Post has published by Remicas

Ce sujet a 2 réponses, 2 participants et a été mis à jour par  Remicas, il y a 4 ans et 9 mois.

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    Member since: 12 avril 2012

    Comme j’ai du faire un exposé sur un texte de Réginon de Prüm dans le cadre de mes études universitaires, je me suis dit que je pouvais en faire profiter le forum. Je vais donc vous reproduire le document avant de faire son commentaire.

    Réginon de Prüm a dit :
    [année 887] L’empereur commença à faiblir de corps et d’esprit. Au mois de novembre, vers la fête de saint Martin [11 nov.], il vint à Trebur et y convoqua une réunion générale. Les Grands du royaume, voyant que la force physique mais aussi la lucidité l’abandonnaient, prennent l’initiative de placer Arnolf, fils de Carloman, à la tête du royaume et aussitôt conspirent pour quitter le parti de l’empereur et passer à qui mieux mieux dans le camp de l’autre, en sorte qu’au bout de trois jours à peine en restait-il un pour le traiter avec humanité. Il ne reçut plus que nourriture et boissons, aux frais de l’évêque Liutbert […]. [Charles] envoie donc un messager à Arnolf : d’empereur devenu miséreux, dans une situation désespérée, ne se souciant plus de la dignité impériale mais de sa nourriture quotidienne, il le supplie de lui laisser assez d’aliments pour soutenir sa vie présente ; il lui envoie aussi son fils Bernard, qu’il avait eu d’une concubine, avec des présents et le fait entrer dans sa fidélité. Spectacle lamentable que celui dun empereur opulent non seulement de perdre la parure de la bonne fortune, mais encore de manquer de toute richesse humaine ! Le roi Arnolf lui concéda quelques fiscs en Alémanie, d’où il pu tirer sa subsistance ; ses affaires aussi bien arrangées en Francie, Arnolf retourne en Bavière […]

    An de l’Incarnation du Seigneur 888. L’empereur Charles, troisième du nom dans cette dignité meurt la veille des ides de janvier [12 janvier] et est enseveli au monastère de Reichnau. C’était un prince très chrétien, craignant Dieu dont il repectait les ordres de tout son cœur très respectueux des décisions de l’Église, large dans ses aumônes, sans cesse adonné à la prière et au chant des psaumes, attentifs sans répit à louer Dieu, remettant tout espoir et tout avis à la providence divine ; et tout tournait ainsi à son bonheur, en sorte que les royaumes des Francs, que ses prédecesseurs avaient acquis à grand peine et grand massacre, lui avaient échus très facilement, rapidement, sans guerre et sans contestation. Que sur la fin de sa vie il a été privé de ses dignités et dépouillé de tous ses biens, ce fut, croyons-nous, une tentation, non seulement pour le purifier, mais encore pour le mettre à l’épreuve : il la supporta, dit-on, avec la plus grande résignation, rendant grâce dans l’adversité comme il l’avait fait dans la prospérité et pour cela il a déjà reçu ou recevra sans doute la couronne de la vie [éternelle] que Dieu a promise à ceux qui l’aimaient.
    Après sa mort, les royaumes qui lui avaient été soumis se trouvent pour ainsi dire sans héritiers légitime ; ils se séparent de l’assemblage et ne trouvent plus de seigneurs naturels, chacun se donne un roi tiré de son sein. Ce fut la cause de grandes guerres, non que les Francs manquassent de princes qui pussent par leur noblesse, leur force et leur sagesse dominer les différents royaumes, mais parce qu’ils étaient égaux dans la qualité de l’extraction, de la dignité, de la puissance, ce qui augmentait la discorde, car personne n’était assez au-dessus des autres pour que les autres acceptassent de se soumettre à son pouvoirLa terre des Francs avait en effet engendré de nombreux princes, aptes à assumer le gouvernement, si la Fortune ne les avaient armés pour leur perte mutuelle, par l’émulation de leur valeur. C’est ainsi qu’une partie du peuple italien se donne pour roi Bérenger, fils d’Évrard, qui tenait le duché de Frioul, pendant que l’autre décide de conférer la même dignité royale à Guy, fils de Lambert et duc de Spolète ; leur rivalité causa bientôt de part et d’autre tant de massacres et répandit tant de sang humains que selon la parole du Seigneur, les dissensions au sein internes du royaume l’amènent à deux pas d’une misérable désolation. Pour finir Guy l’emporte et chasse Bérenger du royaume. Exilé, celui-ci va trouver Arnolf et lui demande de le soutenir contre son ennemi. On exposera en son lieu ce que fit Arnolf et comment il pénétra par deux fois avec son armée en Italie.
    Cependant les peuples des Gaules s’assemblent et avec le consentement d’Arnolf, ils se mettent d’accord pour placer à leur tête et créer roi le Duc Eudes, Fils de ce Robert de qui nous avons parlé un peu plus haut. Eudes était un homme énergique, qui l’emportait sur les autres par sa beauté, sa prestance physique, sa grande puissance et sa sagesse. Il gouverna l’État avec virilité et sut le défendre d’une manière infatigable contre les invasions incessantes des Normands.
    Vers le même temps, Rodolphe, fils de Conrad, ne veu de Hugues l’Abbé dont nous avons déjà pârlé, occupe la région entre le Jura et Alpes pennines, convoquant certains des Grands et plusieurs prêtres à Saint-Maurice, il prend la couronne et se fait appeler roi […].

