Post has published by Romulus3064

Ce sujet a 15 réponses, 7 participants et a été mis à jour par  Drakaar929, il y a 11 mois et 2 semaines.

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    J’ai pu parcourir rapidement le forum et constater que la bataille de Cannes en intéressait plus d’un. Celle-ci est souvent présentée comme un exemple de “bataille décisive”. Je me permets de vous joindre un papier que j’ai rédigé il y a peu de temps sur cette notion et pourquoi elle me semble contestable. Bonne lecture ! 🙂

    LA BATAILLE DE CANNES
    Naissance du mythe de la bataille décisive ?

    Le matin du 2 août 216 avant J-C, une formidable armée romaine de 80 000 légionnaires fraichement levés et armés s’avança dans la plaine de Cannes (ou Cannae), dans le sud-ouest de l’Italie. De ce splendide outil de guerre déjà très performant à l’époque, il n’en restait au soir de cette journée d’été qu’un amas de chairs et d’acier, de sang et de boue. En quelques heures, 45 000 Romains avaient été tués, 20 000 faits prisonniers . 15 000 hommes réussirent à s’échapper du piège que leur avait tendu le carthaginois Hannibal qui venait, avec sa troupe de 50 000 hommes , d’infliger à la République romaine une quatrième défaite cinglante. Mais c’est bien Rome qui remporta la deuxième guerre punique, comme elle avait remporté la première et remporta la troisième… avant de détruire purement et simplement Carthage.
    Cannes s’est imposée comme un modèle de bataille d’anéantissement, encore enseignée aujourd’hui dans les écoles militaires. Ce modèle justement inspira grandement les états-majors allemands du XXème siècle. La recherche de la bataille décisive devint presque une obsession pour les Schlieffen, Moltke fils et les généraux allemands de la Seconde Guerre mondiale, avec parfois des succès aussi retentissants que ceux d’Hannibal. Et pourtant, tout comme Carthage, ce furent bien les Reich qui furent anéantis.
    Nous nous interrogerons donc au cours de ce travail sur la pertinence de la notion de « bataille décisive » telle qu’elle est interprétée à travers le prisme de la bataille de Cannes.

    https://image.noelshack.com/minis/2017/12/1490262723-cannes-initiale.png
    Phase initiale de la bataille de Cannes

    Cannes, un modèle de bataille d’anéantissement

    Sur le papier, Cannes a tout de la bataille décisive, de la « bataille principale » que Clausewitz définit comme « le centre de gravité d’une guerre, une lutte engagée avec le maximum d’effort pour une victoire réelle » . Avec 80 000 hommes menés par les Consuls (plus hauts magistrats de l’ère républicaine), il s’agissait de la plus imposante armée que la République romaine avait réunie jusqu’alors . Ces forces furent levées dans l’optique de vaincre Hannibal et son armée qui avaient déjà infligé trois revers de rang à l’armée romaine (au Tessin, sur la Trébie et sur le lac Trasimène). Pour Hannibal, il fallait encore affaiblir Rome (en s’emparant par exemple des entrepôts de blé qui se trouvaient à Cannes), poursuivre son raid en Italie et échapper à une défaite qui, si loin de ses bases, serait synonyme d’écrasement.
    A Cannes donc, Hannibal, maître de la déception, réussit à attirer les Romains dans un relief qui ne leur permettait pas d’exploiter au maximum l’avantage manœuvrier que leur offrait le déploiement sur trois lignes (triplex acies). Le centre punique était tenu par des mercenaires gaulois et ibériques qui, disposés en arc de cercle tendu vers les Romains, devaient encaisser le choc, plier sans rompre afin de former un entonnoir dans lequel les légionnaires seraient incapables de manœuvrer. Devraient alors se replier sur les flancs de ces derniers les « mâchoires d’Hannibal » , composées de piquiers libyens, avant que la cavalerie numide ne vienne refermer définitivement le piège en tombant sur les arrières des Romains. Le plan fut exécuté à la perfection et l’encerclement fut complet.
    A en lire certains passages de Clausewitz, tout porte à croire que Cannes aurait dû marquer la fin de deuxième guerre punique. « La bataille principale existe pour elle-même, pour la victoire qu’elle doit assurer » . Elle a d’autant plus d’impact sur le vaincu qu’elle se traduit chez lui par la « disparition de toute confiance en soi », la peur remplaçant le « vide produit par la destruction des forces » . La bataille de Cannes a tout du cataclysme pour Rome : 65 000 hommes hors de combat, un consul, deux questeurs, 29 tribuns militaires, 80 sénateurs et 1500 equites et tués. Il ne manquait plus qu’à Hannibal de recevoir la reddition de Rome.

