Post has published by Von_Clausewitz

Ce sujet a 29 réponses, 10 participants et a été mis à jour par  Maxsilv, il y a 3 ans et 3 mois.

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    Les Armées du Croissant (VIIe – IXe siècle)

    http://www.historyanswers.co.uk/wp-content/uploads/2015/03/Khalid_ibn_al-Waleed_Battle_Warrior_Islam_Sword_of_Allah.png

    Avant-propos :
    Je vais, au fil de ce dossier, tenter de présenter les armées qui accomplirent la conquête musulmane des premiers temps de l’Islam; le dossier ne sera pas exhaustif, car ne disposant que de très peu de documentation à son sujet, mais je pense parvenir à dresser un tableau de survol de ces troupes, sans tomber dans la description minutieuse, ce que j’aimerais bien cependant… Ce choix est en partie dû au récent débat du Forum au sujet de la bataille de Poitiers (732), lequel m’a donné envie de m’intéresser aux troupes musulmanes. Qui plus est, le dossier de Guerres & Histoire N°16 porte sur l’empire arabe, mais, sachant que bon nombre de membres lisent régulièrement les publications de ce magazine, je ne m’en suis pas servi afin de ne pas faire de “doublon”. Voilà donc, je vous souhaite une bonne lecture et n’hésitez surtout pas à participer à ce sujet en apportant vos connaissances, vos questions, vos remarques et vos critiques !

    **********************

    Les pratiques guerrières préislamiques :

    La société nomade préislamique a pour unité de vie élémentaire le clan, constitué par le groupe de tentes d’après la loi de la consanguinité. La guerre y naissait souvent de la vengeance de groupe, et notamment sous la forme de “concurrence vitale” (comme par exemple durant les disettes). La forme que revêtait la pratique guerrière était la bien connue razzia (de l’arabe gazw), attaque inopinée suivie d’un massacre et d’un pillage, ne mettant en lice que de faibles effectifs. Les guerres les plus célèbres de l’Arabie préislamique – celles de Basus entre la fin du Ve et le début du VIe, et de Dahis à la fin du VIe – ne furent donc qu’une série de courtes campagnes de faible envergure, exemptes de toute bataille rangée générale.

    http://i.imgur.com/R3i8A6y.jpg
    http://festivalofarts.com/civilization/upload/2013/11/10/20131110185340-c04e5cec.jpg

    Avant l’introduction de l’Islam, des contingents bédouins combattirent dans les rangs des Ghassanides ou des Lakhmides dans le cadre des nombreuses guerres entre Byzantins et Perses, ou servirent dans les armées de l’Empire Romain d’Orient.

    Il est difficile de parler véritablement d “art de la guerre” arabe à cette période : il n’existe pas d’armée structurée, pas d’organisation, pas de logistique, pas de discipline. Lors des guerres tribales, si certaines coalitions s’instauraient, il ne faut pas imaginer cependant des opérations planifiées ou des coopérations “interalliés” : les tribus ne se mélangeaient pas, et on ne trouvait aucune forme de cohésion ou de commandement centralisé : chacun luttait à sa façon.

    Le combat prenait rapidement des allures de mêlée confuse, où se multipliaient les affrontements singuliers. Or l’on pouvait tout de même distinguer une pratique tactique spécifique : le karr wa l-farr, une brusque attaque immédiatement suivie d’une simulation de fuite où l’on harcelait l’adversaire. Les batailles préislamiques impliquant les tribus du nord de la péninsule étaient menées en grande partie par des archers à pied, avec une petite élite de cavaliers lanciers. De même, l’ordre de bataille traditionnel des chefs du sud de l’Arabie consistait principalement en unités de soldats à pied supportés par une mince force de cavalerie.

    L’armement des Bédouins préislamiques relève du plus basique; l’arme individuelle de prédilection des plus fortunés est le sabre, qui peut être “yéménite” ou “indien” : ils sont droits à simple ou double tranchant. Les armes les plus répandues sont elles les lances et les arcs. En ce qui concerne le cavalier, il portait en premier lieu sa lance (rumh), qu’il manipulait à l’aide de ses deux mains, excluant dès lors tout emport de bouclier. A noter aussi que l’emploi de l’arc par les forces montées est très rare. D’ailleurs le cheval lui-même est peu utilisé, en raison notamment de sa très forte valeur en argent, mais aussi du fait que l’animal de prédilection des Arabes était… le chameau. Dans l’infanterie, les armes sont le javelot (mizraq), l’arc, et la lance courte (harba). Parmi les armes défensives, relevons les cuirasses de cuir ou bien de très rudimentaires cottes de mailles, bien que très précieuses.

    Mais ne soyons pas techno-centré : il ne sera jamais assez répété que le matériel ne fait pas tout; car si les armes et tactiques des Arabes préislamiques étaient peu évoluées, leur caractère et leur moral n’avaient de leur côté rien à envier aux guerriers des autres civilisations d’alors : la vie âpre et rustique du désert les endurcissait physiquement, mais aussi moralement; ces nomades étaient résistants à la fatigue, et accoutumés aux privations temporaires. Cette vie leur avait conféré également une grande souplesse dans le déplacement, une mobilité certaine, qui leur permettait de franchir de longues distances, faire irruption chez l’ennemi, et s’enfuir par des routes impraticables pour le néophyte. En se basant sur l’une des oppositions fondamentales de l’Historie de l’humanité, l’on peut dire que, pris individuellement, l’Arabe, nomade, était supérieur au sédentaire.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/3c/John_Frederick_Lewis_-_A_Bedouin_Encampment%3B_or,_Bedouin_Arabs_-_Google_Art_Project.jpg

    Comment ne pas partager ces quelques lignes d’Ibn Khaldoun, Ô combien significatives pour notre propos :

    « Les sédentaires se sont habitués à la paresse et à la facilité. Ils sont noyés dans le bien-être et le luxe. Ils ont confié la défense de leurs propriétés et de leur vie au gouverneur et au souverain qui les dirige, et à la milice qui a pour tâche de les protéger. Ils trouvent toute assurance de sécurité dans les murs qui les entourent et les fortifications qui les protègent. […] Ils sont insouciants, confiants et ont cessé de porter les armes. Des générations successives ont grandi dans ce mode de vie. Les sédentaires ont fini par être comme des enfants et des femmes, qui sont sous la dépendance du maître de la maison. […] Les Bédouins, en revanche, vivent en dehors de la communauté. Ils sont seuls dans le pays et éloignés des milices. Ils n’ont ni murs ni portes. Pour cela, ils assurent leur propre défense, ne la délèguent à personne, et ne se reposent pas sur autrui pour elle. Ils portent toujours les armes. Ils regardent attentivement tous les côtés de la route. Ils font de petits sommes, et uniquement lorsqu’ils sont en groupe, ou encore lorsqu’ils sont en selle. […] Ils vont seuls dans le désert, guidés par leur force d’âme, ne mettant leur confiance qu’en eux-mêmes. La force d’âme est devenue un trait de leur caractère, et le courage leur nature».