    L’auteur de ce document est Réginon de Prüm, ecclésiastique de la fin du IXème siècle. Il est né sur les bords du Rhin à Altrip avant de faire son éducation à l’abbaye de Prüm dont il deviendra abbé en 892 (d’où son nom). Il en est expulsé en 899 par les comtes Gérard et Matfrid et se réfugie à l’abbaye de Saint-Martin de Trèves qu’il réforme puis à Saint-Maximin, où il meurt en 915. Il est particulièrement versé dans les domaines du droit canonique et dans la musique, et rédigera des ouvrages sur ces deux sujets, mais ce qui nous intéresse le plus est son Chronicon, dont est extrait ces passages. Ouvrage en deux livres, il est dédié à l’évêque Adalbéron d’Augsbourg, qui est tuteur de Louis l’Enfant (qui est roi de Lotharingie et plus tard de Germanie, fils d’un personnage qu’on rencontre dans le document) donc peut-être pour aider à l’éducation du jeune prince. L’œuvre traite de l’histoire du monde depuis l’incarnation du Christ jusqu’à son époque, ce qui est assez courant à cette période. Son style est simple, sans trop de difficultés, parfois empruntés aux auteurs antiques, la chronologie parfois peu sûre. Il traite notamment de ce qui lui est contemporain, surtout après 892. Malheureusement les parties concernant les dernières années de son récit ont été mutilées, peut-être par Réginon lui-même. Néanmoins il est une source incontournable pour les histoiens du Moyen-Âge. L’époque qu’il décrit, celle où il vit, est la fin du IXème, début Xème siècle, est une période de troubles. C’est la fin de l’Empire carolingiens, après les partages successoraux successifs et ses recompositions depuis le premier partage de 843. C’est encore le temps des raids normands, sarrasins et hongrois. C’est aussi le temps où le pouvoir royal commence à s’éclipser devant la montée en puissance de l’aristocratie. Dans cet extrait même Réginon parle de l’événement majeur de la fin des années 880 : la déposition de l’empereur Charles le Gros durant l’automne 887, suivit de sa mort en janvier 888, et de l’éclatement de l’Empire en une pluralité de royaumes qui se dotent chacun d’un roi, dans lesquelles l’aristocratie joue un rôle majeur.
    En quoi cet extrait du Chronicon de Réginon de Prüm montre que les années 887-888 apporte une nouvelle conception du pouvoir royale ?
    Pour cela nous verrons successivement l’élément déclencheur de l’éclatement de l’empire, qui est grossièrement la vie de Charles III dit le Gros, puis de l’arrivé au pouvoir de rois élus au sein des royaumes résultant de l’éclatement de l’empire, et enfin des relations nouvelles que les souverains ont avec l’aristocratie.

