Post has published by Val_78

Ce sujet a 5 réponses, 4 participants et a été mis à jour par  Gren, il y a 1 an et 11 mois.

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    Georges Guingouin

    Né le 2 février 1913, à Magnac-Laval dans la Haute-Vienne, son père était sous-officier de carrière mort au combat à Bapaume le 28 août 1914. Sa mère était directrice d’école primaire ce lui a permis d’effectuer ses études dans l’enseignement. Après avoir étudié à l’Ecole primaire supérieure de Bellac, il ira à l’Ecole normale d’instituteurs de Limoges. En 1934, il effectuera son service militaire en tant que secrétaire d’état-major à la 6e Compagnie du Train à l’Ecole militaire à Paris, suite à quoi il deviendra instituteur à Saint-Gilles-les-Forêts (Haute-Vienne), il finira même secrétaire de mairie. Il adhérera au Parti communiste en 1935 et en deviendra secrétaire du rayon d’Eymoutiers.

    Mobilisé en 1939 en tant que soldat de 2e classe, il sera blessé à l’arcade sourcilière gauche le 18 juin 1940 puis soigné à l’hôpital militaire de Moulin. Refusant de finir prisonnier, il quitta l’hôpital et rentre chez lui à Saint-Gilles-les-Forêts. Il reprit ses activités de militant communiste dans la clandestinité car en effet malgré le Pacte de non-agression, les communistes dans les pays occupés doivent faire profil bas pour échapper aux nazis. Grâce à son poste de secrétaire de mairie, il fabrique de faux papier et rédigera un appel à la lutte en août 1940 ce qui lui entrainera à sa révocation de ses fonctions le mois suivant et deviendra secrétaire général du parti de la Haute-Vienne. Il refusera toutefois de publier un bulletin de la Vie du Parti qui déclare : « Nous devons être sans haine vis-à-vis des soldats allemands. Nous sommes contre de Gaulle et le clan capitaliste dont les intérêts sont liés à Vichy. ».

    Ces premières actions de résistant consistait à distribuer des tracts dénonçant l’occupation et le régime de Vichy, de ce fait le 11 mars 1941 un mandat d’arrêt est lancé contre Guingouin pour faux en matière de carte d’identité et bulletin d’état civil, il échappera de peu à la police. En avril 1941 il prend le maquis à Soudaine-Lavinadière et baptisera ses groupes armés « les Francs-Tireurs » (soit bien avant la création des Francs-tireurs et partisans) afin de rendre hommage de ceux de 1870. Pour Gabriel Roucaute dirigeant du Parti communiste, Guingouin va trop loin et le somme d’arrêter mais pour le « préfet du maquis » (surnom donné en raison de ses actions autoritaires), il n’en est pas question, il estime que la résistance doit passer à l’étape supérieur. Il sera vite connu dans la région et sera surnommé « Lou Grand » («Le Grand ») par les paysans et établira son QG dans la forêt de Châteauneuf-la-Forêt.

    Le 22 juin 1941 l’opération Barbarossa commence. Pour les communistes, ils peuvent désormais se lancer pleinement dans la résistance, de ce fait le Parti cherche à reprendre en main les hommes de Guingouin mais il refuse de perdre son autonomie et sa liberté d’action. Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 1941, lui et son groupe récupèrent arme à la main un stock de cartes d’alimentation à la mairie de Saint-Gilles-les-Forêts. Cette action le fera condamner par contumace par le Tribunal militaire de la 12e Région aux travaux forcés à perpétuité le 26 janvier 1942 mais le banc des accusés est vide (Cela fait bien rire les maquisards).

    En Mars 1942, Gabriel Roucaute lui demande de mener ses actions à Limoges, Guingouin lui rétorque que c’est trop dangereux en ville avec la police mais c’est dans les campagnes qu’on doit frapper, de plus il n’a nullement envie d’abandonner ses hommes, cela aggravera ses relations avec le Parti qui étaient déjà bien tendu. En décembre, Guingouin appelle les paysans à ne pas donner leur fourrage aux allemands, plus facile à dire qu’à faire, qu’à cela tienne lui et ses hommes saboteront toutes les botteleuses de la région. Le 13 mars 1943, son unité détruit le viaduc de Bussy-Varache sur la ligne Limoges-Ussel, cela gênera énormément les allemands.

    En mai 1943, les alliés décident de détruire les 2 usines françaises de régénération du caoutchouc. La première, sur Colombes, se fera bombardée mais elle entraînera de nombreuses victimes civiles. De ce fait, le haut commandement demande à la résistance de détruire celle sur Palais-sur-Vienne. C’est Guingouin lui-même accompagné de René Duval qui mèneront l’opération le 9 mai. Ils parcourront plus de 45 Km à bicyclette la nuit avec des bombes cachés dans leur musettes mais l’opération est un succès, les chaudières sont détruites et la production est à l’arrêt pendant 5 mois, les allemands fulminent.

