Post has published by guiguit

Ce sujet a 3 réponses, 3 participants et a été mis à jour par  guiguit, il y a 1 an et 4 mois.

4 sujets de 1 à 4 (sur un total de 4)
  • Modérateur
    Posts2009
    Member since: 26 août 2013
    La lutte pour les Etats frontières : un enjeu stratégique

    Le début de la guerre de Sécession fut marqué non pas par des combats mais par des négociations. En effet, le premier des Etats des Etats-Unis à faire sécession fut la Caroline du Sud (fin décembre 1860) qui par une ordonnance de son Assemblée rejeta la Constitution et redevint indépendante comme elle l’était avant 1787. Cet Etat fut rapidement suivit par le reste du «Sud profond» en février 1861 : la Géorgie, l’Alabama, la Floride, le Mississippi, la Louisiane et le Texas bientôt rejoint par l’Arkansas, le Tennessee, la Caroline du Nord. Pour ces Etats, qui se regroupèrent en une nouvelle Confédération (la CSA), la sécession allait de soi car le droit des Etats primait sur l’Etat fédéral. Cependant, un série d’Etats se trouvaient entre d’une part le pouvoir fédéral et ceux qu’on commençait à appeler au Nord les «rebelles». D’une importance militaire, politique et géographique de première importance, leur sort fut réglé dans le courant du printemps et de l’été 1861…

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    La Virginie :

    La Virginie était la plus ancienne colonie établie en Amérique du Nord et était jusqu’ici un des moteurs de l’Union des USA. Elle avait donné ses premiers présidents à l’Amérique au point qu’on la surnomme (toujours aujourd’hui) «la Mère des Présidents». Washington, Jefferson, Patrick Henry,… tous les grands noms de l’Indépendance viennent de cet Etat où cet esprit était entretenu. Mais, la Virginie, c’était aussi la première colonie à avoir introduit l’esclavage en Amérique britannique. Les Virginiens descendaient des anciens «cavaliers» de la guerre civile anglaise et avaient apporté le goût des armes, des chevaux, le sens de la hiérarchie (qui est encore présent aujourd’hui d’ailleurs pour les armes). Pour les deux camps, intégrer ou confirmer la Virginie serait donc une victoire politique de grande ampleur.

    De plus, la Virginie était armée. En effet, depuis des révoltes serviles et l’affaire John Brown (un abolitionniste qui avait tenté d’armer des esclaves pour les libérer), les Virginiens avaient considérablement renforcé leur milice au point qu’elle fut la première des Etats-Unis tant en qualité (entrainement et matériel de qualité) qu’en quantité. L’armée fédérale disposait de trois installations d’une extrême importance dans le pays : l’arsenal d’Harper’s Ferry qui renfermait quantité de munitions et de fusils (pas moins de 100 000), le chantier naval de Gosport où les navires de l’ US Navy étaient placés en réserve et la forteresse Monroe, dans l’estuaire de la James River, la plus grande place forte jamais construite en Amérique.

    Cependant, la Virginie se rallia à la Confédération. Aussitôt, la milice entra en action pour neutraliser les postes des fédéraux. Le 18 avril, elle s’emparait d’Harper’s Ferry après que sa minuscule garnison se fut replié. Le matériel et les outils de production furent transférés plus au sud, en sureté, à Richmond. Pour capturer Gosport, défendu par un détachement de marines, les miliciens rusèrent en faisant faire des allers retours incessants aux trains en leur possession. Ainsi, le commandant nordiste se crut en infériorité numérique et encerclé. Il se replia sur la forteresse Monroe. La ruse permit au Sud de prendre possession de quelques navires pour se constituer un début de flotte, sans compter les pièces d’artillerie sur terre qui allait bien servir par la suite… Ils furent moins heureux devant la forteresse Monroe dont le chef, le général de 77 ans John Wool, avait renforcé les effectifs. La base risquait e bien servir par la suite…

    Le 23 mai, un referendum confirma la sécession à 78%. Certains officiers d’origine virginienne désertèrent l’Union pour ne pas avoir à combattre leur Etat natal. Robert Lee fut de cela et reçut à son arrivée le commandement de la milice virginienne. La perte de cet Etat menaçait directement Washington DC et faisait perdre sa profondeur stratégique à l’Union.

    Cependant, un parti unioniste ne reconnut par la sécession et se refugia à l’ouest des Appalaches, toujours en Virginie. En juin, ils firent sécession de la Sécession et proclamèrent leur attachement à l’Union. Ironique non ?