    https://image.noelshack.com/minis/2017/12/1490262728-cannes-phase-2.png
    Cannes, phase finale

    Victoire tactique brillante, échec stratégique cuisant

    Cette dernière ne vint pas et c’est ce qui fit que Cannes resta au rang de splendide succès tactique, sans que cette bataille ne produise d’effet stratégique susceptible de faire pencher la balance en faveur de Carthage.
    C’est là qu’il faut se rappeler que la bataille n’est qu’un moment de la guerre, qui elle représente un tout bien plus large. Revenons encore à Clausewitz qui écrit : « nous considérons la grande bataille comme la décision principale d’une guerre ou d’une campagne mais non comme la seule possible » . Le lien entre la politique et les affaires militaires est indéniable quand il s’agit d’envisager de gagner non pas seulement une bataille, mais une guerre. Hannibal avait vaincu les généraux et les soldats de Rome. Il se heurta cependant à ses institutions « anonymes et sans visage » qui portaient des valeurs de « républicanisme et de militarisme civique » . Le Sénat et la Plèbe témoignèrent d’une grande résilience et d’une solidarité qui fait penser à une certaine union sacrée . C’est que la situation stratégique n’était pas si désespérée pour Rome, qui bénéficiait d’une démographie lui permettant de remplacer aisément les milliers d’hommes tombés . En outre, ses alliés italiens (socii) lui restèrent fidèles et ce malgré les intenses efforts qu’Hannibal fournit durant près de quinze ans afin de les siphonner .
    En revanche, les Romains maitrisaient les mers et surtout, ils menèrent une campagne victorieuse contre les Carthaginois dans la Péninsule ibérique. Isolé et commençant à être affaibli, Hannibal ne put que se résoudre à rembarquer quand en 204, Publius Cornelius Scipion (personnage qui gagnerait à être davantage connu et reconnu) débarqua en Afrique. Ce dernier réussit là où Hannibal avait échoué en retournant les alliés numides contre Carthage. Scipion contraint Hannibal à la bataille et le vainquit à Zama en 202 avant J-C. Pour le coup, la défaite fut décisive pour Carthage (dont les institutions ne manifestaient pas le même consensus -ou obstination en l’occurrence- que celles de Rome quant à la poursuite de la guerre) qui perdit son chef de guerre et son armée. Acculés, les Puniques furent contraints d’accepter une paix assortie d’un lourd tribut.

    https://image.noelshack.com/minis/2017/12/1490262739-zama-phase-1.png
    Phase initiale de la bataille de Zama
    https://image.noelshack.com/minis/2017/12/1490262991-zama-phase-2.png
    Phase finale de la bataille de Zama