    En guise de conclusion à cette partie, retenons que si les Arabes musulmans ne devront que peu de choses aux Arabes préislamiques en termes d’armement et de tactique, ils ont toutefois conservé de ces derniers une témérité, une rugosité au combat, ainsi qu’un esprit guerrier exacerbé.

    Les bouleversements liés à l’apparition de l’Islam :

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    Bien que cela ne concerne que de plus loin notre propos, l’apparition de l’Islam dans une Arabie alors clanique et nomadique fut une véritable révolution dans les domaines sociaux, politiques et religieux. Or ceux-ci n’épargnent pas la “pensée militaire” et la manière de faire la guerre. En effet, un point fondamental réside dans le fait que Mahomet, par l’enseignement de la foi et des règles juridiques issues du Coran, sut canaliser la fougue de ces tribus dans le but de les diriger vers des fins plus nobles que la vengeance ou la quête de butin : les razzias allaient devenir un moyen de soutenir et de consolider la politique ! De la “vendetta” arabe fut dégagé le djihâd, lavé de tout caractère familial, devenant ainsi un véritable instrument du nouvel État : si la fermeté et l’endurance était des qualités autrefois si premières dans la poésie, elles étaient désormais mise au service de la lutte pour faire triompher la parole d’Allah. C’est ainsi que les premières razzias qu’ordonna Mahomet répondaient aux besoins les plus pressants de la toute jeune communauté. Au gré des succès remportés, ces expéditions devinrent plus ambitieuses, et plus lucratives, tendant notamment à améliorer et à compléter l’armement, grâce notamment aux partages de butin organisés par la nouvelle Loi.

    La conception musulmane de la guerre était particulièrement novatrice; en effet, la guerre, considérée comme un mal en soi – car source de destructions – ne pouvait être prescrite que dans le but de parvenir à sa fin ultime : l’exaltation de la vraie foi. Elle était donc un mal nécessaire, qui, transformé par cette noble fin, devenait l’une des actions les plus méritoires qu’un musulman puisse accomplir. L’Islam sut donc insuffler un esprit nouveau chez le combattant bédouin, basé sur une foi ardente atténuant la peur de la mort au cours de la bataille, et aussi sur une discipline militaire rigoureuse.

    Là encore, il serait impensable de ne pas joindre ici quelques lignes supplémentaires d’Ibn Khaldoun, qui explique très bien que cette foi nouvelle va être directement à l’origine de mutations tactiques, mutations encore renforcées par un certain mimétisme de techniques ennemies efficaces auxquelles les guerriers musulmans furent confrontés :

    «L’avance en formation serrée (al-zahf) a été la technique de tous les peuples non arabes pendant toute leur existence. La technique d’attaque et de repli (al-karr wa l-farr) a été celle des Arabes et des Berbères du Maghreb. Le combat en formation serrée est plus soutenu et violent que celui qui emploie la technique d’attaque et de repli. Cela est dû au fait que, dans le combat en formation serrée, les lignes sont arrangées en ordre régulier, comme des flèches ou des rangées de fidèles en prière. Les gens avancent en lignes serrées sur l’ennemi. Cela contribue à une plus grande fixité dans l’assaut et à un meilleur usage des tactiques appropriées. Cela est plus effrayant pour l’ennemi. Une formation serrée est comme un long mur ou un château bien construit que personne n’oserait espérer faire bouger. […] Au début de l’islam, toutes les batailles se déroulaient en formation serrée, bien que les Arabes ne connussent que la technique d’attaque et de repli. Deux éléments les poussèrent, au début de l’islam, à combattre en formation serrée. Premièrement, leurs ennemis (les Byzantins et les Perses) employaient la formation serrée, et ils étaient ainsi obligés de les combattre de la même façon. Deuxièmement, ils étaient prêts à mourir pendant la guerre sainte (fī ğihādihim), parce qu’ils voulaient prouver leur résistance et étaient très fermes dans leur foi. Or, la formation serrée est la technique qui convient le mieux à celui qui est prêt à mourir».

    Ainsi, lors de la bataille de Badr en 624 (an 2 de l’Hégire), premier véritable affrontement mettant aux prises les musulmans et les polythéistes Quraychites de La Mecque, Mahomet parvint à maintenir une cohésion de marbre dans ses rangs; ce furent à peine 300 hommes et 70 chameaux qui se heurtèrent à un millier d’ennemis. La tactique habituelle de ces derniers était bien connue de Mahomet : un dispositif ouvert associé à des charges individuelles. Dès lors, seuls l’ordre et la cohésion devaient permettre de compenser ce cruel déficit en effectifs. Les hommes furent disposés en lignes parallèles et reçurent l’ordre de former des rangs compacts pouvant résister aux vagues d’assauts adverses; avant le moment du corps à corps, des salves de flèches obscurcissaient le ciel. Victorieux, les musulmans causèrent la mort de soixante Quraychites, leur firent une cinquantaine de prisonniers, et s’emparèrent de leur caravane. Surtout, ils avaient expérimenté un dispositif et une discipline tactique qui leur étaient jusque là inconnus, contrairement aux armées professionnelles perses ou byzantines. Notons toutefois que des groupements d’archers étaient toujours employés, soit pour protéger les flancs de l’infanterie face à la cavalerie adverse, soit pour des missions d’escarmouche.

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    Plan de la bataille de Badr

    Bilan des évolutions de l’armée musulmane sous Mahomet : Bien que les prémices tactiques des forces musulmanes soient encore rudimentaires, Mahomet a su poser les bases d’une armée qui ne vas pas perdre de temps pour conquérir d’immenses territoires; il a su introduire une discipline exigeante à ses hommes, ce qui, il faut le souligner, était une véritable prouesse étant donné le caractère incontrôlable des tribus arabes. Surtout, il donna un cadre politique, économique, juridique et spirituel à la guerre, cadre qui allait permettre l’extraordinaire épopée d’une armée musulmane dynamique et, bien souvent, irrésistible.