    I Vie et mort de Charles le Gros, le « dernier » carolingien.

    Pour qu’il éclate il faut d’abord que l’empire eut été uni.

    A. Un empire unifié par le hasard.

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    Le monde franc en 880.

    « tout tournait ainsi à son bohneur, en sorte que les royaumes des Francs que ses prédécesseurs avaient acquis à grand peines et grand massacre, lui avaient échu très facilement, rapidement, sans guerres et ans contestations. »
    Réginon fait référence que dès l’année 884, la quasi-totalité de l’empire de Charlemagne se retrouve réunifié entre les mains de Charles le Gros, fils de Louis le Germanique (en dehors de la Provence de Boson de Vienne). Il l’explique par l’action de la Providence divine. C’est un peu exagéré par rapport à la réalité, mais en effet cette unification c’est fait d’autant plus facilement qu’elle n’est pas le fruit d’une politique volontaire de la part de Charles, mais en fait résulte du hasard des successions à la suite des morts soudaines et prématurées des membres de la dynastie carolingiennes. Ainsi au début de la décennie 880, il y avait encore cinq rois pour se partager l’Empire. Les petit-fils de Charles le Chauves, Louis III et Carloman, se sont divisés la Francie occidentale, l’un régnant en Neustrie, l’autre en Aquitaine. Le royaume de Germanie est quant à lui partagé entre les fils de Louis le Germanique : Carloman, roi de Bavière, Charles, roi d’Alémanie, et Louis le Jeune, qui détient le reste. En 880, Carloman de Bavière meurt, et n’a pas d’héritier en dehors d’Arnolf, qu’il a eu avec une concubine. Louis le Jeune va récupérer l’essentiel de ses titres, tandis que Charles le Gros est reconnu roi d’Italie, avant d’être couronné empereur d’Occident en 881. En 882 C’est au tour de Louis le Jeune et de Louis III de mourir, permettant à Charles et Carloman de réunifier les deux Francies. Enfin en 884 c’est au tour de Carloman de mourir et son demi-frère, Charles le Simple, est alors trop jeune pour régner : il n’a que 5 ans. Les grands du royaume vont donc se tourner vers l’unique carolingien encore en vie, Charles le Gros. Cependant cette réunification ne va pas durer

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    Petit arbre généalogique pour aider à comprendre qui est qui.

    B La déposition de Charles le Gros, une « Révolution de palais ».
    Les choses se gâtent pour Charles le Gros lors de l’année 887. Réginon ainsi : « L’empereur commença à faiblir de corps et d’esprit ». Charles a un problème : il est épileptique, et souffre de migraines chroniques. Il tente de s’en débarrasser en se faisant trépaner en février 887, mais l’opération est un échec. Pire : sa maladie reprend de vigueur et sa condition s’amenuise.
    De plus sa réputation est entaché de par son incapacité à lutter contre les raids normands. Deux épisodes le montrent très bien : en 884, au lieu de les déloger de leur campement d’Elsloo ou Asslet, il leur cède une partie de la Frise ainsi que la main de Gisèle, fille de Lothaire II, à leur chef, ce qui sera mal prit dans le royaume oriental. De même lors du siège de Paris de 885-886, alors qu’il se déplace personnellement avec son armée, il préfère versé un tribut de 700 livres d’argent ainsi que concédé aux vikings le droit d’hiverner en Bourgogne au lieu de combattre, un peu au mépris de la résistance des comtes de l’ouest. Il n’est ni le premier ni le dernier à versé le Danegeld mais disons que ça n’arrange pas vraiment ses affaires.
    La fin de son règne est donc assez difficile. Il n’arrive pas non plus à imposer son fils Bernard, qu’il a eu avec une concubine, en tant qu’héritier, et va même jusqu’à envisager à reconnaître Louis de Provence, le fils de Boson de Vienne et d’Ermangarde (fille de Louis II), comme son successeurs. C’est la goutte d’eau qui va faire déborder le vase pour Arnolf.
    Réginon le mentionne en tant que « fils de Carloman » mais ne prend pas la peine d’indiquer que c’est un fils illégitime. Il est gouverneur de Carinthie, la province la plus orientale du royaume de Germanie, et détient une bonne réputation quant à ses vertus de chef militaire, notamment après une victoire face aux Moraves. Il décide de récupérer l’héritage de son père, et pour cela prépare un coup d’État.
    Réginon mélange un peu les dates : Charles, plus isolé que jamais, d’ailleurs il sera même obligé de se séparer de son dernier soutient, l’ »évêque Liutbert », ainsi que de son épouse Richarde son épouse Richarde, les deux étant accusés d’adultère ensemble, ne peux s’opposer à la prise de pouvoir d’Arnolf et abdique à Tribour. Arnolf se fait ensuite élire par les grands à Ratisbonne et prend son premier acte royal le 27 novembre 887. Il convoque ensuite un grand concile où les évêques à leur tour le reconnaisse comme roi. De plus cela légitime comme précédent le prétexte de l’incapacité d’un roi pour le renverser.
    Quant à Charles il ne lui reste plus que deux mois à vivre.