    La vaine quête de la transposition d’un succès tactique épisodique en stratégie

    Hannibal et Cannes vont inspirer toutes les générations de grands généraux tournés vers l’offensive, de César à Napoléon en passant par Gustave Adolphe et Frédéric II de Prusse.
    Mais Napoléon, comme Clausewitz après lui, reconnut que la bataille de Cannes ne saurait être copiée telle qu’elle. Nous touchons ici à une notion qui témoigne de l’intelligence et de la modestie de Carl Von Clausewitz puisque ce dernier inclue au moment guerrier la notion de « friction » : ce brouillard, ce hasard qui plane sur les évènements et qui fait que la « chose la plus simple est difficile » . En outre, tout succès tactique aussi brillant soit-il, s’il n’est pas inscrit dans un cadre plus large incluant les manœuvres politiques et diplomatiques, ne saurait se fondre en bénéfice stratégique. Clausewitz est ainsi un des premiers à stigmatiser la relation entre la politique et la notion de bataille décisive .
    Pourtant, l’état-major allemand du début du XXème siècle va semble-t-il développer une réelle obsession pour la bataille de Cannes. C’est d’abord Alfred Von Schlieffen qui va jusqu’à consacrer une publication entière à cet évènement, publication dans laquelle il écrit : « la bataille d’extermination doit être menée aujourd’hui -1913- avec le même plan qu’Hannibal élabora en des temps anciens » . Schlieffen et Moltke « le jeune » invoquèrent « le mythe de Cannes » lors par exemple de l’offensive sur la Marne et de la bataille de Tannenberg de 1914, mais à la différence de Moltke « l’ancien » (architecte des succès prussiens de Sadowa contre l’Autriche et de la campagne de 1870 contre le Second Empire), ils déconnectèrent la tactique militaire des actions politiques et diplomatiques .
    Le dogme de la bataille décisive sera porté à son paroxysme sur le front de l’Est pendant la Seconde Guerre Mondiale, avec les Kessel, ces « chaudrons » dans lesquels seront faits prisonniers quatre millions de soldats soviétiques. Les succès que remporta la Wehrmacht entre 1939 et 1942 sont impressionnants. Les grandes victoires tactiques allemandes auraient certainement permis au IIIème Reich de remporter des guerres au XIXème siècle. Mais au XXème, des changements clefs ont eu lieu dans la façon dont on mène une guerre.
    Mythifiée, la « Blitzkrieg » (guerre éclair) n’était en fait que de l’improvisation. Menée par de brillants tacticiens (Rommel, Guderian), la Wehrmacht fut capable d’exploits. Mais dès que ses mouvements, sa logistique se trouvèrent entravés et qu’elle s’opposa à des nations qui mobilisaient toutes leurs forces vives contre elle (la guerre patriotique que Staline lança en 1941 en est un parfait exemple), l’armée allemande montra toutes ses limites stratégiques et son manque de maîtrise de l’art opératif . Il n’y a pour éclairer ce constat qu’à rappeler qui est sorti vaincu des deux conflits mondiaux.

    https://image.noelshack.com/minis/2017/12/1490263015-kessel.png
    Les Kessels de l’armée allemande

    La bataille, un moment plus que jamais indissociable de la politique… et du social ?

