Post has published by florian30051

Ce sujet a 8 réponses, 6 participants et a été mis à jour par  Mégas Aléxandros, il y a 1 an et 7 mois.

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    Les origines du Projet Européen

    Avant-Propos

    Bonjour à tous! Le 7 février est une journée historique dans le cours de l’intégration européenne. Plus encore cette année puisqu’elle marque la création de l’Union Européenne via le traité de Maastricht, il y a très exactement 25 ans.

    Mais avant toute chose: qu’est-ce que la construction européenne? Qu’est-ce qui a mené les Européens a concevoir un tel projet?

    Je le précise préalablement: je fais un bachelor d’études européennes. Bien que je partage un point de vue critique sur l’Union Européenne (UE), je dois vous avouer à quel point il est difficile de rester extrêmement objectif sur les débuts du projet européen. Je suis loin d’avoir encore développé un talent d’académicien nécessaire pour acquérir un niveau d’objectivité adéquat, et cela d’autant plus que le cœur de ce dossier se consacre aux racines de cette Europe controversée, qui plait aux uns, fait tirer la grimace aux autres.

    C’est ainsi un défi personnel que je me suis fixé que d’écrire ce dossier, à partir d’un ancien paper universitaire que j’avais dû faire sur le sujet. Vais-je pouvoir m’affranchir de mon empirisme et pouvoir proposer une recherche positiviste? Je ne le pense guère. Beaucoup de théories académiques proposent tellement de critères et de points de vue différents pour discuter des raisons, des acteurs et du but final de ce projet européen! (Néofonctionalisme, Intergouvernementalisme, Fédéralisme pour ne vous citer que les trois théories européistes les plus répandues). Dès lors, mon étude se contentera d’une description brève ayant pour but de recontextualiser les origines de la construction européenne. Je n’entrerai pas dans les détails, me contenterai de décrire l’évolution du dévelopement de ce projet pendant l’Entre-Deux-Guerre et les débuts de l’Après-Guerre. Je prendrai le cas de plusieurs “pères spirituels de l’Europe” et en dresserai un portrait pour définir leur importance dans le contexte de l’intégration européenne. Mon objectif premier en écrivant ces lignes est en effet de décrypter le socle de ce projet, afin de prodiguer à la communauté une première approche sur le sujet.

    Une très bonne lecture à tous!

    Introduction

    Le bilan de la Grande Guerre fut catastrophique pour l’Europe, qui perdait plus de 9 millions de soldats et 6 millions de civils, venant concrétiser un siècle de tensions sans précédent entre grandes puissances. Pour la première fois, une puissance non-européenne, les Etats-Unis d’Amérique, prenaient une part décisive dans la guerre et gagnaient une place remarquée à la table des négociations.

    Après la guerre émergea en Europe un nouveau système de pensée, hérité des vues européistes des siècles précédents et stimulés par des objectifs de paix et de prospérité. Pour ne citer que quelques exemples, à la suite du désordre des guerres de religion, le duc de Sully avait suggéré à Henri IV un grand dessein. Il encourageait la création d’un ordre européen formé de quinze états égaux, suivant un découpage territorial équitable et disposant d’une armée fédérale afin de défendre la chrétienté contre les Turcs. Dans son « peace of Europe » (1693), l’entrepreneur et philosophe britannique William Penn partagea des idées semblables à celles de Sully, et idéalisa une institutionnalisation de cet ordre européen, qui comprendrait une assemblée et un parlement européen afin de garantir un ‘vivre-ensemble européen’. Après la décennie napoléonienne, le projet européen fut repris par le nationaliste italien Mazzini qui – en créant le mouvement de la jeune Europe – conceptualisait le rêve fédéraliste comme un moyen de cimenter la coopération des états-nations européens et l’ouverture de leur nationalisme respectif. En 1849, l’écrivain français Victor Hugo appelait à la création d’ « un sénat suprême et souverain, qui serait à l’Europe ce qu’est le Parlement à l’Angleterre. » La concept d’Etats-Unis d’Europe survécut à la Première Guerre mondiale et resurgit par la nécessité pour l’Europe de renouer avec l’ordre, la prospérité et la stabilité.

    Le déclin de l’Europe s’accéléra avec la crise économique de 1929 qui fut une source importante de chômage au sein des états européens. Les figures européistes des années 20 faisaient face à la résurgence d’intérêts nationaux divergents, qui – stimulaient par les nationalismes radicaux – finirent par générer une seconde guerre mondiale. Comment expliquer le retour de l’Européisme pendant l’entre-deux-guerres ? Pourquoi les relations entre intérêts nationaux et le supranationalisme étaient-elles conflictuelles ? Dans un premier temps, ce dossier tentera de définir l’approche des intellectuels et des politiciens ouverts au projet européen avant d’aborder les effets et conséquences du nationalisme et de la résistance des intérêts nationaux entre 1919 et 1949.

    I) Les projets d’intégration européenne

    a) Selon des intellectuels et politiciens de l’entre-deux-guerres

    Les accords de Paris suivant la Première Guerre mondiale furent une immense déception pour de nombreuses associations ouverts au projet européen. Comme le remarquèrent Wilson et Van Der Dussen (1995), « la post-Europe semblait difficilement sur le point de devenir une communauté pluralistique et prospère » (p.96). L’élite politique européenne de 1918 se méfiait de la ‘démocratie nationalisée’ dont le Président américain Wilson se faisait le champion, et craignait que cette dernière ne soit pas un gage de paix et de stabilité économique. L’ancien Premier Ministre italien Francesco Nitti confirma cette appréhension en expliquant que la nouvelle carte du continent serait confrontée à une « balkanisation » de l’Europe centrale et orientale du fait de la fragilité de ses tout jeunes états-nations.

