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Ce sujet a 10 réponses, 5 participants et a été mis à jour par  BaTBaiLeyS, il y a 11 mois et 3 semaines.

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    Posts6
    Member since: 15 avril 2017
    Le naufrage du Wilhelm Gustloff

    Chef d’État aussi populiste que populaire, Adolf Hitler entendait offrir quelques loisirs aux millions d’Allemands qu’il avait remis au travail, fut-ce pour construire des tanks. Bien avant la création du Club Méditerranée, la KdF organisait donc des croisières d’agrément gratuites au profit des ouvriers allemands méritants.

    Avec ses 26 000 tonnes et ses 208 mètres de long, ce paquebot à classe unique était en cours de finition lorsque Adolf Hitler décida de lui attribuer le nom de Wilhelm Gustloff.

    Conçu pour transporter 1 865 passagers en classe unique, le Wilhelm Gustloff eut le temps d’effectuer quelques croisières d’agrément fort prisées par les ouvriers allemands, avant d’être rattrapé par les vélléités guerrières d’Adolf Hitler.

    https://timedotcom.files.wordpress.com/2016/01/wilhelm-gustloff.jpeg

    En mai 1939, le grand paquebot de la Kraft durch Freude fut lui aussi réquisitionné pour rapatrier d’Espagne les soldats allemands de la Légion Condor, qui avaient victorieusement combattu aux côtés du général Franco. Une croisière hautement médiatique, qui fit à nouveau les délices de la propagande nazie.

    En septembre de la même année, il dut définitivement renoncer aux croisières d’agrément ou de propagande, et endosser l’uniforme. Devenu navire hôpital, repeint entièrement en blanc, et orné de toutes les croix rouge possibles et imaginables, il servit de la Pologne à la Norvège jusqu’en novembre 1940, avant de se retrouver en Prusse orientale, sur un quai de Gotenhafen – aujourd’hui Gnydia, Pologne – pour y servir de casernement flottant.

    La guerre se déroulait maintenant fort loin, et pendant quatre ans, le Gustloff resta à quai, oublié du monde après que le régime hitlérien eut définitivement renoncé à son rêve chimérique de déporter les juifs d’Europe vers Madagascar grâce aux paquebots de la Kraft durch Freude, pour lui préférer une solution autrement plus finale.

    Mais en janvier 1945, l’effondrement du Front de l’Est sous les coups de boutoir d’une armée rouge occupée à chasser quatorze millions d’Allemands devant elle, dans le froid et la neige, redonna vie au fleuron de “la Force par la Joie”

    Avec des dizaines d’autres navires, civils ou militaires, grands ou petits, paquebots de croisière, croiseurs lourds, cargo ou simples chalutiers, le Gustloff devait maintenant, dans un véritable sauve-qui-peut général, évacuer le maximum de réfugiés vers le Sud, vers ce que l’on supposait être la sécurité.

    En Prusse orientale, du fait de l’avancée des troupes soviétiques bousculant tout sur leur passage, “une population de 2 200 000 habitants en 1940 avait été réduite à 193 000 personnes à la fin du mois de mai 1945 (…) La terre même avait été rendue impropre à l’exploitation pour plusieurs années. Les maisons avaient été soit brûlées soit dépouillées de leurs installations les plus élémentaires. Des ampoules électriques avaient été volées par des paysans soviétiques qui n’avaient même pas l’électricité chez eux. Les fermes étaient zone morte, tout le bétail ayant été abattu ou envoyé en Russie”

    Rien d’étonnant dès lors à ce que des milliers de réfugiés se soient pressés sur ce quai de Gotenhafen – aujourd’hui Gnydia, Pologne – pour y embarquer sur le Wilhelm Gustloff, cet ancien paquebot de la KdF devenu hôpital puis caserne flottante, qui devait appareiller pour Hambourg au matin du 30 janvier 1945.

    Combien étaient-ils ? Soixante ans plus tard, nul ne le sait encore avec précision, puisqu’à la liste officielle de 6 050 personnes – dans leur immense majorité des femmes et des enfants, les hommes ayant depuis longtemps été enrôlés dans l’armée ou la Volkssturm – sont venus s’ajouter plusieurs milliers de réfugiés embarqués en dernière minute.

    On considère aujourd’hui qu’au moment de son appareillage, le Gustloff, ne transportait pas moins de 10 000 personnes, un chiffre d’autant plus énorme lorsque rapporté à la capacité normale du paquebot, conçu pour moins de 2 000 passagers (!)

    De fait, ces malheureux ont dû s’entasser dans tous les coins possibles et imaginables, y compris dans la piscine depuis longtemps vidée. Les conditions de promiscuité et d’hygiène sont bien entendu indescriptibles, surtout lorsqu’on sait que sur les quelque 10 000 passagers, plus de 4 000 sont des bébés ou des enfants en bas âge.