    Ce qui fut vrai au IIIème siècle avant J-C le fut d’autant plus au XXème siècle et l’est encore davantage aujourd’hui. La guerre ne peut se penser sans rapport au politique. Et la bataille elle-même n’est qu’un « moment qui s’inscrit dans un ensemble plus large d’opérations » et ne saurait devenir un « fétiche ».
    Il est généralement admis que les guerres napoléoniennes rompent avec le schéma classique de la « bataille réglée » de l’Ancien Régime. Ce type de guerre menée (en théorie) entre aristocrates souvent « cousins » n’est plus d’actualité au XIXème et encore moins au XXème siècle. Lénine par exemple, introduit une distinction entre игра (« igra », le jeu) et воина (« vaïna », la guerre), le premier terme relevant d’un « jeu conventionnel » (la guerre réglée), le second ayant trait à la « guerre véritable qui nait de l’hostilité absolue » . Le XXème siècle voit la politique se « déterritorialiser » (au profit de l’avènement d’institutions supranationales), l’ennemi devenir un « criminel » (rappelons que le Traité de Versailles de 1919 stigmatise l’Allemagne comme responsable de la première guerre mondiale) et la figure du partisan apparaître plus que jamais au grand jour (avec l’éclosion des guerres révolutionnaires) .
    De nouvelles formes de conflits émergent donc, comme la guerre du partisan, qui rendent encore plus difficile la réduction de la résolution d’un conflit au simple résultat d’une bataille. Les « nouvelles guerres », comme les nomme Mary Kaldor, voient de plus en plus le politique, et d’autres facteurs, s’imbriquer au militaire. L’instrumentalisation de l’origine ethnique ou religieuse des populations, l’apparition de « pathologies sociales » sont des données intrinsèques aux conflits contemporains, faisant des conflits des « dialectiques politiques prolongées » et rendant leur résolution encore plus complexe. Ainsi, il est impossible aujourd’hui d’organiser une opération militaire sans lui adosser un volet humanitaire et politique (prenons l’exemple de la notion disons « tendance » de nation building, appliquée en Afghanistan et en Irak avec des résultats peu heureux). Le caractère « décisif » de la bataille de Mossoul est par ailleurs martelé dans les médias mais les observateurs s’accordent sur le fait qu’une simple victoire militaire (qui ne fait aucun doute), ne résoudra pas à elle seule les problèmes de gouvernance que traverse l’Irak et ne signifiera en aucun cas la fin du prétendu Etat Islamique.
    La bataille décisive n’est alors plus que jamais qu’une chimère. L’adversaire que combattent aujourd’hui les puissances occidentales en Irak, en Syrie, en Libye ou dans le Sahel pratique le plus souvent une forme de guerre asymétrique. Il s’inscrit dans une lutte de moyen voire long terme et ne se risquerait pas à engager en une seule bataille tous ses moyens humains et matériels face à des armées de métiers surentrainées et suréquipées. Pouvons-nous alors toujours parler de « bataille » dans un tel contexte ?

    La bataille décisive, une construction historiographique et politique

    Remporter des batailles ne conduit pas forcément à sortir victorieux d’une guerre. L’obsession des généraux Allemands des deux conflits mondiaux pour la bataille d’anéantissement, calquée sur l’exemple de Cannes, les a certainement empêchés de développer une véritable stratégie de long terme.
    Ils ont semble-t-il vu en la bataille de Cannes une mécanique reproductible par n’importe quelle armée à n’importe quelle époque et contre n’importe quel adversaire, comme s’il s’agissait de la recette qui leur permettrait d’emporter la décision. Or il est périlleux de tenter de rationaliser le phénomène guerrier qui par définition procède en grande partie de la friction, du hasard.
    Ce que nous rappelle l’anthropologie, c’est qu’une bataille n’est qu’un moment extrêmement irrationnel de violence et de chaos. Et si elle peut se préparer en amont, une bataille n’est en ce sens jamais identique à une autre. Comme l’écrit John Keegan, l’unique dénominateur commun permettant de qualifier ces moments sous le terme de « batailles » est « l’humain » . Le soldat est l’acteur principal de la bataille. Et force est de constater qu’il est difficile pour ce dernier de juger du caractère décisif ou non de l’affrontement qu’il vient de livrer. Après Waterloo, la presque totalité des soldats anglais s’attendaient à devoir livrer un nouveau combat dans les jours qui suivirent le 18 juin 1815 , alors que cette bataille conduisit à la reddition définitive de Napoléon Ier.
    Une bataille n’est désignée comme décisive qu’après coup, par le politique ou par l’historien. Citons ici Liddell Hart qui, non sans manquer de faire passer l’armée du IIIème Reich pour la meilleure armée du monde à travers son ouvrage The German General Talks, perpétua le mythe selon lequel une guerre peut se remporter en une seule bataille. Ce ne fut pas le cas, ça ne l’est toujours pas et encore moins à une époque où même « gagner une guerre ne suffit pas à gagner la paix ».

