Post has published by kymiou

Ce sujet a 17 réponses, 5 participants et a été mis à jour par  kymiou, il y a 1 an et 1 mois.

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    Member since: 20 juillet 2013

    En 1906, des archéologues allemands travaillant sur le site d’Hattusa, la puissante capitale des Hittites, commencèrent à dégager des monceaux de tablettes cunéiformes. On en totalise environ trente mille à ce jour, traitant de tous les sujets possibles, comme il sied quand on tombe sur un stock d’archives oubliées dans la terre et le désordre.

    Parmi elles, cinq tablettes dont la première commence par : « Ainsi parle Kikkuli, maître-écuyer du pays de Mitanni… ». Il s’agissait donc de données relatives aux chevaux. Ces textes ne reçurent pas d’attention particulière et sont aujourd’hui partagés entre plusieurs musées, dont celui de Berlin et celui d’Istambul.

    http://worksofchivalry.com/wp-content/uploads/2012/12/Kikkuli-Quarta-tavoletta-Berlin-Vorderasiatisches-Museum.jpg
    La tablette de Berlin. Du super-condensé : on a même écrit sur les tranches.

    Mais les chercheurs ont des excuses. D’abord, la découverte de ces tablettes s’échelonna de 1906 à 1934 ; ensuite, il s’agit moins de textes construits que de fiches aide-mémoire où le contexte manque totalement ; enfin leur langue – normalement hittite – est abâtardie de termes techniques issus de divers idiomes, principalement aryens, mais pas seulement. Ajoutez-y les abréviations et les raccourcis grammaticaux propres aux pense-bêtes… Un cauchemar de traducteur !

    Ils ont donc mis du temps à comprendre qu’ils tenaient là le premier traité d’équitation du monde, rédigé un millénaire avant celui de Xénophon. Alors que ce dernier ne se préoccupait que de cavaliers, celui-ci est entièrement consacré aux chars ou plutôt, à l’entraînement de ceux qui les tirent.

    On pense que Kikkuli vécut au XIVème siècle av.J.-C. C’était l’époque où les charriers encore hésitants de Thoutmès III se frottaient à leurs homologues du Mitanni, les redoutables Maryanou, qui formaient une élite guerrière hippo-tractée d’origine indo-européenne dans cet empire essentiellement hourrite.

    En Mésopotamie, le cheval n’était plus vraiment une nouveauté. Dès 2100 av.J.-C,, sous la 3ème dynastie d’Our, on parlait de ces « ânes des pays étrangers, orgueilleux, rapides, à la queue sifflante… ». Leur nom même trace leur progression : siswo en sanskrit, sisu en assyrien, issiya en hourrite, sesemet en égyptien. A la suite, le terme « assusanni » désigne l’éleveur, le maître-écuyer, bref le coach hippique sans lequel rien n’est possible.

    Le mitannien Kikkuli fut l’un d’eux, qui grava son programme sur tablettes et en fit, à coup sûr, un best-seller. Après la paix qui s’instaura entre l’empire et l’Égypte du pharaon Thoutmès IV, il n’est pas douteux que certains exemplaires aient gagné le Nil tandis que d’autres, raflés comme butin, allèrent chez les Hittites qui s’empressèrent de les traduire.

    Petit a-parte : je m’obstine à utiliser la graphie « Thoutmès » là où la majorité des sources parlent de « Thoutmôsis ». C’est comme çà. Faites avec. 😛

    Retour à nos [strike]moutons[/strike]… chevaux.

    Un peu de docu-fiction.

    Décor. Une écurie confortable dans les faubourgs d’Hattusa, dans les années 1290 av.J.-C. Il y a des réserves en fourrage de diverses qualités, de l’herbe fraîche au foin sec, et aussi des céréales en grains, particulièrement de l’épeautre. On entretient du feu au fond, car il arrivera que les chevaux reçoivent de la bouillie cuite et surtout, on aura souvent besoin d’eau chaude. Une paisible rivière coule en contrebas.

    Des roues ont tracé des pistes en tous sens, au départ d’un espace ovale d’environ 45 mètres sur trente cerné d’une palissade. Il servira à certains exercices particuliers.

    https://i.skyrock.net/5228/10805228/pics/534009655_small.jpg
    Chevaux tarpans, typiques à cette époque d’Europe à la Caspienne. Aujourd’hui éteints.

    Deux nouveaux chevaux, ayant fraîchement atteint leur taille adulte, sont présentés à l’assusanni. Ils sont de taille et de constitution comparables et leur nom témoigne de leur caractère. Le premier, un jeune fou au regard impérieux et à la ruade facile s’appelle Hullanza (Bataille). Quant au second, c’est un vrai cheval-chien. On le devine prêt à devenir le copain de tout bipède passant à sa portée. On l’a nommé Taksul (Gentil), mais cela ne sonne pas comme un compliment pour un futur cheval de guerre !