    Entre temps ces relations avec les dirigeants du Parti ne cesse de se détériorer, ils ne supportent pas ses initiatives qu’il mène sans rendre leur compte et Guingouin ne veut pas perdre son indépendance, il commence à devenir gênant. Pour fêter le 14 juillet, Guingouin et son groupe sabote le câble souterrain reliant la base sous-marine de Bordeaux à Berlin, le général commandant des SS est furieux et voit le Limousin devenir une « petite Russie ». Suite à quoi 15 escadrons de la Garde républicaine et 12 escadrons de Gendarmerie mobile dirigé par le général Dubois sont envoyés pour maintenir l’ordre mais les Francs-Tireurs se sont évanouies dans la nature. Le préfet du maquis ira même demander aux paysans de revenir à un taux de buttage normal afin de lutter contre le marché noir.

    Dans le même temps, il recevra les premiers parachutages d’armes du SOE anglais. En janvier 1944, il réunit 120 volontaires au château de Ribérie pour leur faire une formation militaire mais une division allemande commandée par le général Brehner attaque le fief de Guingouin, il refuse le combat et ordonne à ses troupes de se disperser évitant de lourdes pertes.

    Le 1er février, De Gaulle rassemble la résistance sous le nom des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI), il sera difficile de mettre tout le monde d’accord entre les gaullistes, les giraudiste et les communistes et avec Guingouin qui veut conserver son indépendance, ce n’est pas gagné. Toutefois cela ne l’empêchera pas d’être à la tête des 8000 résistants (tout bord compris) que compte les hautes Viennes en mars 1944 et de se préparer à la libération. Le 28 du même mois, un de ses groupes capturent la commission d’armistice de Limoges, cette fois c’en n’est trop, Hilter ordonne à la division Das Reich de se diriger vers le Montauban.

    Le 6 juin, le Jour J a enfin lieu, les alliés débarquent sur les plages de Normandie, la résistance effectue un maximum de sabotage pour perturber les communications allemandes. Léon Mauvais, un cadre important du Parti communiste, ordonne à Guingouin de libérer Limoges mais il refuse estimant l’action prématurée car la Das Reich est encore dans les parages et les représailles sur la population seraient terribles. Il lui rappelle le bilan de la libération prématurée de Tulle (99 hommes pendus et 139 autres déportés) mais il lui promet que la ville sera libérée sans effusion de sang, pour Léon cet acte d’insubordination ne restera pas sans conséquence.

    Le 9 juin, la Das Reich a reçu l’ordre de Rommel de rejoindre la Normandie, mais le commandant Kämpfe a été capturé par la 1er Brigade du Limousin (un brigade de Guingouin). Une rumeur circule, qu’il aurait été tué près d’Oradour-sur-Glane, aussitôt un détachement de la division Das Reich est envoyé sur place et les représailles seront sanglantes. C’est le massacre d’Oradour-sur-Glane, 642 personnes seront tuées par les SS. Le 11 juillet le général allemand Lammerding propose à la résistance d’échanger le commandant Kämpfe contre 40 prisonniers français mais Guingouin, ayant connaissance du massacre d’Oradour, refuse et fait fusiller le commandant. Les représailles ne tarderont pas mais font perdre du temps à la Das Reich qui partira du Limousin le 12 juin. Eisenhower reconnaitra lui-même que le retard de la division Das Reich aura joué un grand rôle dans le débarquement de Normandie.

    http://image.noelshack.com/fichiers/2016/30/1469732611-2nd-ss-panzer-division-das-reich.jpgBlason de la division das Reich

    Le 17 juillet, la brigade allemande du général von Jesser, forte de 2500 hommes et de 500 véhicules appuyés par les garnisons de Tulles et de Limoges ainsi de la Milice Française prépare un assaut contre les résistants de Guingouin. C’est le 18 juillet que débute la bataille du mont Gargan, les combats sont violents mais en fin après-midi les positions du mont Gargan tombent, les résistants se voient obligés de se disperser dans les forêts alentours et les allemands se mirent à les ratisser mais ils furent obligés de se retirer n’ayant pas les moyens nécessaires pour s’implanter durablement. Bilan, 38 tués, 54 blessés et 5 disparus chez les maquisards tandis qu’on compte près de 342 soldats tués ou blessés chez les allemands, de ce fait les résistants n’ont pas l’impression d’être battus.

    Il est temps pour Guigouin de libérer Limoges, mais au lieu de se lancer dans un affrontement il décide d’encercler la ville le 21 août et obtient la capitulation du général Gleiniger. Comme il avait promis, la prise de la ville s’est fait sans la moindre goutte de sang il est promu lieutenant-colonel des FFI. Pourtant le sang va couler car comme dans toutes les villes libérées, l’épuration fera des ravages. Le 20 novembre 1944, Guingouin a un accident de voiture et est soigné à l’hôpital de Limoges et sera finalement réformé en avril 1945. Il sera fait compagnon de la Libération et chevalier de la Légion d’Honneur. Il obtiendra même la rosette de la Résistance ainsi que la médaille pour acte du courage du roi d’Angleterre et la Reconnaissance de la Nation Américaine, pourtant les ennuis ne tarderont pas.

