Post has published by Natsu

Ce sujet a 5 réponses, 4 participants et a été mis à jour par  Martial Velin, il y a 1 an et 3 mois.

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    La Régence et la mer,

    le Conseil de Marine

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1a/R%C3%A9gence_du_duc_d%27Orl%C3%A9ans%2C_Council_with_Cardinal_Fleury.jpg
    Conseil du Régent au Palais-Royal, peintre inconnu


    Introduction :

    Vous connaissez tous le célèbre adage : « Le Roi est mort, Vive le Roi ». C’est ainsi que Louis XV devient roi de France à la mort de son arrière-grand-père Louis XIV mort le 1er septembre 1715 à quasiment 77ans (son anniversaire est le 5 septembre) après un règne de plus de 72ans. Il faut savoir que la fin de règne de Louis XIV sera marqué par une série de deuils dans sa descendance. En 1710, il avait encore son fils Louis, plus connu sous le nom de Grand-Dauphin, trois petits-fils ainsi que deux arrières-petits-fils. C’était d’ailleurs un fait exceptionnel que de voir quatre générations dans une seule pièce. Mais entre 1711 et 1714, tous les héritiers vont mourir et il ne reste dans la lignée directe que deux personnes dont celui qui devient Louis XV. Comme pour son arrière-grand-père, du fait du jeune âge du souverain, seulement 5ans et demi, il est nécessaire de mettre en place une régence. Louis XIV avait écrit dans son testament comment la régence devait être organisée, mais une lutte entre prince va faire qu’il ne sera pas appliqué. Il y avait bien un petit-fils de Louis XIV encore en vie, il s’agit de Philippe de France ex-Duc d’Anjou devenu roi d’Espagne suite à la mort sans descendance du dernier Habsbourg espagnol Charles II, mais du fait du traité d’Utrecht, il ne peut hériter de la couronne de France et l’unir à la couronne d’Espagne. C’est d’ailleurs cette crainte qui avait déclenché la guerre de succession d’Espagne qui a ravagé l’Europe de 1701 à 1714. De cette guerre, la France en sort exsangue et elle doit rebâtir son économie ainsi que faire des choix pour ce qui concerne la mer. Il va s’agir de voir comment la régence va s’organiser pour redresser le pays qui est ruiné. On va étudier ça en trois parties, une première sur la régence et son organisation, une seconde sur l’état de la France en 1715 et une troisième sur les décisions prisent pour redresser le pays.

    I/ La régence…

    A/ Une opposition de sang

    J’ai appelé cette partie ainsi car on assiste à une opposition entre princes de sang pour obtenir la régence. En effet, selon le testament de Louis XIV qui est lu lors d’une séance solennelle au Parlement de Paris le 2 septembre 1715, qui devait proclamer la régence, c’est le Duc de Maine qui était désigné, un de ses fils légitimés en 1714 avec le comte de Toulouse afin d’être apte à succéder au trône en cas d’extinction des branches légitimes, Louis XV étant en effet de santé fragile. En étant, le régent, il obtenait la garde et la tutelle de Louis XV et pouvait donc diriger le pays en attendant la majorité du jeune roi.

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    Mais le Duc d’Orléans s’y opposa. Il s’agit de neveu de Louis IV, le fils de “Monsieur” et de la Princesse Palatine, ce qui fait de lui un prince de sang. D’après ce que j’ai pu voir dans mes recherches, le testament de Louis XIV visait justement à limiter les pouvoirs du Duc d’Orléans qui avait une ambition débordante. Il lui avait donné le titre purement honorifique de « Président du Conseil de Régence ». Mais il réussi à casser le testament de Louis XIV, c’est à dire qu’il ne sera pas appliqué, grâce au soutien des membres du Parlement de Paris car ce testament le privait de pouvoir qu’il se disait mérité du fait de sa naissance. Même légitimé, les fils bâtards de Louis XIV n’étaient pas vraiment bien vu par les membres de la haute-noblesse. Le parlement le reconnaît comme seul régent ce qui lui permet de former le Conseil comme il l’entend et du même coup éloigner le Duc du Maine qui est par la suite exclu de l’ordre de succession. Mais pour obtenir ce poste, le Duc d’Orléans avait du promettre qu’il redonnerait au Parlement de Paris le droit de remontrance supprimé par Louis XIV, c’est à dire le droit de contester un édit royal avant son enregistrement si il est considéré comme contraire aux intérêts du peuple et aux lois fondamentales du royaume. C’est la fin de l’absolutisme qu’avait mis en place Louis XIV avec son arrivée au pouvoir à la mort de Mazarin. C’est chose faite le 15 septembre 1715. Et le 1er octobre, c’est le début de la Polysynodie.

