Post has published by Seïki Genda

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    Après la Grande Guerre, l’état de l’armée française n’a cessé de se dégrader. En mai-juin 1940, malgré la conduite héroïque de bon nombre de ses soldats, cette armée est finalement mise au pied du mur. Ses chefs, devant l’ampleur du désastre, optent pour un cessé le feu avec l’ennemi, au prix de nombreux sacrifices. Mais l’esprit guerrier n’est pas mort, et les officiers français n’auront de cesse, profitant des deux ans de sursit accordés par l’armistice, de reconstituer secrètement leurs armes pour la reprise du combat contre l’envahisseur nazi…

     

     

     

    La Fin de la Grande Guerre

     

    En novembre 1918, quand se termine la Grande Guerre, la France est toute entière mobilisée pour l’effort de guerre. Les usines tournent à plein régime pour fournir aux troupes le matériel dont elles ont besoin. Et l’armée est très demandeuse : depuis sa refonte par les soins des généraux Foch, Pétain et de Castelnau, aucune offensive Alliée n’est autorisée par l’E-M sans une concentration minimale de matériel et une installation préalable de voie de ravitaillement et d’hôpitaux de campagnes. Un exemple comme un autre, l’offensive Franco-Américaine du saillant de Saint-Mihiel le 12 septembre :

    « Elle avait été préparée minutieusement. Les Américains disposaient de 3 010 pièces d’artilleries de tout calibre, dont aucune n’était américaine : ils en servaient 1 681 et les Français 1 329. On avait accumulé 40 000 tonnes de munitions. Les camions fournis par les Français étaient assez nombreux pour transporter en un seul voyage 20 000 hommes et 2000 tonnes de matériel. Naturellement on avait refait les routes, construit un pont de 70 mètres, déroulé 40 kilomètres de chemin de fer à voie normale et plus de 200 kilomètres de chemin de fer à voie étroite, installé des points d’eau qui fournissaient plus de 6 millions de litres par jour, aménagé pour les blessés 20000 lits et prévu 65 trains sanitaires. L’aviation comprenait 1400 aéroplanes. […] Il n’y avait pas de tanks lourds, mais 267 tanks légers, tous de fabrication française, dont 154 étaient montés par les équipages américains. » Henri Bidou, Histoire de la Grande Guerre.

    Tout le pays est derrière l’Armée pour la seconder dans sa tâche et la France fournit plus des 3/5ème de l’équipement des Alliés, important des USA les matières premières nécessaires : cuivre, zinc, coton, nitrates, charbon, fonte et aciers, essences, etc.

    L’armistice intervient de 11 novembre 1918, alors que le général de Castelnau, chef d’état-major général des armées françaises (différent de l’E-M général des armées Alliées) et commandant en chef du groupe d’armées Est, s’apprête à lancer l’offensive finale en Lorraine après une minutieuse préparation.

    Le général Edouard de Curières de CastelnauLe général Edouard de Curières de Castelnau

    L’Armée, qui avait mené la guerre, est alors exclue des négociations. Soucieuse de maintenir la paix pour l’avenir, l’Armée, par la voix du maréchal Foch, s’adresse au gouvernement pour proposer les termes du traité. Et le maréchal a des idées très précises sur la sécurité de la France et les précautions à prendre pour éviter un second conflit.

    Il faut fixer la frontière Allemande sur la rive droite du Rhin, organiser les pays de la rive gauche en une sorte de glacis, occuper des têtes de pont sur la rive droite.

    La réponse de Clémenceau arrive, sèche : _ Cela ne vous regarde pas, vous n’en êtes pas.

    Le traité de Versailles sera donc conçu comme nous le connaissons aujourd’hui, avec tous ses défauts, et contresigné par les différents partis le 28 juin 1919. « Ce n’est pas une paix ! Ce n’est qu’un armistice de vingt ans… » s’exclamera le maréchal Foch ; en effet vingt ans plus tard, nous sommes en juillet 1939, le troisième Reich s’apprête déjà à envahir la Pologne.

    Le maréchal Ferdinand Foch

    Il a fait sa guerre, mais on n’a pas fait sa paix.

    Cet armistice aura coûté à la France 1 700 000 morts et 4 300 000 blessés, représentant chez les 18-27 ans, la disparition d’un tiers de la population, ce qui aura des conséquence grave par la suite.

     

     

    L’entre-deux guerre

     

    Le pays rentre alors dans sa période de reconstruction. Le gouvernement semble alors se désintéresser de l’Armée. Il n’a, en effet, que peu apprécié l’intervention de l’Armée pour la création d’un Etat tampon en Rhénanie, considérant que les questions politiques étaient de son seul ressort et que l’Armée n’était, selon les dires de Clémenceau qu’un « outil technique, au service de l’Etat ». Les pensions sont alors drastiquement revues à la baisse, au point d’atteindre des extrémités encore jamais vues. L’Armée était devenue « inutile à entretenir dans un monde en paix ».

    Le général Gamelin rapporte l’anecdote suivante : « Un officier général, désirant encourager le fils d’un ami à préparer Saint-Cyr, faisait valoir devant lui la situation matérielle qui, bien que très modeste, assurait une vie indépendante. Et le jeune homme répondait : Mon général, ce n’est pas la solde de sous-lieutenant qui m’inquiète, c’est la vôtre » Maurice Gamelin, Servir.

