Post has published by jelayde

Ce sujet a 21 réponses, 9 participants et a été mis à jour par  Martial Velin, il y a 1 an et 2 mois.

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    La source principale est monsieur Henri Guillemin, en mettant à l’épreuve les sources de sa vidéo-conférence. Je dois dire que cet historien garde toujours mon respect et ma considération, mais il apparaît que ce spécialiste du XIX ème siècle s’est laissé emporter dans un temps qui n’était pas le sien et qu’il aura sans doute fait un peu “vite”.

    Chapitre 1 : guerre de cent ans ; L’époque sombre pour la naissance d’une étoile appelée Jeanne

    C’est une longue histoire que nous allons découvrir et qui se déroule durant et après la guerre de Cent Ans, dans une France telle qu’on ne la revit jamais depuis. Mais avant de commencer, à fin que vous saisissiez au mieux le récit que nous allons évoquer ensemble, il s’agit de situer le contexte réel et historique dans notre histoire. Attention, si je vais tenter modestement de replacer le contexte de la guerre de Cent Ans, je ne vais pas en refaire l’historique complet. Je ne ferai qu’en effleurer une certaine partie pour servir le récit qui suivra. Traiter de la guerre de Cent Ans dans sa totalité prendrait bien plus d’un chapitre… J’espère que ce qui suivra vous permettra malgré tout de comprendre ce conflit, son déroulement, et “l’ambiance” qui découle de cette sale histoire, qui aura son intense moment de clarté dans l’apparition de Jeanne, la pucelle. Une bien belle histoire humaine.
    Nous nous replongeons durant la guerre de cent ans. En l’an 1428, apparaît à Chinon 100 ans pile après ce qui fut la première cause de cette terrible guerre (qui dura en réalité 116 ans), une jeune fille, que la France aura surnommée Jeanne la pucelle (pucelle voulant dire servante à ce moment et non “vierge”) et que le Roi Charles VII, baptisa Jeanne d’ay. Ce nom de Jeanne d’Arc apparu bien après sa mort dans un poème orléannais du moins pour ce qui fut la cause de sa propagation (nous reverrons cela).

    Il s’était donc déroulé un cas inédit 100 ans avant son apparition. L’héritier direct du royaume de France se trouvait être Jeanne de Navarre, à ce moment, une femme (fille de Louis X le lutin). La décision qui fut prise alors était très importante, car elle deviendra coutume et va être appliquée sur la question dynastique qui va se poser en 1328. Cette question amenant avec elle la querelle entre Français et Anglais, quant à savoir à qui reviendra la couronne de France. Mais revoyons un peu plus en détail ce cas et son pourquoi. À savoir qu’une femme ne peut pas régner sur le royaume de France (qui sera pourtant sauvé par une femme, et c’est sans abus de mots).
    À la mort de Louis X, sa seconde femme attend un enfant. Un fils naît, ce sera Jean Ier dit le Posthume, car il ne vivra pas plus que quelques jours. Cas inédit jusqu’alors, l’héritier direct du royaume de France se trouve donc être Jeanne de Navarre, une femme. L’infidélité de la reine Marguerite n’est qu’un prétexte pour écarter sa fille Jeanne, et choisir Philippe V (frère de Louis X le Hutin) comme roi de France. Le choix du monarque français se fonde sur l’hérédité et le sacre, mais l’élection reprend ses droits en cas de problème. Philippe V ne vivra hélas pas bien longtemps non plus.

    Le gros drame des rois de France, alors des Capétiens, qui s’étaient grossis par les annexions, mais surtout par les mariages, c’était qu’ils se battaient maintenant avec les Anglais sur cette question dynastique. Ce qui se passa, c’est que le roi Philippe le Bel, vous l’aurez compris, avait eu plusieurs fils, mais que ses fils périrent tous rapidement, si bien qu’à la mort du dernier fils qui n’avait pas d’héritier mâle (Philippe V), ce fut un neveu, à qui l’on donna la couronne de France sous le nom de Philippe VI.

    Cependant, il y en a un qui va vigoureusement protester contre cela, mais pourquoi donc ? Une petite-fille de Philippe le Bel, fut donné en mariage au roi d’Angleterre Édouard II (Isabelle de France, qu’on fit débarquer en Angleterre à 12 ans et qui déposa Edouard II (celle du film Braveheart)), qui eut un héritier baptisé Édouard III. Quand cet Édouard III prend le pouvoir en Angleterre, il est roi d’Angleterre, mais aussi le petit-fils de Philippe le Bel, de fait, il revendique la couronne de France en arguant qu’un petit-fils a sûrement plus de droits qu’un neveu sur la couronne de France. La guerre éclate, et il faut bien le dire, le commencement est en faveur des Anglais. Coup sur coup, deux grosses batailles, deux grosses défaites, Crécy le 26 août 1346, puis le 19 septembre 1356, la bataille de Poitiers. Les Anglais occuperont alors une très vaste partie du territoire français. La situation se renversera avec l’apparition de Charles V ou “Charles le sage” qui, aidé par le fameux et bien vigoureux (et assez laid paraît-il) Bertrand du guesclin, reprend à peu près tout ce qu’avaient obtenu les Anglais (exception de Calais au nord et de la Guyenne au sud). Il faut maintenant voir qui succède à Charles V. Charles VI, qui donnera on le verra le coup de grâce à la France.

    Cependant, en Angleterre depuis lors, il y avait eu quelques,… aller,… “débordements intérieurs”, le roi Richard II (le petit-fils d’Édouard III), qui possédait la couronne anglaise, se chamaille avec l’un de ses cousins de la famille Lancastre, et ce Lancastre renversera Richard II et prendra la couronne d’Angleterre (la fameuse guerre des deux roses qui a inspiré Game Of Throne). Ce nouveau roi se couronnera sous le nom de Henri IV. Cet Henri IV ne fera pas grand mal à la France, mais son fils, Henri V reprendra l’idée de son aïeul en disant qu’il est lui aussi, roi d’Angleterre et de France du fait de l’héritage d’un prédécesseur dépossédé de ses titres, accaparés par les Lancastre (et de son ascendance avec Philippe le bel). Au début du XV eme siècle, les Anglais débarquent de nouveau en France, écrasent les Français à Azincourt en 1415. C’est un désastre. Toute la fine fleur de la chevalerie française est décimée par les archers anglais fortement retranchés derrière des pieux en bois pointus et obliques. Le champ de bataille est boueux et rend difficile n’importe quelle manœuvre de la cavalerie. La chevalerie française, mal commandée, mal organisée va foncer tête baissée sur ces pieux sous une pluie de flèches, les chevaux vont s’éventrer sur les pieux pour ceux qui parviendront à l’Anglais, pourtant, peut-être n’était-ce rien comparé au coup fumant qu’avaient réalisé les Anglais, en 1420. Grâce à Charles VI d’une part qui est devenu fou depuis 1392, et grâce aussi à sa femme, qui s’appelait Isabeau de bavière (réputée être une garce absolue), en 1420, à Troyes est signé un traité tout à fait légal. Charles VI donne une de ses filles au Roi Henri V et déclare que si un fils naissait de cette union, ce serait celui qui lui succéderait et pas le “soi-disant dauphin” comme il se serait exprimé sur son propre fils.
    L’année suivante en 1421, Henri VI, fils de Henri V mort prématurément entre temps, voit le jour.
    Bien entendu, le futur Charles VII (fils de Charles VI) ne marche pas. Il proteste. Lorsque son père meurt en 1422, il se déclarera véritable héritier de la couronne de France. La France, alors, on peut le dire, aura deux rois, et c’est un roi de trop. Le petit Henri VI d’Angleterre d’un côté (petit fils de Charles VI), et Charles VII dauphin de France de l’autre (le fils de Charles VI). On en revient au point de départ, la même situation qu’en 1328, avec des noms différents.

    Cependant, rappelons que le roi d’Angleterre n’était alors qu’un bébé, ce sera un régent baptisé Bedford qui gouvernera le royaume d’Angleterre. Autre différence entre les deux, le petit bébé possède l’Angleterre, mais aussi Paris ainsi qu’une large partie de la France,alors que celui qui se déclare Charles VII, il n’est que roi de Bourges, naviguant entre divers châteaux notamment Chinon où il rencontrera pour la première fois la pucelle.
    En France, pour ne rien arranger, il y avait également quelques mauvaises prises entre le roi et ses barons, ses ducs, ses comtes, en bref, ses vassaux. Le système de féodalité devait normalement permettre la cohésion du royaume, les vassaux du roi devaient appliquer la loi royale et répondre aux appels du roi. Mais tout cela n’était que théorique et dans les faits c’était une anarchie permanente. Ces Vassaux pensaient surtout à eux-mêmes et s’enclavaient dans un particularisme local et parfois se révoltaient carrément contre le roi lorsque leurs intérêts les y portaient.