    B/ La polysynodie

    Il s’agit d’un système de gouvernement que met en place le Duc d’Orléans qui va durer de 1715 à 1718. Il y a une réelle volonté de réformer le pays et si on retient cette idée ce sera une réussite car en un cours laps de temps, on aura de nombreuses nouvelles mesures qui seront décidées et appliquées. On a ainsi sept conseils qui sont créés avec chacun son domaine et où on discutait des questions liées à ce domaine et de la meilleur solution pour y résoudre. Le but principal de ce système était d’associer la noblesse au gouvernement de la France ce qui n’était pas du tout le cas sous le règne de Louis XIV, ce dernier préférant plutôt s’entourer de personnes provenant de la bourgeoisie tel que Colbert. Cela avait fortement offensé les nobles dont on trouve des textes comme ceux du Duc de Saint-Simon qui est très critique sur la politique d’anoblissement qu’a pratiqué Louis XIV. Ainsi, les sept conseils sont : le conseil de Conscience(affaires morales et religieuses), le conseil des Affaires étrangères, le conseil de la Guerre, le conseil de Marine, le conseil des Finances, le conseil des Affaires du Dedans du Royaume(l’équivalent de notre ministère de l’intérieur) et le conseil du Commerce. On donne la présidence de ces conseils à des seigneurs de la haute-aristocratie. On trouve de cette manière le Duc de Villars à la guerre, le Duc de Villeroy au finance et le Comte de Toulouse à la marine.

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    Par exemple, si il est question d’une alliance avec un autre état, on en discute au conseil des Affaires étrangères avec des membres de la haute noblesse et des diplomates pour trouver les pour et les contre, les accords possibles et autres. Ensuite un compte-rendu et les décisions à prendre est apporté au régent et à son Conseil de régence qui va les mettre ou non en pratique. On a donc plus, comme sous Louis XIV, le système de Secrétaires d’état à partir de 1715, mais on y revient en 1723 à la fin de la régence. En effet, le système polosynodique est très lent car on doit débattre entre les membres et on a des oppositions fréquentes entre ces derniers au sein du Conseil. C’est ce manque d’efficacité qui pousse au retour des secrétaires d’état, où l’on a un unique personnage qui est spécialisé dans son domaine et qui peut donc conseiller au mieux le régent. A cela s’ajoute l’hostilité d’une partie de la noblesse envers la politique mené par le Duc d’Orléans, surtout pour la politique étrangère que ce dernier va mener et la politique financière.