    Après le Prophète, le temps des conquêtes :

    C’est après la mort de Mahomet (632) que débutent véritablement les conquêtes. Celles-ci ne seront d’ailleurs pas appelées “guerres” (hurub) mais “ouvertures et victoires de l’Islam” (futuhat), et le djihad (gihad) est l’instrument de cette victoire (fath) voulue par Dieu.

    Mais quelle fût donc la clé des succès que l’on sait ? Que ce soit en direction du Nord – le débouché naturel de la péninsule Arabique – vers la Syrie ou la Palestine des Byzantins, en direction de l’Est face aux Sassanides, ou vers l’Égypte contre les débris de l’occupation des “Romains”, les opérations se sont, semblent-ils, déroulées à une vitesse éclair. Une raison militaire fondamentale réside dans le fait que, dans le désert, la supériorité du chameau est écrasante sur celle du cheval (notamment en termes de mobilité et d’endurance); d’où une comparaison qui est souvent faite : contrairement aux unités équestres perses ou byzantines, les musulmans pouvaient se mouvoir telle une “puissance maritime” débarquant de leurs navires (les chameaux) depuis la mer (le désert). Si au départ, de la même manière que les aventuriers Vikings, les arabo-musulmans craignaient de s’éloigner de leurs embarcations, ils pouvaient toujours, en combattant aux limites du désert, se retirer dans leur élément favori. C’est ainsi que les forces sassanides furent toujours conduites à la bataille sur la rive de l’Euphrate jouxtant le désert – à l’exception de la “bataille des ponts” (635). Tandis que les armées byzantines, après une résistance prolongée, furent défaites sur le Yarmuk en 636. La bataille d’Al-Qadisiyya l’année suivante livra aux musulmans la Mésopotamie.

    Quinze années après l’Hégire (et cinq années seulement après le début de l’expansion !), les armées arabes étaient rodées. D’autant que la prise de possession de la Syrie et de la Perse leur offrit tributs de guerre, ateliers de fabrications d’armement, haras, cavaliers prestigieux, chantiers navals, marins, charpentiers, ainsi qu’anciens militaires des Empires vaincus, apportant ce qu’ils pouvaient posséder d’une expérience martiale pluriséculaire.

    Puis rapidement ces premières futuhat furent consolidées et prolongées : dès 638, les villes irakiennes de Basra et Kufa sont prises et vont servir de bases stratégiques pour la pénétration du plateau et des chaînes de montagnes voisines par deux voies parallèles : la conquête de la Haute Mésopotamie (suite à la remontée de l’Euphrate et du Tigre) avec la prise de Ninive en 641 et les territoires arméniens (645), puis la conquête de l’Iran qui fait suite à la désintégration du pouvoir et de l’armée sassanides. Ensuite, entre 640 et 642, c’est à l’Egypte de tomber sous le joug des nouveaux envahisseurs, avant de poursuivre vers la Libye. Cette première phase de conquêtes va connaitre une période de stabilisation.

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    Aparté : la bataille de Yarmuk : l’infanterie défend !

    Ce petit aparté non pour relater l’événementiel de la bataille, mais pour éclairer les causes du succès arabo-musulman. La victoire est le produit de la résistance de l’infanterie arabe face à la cavalerie byzantine, qui fut encerclée et chassée du champ de bataille. Les fantassins musulmans parvinrent à tenir leurs positions fermement grâce à l’emploi d’une tactique aussi innovante qu’ingénieuse. Ils adoptèrent une position défensive à partir de périmètres formés de chameaux entravés !

    Aparté : la bataille d’Al-Qadisiyya : “les flèches nous tombent sur la tête !

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    Là encore, pas question de détailler chaque mouvement et chaque jour de la bataille, mais de bien cerner les facteurs ayant contribué à la victoire des Arabes sur les Sassanides. Deux éléments retiendront particulièrement notre attention. Tout d’abord une utilisation optimale du terrain par les chefs arabes; leurs positions étaient protégées d’obstacles : au devant la rive ouest de l’Euphrate, sur le flanc gauche le lac de Najaf et le canal le reliant au fleuve, sur le flanc droit une zone marécageuse, et à l’arrière un fossé qui avait été creusé sous le règne de Shapur Ier (240-272), aux limites du désert. Ainsi disposée, la position arabe n’offrait qu’un espace très limité aux Sassanides pour se déployer, guère supérieur à deux kilomètres carrés ! La manoeuvre n’allait pas avoir sa place dans l’engagement… Mais c’était sans compter sur les capacités de franchissement fluvial des Sassanides, technique qu’ils maitrisaient depuis longtemps. Ils réussirent donc à franchir l’Euphrate, et envoyèrent leurs éléphants de combat, mettant hors jeu les forces montées légères arabes, mais ne parvinrent pas à percer les lignes d’infanterie. Pourquoi donc de modestes guerriers bédouins ne furent pas piétinés par ces pachydermes perses ? C’est là le deuxième élément qui apparait comme décisif dans l’issue de l’engagement : les tirailleurs arabes firent abattre sur ces bêtes de combat un véritable barrage de flèches et de javelots. L’on va retrouver cet élément de tir à distance pour une autre phase du combat : les forces pédestres et équestres sassanides ne parvinrent pas non plus à briser les rangs des fantassins musulmans ? Or ils disposaient pourtant d’une nette supériorité numérique (plus du triple) et technique (bien plus lourdement équipés) ! Mais là encore c’était sans compter sur la supériorité de l’archerie arabe. En effet, les “traits d’Allah” firent des ravages dans les denses formations perses, forcées de se regrouper massivement en raison du terrain. Mais il y a plus important : l’approche du tir à l’arc était totalement différente : l’archerie sassanide privilégiait le tir dit de “saturation”, visant à décocher le plus rapidement possible ses traits, sans recherche d’une coordination de salves : technique relativement inefficace à longue portée. De leur côté les archers arabes privilégiaient le tir de “précision”, associé à la force de pénétration; en effet, plutôt que de lâcher le plus rapidement leurs projectiles, et donc de tendre plus faiblement la corde, ils expédiaient des salves coordonnées de flèches à la vitesse de propulsion bien plus élevée, faisant des ravages dans des rangs bien compacts.