    Ainsi, le Duc de Bretagne en 1425 se rapprochera du roi de France pour passer, en 1427, du côté des Anglais. Cependant, la grande préoccupation de Charles VII et aussi le plus gros morceau, c’était la Bourgogne. Pourquoi ? Parce que le premier Duc de Bourgogne qui s’appelait Philippe avait réalisé une “belle opération” (on le surnommera d’ailleurs Philippe le hardi après une bataille), il avait épousé une fille de Flandre, si bien qu’il avait maintenant de très grands territoires sous son joug avec la Bourgogne et Dijon pour capitale et la Flandre avec Bruges pour capitale. Il se faisait appeler le “grand-duc d’occident” et était un rebelle de choix. Il détestait particulièrement la branche des Orléans, parce que les Orléans auraient voulu s’agrandirent du côté du Luxembourg, ce qu’il n’aurait pas aimé voir venir, car cela aurait coupé son état. C’est ainsi que le fils de Philippe le hardi régla la question en faisant assassiner en 1407 Louis d’Orléans.
    On va nous dire dans l’histoire qu’Orléans équivaut à Armagnac, et d’ailleurs Armagnac du temps de Jeanne équivaut au mot français (comme souvent aujourd’hui aussi). Pourquoi, appelle-t-on les Orléans aussi les Armagnacs ? Parce que le fils de l’assassiné Louis d’Orléan, qui s’appelait Charles d’Orléan et qui était le Duc d’Orléan, avait épousé la fille du comte d’Armagnac, alors les Orléans deviennent les Armagnacs et l’on croit aujourd’hui qu’Armagnac est égal à Français, mais, cela ne s’est pas fait du tout comme cela, puisqu’en 1412, une idylle naquit entre les Bourguignons et les Orléans. On avait d’ailleurs assisté à une chose que, je qualifierais d’étrange pour rester poli à l’écrit, car montés sur le même cheval, et s’embrassant fraternellement, il y avait l’assassin, Jean sans peur, et le fils de l’assassiné Charles d’Orléan à la barbe du roi légitime (dirons-nous) de France. Preuve qu’Orléan et Armagnac ne sont pas sans distinctions.

    Cela n’a pas duré très longtemps, du reste cela se fit derrière le dos du roi, puisque pour apaiser les Anglais, nos deux Nobles avaient donné toute autorisation aux troupes anglaises de la Guyenne de ravager, piller, et autres “joyeusetés” deux provinces françaises en passant.

    Jean sans peur, par des soucis économiques qui le forçant à se montrer conciliant avec l’Anglais, va s’emparer de force de Paris, en 1418, faisant de la cité une ville Anglo -bourguignone. C’est ainsi que Philippe le Bon, successeur de Jean sans peur, poussera Charles VI, en 1420 et même les Anglais à signer le fameux traité de Troyes parce que lui-même, Philippe le Bon, devient beau-frère du roi d’Angleterre. Tout son intérêt sera donc alors de soutenir son neveu, le bébé Henri VI contre son cousin Charles VII.

    J’ai conscience que cette déferlante de noms si lointains ne doit pas trouver un grand écho dans votre esprit, quand on voit les jeunes gens d’émissions de téléréalité ne pas savoir dater la Première Guerre mondiale, j’imagine, quelle difficulté vous devez avoir à remonter si loin dans le temps. Je vais donc vous demander de garder en mémoire au moins ce qui va suivre.
    Premièrement, je sais qu’il est souvent affirmé par quelques politiciens aujourd’hui (et même des historiens) que Jeanne d’Arc est l’expression de la première unité française (symbole usité encore comme tel par des partis politiques), et de “la patrie française”, il est aussi affirmé sur Wikipédia par exemple, que le sentiment national commence à naître en ce temps-là. Cependant il n’y a pas l’ombre d’une preuve (en tout cas je demande à voir), rien qui puisse y ressembler de loin. L’idée/l’idéal de la patrie française est née avec la Révolution française. La notion ou le mot même de “nation” n’aurait rien évoqué aux habitants d’alors. Ils ne parlaient même pas les mêmes langues d’une région à l’autre (il n’y a pas de nation, seulement une langue dira un philosophe). Chacune de ces régions avait sa propre culture. Les preuves de cette idée nationale au temps de Jeanne me paraissent être beaucoup plus un “tissage soigneusement interprété de cause à effet” pour faire entendre ce que l’on veut ou vendre un livre. De fait, je ne vois moi aucune preuve de cela. Quant à Jeanne elle-même, mainte fois aura-t-elle répétée qu’elle était la servante de Dieu, à qui appartenait la France. Elle se battait en son nom (“Dieu est avec moi”, “Dieu veut que les Anglais rentre chez eux”, “au nom de Dieu”), pas celui de la France, même si c’était aussi pour la France.

    D’autre part, l’occupation anglaise est extrêmement disparate, cela ne ressemble en rien à l’occupation que nous avons connue durant la Seconde Guerre mondiale par exemple. Difficile dans ce contexte de parler de “résistance”, en ce temps-là, il n y avait pas d’armée “royale” ou “nationale”, anglais et français se battaient à coups de mercenaires (hormis quelques corps d’armée de métier, les élites de l’archerie anglaise par exemple et qui leur coûtait très cher) qu’ils plaçaient en garnison dans les villes, laissant de vastes territoires inoccupés et ainsi semblable à des nomas lands… D’ailleurs, la France à ce moment qu’est-ce que c’était ? Et bien une toute petite chose comparativement à aujourd’hui ; La France elle ne comprenait pas ni la Franche-Comté, ni la Lorraine, ni la Provence, par exemple, tout cela, c’était ce qu’on appelait des terres d’Empire (héritage de l’Empire de Charlemagne). Ainsi, quand Jeanne dira “la France”, elle entend très précisément l’Île de France, c’est à dire bien entendu Paris au centre, ainsi que les départements de l’Oise, de l’Aisne, de la Seine-et-Marne et une part de la Somme. Pour preuve, lorsque le roi à la fin de l’année 1429 voudra envoyer Jeanne au siège de La-Charité-sur-Loire, elle répondra qu’elle aurait bien préférée aller “En France”…

    Il faut ajouter maintenant que les gens ne sont pas tellement hostiles aux Anglais, certes, ce n’était pas toujours agréable d’avoir des étrangers chez soi, des gens qui ne parlent pas la langue, appelés parfois les godons (à cause de leur interjections). Il y a cependant l’exception de l’Île de France (qui équivaut à la France à ce moment je le rappelle), où l’on parle de “français reniés”, autrement dit ceux qui passaient du côté anglais (les collabos dirons-nous plus tard lors d’un autre conflit). L’un d’eux mérite un peu plus d’attention puisqu’il tiendra une certaine place dans l’épopée de Jeanne, c’est l’évêque de Beauvais Pierre Cauchon (et pas cochon), il aura tellement intrigué qu’il parviendra à devenir membre du conseil royale d’Angleterre pour la France…

    Pour ce qui est de la résistance à proprement dit comme nous l’avons connu plus récemment en France, rien qui y ressemble. En Guyenne par exemple, les Anglais ont des accointances avec les notables de la région, les belles et riches familles. On commerce avec l’Anglais, et le vin rapporte de beaux profils (les problèmes climatiques ayant fait abandonner aux Anglais la production du vin, eau portable du paysan à cette époque). Ce seront d’ailleurs des milices bordelaises qui remettront sans combattre, contre les forces du roi Charles VII, les villes de Bazas et de la Réole aux Anglais. Il demeure cependant la Normandie, qui est un cas à part, on évoque la résistance de cette contrée, mais a y regarder de plus près, ce sont des bandes organisées qui tentent des coups de main contre les convois anglais (du brigandage en somme), ces “résistants” seront quand même distingués d’un titre fort discourtois offert par les gens où qu’ils se trouvent ; pardonnez l’expression, on les appelait la merdaille… Moi j’appelle cela seulement des gars qui survivaient comme ils pouvaient.

    Les anglais eux-mêmes savent fort bien qu’ils ne tiendront jamais la France sans avoir une aide intérieure. La France est en effet à ce moment la “Chine de l’Europe”. En 1328, une grande enquête administrative, portant sur près des trois-quarts de la population et recensant les feux fiscaux, permet de donner un aperçu du territoire. On y compte 2 469 987 foyers soit environ 12 millions d’habitants (environ 17 à 21 millions si l’on extrapole sur ce qui serait passé entre les mailles de l’enquête) et 32 500 paroisses. L’Angleterre est alors un pays beaucoup moins peuplé et souffrant du refroidissement climatique de l’Europe, qui dépend économiquement de la Guyenne (pour le vin) et de la Flandre (pour le tissage de la laine que l’Angleterre produit). Les capacités administratives et démographiques de l’Angleterre ne lui permettent en effet absolument pas de tenir la France sans une aide intérieure et les Anglais le savent parfaitement. Ce sera leurs “bonnes relations” avec les Bourguignons qui leur donnera l’illusion de pouvoir se lancer réellement dans la conquête de la France d’ailleurs.