    Pourtant, ce n’est pas pour déplaire au maître-écuyer qui espère qu’avec la proximité, les excès de l’un finiront par combler les manques de l’autre. Du reste, une partie du programme, qui s’étend sur six mois, tend à cet effet-là.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/2c/Museum_of_Anatolian_Civilizations_1320169_nevit.jpg/220px-Museum_of_Anatolian_Civilizations_1320169_nevit.jpg

    Reste à vérifier le char d’exercice. C’est un modèle un peu plus lourd mais d’une conception analogue à ceux des Égyptiens. Normal : ces petits malins ont, eux aussi, leur exemplaire du Kikkuli’s book , même s’ils restent discrets sur ce point pour s’attribuer tous les mérites! L’assusanni vérifie la longueur du timon, les bridons et les fourches. Pas de mauvaise surprise, ils correspondent aux mensurations des deux chevaux. D’ailleurs, ils les ont déjà utilisés. Il fallait bien les habituer à traîner cet objet inhabituel pour eux et supporter cet harnachement un peu inquiétant qui leur pince le garrot.

    Mais de simples animaux de trait ne font pas un attelage de combat. Pour cela, il faudra les former et on commence demain…

    à suivre, si on veut bien. 😉

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Modérateur
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    Member since: 20 juillet 2013

    Les journées d’observation réciproque.

    Cela commence toujours de la même façon. Aux premières lueurs de l’aube, l’assusanni rassemble ses hommes pour une prière commune aux dieux. Kikkuli n’en parle pas mais nous le savons par une tablette contemporaine, très dégradée, découverte à Ougarit.

    « A l’intérieur de l’écurie, je prononce en hourrite ces paroles : pour les chevaux (lacune…) Ô Pirinkar et Ô Ishtar (lacune…) et en langue louvite, je dis : pour les chevaux, que tout aille bien. (lacune…). Ensuite, j’oins les chevaux avec un peu de graisse de mouton ».

    Cette graisse était sûrement appliquée au garrot, là où pèsera et frottera le joug.

    C’est précisément le moment de les poser pour un premier exercice. Rien d’exigeant. On commence au pas, puis on lance un trot sur environ neuf cents mètres suivi d’un galop d’une soixantaine de mètres. Pareil au retour. Les chevaux sont dételés et nourris d’un mélange d’épeautre, d’orge et de foin, le tout sous l’œil attentif du maître écuyer qui doit, très vite, apprendre à bien connaître ses deux recrues.

    https://images.empreintesduweb.com/originale/1494778540.png

    Jusqu’ici, tout va bien. Aucun cheval ne souffre d’anomalie dans sa démarche. Le bouillant Hullanza paraît le plus rapide. Il occupera donc la place de gauche dans l’attelage. En effet, comme l’archer décoche ses flèches dans cette direction, c’est ce côté-là qu’il présentera à l’ennemi dans ses charges circulaires. La noria des chars se fera donc dans le sens des aiguilles d’une montre et il est naturel de placer le cheval le plus véloce à l’extérieur de la courbe.

    Pour le reste, « Bataille » mérite bien son nom. Il n’a pas cessé d’asticoter son voisin à coups d’épaules et de tentatives de morsures. L’autre ne se laissait pas faire, mais sans donner à ses ripostes l’impression qu’il voulait envenimer les choses. A l’arrêt, il ignorait totalement son tourmenteur et ne pensait qu’aux câlins des bipèdes. Sacré Taksul ! Il ne s’appelle pas « Gentil » pour rien. 🙂

    https://images.empreintesduweb.com/originale/1497703483.png
    Char hittite « possible », de facture plus renforcée que la version égyptienne mais de conception générale similaire.


    La même promenade fut répétée dans l’après-midi, et encore une fois à la nuit tombante. Les deux jours suivant respectèrent un programme identique, à cela près que d’autres moments de la journée étaient choisis. Il ne fallait pas que les chevaux décèlent dans leur entraînement un rythme régulier dans lequel ils pourraient se relâcher. L’unique constante était leur position respective : Hullanza toujours à gauche, Taksul toujours à droite ; à l’attelage, à la mangeoire, à l’attache, partout.

    Le quatrième jour.

    Fini de se prélasser. C’est le moment d’un premier test sérieux.

    Attelage à l’aube et départ. Après un temps d’échauffement : 1800 mètres de trot enlevé suivi d’un galop de 700 mètres. Quelques minutes de pause sont ménagées mais, très vite, c’est le retour en trombe : un galop à outrance sur un peu plus d’un kilomètre ! A l’arrivée, Hullanza et Taksul sont très marqués. Les jarrets tremblants, ils inspirent l’air avec force et leurs flancs ruissellent de sueur. Ni plus, ni moins : exactement comme l’espérait leur assusanni.

    Les chevaux reçoivent aussitôt une couverture et sont conduits près du feu, au fond de l’écurie. Un plein chaudron d’eau chaude les y attend. Tandis que des palefreniers les lavent, d’autres ont préparé un décoction de malt vert – sorte de bière très, très légère – et un seau d’eau salée.

