Post has published by guiguit

Ce sujet a 13 réponses, 7 participants et a été mis à jour par  mongotmery, il y a 2 ans et 10 mois.

14 sujets de 1 à 14 (sur un total de 14)
  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Les guerres franco-avares : dossier.

    I. Pourquoi un conflit ?

    a. Un empire carolingien à sécuriser :

    Au printemps 788, Charlemagne arrête le duc de Bavière, Tassilon, son cousin germain. Après un procès pour trahison, il l’envoie finir ses jours dans un monastère tandis que sa famille subit le même sort.

    L’annexion du duché bavarois, enclavé entre les possessions carolingiennes en Italie et en Saxe fait des Avars, utilisés par Tassilon dans ses intrigues contre les Francs, les voisins directs de l’empire carolingien. Un contact s’établit, il débouchera sur la guerre. Mais qui sont les Avars ?

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/bf/AtlBalk680.jpg/220px-AtlBalk680.jpg

    b. Les Avars, héritiers d’Attila ? :

    Les Avars, originaires d’Asie, sont un peuple païen formé d’une souche hunnique et d’une souche de Slaves d’Europe de l’Est. Ils parlent une langue turque. Les Avars sont un peuple de cavaliers-guerriers dirigés par des Khans ou des Khagans à la tête des groupes qui constituent une sorte de fédération. A demi-sédentarisé, ils n’ont pas de villes à proprement parlé mais plutôt des camps circulaires protégés par des talus et des fossés que l’on appelle des rings et où ils entreposent le fruit de leur pillage.

    Installés au Vie siècle dans la vallée du Danube, dans l’ancienne province romaine de Pannonie, les Avars menacent perpétuellement les positions balkaniques de Byzance (Thrace, Frioul) et la Bavière. C’est qu’il s’agit probablement des premiers utilisateurs de l’étrier qui donnent à leur cavalerie lourde un avantage décisif en plus d’une réputation effroyable.

    http://miltiade.pagesperso-orange.fr/cavaliers_avars.jpg

    Représentation probable de cavaliers avares.

    II. La première campagne : un ennemi inconnu :

    Malgré l’envoi d’une ambassade du Khagan à Charlemagne en 790, ce dernier est bien décidé à attaquer les Avars, pour sécuriser ses frontières, pour défendre la religion chrétienne ce qui est en réalité une justification peu crédible donnant des dehors respectable à une invasion en regard de l’attitude carolingienne en Espagne et se remplir les poches. En effet, les fabuleuses richesses du ring seraient pour le roi un moyen d’entretenir la fidélité de ses vassaux. Pour ces derniers, il s’agit de leur principale motivation et un complément bienvenu pour leurs revenus. De plus, piller des pillards semblent être une bonne action : « Les Francs reprirent là justement aux Huns ce que les Huns avaient d’abord pris injustement aux autres peuples. » explique Eginhard.

    Concrètement, pour lancer son offensive de 791, Charlemagne rassemble une grande armée « avec une préparation plus importante » (que pour d’autres campagnes) composé de Francs, de Saxons et de Bavarois, on estime que 10 000 cavaliers auraient été mobilisés. La campagne commencera en aout afin de disposer de pâturages pour une aussi grande masse de chevaux. Le lieu de départ est Regensburg.

    L’armée principale est divisée en deux : une partie sur la rive droite sous les ordres du roi et l’autre partie sur la rive gauche aux ordres du comte Thierry et du chambrier Megenfred, une flotte de chalands chargés de l’équipement et du ravitaillement naviguera entre les deux armées sous la direction du préfet (entendons gouverneur) de Bavière, Gerold, beau-frère du roi. Par ailleurs, Pépin (14 ans), roi d’Italie, doit prendre les païens à revers depuis le Frioul avec une armée franco-lombarde. Il est à noter que Louis d’Aquitaine (13 ans) et Charles le Jeune (19 ans) participent aussi à la campagne aux cotés de leur père.