    C La mort d’un empereur : la mort d’un martyr ?
    La mort de l’empereur occupe une large part de l’extrait
    Après sa destitution Arnolf concède à Charles des Fisc, c’est à dire des villas, des grandes domaines agricoles, de quoi vivre confortablement s’il n’était pas malade. L’empereur meurt le 13 janvier (et non le 12) A Reichenau, un monastère qu’il appréciait particulièrement. Selon certaines rumeurs il aurait même été assassiné par ses propres serviteurs.
    Le discours se fait alors élogieux, au point d’en être une apologie. Réginon dépeint quasiment la fin de la vie de l’empereur comme celle d’un martyr, par contre il insiste d’avantage sur le fait que celui-ci ait perdu ses biens et ses dignités, et moins sur son état physique, de santé. On peut voir ce discours comme un effort pour essayer de conserver une image positive et pieuse du défunt au travers du prisme de la foi. Presque comme un regret, car il faut rappeler que l’unification extraordinaire de la Chrétienté, même si elle a été éphémère, avait suscité une énorme bouffée d’espoir de la part des ecclésiastique, qui croyaient qu’ils allaient assister au renouveau de l’empire au même niveau que la renovatio imperii lors des règnes de Charlemagne et de Louis le Pieux, après des décennies de crises et de de déchirements intestins au sein de la dynastie carolingienne. Espoir déçu, Charles n’étant pas de la trempe de ses illustres ancêtres, et l’empire s’étant révélés trop grand et disparate pour pouvoir être contrôlé par un seul homme. L’effort de Réginon pour conserver une image positive se révêlera aufinal vain, car l’historiographie se souviendra longtemps de Charles le Gros comme d’un personnage obèse, mou, stupide et incapable de gouverner son royaume.
    Au passage je ne me permettrais pas de faire de faire de comparaison avec notre président actuel, les médias le faisant assez bien tout seuls.
    En tout cas, l’empereur est mort : vive les rois !

    II 888 : L’année des rois des rois élus.

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    Les royaumes résultant de l’éclatement de l’Empire