    C’est l’époque où, pour la première fois, « les femmes d’officiers cherchaient des emplois, et les officiers eux-mêmes travaillaient hors de leur service » (Lucien Souchon, Feu l’Armée Française). Dans ces conditions, les engagements se font évidemment très rares, les promos de Saint-Cyr ou de Saint Maixent sont squelettiques et comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement décide de passer le service militaire de 36 à 18 (1923) puis 12 mois (1928).

    Pendant ce temps, les officiers qui déjà commandaient les troupes pendant la guerre continuent leur service : Pétain au Maroc contre Abd-El-Krim, Gamelin en Syrie pour mater la révolte des Druses puis au Brésil, Weygand en Pologne pour lutter contre les Soviétiques.

    Mais l’immense majorité des anciens combattants doivent s’en retourner, souvent avec difficulté, vers la vie civile, accentuant d’autant plus la répulsion des jeunes (et de leurs parents) envers l’armée.

    Pour parler chiffre : le contingent (ie les classes effectuant leur service militaire) était de 360 000 en 1914, il tombe à 250 000 en 1922 et même à 130 000 en 1935-1936, ce à cause du faible taux de natalité dans les années 1914-1915 (le service se faisant à 21 ans).

    Quant à l’armée d’active, elle compte 100 divisions, elles aussi en sous effectifs, sauf pour les officiers, nombreux après la guerre. En 1931 on compte ainsi : 32 451 officiers. Ça ne vous paraît pas étrange ? Démonstration : 143 généraux de divisions pour 100 divisions, 1247 chefs de bataillons pour 300 bataillons, 3689 capitaines pour 1200 compagnies, sans compter les 245 généraux de brigade et les 446 colonels sans affectation…

    Et bien que l’Armée soit en manque d’effectif, il n’y a même pas assez de matériel pour l’équiper. La grande majorité des stocks d’armement ont été détruits ou vendus, et la production de matériel est à l’arrêt.

    La flotte aérienne française, qui était la plus fournie en appareil à l’aube de l’année 1919, ne reçoit ses avions qu’au compte-goutte tandis que le Maréchal Pétain, à qui a été confié le ministère de l’aviation (créé en 1928), réclame à cors et à cris des crédits pour le développement de l’arme aérienne, dont il est un des promoteurs.

    Quant à l’arme blindée, rien n’avance. L’E-M est divisé en deux camps : l’un veut dispatcher les tanks dans les unités d’infanterie et donc favoriser le développement des tanks lourds, l’autre veut former de vastes corps blindés autonomes qui, placés en réserve, pourront intervenir sur les points du front où cela sera jugé nécessaire, et donc favoriser le développement de chars mobiles, tandis que d’autres encore, menés par les généraux Debeney et Chauvineau, sont pour leur suppression pure et simple des fournitures de l’armée. Une dispute qui arrange bien le gouvernement pour n’avoir à fournir aucun crédit, arguant qu’il ne faudrait pas gaspiller en finançant un projet sans être sûr d’aller au bout. Ce n’est qu’en décembre 1938 que la décision sera prise de former des divisions cuirassées selon le modèle préconisé par les généraux Gamelin, Maurin et Fabry. De l’autre côté du Rhin, c’est en 1934 que Hitler annonce la création de ses trois premières PanzerDivisionen, à l’indifférence générale, alors que la construction de chars lui était interdite par le traité de Versailles.

    Autre armement coûteux, l’artillerie est délaissée. Elle qui représentait 16% des forces armées en 1916, et 20% en 1918, elle était retombée à 8% en 1935, pour laisser place à l’infanterie, comme au début de l’année 1914. Un véritable retour dans le temps, comme s’il ne s’était rien passé 20 ans plus tôt. La DCA et les armements anti-char sont, quant à eux, toujours à l’état de projets en 1935.

    Mais toute ces lacunes, pourtant portées et reportées aux yeux des gouvernants, n’ont pas l’air d’émouvoir ces derniers, au contraire. En 1933 une nouvelle réduction est appliquée : sur 4 milliards d’économie prévu par le gouvernement, 1.73 milliards touchent l’armée.

    Pendant ce temps l’Allemagne réarme et en mars 1936 réoccupe la Rhénanie, violant les termes du traité de Versailles. On pourrait croire que cet événement allait être la provocation salvatrice qui permettrait au gouvernement de se réveiller…mais non. Examinant les moyens d’une riposte, Daladier demande aux Anglais ce qu’ils comptaient faire. Réponse en substance : « Les traités de Locarno nous interdisent l’intervention militaire, donc nous vous soutiendrons de manière diplomatique mais cela s’arrêta là ; d’autant que c’est à votre frontière que ça se passe, pas à la nôtre. Nous avons déjà suffisamment de problèmes à régler ». Les Anglais nous ayant lâché, le vice-président du Conseil convoque Gamelin pour discuter avec lui de la marche à suivre. Celui-ci lui annonce que toute opération militaire contre l’Allemagne, qu’il estime disposer de 80 divisions, exigerait au préalable de promulguer un acte de mobilisation générale. Résultat, nous avons « protesté ».

    Un plan de réarmement sur 4 ans est tout de même lancé et un budget de 14 milliards est avancé pour cette période.