    C/ Le Conseil de Marine

    Ce conseil de Marine est un intermède dans l’histoire de la marine française. C’est la fin d’une marine française comme plus grande marine d’Europe et le début de l’âge d’or de la Royal Navy. Il est chargé de « tout ce qui concerne la marine du Levant et du Ponant, les galères, les consulats, les colonies, pays et concessions des Indes orientales et occidentales et d’Afrique, les fortificaions des places maritimes ». Le conseil hérite d’une grande marine que le secrétaire Pontchartrain a administré : « quinze années entières sans argent et sans secours ». Il se réuni au Louvre deux fois par semaine, le mardi et le vendredi. Le personnage principal de ce conseil est son chef, le comte de Toulouse alors Amiral de France et fils bâtard de Louis XIV. L’autre homme fort n’est autre que le maréchal d’Estrées, vice-amiral de la flotte du Ponant(Brest). A savoir que malgré son titre d’Amiral de France, le comte de Toulouse n’est pas un marin dans l’âme. Il s’y est fortement intéressé, demandant même l’écriture d’ouvrage(comme le Traité sur les prises , L’établissement des congés dans la Méditerranée et Histoire de la navigation de Valaincour, mais il n’a que très peu navigué. Il a même été chef d’escadre que quatre fois, en 1702, 1704 où on aura la bataille de Velez-Malaga contre l’amiral anglais Rooke connu aussi sous le nom de « combat de monseigneur l’Amiral » ce qui note le côté rarissime de voir l’amiral de France en mer, 1705 et 1706 lors de la guerre de succession d’Espagne et cela seulement dans le théâtre méditerranéen. Et il n’alla plus dans un port à partir de cette dernière opération jusqu’à sa mort en 1737.

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    En 1718, suite à la conspiration de Cellamare le comte de Toulouse est déchu de son poste. Cette conspiration visait a déchoir le Duc d’Orléans de la régence, de donner ce rôle de régent à Philippe V et lui permettre d’obtenir la couronne de France en cas de décès de Louis XV. Même si le comte de Toulouse n’y a pas pris part, le régent profite de l’occasion pour le démettre de ses fonctions. C’est Joseph Fleuriau d’Armenonville qui prend le poste jusqu’en 1722 pour être remplacé par son fils Charles-Jean-Baptiste Fleuriau de Morville en échange du poste de Garde des Sceaux. On a ensuite la fin de la régence en 1723 et le retour d’un Pontchartrain dans le rôle de Secrétaire d’état à la Marine.

    II/ … Qui hérite d’un pays ruiné…

    A/ Une économie à bout de souffle

    A la fin de la guerre de succession d’Espagne, la France est endettée. La guerre a en effet été très longue, presque 15 ans, il a fallu la financer et cela au détriment du commerce et du développement des colonies. Le coût de cette guerre a atteint un pic de 500.000.000 de livres tournois par an pour seulement 100.000.000 de recette à l’entrée en guerre. Et pour financer ces guerres, les impôts ont été augmenté ce qui n’a pas arrangé la vie des paysans et en même temps ralenti le développement économique du pays. Et du fait de la flotte des coalisés qui sillonnaient les mers, les ressources venant des colonies avaient du mal à arriver en France, notamment le sucre. Du coup, à la mort de Louis XIV, la France est endettée à la haute de 3,5 milliards de livres. Ce sera le principal problème à résoudre pour la régence. En 1715, les revenus net de l’état s’élèvent à 69.000.000 de livres alors que les dépenses atteignent 146.000.000.

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    Et ce n’est pas tout, le service de la dette représente à lui seul 165.000.000 de livres. Pour ce qui est des arsenaux, l’intendant de Brest dit « le corps de la marine de Brest n’a plus aucune ressource pour subsister et les officiers attendent avec impatience les secours qui leur ont été promis ». L’armée est tellement ruiné que certains officiers ne pourront acheter un uniforme pour prendre le deuil de Louis XIV. Il faut aussi ajouter les mauvaises récoltes de ce début du XVIII° siècle qui ont provoqué des disettes sans parler de la destruction des récoltes après le passage des armées. En 1715, le budget pour la guerre est limité à 47.000.000 de livres, une somme à partagé entre l’armée de terre et la marine. Si l’armée voit ses effectifs se réduire, la marine quand elle sera tout bonnement sacrifiée. Son budget ne sera que de 8.000.000 de livres alors qu’en 1705 elle avait un budget de 30.000.000 de livres.