    Bilan des apartés : les généraux Byzantins ou Perses s’attendaient à ce que l’infanterie arabe prennent la poudre d’escampette face à leurs unités de cavalerie lourde, d’éléphants ou autres troupes de choc. Mais l’attendu, cependant, ne se produisit point. Les lignes arabes ne chancelèrent pas aisément, car elles étaient rompues au combat à pied et en rang des précédentes campagnes. Les fantassins musulmans, malgré leur expérience, manquait toutefois de l’armement, notamment défensif, qui leur aurait permis de rivaliser avec les troupes d’élite adverses. Cependant ! l’utilisation des chameaux à Yarmuk pour l’organisation de périmètres défensifs, et la supériorité relative de l’archerie arabe à Al-Qadisiyya, firent plus que compenser ce défaut en armure.

    Le recours à des stratégies défensives au cours de ces deux affrontements fut un recours contraint par ce manque de troupes de choc et par le manque plus général d’effectifs. Mais ces victoires furent d’autant plus étonnantes qu’elles eurent lieu dans des régions où la cavalerie avait été l’arme dominante sur les champs de bataille depuis plusieurs siècles déjà. Mais ces victoires ne rompirent pas cette tendance toutefois. Le commandement militaire arabo-musulman eut bien conscience que ces succès ne se répéteraient peut-être pas, et qu’une adaptation était nécessaire. Car aussi longtemps que les armées arabes firent défaut en cavalerie lourde, elles durent abandonner l’initiative tactique à l’adversaire en possédant. Dès lors, après leurs premiers succès, les Arabes commencèrent à forger des unités de cavalerie grâce à l’armement et aux montures capturés; dans tous les théâtres de guerre, la composante en cavalerie des armées arabes devint de plus en plus importante. Et le régime à Médine fit des efforts importants pour fournir des chevaux et leur réserver des terres de pâtures.

    Organisation militaire et poursuite des conquêtes :

    Le régime musulman mobilisa les ressources de ces premières conquêtes pour rattraper le manque d’effectifs général. Car depuis que les réserves en hommes du Hedjaz et de l’Arabie méridionale avaient été quelque peu épuisées pour garnir les rangs des premières conquêtes, le commandement fut bien obligé de puiser à d’autres sources pour augmenter la puissance de ses forces de campagne. La politique adoptée était loin d’être discriminatoire : les guerriers des anciennes tribus rebelles servirent avec le gros de l’armée en Irak; les tribus chrétiennes du désert de Syrie combattirent aux côtés des musulmans à Yarmuk. Sur le front oriental, de nombreux soldats iraniens abandonnèrent la cause sassanide, et furent bien reçus dans l’armée musulmane, sans porter attention à une quelconque conversion. Il en alla de même pour les déserteurs des forces byzantines, également les bienvenus dans les rangs arabes; certains participèrent même à la conquête de l’Égypte.

    Le rapport de forces commença dès lors à basculer en faveur des forces musulmanes; l’on peut voir des signes de cela dans l’adoption de tactiques défensives de la part des Perses, tant à Jalula (637) qu’à Nihawand (642). A Héliopolis (640), Amr Ibn Al-As, profitant de l’obscurité, envoya deux colonnes occuper des positions sur les flancs byzantins, lesquels se retrouvèrent au moment de la bataille cernés de trois côtés.

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    Représentation de soldats Sassanides

    A l’époque de Mu ‘awiyah, le gouverneur de Syrie qui fonda le califat omeyyade en 661, les armées musulmanes étaient des forces professionnelles composées surtout de troupes arabes, dont bon nombre étaient en garnison et installées en territoire conquis. Les troupes d’élite étaient les “Ahl al-Sham“, ou “gens de Syrie“, qui incluaient les descendants des membres des tribus arabes qui avaient combattus les byzantins en Syrie. En plus de cette force urbaine, car en garnison en Syrie, il y avait les tribus du désert syrien et proches de la frontière byzantine, ces troupes étaient souvent aidées par des hommes de tribus chrétiennes du Nord de la Syrie, appelés : “ceux qui devinrent arabes“.

    Au milieu du VIIIème, les troupes non arabes devinrent des éléments importants dans les armées orientales surtout; ces “étrangers” s’engagèrent parfois comme volontaires, ou étaient “levés” parmi les peuples iraniens et turques, alors conquis. D’autres hommes étaient recrutés ou capturés dans les montagnes d’Afghanistan et en Transoxiane, la plupart formant les gardes rapprochées des commandants qui les soumirent. Parmi les rangs des armées arabes, on retrouve par exemple des mercenaires arméniens, des auxiliaires chrétiens (de Syrie, des Coptes d’Egypte…), ou, de meilleure qualité : les nombreux hommes de tribus berbères.

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    Les troupes auxiliaires (ici berbères), l’apport au noyau arabe primitif.

    L’organisation de ces armées variées était très sophistiquée : les “Jund“, ou districts militaires (ainsi celui de Damas, de Homs..), sont basés sur les différentes cités provinciales fortifiées, et chaque soldat d’un Jund était recensé par le gouvernement militaire, le “Diwan al-Jaysh” et recevait une solde régulière. Il y avait une nette séparation entre les forces statiques chargées de la sécurité intérieure et les armées destinées aux champs de bataille sur les frontières.

    A l’origine, les commandants des districts militaires devaient lever des troupes membres de la tribu de leur propre origine. Cependant, cela du changer car les besoins en hommes grandirent et les tribus “originales” étaient trop petites pour fournir un nombre suffisant de soldats pour une armée de conquête. Les plus petites tribus furent donc assemblées en plus larges divisions tribales et de nombreuses tribus “artificielles” furent créées.

    Les troupes des régiments étaient commandées par un Qa’id (le Caïd en français !), tandis que les postes de commandement supérieurs étaient confiés aux membres de la famille régnante (Omeyyade ). Le plus souvent, il y avait une double autorité : un homme dirigeait les troupes en campagne et l’autre commandait celles en réserve, ou bien chacun une colonne si toute l’armée est engagée.