    Secondement, vous avez dû remarquer que tous ces noms propres, toutes ces nobles personnes qui “comptent” sont des gens apparentés les uns aux autres. À ce moment, sur l’Europe règne pour ainsi dire les gens d’une seule et même famille. Résumons grossièrement la guerre de Cent Ans. Une bagarre de possédants, un conflit d’héritage. Dans ce climat, pour ces nobles personnes si bien éduqués et si bien habillés, s’égorger n’est qu’une bagatelle. Nous avons évoqué l’assassinat de Louis d’Orléans, en 1417, par Jean sans peur, mais, en 1419, Charles VII sera soupçonné d’avoir assassiné Jean sans peur (soupçon encore aujourd’hui, puisque la responsabilité de Charles VII n’est pas clairement établie). Ces usages qui nous paraissent à nous si brusques, étaient tout à fait normaux dans les familles régnantes de l’époque. Richard II évoqué plus tôt qui fut détrôné par son cousin Lancastre, n’avait pas seulement été destitué de sa couronne, il fut enfermé dans la tour du temple de Londres pour y être égorgé. Un des fils de Philippe le bel, qui s’appelait Louis X (que l’histoire aura retenu sous le nom de Louis X le lutin et dont nous avons déjà parlé) avait tranquillement égorgé sa propre femme. En Castille aussi le 14 mars 1369, le capitaine français le Besgue de Vilaines capture le demi-frère de Henri de Trastamare, le roi Pierre Ier dit le cruel, pendant le siège du château de Montiel près de Ciudad Real. Après s’être précipité dans la tente de l’état-major français où Pierre est prisonnier, Henri taillade le visage de son frère puis le fait décapiter après que celui-ci eut tenté de le poignarder avec une arme cachée dans ses vêtements. le 23 mars 1369, Henri fait promener la tête de Pierre au bout d’une pique devant les cités dont il veut reprendre possession. À Naple, Jeanne de Naple fera tranquillement tuer son mari avant d’être elle-même assassinée par son neveu. Il n’est donc pas fabulant d’admettre que ces “nobles personnes” sont simplement prêtes à tout pour avoir plus de pouvoir (de richesses).

    Une question fondamentale dans ce conflit, et la troisième chose que je demande de retenir, c’est pourquoi se battent-ils ces nobles ? Pour des provinces et leurs populations. Ils se battent pour l’exploitation des territoires. C’est l’exploitation de ces gens qui intéresse nos altesses royales. Du coup, les premières victimes de ce conflit, bah ce sont les paysans. Songez quelques instants à la vie que menait cette population de la France de cette époque sombre. Les batailles, les sièges, les famines successives (1345-1348, 1351, 1361, 1368, 1373-1375) ainsi que la peste qui fera de terribles ravages. Sans compter que l’on ne se battait pas toujours (il y aura beaucoup de trêves durant cette guerre de cent ans). À cette époque, il y avait ce que l’on appelait les routiers, c’est à dire des hommes disponibles pour qui est en mesure de payer, hors période de combat, tant les mercenaires que les routiers vivent sur le dos de l’habitant. D’ailleurs, ces routiers étaient spécialistes de ce que l’on appelle en ce temps “la chauffe” (ce que nous appelons aujourd’hui le Kidnapping). Qu’est-ce que cela ? Les routiers, quand ils arrivaient dans un village et qu’ils voulaient dérober le bétail caché par les paysans, ils chauffaient la plante des pieds des gens ou enlevaient leurs enfants jusqu’à ce qu’ils acceptent de dévoiler où était caché le bétail, les provisions, le magot, etc. C’est cette situation infernale qui perdure depuis à peu près cent ans pour le peuple quand Jeanne apparaît. Même sans grand effort de compassion, on peut bien imaginer que le peuple à proprement parlé devait être à bout.

    Pour mieux illustrer ceci, Vers 1310-1320, la France compte peut-être 21 millions d’habitants dans les frontières actuelles ; un siècle plus tard, en 1430 (Jeanne sera brûlée en 31), elle ne compte plus que 8 à 10 millions environ d’habitants ; avec une perte de 60 % de sa population, elle est revenue au niveau de l’an mille. En Angleterre, vers 1400, il ne reste que 2,1 millions sur 4 millions d’habitants en début du conflit. Près de 70 % de la chevalerie française sera décimée. Vers 1500, seuls 19 % des nobles français peuvent se prévaloir d’un titre antérieur au XIVe siècle. Carnage est le terme qui convient je pense.

    Autre aspect du conflit qu’on ne peut omettre pour plusieurs raisons. Premièrement parce que cela concerne directement Jeanne. La pucelle, comme on le dit, y aura cru à mort, puisqu’elle sera brûlée pour avoir refusé de renier ses voix divines. Deuxièmement, parce que nous sommes dans le temps de la chrétienté. La France, fille aînée de l’Eglise selon la légende idyllique est à l’origine ni plus ni moins d’un schisme chrétien. L’accord entre l’Eglise et les rois est simple. Le pape avec son autorité spirituelle confer aux rois l’autorité temporelle. En réalité c’était loin d’être un long fleuve tranquille entre les souverains et le pape. Ils se disputaient en permanence sur une simple question. Celle qui est souvent au centre de tout, c’est à dire à qui reviendrait les bénéfices. Ce que rapporte les grandes abbaye, les grands prieurés, les cathédrales, etc. Vous imaginez que tout cela représentait de belles sommes que le pape et les souverains se disputaient constamment. Philippe le bel montra d’un cran dans ces disputes avec le pape en lui envoyant en 1303 son Maréchal. Il était chargé de l’arrêter ni plus ni moins. Ce n’est cependant pas ce qu’il fera. Il se contenta d’une bonne baffe à ce pape Boniface VIII. Imagineriez-vous aujourd’hui quelqu’un gifler François Premier ? Ce qui nous semble être incroyable va néanmoins rendre très docile ce pape, car à la suite de cela, les papes quittant Rome vont s’établirent à Avignon, autrement dit, sous le contrôle des rois de France. Voilà qui dû ravir les voisins d’Allemagne et d’Italie ou encore d’Angleterre. Pendant 70 ans, ce sera une succession de papes français, Roger, Fournier, Aubert par exemple.
    Ces papes vont bien entendu nommer des Cardinaux, 134 Cardinaux dont 113 cardinaux français, 13 cardinaux italiens et… bah c’est tout. Pas de cardinal allemand.

    Le dernier de ces papes qui s’appelaient Grégoire XI décide de quitter Avignon, car ils y avaient acquis une mauvaise réputation par leur fiscalité aussi lourde que désastreuse. Grégoire XI retourne donc à Rome en 1377. Il décédera cependant en 78. Le conclave va alors se réunir à Rome et élire de nouveau un pape Italien qui s’appellera Urbain VI. Mais la France n’accepte pas cette décision et fera pression sur le conclave qui, par l’une de ces pirouettes politiques et diplomatiques que l’on connait reviendra sur sa décision pour nommer un pape français. Clément VII, qui lui s’installera à Avignon. C’est ainsi que va naître le schisme avec une chrétienté coupée en deux. L’Angleterre et l’Allemagne reconnaîtront Urbain VI, tandis que la France et l’écosse (qui est son allié) vont reconnaître le pape d’Avignon Clément VII. C’est déjà bien n’importe quoi pensez-vous ? Mais ce n’est pas finit, ce serait trop simple. Puisque lorsque Clément VII mourra, la France ne sera plus sous le Sage, mais son fils fou de 1392, et Avignon ne nommera pas un français mais un espagnol, Benoît XIII. La France pratiquera alors le refus d’obédience. En somme c’est un refus d’obéissance. Ainsi pendant quelques années, les français n’auront simplement pas de pape.

    Un napolitains, Baldassarre Cossa réunira un concile à Pise et finira par se faire nommer lui-même pape. Pas mal pour un homme devenu prêtre en 48 heures. Ni le pape de Rome, ni Benoît XIII ne l’entendent ainsi vous vous en doutez. Voici donc que la chrétienté possédait désormais trois papes pour elle toute seule. Le pape de Rome, ainsi que Benoît XIII, et le Pape Jean XXIII de Pise. Je me demande, comment les bons chrétiens devaient s’y retrouver dans cet entrecroisement d’excommunications, cela devait être à en perdre son latin, mais ils suivaient simplement ce que dictait le seigneur du coin…

    L’état de la foi ne devait pas être au si beau fixe que cela dans la chrétienté. Je ne veux pas m’attarder sur la corruption flagrante de l’Eglise, un concile réunissant 18000 ecclésiastiques remettra un peu d’ordre en s’arrangeant, emprisonnant, destituant les trois papes (avec l’aide de l’Empereur d’Allemagne).
    C’est à donc à quasi tout niveau que le monde dans lequel Jeanne va naître ne donnerait envie à personne de s’y trouver à sa place. Un monde où j’oserai le dire, le conflit était roi.

    Chapitre 2 : Jeanne Avant d’être la Pucelle

    Ce qu’il y a de difficile lorsque l’on veut approcher Jeanne au-delà de sa légende, c’est tout d’abord la critique de l’information. Jeanne est plus ou moins disparue dans sa légende. Si bien qu’elle n’est aujourd’hui représentée qu’en armure ou en train de prier. Mais Jeanne était aussi une jeune fille, avec même quelques petits travers, mentant au procès de Rouen, colérique, péremptoire, nous le verrons. Mais aussi profondément humaine, dévote, joyeuse, cette paysanne qui parvient à électriser une armée, même un royaume, au point de renverser le court d’une guerre commencée cent ans avant elle. On sait finalement très peu de choses d’elle. Mais suffisamment pour l’approcher.