    B/ Le sacrifice de la marine

    Comme le titre l’indique, la marine française est sacrifiée dans le but d’assainir les dépenses du royaume. Elle n’a que 8.000.000 de budget et encore. En effet, sur ces 8.000.000, 2.500.000 sont affectés aux colonies et 1.500.000 aux galères. Avec les 4.000.000, le conseil de Marine ne peut que payer la solde des officiers qui sont tous entretenus car on a pas fin de service dans la marine depuis sa création, et à peine payer les autres dépenses obligatoires tel que la solde des gardes de la marine, de leurs professeurs, l’entretien des hôpitaux et du personnel de santé… Rien que pour les officiers, voici la composition au 1erjuillet 1716 : on dénombre 945 officiers dont 14 officiers généraux, 135 capitaines de vaisseaux, 48 capitaines de frégates légères, 228 lieutenants de vaisseau, 35 lieutenants de frégates légères et 363 enseignes de vaisseaux. Du coup, avec un tel budget, il est impossible de construire de nouveaux navires, un vaisseau de ligne coûtant quand même 1.500.000 livres. Or quand on possède une flotte, il faut l’entretenir et avec un tel budget, il est impossible de s’occuper de l’intégralité de la flotte.

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    Sauf qu’un navire non-entretenu va rapidement se détériorer. Là encore, les intendants des ports protestent devant l’état des vaisseaux: « on a beaucoup de peine d’en tenir à flot » mais plus grave encore, ils présentent un avenir noir: « ils dépérissent de manière qu’il sera impossible de les radouber ». De ce fait, les navires ne quittent plus les arsenaux et vont se mettre à pourrir. En 1715, les registres de la marine parle de 120 vaisseaux réglés et de 80 vaisseaux effectifs. C’est à dire que la marine a 120 navires inscrits sur les registres mais que 80 seulement peuvent prendre la mer après entretien. Mais rapidement, le nombre de vaisseaux effectifs va chuter. On passe à 66 navires en 1716 et 49 en 1717 et cela pour le même nombre de vaisseaux réglés. Et encore, ça, c’est sur le papier, dans les faits, à peine 20 navires auraient été capable de réellement prendre la mer et pas forcément les plus puissants qui coûtent cher à l’entretien mais plutôt les frégates. Le seul moyen d’avoir à nouveau des ressources pour ré-entretenir la flotte, c’est une reprise économique grâce au commerce et surtout au commerce maritime qui n’est possible qu’avec une paix durable.

    C/ Une paix nécessaire

    Pour rembourser les dettes de l’état, il faut rétablir l’économie, et cela passe surtout pas le commerce. Or pour que le commerce puisse se développer, il faut être en paix. Ainsi, le régent va mener une politique pacifique avec ses voisins. C’est ainsi qu’il va mener une politique anglophile qui mène à une alliance avec l’Angleterre le 4 janvier 1717. Pour cela, il a du accepter d’arrêter de soutenir le prétendant Jacques III, fils de Jacques II qui cherchait toujours à reprendre le pouvoir depuis que son père en avait été chassé. Il doit aussi accepter le démantèlement de Mardick. Il s’agissait de détourner le traité d’Utrecht qui imposait la destruction du port militaire de Dunkerque en construisant dans la ville voisine un port pouvant avoir le même rôle, c’est à dire donner à la marine française un port en Mer du Nord. Les chantiers étaient bien avancés, on avait déjà creusé le canal et construit des écluses. Mais les anglais ne sont pas dupes et voient ce chantier comme un nouveau pistolet collé contre leur tempe et exigent son démantèlement en échange d’une alliance. Il accepte même le ratio de 1 pour 3, c’est à dire que la Royal Navy possède trois fois plus de navires que la marine française et ceci afin de montrer que désormais, la France ne cherche plus la guerre étant donné qu’elle ne peut pas menacer l’Angleterre avec si peu de navires.