    Mais dès les premiers temps de l’époque omeyyade, de nouvelles acquisitions territoriales spectaculaires sont réalisées : c’est le tour de l’Asie centrale, avec la prise de Boukhara (710) et de Samarcande (712). Les frontières du Ferghana (actuel Ouzbékistan) sont alors franchies, et les musulmans entrent en contact avec des peuples non perses : Turcs et même Chinois. D’autres contingents ayant emprunté une route plus méridionale atteignent les plaines de l’Indus, et, vers 711, Multan devient la capitale de la très prospère province musulmane du Sind (en actuel Pakistan); l’Afghanistan est ensuite conquis à son tour. Côté occidental de la conquête, les musulmans progressent méthodiquement dans ce qu’ils nommeront l’Ifriqiyya (Afrique), avec la création de la grande ville-camp de Kairouan, qui va permettre, de 670 à 700, l’annexion de la plus grande partie du Maghreb. La célèbre résistance berbère, qui coûta un temps et des moyens considérables aux arabes, prit fin à la suite de la défaite et de la mort de la Kahina, reine guerrière de la rébellion, en 702. Dès 711 étaient franchies les fameuses “colonnes d’Hercule” (le détroit de Gibraltar), essentiellement le fait de troupes berbères aux ordres de Tarik Ibn Ziyad puis de Musa Ibn Nusayr. Là encore, la rapidité fut le maître mot dans la prise de possession de la péninsule ibérique : en à peine quatre petites années, les principales villes tombèrent aux mains des envahisseurs, les patriciens wisigoths se réfugiant dans les hauteurs de la cordillère Cantabrique (Nord-ouest de l’Espagne).

    Les réformes militaires omeyyades :

    Comme dit précédemment, dès les premières conquêtes, les musulmans surent tirer parti de la longue expérience militaire des peuples et Empires vaincus ou de ceux se trouvant aux limites de leur Empire nouvellement établi. Les principales influences sont les suivantes : indiennes pour les épées islamiques, celles de l’Asie centrale pour les armures à lamelle ou à plaques, celles de Byzance pour l’archerie, ou encore celles de l’Iran sassanide pour les carquois. On peut sans aucun doute parler d’un art musulman de la guerre hybride.

    C’est avec la dynastie des Omeyades de Damas (661-750) que de grands progrès furent accomplis dans la sphère de l’art militaire. La dynastie sut notamment conférer un caractère permanent et professionnel à ses armées arabes. Le dernier des califes omeyyades, Marwan II (744-750), opéra une réforme tactique importante, s’inspirant des modèles perses et byzantins. Il délaissa l’ancienne tactique qui reposait sur une charge massive et compacte de l’ensemble de l’armée disposée en rangs rectilignes, pour instaurer une organisation des troupes en escadrons compacts (kurdusa, pluriel = karadis) bien plus ordonnés et mobiles. Ces escadrons étaient à leur tour regroupés au sein de grandes divisions appelées hamis, au nombre de cinq (de l’arabe “hamsa“, cinq). Chaque kurdusa est constitué de 3 rangs : d’abord les archers, puis les fantassins équipés de boucliers, de sabres et de lances, et enfin la cavalerie lourde. Celle-ci va désormais jouer un rôle tout à fait central dans cette réforme tactique entreprise par Marwan : grâce aux ouvertures réalisées par l’infanterie, elle devait effectuer des charges rapides, ciblées et répétées, tandis que les fantassins fixaient le restant de l’armée adverse. Il s’agissait bel et bien d’une technique équestre basée sur le choc, ce qui est à l’époque assurément une inspiration byzantine (héritée des cavaleries légionnaires romaines !).

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    Une autre raison nous autorise à parler de tournant militaire pour la période Omeyyade : il s’agit de l’apparition, puis de la généralisation, de l’étrier. Bien qu’ayant déjà connaissance d’un étrier en cuir, celui-ci était mal considéré (vu comme un signe de faiblesse, de manque d’aptitude équestre), alors que l’étrier en acier que découvrent les Arabes au VIIe siècle dans la région du Khorasan (Nord-est de l’Iran) va être une innovation décisive, donnant aux cavaliers une stabilité jusque là jamais atteinte, améliorant de ce fait la tactique musulmane de manière significative.

    Les changements sous les Abbassides :

    A partir de l’année 750, des Omeyyades, on passe à la dynastie des Abbassides (jusqu’en 1258); la prépondérance politique des Arabes va alors décliner, au profit d’autres entités ethniques atteignant les échelons supérieurs du pouvoir à Bagdad. Les Abbassides conquirent le pouvoir avec l’appui de troupes originaires du Khorasan et de la Perse orientale, altérant l’ancien système du diwan al-Gays (bureau de l’armée) des guerriers arabes. La prédominance de l’élément persan se fit plus forte, notamment au lendemain de la victoire d’al Ma’mun (813-833, calife abbasside de mère persane ayant été gouverneur de Merv (actuel Turkménistan)) sur son frère Al-Amin en 813.

    Ce conflit fratricide fut à l’origine de modifications dans le domaine militaire; la victoire d’Al Ma’mun avait été en grande partie le fait d’Iraniens et de Turcs de Transoxiane (région entre les fleuves actuels du Syr Daria et de l’Amou Darya, en Asie centrale). Ces combattants étaient principalement des archers montés portant une armure de lamelles et un haubert, mais utilisant également des lances et des boucliers en cuir du Tibet. Leur intégration dans les forces armées abbassides accentua encore le rôle central de la cavalerie. Très vite, se substituèrent aux Arabes, puis aux Iraniens, les Turcs, leurs anciens esclaves; ils ne se contentèrent pas d’élargir leur rôle au monde militaire, mais également au domaine politique, accédant au trône en quelques siècles au sein de dynasties turques d’origine militaire : à Alger à l’Ouest jusqu’au Yémen au sud et au Bengale à l’est !

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    L’archerie montée, qui deviendra une composante centrale des armées musulmanes, est directement inspirée des guerriers Turcs d’Asie centrale.

    Il est donc indéniable que les Arabes perdirent leur hégémonie dans les armées du Croissant, mais leur rôle militaire n’était pas totalement disparu pour autant; les califes du IXe siècle continuèrent d’enrôler des Bédouins de Basse-Égypte, et on trouvait même des combattants arabes dans la nouvelle capitale abbasside, Samarra, établie en ce lieu afin d’éloigner les commandants des forces turques postées à Bagdad. C’est au Xe siècle que réapparaitront vraiment les guerriers arabes : en Syrie, en Egypte et en Afrique du Nord, car les déclins des califats abbasside (Bagdad) et fatimide (Le Caire) favorisèrent le développement de petites dynasties arabes : Hamdanides puis Mirdassides à Alep, Uqaylides de Mossoul, Mazyadides de Hilla (Koufa, en Irak)…

    L’armement :
    Au début de la conquête, la péninsule arabique ne possédait que de modestes ateliers, et les combattants, comme autrefois les Romains, avaient adopté les armes de l’ennemi. Avec l’extension de l’Empire, les types vont se diversifier de plus en plus et des centres celebres, comme Damas, Le Caire ou Tolède, fourniront de splendides modèles.

    http://eur.i1.yimg.com/eur.yimg.com/i/uk/tr/tg/lp/34/500x500_3454c4c024ecda4fa46165fc6302387a.jpg
    Les fameuses lames de Tolède, réputation tirée tout droit de la conquête musulmane du VIIIème siècle !