    http://image.noelshack.com/fichiers/2016/30/1469731630-1607140325350116.jpg

    Oradour-sur-Glane aujourd’hui

    En mai 1945, Guingouin est élu maire de Limoges pourtant ces relations avec le Parti communiste ne s’améliore pas, c’est même le contraire. Il n’obtient pas de siège au Comité Central et n’est pas proposé à la députation. Le 12 novembre 1945, il est attaqué par Auguste Gillot un proche de Maurice Thorez et de Jacques Duclos (des hauts représentants du Parti) sur le fait qu’il aurait augmenté le tarif des tramways. Propos qui sont faux mais il n’aura pas le temps de se défendre car la séance est levée aussitôt. Le mois suivant, il est démis de ces fonctions au sein du Parti de la Haute-Vienne. En 1947, il perd la mairie face au socialiste Léon Betoulle, qui avait voté les pleins pouvoirs à Pétain. La même année, le 19 mai, la Cour d’appel de Grenoble condamne le journal L’Époque qui avait accusé Georges Guingouin des pires crimes à 10 000 F d’amende et 500 000 F de dommages et intérêts.

    En 1950, il réintègre le Parti communiste en tant que secrétaire de la section communiste de Limoges mais ce n’est qu’une façade. En effet les hauts responsables du parti dont Léon Mauvais ne lui ont pas pardonné le fait de ne pas suivre les directives du parti durant la guerre ainsi que son franc-parler. En effet Guingouin dénonce les dérives que prend le parti (culte de la personnalité voué à Maurice Thorez, procès intentés contre des militants voire même des grandes figures du parti tel que André Marty ou Charles Tillon). Il finit par être mise en cause et quand le parti lui demande de se soumettre à ses directives, il décide de quitter ses fonctions et déchire sa carte du parti lors d’une réunion en mars 1952.

    Il réintègre l’enseignement et devient instituteur dans l’Aube, département d’origine de sa femme (marié depuis 1945). Mais le 24 décembre 1953, il est arrêté dans une affaire de meurtre de 2 paysans que des résistants auraient tués sur ordre de Guingouin. Le commissaire de Vichy qui a ordonné son arrestation est le même qui en 1943 était en charge de l’enquête sur le sabotage du viaduc de Bussy-Varache, autrement quelqu’un qui avait une dent contre lui. Il est incarcéré à la prison de Tulle puis à celle de Brive où il est tabassé par les gardiens. Il est transféré à la prison Saint-Michel de Toulouse en raison de son état de santé. L’affaire Guingouin est suivis par les journaux et les anciens résistants s’organisent en comité pour défendre Guingouin et finiront par le faire sortir de prison. Finalement le 13 novembre 1959, le magistrat de Lyon se prononce pour un non-lieu.

    Il reprit sa vie d’enseignant avant de prendre sa retraite en 1969 où il écrira des livres sur ses activités de la Résistance ainsi que sur son affaire de justice. En 1998, le Parti Communiste le réhabilite officiellement mais l’intéressé s’en indiffère complétement. Il décède le 27 octobre 2005 à Troyes et est inhumé à Saint-Gilles-les-Forêts. Une avenue et un pont de Limoges portent son nom. Mais si encore aujourd’hui l’affaire Guingouin fait tâche, Guingouin a-t-il réellement tué ces paysans ou tout simplement qu’il n’a jamais voulu se plié et qui paya cher cette insoumission ? C’est une histoire dont on ne connaîtra jamais la fin.

    Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Guingouin

    http://www.ordredelaliberation.fr/fr/les-compagnons/437/georges-guingouin

    Les dossiers secrets de la seconde guerre mondiale, Philippe Valode – Robert Arnaut

    La dictature c'est ferme ta gueule !
    La démocratie c'est cause toujours...

    • Ce sujet a été modifié le il y a 5 mois par  Val_78.
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  • Participant
    Posts587
    Member since: 24 février 2015

    Voilà c’est mon premier dossier, qu’en avez-vous pensé ?

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  • Participant
    Posts2925
    Member since: 26 février 2013

    Serait-il possible d’avoir plus de photo, des lieux par exemples ?
    Sinon joli travail !

    Omnia Sunt Comunia

    Je suis anarchiste au point de traversé dans les clous pour ne point avoir de soucis avec la maréchaussée.

  • Modérateur
    Posts1941
    Member since: 20 juillet 2013

    Val_78 :

    Voilà c’est son premier dossier

    “SON” ? Souffrirais-tu de troisièmepersonnite ? 😉

    … sinon, c’était intéressant. Tu devrais couper tes pavés en paragraphes mieux lisibles mais j’ergote un peu.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts587
    Member since: 24 février 2015

    Oui, il est comme César, il adore parler à la troisième personne.

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  • Participant
    Posts12
    Member since: 7 juillet 2016

    Jusqu’à ce dossier je ne connaissais pas l’existence de Georges Guingouin. :ohmy:

    Merci en tout cas, ce fut très instructif. 😆

6 sujets de 1 à 6 (sur un total de 6)

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