    Parmi les réfugiés, ont également pris place près de 2 000 militaires, sous-mariniers, cadets de la marine, servants des pièces de DCA et auxiliaires féminines de l’armée de terre.

    Une présence qui fera dire aux Soviétiques que le Gustloff n’était en fait qu’une cible militaire parmi d’autres…

    en cette soirée du 30 janvier 1945, le sous-marin russe S13, commandé par Alexander Marinesko, aperçoit un grand paquebot sur sa route.

    C’est le Wilhelm Gustloff, qui a appareillé le matin-même de Gotenhafen – aujourd’hui Gnydia, Pologne – à destination de Hambourg, avec à son bord plus de 10 000 réfugiés fuyant l’avancée russe.

    Très vite, Marinesko fait charger les quatre tubes lance-torpilles. Comme c’est la coutume en temps de guerre, celles-ci ont été décorées de slogans vengeurs ou patriotiques. Ainsi, l’une d’elle est ornée d’un “Pour la Mère patrie”, une autre d’un “Pour le Peuple soviétique”. La troisième s’appelle “Pour Leningrad”

    La quatrième torpille fait long feu, et doit être retirée du tube puis désamorcée en catastrophe. Elle s’intitule tout simplement “Pour Staline”.

    Les trois torpilles restantes s’en vont exploser contre les flanc babord du grand paquebot allemand. La première pulvérise le compartiment de l’équipage à l’avant. La seconde détonne juste en dessous de la piscine où des dizaines d’auxiliaires féminines de l’armée ont trouvé refuge, projetant des morceaux de corps humain dans toutes les directions. La troisième explose dans la salle des machines, plongeant instantanément le bâtiment dans le noir.

    Dans ce navire surchargé, le carnage est bientôt épouvantable. Des dizaines de femmes et d’enfants ont déjà été déchiquetés. Des milliers d’autres, dont la quasi totalité des quelques 4000 bébés et enfants en bas âge qui ont pris place à bord, sont piétinés à mort par les adultes – parfois leurs propres parents – qui s’efforcent de grimper vers les ponts supérieurs.

    “À travers les vitres blindées, je ne pouvais les entendre crier. Mais les gens étaient serrés comme des sardines et le pont inférieur était déjà à moitié couvert d’eau. Et j’ai vu des éclairs; des coups de feu. Les officiers tuaient leur propre famille”…

    touché par trois torpilles, le Wilhem Gustloff, incliné sur le flanc babord, va sombrer en moins de 50 minutes. Les rares chaloupes que l’on sait mettre à l’eau, vu l’inclinaison des ponts, sont immédiatement prises d’assaut. A coups de pistolets dans la foule, les officiers s’efforcent, le plus souvent en vain, de maintenir l’ordre.

    https://www.protiprudu.org/wp-content/uploads/2017/02/gustloff.jpg

    Ceux qui n’ont pu y prendre place sautent à la mer. Mais dehors, il fait – 18 degrés, et la température de l’eau ne dépasse guère les 2 ou 3 degrés centigrades.

    Dans ces conditions, l’espérance de vie ne dépasse pas quelques secondes,… ce qui ne serait pas le pire si – ultime caprice du Destin – ne surgissait alors le croiseur lourd Admiral Hipper, une des dernières grosses unités de la Kriegsmarine, flanqué de l’escorteur T36.

    Également surchargé de réfugiés, le Hipper, lancé à pleine vitesse au milieu des centaines de personnes occupées à se noyer, donne un coup de barre pour éviter l’épave du Gustloff,… et aspire dans son sillage des dizaines de naufragés, qui finiront broyés par ses hélices. Encore ceux-là auront-ils eu la chance d’échapper aux détonations des grenades sous-marines lancées par le T36, qui en déchiquètent des dizaines d’autres…

    Alexander Marinesko a quitté les lieux du massacre sans demander son reste. Douze jours plus tard, il doublera même la mise contre le navire-hôpital General Von Steuben, faisant plus de 3000 morts, dont une bonne part de blessés sur civières. Pour cette participation héroïque à la défense de la Mère patrie, il sera décoré du titre envié de héros de l’Union soviétique…

    Seules quelques centaines de personnes – sur les quelques 10 000 que transportait le Gustloff – ont échappé au massacre, grâce aux canots de sauvetage ou secourus par d’autres navires…

    Beaucoup moins célèbre que celui du Titanic, le naufrage du Wilhelm Gustloff a pourtant fait six fois plus de victimes. Mais comme celles-ci n’étaient que de simples numéros dans une guerre qui en avait déjà tué des dizaines de millions, et comme ils étaient allemands, c-à-d ennemis et donc forcément coupables d’une manière ou d’une autre, elles tombèrent presque aussitôt dans l’oubli, à la plus grande satisfaction des autorités soviétiques.

  • Admin bbPress
    Posts6284
    Member since: 5 août 2017

    Un premier message puissant! :ohmy:

    Passionnante (et tragique!) histoire que celle de ce naufrage. Effectivement, la présence de militaires a en quelques sorte légitimé l’action soviétique… Difficile de dire qui se trouve sur un bateau, même désarmé.