    Cependant le matériel sort très lentement des usines. Alors qu’en Allemagne les ateliers tournent 144 heures par semaines (vive le service de nuit obligatoire), ce n’est le cas que 56 heures par semaine en Angleterre et seulement 40 heures en France (!!!).

    En mai 1940, l’Armée dispose officiellement de : 9 950 mortiers de 60 et 81 mm, 6 000 canons anti-char de 25mm et 1 155 de 47mm, 340 chars B, 260 chars D, 2 900 chars Hotchkiss-Somua (soit un total de 3 600 chars), 860 automitrailleuses (chiffres tirés du procès du Maréchal). Et pour ceux à qui ces chiffres ne parlent pas, la conscription devait mener sous les drapeaux pas loin de 4.5 millions d’hommes, dont presque 3 millions sur le front.

     

     

    La mobilisation

     

    La mobilisation générale, proclamée le 2 septembre 1939, est un succès total. En 21 jours à peine, 2 776 000 hommes sont armés et envoyés au front. Tout s’est déroulé selon le plan établi. Sauf que, première boulette, ce plan avait oublié de prendre en compte que les mobilisés en question pouvaient travailler dans les usines d’armement (!!! faut quand même le faire…). Ce sont les usines Renault qui tirent la sonnette d’alarme, signalant que les effectifs dans ses usines sont tombés de 30 000 à 8 000 (mais la palme d’or revient aux usines des munitions de Roanne, fournissant les 75mm, qui voit sa main d’œuvre fondre, pour atteindre 1/40ème de sa dotation de temps de guerre). Il faut donc faire revenir du front 500 000 hommes, dont 230.000 avaient déjà atteint leurs positions de combat. Cela met les unités dans un état de désorganisation totale, certaines se retrouvant amputées d’un tiers de leurs effectifs, qui ne seront parfois jamais remplacés…

    Tout ceci démarre très mal pour l’armée française, et les mauvaises nouvelles ne sont pas terminées. Les divisions cuirassées prévues sur le papier ne sont pas formées, et les chars prévus à cet effet répartis en 40 bataillons qui iront en soutien de l’infanterie (et ceux en état de marche sont au nombre de 2 200 seulement, dont 700 Renault FT de 1918, ce qui correspond à des groupements de 50 chars par bataillons). Quant à l’aviation, qui a mobilisé 150 000 hommes, elle ne dispose que de 2 000 appareils, dont à peine une centaine de bombardiers et 250 chasseurs.

    Les hommes appelés sous les drapeaux ont pour la plupart un service d’un an derrière eux, 18 mois dans le meilleur des cas. Ils sont répartis en deux catégories de divisions : les séries A, constituées des classes les plus récentes et dirigées par les officiers d’active, et les séries B, comprenant les classes les plus anciennes (30 ans minimum) et commandés par des officiers de réserve. Les unités de séries A sont prioritaires quant au matériel qui fait déjà défaut.

    Tandis que la majorité de l’armée d’active, et un tiers de l’armée française s’enterre sous la ligne Maginot (qui nécessite un personnel hautement qualifié), une bonne moitié de ce qui reste acceptable se masse dans le nord, prêt à se porter au secours des Belges, l’E-M estimant que les Allemands passeraient par la Belgique. Ce qui laisse, vous l’aurez deviné les séries B pour garder le reste du front (y compris les Ardennes).

     

     

    La Bataille de France

     

    Le 10 mai 1940, les armées allemandes se mettent en marchent. Rapidement, les armées alliées sont dépassées : c’est le désastre que vous connaissez tous. (je vous renvoie aux sujets dédiés à la percée de Sedan pour plus de détails)

    Le 19, le colonel de Gaulle échoue dans sa mission de contre-offensive à la tête de la 4ème DCR. Le même jour, le président Reynaud limoge brutalement le général Gamelin et rappelle de Syrie le général Weygand qui se voit nommé par décret « commandant en chef de l’ensemble des théâtres d’opérations ».

    Le général Maxime Weygand

    Le 20 au soir, malgré ce qu’il décrit comme « une situation militaire sans issue », Weygand donne ses ordres pour une contre-attaque coordonnée des groupes d’armées I et II sur le doigt de gant allemand, ce afin de couper les Panzer Divisionen du reste de la Wermarcht. Quelques heures avant son déclenchement, la manœuvre doit être avortée : le général Billotte, commandant du groupe d’armée I a trouvé la mort. Bien pire, le commandant du Corps Expéditionnaire Britannique, le général lord Gort, prend la décision le 25 mai, sans même en avertir ses alliés Belges ou Français, de faire replier ses troupes sur Dunkerque pour les y rembarquer à destination de l’Angleterre. Ce faisant il laisse un trou béant de plusieurs dizaines de km dans le front, abandonnant le secteur pivot de la manœuvre du général Weygand. Toute contre-offensive devient irréalisable, le groupe d’armée I est irrémédiablement encerclé.

    Le 27 mai, l’armée Belge capitule. Du 26 mai au 4 juin, l’opération Dynamo permet l’évacuation de 338 000 hommes ; mais pas de leurs équipements… L’Armée anglaise a cessé d’exister en tant que force opérante, 66 divisions Alliées ont été anéanties. La défense du sol français est laissée à 43 divisions, presque toutes de réserve, la plupart incomplètes et manquant toujours de matériel.