    Bibliographie :
    BADIE Bertrand et VIDAL Dominique (dir.), Nouvelles guerres, comprendre les conflits du XXIème siècle, Paris, La Découverte, 2016.
    ENCEL Frédéric, L’art de la guerre par l’exemple, Paris, Flammarion, 2000.
    HANSON Victor Davis, Carnage et culture, Paris, Flammarion, 2010.
    KEEGAN John, Anatomie de la bataille (The Face of Battle), Paris, Perrin, 2013.
    LE BOHEC Yann, Histoire Militaire des guerres puniques, Paris, Tallandier, 2014.
    SCHMITT Carl, La notion de politique – La théorie du partisan, Paris, Flammarion, 1999.
    VON CLAUSEWITZ Carl, De la guerre, Paris, Les Editions de Minuit, 2006.
    VON SCHLIEFFEN Alfred, Cannae, Fort Leavenworth, Kansas, The Command and General staff school press, 1991.
    WIDEMANN Thierry, GERE François, BLIN Arnaud, PO Jean-Damien, Dictionnaire de la pensée stratégique, Paris, Larousse, 1999.

    BIHAN Benoist, « Comment perdre les guerres mondiales en trois leçons », Guerres et Histoire, numéro 7, juin 2012.
    DE VILLIERS Pierre, « Gagner la guerre ne suffit pas à gagner la paix », tribune parue dans Le Monde, 20 janvier 2016, disponible sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/01/20/gagner-la-guerre-ne-suffit-pas-a-gagner-la-paix_4850136_3232.html

    DURIEUX Benoît, « Clausewitz et la réflexion sur la guerre en France, 1807-2007 Positions de thèse », Stratégique 2009/5 (N° 97-98), p. 217-240.

  • Admin bbPress
    Posts6307
    Member since: 12 avril 2015

    Excellent petit dossier!

    Ceci dit, je ne dirais pas que Cannes fut un « échec stratégique cuisant », car les conséquences y auraient justement été plus terribles pour Carthage si ce fut à la fois un « échec » en plus d’être « cuisant ».

    Stratégiquement, cette batailles eut malgré tout un effet non-négatif, en permettant aux Carthaginois de s’installer au sud de l’Italie ainsi qu’en donnant l’occasion à leur incursion audacieuse de s’implanter de manière durable à ce niveau.

    Au plus, on pourrait dire que ce fut une victoire stratégique insignifiante, mais en rien un échec cuisant selon ma lecture de l’évènement 😉

    PS : J’aimerais savoir si tu souhaiterais y intégrer quelques images (2 ou 3) afin que l’on puisse l’ajouter à la Table des Matières?

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Modérateur
    Posts8392
    Member since: 12 avril 2015

    Intéressante, ta thèse est bien développée et appuyée. J’aurais juste la même critique que Bats, qui est que parfois on peut avoir l’impression avec tes exemples (mais pas avec l’argumentaire seul) que tu en viens à discréditer la bataille elle-même, alors qu’une bonne victoire tactique, s’il ne faut pas se reposer dessus mais la faire fructifier, reste très utile.

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Participant
    Posts13
    Member since: 12 avril 2015

    Je vous répondrai un peu plus tard sur vos thèses, très intéressantes aussi, mais l’emploi du qualificatif “cuisant” se veut à juste titre polémique 😉

    J’ai des schémas et des images à intégrer mais je ne sais pas comment on peut le faire (ce ne sont pas des images issues d’internet).

  • Modérateur
    Posts8392
    Member since: 12 avril 2015

    Il faut utiliser un hébergeur d’images comme “noelschak” pour les placer sur le net (mais elles ne seront accessibles que via l’adresse donc tout le monde ne les verra pas).
    Ensuite dans neolshack tu fais clic-droit, “copier l’adresse URL” et ici tu la mets entre deux balises (img) adresseURL (/img) en remplaçant les “(” et “)” par des “[” et “]”

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Participant
    Posts13
    Member since: 12 avril 2015

    Très bien merci, je verrai cela demain 🙂

  • Participant
    Posts2176
    Member since: 12 avril 2015

    Si on cherche on peut trouver des exemples dans les deux camps.