    Le Titanic a donc vraiment occulté ce désastre relativisé par cette guerre.

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Participant
    Posts914
    Member since: 6 novembre 2015

    Merci de partager cette histoire​ avec autant d’infos !

    Je crois qu’il y a déjà eut une histoire semblable, avec des Il-2 torpilleurs coulant un énorme navire de croisière.

  • Admin bbPress
    Posts6284
    Member since: 5 août 2017

    Ah oui, c’était quel navire? Tu peux nous en parler plus?

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Modérateur
    Posts8250
    Member since: 14 mai 2013

    Je me souviens aussi de l’évocation par Pierre Clostermann dan son livre “le grand cirque” (autobiographique) de l’attaque par son groupe de Typhoon (je ne me souviens plus exactement à quel niveau (squadron…) et combien d’avions étaient engagés) de navires de “type” civils, dont des paquebots.

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Participant
    Posts373
    Member since: 17 juillet 2016

    “Un peu moins de 10 000 personnes sont mortes durant le naufrage d’un navire coulé par les russes”

    Quand c’est dit comme ça, il y a beaucoup moins de pathos, ça change la perception du drame.
    Mais je me pose pas mal de question sur la possibilité de voire 10 000 personnes sur un paquebot prévus pour 2 000 passagers.

    Pour faire preuve d’immoralité, je me demande quel doit être l’impact d’un tel récit, son utilité car, d’un certain point de vue, ce “n’est que” un autre massacre parmi d’autres durant cette guerre. De plus, le navire, si ça fait quatre ans qu’il était sur le même quai, de qui était composé son équipage, qui le commandait ? Son commandant ne se doutait-il pas que la mer Baltique était autant bourré de soviets que sur terre ? Pensait-il sérieusement que son identité de navire-hôpital suffirait pour passer ?
    Peut être que la situation avait donné des échos favorable pour un tel voyage : un autre paquebot qui est partit quelques jours avant lui et qui est arrivé à destination …

    Mais je me rend surtout compte de mes lacunes au sujet de l’exode allemande face à l’avancé de l’armée rouge car plus de détails sur les circonstances et les faits autour de cet épisode de la fin de la guerre pourrait expliquer ce qui, pour moi, est une folie.
    Celas me fait, au final, dire que c’est une autre bonne raison de garder ses deux pieds bien sur terre.

    "La critique de l'art est aisément difficile mais l'art de la critique est difficilement aisé".

  • Participant
    Posts2324
    Member since: 11 mai 2012

    en cette soirée du 30 janvier 1945, le sous-marin russe S13, commandé par Alexander Marinesko, aperçoit un grand paquebot sur sa route.

    Le truc amusant c’est que Marinesko avait du apparaille en urgence apres une bagarre dans un bar. Un des types qu’il avait envoye a l’hopital etait un des grades local du NKVD.

    Marinesko devait passer en cours martiale le lendemain mais il avait pris la poudre d’escampette avec son sub la nuit meme.

    Alors Marinesko n’a pas ete decore de “Hero de l’Union Sovietique” suite a l’accrochage avec le Gustloff. Il a recu l’ordre du Drapeau Rouge.

    En 45 ses incidents passes avec le NKVD le rattraperont et il perdra son commandement et sera retrograde au grade de lieutenant. Il sera meme vire de la Flote du Nord en Novembre 45.

    Il retrouvera partiellement son grade (et sa pension) en 1960 et c’est Gorbatchev qui en fera un “Hero de l’Union Sovietique” a titre posthume en 90.

    Apres le naufrage en lui meme, celui ci n’est qu’a l’image de l'”Ost Front” depuis 41. Nous sommes dans un esprit de guerre totale ou la vie humaine ne vaut strictement rien. Un batiment ennemi n’est qu’une cible qu’importe qu’il soit charge de civils ou de militaires. Les regles et les lois de ne s’applique malheureusement pas a ce front.

    Les civils forcement en sont les premieres victimes.

  • Modérateur
    Posts8250
    Member since: 14 mai 2013

    Front de l’Est ou pas, c’est loin d’être la première fois dans cette guerre qu’un navire hopital ou un navire chargé de civils est coulé. Que ce soit par les Alliés, les Soviétiques, les Allemands, les Japonais….

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Admin bbPress
    Posts6284
    Member since: 5 août 2017

    N’hésites pas à partager leur histoire aussi.

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Modérateur
    Posts8250
    Member since: 14 mai 2013

    On a par exemple le Laconia: https://strategietotale.com/forum/100-autres-fronts-aspects-de-la-deuxieme-guerre-mondiale/150579-l-affaire-du-laconia

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Admin bbPress
    Posts6284
    Member since: 5 août 2017

    Je n’avais pas vu ta réponse. Mais oui, c’est effectivement un autre récit passionnant et un geste unique dans cette redoutable guerre.

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

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