    L’arme noble par excellence est l’épée; d’abord droite, comme la spatha du Bas Empire romain, elle évolue ensuite vers le cimeterre et le yatagan, armes courbes caractéristiques des panoplies orientales, déjà connues des Daces et même des Francs (le scramasax a un dos courbe). Elle s’emploie d’estoc (on pique) et de taille (on tranche). Le sabre est “l’inséparable dans la solitude, l’ami dans l’isolement, le camarade de lit pendant le sommeil, le compagnon de route pendant la marche” selon un auteur arabe andalou (je ne me risquerais pas à dormir avec, avis personnel…). Afin de s’exercer à son maniement, les entraînements s’effectuent en taillant des mottes d’argile, ou en coupant des hautes tiges et des baguettes de bois.

    http://www.varesdant.com/Images/GN/Lexique/cimeterre.jpg
    Le cimeterre, vers quoi tend à devenir l’épée de départ arabe.
    http://www.trocadero.com/101antiques/items/923645/catphoto.jpg
    Le yatagan, (proche du scramasax franc), inspire le futur sabre arabe.

    Les lances sont également une arme répandue parmi les troupes musulmanes, bien qu’elles soient jugées moins nobles. Les lances sont garnies d’une grande variété de fers : minces pour les javelots, massifs pour percer les cottes de maille, larges pour attaquer les chevaux et soldats sans protection. Les lances en bambou notamment sont très recherchées pour leur légereté, leur souplesse, leur solidité. Elles arment les fantassins comme les cavaliers, et aussi les méharistes (hommes sur dromadaires). Il est dit que les Bachi-Bouzoucks de la guerre de Crimée (fin XIXème) utilisaient encore ces lances en bambous !

    http://iranpoliticsclub.net/photos/U13-Sassanian3/images/Sassanian%20Clibanarius%20Axe-man%20fights%20Arab%20Muslims%20in%20Mesopotamian%20desert%207%20AD.jpg
    Des lanciers arabes face à un cavalier sassanide (VIIème siècle).

    Il ne faudrait nullement oublier de mentionner l’arc. Citons, pour illustrer son importance dans les armées arabes, les propos du Prophète lui-même : “Si vous conservez un arc dans votre maison, Dieu la préservera de la pauvreté. Les hommes n’ont manié aucune arme sans reconnaitre que l’arc lui était supérieur…”. Il est fait de deux courbes en corne ou en nerfs collés, il est plus puissant que l’arc simple de bois. Les plumes de perdrix sont recherchées pour l’empennage des flèches.
    L’arbalète est utilisée dans l’infanterie et pendant les sièges car son tir, bien que plus puissant, et plus lent.
    Les armes défensives :
    Les boucliers nous sont représentés par des peintures persanes datant du XIIIème siècle, ils nous montrent surtout des boucliers ronds, comme ceux des chinois et des hindous. Ils sont en peau de rhinocéros ou en métal, parfois décorés désincrustations voire de peintures.

    http://nga.gov.au/crescentmoon/images/small/shield.jpg

    Les casques, comme les premiers heaumes, sont peu volumineux et de formes coniques/sphériques/ogivaux, ils sont ensuite munis d’une barre verticale protégeant le nez et le visage des coups de taille, et surmontés d’une pointe ou d’un porte-plumet. Les casques arabes n’évolueront jamais, contrairement à l’Occident, vers le heaume massif enveloppant la tête et le cou; on peut penser que c’est à cause du climat, mais aussi du grand usage que l’on fait des camails (capuchons ou couvre-nuque de mailles rattachés au casque).

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    Casque musulman avec présence du camail.

    Les cottes de maille arabes et orientales sont restés “à la mode” bien après que l’Occident les eut délaissées pour les armures de pièces forgées. Les cottes, très différentes (forme des mailles, éléments forgés ou tréfilés, façon de coudre…), sont très souvent renforcées de plastrons (protection de la poitrine) et de brassards en métal. Ces pièces de protection font l’objet d’un soin absolu : elles sont enfermées dans des housses d’étoffe ou de cuir, sont transportées à dos de mulet ou de chameau et ne sont portées qu’au moment du combat.

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    C’est une bonne idée Von_Clausewitz. Cela nous permettra de voir comment les Arabes réussirent à vaincre les deux grands empires de l’époque et à créer un Etat de l’Atlantique à la Transoxiane. Mais est-ce que tu as au moins 1’000 mots à écrire, vu que c’est le minimum pour un dossier ?

  • Participant
    Posts2724
    Member since: 12 avril 2012

    Je crois que ce n’est que le début et que d’autres parties arriveront.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    En effet, il y a fort à parier pour ce que ce ne soit que le prélude à un vaste dossier sans doute passionnant !

  • Participant
    Posts860
    Member since: 1 mai 2013

    En effet d’autres parties sont à venir, sur l’armement notamment (partie assez riche je pense) et ensuite je pense parler un peu de la marine, trop souvent oubliée !

  • Participant
    Posts860
    Member since: 1 mai 2013

    La flotte musulmane :
    Pendant des siècles , l’hégémonie en méditeranée reposa sur la puissance navale. A la fin du VIème siècle, l’Empire Byzantin dominait aussi bien la Méditerranée et la Mer Noire avec des bases navales à Carthage, Alexandrie, Acre et Constantinople. Cependant le nombre de vaisseaux byzantins resta faible, car l’Empire n’eut pas d’opposant sérieux avant la prise de l’Égypte et de la Syrie par les Sassanides (guerre Perso-Byzantine de 602-628). La menace fut cependant d’autant plus sérieuse lorsque les musulmans s’emparèrent de ces mêmes régions, en y ajoutant de plus l’Afrique du Nord et finalement la péninsule ibérique !

    http://telias.free.fr/gallery_01/parataksi2.JPG
    La puissance navale, instrument indispensable à tout empire méditerranéen.