    Premièrement, son nom. Plus tôt je vous disais que la propagation de “d’Arc” était due à un poème Orléanais de 1576. Mais le procès de réhabilitation de 1455/1456 l’appelle Jeanne Darc, sa mère Isabelle Darc, ses frères Pierre Darc et Jean Darc. Jeanne s’est appelé elle-même : “Jeanne la Pucelle”. Le nom Darc, elle le disait avec l’accent lorrain (T au lieu de D). Il est, d’ailleurs, orthographié de façon bien différente selon les documents. Jeanne, au début du procès, quand on lui demandera de décliner son nom, origine et qualité comme il est d’usage, répondra : “Au village, on m’appelait Jeannette, quand je suis venu en France, on m’appelait Jeanne”. L’évêque Cauchon demandera alors son “surnom” (équivalent du nom de famille à ce moment), elle répond qu’elle ne sait pas et qu’à son pays, parfois on appelait son père d’Arc. Le document présente une faiblesse en cela que le c ressemble fortement à la lettre e. Cependant, j’incline personnellement vers le c, postulant sur le fait que ce fut finalement d’Arc, et pas D’are ou Dart ou Tart qui fut écrit dans le procès de réhabilitation.

    Nous devons de toute façon nous rendre compte que les noms propres à cette époque n’ont que bien peu d’importance pour les petites gens. Lorsque le roi anoblira Jeanne, en 1429, il lui donnera le nom de D’ay. Car oui, Jeanne a bien été anoblie et même déjà de son temps, déclarée chevalier (mais aucune trace d’adoubement). L’un des frères de Jeanne changera ce nom en Dalie ou du Lys. J’ai lu quelque part, autrement dit de source peu sûre que day et Dalie était des déformations patoisantes, là cependant je n’ai rien trouvé de concluant.

    On ne sait pas grand chose sur les parents, nous n’avons pas leur âge par exemple. On ne sait pas quel âge avaient le père et la mère lorsque Jeanne va se lancer dans son épopée. On sait que son père, Jacques, a été un temps doyen de son village dans une affaire (ce qui donne en somme le pouvoir de procureur et de maire) pour le compte de Robert de Baudricourt, le seigneur du coin qui habitait Vaucouleurs, à 20 kilomètres de Domrémy. On peut donc supposer que ce laboureur avait peut-être un certain bien, un lopin de terre, mais la famille n’était certainement pas aisée ou opulente.

    On sait que la mère de Jeanne mourra en 1458, alors que sa fille sera brûlée en 1431. Elle était veuve dès 1440, puisqu’à partir de cette année, nous savons des comptes d’Orléans qu’elle vivra entretenue par la ville. Nous avons trois frères, deux aînées et un cadet croît-on et une soeur aînée. Jacquemin, Jean (ou Jehan le cadet) et Pierre, la soeur aînée de Jeanne, Catherine qui disparaîtra très vite. Pourquoi aînée plutôt que cadette, parcequ’elle sera mariée avec Jean Colin, fils de Colin de Greux, qu’elle mourut avant le départ de sa soeur Jeanne pour Chinon. Vu son mariage, nous croirions volontiers qu’elle était son aînée.

    Ce qui prouve que cette soeur de Jeanne avait pour prénom Catherine, c’est la déposition de Allouy Robert, femme de Paris et Lengres dans l’enquête à laquelle procéda le bailli de Chaumont le 8 octobre 1555 à Vaucouleurs, au sujet d’un membre (Jehan Royer) de la famille de la Pucelle.
    Cette Allouy Robert était la petite fille de Jehan le Vauseul et d’Aveline, soeur de la mère de Jeanne d’Arc. Elle déposa tenir de sa mère que ladite Aveline, grand’mère de la déposante, aurait dit à sa mère que “lorsque la Pucelle se départit du pays de Vaucouleurs pour aller sacrer le Roy, ladite Pucelle aurait requis ladite Aveline, que, puisqu’elle était enceinte d’enfant, si elle accouchait d’une fille, elle luy fit mectre en nom Catherine, pour la soubvenance de feue Catherine sa soeur, niepce de ladite Aveline ; tellement que la mère d’elle déposant fut nommée Catherine.”

    Ce qui prouve que cette Catherine, soeur de la Pucelle, fut mariée à Jean Colin, fils de Colin et maire de Greux, c’est l’enquête faite à Domrémy le 16 août 1502, à la requête des cousins maternels de Jean du Lys, fils de Pierre du Lys et neveu de la Pucelle. Cette enquête citée par M. Boucher de Molandon (la famille de Jeanne d’Arc dans l’Orléannais, révéla par la bouche du huitième déposant, laboureur à Greux, que “Colin, le maire, fils de Jean Colin, en son vivant maïeur (maire) avait espousé la soeur de la Pucelle.” Si on objectait que Colin au procès de réhabilitation n’en dit rien, on répondrait qu’il n’en dit rien parce que rien ne demandait qu’il le dit, et que, l’eût-il dit, les notaires qui reçurent et écrivirent sa déposition purent bien l’oublier ou n’en pas faire mention. D’ailleurs les dépositions prises à Domrémy et Vaucouleurs étaient établies sur un strict questionnaire en douze points. On peut encore ajouter que Catherine, au moment du procès de réhabilitation était décédée depuis longtemps (au minimum 27 ans).

    Enfin, la preuve que cette sœur de Jeanne mourut avant le départ de la Pucelle pour Chinon se trouve dans la déposition ci-dessus de la femme de Paris et Lengres et dans la requête même de Jeanne. On peut invoquer comme preuve décisive le silence fait dans les lettres d’anoblissement de la famille de Jeanne à propos de Catherine d’Arc. On ne peut rien affirmer des circonstances de sa mort.

    Réglons immédiatement l’affaire sur l’ascendance royale de Jeanne d’Arc. C’est une fable. Il n’y a même pas besoin de s’y attarder car il n’y a pas l’ombre d’une preuve. Cette histoire ne sert qu’à vendre des livres.

    La naissance de Jeanne maintenant. Au procès on a demandé à Jeanne son âge. Elle répond 19 ans ou environ. Personne ne lui a demandé sa date de naissance car peu de gens à l’époque, même les plus érudits, étaient capable de la donner. Le document qui donne l’épiphanie comme date de naissance de Jeanne, c’est une lettre de Perceval de Boulainvilliers, notable de la cour du roi Charles VII, écrite le 21 juin 1429 au Duc de Milan. Ce Boulainvilliers a très bien connu Jeanne d’Arc et il n’écrit pas à n’importe qui. A-t-il inventé cette date ? Rien n’est sûre. Reste tout de même étonnant que Jeanne n’en eut jamais parlé ailleurs, car cela aurait bien servi sa cause. Nous ne pouvons être certain finalement que ce serait fin 1411 début 1412.

    Intéressons-nous maintenant à sa vie plus intime. Que sait-on de cette enfance. Jeanne dit à son procès qu’à 13 ans, elle a pris l’engagement auprès de ses voix de garder sa virginité. Ce serait en effet vers ses 13 ans que ses voix lui seraient apparues. Trois enquêtes ont été menées de son temps à Domrémy. Celle 1429, la deuxième en 1431 celle organisée par Cauchon, et une troisième enquête 25 ans plus tard lorsque l’on désira la réhabiliter en 1456. De la première enquête on ne sait presque rien, mais de la deuxième nous savons déjà plus de choses. Cependant, je crois que ces enquêtes étaient dirigées, apportant de mauvaises ou de bonnes choses selon les besoins. Ainsi à la réhabilitation ce seront, à l’inverse de l’enquête de Rouen, de bonnes choses qui seront rapportées. Voici ce qu’il faut maintenant démêler, si que ce soit possible.

    Si on s’en tient au strict, nous avons une petite fille normale, pieuse comme les enfants de son époque, voir “un peu trop pieuse” à en croire les documents. Il y a quand même deux choses un peu “croustillantes”. C’est tiré des interrogatoires du Procès en condamnation, le 12 mars 1431 : “Interrogée qui la poussa à faire citer un homme à Toul, en cause matrimoniale, répondit : “Je ne le fis pas citer ; mais ce fut lui qui me fit citer ; et là je jurai devant le juge de dire vérité”. Et enfin elle dit qu’elle n’avait pas fait de promesse à cet homme. “Item, dit que la première fois qu’elle ouït sa voix, elle fit voeu de garder sa virginité, tant qu’il plairait à Dieu ; et était en l’âge de treize ans.”

    Monsieur Henri Guillement suppose une histoire d’amour, d’autres rapportent seulement un mariage qui aurait pu être organisé par ses parents. Moi je dis que je n’en sais rien. Je vois cependant difficilement un jeune homme mettre en procès une jeune fille sur la base de rien. Par qui fut faite la promesse ? Quelle affection Jeanne avait-elle pour ce jeune homme ? Autant de questions sans réponse.

    En 1428, les gens de Dommery furent obligés de s’enfuir, parce qu’un pirate local qui s’appelait Antoine de Vergy (qui était en réalité sous la croupe des bourguignons) se mettait à piller la région. Alors le village s’installe à la ville voisine qui est Neufchâteau (là où aurait eu lieu l’histoire du mariage). Là-bas est supposé avec forte présomption, que Jeanne fut servante dans une auberge, sous la responsabilité d’une dame que l’on appelait Larousse.

