Post has published by BaTBaiLeyS

Ce sujet a 7 réponses, 3 participants et a été mis à jour par  BaTBaiLeyS, il y a 3 ans et 5 mois.

  • Admin bbPress
    Posts6308
    Member since: 5 août 2017

    Le désastre de Courcelle

    En 1649, après la chute de la Huronie et l’annihilation quasi-totale des Hurons des suites de graves épidémies et d’une redoutable campagne offensive de la part des Iroquois, les colons Français en Amérique du Nord, dorénavant d’une grande vulnérabilité sans ces alliés valeureux, connurent leur plus rude épreuve depuis leur arrivée plus d’un siècle auparavant.

    Les habitants de la Nouvelle-France étant grandement éparpillés et pratiquement sans protection militaire, les Iroquois, dans leur désir de vengeance face à ces étrangers amis des Hurons maintenant éradiqués, n’eurent pratiquement aucune entrave dans leur campagne de terreurs, où escarmouches violentes se succédèrent durant des années.

    D’innombrables raids eurent ainsi lieux, et souvent, de par la vulnérabilité de ces cibles particulières, ils se déroulaient comme suit : furtivement, un groupe composé d’une douzaine de guerriers armés (parfois de mousquet) surprenaient une famille sur leur établissement agricole. Ceux-ci tentaient généralement d’abattre le plus rapidement possible les hommes en âges de porter les armes, avant de prendre les femmes et les enfants comme captives. Peu d’informations nous sont parvenues quant à leur sort respectif.

    Or, durant cette période redoutable pour les colons, où les effectifs tout comme le matériel militaire manquait cruellement, des centaines de familles furent ainsi razziées…

    Cependant, à l’été 1665, suite à une décision de Louis XIV, un régiment de 1200 hommes, le Carignan-Salières, fut envoyé en Nouvelle-France, ce qui devait significativement changer le rapport de force et mettre fin au harcèlement incessant des Iroquois.

    Dès son arrivée, Daniel de Rémy De Courcelle, le nouveau gouverneur, un homme de 39 ans, fier et ne connaissant rien des conditions de vie nord-américaine, voulu n’en faire qu’à sa tête.

    Malgré ce tempérament qui tôt ou tard, lui attirerait des ennuis, son affectation commença sur une bonne note, puisque sa première décision stratégique fut d’ordonner la construction de différents forts le long de la route principale d’invasion iroquoise. Néanmoins, malgré ses ordres strictes et inflexibles, bien peu de moyen furent accordés à la main-d’œuvre, presque toute atteinte de diverses maladies suite à la longue et périlleuse traversée de l’Atlantique.


    Soldat du régiment au repos suite à leur dure traversée de l’Océan Atlantique.

    L’effet positif de cette stratégie se fit néanmoins rapidement sentir, et les raids diminuèrent drastiquement. Voyant ce succès défensif porter ses fruits, en janvier 1666, Courcelle décida, impulsivement, que le mois de janvier canadien serait parfait pour monter une invasion définitive du territoire Iroquois. Malgré les conseils alarmant de son entourage, dont plusieurs connaissaient bien le terrain sauvage et le climat rigoureux, il n’en fit qu’à sa tête, s’appuyant sur le fait que selon lui, l’effet de surprise de cette décision improbable leur donnerait la victoire et une paix durable…


    Portrait de Daniel de Rémy De Courcelle.

    Ainsi, à la tête de 600 hommes, il partira de Québec afin de gagner le territoire des Agniers, peuple faisant partie de la Confédération Iroquoise. Tout au long de leur pénible trajet, les soldats, mal habillés et non prêt à affronter de telles conditions, souffriront du froid et verrons leur progression grandement encombrée par la profonde neige.

    Arrivés au Fort Richelieu, plusieurs souffraient déjà d’engelure, et tandis qu’un détachement d’Algonquin devait venir les y joindre préalablement à l’attaque afin de remplir le rôle de guide et d’auxiliaires, jamais ils ne se présentèrent. Malgré ce détail non négligeable, Courcelle, ne connaissant pas le lieu exact du camp des Agniers, ordonnera l’avancée générale de sa troupe.

    Alors, ses hommes, épuisés, gelés et grandement encombrés par leur provisions et leurs armes, verront encore une fois leur progression grandement ralentit. Au final, sans guide, ils se perdront, reviendront plusieurs fois sur leur pas, et leur arrière-garde se fera accroché lors d’un raid Iroquois, ce qui causera la morts d’une dizaine d’individus, tout en en blessant des dizaines d’autres, ce qui ralentira une nouvelle fois davantage la marche.

    Au bout de plusieurs jours, ce triste regroupement, toujours perdu et incapable de parvenir à son but, aboutira dans une colonie hollandaise nouvellement cédée au Roi d’Angleterre, avec qui la France était en guerre. Les Hollandais offriront néanmoins l’hospitalité aux Français, mais Courcelle, persuadé que ses hommes ne voudraient repartir avec lui après un tel désastre s’ils s’assoyaient près d’un feu, la refusera. Il prendra cependant quelques provisions et laissera une dizaine de blessés à leur disposition avant de retourner à son point de départ.