    Si on prend la bataille de Poitiers (1356), les Anglais l’emportent et capturent le roi de France. Résultat, signature d’un traité catastrophique pour les Français et victoire décisive pour les Anglais.

    Il faut surtout voir les moyens qu’on accorde à la guerre. Si on recrute 4000 miliciens qui devront revenir chez eux à la fin de l’été pour couper les foins et qu’en une bataille, 3500 miliciens sont mis hors combat, on n’a juste pas les moyens de continuer la guerre et ce sera une bataille décisive.
    Maintenant si on parle d’état en guerre, c’est différent.

  • Participant
    Posts13
    Member since: 12 avril 2015

    A Poitiers, la victoire militaire est accompagnée d’une victoire politique énorme des Anglais, qui comme tu le dis capturent le roi. S’en suivent des effets politiques donc.
    A Pavie François Ier est aussi fait prisonnier, s’en suit il des conséquences calamiteuses pour la France ? Pas tant que ça.

    La bataille, prise pour elle même, n’est pas décisive. Il faut je pense l’inscrire dans un contexte global. Ton exemple avec les miliciens est très bien car il prendre justement en compte la globalité du phénomène guerrier.
    Rome à Cannes perd 60 000 bonhommes. Les soviétiques en laissent des millions aux allemands pendant Barbarosa. Les deux puissances ont eu de quoi compenser à la fois par leurs ressources démographiques démographiques et aussi par la volonté politique.
    Carthage ne pouvait supporter qu’une seule Zama, le IIIème Reich encaisser un Stalingrad et un Koursk avant de reculer irrémédiablement.

  • Participant
    Posts2176
    Member since: 12 avril 2015

    C’est ce que je disais. Typiquement les batailles du moyen-âge entre fiefs se réglaient assez vite parce que les ressources étaient limitées. Quand on arrive aux temps modernes et que des conflits durent comme les guerres de succession, on voit que le modèle a changé.

    Même si dans la guerre de succession d’Espagne on peut voir que la Bavière est hors jeu après Blenheim mais pas la France. Un duché de l’empire ne peut pas rivaliser contre le reste de l’empire et les provinces-unies. Alors que la France peut encaisser la défaite.

  • Modérateur
    Posts8392
    Member since: 12 avril 2015

    Ce qui est intéressant, c’est que souvent les batailles les plus décisives, celles qui mettent vraiment fin à un théâtre d’opérations, peuvent apparaître comme des défaites tactiques. Mais pourtant, elles sont au sein d’une campagne l’élément décisif qui permet à toutes les autres forces de remporter des succès (un convoi qui passe, une flotte retardée) petits mais nombreux qui seuls peuvent décider de la victoire sur tout un théâtre d’opérations.

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Participant
    Posts16
    Member since: 12 avril 2015

    Très intéressant, comme travail. J’ai toujours eu du mal avec la notion de bataille décisive (tout comme avec celle de l’homme providentiel, qui mériterait aussi une étude), mais force est de constater que de telles batailles (et de tels hommes) ont pu influer sur le cours de l’histoire.

    Je pense que la disparition des batailles décisives est fortement liée à l’amélioration de la production (c’est à dire du rendement du travail) : en plus de permettre le remplacement plus rapide du matériel, elle a, sur le long terme, permis l’essor démographique des 200 dernières années, créant des réservoirs d’hommes immenses. Cela a rendu les victoires tactiques moins importantes, et donc, comme tu l’as dit, a donné encore plus d’importance à la politique. C’est aussi cela qui a poussé aux guerres asymétriques : les rebelles ne peuvent plus faire armes égales avec l’armée régulière car celle-ci, en plus de sa supériorité technique, organisationnelle et humaine écrasante, craint moins les défaites tactiques (pour les raisons citées plus haut).