    La première véritable opération navale arabe fut l’occupation de Chypre après avoir vaincu la flotte byzantine près d’Alexandrie en 652 (leur première victoire navale !). Puis, en 655, la flotte musulmane remporte une éclatante victoire sur les byzantins au sud-ouest de la Turquie, c’est la “Bataille des Mâts“. Elle est appelée ainsi car les arabes débarquèrent pour abattre d’inombrables arbres afin de construire mâts et coques pour leur toute nouvelle flotte.

    http://3.bp.blogspot.com/-YhpQ1qK6tq4/TlW6Zg_jyZI/AAAAAAAAA9k/6d4j-jO7sZU/s400/Battle_of_Masts.jpg
    La Bataille des Mâts (655)

    Le manque de bois pour la construction navale sera un boulet que traineront les arabes durant tout le Moyen-Âge, les poussant ainsi à innover en architecture navale afin de compenser ce manque. Pendant cette Bataille des Mâts, les byzantins amarèrent ou lièrent leurs navires en une formation serrée. C’est ce qui provoqua leur perte : les arabes possédaient la supériorité dans les tactiques d’abordage et de combat rapproché. C’est un tournant : les gréco-romains sont menacés dans leurs propres eaux, ce qui n’était pas arrivé depuis presque un millénaire !

    Encore une fois, les arabes héritèrent d’influences extérieures : les Sassanides avaient, comme on l’a vu, occupé les côtes de la Méditerranée orientale (Égypte et Syrie) et en s’emparant ensuite de ces mêmes territoires, les arabes bénéficièrent des acquis sassanides du domaine naval. Cependant, les arabes disposaient d’un héritage naval bien plus actif que ne le laisse penser leur attitude méfiante du début en Méditerranée, en effet, les Yéménites (littoral Sur de la péninsule arabique) de la période pré-islamique et probablement aussi les Omanis (littoral Sud-Est), pratiquaient largement des raids par voie maritime en territoire sassanide depuis le IVème siècle ! De plus, d’autres tribus du Golfe et des bords de la Mer Rouge possédaient aussi des traditions navales. Il ne faut donc pas s’étonner si, durant la première vague d’extension musulmane, ces mêmes Yéménites, Omanis et autres habitants des régions côtières fournirent les troupes de garnisons des bases navales stratégiques.

    En réponse à la concurence arabo-islamique sur mer, une flotte byzantine plus puissante va émerger à la fin du VIIème siècle, et la Bataille des Mâts est loin d’être la dernière opposition navale entre les deux ennemis. Or, la volonté byzantine de récupérer ses anciens territoires d’Égypte va convaincre Mu’Awiyah (vu plus haut dans le dossier) de la nécessité d’une flotte digne de ce nom en Méditerranée. Cette flotte va être construite en Égypte, où tous les charpentiers et marins qualifiés furent réquisitionnés. Bien que ces derniers comptent beaucoup de Chrétiens, la majorité sont comme on l’a vu des Yéménites d’origine. La nouvelle flotte se servit de Tyr et d’Acre comme bases avancées, tandis qu’on faisait appel aux charpentiers iraniens et irakiens du Golfe afin de rebâtir et superviser les chantiers navals de ces deux bases ainsi que celui de Beyrouth. D’autres bases et flottes furent établies en Tunisie (fraichement conquise) et plus tard en Libye, les ressources en bois, fer et goudron (indispensables à la construction navale) s’y trouvant en quantité supérieure aux autres régions.

    http://svahtraders.com/wp-content/uploads/2012/04/photo-timber.jpg
    Ce qui manqua cruellement aux flottes arabes : le bois de construction !

    Si il y a une différence entre les navires byzantins et ceux des premières flottes arabes, c’est la hauteur croissante des gaillards de ces dernières (les gaillards, avant et arrière, sont les parties surélevés d’un navire). Pourquoi cela : les arabes installèrent des engins pour lancer des pierres et utilisèrent ces gaillards afin de donner un avantage lors de l’abordage du vaisseau ennemi (ce qui explique la supériorité tactique des arabes en combat naval rapproché).
    Le principal vaisseau de combat était une galère nommée “shini”, qui, comme les galères byzantines d’alors, possédaient entre 140 et 180 rameurs. ( les rameurs des galères au Moyen-âge ne sont pas des esclaves mais des volontaires soldés !). Au milieu du VIIIème siècle, ces navires se défendirent face à la terrifiante arme incendiaire byzantine, plus connue sous le terme de “feu grégeois”, en utilisant notamment du coton imbibé d’eau mais aussi en utilisant eux-mêmes cette arme (très brièvement cependant). Les adversaires possédaient donc des forces similaires, car reposant sur les mêmes technologies.

    http://www.greece.org/romiosini/gr_fire.gif

    C’est donc le manque de bois de construction qui fut la principale difficulté que rencontra la flotte islamique. Ce manque stimula la construction de navires plus imposants, car mieux à même de se défendre eux-mêmes, réduisant les pertes.

    Sources :

    *Developments in Islamic Warfare: The Early Conquests J. W. Jandora Studia Islamica No. 64 (1986), pp. 101-113

    * Warfare—Islamic World —-> http://www.academia.edu/1581828/Islamic_warfare

    * NICOLLE David, The Great Islamic Conquests AD 632-750, Osprey Publishing.

    * Nicolle David, Armies of the Muslim Conquest, Osprey Publishing.

  • Participant
    Posts2724
    Member since: 12 avril 2012

    Liés ses navires pour la bataille n’est JAMAIS une bonne idée. Chi Bi, Écluse, les Mâts… Jamais.

  • Participant
    Posts860
    Member since: 1 mai 2013

    @Rémicas : je ne suis pas très bon dans le domaine naval, peut-être le sais-tu : pourquoi cette “tactique” de se lier ?? Je ne vois pas bien, afin de ne pas laisser la formation se débander ? Maintenir ses lignes ? Mais cela empêche pratiquement toute liberté de mouvement ! Je ne vois pas vraiment…

  • Participant
    Posts2724
    Member since: 12 avril 2012

    Elle est parfois utiliser pour diminuer le roulis des bateaux, les rendant plus stables (pratique pour éviter le mal de mer) et, dans l’idée du moins, de pouvoir bénéficier d’un avantage numérique en cas d’abordage. D’après ce que j’ai lu c’est souvent le parti disposant de l’avantage numérique en terme de troupes et de navires qui s’y essayaient, sans doute pour produire une ligne inébranlable sur laquelle la ligne ennemie se briserait. Mais le seul effet semble en fait de rendre la formation peu manœuvrable et même assez vulnérable (si l’un des navires prend feu ou coule il peut entraîner les autres). J’ai lus cette tactique employer dans plusieurs bataille navale, mais je n’ai jamais vu nul part qu’elle ait réussi en quoi que ce soit, à croire qu’elle destine ceux qui l’emploie à la défaite cuisante.