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    C’est ainsi que l’on a la Triple Alliance, les Provinces-Unies s’y posant en garantes d la paix d’Utrecht. C’est une alliance qui sera vivement critiqué de la part de la noblesse qui reproche cette politique anglophile au Duc d’Orléans. Ainsi, la Royal Navy n’est plus un adversaire mais un allié ce qui fait débuté la des plus longue période de paix que le Royaume n’ait jamais connu, de 1713 à 1744, ce qui va fortement bénéficier au commerce maritime français. En plus de cela, le fait de ne pas à avoir à financer une marine puissante du fait qu’elle na plus à combattre contre la Royal Navy va justifier les faibles ressources accorder à sa flotte et donc bénéficier au budget français. Il y aura bien une petite guerre contre l’Espagne suite à la conspiration de Cellamare mais elle ne durera qu’à peine un an et ne généra que momentanément le redressement de la France.

    III/ …Qu’il faut redresser.

    A/ La reprise maritime

    Comme je l’ai déjà dit, l’un des moyens de redresser le pays, c’est de développer le commerce. Or, avec la paix, les activités maritimes vont reprendre. En effet, la guerre avait fortement perturbé les trafics traditionnelles tel que le sel, les vins et la pêche. On revoit ainsi s’organiser le grande cabotage européen et des navires en provenance de la Baltique et des Provinces-Unies reviennent charger de planches,de goudron et de chanvre qu’ils échangent contre du sel, des vins et autres alcools. Dés que la paix est signée, on revoit également l’armement de navires pour la pêche au hareng et à la morue, la France gardant l’accès aux zones e pêches malgré la perte de Terre-Neuve avec la signature du Traité d’Utrecht.

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    Pour favoriser cette reprise, le conseil de marine va lancer en 1722 une des premières grandes enquêtes des côtes françaises et sur l’état des pêches. On voit aussi des hommes provenant de l’intérieur des terres se diriger vers les côtes. On peut dire que c’est sous la régence que la France va enfin s’ouvrir sur l’Atlantique et se détourner du continent et de la méditerranée et se tourner vers les colonies tel que la Louisiane et les îles à sucre. Cela a été possible car le régent et le conseil de Marine vont porter leurs efforts sur la réorganisation du commerce colonial car lors e la guerre de succession d’Espagne, des mesures souvent contradictoire avait du être mis en place. Par exemple, Louis XIV avait été obligé d’autoriser le commerce libre des ports à côté des compagnies à charte.

    B/ Les politiques coloniales

    A partir de 1716, le régent et le conseil de Marine vont tacher de mettre un terme à la confusion des textes qui définit le commerce avec les colonies tout en restant dans le cadre stricte de la doctrine mercantiliste d’un assujettissement des colonies à la métropole et cela dans l’intérêt des producteurs, des négociants et des armateurs. Dans un premier temps, c’est le commerce négrier qui va être favorisé. Le monopole de la traite des noirs de la compagnie du Sénégal et de Guinée est remis en cause car le régent accord ce privilège aux armateurs de cinq ports à savoir Rouen, Saint-Malo, Nantes, La Rochelle et Bordeaux. La seule contre-partie, c’est qu’ils doivent leur payer un droit par captif traité. C’est un commerce intéressant pour l’armateur car les marchandises destinées à la traite des noirs bénéficient de l’exemption des droits de sorties. De plus, les marchandises provenant de la vente de captifs aux colonies tel que le sucre sont exemptées de la moitié des droits à payer pour être commercialisées en France. On appelle ce système, les « Acquits de Guinée ».

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    En 1717 est publié les Lettres Patentes portant règlement pour le commerce des colonies françaises qui seront une première fois complété en 1719 puis une dernière fois en 1727. Cela permet à des négociants de 13 ports de commercer avec les colonies et ce sans faire partie d’une compagnie. Les 13 ports concernés sont : Calais, Dieppe, Le Havre, Rouen, Honfleur, Saint-Malo, Morlaix, Brest, Nantes, La Rochelle, Bordeaux, Bayonne et Sète. Les marchandises embarqués venant de France destinées aux colonies sont exemptées de taxes, à quelques exceptions près tel que le bœuf salé d’Irlande qui est recherché afin de nourrir les esclaves et qui bénéficie du coup d’une exemption fiscale. Mais les navires qui partent vers les colonies ont l’obligation de revenir dans leur port de départ sauf cas de relâche forcée ou de naufrage. Et pour les forcer à respecter cette règle, les armateurs doivent payer une caution de 10.000 livres. Et les marchandises provenant des colonies destinées à la réexportation vers l’étranger peut être stocké en ne payant que le droit de 3% du domaine d’occident. On aura quelques réticences de la part de négociants car ils doivent déclarer toutes les marchandises à bord des navires même si elles sont exemptes de taxes car ils y voient comme une atteinte à la liberté de commerce.