    Ca me rappelle Engels qui, s’étant intéressé aux questions militaires, avait polémiqué avec ceux défendant les combats sur les barricades : la supériorité de l’armée régulière rend ce type de combat désespéré (sauf cas exceptionnels), et la Commune de Paris l’a tristement prouvé.

    M’enfin, la seule chose certaine dans toute cette histoire, c’est que chaque cas est différent ^^

  • Participant
    Posts2324
    Member since: 12 avril 2015

    La bataille de Sadowa (1866)est un parfait exemple de bataille decisive.

    D’ailleurs les prussiens en vue de leur faible potentiel humain ont toujours recherche cette bataille “decisive” afin d’eviter de longues guerres d’attrition comme la guerre de sept ans.

  • Participant
    Posts35
    Member since: 12 avril 2015

    La bataille de Sadowa (1866)est un parfait exemple de bataille decisive.

    D’ailleurs les prussiens en vue de leur faible potentiel humain ont toujours recherche cette bataille “decisive” afin d’eviter de longues guerres d’attrition comme la guerre de sept ans.

    Le contexte de la guerre austro-prussienne de 1866 est très particulier. Nous avons deux belligérants qui ne peuvent se permettre aucunement une guerre qui s’enlise sur le long terme (il y une sortes “d’équilibre”). Effectivement, entre la faible démographie prussienne et l’instabilité interne de l’Autriche (qui devras accepter le compromis austro-hongrois un an plus tard)… Ce genre de situation militaro-géopolitique seront extrêmement rare par la suite (pour ne pas dire inexistante). Si Sadowa est un des plus grand exemple de bataille dite “décisive” (celons la pensée prussienne), elle seras parmi les derniers.

    D’autant plus qu’outre-Atlantique à la même époque nous pouvons voir que ce même concept montre des limites. En effet, durant la Guerre de Sécession, les confédérés ne pourront jamais exploités leurs nombreuses victoires tactiques en bataille décisive. Et ce, pour la simple raison que sur le plan démographique et humain on est dans un rapport “du faible au fort”. Autrement dit, le Sud malgré une domination sur le plan tactique (qui seras irréprochable jusqu’à Gettysburg) ne peut obtenir de victoire stratégique (grâce à une bataille décisive) face à un Nord économiquement et démographiquement nettement supérieur. Effectivement, l’Union grâce à son potentiel humain et économique, elle peut se permettre “d’encaisser” les victoires confédérés (et même Lee est impuissant face à se constat). C’est ainsi que la Guerre de Sécession a démontré que la recherche d’une bataille décisive s’avère vaine face à un adversaire ayant une économie et une démographie permettant de tenir sur le moyen et long terme (sans parler de la profondeur stratégique du territoire, dont les russes exploiteront à merveille durant les guerres napoléonienne).

    De plus le concept de bataille décisive montreras une certes obsolescence après la guerre franco-prussienne de 1870-1871. L’Allemagne lorsqu’elle déclenche son offensive à l’été 1914 (sur le front occidental), cherche à obtenir une percée “décisive” (qui est une évolution du concept de bataille décisive). Malgré sa position de force sur le plan démographique et économique vis-à-vis d’une France amoindrie sur ces deux même plan (pertes des Mines et industrie d’Alsace Lorraine + une transition démographique tronquée), l’Allemagne n’obtiendras jamais la bataille décisive escomptés. Effectivement, malgré ses faiblesses la France réussiras à tenir sur le long termes sans pour autant obtenir elle aussi la bataille décisive (jusqu’à la reprise de la guerre de mouvement en 1918; mais à cette date on entre dans le cadre d’affrontement moderne).