    Les troupes se mettent en marche, à Lorsch, Megenfred et Charlemagne se concertent sur les tactiques à adopter face à des ennemis si redoutables. Signe de nervosité supplémentaire, le roi ordonne trois jours de jeune et de prière. Décision peu commune qui consiste à priver de nourriture des guerriers qui auront besoin de toutes leurs forces, malgré les exemptions. La campagne reprend le 8 septembre.

    De fait, au grand soulagement de Charlemagne, les Avars ne résistent presque pas et abandonnent leurs positions en pratiquant la politique de la terre brulée. C’est l’armée d’Italie dont la campagne a débuté le 23 aout, qui livrent les plus gros combats en s’emparant d’un ring et capturant de nombreux prisonniers.

    L’armée principale commandée par Charlemagne, au confluent du Danube et de la Raab (grosso modo entre les actuelles Vienne et Budapest), doit sonner la retraite à la mi-octobre en raison d’une épidémie de peste « qui se répandit dans les chevaux de l’armée que le roi avait conduite, et il n’en survécut qu’un dixième sur plusieurs milliers. ».

    http://miltiade.pagesperso-orange.fr/Cavalerie-carolingiennei-st-Gall.jpg

    [/center]

    La perte de chevaux aurait certainement signifié la perte de l’armée entière même si ses forces restent impressionnantes.


    Le bilan de la campagne est mitigé. D’une part, les Francs constatent que les Avars ne sont pas si redoutables que prévus, ce qui aiguisera leur soif de richesse. Leur royaume a été en partie ravagé et on ramène quand même un certain butin ainsi que des esclaves. D’autre part, la bataille décisive n’a pas eu lieu, le ring principal et surtout son trésor légendaire n’ont pas été pris. Bref, les Avars restent une menace. C’est pourquoi le Carolingien passera son hiver en Bavière a organisé sa contre-attaque…..

    III. La seconde campagne : Pépin aux commandes

    En 793, à cause d’une énième révolte saxonne, la campagne contre les Avars est avortée. Ces derniers sont alors en pleine guerre civile : un Khagan aurait même été assassiné. En 795, un Tudun, noble/gouverneur avar, offre de se convertir au christianisme et de se déclarer vassal du roi. L’année suivante, profitant du désordre généralisé, Pépin et son bras droit Éric, duc de Frioul mettent au point un plan visant à annihiler définitivement les Avars tandis que Charlemagne se trouve en Saxe.

    Leur armée composée de Francs et de Lombards attaquent la Pannonie. Profitant des dissensions internes, les troupes carolingiennes s’emparent du ring principal et d’un trésor considérable. Le Tudun de l’Ouest est ramené par Pépin à Aix où il est baptisé.
    Le roi d’Italie ramène aussi un butin considérable, avec pas moins de quinze chariots à bœufs pour le transporter qui permet à son père de distribuer « des trésors aux églises et aux évêques, aux comtes, et récompensa aussi tous ses fidèles d’une façon merveilleuse. ».

    Cette fortune fut acquise par de multiples pillages et tributs, Byzance devait en réserver s’élevant à 200 000 pièces d’or, et fut accumulée au fur et à mesure des siècles. Elle permet à Charlemagne de récompenser ses fidèles (nous l’avons vu plus haut) mais aussi de faire preuve de générosité envers ses alliés : le roi Offa de Mercie (un royaume britannique) reçoit une épée, un baudrier et un tissu de soie issu du trésor. Le Pape Léon III, pour sa part, voit arriver à Rome une partie du butin de la campagne.

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/f8/Tezaurul_Sannicolau_Mare_3.jpg/220px-Tezaurul_Sannicolau_Mare_3.jpg

    Voici un échantillon de ce que fut le trésor du ring, Charlemagne put couvrir d’or ses vassaux et ses alliés, contribuant à répandre sa réputation de souverain généreux.