    Pourquoi salée ? Pour compenser la perte de sel par la transpiration, parbleu ! C’est indispensable et du reste, tout cheval bien soigné d’aujourd’hui a à sa disposition un bloc de sel-gemme, riche en magnésium et oligo-éléments, qu’il lèche ad libitum. Étonnant que les écuyers d’il y a trente-quatre siècle aient pressentis le lien entre le sel et la sudation, sans jamais avoir entendu parler de l’action du chlorure de sodium sur les centres gluco-vasateurs du cerveau !

    https://images.empreintesduweb.com/originale/1494778538.png

    Quand les chevaux sont lavés, frottés, récurés, on répète l’opération. L’eau écartée du feu se refroidissant, ce bain accompagne en quelque sorte le rafraîchissement progressif des organismes. Quand la cuve est vide et les chevaux frais, on les conduit à la rivière pour de nouvelles ablutions. Alors qu’ils mâchouillent leur fourrage, ils se laissent masser vigoureusement par les palefreniers avec un peu de graisse qu’ils raclent pour recommencer aussitôt. Rien n’est oublié, les flancs, la croupe, le cou et surtout les pattes. On peut dire que chaque muscle reçoit l’attention nécessaire. Pas question de tolérer une tendinite ou un claquage ! Il y en aura pour toute l’après-midi…

    En fin de journée, les palefreniers étaient passablement fourbus et le maître-écuyer a fait ses comptes. Les chevaux ont bien réagi à ces évolutions nouvelles pour eux ; au retour, leur regard était franc, avec de l’étonnement chez l’un et du défi chez l’autre ; ils ont retrouvé leur souffle dans les délais impartis ; aucune crampe signalée dans les jarrets ; Hullanza a tendance à aller un peu trop vite, comme s’il voulait dépasser son compagnon – il faudra resserrer les mouvements du joug dans le sens avant-arrière. Pour le reste, cet attelage est prometteur.

    Quant aux deux chevaux, totalement remis de leurs émotions, peut-être s’étonnaient-ils vaguement de cette journée étrange, commencée à hue et à dia pour finir en Club Med’. 😉

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts45
    Member since: 20 juillet 2013

    Sur la photo, il s’agit de chevaux tarpans? Tu dis qu’il sont aujourd’hui éteint mais cette photo est récentes pourtant. Ce sont des chevaux déguisé?


    http://i.dailymail.co.uk/i/pix/2013/10/09/article-0-18A1AB20000578-524_634x442.jpg
    Le chevalion, typique de cette époque, aujourd’hui éteint 😀

  • Participant
    Posts2176
    Member since: 20 juillet 2013

    Sujet très intéressant kymiou. Merci de nous le faire partager.

    Je note 2 trucs. Tu dis qu’il y a des mots aryens dans le texte. Est-ce que les langues aryennes sont éloignées du hittite ? Dans ma tête, le hittite est proche de l’arménien qui est plus ou moins proche de l’iranien mais je me trompe peut-être. En tout cas il y a plein de a, c’est sur 😛

    Le 2ème truc. L’écuyer hittite invoque Ishtar, une déesse sémite. C’est marrant.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    vieuxgrognon :

    Ce sont des chevaux déguisés ?

    Déguisés, oui, en un certain sens. Les Tarpans ont disparu au XIXème siècle mais on les a reconstitués d’après des lignées parentes et des descendants croisés. Notamment en Pologne, où l’on est parti d’un cousin éloigné, le poney Konic, pour relâcher en finale une sorte de copie conforme qui semble prospérer dans la nature et dont les photos illustrent bien mon sujet.

    … tant qu’on s’en tient à l’aspect physique, profil camus, petits yeux en amande, encolure courte, etc. Mais la personnalité du tarpan, sa sauvagerie et son caractère teigneux, cela, c’est perdu à jamais.

    Solduros_390 :

    Est-ce que les langues aryennes sont éloignées du hittite ? Dans ma tête, le hittite est proche de l’arménien qui est plus ou moins proche de l’iranien mais je me trompe peut-être.

    Pas du tout. Toutes ces langues émanent du même bloc linguistique indo-européen. Un exemple vite-fait : l’un des exercices pratiqué par Kikkuli se traduit par « cinq-tours », panza wartanna dans le texte. Cinq se dit donc panza en hittite, pañca en sanskrit, π ε ν τ ε (penté) en grec, ce qui nous donnera pentagone et pentagramme ! 😆

    Idem :

    L’écuyer hittite invoque Ishtar, une déesse sémite. C’est marrant.

    Normal, au contraire. J’ai bien précisé que la tablette à la prière avait été découverte à Ougarit. Ils sont sémites, par là.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts520
    Member since: 20 juillet 2013

    Vraiment intéressant de découvrir tout ce savoir de l’entrainement d’un attelage dès cette époque ! Comme tu dis, il est amusant de voir le lien avec le sel ! 😛

  • Admin bbPress
    Posts6308
    Member since: 20 juillet 2013

    Merci pour cette riche présentation Kymiou 🙂 Très immersif!

    Ceci dit, j’aimerais savoir ce que tu signifies lorsque tu mentionnes que les écris de Kikkuli devinrent à coup sûr, un best-seller. Simple expression pour mentionné que son traité fut populaire? Lorsque l’on grave sur la pierre son bouquin, on en fait pas des masses, pas vrai? 😉

    N’est-ce pas le genre de traité destiné à un noble ou un mécène passionné d’équitation par exemple? Un genre de Il Principe de son temps.

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Participant
    Posts2176
    Member since: 20 juillet 2013

    vieuxgrognon :

    Ce sont des chevaux déguisés ?

    Déguisés, oui, en un certain sens. Les Tarpans ont disparu au XIXème siècle mais on les a reconstitués d’après des lignées parentes et des descendants croisés. Notamment en Pologne, où l’on est parti d’un cousin éloigné, le poney Konic, pour relâcher en finale une sorte de copie conforme qui semble prospérer dans la nature et dont les photos illustrent bien mon sujet.