    Le 5 juin à l’aube, de Péronne à la mer, l’assaut final est lancé, avant même que les troupes françaises ne soient parvenues à leurs nouvelles positions. Les divisions mécanisées allemandes avancent plus vite que les soldats français en repli. Les allemands capturent les hommes par divisions entières ; les soldats français, épuisés par les marches incessantes, n’ont même plus la force de se battre. Pour ne pas être ralentis par leurs prisonniers, les troupes de la Wermarcht se contentent de détruire le matériel des capturés pour ensuite continuer leur route en laissant ces derniers sur place.

    Le 10 juin, à 16 heure, le prince Ciano présente à l’ambassadeur François-Poncet la déclaration de guerre de l’Italie à la France. Le même soir, alors qu’à Briare Winston Churchill refuse une nouvelle fois le concours de la RAF au général Weygand, les colonnes Allemandes franchissent la Marne.

    A 18 heure se tient à Tours le conseil des ministres. Pour les 23 présents, auxquels Weygand explique la situation, ces révélations sont inouïes : partout en France, et jusqu’aux ministères, le déroulement de la bataille est inconnu, personne n’a idée de l’ampleur du désastre. Pour la première fois, la question de l’armistice est évoquée auprès du gouvernement. Pour sauver ce qui reste de ces hommes fourbus, pour éviter au pays la destruction complète, pour mettre fin au drame de ces millions de gens qui errent sur les routes, mitraillés, bombardés, affamés, une seule solution : l’armistice. Et tout de suite. Plus tard, il sera trop tard. Paul Reynaud refuse, Weygand s’emporte, le Maréchal Pétain prend parti : « Je suis de l’avis des chefs militaires, seuls au courant ».

    Churchill explique ainsi l’attitude du général Weygand : « Il s’efforçait de convaincre le gouvernement de demander un armistice avant que l’armée n’ait plus la discipline et la force pour maintenir l’ordre à l’intérieur au lendemain de la défaite ».

    Ce qu’il oubliait d’ajouter, c’est qu’au sein même de son gouvernement, la majorité souhaitait renier les engagements pris et signer une paix séparée avec l’Allemagne. Une bonne part du Parlement, dirigé par Neville Chamberlain et Lord Halifax, conscient du désastre, souhaitait sortir l’Angleterre du conflit avec le traité le moins désavantageux possible. Pour cela ils pressaient le premier ministre et le roi de trouver un accord avant la chute de la France. Ceci, l’Etat-major en était bien conscient, grâce au information des Services de Renseignement.

    Le gouvernement français s’installe à Bordeaux le 14 juin tandis que les Allemands défilent dans Paris. Paul Reynaud et 14 ministres sur 24 sont pour une capitulation de l’armée et la poursuite du conflit par l’Empire. Ils n’ignorent pas que la bataille de France est bel et bien perdue, mais ils souhaitent que seule l’armée capitule afin que le gouvernement réfugié hors de la métropole soit toujours le gouvernement de la France aux yeux des Alliés. Se faisant le gouvernement, qui a lancé la France dans une guerre contre l’avis de ses officiers, refuse d’assumer le désastre et préfère rejeter la responsabilité de la défaite et de la capitulation sur l’armée.

    Weygand refuse : ce serait une infamie pour une armée qui vient de se battre si admirablement (plus de 200 000 pertes en à peine 1 mois d’opérations). De plus, l’Afrique du Nord est un leurre : rien n’y est prêt pour une poursuite de la guerre et il est hors de doute qu’on ne puisse même pas y faire parvenir les débris de l’Armée (omniprésence de l’aviation et de la flotte de l’Axe en méditerranée, sans oublier que les Allemands avancent plus vite que les Français ne reculent).

    Le conseil des ministres du 15 juin se prononce finalement contre Paul Reynaud. Celui-ci démissionne. Le président de la république Albert Lebrun adresse une demande au Maréchal Pétain pour que celui-ci remplace le cabinet sortant, ce qu’il accepte à contre cœur. Le Maréchal devient président du Conseil selon la procédure parlementaire normale (ce qui sera confirmé le 10 juillet selon la procédure régulière avec le vote de 569 député contre 80) et forme son ministère.

    Le Maréchal Philippe Pétain

    Dans la nuit du 16 au 17, une demande des conditions d’armistice est envoyée via l’Espagne. Elle est finalement signée le 22 juin et rentre en vigueur le 25.

     

     

    L’armistice

     

    Cet armistice est accueilli avec soulagement par le plus grand nombre. Des unités entières déposent les armes pour respirer un peu, un première depuis de longs jours de combats et de marches forcées. Mais dans l’esprit de ses chefs, l’Armée est loin d’en avoir fini avec cette guerre.

    « L’honneur est sauf. Demeurez unis et confiants en vos chefs. Continuez à vous soumettre à une stricte discipline ; où que vous soyez, votre mission n’est pas terminée. » (Weygand)

    Non, la mission des soldats de France n’est pas terminée. La France a été vaincue, humiliée, mais la France a survécu. Elle doit maintenant se reconstruire, et lorsque le Nouveau-Monde aura décidé de venir au secours de l’Ancien, cette France rebâtie pourra reprendre de vive force le terrain perdu et laver son honneur. Mais pour ce faire, encore faut-il préserver ce qu’il reste de la France. Et c’est ce que le nouveau gouvernement va s’efforcer de faire, en commençant par condamner publiquement l’action de ceux qui, se réclamant de la France, mettent en péril le sursit accordé par le fragile armistice. Le colonel de Gaulle, qui s’est réfugié en Angleterre, est condamné par contumace après que son titre provisoire de général (accordé à la prise de commandement de la 4ème DCR) lui ait été retiré.