    A) Les candidats à l’élection, des « seigneurs naturels » ?
    Réginon enchaîne en disant : « Après sa mort sa mort, les royaumes qui lui avaient été soumis se trouvent pour ainsi sans héritiers légitimes ; ils se séparent de l’assemblage et ne trouvent plus de seigneurs naturels, chacun se donne un roi tiré de son sein ».
    En effet en Francie et en Italie, des rois ne sont pas choisis directement après la destitution de l’empereur mais après sa mort le 13 janvier. Les candidats qui se proposent ne le sont pas néanmoins par hasard. En effet pour pallier à l’immensité de son empire, et manquant de soutient important, notamment familiaux, en dehors d’Alémanie, l’empereur avait déjà délégué au niveau régional d’important pouvoir décisionnels à certains grands dont il avait confiance. C’était par exemple le cas avec Liutbert, qui était une sorte d’archi-chancellier pour lui, dans le sud de la Germanie, dans le nord avec Otton l’Illustre, duc de Saxe, mais ce qui nous intéresse ici c’est le cas d’Eudes, comte de Paris. Son père, robert le Fort, était duc de Neustrie et était mort au combat face aux normands. Eudes étant trop jeune à ce moment-là n’avait pas pu obtenir sa succession, il ne devient comte de Paris qu’en 882 et c’est sa résistance acharnée au siège de Paris lors du siège susmentionné qui lui permit de récupéré une bonne partie des honneurs de son père, faisant de lui un marquis sans le titre de toute la Neustrie. C’est également le cas de Bérenger, duc de Frioul (une région aux alentours de Venise), qui gouvernait l’Italie au nom de l’empereur. De plus même unifié, les royaumes gardaient une ceraines autonomies et disposaient encore de leurs chancelleries propres. Le choix de ces deux individus peut donc apparaître évident.
    Rodolphe est comte d’Auxerre et abbé-laïc de Saint-Maurice d’Agaune, c’est donc le personnage le plus important de Haute-Bourgogne (à ne pas confondre avec le duché de Bourgogne).
    Ce qui est surtout important c’est qu’aucun d’entre eux n’est un carolingien, ce qui un changement réellement important car cela n’est pas arrivé depuis la prise de pouvoir de Pépin en 751, et surtout depuis que le pape Etienne II lors de son second sacre avait sacralisé sa famille, la rendant seule légitime à exercer la fonction royale. Ce pincipe est donc ici battu en brêche
    Pour Arnolf, je n’ai pas vraiment besoin de m’étendre sur lui, l’ayant déjà fait en première partie.
    Pour autant une position dominante n’assure pas forcément l’élection comme on le verra.

    B La recherche du consensus.
    Le passage du principe d’hérédité à celui de l’élection ne se fait pas sans heurts, les candidats au trône devant alors alors établir le consensus pour s’assurer qu’ils soient choisis
    C’est le cas de Eudes apparemment qui est élu le 29 février 888 à Compiègne, consacré par l’archevêque de Sens (qui accessoirement est son neveu). Pour autant si le texte fait croire que cela c’est passé sans trop de difficulté, cette décision ne fait pas l’unanimité. Ainsi certains grand préféraient par exemple Arnolf, d’autres Gui de Spolète, d’autres enfin Charles le Simple (qui n’a donc que 9 ans au moment des faits) fils de Louis le Bègue, notamment l’archevêque de Reims qui le couronnera le 25 novembre 888, résultant une forte hostilité avec Eudes pendant les dix années du règne de celui-ci. Certains grands n’étaient pas présent, comme le duc Guillaume le Pieux d’Aquitaine ou Baudoin de Flandres. Jusque dans la marche d’Espagne son autorité sera contesté, les actes officiels catalans de l’époque faisant mention « sous le règne du Christ, en attente d’un roi ».
    Par contre en Italie, le consensus n’est pas trouvé. « Ce fut la cause de grande guerres » etc, est le reflet de ces conflits qui résultent en Italie Bérenger est élu à Pavie roi des Lombards mais son principal opposant, Gui de Spolète (un duché au sud des États du pape) conteste cette décision. La guerre qui se déclenche alors est d’abord favorable à Gui qui vainc Bérenger en Bataille près du Trebbia (un affluent du Pô) avant de se faire élire à son tour roi d’Italie, à Pavie également, le 12 février 889. La lutte pour le royaume d’Italie va se poursuivre cependant, et la région sera le théâtre de conflits sanglant pou le contrôle du titre de roi d’Italie, véritable marche-pied indispensable pour obtenir celui d’empereur d’Occident. Ces luttes sont par ailleurs très intéressantes, avec beaucoup de retournement de situation lors des décennies suivantes, mais malheureusement ce serait trop s’éloigner du cœur du sujet.

