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    Ce poème de Victor Hugo peut être vu comme un éloge à Napoléon Bonaparte. C’est au départ une thèse, “l’homme propose, mais dieu, le destin choisit.”, que Hugo développe grâce à un raisonnement à fortiori du grand homme qu’était Napoléon. En effet, Victor Hugo avait une grande admiration pour l’empereur. Pourtant, cette admiration est en total opposition avec les sentiments qu’il éprouvait pour l’empereur Napoléon III. Il écrit en effet de nombreuses critiques comme “Napoléon le petit” sur la politique de Louis Napoléon Bonaparte. Bref, je vous laisse découvrir ce poème.

    Napoléon II


    Mil huit cent onze ! — Ô temps où des peuples sans nombre
    Attendaient prosternés sous un nuage sombre

    Que le ciel eût dit oui !

    Sentaient trembler sous eux les états centenaires,
    Et regardaient le Louvre entouré de tonnerres,

    Comme un mont Sinaï !

    Courbés comme un cheval qui sent venir son maître,
    Ils se disaient entre eux : — Quelqu’un de grand va naître !
    L’immense empire attend un héritier demain.
    Qu’est-ce que le Seigneur va donner à cet homme
    Qui, plus grand que César, plus grand même que Rome,
    Absorbe dans son sort le sort du genre humain ? —

    Comme ils parlaient, la nue éclatante et profonde
    S’entr’ouvrit, et l’on vit se dresser sur le monde

    L’homme prédestiné,

    Et les peuples béants ne purent que se taire,
    Car ses deux bras levés présentaient à la terre

    Un enfant nouveau-né.

    Au souffle de l’enfant, dôme des Invalides,
    Les drapeaux prisonniers sous tes voûtes splendides
    Frémirent, comme au vent frémissent les épis ;
    Et son cri, ce doux cri qu’une nourrice apaise,
    Fit, nous l’avons tous vu, bondir et hurler d’aise
    Les canons monstrueux à ta porte accroupis !

    Et lui ! l’orgueil gonflait sa puissante narine ;
    Ses deux bras, jusqu’alors croisés sur sa poitrine,

    S’étaient enfin ouverts !

    Et l’enfant, soutenu dans sa main paternelle,
    Inondé des éclairs de sa fauve prunelle,

    Rayonnait au travers !

    Quand il eut bien fait voir l’héritier de ses trônes
    Aux vieilles nations comme aux vieilles couronnes,
    Éperdu, l’œil fixé sur quiconque était roi,
    Comme un aigle arrivé sur une haute cime,
    Il cria tout joyeux avec un air sublime :
    — L’avenir ! l’avenir ! l’avenir est à moi !

    II

    Non, l’avenir n’est à personne !
    Sire, l’avenir est à Dieu !
    A chaque fois que l’heure sonne,
    Tout ici-bas nous dit adieu.
    L’avenir ! l’avenir ! mystère !
    Toutes les choses de la terre,
    Gloire, fortune militaire,
    Couronne éclatante des rois,
    Victoire aux ailes embrasées,
    Ambitions réalisées,
    Ne sont jamais sur nous posées
    Que comme l’oiseau sur nos toits !

    Non, si puissant qu’on soit, non, qu’on rie ou qu’on pleure,
    Nul ne te fait parler, nul ne peut avant l’heure

    Ouvrir ta froide main,

    Ô fantôme muet, ô notre ombre, ô notre hôte,
    Spectre toujours masqué qui nous suis côte à côte,

    Et qu’on nomme demain !
    Oh ! demain, c’est la grande chose !
    De quoi demain sera-t-il fait ?
    L’homme aujourd’hui sème la cause,
    Demain Dieu fait mûrir l’effet.
    Demain, c’est l’éclair dans la voile,
    C’est le nuage sur l’étoile,
    C’est un traître qui se dévoile,
    C’est le bélier qui bat les tours,
    C’est l’astre qui change de zone,
    C’est Paris qui suit Babylone ;
    Demain, c’est le sapin du trône,
    Aujourd’hui, c’en est le velours !

    Demain, c’est le cheval qui s’abat blanc d’écume.
    Demain, ô conquérant, c’est Moscou qui s’allume,

    La nuit, comme un flambeau.

    C’est votre vieille garde au loin jonchant la plaine.
    Demain, c’est Waterloo ! demain, c’est Sainte-Hélène !

    Demain, c’est le tombeau !

    Vous pouvez entrer dans les villes
    Au galop de votre coursier,
    Dénouer les guerres civiles
    Avec le tranchant de l’acier ;
    Vous pouvez, ô mon capitaine,
    Barrer la Tamise hautaine,
    Rendre la victoire incertaine
    Amoureuse de vos clairons,
    Briser toutes portes fermées,
    Dépasser toutes renommées,
    Donner pour astre à des armées
    L’étoile de vos éperons !

    Dieux garde la durée et vous laisse l’espace ;
    Vous pouvez sur la terre avoir toute la place,
    Être aussi grand qu’un front peut l’être sous le ciel ;

    Sire, vous pouvez prendre, à votre fantaisie,
    L’Europe à Charlemagne, à Mahomet l’Asie ; —
    Mais tu ne prendras pas demain à l’Eternel !

    III

    Ô revers ! ô leçon ! — Quand l’enfant de cet homme
    Eut reçu pour hochet la couronne de Rome ;
    Lorsqu’on l’eut revêtu d’un nom qui retentit ;
    Lorsqu’on eut bien montré son front royal qui tremble
    Au peuple émerveillé qu’on puisse tout ensemble

    Être si grand et si petit ;

    Quand son père eut pour lui gagné bien des batailles ;
    Lorsqu’il eut épaissi de vivantes murailles
    Autour du nouveau-né riant sur son chevet ;
    Quand ce grand ouvrier, qui savait comme on fonde,
    Eut, à coups de cognée, à peu près fait le monde

    Selon le songe qu’il rêvait ;

    Quant tout fut préparé par les mains paternelles
    Pour doter l’humble enfant de splendeurs éternelles ;
    Lorsqu’on eut de sa vie assuré les relais ;
    Quand, pour loger un jour ce maître héréditaire,
    On eut enraciné bien avant dans la terre

    Les pieds de marbre des palais ;

    Lorsqu’on eut pour sa soif posé devant la France
    Un vase tout rempli du vin de l’espérance, —
    Avant qu’il eût goûté de ce poison doré,
    Avant que de sa lèvre il eût touché la coupe,
    Un cosaque survint qui prit l’enfant en croupe

    Et l’emporta tout effaré !
    […]

    (Victor Hugo)

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