    Le Maryland :

    Le Maryland est l’Etat qui entoure le territoire fédéral du District de Columbia où se situe la capitale fédérale Washington. Or, le Maryland était un Etat esclavagiste. Les planteurs y avaient une grande influence tandis que le gouverneur Thomas Hicks rejetait toute solution militaire contre la Confédération. En outre, Lincoln n’avait remporté que 2,5% des suffrages de l’Etat. C’est dire de la popularité de l’Union….

    Cette situation inquiétait beaucoup l’état-major fédéral d’autant plus que la capitale ne comptait que quelques détachements de marines et d’infanterie pour sa défense face à un coup de main de la milice virginienne aidée de sa consœur du Maryland…. C’est dans cet état d’esprit que le chef des armées Wilfred Scott (l’auteur du Plan Anaconda) fit venir à DC des régiments de milice des Etats du Nord loyalistes (Pennsylvanie, Massachusetts, New York).

    Pour rejoindre Washington rapidement, les renforts devaient transiter par la ville de Baltimore, farouchement pro-sudiste. Si le 18 avril un régiment parvint à traverser la ville sans encombre et avec célérité (il fallait changer de gare pour prendre la ligne de Washington et donc devoir traverser la cité), les partisans de la Sécession organisèrent un incident avec d’autres unités nordistes qui dégénéra en émeute. Briques, pierres et coups de feu n’empêchèrent cependant pas les renforts de parvenir dans la capitale.

    Après cet incident, le gouverneur mobilisa officiellement sa milice et demanda au Président de cesser de ramener des troupes dans DC. Lincoln refuse car cela revenait à l’isoler et prit des contremesures drastiques. Les troupes nordistes s’emparèrent d’Annapolis (capitale de l’Etat) et sécurisèrent les voies de chemin de fer. Benjamin Butler, un politique et militaire à poigne fut chargé par Lincoln de reprendre l’Etat en main. Il suspendit l’habeas corpus, fit arrêter des sympathisants sudistes connus (dont le maire de Baltimore).

    Malgré ces faits, c’est en toute indépendance que la législature du Maryland rejeta la sécession et resta dans l’Union, sous l’influence de son gouverneur qui souhaitait rester neutre. Cela n’empêcha pas 25 000 de ses concitoyens de s’engager dans les armées du Sud et 60 000 autres dans les forces du Nord.

  • Participant
    Posts2924
    Member since: 26 février 2013

    Très intéressant !
    Merci guiguit pour ce post, j’apprend plein de truc. A tu des informations en plus sur la partition de la virginie ?

    Omnia Sunt Comunia

    Je suis anarchiste au point de traversé dans les clous pour ne point avoir de soucis avec la maréchaussée.

  • Modérateur
    Posts8311
    Member since: 14 mai 2013

    Si on considère la description que tu fais de ces deux états et en considérant que la guerre de Sécession était perçue par les deux camps comme une guerre entre deux modèles socio-économiques, est-ce qu’on ne peut pas dire que la sécession de la Virignie et le risque au Maryland étaient prévisibles?

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Modérateur
    Posts2009
    Member since: 26 août 2013

    Prévisible ? Oui, certainement. Inévitable ? Non absolument pas. La coercition a maintenu le Maryland dans les rangs nordistes mais rien n’aurait empêché les autorités de l’Etat de basculer complètement dans le camp du Sud, d’appeler la milice virginienne de Lee à son secours. A ce moment, Lincoln n’aurait eu que ses yeux pour pleurer. De même, les Virginiens auraient pu rejeter le choix de leur gouvernement et choisir de désavouer la Sécession. On aurait alors eu un Lee en “tunique bleue”…

    @Skyros, ce furent les délégués qui n’avaient pas voté en faveur de la Sécession qui se séparèrent de la Virginie bien que ce ne fut pas leur but au départ. En effet, le 11 juin, ces délégués formèrent un “gouvernement restauré de Virginie” qui déclara la Sécession nulle et non-avenue. Ils se considéraient comme la seule autorité légale de l’Etat. Evidemment, les nordistes soutinrent cette initiative et envoyèrent des troupes de l’Ohio pour les protéger. Il s’agissait de 20 000 hommes commandés par un certain Mac Clellan… Face à 5000 sudistes envoyés reconquérir la région loyaliste, il remporta la bataille de Rich Moutain le 11 juillet. Il gagna une réputation de brillant stratège. Lee tenta vainement de reprendre lui aussi l’ouest des Appalaches. De fait, les loyalistes Virginiens se comportèrent comme un véritable Etat de sorte qu’ils restèrent autonome après la guerre (et puis, ça aurait été former un Etat avec ses anciens ennemis). Cela à donner naissance à l’actuel Etat de Virginie Occidentale.

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