    C Arnolf se pose en arbitre.
    Bien qu’il n’est pas empereur, Arnolf va se poser en arbitre dans les diverses élections prenant place dans les différents royaume résultant de l’éclatement de l’empire. Ainsi il va soutenir Eudes en Francie (« avec le consentement dArnolf »), lui confiant les insignes du pouvoir royal que celui-ci utilisera lors de son second sacre en novembre 888 en échange de son hommage. Avec Rodolphe, après une opposition notamment avec la question de la Lotharingie que le Bourguignon revendiqua pendant un temps, en gros jusqu’à la fin d’une guerre intermittente jusqu’en 894, il va finir par le reconnaître roi en échange de son hommage. C’est surtout visible en Italie où il soutiendra Bérenger contre Gui de Spolète (car « Exilé, celui-ci va trouver Arnolf et lui demande de le soutenir contre son ennemi, » etc), celui-ci étant alors pourtant soutenu par le pape, à cet époque Étienne VI. Enfin en 890 il reconnaîtra Louis de Provence en tant que roi à plein entière. Cela démontre d’une certaine coopération entre les royaume, mais surtout montre qu’aux yeux de l’époque, Arnolf est considéré comme étant le plus puissant : don domaine est celui qui est le plus vaste quand bien même il est peu peuplé et largement boisé, sa réputation de guerrier est reconnue de tous, et même s’il est à la base un bâtard il n’en reste pas moins de sang carolingien, ce qui le met en position de supériorité par rapport aux autres. Pour toutes ces raisons on peut le considérer comme le grand gagnant de ces années 887/888. D’ailleurs il réussira à se faire couronner empereur d’Occident en 896 et à imposer son fils Louis l’Enfant comme roi de Germanie en 900 alors que celui-ci n’a que 7 ans. (ce qui est quand même un exploit). Je me permet de rappeler que le livre dont est extrait est d’ailleurs adressé à Adalbéron d’Augsburg qui sera son régent avec Hatton 1er de Mayence.

    III Une nouvelle relation entre les Grands et le roi

    A) L’aristocratie et le principe électif.
    Le texte insiste souvent sur la présence des grands ou du peuple, ce qui est basiquement la même chose, au point qu’il n’utilise que l’expression de « créer un roi ». Si l’acclamation avait toujours joué un rôle important dans la cérémonie du couronnement, l’accent est mis maintenant sur le processus de l’élection sans même faire mention de sacre, qui n’apparaît même pas au second plan, qui n’apparaît même pas du tout. Cela indique clairement la place de premier plan que l’aristocratie occupe dans les décisions du royaume. L’accession au pouvoir royal et l’exercice de celui-ci est maintenant contractuel entre le rois et les Grands. Si les Grands peuvent influer autant sur des questions d’une telle importance, cela est dû à la monté en puissance de l’aristocratie, qui est processus long qui s’étale sur la seconde moitié du IXème siècle, où on voit les familles aristocratiques accumuler les honneurs (qui sont des charges publiques) ainsi que les bénéfices (quant à eux des concessions faites par le roi à ses fidèles) qu’ils ont rendus par la suite inamovibles, c’est à dire que si avant le roi pouvait selon son bon plaisir annuler la charge d’un comte où le déplacer sur un autre pagus, cela n’est plus possible sauf si accord des pairs de celui-ci (d’autres comtes), puis héréditaires (notamment en Francie avec le capitulaire de Quierzy en 875), c’est à dire qu’ils peuvent transmettre à leur descendant après leur mort. Ce n’est pas encore à cette époque des principes gravés dans le marbre mais cela tend à l’être.
    Le principe électif, enfin, arrange beaucoup les Grands, car elle permet ainsi aux membre de l’aristocratie d’accéder au pouvoir royal.
    Cette montée en puissance de l’aristocratie a aussi comme conséquence de la fixer dans certaines régions.