    C/ Le système de Law

    C’est dans ce contexte que le régent va soutenir l’écossais John Law et son système. Cela consiste à échanger les métaux précieux contre du papier-monnaie grâce à la création d’une banque centrale charger de faire ces échanges sur le modèle hollandais qui avait permit aux Provinces-Unis de devenir la première puissance commerciale du monde. Ensuite la banque prêtera les métaux récolter à l’état. John Law crée la banque générale en 1716 qui deviendra en 1718 la Banque Royale. L’État devient seul propriétaire des actions de la banque. Le bénéfice de la banque se fait non lors de l’échange mais lors des changes et les opérations d’escompte. Globalement, c’est en faisant fructifier l’argent reçu que la banque fait son bénéfice. Mais le système reste fragile car comme je l’ai dit, la banque prête l’or à l’état, du coup, elle n’est pas à l’abri à d’éventuel remboursement prématuré. Dans cette lancée, le conseil de Marine accepte de céder à Law la concession de la Louisiane à travers la Compagnie d’Occident. Elle s’engage à faire venir 6000 blancs et 3000 noirs. On verra d’ailleurs la fondation de la Nouvelle-Orléans nommé ainsi en l’honneur du régent.

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    La spéculation aidant, les actions de la compagnie s’arrachent. En décembre 1718, le conseil de Marine oblige les négociants de Rouen et du Havre à vendre les établissements du Sénégal et ses 17 navires. En mai 1719, Law obtient du régent la réunion de la Compagnie d’Occident à la Compagnie des Indes et dans le même temps la suppression des compagnies des Indes orientales et de Chine Au-delà du raisonnable, l’euphorie est telle que Law peut lancer un emprunt, multiplier les émissions de papiers-monnaies tout en baissant les taux d’intérêt servis. Ils trouvent malgré tout preneur. On est en pleine bulle spéculative. En 1720, la réalité finit par rattraper la spéculation effrénée : l’annonce de dividendes très réduits refroidit rapidement les investisseurs. Certains vendent leurs papiers à temps et touchent de véritables fortunes. Mais en mars 1720 c’est la panique totale et la plupart des détenteurs de billets et d’actions sont ruinés : on est en pleine banqueroute. Law tentera de sauver la face pendant quelques mois mais comme sa fortune n’est basé que sur du papier-monnaie, donc sur rien il est obligé de s’enfuir de Paris en décembre 1720.

    Conclusion :

    Ainsi malgré les difficultés de départ et celles rencontrées en chemin, on remarque que la régence a dans l’ensemble bien réussi à redresser le pays. Il y a bien eu des problèmes dans le fonctionnement de la polysynodie mais comme ce système n’a pas durée trop longtemps, les effets négatifs, comme la lenteur pour trouver les solutions du aux oppositions au sein des différents conseils, sont négligeables. La marine a du être sacrifié du fait de l’état financier du pays mais la paix obtenu grâce à l’alliance avec l’Angleterre va permettre aux pays de se reconstruire économiquement grâce à la reprise maritime et au développement économique. Même le système de Law, malgré son échec sera dans un sens bénéfique. En effet, il a d’abord assaini la dette de l’état en la transférant sur les épaules de très nombreux épargnants. Il a de plus permis de sauver l’économie du royaume par l’afflux considérable de liquidités au moment où elle en manquait le plus. Enfin, l’inflation générée a permis d’alléger les dettes privées de près de 50%. Ainsi, si les rentiers hors immobiliers sont les grands perdants dans cette histoire, les petites gens ont vu leur situation générale s’améliorer. C’est ainsi que la France va connaître un boum économique considérable au cours de la première moitié du XVIII° siècle, ce qui va rendre jaloux l’Angleterre et amener à la guerre de succession d’Autriche qui va être une première tentative de ralentir le commerce français mais surtout à la guerre de 7ans qui sera fatale à la France et surtout à sa marine largement inférieur en nombre par rapport à la Royal Navy.