    … tant qu’on s’en tient à l’aspect physique, profil camus, petits yeux en amande, encolure courte, etc. Mais la personnalité du tarpan, sa sauvagerie et son caractère teigneux, cela, c’est perdu à jamais.

    Solduros_390 :

    Est-ce que les langues aryennes sont éloignées du hittite ? Dans ma tête, le hittite est proche de l’arménien qui est plus ou moins proche de l’iranien mais je me trompe peut-être.

    Pas du tout. Toutes ces langues émanent du même bloc linguistique indo-européen. Un exemple vite-fait : l’un des exercices pratiqué par Kikkuli se traduit par « cinq-tours », panza wartanna dans le texte. Cinq se dit donc panza en hittite, pañca en sanskrit, π ε ν τ ε (penté) en grec, ce qui nous donnera pentagone et pentagramme ! 😆

    Idem :

    L’écuyer hittite invoque Ishtar, une déesse sémite. C’est marrant.

    Normal, au contraire. J’ai bien précisé que la tablette à la prière avait été découverte à Ougarit. Ils sont sémites, par là.

    En même temps quand on sait traduire le hittite, on sait évidement parler sanskrit, iranien et scythe donc aucun problème de langue :P.

    Et effectivement j’ai raté la mention d’Ougarit.

    Est-ce qu’on sait si les Mèdes ou les Achéménides avaient un traité équestre dans le même sens que celui-ci ? Entre amateurs de chevaux ça paraîtrait logique.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    D’abord, deux messages personnels.

    BaTBaiLeyS :

    (…) tu mentionnes que les écris de Kikkuli devinrent à coup sûr, un best-seller. (…) N’est-ce pas le genre de traité destiné à un noble ou un mécène passionné d’équitation par exemple? Un genre de Il Principe de son temps.

    Pas vraiment. Ce n’est pas un « traité », mais un simple aide-mémoire aussi sec qu’une recette de cuisine affichée au-dessus d’un fourneau de réfectoire. Je t’en cite un exemple au hasard :

    « Cent quatrième jour : de nuit, on les fait trotter sept kilomètres, puis galoper soixante mètres. Après dételage, lavage à l’eau chaude. Ensuite, écurie, où ils mangent leur ration. Cent quinzième jour :.. etc. »

    C’est ce qui m’a obligé à ajouter un vernis de fiction. Comment susciter l’intérêt sur un texte aussi austère ? De même, j’ai simplifié à outrance en présentant un maître-écuyer face à un unique attelage.

    En réalité, les besoins étaient énormes. Le ratio charrerie / infanterie devait être de 10%. Une petite armée opérationnelle de – disons – mille hommes comprenait cent chars, donc deux cents chevaux mais le double avec les réserves, vu leur mortalité au combat. Il y avait, dans les écuries de Pi-Ramsès, de la place pour dix mille bêtes !

    Cela signifie qu’un maître-écuyer dressait des dizaines d’attelages à la fois mais tous à un degré d’entraînement différent : celui-ci en était à son 31ème jour, celui-là à son 118ème, plus loin, des nouveaux qui n’en sont qu’au cinquième, etc…
    Comme chaque journée comprend des exercices, une nourriture et des soins particuliers, comment s’y retrouver sans une tablette détaillant chaque étape ? Tel devait être le but de ce texte. On ne peut pas dire qu’il était répandu dans le public mais trop de gens y avaient accès pour que cela reste secret-défense. Juste assez confidentiel pour rester limité à la corporation.

    Et quand, à la faveur d’une trève, un assusanni mitannien rencontre un imy-r ssmt égyptien, ils parlent naturellement boutique et s’échangent des astuces d’élevage devant un gobelet de vin de palme ! 😛

    Solduros_390 :

    Et effectivement j’ai raté la mention d’Ougarit.

    … et je t’en remercie. En relisant cette citation, j’ai vu qu’un détail intéressant m’avait échappé. L’homme adresse une prière aux dieux sémites dans leur langue, le hourrite. Il prie ensuite en louvite (un idiome indo-européen voisin du hittite) des dieux dont le nom est illisible, mais qui était nécessairement aryens.
    C’est un peu comme si un égyptien chrétien d’aujourd’hui adressait une demande à Dieu en langue copte puis, histoire de doubler ses chances, une autre à Allah en arabe !

    Idem :

    Est-ce qu’on sait si les Mèdes ou les Achéménides avaient un traité équestre dans le même sens que celui-ci ? Entre amateurs de chevaux ça paraîtrait logique.

    Cela m’étonnerais qu’ils en aient eu besoin. Ces héritiers des cavaliers des steppes naissaient tous avec un cheval aux fesses. L’équitation était un des fondements de leur culture et le simple bouche-à-oreille comblait les lacunes. De plus, si les chars attelés réclamaient une production massive avec des procédés bien définis, les rapports entre un cavalier et sa monture sont d’une autre nature.

    … mais je reprends le fil de mon histoire.