    B La régionalisation de l’aristocratie.
    Le texte caractérise chaque peuple des royaumes, nottament le « peuple italien » ou « le peuple des Gaules » Cependant il convient de faire attention das l’emploi de ces expressions. Si en effet l’aristocratie tend à se régionaliser au niveau de chaque royaume, il n’existe pas pour autant d’émergence de sentiments nationaux qui seraient anachronique. Même si les royaumes doivent composer avec des populations hétérogènes et que chaque régions comportent des spécificités, les membres de ce qui commence à devenir la noblesse tel qu’on l’entend sont pour la majorité tous issus de l’aristocratie franque d’empire, les pères des rois de l’année 888n’étant même pas nés dans les régions que leur fils gouverne, et garde en commun les mêmes ensembles de valeurs, ainsi que des pratiques sociales voisines. Le fait de se recentrer sur les royaumes, et d’avoir un roi proche, c’est juste reprendre un modèle dont ils ont pris l’habitude du fait des partages qui se sont succédais depuis 843 de manière interrompus que pendant quelques années, et qui favorisent ce processus. D’ailleurs pour eux la proximité géographique du roi est garante de son utilité et de son efficacité, tout en leur permettant d’accéder plus facilement à ses faveurs, ses richesses, voire même pourquoi pas entrer dans sa parenté. Cette régionalisation est aussi encouragée par les rois eux-même, afin de s’assurer de la fidélité des puissants, un aristocrate disposant de charges dans un royaume voisin pouvant ainsi devenir une menace. Enfin cette régionalisation est renforcé du fait que les impératifs en matières de défenses font qu celle-ci se planifient surtout au niveau local, de plus en plus par les comtes et les évêques ce qui leur permet de renforcer leur prestige et leur domination auprès des populations.

    C) Des rois choisis pour leur aptitude guerrière.
    L’élection des rois se fondent aussi sur un principe militaire, et on peux le voire dans les éléments utilisés par Réginon pour décrire Eudes. C’est un « homme énergique » qui « l’emporte sur les autres par […] sa prestance physique sa puissance et sa sagesse ».
    En effet si le roi doit assurer la paix intérieur en rendant la justice, il doit aussi assurer la défense du royaume contre les agressions extérieur. Le roi est choisit pour être un chef militaire, il faut donc que celui qui est élu soit apte à assumé cette fonction. Cela tient au fait que d’une part, vikings, sarrasins et hongrois sont toujours là pour piller les campagnes, mais aussi parce qu’il est toujours ancré dans la culture franque que le roi est un chef guerrier qui tire sa légitimité de ses victoires. D’autant plus lorsque la bataille est considérée comme une ordalie, une épreuve de Dieu, et donc la victoire est le signe de la faveur divine. Le prestige acquis par Eudes sur lors de siège de Paris n’a pu que facilité son élévation à la royauté. Sa défense « infatigable contre les invasions incessantes des Normands » qui fait référence à sa nouvelle victoire, toujours contre eux, à Montfaucon en juin 888 n’a pu que le conforter dans sa position par rapport à Arnolf et convainquit certains grands encore hostiles, ouvrant la voie à son second sacre. C’est aussi le cas de Gui de Spolète, qui avait vaincu en 885 un raid musulman à Carigliano, ce qui a pu aider à convaincre le pape de le soutenir lorsqu’il se mit à convoiter le trône d’Italie car il était alors le plus à même d’assurer sa protection. La victoire peut donc être tout autant un argument pour élever sa position sociale qu’une preuve de sa place légitime à celle-ci.