    Celui-ci avait entretemps contacté les divers responsables des colonies pour obtenir du Soutien, ou à défaut, une reconnaissance. Dès le 17 juin le général Noguès, résident général au Maroc, intervient auprès du gouvernement et se déclare prêt à poursuivre la lutte : « Je suis prêt, si le gouvernement n’y voit pas d’inconvénients, à prendre directement, en dehors de lui, la responsabilité de cette attitude ». Nombre de gouverneurs généraux s’adressent alors à Noguès ; ils sont prêts à suivre un chef qui prendrait en main la conduite des opérations.

    La réponse du gouvernement est sans équivoque : par l’armistice c’est la France qui signe une trêve, l’Empire est français ; que l’Empire continue ouvertement le combat ne ferait qu’offrir aux Allemands une justification à la reprise de l’invasion, sans même garantir de réels bénéfices tactiques à la conduite de la guerre. Les nombreux télégrammes de de Gaulle resteront sans réponse.

    En effet la métropole a une vision à bien plus long terme que lui : « Si certaines volontés, mues par un instinct national plus impatient, se sont tout de suite déclarées et ont commencer d’agir ouvertement de l’extérieur, d’autres plus silencieuses, mais plus attentives aussi, sous la menace du poignard ennemi, à ne pas compromettre irrémédiablement le sort du pays, se sont attachés, en terre française, à refaire des armes et à sauvegarder certaines positions indispensables à la reprise du combat ». (Maréchal JUIN : Mémoires)

     

     

    Contourner les interdits

     

    Les conditions de l’armistice sont très dures pour l’Armée : son effectif est limité à 100 000 hommes dont 4000 officiers et sans possibilité d’en former d’avantage, la conscription et le service militaire sont interdits, de même que les armes lourdes et les chars d’assauts, les effectifs du corps aérien réduits à presque rien…

    « Cette armée, pauvre et impuissante […] croit, une fois ses forces reconstituées, pouvoir, un jour, rentrer en guerre contre les Allemands. Elle espère être le poids décisif, quoique faible, qui fera pencher la balance de son côté. Elle attend l’heure et se prépare. » Jean Feller; Le dossier de l’armée française.

    Le problème de l’interdit du service militaire sera vite contourné. A Opme, petit village reculé du massif centrale, le général de Lattre de Tassigny crée une “école de cadre” devant former les nouveaux officiers. Dans le même temps, les Chantiers de Jeunesse (largement inspiré des camps des Jeunesses Hitlériennes) sont institués pour encadrer les jeunes gens, les former à la discipline et les mettre en condition physique.

    Le Maréchal Jean de Lattre de Tassigny

    Pour la conscription, deux problèmes se posaient : il fallait tout d’abord reclasser tous les officiers de métier qui ne pouvaient plus rester dans l’Armée métropolitaine ou en Afrique du Nord (environ 20.000), ainsi que les soldats d’active. Il fallait ensuite trouver un subterfuge pour amener sous les drapeaux tous les vétérans de la campagne ainsi que les jeunes de Chantiers de Jeunesse lorsque le moment serait venu. Le général Revers raconte comment ceux-ci furent résolus :

    « On créa donc des corps civils, dérivés de l’ancienne organisation. Ces corps d’administration furent “civilisés”, et mêmes certains corps nouveaux furent créés, tels les chantiers pour l’état-major, les adjoints administratifs pour les corps de troupe, le Service des bâtiments pour le génie. Enfin, plusieurs services tels le Service géographique de l’armée, ainsi que les fabrications d’armement furent passés à des ministères civils. Quelques administrations enfin recueillirent un certain nombre de militaires : cadre préfectoral, Eaux et Forêts.

    L’armistice nous interdisait toute mesure de conscription et nous obligeait à dissoudre le service de recrutement. […] Sous l’impulsion du contrôleur général Carmille fut constitué un “Service de statistique et de démographie”. Ce service entendait enregistrer et suivre la population dans sa situation momentanée comme dans ses mouvements. En particulier les documents de démobilisation furent conçus de façon à connaître et à tenir à jour la situation militaire de chacun, ainsi que sa position civile (profession, domicile, famille…). Partant de ces données, […] une mobilisation devenait possible… » Général Revers; Etude privée du 8 novembre 1954.

    Dans le même esprit, les jeunes hommes sortant des Chantiers de Jeunesse sont dirigés vers des “Association des Anciens des Chantiers”, listées et référencées, patronnées par d’anciens officiers d’actives toujours en contact avec l’état-major et forme ainsi une masse de réservistes relativement organisée.

    De même qu’il camoufle ses hommes, l’état-major tente de camoufler son matériel. Au début du mois de juillet, le général Colson, ministre de la guerre de l’Etat Français, écrit aux huit commandants des régions militaires de la zone sud (zone libre). Il ordonne de camoufler le matériel que la convention d’armistice oblige à livrer. Le mois suivant, c’est au tour du général Weygand, ministre de la Défense, de confirmer l’ordre par une note secrète.