    Un peu plus de détails sur l’apparition de ses voix. Jeanne raconte qu’elle avait 13 ans, et qu’un jour à midi, elle se trouvait dans le jardin et une lumière à sa droite est apparue au-dessus de l’église. Une voix puis plusieurs retentirent. Ces voix lui demandèrent de continuer d’être une bonne enfant, puis changeant de ton peu à peu, lui ordonnèrent d’aller délivrer Orléans et de faire sacrer le roi à Reims. Cela nous ramène si l’on se réfère à l’âge à 1425. Jeanne aurait au début protesté de sa condition, mais par insistance les voix finirent par la convaincre. Une seule chose est certaine dans cette partie mystique de l’histoire de Jeanne, c’est qu’elle, elle y a cru.

    Jeanne commencera par se rendre chez Robert de Baudricourt à Vaucouleurs. Elle s’y rendra avec ce qu’elle appelait son oncle, qui était en réalité cousin de sa mère qu’on appelait Durant. Cette première rencontre ne se passera pas comme prévue. Puisque le seigneur conseillera de corriger la jeune fille et de la mettre sous clé chez elle. Il ne l’a reçu en réalité même pas, quand Durant vint lui raconter ces histoires de prophéties et d’inspiration divine. Cela se produisit vraissemblablement au printemps 1428. Lors de la deuxième tentative, ce sera beaucoup plus positive pour Jeanne. Entre temps la rumeur de la pucelle qui allait sauver le royaume de France s’était propagée, Jeanne avait en effet fait pas mal parler autour d’elle, lui causant quelques frictions avec son père paraît-il. La rumeur se propagea jusqu’au Duc de Bars (Charles II de Lorraine), mais aussi auprès d’un certain seigneur, Jean de Metz qui sera le financier de l’expédition finalement “toléré” par Monsieur de Baudricourt. Comprenez que Robert de Baudricourt est le délégué du roi sur place, il ne fera aucune lettre de recommandation à Jeanne et ne lui laissera qu’un homme d’arme et un courrier pour l’accompagner. C’est ainsi que Jeanne, qui se rend à Chinon avec six bons hommes, sur 650 kilomètres en territoire ennemi remplit de mercenaires, de bourguignons et de routiers, débute son voyage vers la gloire on peut le dire, mais aussi vers les flammes.

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    Chapitre 3 : À Chinon

    Voici donc Jeanne sur le chemin vers Chinon accompagnée de six bons hommes. Jeanne est habillée en homme, vêtements offerts par ses compagnons, un pantalon moulant noir et un juste corps gris, elle s’est également coupé les cheveux à la mode masculine de cette époque, autrement dit la chevelure taillée en rond au-dessus des oreilles (et pas pour porter le casque, cela n’a rien à voir), avec la nuque et les tempes rasées. Elle porte un chaperon (un chapeau à bout pointu de l’époque), et même s’il n’en est pas fait mention, je suppose un manteau, car c’est qu’il ne devait pas faire chaud la nuit durant ce mois de février. Car en effet ce groupe voyagera avant tout de nuit. Pourquoi ? Nous sommes en territoire bourguignon. Un territoire hostile. C’est pour cette raison que le groupe n’empruntera d’ailleurs aucun pont, mais ne franchira les cours d’eau qu’à gué. Ce voyage durera onze jours, parcouru à cheval, il y avait tout de même les 650 kilomètres à traverser. Savoir s’il se sera passé quelque chose avec ses six bons hommes n’est pas vraiment utile. Jeanne ayant subi deux examens physiologiques, pour la vérification de sa virginité (à Chinon au début, puis à la fin à Rouen), on sait d’avance qu’il ne s’est rien passé avec ces hommes. Cependant, ce petit voyage nous en apprend un peu plus sur la personnalité de Jeanne que nous cherchons à approcher. Un témoignage raconte que parmi ceux qui menèrent Jeanne à Chinon, certains auraient voulu “la requérir charnellement (phrase arrangée suggère monsieur Guillemin, et je ne peux m’empêcher de le croire en souriant), mais ils n’osaient pas.” C’est un témoignage tout de même intéressant, monsieur Guillemin tente de l’expliquer par une réputation de sainteté et un magnétisme inné. Il oublie de glisser qu’il semble bien que Jeanne ne fût pas bien belle (mais nous en reparlerons). Pour cette question j’ai la chance d’être un homme. En effet, j’ai connu de ces filles qui sans être belles vous inspirent naturellement respect et sympathie. Jeanne devait être de celles-ci. Je n’irai pas jusqu’à parler d’intimidation comme monsieur Guillemin, nous verrons pourquoi lorsque nous évoquerons le siège d’Orléans.

    J’aime, moi aussi, beaucoup le film de Luc Besson (sans doute, le plus proche historiquement aujourd’hui), mais l’arrivée à Chinon n’est pas aussi légendaire et beaucoup plus simpliste que cela. Nous avons la date exacte de l’arrivée de Jeanne, elle arrivera le lundi 23 février 1429 après la réception d’une lettre qu’elle avait écrite au roi lorsque la troupe s’était arrêtée Fiers-bois, et après être passée à Gien (alors terre royale et aujourd’hui, il s’y trouve une clinique nommée “Jeanne d’Arc“). Il y aurait eu la réception d’un courrier de Baudricourt qui annonçait l’arrivée de Jeanne également quelques jours plus tard. Maintenant, nous devons nous poser la question du pourquoi le roi aura reçu Jeanne. Cela nous fut tellement répété que cela nous paraît normal. Mais croyez-vous que les rois et les gens de cour avaient si souvent l’habitude de recevoir des paysans ? L’hypothèse de monsieur Guillemin m’aura convaincu, mais attention, cela ne reste qu’une hypothèse, comme cette rencontre avec le roi en personne dans ses appartements privés 2 jours après l’arrivée de Jeanne à Chinon.

    Petite anecdote. Plus tôt je vous parlais d’un gros mot sur Jeanne, mensonge. En effet à son procès de Rouen, elle dira de son arrivée à Chinon, qu’elle fut reçue dans l’après-midi même. Ce qui n’est absolument pas vrai et là nous en avons des preuves. J’ajoute pour adoucir, qu’à ce procès, Jeanne avait sans cesse l’idée de ne pas déplaire au roi de France, au cas où celui-ci viendrait la délivrer, ce qui aura peut-être influencé cette réponse. D’ailleurs, Jeanne se trahira un moment, puisqu’elle évoquera des torches. Preuve que c’était plutôt une fin d’après-midi, début de soirée.

    Premièrement monsieur Guillemin parle d’une rumeur qui se répandît le long de la Loire, lorsqu’elle s’était arrêtée à Auxerre pour la messe justement. Puis à Gien, elle aurait raconté aux gens ce qu’elle s’amenait faire pour le roi. Je n’aurais rien cru de cela s’il n’y avait la suite pour argumenter l’hypothèse. Dunois, le bâtard d’Orléans, qui jouera un rôle dans notre histoire, aura bien envoyé des émissaires au roi pour savoir ce qu’il en était de cette jeune fille. Ce ne serait pas la première fois que la propagation de la rumeur joue en la faveur de Jeanne. Luc Besson utilise cette idée dans le film, lorsque la belle-mère du roi parle déjà de l’impact que cette fille a sur le peuple. Après-tout, à Vaucouleurs, c’est déjà ce qui se produisit. Jeanne avait, paraît-il, une certaine simplicité du contact, elle avait le visage tendre et franc. Peut-être sans arriver à convaincre ceux à qui elle parlait, aura-t-elle au moins laissé une bonne trace de son passage derrière elle. La rumeur n’aurait normalement pourtant pas suffit. Malheureusement les sources historiques se contredisent, je ne peux affirmer avec certitude ce qui se passa durant ces deux jours où Jeanne aurait prétendument rencontré le roi.

    La légende de Chinon en revanche est étrange. En effet, Jeanne reconnaît le roi dissimulé. Ce n’est pas une blague, Jeanne elle-même en parle dans son procès disant qu’elle avait écrit, avant d’être reçue à Chinon, une lettre au roi en disant qu’elle le reconnaîtrait parmi les autres et d’autres témoins d’époque en parlent (Jean Chartier notamment qui est le chroniqueur du roi Charles VII, lire aussi “la relation du greffier de la Rochelle” témoignage contemporain qui décrit précisément son arrivée à Chinon). Maintenant, je peux aussi vous dire, mais si ! C’est une blague ! En effet, l’hypothèse serait que Jeanne et le roi avait donc tout orchestré pour impressionner la cour. Cela ne correspond en rien à ce que nous avons et connaissons du caractère de Jeanne en revanche. Mais aussi, du temps des contemporains même de Jeanne, il y a eu un début d’extrapolation (vous savez, on fabrique toujours de grandes genèses aux héros), il est donc parfois coutume et sécurisant de prendre les documents d’époques mêmes, avec des pincettes.
    Selon la chronologie, il apparaît que le premier examen religieux eut lieu avant que Jeanne puisse rencontrer le roi, et non après la scène de Chinon comme on le raconte toujours. Mais ce n’est pas vraiment clair, Jeanne dira au procès “lorsque j’ai pu parler au roi, j’ai été délivrée des clercs qui arguaient, contre moi” . Cela aurait-il duré seulement deux jours ? Nous n’avons pas de renseignements à ce sujet. Mais si l’enquête porta les enquêteurs jusqu’à Domrémy, cela me paraît peu probable. Ce n’est qu’un mois après son arrivée à Chinon, Jeanne étant logée dans la tour du Coudray à ce moment, que survient la “scène mystique”.

