combattants furent emmenés comme prisonniers. Sa Majesté retourna vers le Nord avec les pays étrangers dans son poing. Le méprisable (chef) nubien fut pendu la tête en bas à la proue du vaisseau « Le Faucon » de Sa Majesté. Ainsi accosta-t-on à Thèbes.

    http://www.shenoc.com/Asiatique-Thoutmosis.jpg
    … avec les pays étrangers dans son poing.

    Mais Thoutmès Ier ne s’en tient pas là. Il se tourne vers le Nord de la Syro-Palestine…

    Après cela, s’étant mis en campagne contre le Réténou pour assouvir sa colère sur les pays étrangers, Sa Majesté atteignit le Naharina (Syrie)  et surprit ce vil ennemi en train de rassembler des troupes. Sa Majesté fit un grand massacre parmi eux, sans compter les prisonniers qu’elle a ramenés par ses victoires.

    Or, j’étais en tête de notre armée et le roi a vu ma vaillance. J’ai ramené un char, son cheval et son aurige comme butin présenté à Sa Majesté. Alors, on me récompensa avec de l’or une fois de plus.

    N.B. Le texte précise bien UN cheval. On peut en déduire que l’autre était mort, immobilisant le char. Une fois son combattant expédié, il ne restait qu’à ramasser l’aurige désarmé et emballer le tout.

    http://2.bp.blogspot.com/-gfRuXeNEAE4/T4W25SohgGI/AAAAAAAABLE/Fy0tLDtVoIw/s400/09_Weapons_and_Equipment.jpg

    Mais la retraite est là, plus quelques lacunes dans le texte…

    Ayant vieilli et atteint un grand âge, les faveurs… la tombe que je me suis faite. Le roi m’a donné soixante aroures de terre (quinze hectares dans le village) d’Hadjaâ.

    Le texte s’achève sur l’énumération et le nom des dix-neuf captifs – 9 hommes, 10 femmes – acquis au cours de ses campagnes. Ahmès tenait sans doute beaucoup à ces preuves vivantes de ses exploits et, en les mentionnant dans tombe, il comptait bien les garder à son service quand il rejoindrait les jardins d’Osiris.

    Sources :
    – Description Tombe :
    http://www.osirisnet.net/tombes/el_kab/ahmes/ahmes_01.htm
    – Autres photos :
    http://alain.guilleux.free.fr/el_kab/el_kab_tombe_ahmose_fils_abana.html (A. Guilleux)
    – Relevé épigraphique (planches dessinées par R. Lepsius) : Denkmäller. Abth. III, B1, 12
    http://edoc3.bibliothek.uni-halle.de/lepsius/page/abt3/band5/image/03050120.jpg (R. Lepsius)
    – Texte : Urkunden IV, Heft I pg. 1-15
    http://www.cwru.edu/univlib/preserve/Etana/urk_18_dynastie_erster/urk_18_dynastie_erster.html (K. Sethe)

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

    • Ce sujet a été modifié le il y a 2 mois par  kymiou.
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  • Participant
    Posts50
    Member since: 6 avril 2016

    Il a été découvert quand , où et par qui ce texte ? Et il y en a eu d’autres (de mémoires de guerres) à cet époque là?

    Sinon vraiment intéressant de voir le système plutôt tribale de répartition du butin (encore qu’on ne sait pas si c’était égalitaire ou en fonction de l’origine ethnie et évidemment la bravoure au combat) et surtout d’avoir une mémoire de guerre de cette époque si lointaine !.

  • Participant
    Posts2918
    Member since: 26 février 2013

    Le nouvel Empire ! Sinon je voudrais bien savoir on ce guerrier à été enterré, ou est son tombeau (et s’il à un décors intéressant !) ?

    Omnia Sunt Comunia

    Je suis anarchiste au point de traversé dans les clous pour ne point avoir de soucis avec la maréchaussée.

  • Modérateur
    Posts1921
    Member since: 20 juillet 2013

    @docmoustache :

    Et il y en a eu d’autres (de mémoires de guerres) à cet époque là ?