  • Participant
    Posts860
    Member since: 1 mai 2013

    Je vais me renseigner, je connais une source sure 😉 , je te redis ça. Mais je pense que tu as déjà bien cerné la tactique.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    @von_clausewitz, la rapidité avec laquelle tu poursuis ce dossier est assez déconcertante. Il faudrait que cela me serve d’exemple, car mon dossier sur la guerre de Trente Ans est bien loin d’avancer aussi vite (en ce moment, la progression aurait même une fâcheuse tendance à s’essouffler). En tout cas merci de partager avec nous ces connaissances sur une puissance militaire bien souvent méconnue des Occidentaux, mis à part au travers du spectre de batailles comme Poitiers, où la vision est souvent bien éloignée de la réalité.

  • Participant
    Posts1913
    Member since: 17 février 2013

    Bon dossier mais évite de parler de Turquie dans un contexte du VIIeme le, parle plutôt d’Anatolie ou d’Asie mineure (oui je chipote).

  • Participant
    Posts860
    Member since: 1 mai 2013

    Merci à vous ! 🙂
    Oui Elessar, j’y ai pensé en plus au moment où je l’écrivais, mais je n’ai pas voulu écrire : non loin des côtes de Cilicie, au sud-est de la Turquie actuelle” 😉 Mais c’est vrai, on peut parler de Turques, bien entendu, mais pas de Turquie à cette époque, loin de là !

    Maxsilv : je connais aussi ce problème (mon dossier sur la cavalerie à l’épreuve du feu est totalement inerte et ne reprendre surement pas …), la solution est de le faire d’un seul tenant, ou tout au plus 1 ou 2 jours de pause, car après c’est très dur à reprendre, d’autant plus que tu es surement comme moi : si par malheur tu décides de t’intéresser à un autre sujet ou dossier, tu ne vas penser qu’à cela et totalement délaisser l’autre ! c’est terrible…

    Mais je reste sur ma faim pour ce dossier (oui il est fini…), je veux absolument trouver plus d’infos concrètes sur les tactiques des armées musulmanes !

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    C’est un bon dossier. Tu as bien choisi les images et tu écris de manière claire. Si tu es un peu frustré concernant ce sujet, essaie de savoir si des Byzantins, des Francs ou même des Arabes décrirent leurs tactiques militaires !

  • Participant
    Posts860
    Member since: 1 mai 2013

    Oui j’ai cherché mais je n’ai pas trouvé grand chose, bien plus d’infos cependant sur les adversaires du Croissant(sassanides, byzantins…) 🙂

  • Participant
    Posts78
    Member since: 12 avril 2012

    Super dossier, si je peux te conseiller une source (si tu ne la connais pas déjà) c’est le dernier “guerre et histoire” sur les conquêtes arabes, ou ils décrivent deux grandes batailles qui auront livrés les empire byzantins mais surtout Sassanides aux arabes: Yarmuk et Qadisiyya. L’organisation militaire de ces deux empires est décrite pour la bataille, et en plus, il y a une hypothèse d’explication du succès arabe contre des “goliaths” orientaux, la guerre qu’ils se livrèrent bien sûr, mais là c’est une hypothèse plus sociologique donnée par Ibn Khaldun (XIIème siècle), c’est la différence entre deux Etats sédentaires (Perse et Byzance) et un Etat “bédouin”, enfin je te laisse regarder tout cela, et si tu veux des infos dessus, j’ai le livre donc demande moi et je te répondrai 😉

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Super dossier, si je peux te conseiller une source (si tu ne la connais pas déjà) c’est le dernier “guerre et histoire” sur les conquêtes arabes, ou ils décrivent deux grandes batailles qui auront livrés les empire byzantins mais surtout Sassanides aux arabes: Yarmuk et Qadisiyya.

    Je réponds pour lui, mais Von_Clausewitz a annoncé en avant-propos qu’il faisait le choix suivant pour son dossier :

    « Qui plus est, le dossier de Guerres & Histoire N°16 porte sur l’empire arabe, mais, sachant que bon nombre de membres lisent régulièrement les publications de ce magazine, je ne m’en suis pas servi afin de ne pas faire de “doublon”. »

  • Participant
    Posts78
    Member since: 12 avril 2012

    Ah mince excusez moi j’avais pas vu 🙁

  • Modérateur
    Posts2268
    Member since: 8 février 2014

    @clausewitz, l’arc dont tu parles est-il l’arc composite?

    "Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve"-Euclide

  • Participant
    Posts860
    Member since: 1 mai 2013

    @papazoulou : non, du moins pas au début des conquêtes. Les archers des tribus arabes mobilisés disposaient initialement d’arc formé à partir d’un même morceau de bois, mais ils bénéficièrent très vite de l’arc composite en effet ! Ils ont même fait usage d’un “guide-flèche” qui permettait des tirs tendus très redoutables.

  • Participant
    Posts1009
    Member since: 14 juin 2012

    Un sujet tres interessant, merci de partager tes connaissance

  • Participant
    Posts860
    Member since: 1 mai 2013

    Mais de rien Nisnis39, c’est avec grand plaisir que je réalise des dossiers, et quand en plus ça fait plaisir aux lecteurs, c’est d’autant mieux !

    Si tu as des questions n’hésites surtout pas, et n’hésites pas non plus à partager tes connaissances pour que je te remercie à mon tour ! 😉

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    Von_Clausewitz, tu dis qu’au départ ils n’avaient pas d’arcs composites et qu’ils l’acquirent par la suite. Est-ce qu’ils le firent au contact des Sassanides qui l’utilisaient ?

  • Modérateur
    Posts1264
    Member since: 26 avril 2013

    Peut-être plus du côté byzantin qui en avaient d’importants contingents

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    J’ai lu quelque part (je dois retrouver l’endroit) que les Arabes avaient une approche différente de l’archerie que les Sassanides. Evidemment, dans cet exemple il s’agit d’Arabes du nord de l’Arabie, pas de Yéménites comme lors de la conquête musulmane, je ne sais donc pas s’il y a un rapport entre les deux.
    J’ai lu que les Arabes attaquaient en essaim, faisant courir leurs chevaux dans tous les sens et qu’ils lâchaient des volées en continu pour soumettre l’ennemi à un tir sans interruption. A l’inverse, les Sassanides alignaient leurs tireurs et ces derniers tiraient en même temps plusieurs volées très rapprochées pour abattre rapidement un grand nombre d’ennemis ainsi que le moral des survivants.

    Est-ce que ce cas de figure est avéré ?

25 sujets de 1 à 25 (sur un total de 30)

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