    « Au même moment, les grands chefs de notre armée multiplient les contacts avec les officiers pour leur donner leurs instructions verbales, à défaut de consignes écrites qui eussent pu tomber entre les mains des Commissions d’armistice. En aout 1940, le général Verneau, chef d’état-major général de l’armée, réunit à l’Hôtel des Bains (à Vichy) 80 officiers d’état-major et leur dit en substance : La guerre n’est pas finie… La France connaît une épreuve de plus, mais nous sommes dans le pays de l’invincible espérance… Restez en contact avec moi. » Robert Aron; Histoire de Vichy

    Une véritable organisation sous les ordres du colonel Mollard est mise sur pied. Des armes, du matériel sont cachés dans des retraites sûres : fusils, armes automatiques, canons, mortiers, munitions, véhicules. Une autre partie des véhicules sont “prêtés” à des sociétés “civiles” nées dans bien des cas à cet effet. 35.000 voitures, 11.000 camions, 500 tracteurs sont ainsi soustraits à la vigilance des Commissions d’armistice.

    Le colonel Mollard

    « Ce fut l’œuvre d’un personnel restreint, choisi parmi d’anciens officiers de l’armée, mis en congé d’armistice, sous les ordres du colonel Mollard, avec un personnel de sous-officiers également restreint, toujours dans le souci de conserver le secret… Vers la fin de 1941, avec le colonel Mollard, nous avons évalué à 15 ou 18 milliards la valeur des armes et munitions que nous avions camouflées. » tiré du procès du Maréchal Pétain.

    Ce qui ne peut être caché doit être rendu inutilisable : au Levant, le général Dentz reçoit pour consigne de saboter tout son matériel lourd, que l’armistice l’obligeait à céder aux Italiens. Ainsi fut fait.

    Après le camouflage des hommes et le camouflage du matériel, voici venir l’action clandestine.

    Le contrôleur général Carmille prépare, on vient de la voir, sous prétexte de démographie, une éventuelle mobilisation. Dans le même esprit est créée une commission chargée d’établir les causes de la défaite. Sous la direction du général Doumenc, tous les journaux de marche des différentes unités sont systématiquement dépouillés. On rassemble, on analyse tous les documents sur la récente campagne de France, mais aussi sur la guerre germano-soviétique. A Lyon, le général Baurès dirige un centre d’étude tactique qui centralise tous les renseignements et finit par concevoir l’idée d’une guerre moderne menée par des détachements mixtes de toutes armes, rapides et indépendants. C’est le “Combat-Command” américain de 1944. Pour mettre au courant les officiers de ces divers travaux et de leurs résultats, on prévoit des stages qui remplaceront l’Ecole de guerre interdite.

     

     

    Les services de renseignement

     

    De même, sur ordre du Maréchal, les services spéciaux de l’armée, ainsi que le Service de Renseignement, ne cessent pas leurs activités.

    Je laisse parler Jean Deuve, officier du Renseignement et spécialiste des questions de contre-espionnage et de désinformation.

    « En 1939, le 2ème bureau, dirigé par le colonel Rivet, fut divisé en deux : le SR (recherches à l’extérieur) et le SCR (section de centralisation des renseignements, en réalité le contre-espionnage). […] A l’armistice du 25 juin 1940, le SCR devint la Société de travaux ruraux (TR), avec un PC à Marseille, sous les ordres du capitaine Paillole, et des postes en zone sud : à Lyon, Limoges, Clermont-Ferrand, Toulouse, Nice et Vichy. Les missions données à ces postes concernaient la poursuite de la lutte contre les services spéciaux des Allemands et des Italiens, la pénétration de ces services (il y avait encore une vingtaine d’agents introduits au sein de l’Abwehr), la liaison avec les services britanniques. S’ajoutait aussi la pénétration des commissions d’armistice ennemies présentes en zone sud. Les pénétrations faites par les services français dans les services ennemis permettaient d’être bien renseignés sur la situation chez ces ennemis, mais préparaient aussi, pour plus tard, l’intoxication en vue de futures opérations. » Jean Deuve ; Histoire secrète des stratagèmes de la Seconde Guerre mondiale.

    Ces services, en contact permanent avec les services britanniques (MI6) sont à l’origine des informations ayant permis l’arrestation dans les 48 heures de la totalité des agents de l’Abwehr envoyés en Angleterre (confirmé après guerre grâce aux archives de l’Abwehr). Ils ont également contribué dans une très large mesure au succès de l’opération Overlord (D-Day), avec un formidable travail d’intoxication des services Allemands.

    « Le SR air, issu du SR de l’armée, devenu autonome après l’armistice et dirigé par le colonel Ronin, se camoufla à Cusset. L’ancien Service d’écoute et d’interceptions se réinstalla à Vichy et se mit à l’écoute des communications des commissions d’armistice, des diplomates allemands et de la Gestapo. Cette section parvint à intercepter les communications des câbles Paris-Metz et Paris-Strasbourg utilisés par les Allemands, ainsi que de très nombreuses voies filaires servant aux états-majors ennemis. Les renseignements obtenus étaient transmis quotidiennement aux services britanniques.