    Il est certainement juste de penser que Jeanne ayant traversé avec six bons hommes 650 kilomètres de territoires hostiles comme une fleur a dû impressionner la cour. Je considère peu probable que les prophéties aient réellement jouées en faveur de Jeanne dans l’esprit du roi, sinon sur l’impact que cela aurait sur son peuple. Mais lui-même, je suis convaincu qu’il n’y a jamais cru. La belle-mère du roi, dont les intentions ne sont pas toujours claires, aura peut-être poussé Charles VII à la recevoir. C’est après tout cette belle-mère, qui supervisa l’examen physiologique de Jeanne (elle ne le fera cependant pas elle-même comme le dit monsieur Guillemin). Je reprends la citation de Simon Charles, au procès de réhabilitation, qui était à la Cour des comptes et qui témoigne de ceci : “Il y eut délibération à la cour, pour savoir si le roi la recevrait ou non, le roi hésita à recevoir Jeanne jusqu’au moment où il lui fut rapporté que Baudricourt lui avait écrit qu’il envoyait cette personne”.

    La lettre aurait-elle été perdue ou venait-elle d’arriver ? Monsieur Guillemin suggère un courrier que l’on avait trié, en effet je doute que notre président lise toute ses lettres lui-même aussi. Mais peut-on l’affirmer ? Aucunement. Toujours est-il que cette lettre aura vraisemblablement décidé le dauphin à recevoir Jeanne.

    Nous en revenons à la “scène”. Jeanne sera reçue dans la grande salle de la forteresse. Il y a foule, les courtisans sont nombreux. Puis elle s’est avancée devant le roi. C’est là qu’il y a un trou. J’ai lu véritablement de tout sur cette histoire. Je m’en tiens donc à un petit événement, (elle se serait dirigée d’elle-même directement vers le roi et voici naître une légende) qui par la légende serait devenu énorme.

    Elle est habillée de son costume d’homme que je vous ai déjà décrit, arborant déjà, sa coupe masculine. Monsieur Guillemin nous parle de l’apparence du pauvre roi. Cela ne nous intéresse guère, ce que Jeanne aurait pu en penser, qu’en savons-nous vraiment ? Il est rapporté que Jeanne aurait fait exactement les révérences appropriées. Comme Guillemin, je pense que l’on a simplement dû la faire répéter, comme tout protocole l’exigerait. Nous en venons au moment où elle aurait pris le roi à part, ce qui est parfaitement vrai, et ce qu’elle lui aurait dit, là en revanche… Que dire, révélation sur la naissance de Charles VII ? D’une prière qu’il aurait faite et dit à personne ? Auraient-ils simplement gloussé ensemble du coup fourré fait à la cour ? Je ne peux pas me prononcer et personne ne le pourra vraiment, je crois. Cependant, raconte-t-on, cela fit un grand effet sur le roi. Mais pas au point de le convaincre définitivement, comme quoi il gardait bien les pieds sur terre. Il ne lui donnera pas d’armée, non, il va la coller à une deuxième commission ecclésiastique cette fois beaucoup plus sérieuse, pendant trois semaines un mois. Jeanne sera envoyée à Poitiers, accompagnant le roi qui y avait à faire. Elle sera logée chez Rabateau, originaire de Fontenay-le-Comte, avocat général au parlement depuis 1427 auprès du roi. C’est un personnage important, preuve d’une certaine estime que lui porte déjà le dauphin. Une déposition de 1456 de Gobert Thibaut, écuyer de l’écurie du roi de France, dira “avec une gentille familiarité, Jeanne à Poitiers m’a tapé sur l’épaule, elle me dit des gars comme vous, cela me plaît, quant à ceux-là..”, pointant les ecclésiastiques. Elle se montre insolente durant cet examen, sûre d’elle, peut-être même péremptoire et aussi pleine d’humour. Quand un moine lui aurait demandé si les voix qu’elle entendait parlaient français, elle lui répondit “mieux que vous” (car il avait un fort accent limousin). Quant à cette phrase que monsieur Guillemin souligne et qui est parfaitement vraie, “au livre du seigneur, il y a plus que dans tous les vôtres”, elle aurait bien pu servir contre elle à son procès de Rouen, elle faisait déjà à ce moment une différence entre l’Église et Dieu, mais lors de cet examen, preuve est que cela ne fut pas un problème… Nous avons grâce aux sources une Jeanne cohérente, et l’un de ses traits particulier est son grand sens de l’humour que nous verrons de multiples fois. Le bon sens de Jeanne est un autre signe de la cohérence du personnage. Jeanne n’est pas une illuminée, que ses révélations surnaturelles éloignent de la réalité, bien au contraire. Elle a bien les pieds sur terre. Lorsqu’elle fut interrogée à Poitiers par des clercs sur sa mission, un dominicain du nom de Seguin (oui oui c’est bien son nom…) fut impressionné par la clarté de ses réponses, son aplomb et sa sincérité. Il fut d’ailleurs surpris par l’humour de Jeanne, et son “mieux que vous”. Plus tard, lors du procès de condamnation, cet humour ne manquera toujours pas :

    “- Quel aspect avait saint Michel, quand il vous apparut ? (…) Etait-il nu ?
    – Pensez-vous que Dieu n’ait pas de quoi le vêtir ?
    – Avait-il des cheveux ?
    – Pourquoi les lui aurait-on coupés ? (…)
    – Avait-il une balance ?
    – Je n’en sais rien (…) J’ai grande joie quand je le vois… “

    Monsieur Guillemin raconte comment Jeanne aurait annoncé à un garde sa mort, après qu’il l’eut interpellée en déclarant qu’une nuit passée avec lui effacerait sa virginité. Je ne sais pas réellement d’où c’est sortit (puisque je n’ai pas lu la correspondance Morozini dont il parle), c’est du possible néanmoins, je ne vois pas notre historien dire une chose pareille sans avoir de quoi pousser l’argument en cas de doute. Si cet événement est réel, on peut alors supposer qu’il joua fortement en faveur de Jeanne.
    Cette commission finira en effet par être favorable. Les raisons peuvent être multiples. D’abord, Jeanne aura fait preuve d’une certaine dévotion. Se rendant presque toujours les jours à l’Église ou à la chapelle, où elle aimait participer aux messes d’enfants. Elle est également très sobre, elle mange peu. Elle aime manger du pain qu’elle trempe dans du vin par exemple. Elle aurait pu avoir l’appui du roi en arrière-salle, ou celui de sa belle-mère.
    Autre fait qui aura alimenté l’idée que Jeanne fut de sang royal où un agent entraîné à la solde du roi depuis le début, c’est “qu’elle aura couru une lance”, comme l’on disait à ce temps-là. Cela avait dû impressionner la cour, que cette paysanne réussisse un exercice équestre de chevalerie. Lancé au galop, il faut avec une longue lance, toucher de sa pointe l’objet que l’on va atteindre (un sac ou un mannequin ou un anneau). Monsieur Guillemin suggère qu’elle aurait appris à monter à cheval en s’occupant des chevaux à l’écurie de l’auberge où elle avait été accueillie. Mais ce n’est qu’une théorie. Toujours est-il que l’exercice est loin d’être aussi simple qu’il n’y paraît et qu’elle y parvint sans grandes difficultés. On verra Jeanne souvent au contact, sportive et parfois, il faut le dire, proche de l’inconscience durant les combats. Jeanne aura eut également et sans le moindre doute besoin de l’aval d’un “conseil royal” également, qui devait voir en elle, après que la commission ecclésiastique n’eut rien trouvé contre, un atout conséquent dans la manche.

  • Participant
    Posts1418
    Member since: 16 avril 2012

    Un bon début de dossier que je vois ! N’hésite pas à espacer les différentes sous-parties de ton dossier et à y ajouter quelques images afin d’aérer ton dossier. 😉

  • Modérateur
    Posts1931
    Member since: 20 juillet 2013

    Partir des vidéo-conférences d’Henri Guillemin est une excellente idée car le bonhomme est un grand casseur d’icônes – documents précis à l’appui – et qu’il apporte de quoi faire une « moyenne » avec la plupart des autres ouvrages sur le sujet, perpétuellement guettés par une certaine hagiographie. Les médiévistes les plus aguerris, comme Régine Pernoud, s’y sont parfois laissé prendre.

    Vas-y de bon cœur : je ne pense pas qu’il ait été « un peu vite », comme tu le soupçonnes. Sa conférence a donné lieu à un livre (339 pages) paru chez Gallimard en 1970 et qui présente toutes garanties.

    Mais, comme te le suggère @Lespetsnaz_fr, mets un peu d’air dans ton texte ! Au moins une ligne vide entre chaque paragraphe et un sous-titre en grasse (jaune) toute les 60-80 lignes. Et fait marcher les illustrations : elles abondent. Un p’tit (img)…(/img) de temps en temps et c’est l’affaire qui roule : l’œil se repose et le cerveau digère, puis cela repart. 😉

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts98
    Member since: 26 juin 2012

    Je ferai ce vous demandez sur les images et la mise en page en même que je posterai le second chapitre, qui me pose pas mal de problème (mes dernières vérifications de sources me posent des soucis).

