Post has published by guiguit

Ce sujet a 2 réponses, 2 participants et a été mis à jour par  guiguit, il y a 1 an et 6 mois.

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    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Le Consulat et l’agonie de la chouannerie et des Vendéens

    http://p8.storage.canalblog.com/88/35/773923/99747526.png

    Au lendemain du coup d’Etat du 18 brumaire, les royalistes de Vendée, Bretagne et de Normandie cessèrent leurs actions militaires dans l’expectative. En effet, les consuls de la République semblaient être d’une autre trempe que le Directoire, en particulier celui qui écartera ses collègues Sieyès et Ducos : le général Napoléon Bonaparte.

    Bonaparte est décidé à terminer la guerre de Vendée et à mettre fin à la chouannerie, guerre civile qui endeuille la France depuis quasiment 1792. Outre qu’il disposait d’une conjoncture favorable son projet, le Premier Consul va à la fois utiliser la coercition et la persuasion-on pourrait aussi dire le bâton et la carotte-pour parvenir à ses fins.
    Une des premières mesures prises par le nouveau gouvernement est l’abolition de la loi des otages. Cette loi de terreur permettait aux autorités de prendre en otage les familles des royalistes pour faire pression sur leurs parents. Symboliquement, c’est Bonaparte qui ouvrit les cachots de la prison du Temple à Paris où étaient retenus les innocents. Ses partisans n’allaient pas tarder à en tirer profit pour leur propagande.

    Sur le terrain, l’offensive chouanne s’était essoufflée après avoir débuté avec beaucoup d’enthousiasme. Des négociations avaient même été entamées entre chefs républicains et royalistes mais, chacun souhaitant qu’une victoire le mette en position de force à la table des négociations, tout traînait. Le général Hédouville qui commandait sur place parvint à convaincre quelques chefs de conclure une trêve peu après le coup d’Etat. Un des chefs, d’Andigné, avait rejoint un agent royaliste, Hyde de Neuville, à Paris sur ces entrefaites et avaient rencontré le Premier Consul. Bonaparte les assura qu’il souhaitait de «bons prêtres» et souligna la lâcheté des princes Bourbons qui n’avaient guère rejoint ceux qui se saignaient pour eux depuis des années. Il ajoute encore : «Dites bien à vos concitoyens que les lois révolutionnaires ne viendront plus dévaster le beau sol de France, que la Révolution est finie, que la liberté de conscience sera entière et absolue, que la protection sera égale pour les citoyens et indépendantes de toutes espèces de préjugés, et qu’en mon particulier, je serai sensible et saurai reconnaître les oins que l’on se donnera pour la paix et la tranquillité.» Revenant dans son camp, d’Andigné fit connaître les propos du Premier Consul et sa popularité.

    C’est alors que Bonaparte usa du bâton après avoir montré la carotte. Il ordonna au général Brune, un brillant stratège dont l’ardeur républicaine ne pouvait être mise en doute (l’Empereur Napoléon s’en mordra les doigts plus tard), de se porter dans l’Ouest avec son armée qui revenait victorieuse de Hollande. Certains chouans évoquèrent la possibilité de continuer la lutte mais la disproportion des forces inclinait à la négociation. D’autres, comme Hyde Neuville, pensèrent que seul se débarrasser de Bonaparte sauverait le royalisme en France.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/59/Brune_m.jpg/220px-Brune_m.jpg

    Le général Guillaume Brune

    Lors de l’anniversaire de la mort de Louis XVI, le gouvernement fit lire son testament sans que cela ne provoque aucun trouble dans la capitale si ce n’est l’étonnement. Un signe supplémentaire aux rebelles de l’Ouest. De même, il fit publier une proclamation dans ces départements où il promettait pardon aux repentis, rétablissement du catholicisme et retour à la normale.

    Ce fut l’abbé Bernier, un chouan qui s’était plus rebellé pour sa religion que pour la cause royale, l’architecte des négociations de paix. Il parvint à faire déposer les armes sur les rives de la Loire. Il avait obtenu d’Hédouville le retour de la religion, d’effacer les vaincus des listes des émigrés (Bonaparte décrètera plus tard une amnistie totale) et une exemption d’impôts de trois dans les départements ravagés par plus de six années de petite guerre.

    Malgré tout, il restait des bandes en armes. Cadoudal, Frotté et Bourmont maintenait leurs légions prêtes au combat. Contre eux, le Premier Consul exigea de ses généraux rigueur et rapidité. Il souhaitait en effet concentrer le plus tôt possible le plus de troupes possibles contre l’Autriche. Traqué, cerné, Georges Cadoudal se soumit le 14 février 1800, Bourmont avait capitulé le 5. Frotté quant à lui, fut exécuté pour double-jeu peu après son arrestation. Sa mort marqua la fin du soulèvement de l’Ouest. La police et la gendarmerie prirent le relais de l’armée pour anéantir les quelques bandes de brigands subsistants.

    Cadoudal et Bourmont furent conduits à Paris. Reçus en audience par le Premier Consul, ils furent sollicités pour entrer dans l’armée française, Cadoudal devenant même général de division. Ils refusèrent. Bonaparte eut beau insisté, il ne parvint pas à convaincre le Breton têtu. Napoléon ne s’en rendit apparemment pas compte vu qu’il écrivit à Brune après l’entrevue qu’il pourrait «tirer parti de ce gros Breton pour les intérêts même de la Patrie». De son côté, «l’Hercule royaliste» disait à qui voulait l’entendre : «J’aurais dû prendre ce gringalet dans mes bras et l’étouffer.» Le Chouan s’enfuit alors en Angleterre. Il avait alors abandonné l’idée du combat face à face pour la conspiration et le terrorisme qui se concrétiseraient lors de l’attentat de la rue Saint-Nicaise…

    La pacification de l’Ouest ferma les cicatrices d’une guerre civile inutile. Elle permit de concentrer des troupes françaises aux frontières du territoire national et empêcha les Anglais d’établir un second front en France même pour le reste des guerres napoléoniennes. En outre, cela gonfla à bloc la popularité de Napoléon Bonaparte, véritable homme d’Etat apte à diriger la nation française.

  • Participant
    Posts893
    Member since: 26 août 2013

    Merci pour ce récapitulatif bien fait sur la fin de la chouannerie !

    Je souhaiterais ajouter une précision : tu evoques Louis de Frotte, chef de la chouannerie normande ; il fut fusillé, au mépris de la parole donnée, et cela a sans doute confirme Cadoudal dans son acharnement.

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Contrairement à Bourmont et à Cadoudal, Louis de Frotté fut convaincu de double-jeu pendant qu’il négociait. Les généraux républicains, alors pressés par le Premier Consul qui voulait en finir de la guerre civile, perdirent patience, l’arrêtèrent puis l’exécutèrent après un procès sommaire. Si en effet il avait manqué à leur parole, Frotté était bel et bien en train de jouer un double-jeu vu qu’il avait ordonné à ses hommes de ne point se désarmer. Quant à Cadoudal, sa haine de Napoléon semble plus remonter à sa rencontre avec lui qu’à l’exécution de Frotté. C’est quand même ironique que ce terroriste ait eu un comportement plus loyal lors de la pacification et du démantèlement de ses troupes que le “noble” de Frotté.

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