    Bibliographie :

    -Michel VERGE-FRANCESCHI, La marine française au XVIIIe siècle, 1996
    -Patrick VILLIERS, « Le régent, la marine et les colonies 1er septembre 1715-2 décembre 1723 », Revue du Nord N°412, 2015
    -Patrick VILLIERS, La France sur mer de Louis XIII à Napoléon Ier, 2015
    -Alexandre DUPILET, La Régence absolue: Philippe d’Orléans et la polysynodie (1715-1718), 2011

  • Modérateur
    Posts8354
    Member since: 14 mai 2013

    Intéressant, est-ce que qu’en tu parles de mouvements des terres vers le côtes il s’agit d’un mouvement “naturel” issu des emplois créés par les nouvelles opportunités, ou d’un mouvement favorisé par la Regence d’une façon ou d’une autre?

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Participant
    Posts1100
    Member since: 12 avril 2012

    Il s’agit d’un mouvement naturel du fait des nouvelles opportunités d’emplois mais qui sont eux-même du au fait que la Régence pousse au développement du commerce maritime. De plus, beaucoup d’ouvrage sur le monde en dehors de l’Europe commence à paraître comme Robinson Crusoé, publié en 1719 basé sur une histoire vraie d’un marin qui est resté seul sur un île du Pacifique pendant 4ans et 4 mois. C’est à cette époque que l’on commence aussi à parler du bon sauvage et du sage chinois qui seraient les types d’hommes idéales contrairement à l’européen brutal.

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Merci pour cet intéressant exposé @Natsu ! La Régence est réputée pour être une période d’échecs à répétition (système de Law, polysynodie) où les dirigeants du royaume se vautraient dans la luxure comme le régent Philipe d’Orléans et l’abbé Dubois. Cependant, comme tu l’as démontré, c’est loin d’être le cas. Le conseil de régence devait subir l’inévitable contrecoup de la guerre pas très victorieuse de la Succession d’Espagne. De plus, on oublie ou occulte souvent les tentatives du roi d’Espagne de s’emparer du trône de son grand-père. Rien que cela justifie une alliance avec la Perfide Albion.

    Par contre, avec des coffres pleins, le manque de soin apportait à l’arme naval par Louis XV n’est rien moins que condamnable.

  • Participant
    Posts1100
    Member since: 12 avril 2012

    Il est évident que d’avoir négliger l’arme navale est condamnable. Surtout que lorsque l’on possède une des plus grandes flottes marchandes du monde, on se doit de posséder la flotte pour la défendre. Il faut trouver le juste milieu entre la flotte marchande et la flotte de guerre afin de ne pas avoir trop de navire de guerre pour pas assez de navire de commerce et vice-versa.

    Ainsi après la guerre de 7ans où la marine française a tout bonnement cessé d’exister après deux défaites unilatérales, on passe d’un ratio de 3 pour 1 en faveur des anglais à 3 pour 2. Ainsi, la flotte française devient une flotte qui peut faire mal à l’Angleterre sans pour autant la dominer. C’est une flotte de persuasion on va dire, du même calibre que l’arme nucléaire aujourd’hui pour la France, avoir de quoi faire regretter à un ennemi l’attaque qu’il a déclenché même si on perd.

  • Participant
    Posts63
    Member since: 8 mars 2017

    Absolument passionnant. :cheer: :cheer: Comme beaucoup, je ne connaissais que les grandes lignes. Tous ces détails éclairent ma compréhension d’un jour nouveau

6 sujets de 1 à 6 (sur un total de 6)

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