    Au cours de ces premières semaines, le maître-écuyer avait eu le temps de bien connaître ses chevaux, leurs qualités et leurs défauts respectifs. Nerveux et impulsif, Bataille méritait bien son nom. Il se voulait dominant et entendait bien le faire savoir. Le bon côté était qu’il était aussi particulièrement vif dans l’effort, avec des départs de galop foudroyants quoique de courte endurance. Bref, c’était un sprinter-né. L’entraînement saurait sublimer ses qualités tout en modérant ses excès, simple question de temps.

    Au départ, le gentil Taksul semblait le maillon faible du duo mais c’était plus subtil. Certes, il était moins pétulant qu’Hullanza mais cet enjouement apparent relevait plutôt du souci de flatter la main qui le nourrissait. Il fallait y voir de l’intérêt bien compris, pas une soumission. D’ailleurs, lorsque Bataille en faisait trop, il se faisait sèchement remettre à sa place d’une bonne ruade. En attelage, s’il n’avait pas le feu de son partenaire, il s’essoufflait beaucoup moins vite. En somme, il avait l’âme d’un coureur de fond.

    https://images.empreintesduweb.com/originale/1494873451.png
    La turbulence d’Hullanza, exaspérante pour Taksul qui voudrait bien dormir.


    Ce n’était pas pour déplaire à l’assusanni, qui comptait bien combiner ces qualités pour forger une équipe soudée. Au début, il avait favorisé Gentil dans son régime alimentaire pour améliorer sa musculature. Il fallait que cela reste discret car Hullanza en aurait conçu de la jalousie. Pour cela, il y avait un truc. Kikkuli n’en parle pas mais la tablette d’Ougarit l’évoque. Les quantités de nourriture restaient ostensiblement pareilles mais leur qualité différait : Taksul recevait systématiquement des rations un peu plus riches en grains.

    Un dernier point sur la nourriture avant que vous ne vous endormiez sur votre clavier : la question de la « truelle de bouillie hachée » régulièrement offerte aux chevaux les soirs de grands efforts. On n’en sait pas davantage mais les commentateurs pensent immédiatement au « mash », que les chevaux d’aujourd’hui connaissent bien. Il en existe plusieurs recettes, je vous en donne une :

    « un kilo de son de blé, un demi-kilo d’avoine, un kilo de pommes râpées, deux cents grammes de grains de lin cuits, cinquante grammes de sel. Faire bouillir dans un peu d’eau, mixez, servez tiède ». Cela fait muesli, non ?

    Et l’entraînement suivait son cours…

    Rappelons-en les grandes lignes. D’abord, les chevaux devaient s’habituer l’un à l’autre, ce qui est déjà contraire à leur nature d’étalon.

    Ensuite, comme la guerre est chose incertaine et qu’elle se pratique à toutes heures, des exercices se faisaient régulièrement de nuit – alors qu’il n’y a pas plus diurne qu’un cheval ! Il fallait aussi compter avec les pénuries. Donc, si la plupart des efforts étaient récompensés de bonne pitance, le programme comprenait des jeûnes forcés.

    Cela arriva notamment le 83ème jour. Ce matin-là, Hullanza et Taksul partirent joyeusement pour un petit périple de routine : un peu de marche, 600 mètres de trot et 200 de galop. Retour à l’écurie pour le lavage ordinaire mais… ni eau ni picotin !

    Nouveau circuit, tout pareil, mais juste un peu d’herbe fraîche au retour ! Ce n’est qu’au cinquième circuit qu’ils reçurent enfin une mesure d’eau, ce qui n’est pas beaucoup. Au soir, ils étaient exténués mais l’épreuve avait réussi. En récompense, ils eurent à boire et à manger à satiété, non seulement du bon fourrage mais aussi une truellée de mash.

    Si les sorties en soirées étaient monnaie courante dès le début, il y eut d’authentiques périodes d’exercices de nuit. C’est ainsi qu’Hullanza et Taksul connurent des horaires « inversés » où ils se reposaient au Soleil et suivaient le plus gros de leur entraînement sous la Lune, comme entre les 62 et 71èmes jours, et plus tard entre les 113 et 122èmes.

    https://images.empreintesduweb.com/originale/1495383644.png

    Ces parcours dans l’obscurité avaient-ils un intérêt tactique ? nul ne le sait. J’ignore même si on s’est posé la question car je n’ai rien trouvé à ce propos.

    Ainsi les chevaux apprenaient-ils à vivre l’instant présent sans se préoccuper de ces lendemains constamment changeants. Il n’y avait de réellement fixe que leur proximité – ils s’entendaient désormais parfaitement bien – et les bains, bouchonnages, massages et autres agréables papouilles qui concluaient leurs efforts.

    Sans doute était-ce cette dernière certitude qui fut la cause de ce que j’appellerai sur un mode dramatique :
    l’accident du funeste cent soixantième jour.

    Mais c’est pour demain. 😉

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    Cent-soixantième jour : l’accident.

    Contrairement à la veille, où l’attelage avait été « poussé » à plusieurs reprises, ce devait être une journée presque paisible. Les chevaux avaient été laissés en prairie jusqu’au soir. Ce n’est qu’alors qu’ils furent attelés pour un circuit court : un trot de 800 mètres suivi d’un galop de 500. En général, l’allure du retour était laissée à l’appréciation de l’aurige en fonction des conditions atmosphériques et de l’état de fraîcheur des chevaux. Tout lui semblant « au vert » et déjà en vue de l’écurie, le conducteur fit claquer son fouet pour un sprint final.