    Le Service du décryptement s’installa dans le Gard avec une des machines Enigma. Entre septembre 1940 et novembre 1942 (date de l’invasion de la zone sud par les Allemands), la liaison quotidienne avec les services britanniques et polonais fut maintenue (et les différents services travaillèrent ensemble pour casser Enigma).

    Le SR marine possédait des stations d’écoutes électroniques qui interceptaient et analysaient les communications navales ennemies. Un service de décryptement travaillait sur les codes des marines ennemies.

    La section allemande du SR, commandé par le commandant Navarre, couvrait l’Allemagne et l’Europe centrale. La documentation amassée au fil des ans et l’expérience des officiers sur l’armée allemande fut sans égale. Aucun service allié ne possédait, à cette époque, de telles connaissance sur les Allemands et les Italiens (plus d’un million de dossiers). […] L’ordre de bataille militaire des Italiens et des Allemands fut dressé et continuellement tenu à jour. Les renseignement recueillis, étaient adressés aux services britanniques par l’intermédiaire d’un poste clandestin, pseudo Olga, via les ambassades du Canada et des Etats-Unis, via Lisbonne, via la Suisse.

    Les services britanniques déclarèrent, après la guerre, que le SR français après l’armistice fut alors la source la plus précieuse des Alliés. » Jean Deuve ; Histoire secrète des stratagèmes de la Seconde Guerre mondiale.

     

     

    Weygand et l’Afrique du Nord

     

    Sous la pression des Allemands, le général Weygand, ministre de la défense, doit être écarté du pouvoir. Le 3 octobre 1940 il est envoyé en Algérie avec une mission :

    « Défendre l’Afrique contre quiconque. La période de treize mois pendant laquelle j’ai gouverné l’Afrique n’a pas cessé d’être une période d’attente. D’attente, mais pas d’inaction… » Weygand, Mémoires.

    Lui qui disait des Américains : « Si les Américains viennent avec une division, je les fous à l’eau. S’ils viennent avec vingt divisions, je les embrasse. », il va user des termes de l’armistices pour recréer une armée à la France. Pour cela, il protège son territoire : il dit non à la dissidence qui mettrait en péril son projet, comme il dit non aux Anglais qui souhaiteraient disposer d’un second front contre la Lybie. Mais surtout il dit non aux Allemands, qui, convaincus d’avoir commis une erreur en n’envahissant pas l’Afrique du Nord en juin 1940, voudraient bien y prendre pied au moins par le biais des Commissions d’armistice.

    N’ayant de compte à rendre qu’au Maréchal, et secondé par le général Juin, c’est surtout sur le plan militaire que son action se révélera la plus efficace. Le principe appliqué par le général est simple : défendre l’Afrique contre quiconque, c’est bien la défendre de toute entreprise anglaise, mais aussi interdire toute pénétration allemande ou italienne. Sa défense ne doit donc compter que sur les forces françaises. Aussi, chaque fois que les Anglais se livrent à une attaque contre les possessions françaises (Dakar, le Levant, Madagascar), Weygand en profite pour obtenir des Allemands une augmentation du potentiel militaire de l’armée d’Afrique, avec l’arrière-pensée de l’utiliser un jour contre ceux-ci. Dans le même temps, il fait cacher du matériel et en fait fabriquer clandestinement par des ateliers civils ou les arsenaux de la Marine. 60.000 hommes sont maintenus en surnombre, littéralement camouflés dans les goums, la police ou des unités e travailleurs. Officiellement, l’armée d’Afrique du Nord est ainsi portée à près de 130.000 hommes, équipés d’armes interdites à l’armée métropolitaine ; effectif que le général Weygand ne se prive pas de doubler.

    C’est cette armée de Weygand qui, après le débarquement américain de novembre 1942, mènera le combat contre les Allemands en Tunisie tandis que les Américains prendront leurs quartiers d’hiver en Algérie. C’est aussi cette armée qui, sous le commandement des généraux de Lattre et Juin, fera la campagne d’Italie et se couvrira de gloire en perçant la ligne Gustave.

    En novembre 1941, toujours sous les pressions allemandes, le Maréchal se voit forcer de rappeler le général Weygand en métropole et laisse l’armée d’Afrique sous le commandement du général Juin.

    « Je n’eus garde en prenant mes nouvelles fonctions, de ne rien changer aux consignes donnés par le général Weygand. Après une année de commandement, il avait […] réussit à sauvegarder, en vue des éventualités qui ne pouvaient pas manquer de se produire, la meilleure de nos places d’armes. On lui était reconnaissant dans tous les milieux d’avoir accepté en pleine crise de mai 1940 de reprendre à son âge une épée qu’il savait d’ores et déjà brisée… Mes premiers mots […] furent : « Messieurs ! la séance continue », ce qui signifiait ma volonté de poursuivre dans les voies tracées par le général Weygand. » Alphonse Juin ; Mémoires.

    Le Maréchal Alphonse Juin

     

     

    La fin d’un rêve

     

    Le 7 novembre 1942, dans la nuit, la flotte de débarquement alliée s’approche des côtes d’Afrique. Par une volonté de l’état-major américain, ni la France libre, ni l’Etat français, n’a été mis dans la confidence. A Vichy, le gouvernement est pris au dépourvu. Que faire ? Rejoindre les Américains et reprendre la lutte ? L’armée métropolitaine n’est pas de taille à s’opposer à la force allemande concentrée en zone occupée. Un débarquement sur le continent aurait permis de rééquilibrer les forces, mais les alliés ont choisi l’Afrique. Lever l’armée de métropole reviendrait à provoquer un massacre inutile puisque sans la moindre chance de réussite. S’opposer aux alliés et gagner du temps ? Hors de question, et sans grande chance de succès là aussi.

