Post has published by Pilusmagnus

Ce sujet a 3 réponses, 3 participants et a été mis à jour par  Maxsilv, il y a 5 ans et 9 mois.

4 sujets de 1 à 4 (sur un total de 4)
  • Participant
    Posts3893
    Member since: 12 avril 2012
    Critique :

    La Religion
    Tim Willocks

    http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/2/4/1/9782355840142.jpg

    Profitant d’une semaine sans accès Internet aucun, j’ai abattu les 950 pages qui remplissaient cette couverture avec une ardeur et un enthousiasme que je n’avais jamais eus à la lecture d’un roman, et c’est pourquoi j’ai décidé de partager avec vous ce sentiment qui m’anime.

    La Religion conte l’histoire de Matthias Tannhauser, un ancien janissaire du Sultan Soliman le Magnifique, né chrétien, reconverti dans le trafic d’opium après avoir combattu dans les deux camps respectifs, chrétien et musulman. L’histoire prend place lors du Siège de Malte en 1565, où les derniers Chevaliers Hospitaliers commandés par le Grand Maître Jean de La Valette se préparent à affronter les Ottomans qui les assiègent. Matthias, réticent à l’idée de se battre, est pourtant sollicité par les chevaliers pour son sens tactique, sa fourberie et sa grande connaissance de l’ennemi turc. Et c’est finalement pour retrouver le fils d’une aristocrate française, Carla la Penautier, coincé sur l’île que l’allemand s’embarquera finalement pour l’enfer. Parallèlement, Ludovico Ludovici, un Inquisiteur fanatique qui a eu une relation avec Carla, cherchera à exploiter les faiblesses des deux camps pour remettre l’ordre de Saint-Jean sous l’égide du Pêcheur Pie IV, auquel ils n’ont que trop échappé…

    Ce roman est une perle rare, surtout pour les amateurs de guerre que nous sommes, car il dégage une aura particulièrement réaliste, et chacun sait que ce terme évoque immédiatement à qui connaît les critiques littéraires, la pourriture, la description des viscères et de l’excrément ainsi qu’une évocation sordide de l’horreur de la guerre, mais aussi d’une tendresse érotique très plaisante dans les relations des personnages. Et c’est parce qu’il creuse ces derniers jusqu’à la moelle que l’auteur parvient à construire un schéma actanciel des plus réjouissants et des plus complets à ma connaissance. Chacun a ses forces, ses faiblesses, sa bonté et son machiavélisme. Un véritable festival de fanatiques, de racistes, de voleurs et de sanguinaires dans lequel Tannhauser, tueur à gage sans honneur ni vergogne, passe pour le plus ouvert d’esprit. Et on ne peut que constater que son athéisme semble la seule échappatoire au maelström de haine dont il veut sortir à chaque instant, et dont il subira les conséquences, en ce monde ou le Pouvoir est Roi.
    La Valette, figure stable et impassible de la barbarie ; Ludovico, ombre sournoise du machiavélisme ; Michele Ghisleri, initiateur sordide d’un complot de haine ; ou Bors de Carlisle, le barbare sanguinaire : tous semblent affreux, mais tous ont un moment ou nous ne les attendons pas : un moment de vérité et de sincérité, de faiblesse humaine, de désir, de passion… Et c’est ce qui fait que tous les personnages sont humains. Ainsi, le discours, à mes yeux le plus beau du roman est prononcé par La Valette, l’anti-islamiste viscéral, et tombe ironiquement à la page 777, chiffre divin pour les chrétiens…
    De nombreux passages forment également une réflexion très intéressante sur la guerre, en particulier les guerres de religion. Tout au long de l’histoire, le héros tue aussi bien dans un camp que dans l’autre, mais sans jamais éprouver le moindre remord. À quoi bon prendre parti quand on sait que seule une ligne changera sur la carte ? Qui en ce bas monde cherche encore un intérêt au fait qu’Alexandre ait gagné à Gaugamèles ? Le dialogue qu’il tient avec le personnage d’Orlandu résume bien ce mode de pensée, et figure dans les moments à retenir du roman, par sa simplicité de raisonnement et sa vérité éclatante, aussi incontestable qu’inavérée… La religion dans la guerre est également remise à la place qui lui sied : un prétexte !

    Enfin, la narration est parfaitement maîtrisée, appuyée par une intrigue totalement hypnotique qui tiendra tout un chacun en haleine pendant un temps non-négligeable. Et si on pardonnera à l’auteur quelques faiblesses de récit ça et là, on ne pourra que s’émerveiller devant le lyrisme et la poésie dont il fait preuve par moments. Par exemple, la description de la ville de Rome est un mélange de poésie desprogienne associée à une ironie et un macabre si bien mélangés qu’elle fait éprouver à sa lecture des expériences intellectuelles aussi orgasmiques que les pratiques qui y sont décrites.

    Alors, n’attendez plus pour vous procurer au plus vite cet ouvrage qui saura, j’en suis convaincu, attiser les goûts martio-littéraires de chacun d’entre vous, ainsi que divertir des soirées vides de Pyro-Barbare et de Stratégie Totale.

    Quelques citations particulièrement jouissives :

    “Si les empereurs se souciaient bien peu des tombes qu’ils semaient sur leur passage, pourquoi leurs serviteurs devraient-ils s’en préoccuper davantage ?”

    “Il était aussi naïf qu’un enfant de chœur invité dans les appartements d’un évêque…”

    “Les Français combattent les Italiens, les Allemands se battent entre eux, comme le font chrétiens et musulmans, et les espagnols combattent à peu près tout ce qu’ils peuvent trouver. Pour l’homme, se battre est une attitude aussi innée que d’aller chier !”

    Et ce n’est pas fini, car l’auteur prépare une suite, Les Douze enfants de Paris ainsi qu’une adaptation cinématographique de quatre heures pour son roman ! Affaire à suivre donc !

    P.S : Ne faites pas l’erreur que j’ai faite : Ne vous renseignez pas sur le Siège de Malte pendant la lecture, afin de conserver le suspense intact !

  • Participant
    Posts2169
    Member since: 12 avril 2012

    Ca a l’air génial !

    PS, je connais l’issue du siège… enfin je pense…

  • Participant
    Posts3893
    Member since: 12 avril 2012

    Ne pense pas, lis le livre 😉

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Et bien tu sais faire la promotion d’un livre Pilus ! Ils t’ont embauché ? 😉

4 sujets de 1 à 4 (sur un total de 4)

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