    Le plus réactif, Hullanza, s’élança d’un bond et cela surprit Taksul, apparemment distrait. Celui-ci réagit avec un temps de retard, ce qui eut pour effet de tordre leur joug commun. Les chevaux s’en trouvèrent serrés l’un contre l’autre avec le timon entre eux qui leur pressait les côtes. Énervé, Taksul se mit à faire des petits bonds au point d’enjamber l’épaisse pièce de bois. N’écoutant plus que son instinct, il rua de toutes ses forces et le timon cassa net.

    Le tronçon resté au char pila dans le sol comme un soc de charrue, ce qui le catapulta en hauteur pendant qu’une de ses roues, clavette arrachée, suivait sa propre trajectoire. De leur côté, Hullanza et Taksul, complètement affolés, toujours réunis par leur joug et avec l’autre morceau de timon bringuebalant entre eux, tourbillonnaient dans de vains efforts pour se dégager. L’aurige ne pouvait être d’aucun secours : avec les brides enroulées autour de ses poignets, lui-même avait été traîné sur plusieurs mètres avant que le hasard, ou un dieu compatissant, ne le libère.

    https://images.empreintesduweb.com/originale/1494932767.jpg

    De l’écurie, on avait tout vu et les palefreniers accoururent. Rattraper les chevaux, les maintenir et retirer les harnais durèrent un certain temps. Il fallut même tailler du couteau pour extirper les pauvres bêtes des nœuds de lanières qui les emprisonnaient.

    Survint enfin l’assusanni, blême de rage. Il n’eut pas un regard pour l’aurige qui cherchait gauchement à se relever malgré son avant-bras cassé et son épaule démise. Ce qui importait au maître-écuyer, c’était ses chevaux. Rien que ses chevaux.

    https://images.empreintesduweb.com/originale/1494778544.png
    Timon victime d’une ruade. Document authentique.

    Un premier examen rapide lui montra que, des deux, c’est Hullanza qui s’en tirait le mieux : des traces de choc contre le timon et quelques marques venant de coups portés par Taksul. Rien de sérieux. Il le renvoya vers l’écurie avec consigne de lui donner un peu d’eau et de le brosser jusqu’à ce qu’il soit tout-à-fait calmé.

    S’il y avait pire, ce serait chez le malheureux Taksul. L’assusanni passa près d’une heure à l’examiner, pouce par pouce. Comme il s’y attendait, c’était la jambe postérieure gauche qui avait le plus souffert. Si l’endroit le plus fragile, le canon, était intact, le boulet s’ornait d’une vilaine coupure et la châtaigne avait été comme rabotée. Sur le dos, l’endroit du garrot où pesait le joug paraissait sensible mais normal à la palpation.

    Il n’y avait donc rien d’irrémédiable. Une semaine de soins avec retour progressif à la marche y suffirait. Il était même heureux que l’accident ait touché le cheval le mieux équilibré de l’attelage. Il n’en conserverait aucune séquelle émotionnelle.

    Somme toute, on s’en tirait bien. Restait à identifier les responsables. Il ne fallut pas longtemps pour absoudre l’infortuné aurige, couché sur un lit de paille avec l’avant-bras déjà sous attelles et qui attendait le moment pénible où deux costauds viendraient lui remettre l’épaule en place. L’homme avait respecté les règles. Seule la mauvaise fixation du joug était en cause. Le palefrenier négligent fut rapidement identifié et condamné à la corvée du lavage des écuries pour les six prochains mois.

    Et le maître-écuyer acheva cette longue cent-soixantième journée par un exposé sur l’obligation absolue de nouer le joug de manière à ce qu’il reste perpendiculaire au timon. Cela devait être contrôlé au départ mais aussi lors de chaque pause.

    https://images.empreintesduweb.com/originale/1494778542.png

    « Si l’attache est relâchée, vous avez vu ce qui se passe. Même un jeu minime est à proscrire : il gêne le cheval et le distrait. C’est sans doute pour ça que Taksul s’est laissé surprendre  » aurait-il pu marteler à ses assistants.

    Suite et fin dans plus très longtemps.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Admin bbPress
    Posts6308
    Member since: 20 juillet 2013

    Il me reste toujours le dernier chapitre à lire mais déjà je tiens à dire que ce récit est passionnant Kymiou. Tranquillement, on en vient qu’à devenir presque attaché à ces deux chevaux. L’entraînement sur mesure pour les endurcir, briser leur routine, leur confort, était très subtil. Ton histoire relate bien le travail d’un homme qui, de par son expérience, connaît ses bêtes à fond, leur caractères, et qui s’adapte pour polir leurs différences afin de renforcer cette équipe.

    Seul petit hic jusqu’à maintenant : tu m’as fait réaliser que je bouffe du mash quelque fois par mois avec mes muslix aux pommes.

    Pas cool Kymiou… Pas cool 😉

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Participant
    Posts90
    Member since: 20 juillet 2013

    Je n’est pas trop compris. Ou commence la fiction et qu’as tu vraiment lu sur les stèles? Très bon en tout cas 🙂 J’ai pas décroché!