    Les années 887-888 apportent donc des bouleversement dans la conduite du pouvoir royal. Premièrement il n’est plus nécessaire de faire partie de la dynastie carolingienne pour espérer accéder à la fonction royale. Ensuite le principe de l’hérédité cède le pas à celui de l’élection. Enfin la charge royale devient un contrat entre le roi et l’aristocratie.
    De plus l’année 888 marque la fin du monde carolingien, même si des membres de cette dynastie continueront de régner en Germanie jusqu’en 911 et en Francie jusqu’en 987. On commence à sortir du Haut Moyen-Âge pour entrer dans l’âge féodale, où ces nouvelles monarchies électives tenteront de retourner au principe de l’hérédité.

    Ouvrages :

    G. BÜHRER-THYERRY, L’Europe carolingienne (714-888), Éditions Sedes, collection Campus Histoire, 1998.
    J-P LEGUAY, L’Europe carolingienne VIIIème-Xème siècles, Belin, collection Europe Histoire, 2002.
    F. MAZEL, Féodalités 888-1180, Belin, 2010
    A. MOLINIER, Les sources de l’Histoire de France, des origines aux guerres d’Italie 1494, tome 1 : Époques primitives, Mérovingiens et Carolingiens, Alphonse Picard et Fils, collection manuels de bibliographie historique, 1901 (consulté sur Persée).
    R. MUSSOT-GOULARD, La France carolingienne, PUF, « Que sais-je », 1988.

    Outils :
    J. CORNETTE (dir), Atlas de l’Histoire de France 481-2005, Belin, 2012
    Breizh Cola, une bouteille de 1.5l.
    Café, environ 8 tasses.
    Krema Festival, un paquet.
    Clopes.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Merci pour ce commentaire vraiment très plaisant à lire, bien qu’assez obscur pour quelqu’un ne connaissant pas cette période de transition entre Haut Moyen Âge et Moyen Âge central.

    Cette fin du IXe siècle achève de démanteler un empire carolingien dont la cohésion est mise à mal dès le règne de Louis le Pieux (en effet, ses fils n’attendent pas sa mort pour s’engager dans les problèmes de succession). En fait, la réussite des premiers Carolingiens tient pour beaucoup à l’absence de partage entre les fils, comme un témoigne le fait que Charlemagne et Louis le Pieux se retrouvent uniques héritiers. En revanche, dès que l’on retombe dans les problèmes de succession rencontrées par son prédécesseur mérovingien, l’autorité centrale décline.
    Comme tu l’as d’ailleurs très bien souligné, cette brève réunification de l’empire carolingien est pour beaucoup le fruit du hasard des successions. Or, cet aspect est déterminant dans la construction, l’essor puis l’éclatement de cet empire – personnellement, je trouve que c’est aussi ce qui fait le charme de cette période.

  • Participant
    Posts2724
    Member since: 12 avril 2012

    Tout à fait, d’autant qu’il faut souligner qu’avec son système administratif central assez rudimentaire, le pouvoir royal (puis impérial) de Charlemagne n’avait tout simplement pas les moyens de ses ambitions, surtout avec un territoire aussi immense. Et vu que l’un des seuls moyens de récompensé les fidèles était via la concession de terres, dès l’arrêt des conquêtes le pouvoir central ne pouvait aller qu’en diminuant car perdant peu à peu ses ressources.

    D’ailleurs si Louis le Pieux hérite de la totalité de l’Empire, c’est là aussi un hasard : il est le seul fils survivant de Charlemagne, si ses frères avaient vécus plus longtemps il est certain que Charlemagne aurait partagé les territoires entre eux.

    Je tiens à souligner que si entre 843 et 884 le territoire du monde franc est divisé en plusieurs royaumes, ceux-ci sont toujours considérés plus ou moins comme faisant partie de l’Empire (même s’il se battent périodiquement entre eux) car sont toujours dirigés par des membres de la dynastie carolingienne. Le fait que Boson de Vienne s’attribue le titre de roi de Provence (en “avant-goût” de ce qui allait se produire en 888) avait été accueillis avec beaucoup d’hostilité à l’époque. L’arrivé de nouvelles dynasties en 888, par contre, a donc fait aussi volé en éclat cette idée de l’indivisibilité de l’Empire des Francs.

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