    Guerrier Mohawk avec son tomahawk, sa hache de guerre.

    Au final, cette expédition aura été fort néfaste pour le prestige de la France en Amérique du Nord, et une centaine d’hommes y auront perdus la vie des suites du froid, du raid Iroquois sur l’arrière garde de Courcelle, le tout, sans compter les innombrables engelures, qui en incapacitera des dizaines d’autres.

    Les Iroquois riront plusieurs mois durant de cet épisode ridicule qu’ils ont suivi à distance par le biais d’éclaireurs postés dans les bois. Conscient de tout cela, afin de rétablir leur prestige et d’amener une paix durable entre eux et les Iroquois, les troupes du Carignan-Salières durent monter une autre campagne en septembre de la même année. Alors, à la tête d’une puissante armée de 1400 hommes, Tracy et Courcelle, qui aura tiré des leçons du désastre terrible et inutile survenus quelques mois auparavant, réussiront leur pari.

    Tracy et Courcelle lancent une nouvelle attaque, mieux préparée cette fois, contre les Agniers.

    En effet, complètement apeurés face à cette armée, en réalité la plus forte que cette partie du monde n’avait vu à ce jour, les Iroquois en viendront même à fuir de leur village sans combat. Voyant cela, les Français n’hésiteront pas à réduire le tout en cendre, et à s’accaparer de leur territoire au nom Louis XIV. La Confédération Iroquoise, humiliée par cet ennemi qu’elle méprisait, signera ainsi une paix qui durera près de 20 ans. Le prestige des Français était alors rétabli, et enfin, après tant d’incertitude, ils purent commencer à valoriser leurs acquis en Amérique du Nord.

    Connaissiez-vous ce chapitre de l’histoire de Nouvelle-France?

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 5 août 2017

    Très bon dossier!

    Malgré tout, je ne suis pas sur que l’on puisse parler de désastre, c’est plutot une erreur, qui finalement lui apprit et lui permit de remporter.

    Après, d’un point de vue humain, il est vrai que c’est dramatique, personnellement, j’ai cru tout au long de ton dossier que les soldats déserteraient en masse ou tueraient De Courcelle^^

  • Admin bbPress
    Posts6308
    Member since: 5 août 2017

    xD, ça aurait été épique. Non, mais quand même, perdre 100 soldats contre rien, attirer la risée des Anglais et des Iroquois et détruire sa réputation personnelle dans les premier jour, ça demeure un désastre relatif. 100 hommes revenait à 10% des effectifs de la Nouvelle-France. Il faut bien relativiser ^^

    Mais oui, faut pas comparer à La Sommes ou Stalingrad en terme de désastre 😉

    PS à Jdd : le dossier ne répond pas encore aux critères des dossiers en raison de manque de mots. Je corrigerai peut-être cette lacune plus tard afin de l’intégrer à la Table des Matières 😀

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  • Participant
    Posts5796
    Member since: 5 août 2017

    Il est clair que son expédition a été un beau fiasco : non seulement il ne trouve personne et ne peut donc même pas mener une quelconque bataille, mais l’usure hivernale a raison d’une part non négligeable de ses effectifs ! Au final, elle coûte cher cette petite promenade…

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 5 août 2017

    En effet, tout est question d’echelle, et j’avoue que les anglais avaient de quoi rire^^

    Dans cette “tourmente”, il aurait très bien pu subir une embuscade massive. Et ça aurait pu finir comme l’armée anglaise qui fut mise en déroute par quelques tireurs d’élite dès le début de la guerre d’indépendance.

  • Admin bbPress
    Posts6308
    Member since: 5 août 2017

    Je ne l’ai pas mentionné dans le dossier, mais durant cette mission, son arrière garde s’est fait accrocher par des éclaireurs, et 10 soldats sont morts. Aussi, les chiffres divergent terriblement selon les sources. Lorsque je me suis intéressé pour la première fois au sujet, c’était grâce au documentaire : Canada, a people’s history, mais ici, ils parlaient de 400 morts! J’ai fais des recherche, et les autres sources parlaient d’entre 60 et 200 morts. J’ai donc tranché 😉

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  • Participant
    Posts1563
    Member since: 5 août 2017

    Je ne connaissais nullement ces faits, et je te remercie de me les avoir fait découvrir !

    PS à Jdd : le dossier ne répond pas encore aux critères des dossiers en raison de manque de mots. Je corrigerai peut-être cette lacune plus tard afin de l’intégrer à la Table des Matières 😀

    Ok, fais-moi signe lorsque ce sera bon (si tu le fais^^’). 😉

  • Admin bbPress
    Posts6308
    Member since: 5 août 2017

    Je viens de largement éditer mon message initial afin qu’il remplisse les critères exigés pour faire partie des dossiers ^^

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