  • Admin bbPress
    Posts6308
    Member since: 20 juillet 2013

    Parfait je suis soulager de voir que les dommages furent mineurs. Maintenant plus qu’à attendre la suite ^^

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  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    Aramis :

    Où commence la fiction et qu’as tu vraiment lu sur les stèles?

    Une question pertinente. C’est toujours délicat d’ajouter du liant pour animer des sources un peu trop lapidaires. C’est même de la corde raide car l’imagination ne demande qu’à s’emballer et il faut constamment tempérer la bête !
    Je ferai la part des choses tout à la fin.

    Et c’est reparti !

    Une nuit avait suffi pour confirmer que Taksul se remettrait parfaitement. Les chevaux ne furent pas séparés mais affectés à un service plus léger, ne serait-ce que le temps de réparer le char et trouver un nouveau timon. Il faudrait bien quelques jours puisque cette pièce de bois devait être formée à chaud et que cela ne se fait pas en dix minutes.

    Le maître-écuyer leur fit faire, toujours ensemble pour ne pas rompre le binôme, quantités de cercles à la longe dans le wasanna, l’enclos ovale ceinturé de palissades décrit plus plus haut. On les mena aussi à la campagne, tenus à la main, pour leur faire monter et descendre des collines caillouteuses et peut-être circuler dans des rivières basses au lit couvert de galets ronds.

    Ces sorties extérieures se faisaient sur une piste appelée « wartanna », ce qui n’apporte rien au sujet mais je trouve que ça fait chic de le préciser ! 😉

    Si Kikkuli évoque bien les ascensions de collines, il ne dit pas un mot des terrains irréguliers. C’est pourtant logique car les chevaux s’y renforceraient les sabots. Plus tard, Xénophon insistera beaucoup sur ce point et il est peu probable que l’assusanni mitannien ait ignoré le pouvoir durcissant des graviers pour le cheval non ferré, les coussinets d’un chien ou les plantes de pied humaines !

    Le char réparé reprit du service, prolongé d’un timon neuf. Quoique Kikkuli n’en parlât pas, je crois que c’est à moment qu’on commença l’entraînement en situation réelle, avec un véhicule chargé de deux hommes et de ses deux carquois garnis de flèche entrecroisés sur chaque flanc. Et peut-être même la lourde couverture à écailles de cuir qui les couvrira du garrot à la queue à l’heure des combats. Il y a là un poids auquel l’attelage devait s’habituer, à présent qu’Hullanza et Taksul étaient au sommet de leur condition et qu’ils répondaient parfaitement à la voix, aux rênes et au claquement du fouet.

    http://www.cosmovisions.com/images/Char-Guerre-Hittite.jpg

    En tout cas, les exercices prirent soudain un tour plus intensif. Le 178ème jour, par exemple…

    Une folle journée.

    Tôt matin, ils prirent le chemin du wartanna cité plus haut pour cinq cents mètres de trot et autant de galop. Ils le firent trois fois, entrecoupées d’une brève pose si l’on comprend bien le sens de l’expression « tri-wartanna » (tri = 3) mentionné dans le texte. Ils furent ensuite menés à la rivière pour un bain. Ensuite, reprise de l’entraînement pour cinq cents mètres de trot mais le double au galop. Plus dur ! Surtout qu’il fut répété sept fois (satta-wartanna).

    Hullanza et Taksul, passablement secoués, furent laissés un moment tranquilles, dételés mais toujours munis de leur harnais, ce qui était inhabituel. Autre anomalie : lors des pauses, ils recevaient tantôt une poignée d’herbe, tantôt rien du tout. Était-ce pour simuler l’action réelle où le cheval peut à l’occasion happer une touffe d’herbe de rencontre ?

    L’assusanni les examina soigneusement, ne trouva rien d’anormal et les déclara bons pour deux séances de trot + galop supplémentaires avant le retour à l’écurie. Mais la journée n’était pas finie. Après un repas convenable mais sans plus, on les laissa tranquilles jusqu’au milieu de la nuit. Ils furent alors ré-attelés et introduits dans le wasanna, la piste circulaire aux palissades, dont ils firent neuf fois le tour, soit 1400 mètres au galop.

    Ils purent enfin regagner l’écurie et ses délices ordinaires, eau, picotin, mash, massage et peut-être un fond de bière pour les remettre de leurs émotions !

    C’est, m’a-t-il semblé, la journée la plus rude de tout le programme. Vous étonnerais-je en précisant que le lendemain, on leur ficha une paix royale jusqu’au soir ? 🙂

    La dernière tablette, brisée, s’arrête au cent quatre-vingt-quatrième jour et cette dernière étape ne diffère pas des précédentes. Hullanza et Taksul forment désormais un attelage aguerri capable de répondre à tous les besoins de son équipage humain.

    Je ne puis abandonner le côté romancé sans évoquer leur avenir. Les grandes campagnes militaires étant somme toute rares, ils parcourront les chemins de l’empire en patrouilles ou pour porter des messages, tel ce char franchissant la plus belle porte d’Hattusa, celle des lions.

    https://images.empreintesduweb.com/originale/1494873454.png

    Puis viendra l’année 1274 av. J.-C., celle de Kadesh. Comme des milliers d’autres, Hullanza et Taksul marchent vers la ville syrienne, reçoivent avec étonnement un troisième homme, franchissent en trombe le gué d’une rivière, coupent en deux la division de Rê étirée en colonne, foncent vers le camp égyptien et prennent Ramsès II au dépourvu. Ce dernier finit cependant par gagner d’extrême justesse grâce à un renfort arrivé à point. Tout ceci est détaillé ici. Toute la charrerie hittite engagée sera anéantie.