    L’amiral François Darlan

    Finalement, l’ordre fut donné au général Noguès d’organiser un baroud d’honneur, afin de faire bonne figure auprès des Allemands, tandis qu’une note était envoyée à l’amiral Darlan, alors présent à Alger, pour lui ordonner de prendre le commandement de l’Empire et de se rallier aux Américains. Le 24 décembre, Darlan est assassiné. Juin et de Lattre, qui avaient eux aussi eut pour consigne de rejoindre les alliés, doivent alors se rallier au général Giraud (évadé de sa prison de Koenigstein le 17 avril 1941 avec l’aide du 2ème bureau, cf plus haut). Celui-ci sera peu à peu évincé par de Gaulle, jusqu’à ne lui laisser plus qu’un poste symbolique au sein des armées alliées.

    En métropole, à la suite du débarquement en Afrique du Nord, les armées allemandes fondent sur la zone jusqu’alors libre. L’armée est alors presque totalement supprimée, seul un régiment subsiste, et la flotte se suicide à Toulon pour éviter de tomber entre les mains ennemies. Le SR lui, réussit à se maintenir dans la clandestinité et continu son œuvre. Privées d’hommes pour les manier, les armes secrètement entreposées sont alors distribuées à certains réseaux de résistances coordonnés par des agents du SR (près de 140.000 hommes seront ainsi équipés).

    La suite vous la connaissez. En France, un déchaînement de violence faisait suite à la longue période de haine refoulée : c’était l’épuration, des dizaines de milliers de morts entre Français, dont beaucoup d’innocents livrés aux abus d’opportunistes. Pour calmer ce monde, il fallait un ordre nouveau et un coupable. L’ordre nouveau était impossible à instaurer tant que l’ancien n’était pas désavoué. Or l’Etat français était, et restait pour beaucoup le gouvernement légitime de la France, même en 1945 (mise au pouvoir par procédure normale et régulière, cf plus haut). Il fallait le détruire et le Maréchal le savait. Agé de 89 ans, il accepte de porter sur lui le poids de la défaite et de l’humiliation de 4 années d’occupation.

    « J’ai passé ma vie au service de la France. Aujourd’hui, jeté en prison, je veux continuer à la servir. Qu’elle s’en souvienne !… J’ai mené ses armes à la victoire en 1918. Puis, alors que j’avais mérité le repos, je n’ai cessé de me consacrer à elle. J’ai répondu à tous ses appels, quels que fussent mon âge et ma fatigue. Au jour le plus dramatique de son histoire, c’est encore vers moi qu’elle s’est tournée. Je ne demandais ni ne désirais rien : on m’a supplié de venir… Je suis venu… Je suis demeuré à la tête d’un pays sous l’occupation. Chaque jour, un poignard sous la gorge, j’ai lutté contre les exigences de l’ennemi. L’Histoire dira tout ce que je vous ai évité. J’ai fait à la France le don de ma personne. C’est à cette minute suprême que mon sacrifice ne doit plus être mis en doute. Si vous désirez me condamner, que ma condamnation soit la dernière et qu’aucun Français ne soit plus jamais condamné ni détenu pour avoir obéi aux ordres de son chef légitime. A votre jugement répondra celui de Dieu et celui de la postérité. Ils suffiront à ma conscience et à ma mémoire. Je m’en remets à la France. »

    C’est sur cet ultime sacrifice qu’est née la quatrième république.

     

    Bibliographie :

    . Henry Bidou : Histoire de la Grande Guerre

    . Paul Reynaud : La France a sauvé l’Europe

    . JIRGI : L’armée française vivra

    . Maurice Gamelin : Servir

    . Lucien Souchon : Feu l’armée française

    . J Monteilhet : Les institutions militaires de la France

    . Maxime Weygand : Mémoires

    . Procès du Maréchal Pétain

    . Jean Albert Sorel : Le chemin de croix

    . SW Roskill : La flotte britannique en guerre

    . Winston Churchill : Mémoires

    . Alphonse Juin : Mémoires

    . Jean Deuve : Histoire secrète des stratagèmes de la Seconde Guerre Mondiale

    . Jean Feller : Le dossier de l’armée française

    . Etienne Anthérieu : le drame de l’armée d’armistice

    . Robert Aron : Histoire de Vichy ; Histoire de la libération

    . Henri Amouroux : Le 18 juin ; La vie des Français sous l’occupation

    . Philippe Bourdrel : L’épuration sauvage

    . Jean Fabry : j’ai connu 1939 – 1945

    . Jean Fernet : Aux côtés du Maréchal Pétain

    . Robert Hervet : Les Chantiers de la Jeunesse

    . Michel Alerme : Les causes militaires de la défaite

    . André Beaufre : Le drame de 1940

    . André Truchet : L’armistice de 1940 et l’Afrique du Nord

    Celui qui ignore son histoire est condamné à la revivre

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