    Je répète mon admiration pour Monsieur Henri Guillemin, mais je reste convaincu qu’il a quelques maladresses avec Jeanne d’Arc et qu’il est un peu fripons avec son Napoléon et très prudent concernant sa révolution française. Mais une chose à la fois^^
    Content que ce début vous plaise déjà

  • Participant
    Posts98
    Member since: 26 juin 2012

    Chapitre 3 posté. Prochain chapitre (avec un peu plus d’impatience de ma part :D) sur le siège d’Orléans.
    J’éditerais le poste au-dessus de celui-ci et ainsi de suite.

  • Participant
    Posts63
    Member since: 8 mars 2017

    Très intéressant, quelques imprécisions que je rectifierais dans un autre message

  • Participant
    Posts63
    Member since: 8 mars 2017

    Pucelle voulait bien dire pucelle, pas de pudibonderie. Si cela n’avait pas été le cals, les anglais ne l’auraient pas embêté pour cela lors du procès de Rouen
    Hugues Capet avait repris pour la succession la loi salique, vieille loi franque
    La Chevalerie Française était bien commandée et n’a pas foncé tête baissée à Azincourt. La boue comme tu l’indiques, a ralenti considérablement leur attaque.
    Charles VI n’était pas fou mais épileptique (comme Alexandre le Grand, Jules César qu’aucun historien n’a qualifiés de fou. Comment je le sais ? Je suis moi même épileptique et je me suis intéressé aux grands personnages de l’Histoire qui l’étaient )
    Le système de vassalité marchait bien à part quelques exceptions. Cela n’avait rien d’une anarchie. Chaque seigneur avait le droit d’avoir sa propre loi sur ses terres du moment qu’elle n’allait pas contre celles des suzerains. Ces lois s’appelaient des “privilèges” (traduction en français de loi privée) C’est pour l’abolition de ces privilèges qui faisaient un inextricable et très complexe fouillis juridique que la Révolution a eu lieu. Les privilèges n’avaient jamais été des avantages pour les nobles. Le sens de ce mot fut détourné. La suite au prochain numéro

    Sûr les mots patrie et nation n’existaient pas du temps de Jeanne. Elle symbolise néanmoins une certaine unité.
    L’actuel département de l’Aisne appartenait à La Bourgogne
    Les “soldats” de l’armée anglaise parlait le français ou le gascons. Et pour cause la plupart d’entre eux étaient nés dans la France actuelle
    La guerre de 100 ans n’est pas une guerre de “possédants”. Un roi ne possède pas un royaume. Il en est à la fois le gardien et le gérant. Son travail est d’agrandir le royaume (si il ne le fait pas c’est le royaume d’à coté qui le fera à ses dépens )Il doit obtenir soit par la force, soit par la diplomatie, soit par des mariages, des provinces ou des villes stratégiques. Le but n’est pas l’exploitation des gens.
    La France Fille ainée de l’Eglise n’est pas une légende idyllique. Clovis à été baptisé après la victoire de Tolbiac par le Saint Chrême apporté dans La Sainte Ampoule par une colombe à Saint Rémi. Le miracle est que la Sainte Ampoule se remplissait de Saint Chrême avant chaque sacre. Les révolutionnaires l’ont brisé mais des morceaux furent retrouvés et permirent de sacrer Louis XVIII et Charles X. Des milliers de guerriers de Clovis se baptisèrent également et peu à peu tout le peuple Franc. C’est pour cela que la France est la Fille Ainée de l’Eglise et nous pouvons en être fier
    Suite au prochain numéro

    Au temps compliqués où il y eut plusieurs papes, les paroissiens ne suivait pas l’avis de leur seigneur mais celui de leur curé
    Si, la Foi était à ce moment là à son plus haut niveau car sinon des milliers d’hommes n’auraient pas suivi Jeanne avec sa bannière avec le Sacré Coeur et la Sainte Vierge. C’est après la guerre de 100 ans que la Foi à chuté au moment de la Renaissance (renaissance des arts mais pas de la Foi )
    Jeanne n’a pas menti à son procès
    Les voix “n’apparaissent” pas
    Jeanne étant Bourguignonne n’a pas traversé de territoire hostile. C’est dans les terres contrôlées par le Royaume de France qu’elle était en danger.
    La reconnaissance du Roy, une blague ? Alors qu’elle ne le connaissait pas encore, cela ne tient pas. Si elle l’a reconnu ce n’est pas par miracle. Charles VII aurait pu être en guenille, au plus profond de lui il est conscient de sa charge et de sa responsabilité. Ainsi il n’a pas le même regard, la même expression, la même attitude que les autres

  • Participant
    Posts129
    Member since: 12 juin 2014

    Le terme de Fille aînée de l’Eglise n’a que peu d’importance car celui ci n’est pas reconnue a l’étranger (sauf le pape) source : mon prof d’histoire moderne.

    Ensuite Jeanne d’arc Bourguignonne ? Elle est née dans duché de bar qui s’est rallié au duc de Bourgogne certes mais cela n’en fait pas une bourguignonne pour autant.

  • Modérateur
    Posts2260
    Member since: 8 février 2014
    Avis de modération.

    Salut à toi, Martial Velin!

    Je vois que tu as mis trois posts les uns après les autres dans une très courte limite de temps et sans réponses entre les trois. Afin de pallier à ce qui pourrait s’apparenter à du flood oublie pas d’utilise, j’ai réuni tes trois derniers messages en un.

    N’oublie pas d’utiliser la fonction “éditer”.

    Pour la modération, PapaZoulou.

    "Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve"-Euclide

  • Participant
    Posts63
    Member since: 8 mars 2017

    Merci Papa Zoulou. J’ignorais que c’était interdit. J’ai fait ainsi car quand je voulais le mettre en une seule fois je n’étais plus connecté et j’ignore pourquoi. Je connais mal les termes informatiques. Je pensais que le “flood” c’était du hors sujet. Peux tu m’en donner la définition exacte ?

  • Participant
    Posts1365
    Member since: 17 avril 2015

    La Chevalerie Française était bien commandée et n’a pas foncé tête baissée à Azincourt.

    Dans la mesure où Boucicaut, le commandant de l’armée française, ne voulait pas qu’elle charge, la Chevalerie a chargé tête baissée. Elle n’a reçu aucun ordre. A part celui de ne pas charger. Et la boue n’est pas importante que ça, ce qui est important, ce sont les pieux qui couvrent les archers anglais, et qui vont faire que les chevaliers vont venir empaler leurs montures tout seuls.

    Le système de vassalité marchait bien à part quelques exceptions.

    Bon, à partir du moment où un noble à plusieurs suzerains, où des comtes sont à la fois vassaux du roi d’Aragon et du roi de France, où les pouvoirs spirituels et temporels se confondent ou s’affrontent, où les redevances foncières et banales appliquées sur un même territoire et sur les mêmes paysans ne dépendent pas du même seigneur…. Je ne pense pas que l’on puisse parler de système qui fonctionne bien. La société d’Ancien Régime était horriblement mal administrée.

    Les privilèges n’avaient jamais été des avantages pour les nobles.

    A part le fait de ne pas payer l’impôt, non?

    Les “soldats” de l’armée anglaise parlait le français ou le gascons. Je suis persuadé que les archers de la yeomanry, issus de la campagne anglaise, parlait le français. Effectivement beaucoup de soldats Anglais sont recrutés dans les territoires continentaux des Plantagenêts, mais puisque ces derniers sont souvent repris par les Français, l’Angleterre reste tout de même une source de recrutement sure. Et ce surtout pour les archers longs.


    La guerre de 100 ans n’est pas une guerre de “possédants”. Un roi ne possède pas un royaume. Il en est à la fois le gardien et le gérant.

    Sauf que le roi possède son propre domaine, qu’il étend largement au cours de la guerre de Cent-Ans, et qu’il étendait d’ailleurs bien avant (Raymond VII et son père peuvent en témoigner c’est donc bien une guerre de possédants, ne vient pas me dire que les nobles ne possédaient pas leurs terres. Certaines étaient données en usufruit, mais au final elle appartenaient bien à un seigneur de plus haut rang! De plus, plus le temps passe, et l’autorité royale se renforce, plus il devient clair que les vassaux tiennent leurs terres de leur roi. Le royaume n’est certes pas un jouet, mais le roi est bien plus qu’une sorte de primus inter pares comme Hugues Capet.

    La France Fille ainée de l’Eglise n’est pas une légende idyllique.

    Oui enfin, à prendre avec des pincettes, parce qu’au début il y a l’Arménie, qui voit sa vision du Christ refusée au concile de Chalcédoine, et deuxièmement l’Empire Romain d’Occident qui s’est effondré, et avec lui l’Empire Romain d’Orient, dont le schisme avec Rome ne devient effectif qu’à partir de 1054. Et encore. Donc, bon, fille aînée de l’Église (déjà ce n’est pas la France, mais la Francie), parce qu’on a bannie, traquée et parfois massacré l’aînée (durant les croisades, un des princes d’Antioche était célèbre pour avoir une plus grande haine des monophysites, qui adorent le même dieu que lui, que les Turcs musulmans) parce que la seconde est morte, et la troisième trop loin et trop grecque pour que l’on s’en soucie.Ah, et je ne vois pas pourquoi je devrai en être fier, personnellement qu’est-ce que j’en ai à faire qu’un quelconque chef de guerre franc ait suivi la voie de Rome au lieu de celle d’Arius? Et bien absolument rien.