    Mais franchement, je refuse d’inclure le sort de nos deux héros dans cette scène :

    https://images.empreintesduweb.com/originale/1497999480.png

    Alors voilà. Après la bataille, les Égyptiens trouvèrent Hullanza et Taksul miraculeusement indemnes, errant d’une touffe d’herbe à une autre en traînant leur char vide déguisé en pelote d’aiguilles. Des flèches s’étaient fichées partout, y compris sur le joug et le timon. Une telle chance avait quelque chose de divin. Ramsès en fut impressionné et offrit les deux chevaux à son fils aîné, Amenherkhepshef. Celui-ci décida de les envoyer dans son domaine privé où ils tireraient son char de parade les jours de fête.

    Ainsi démobilisés, Hullanza et Taksul jouirent d’une longue et confortable vie près de Memphis, dans une écurie princière qui valait bien celle d’Hattusa.

    Remarques et sources

    De simples fiches quotidiennes, telles celles de Kikkuli, ne présentent aucun attrait si elles ne sont pas mises en sauce avec un peu de fiction, quitte à s’inspirer d’autres sources. L’épisode de l’accident n’est pas relaté par les tablettes, on s’en doute, mais il est réellement arrivé lors du tournage d’un documentaire, les chars des pharaons, où un exemplaire égyptien avait été reconstitué dans les règles avant d’être mis à l’épreuve. On peut en déduire que ce genre de mécompte était courant.

    L’efficacité de la méthode Kikkuli a été vérifiée et confirmée en 1991 par Ann Nyland, une vétérinaire australienne spécialisée en hippologie, qui l’a testée en vrai sur des chevaux arabes. Des examens effectués par l’Université de Sidney ont mis en évidence de réels progrès dans les systèmes cardiovasculaires ainsi qu’une diminution notable de l’acide lactique, cause principale des crampes musculaires.

    Ann Nyland publia ses conclusions sous le titre : The Kikkuli method of horse training, ISBN 0980443075.

    http://ezinearticles.com/?Leading-Horse-For-Fitness-Training-by-the-Kikkuli-Method&id=2076112

    Ma source principale est :

    L’art de soigner et d’entraîner les chevaux , texte hittite du maître-écuyer Kikkuli, traduit et présenté par Emilia Masson, coll. Caracole, éd. Favre, ISBN 2-8289-0542-X

    Pour les curieux du sujets, d’autres éléments peuvent être trouvés ici :

    http://www.lrgaf.org/Peter_Raulwing_The_Kikkuli_Text_MasterFile_Dec_2009.pdf

    Voilà. 😉

    .

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  • Admin bbPress
    Posts6308
    Member since: 20 juillet 2013

    Merci pour la partage de cette épopée et la précision sur tes différentes sources d’inspirations, je me posais aussi la question ^^

    Donc nul moyen de savoir s’ils ont vraiment participé à Quadesh, mais selon toi, le calendrier s’aligne?

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  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    BaT :

    Donc nul moyen de savoir s’ils ont vraiment participé à Quadesh, mais selon toi, le calendrier s’aligne?

    Ils ont participé à la bataille car tel fut mon bon plaisir ! J’ai inventé ces chevaux, donc je les place où je veux. 😛

    Toutefois, il y a très peu d’inspiration créatrice dans mon récit. Pas plus de dix pour cent. Je n’ai fait que croiser un texte trop sec pour être évoqué tel quel avec un accident réellement survenu lors du tournage d’un documentaire.

    La fourchette chronologique admissible était de – 1350 à -1180, ce qui correspond à l’épisode hittite comme grande puissance succédant au Mitanni.

    La bataille de Kadesh tombe en -1274. Pile au milieu. Comment résister ? 😉

    .

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  • Participant
    Posts45
    Member since: 20 juillet 2013

    J’ai terminé la lecture hier et je me demandais tu as d’autres récit du genre? J’aime ton style d’écriture ça se lit très bien et s’est reposant :cheer:

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    @vieuxgrognon :

    je me demandais tu as d’autres récit du genre? J’aime ton style d’écriture (…).

    et moi, j’aime bien cette façon de me grogner dessus, vieuxgrognon 😉 . Mais comment répondre sans donner l’impression de faire ma pub ?

    Je me suis toujours intéressé aux techniques allégeant les sujets indigestes, autrement dit, les sauces les plus appropriées pour faire passer le merlan. Dans le cas de Kukkuli, c’était clairement une touche de romanesque. Mais y a-t-il « un autre récit du genre » ???

    Eh bien, en faisant l’impasse sur toutes les fois où je me suis planté, essaie donc ceci (où je donne une leçon particulière à un général et celà où j’ai poussé à fond sur le vécu des protagonistes, quitte à faire long, très long.

    Vraiment très long, te voilà prévenu. Mais j’en garde un bon souvenir pour avoir été soutenu par ceux qui m’avaient fait l’honneur de me lire et tenir jusqu’au bout.

    .

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