    Pratiquement rien, à part quelques bribes. Mais nous avons un document presque similaire remontant à la VIème dynastie (vers 2250 av.J.-C) du chancelier Ouni, investi de diverses missions civiles et militaires, et qui mena une offensive amphibie près de l’actuelle Haïfa. La moitié de son armée avançait sur terre tandis que l’autre, par bateaux, contourna l’ennemi pour le prendre à revers !

    Sinon, ta remarque sur les usages tribaux n’est pas fausse. Après la bataille, le roi siège en majesté et se fait présenter les prises rassemblées par chacun. Il y prélève ce qui l’intéresse et accorde officiellement le reste à ses hommes. Ceux qui ont attiré son attention reçoivent « l’or de la victoire », souvent sous forme de colliers. Plus tard, on verra le général – et futur pharaon – Horemheb se faire littéralement recouvrir de ces parures, ce qui le fait un peu ressembler à ces généraux nord-coréens décorés jusque sur le pantalon !

    http://antikforever.com/Egypte/Pyramides/Images/Horemheb%204.jpg

    @skyros :

    Sinon je voudrais bien savoir où ce guerrier à été enterré, où est son tombeau (et s’il à un décor intéressant !)

    La tombe se trouve dans la nécropole d’Elkab – ancienne Nekheb – à une centaine de kilomètres au Sud de Louxor. C’était une puissante cité fortifiée et un centre religieux de première importance. Quelques dynasties royales, dès l’Ancien Empire, en furent originaires.

    http://antikforever.com/Egypte/Villes/Images/elkab11.jpg

    Le site est aujourd’hui totalement ruiné et qu’on y ait retrouvé des tombes encore… lisibles tient du miracle.

    Les références parlent volontiers de « pseudo-biographie » d’Ahmès car son tombeau fut bâti par son petit-fils Pahery (qui le proclame bien haut). Je trouve cette froide objectivité très exagérée. Voilà comment les choses ont dû se passer…

    Même couvert d’honneurs et de terres, Ahmès restait sorti du rang. A ce titre s’est-il certainement contenté d’une tombe correcte mais modeste. Il avait eu de sa femme Ibou une fille nommée Kem, qui épousa un précepteur d’enfant royal. Leur fils, Pahery, accéda à de hautes fonctions, dont celui de gouverneur de province. Sans doute jugea-t-il que le tombeau de son glorieux grand-père n’était plus conforme au standing de la famille et il prit l’initiative d’en construire une autre.

    Mais cela ne signifie nullement que la biographie était une reconstitution romancée. Elle était certainement présente dans la tombe initiale sous la forme d’une stèle, comme on en a trouvé partout et à toutes époques. Deux détails m’incitent à le croire…

    1° Évoquant l’expédition du Retenou, Ahmès parle de « notre » armée. Les épigraphistes ont relevé que c’est la seule expression de ce type dans toute la littérature du Nouvel Empire et y voient l’émergence d’un sentiment national ;

    2° à propos de la campagne nubienne d’Amenhotep Ier, il précise que les forces adverses furent capturées « sans pertes ».

    Je verrais plutôt, dans les deux cas, la manifestation d’un esprit de corps encore renforcé dans les troupes navales par la promiscuité des barques de guerre. On combat ensemble, on mange ensemble, on picole ensemble. Tout le monde connaît tout le monde, tous grades confondus. Et quand sonne la victoire, le chef s’enquiert aussitôt des victimes parmi ses hommes et marque son soulagement quand il n’y en a pas.

    Ces deux remarques sont trop spontanées pour avoir été écrites après-coup par un petit-fils administrateur civil habitué à la hiérarchie très cloisonnée de la Cour. C’était bien l’officier vétéran Ahmès qui s’exprimait sur une stèle respectueusement recopiée.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts2918
    Member since: 26 février 2013

    Je vois ! Merci des informations.

    Omnia Sunt Comunia

    Je suis anarchiste au point de traversé dans les clous pour ne point avoir de soucis avec la maréchaussée.

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