    IV. La fin du conflit :

    En 799, des troubles éclatèrent : les Avars refusaient de reconnaitre la victoire franque malgré la soumission du Tudun. Gerold, le préfet de Bavière est assassiné de même qu’Éric de Frioul quoiqu’on soupçonne Byzance d’être derrière ce dernier crime.

    Charlemagne décide alors de lancer des expéditions depuis la Bavière pour en finir définitivement avec ce peuple où s’illustreront les scarae, ces cavaliers d’élite de l’entourage de l’Empereur. « …Combien de sang fut versé, on le réalise aujourd’hui par le fait que la Pannonie est maintenant si déserte qu’il ne reste aucun signe de présence humaine. Toute la noblesse des Huns a péri dans cette guerre et toute leur gloire s’en est allé. » Explique Éginhard, si le biographe avait connu le mot génocide, peut-être l’aurait-il utilisé.

    http://img267.imageshack.us/img267/4492/39528757.jpg

    Représentation selon un mod de MedievalII Total War de ce que serait les scarae, jeunes nobles de l’entourage de Charlemagne.


    En 805, les dernières révoltes sont brisées et les Avars disparaitront des chroniques dès le premier quart du IX° siècle.

    Sources :

    Charlemagne de G. Minois
    Vie de Charlemagne d’Éginhard
    Wikipédia
    http://www.histoire-fr.com/carolingiens_charlemagne_1.htm

  • Participant
    Posts2823
    Member since: 12 avril 2012

    Très intéressant! Leurs expéditions dans l’empire byzantin se bornaient-elles seulement en des pillages ou bien y avait-il un réel projet politique visant à conquérir ces provinces? Par quels combats les Avares ont-ils pu s’affirmer, au détriment des Romains d’Orient, dans les Balkans?

  • Modérateur
    Posts1264
    Member since: 26 avril 2013

    Les Avars de cette époque n’avaient aucune volonté expansionniste qui soit susceptible de menacer l’intégrité territoriale de nos amis grecs. Leur ère de gloire durant laquelle ils avaient assiégés la Reine des Villes avec le concours de Perses était depuis longtemps révolue, on peut même dire que la puissance Avar était sur son déclin, leur seule ambition n’était plus que le pillage qu’ils avaient pratiqués durant des siècles et qu’ils pratiquaient encore sous Charlemagne ce qui leur permit d’alimenter un formidable trésor (le fameux or du ring) :woohoo: dont Guiguit nous parlera certainement.

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    on peut même dire que la puissance Avar était sur son déclin, leur seule ambition n’était plus que le pillage qu’ils avaient pratiqués durant des siècles

    Tout à fait, les Avars ne sont plus les guerriers conquérants du Fléau de Dieu. A l’époque carolingienne, ils sont quasi sédentarisé, divisés et mélangés à d’autres peuples. Quoique encore redoutable cavaliers, ils ne sont clairement pas en mesure de résister à une solide armée franque, ce que Charlemagne ignore. Ils me semblerait que tous les peuples qui passent par le Danube ont une réputation de férocité, l’aura dont jouiront les Hongrois à leur arrivée le confirme.

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Dossier terminé ! N’hésiter pas à poser des questions !

  • Participant
    Posts79
    Member since: 21 février 2015

    Très bon dossier, vraiment intéressant, est ce que les huns ont formés c’autres peuples que les avares en europe ? les avares ont il complètement disparu, ou sinon, avec quel peuples se sont il mélangé ?

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    les avares ont il complètement disparu, ou sinon, avec quel peuples se sont il mélangé ?

    De fait, les Avars se désagrègeront sous les coups des dernières campagnes carolingiennes des Francs puis des Bulgares et des Slaves. Une très petite partie des Avars semble s’être réfugié dans les montagnes de Transylvanie et a rapidement abandonné les us et coutumes de ce peuple de cavaliers. Si pas, il existe encore des Avars dans le Caucase mais qui ont de rapport avec leurs “cousins” de Hongrie, battus par les Carolingiens.