  • Modérateur
    Posts8392
    Member since: 12 avril 2015

    @Drakaar

    Autrement dit, le Sud malgré une domination sur le plan tactique (qui seras irréprochable jusqu’à Gettysburg)

    Cela se discute très fortement, avant Gettysburg, il y a beaucoup de batailles où les Sudistes n’arrivent pas à prendre l’ascendant tactique, et ne “gagnent” qu’en échangeant hommes contre terrain, ou inversement. Je pense notamment à la bataille de Shiloh et à celle des 7 Jours.

    Pour le reste, effectivement, la Guerre de Sécession ne montre pas de bataille décisive, seulement des opérations.
    Quand à Sadowa, comme tu le dis, la bataille est décisive principalement parce que les Autrichiens l’acceptent: l’enjeu ne vaut pas de pousser l’empire dans une guerre longue. Ceci au contraire des autres guerres d’unification de l’Allemagne, en particulier la guerre prusso-danoise.

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Participant
    Posts1288
    Member since: 12 avril 2015

    Et il y a aussi Bouvines , la Marne deux exemples de batailles décisives, je pense qu’en fait la bataille décisive n’est pas invariable, mais , elle a souvent lieu(en particulier quand les deux adversaires sont de forces égales).

    Lors de la guerre de sécession, l’absence relative de ce genre de bataille s’explique par un Nord clairement plus puissant.

    Un peuple qui n'aime pas son pays, ne mérite pas son indépendance.
    Moi

    Tiens , il pleut
    Napoléon Bonaparte

  • Participant
    Posts35
    Member since: 12 avril 2015

    @Drakaar

    Cela se discute très fortement, avant Gettysburg, il y a beaucoup de batailles où les Sudistes n’arrivent pas à prendre l’ascendant tactique, et ne “gagnent” qu’en échangeant hommes contre terrain, ou inversement. Je pense notamment à la bataille de Shiloh et à celle des 7 Jours.

    Pour le reste, effectivement, la Guerre de Sécession ne montre pas de bataille décisive, seulement des opérations.

    Effectivement, il y a toujours des exceptions à la règle ! Les armés sont à l’image des êtres humains: faillibles. Et l’Armée Confédéré ne fait pas exception… Cependant les sudistes ont gagné la bataille des Septs Jours au final ! En effet, l’armée nordiste c’est replié à la fin des combats (même si cela reste un succés vain au vu de l’ampleur des pertes sudistes (qui eux ne peuvent se le permettre)). Dans tout les cas la performance de l’Armée de Virginie de Robert Lee et de l’appareil militaire confédéré durant la première partie de la guerre est clairement impressionnante.

    Je ne connais pas la guerre prusso-danoise de 1848-1851. Par contre la guerre de 1864 est clairement semblable au futur conflit entre l’Autriche et la Prusse: deux belligérants (sans compter l’Autriche) qui ne dispose pas de moyens humains et économiques considérables (même si on est dans un conflit opposant une grande puissance militaire à une puissance régional). D’autant plus que politiquement une guerre longue serait un cauchemar pour les deux camps: dans le cas de la Prusse une situation d’enlisement pourrait profiter à l’Autriche de renforcer son influence sur les autres états allemands. Dans le cas du Danemark, une guerre longue signifie aussi un risque d’affaiblissement géopolitique qui pourrait profiter à d’autres puissances Scandinaves (surtout la Suède). En conséquence, le conflit est relativement court et se conclu par une victoire décisive des prussiens à Dybbøl. Dans cette guerre tout comme celle avec l’Autriche en 1866, il y a belle et bien bataille décisive… Tout simplement, car les deux belligérants ne possédaient aucun intérêt (et moyens) de poursuivre le conflit (on retrouve cette “équilibre”). Par la suite ses cas de figures seront très rares (voire inexistant), les multiples évolutions militaires survenues aux XXème siècle rendant ce concept obsolète. Je penses notamment avec l’arrivée de l’art opératif soviétique…

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