  • Participant
    Posts63
    Member since: 8 mars 2017

    S’empaler volontairement sur des pieux. Je ne crois pas que les chevaliers français aient eu des tendances suicidaires.
    Quand un noble avait plusieurs suzerains, ce qui n’était pas systématique, il laissait les suzerains s’expliquer entre eux. Le pape, certains monastères avaient effectivement des pouvoirs temporels et spirituels. C’est sur que maintenant nous sommes bien administrés…..
    En cas de guerre les nobles devaient à leur frais et selon leur moyens armer des soldats et les mettre à la disposition du Roi. C’est ainsi qu’il payait leurs impôts. Il devait être à la tête de ces soldats
    Pour la langue, d’accord pour les archers
    Il ne faut pas confondre domaine et Royaume. Effectivement le Roi a certaines possessions notamment des forêts pour la chasse mais elle ne constitue qu’une infime partie du Royaume. Lors de la guerre de 100 ans c’est beaucoup plus les royaumes que les possessions qui diminuèrent ou s’agrandirent. Je n’ai jamais dit que les nobles ne possédaient pas leur terre. Effectivement il y a la noblesse de terre (héritée de leurs ancêtre ) et la noblesse de titre (anoblie par le Roi)
    D’accord avec toi l’Arménie devrait avoir l’ancienneté. Clovis n’était pas un quelconque chef de guerre mais un roi franc qui à la fin de son règne avait réussi à dominer les peuples sur la quasi totalité de la France actuelle. Sans lui les empires romains……C’est vrai que le massacre et le pillage de Constantinople est une abomination

  • Participant
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    Member since: 26 février 2013

    Un noble avec plusieur suzerain n’est certes pas systématiques mais très répandu, notamment sur les marges d’un royaume.

    Certain monastère avait des pouvoirs temporels et spirituels ? Tous en avait. Un monastère ça va avec de la terre, des domaines à exploiter, rentabiliser. Et en plus on leur donne beaucoup : en foncier, en nature (monnaie, orfèvrerie etc).

    Le roi à certaines possession ? En France, pendant la guerre de Cent-ans ces “quelques possession” sont trèèèès étendue. L’administration royale est partout dans le domaine pour percevoir les impôts, organiser les levée d’hommes etc. On est loin des forêt pour chasser mais sur des terres.
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/64/France_in_1314.jpg/320px-France_in_1314.jpg

    cette carte montre qu’en 1314 ce petit domaine, de forêt pour chasser s’étend sur la quasi totalité du royaume de France. Dans ce orange il y a certes des nobles mais la terre est au roi. Et les impôts aussi.

    Omnia Sunt Comunia

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  • Participant
    Posts63
    Member since: 8 mars 2017

    Encore une fois tu confonds domaine et royaume. Oui les impôts étaient levés sur l’intégralité du royaume (ils étaient bien mois élevés que maintenant) Les domaines étaient une propriété royale, pas le reste du royaume. C’est au cours de la guerre de 100 ans que le système a changé. La féodalité a commencé a être remplacé par un pouvoir central par Louis XI. Celui ci a créé le noyau d’une armée de métier française en créant le Royal Picard, 1er régiment de France. C’est hors sujet car après la vie de Sainte Jeanne d’Arc

  • Participant
    Posts1365
    Member since: 17 avril 2015

    “Ils étaient bien moins élevés que maintenant” non. J’ai à ma disposition le n°285 de L’Histoire et crois moi, même s’ils étaient loin d’être tous des serfs, les paysans du Moyen-Âge croûlaient bien plus sous les impôts qu’aujourd’hui, d’autant plus que l’impôt majoritaire en France est celui sur le revenu, qui dépend directement de la richesse de celui qui le paye, il y a aussi celui sur le patrimoine, qui dépend des possessions (et donc de la richesse) de l’imposé. Rien de tout cela pour la roture.

    Ni moi ni skyros ne confondons domaine et royaume, néanmoins, au début du XVe siècle, le roi de France possède un domaine extrêmement large. Le roi comme guide, et qui ne détient pas de possessions, c’est Hugues Capet et ses descendant immédiats. A la mort de Philippe Auguste, cette époque est révolue, le roi étend son pouvoir sur la France, et ce dernier s’accroît, nous pouvons notamment noter l’annexion du comté de Toulouse en 1271. Tu noteras que nous nous trouvons bien avant la naissance de Jeanne d’Arc. De même, la carte qu’a montré skyros représente la situation en 1314, soit un siècle avant la naissance de Jeanne d’Arc.

    Ensuite par rapport à ta précédente remarque:Non les chevaliers français ne sont pas venus s’empaler volontairement à Azincourt (d’ailleurs je n’ai fait nulle part mention du concept de volonté, je ne sais pas où tu es allé dénicher ça), le fait est qu’une charge de pluieurs centaines de cavaliers ne s’arrêtent pas d’un claquement de doigts, ainsi, lorsque ceux du premier rang s’aperçoivent qu’entre eux et leurs cibles il y a un mètre cinquante de bois, et bien, il est trop tard.

  • Participant
    Posts2924
    Member since: 26 février 2013

    Le royaume de France sur la carte c’est le orange et le vert. Ainsi que quelques fief “gris” comme Blois et sa région.
    Sinon j’ai rien à ajouter, sanguinius a tout dit.

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  • Participant
    Posts587
    Member since: 24 février 2015

    Charles VI n’était pas fou mais épileptique (comme Alexandre le Grand, Jules César qu’aucun historien n’a qualifiés de fou. Comment je le sais ? Je suis moi même épileptique et je me suis intéressé aux grands personnages de l’Histoire qui l’étaient )

    Pas fou ? Entre la consanguinité et le bal des ardents, je permets d’émettre un doute. Il pensait qu’il était en verre quand même et je ne parle même pas de la fois où il s’est attaqué à ses propres gardes persuadé qu’on l’a trahie.

    La dictature c'est ferme ta gueule !
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  • Participant
    Posts63
    Member since: 8 mars 2017

    Que je sache il n’existait pas à l’époque les impôts indirects. Je pense à la TVA, au taxes sur le carburant. Ceux là touchent tout le monde y compris les pauvres. Si l’exode rural dure depuis des décennies c’est parce que les paysans ne s’en sortent plus. Est ce vraiment mieux ?
    D’accord le Roi étend son “pouvoir” sur son royaume. C’est son rôle, encore une fois d’agrandir le Royaume. Je maintiens qu’il est plus un gestionnaire qu’un propriétaire droit de douter
    C’est ton droit de douter Val. Le fait est que Charles VI a du déjouer plusieurs trahisons. Possible que cela l’ait rendu encore plus nerveux (je rappelle que l’épilepsie est une maladie nerveuse ) que d’habitude et qu’il ait tabassé ses gardes (pour exemple je suis hyper sensible aux éclats de lumière, quand j’étais jeune et que j’allai en boite, lorsqu’ils mettaient le stroboscope, cela a peut-être changé de nom, je devais m’accrocher à la table des 2 mains sinon j’aurais envoyé un pain à la personne assis en face. Je ne suis pas fou pour autant et je ne souffre pas de consanguinité )

  • Participant
    Posts587
    Member since: 24 février 2015

    Certes, mais quand tu sais qu’il a faillit brûler vif lors du bal des ardents, nul doute qu’il a été traumatisé et ça n’a pas arranger ses crises. Mais je ne suis pas épileptique ou même n’ai pas des proches qui en souffrent, je suis sans doute mal placé pour dire qui l’ai et qui ne l’ai pas.

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  • Participant
    Posts2924
    Member since: 26 février 2013

    Sisi il y a bien des impôt indirect : sur le sel, les droits de circulation (des personnes et des marchandises) par exemple, les droits du Ban aussi.
    Le rapport avec l’exode rural est totalement hors sujet. Vu que celui ci commence au début du XIXème, avec une raison qui est notamment la surpopulation des campagnes, des salaires plus régulier et un nombre important de paramètre dont l’écrasement d’impôt n’en n’est pas un.

    Omnia Sunt Comunia

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  • Participant
    Posts63
    Member since: 8 mars 2017

    Au temps pour moi j’avais oublié le sel. Pour la circulation Je ne pense pas que nos péages d’autoroutes soient mieux (pour les autres routes cela fait partie de l’impôt sur le revenu et des impôts locaux. C’est vrai l’exode rural est hors sujet il a commencé au XIXéme et a été accéléré par L’impôt sur le revenu créé pour soutenir l’effort de guerre en 14.
    Oui pour Charles VI le bal des ardents n’a rien du arranger. Chaque épileptique a “son” épilepsie qui évolue. Cela va de plusieurs crises par jour à une de temps en temps. Dans mon adolescence j’en avais plusieurs par semaines. Maintenant c’est une tous les 3 ans (et encore dans des circonstances exceptionnelles. Cela m’a pourri mes études (attention diminuée d’1/3. C’est à dire que mon cerveau était incapable d’enregistrer ce qui se disait dans les dernières minutes. Imagine la difficulté pour un roi de faire son boulot ! Je pense que Charles VI avait un degré d’épilepsie plus élevé que César et Alexandre le Grand.

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