  • Participant
    Posts6
    Member since: 31 juillet 2014

    A-t-on plus de précisions sur les scarae ? Pourquoi étaient-ils si redoutables au combat en particulier ?

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    A-t-on plus de précisions sur les scarae ?

    Comme je l’ai dit avant, ce sont des cavaliers légers. Les membres de cette unité de prestige étaient en grande partie des jeunes nobles fréquentant la cour carolingienne, donc proche de l’Empereur.

    Pourquoi étaient-ils si redoutables au combat en particulier ?

    Etant donné leur mobilité au combat et leur proximité avec le pouvoir de décision (Charlemagne et ses fils), les scarae peuvent être rapidement envoyés sur le front. De là vient leur importance car il faut plusieurs longs mois pour rassembler une armée carolingienne et une excellente organisation logistique derrière.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    Excellent dossier, guiguit. J’ai beaucoup apprécié.

    A propos de ce que tu dis ici :

    L’armée principale commandée par Charlemagne (…) doit sonner la retraite à la mi-octobre en raison d’une épidémie de peste « qui se répandit dans les chevaux de l’armée que le roi avait conduite, et il n’en survécut qu’un dixième sur plusieurs milliers ».

    … il devait s’agir de la morve. C’était un mal qui présentait plusieurs formes, toutes mortelles, et qui exerçait ses ravages dans les cavaleries depuis l’époque romaine. Végèce, qui en fut témoin, y a consacré un traité entier de médecine vétérinaire.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Modérateur
    Posts8432
    Member since: 14 mai 2013

    Excellent dossier sur un point que je ne connaissais que peu. Les Avars sont réputés avoir inventé l’étrier et l’avoir transmis aux Chinois puis aux Européens au cours de leurs migrations combatives, tu le dis.
    Le système du ring que tu décris est assez impressionnant, les colonnes de transport des Avars devaient être immenses. Furent-elles attaquées par Charlemagne, ou le ring ne se déplaçait que sur de grandes échelles de temps (supérieure à une campagne, à une vie)?

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Modérateur
    Posts1264
    Member since: 26 avril 2013

    Excellent dossier sur un point que je ne connaissais que peu. Les Avars sont réputés avoir inventé l’étrier et l’avoir transmis aux Chinois puis aux Européens au cours de leurs migrations combatives, tu le dis.
    Le système du ring que tu décris est assez impressionnant, les colonnes de transport des Avars devaient être immenses. Furent-elles attaquées par Charlemagne, ou le ring ne se déplaçait que sur de grandes échelles de temps (supérieure à une campagne, à une vie)?

    A cette époque, les Avars sont plus ou moins en cour de sédentérisation, le ring ne devait donc pas être très mobile, surtout que les Avars étant de grands thésauriseurs, il devait pas allez bien vite non plus :lol:.

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Le système du ring que tu décris est assez impressionnant, les colonnes de transport des Avars devaient être immenses. Furent-elles attaquées par Charlemagne, ou le ring ne se déplaçait que sur de grandes échelles de temps (supérieure à une campagne, à une vie)?

    Comme l’a déjà dit @Xénophon, les Avars sont alors en cours de sédentarisation avancé. Je n’ai jamais lu que les Francs s’en soient pris à un ring en plein mouvement. Dans l’hypothèse d’un tel affrontement, je pense que l’avantage aurait été à l’armée carolingienne. Les Avars aurait dû se battre avec une colonne de “civils” ( femmes, enfants et vieillards) à protéger dans leur dos, laissant ainsi aux Francs une liberté de manœuvre totale. Qui plus est, ces cavaliers que sont les Avars auraient certainement étaient contraints de se retrancher dans le ring où les soldats de Charlemagne auraient pu se contenter de les assiéger, et donc de combattre à pied.

  • Modérateur
    Posts8432
    Member since: 14 mai 2013

    Donc le ring était devenu une cité immobile? Les Avar y ont probablement perdu en capacité de résilience, comme dirait Jacques Attali

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

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