    Coudenhove-Kalergi, politicien et philosophe Austro-Japonais, avait également déclaré sa déception des accords de Paris. Témoignant du déclin européen, ce dernier avait d’abord tenté de sauver l’union austro-hongroise de sa désintégration, avant de reconsidérer le projet européen à la suite de l’échec de son programme politique. Il critiqua ainsi l’absence d’un projet européen propre de la part de l’élite politique européenne en témoignant que « la cause du déclin européen est politique, et non biologique ». (Coudenhove-Kalergi, 1926, p.xii). Il promouvait la construction d’une Union pan-européenne pour mettre un terme au déclin européen, et conceptualisait une unité politique, assurant la prospérité du continent grâce à une « structure supranationale » et « une autorité suprême ». (p.9, Wilson & van der Dussen, 1995). Il prophétisa la fondation d’un marché commun européen et d’une magna carta de tolérance pour protéger les minorités nationales de l’impérialisme.


    ”Europe, réveille-toi!”

    L’Européisme de Coudenhove-Kalergi influença le Premier Ministre français Aristide Briand, qui encourageait l’établissement « d’une Europe de la sécurité autour du couple franco-allemand » (p. 102, Wilson & van der Dussen, 1995). Dans son discours à la Société des Nations en septembre 1929, Briand manifestait sa volonté de créer « une sorte de lien fédéral » pour une meilleure coopération entre états européens. Il écrivit un mémorandum dans lequel il tenta de concilier son projet européen avec la préservation des souverainetés nationales. Son ‘union morale’, qui implémentait un marché commun limité, visait à être subordonné à la Société des Nations (Nicoll & Salmon, 1997). Néanmoins, son initiative ne reçut pas l’accueil attendu pour un certain nombre de raisons. Premièrement, les principaux avocats de son européisme modéré disparurent peu à peu de la scène politique au début des années 30, incluant Briand qui mourra en 1932. Ensuite, son mémorandum manquait de réalisme politique puisqu’il défendait l’européisme Kalergiste autant que la protection des souverainetés nationales. Enfin, l’arrivée de la crise économique de 1929 qui causa des vagues massives de chômages d’un bout à l’autre de l’Europe discrédita le plan de Briand.


    Aristide Briand

    En conséquence, les années 30 furent une décennie de stagnation pour le projet européen. En Allemagne et en Italie, les nationalismes radicaux triomphèrent alors que la France et d’autres états restés libéraux focalisèrent leur politique sur une reconstruction économique à l’échelle nationale. Les idées de Briand et de Coudenhove-Kalergi furent cependant reprises par Monnet et un grand nombre de mouvements européistes qui s’épanouirent pendant et après la Seconde Guerre mondiale.

    b) Selon les intellectuels et politiciens après la Seconde Guerre mondiale

    Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’intégration européenne fut un objet de propagande conçu comme un moyen de légitimer l’hégémonie du Troisième Reich sur le continent. L’Européisme nazi entrait pourtant en contradiction majeure avec les idéaux égalitaires prônées par Coudenhove-Kalergi, dans son Paneuropa.

    La vision égalitariste d’une Europe fédérale se perpétua néanmoins du côté allié. Une doctrine y fut dictée autour de la création hypothétique d’une union européenne. Dans son discours, Jean Monnet était convaincu que l’Europe ne parviendrait pas à regagner la paix sans réel projet européen. Il plaida pour la création d’une « entité européenne » comme un moyen de sécuriser la stabilité et la prospérité du continent. Il était conscient qu’une Europe forte nécessitait une base solide. Conséquemment, il se faisait l’avocat d’une libéralisation politique du continent qui impliquait non seulement la démocratisation des élections, mais aussi une rééducation des populations pour restaurer la foi en la démocratie et l’internationalisme. Dans un second temps, Monnet espérait pacifier le continent en approuvant la création d’une administration pan-européenne. Dans son programme, il suivait également l’approche consensuelle de Briand en soulignant l’importance de sauvegarder le protectionnisme et les souverainetés nationales européennes. En somme, Monnet a directement influencé la restauration des gouvernements démocratiques pendant la Libération et fut un principal avocat de l’européisme dans la France de l’Après-Guerre (Archives Jean Monnet, 1943).


    Jean Monnet

    Monnet ne fut pas l’unique « père fondateur » de l’Europe. L’Européisme a aussi inspiré la formation de nombreux courants intellectuels, plus particulièrement au sein des mouvements de résistance. Le résistant italien Altiero Spinelli abandonna ses idéaux communistes au profit de l’école fédéraliste, laquelle il a graduellement adhéré. Les vues de Monnet et de Spinelli convergent, étant donné qu’ils ont ensemble défendu la création d’une autorité supranationale dans le but de mettre fin au « vieux système européen d’états-souverains ». Spinelli encourageaient ses lecteurs à se lever contre le fascisme et, après la guerre, à mettre leurs différences nationales de côtés pour l’instauration d’une fédération européenne, en concevant par la même occasion que l’intergouvernementalisme n’était qu’une étape parmi tant d’autres dans le processus d’intégration européenne. Il faut noter que Spinelli fut un fervent partisan de la formation d’une armée fédérale, comme le refléta son influence auprès du Premier Ministre Italien De Gaspieri au début des années 50, qui poussera ce dernier à approuver le projet de Communauté de Défense Européenne (European Commission, n.d).


    Altiero Spinelli

    Il est aussi essentiel de mentionner l’importance de deux autres “pères spirituels” de l’Europe. Le Ministre des Affaires Etrangères français Schuman et le Bundeskanzler allemand Adenauer jouèrent tous les deux des rôles décisifs sur les prémices de l’intégration européenne. Schuman a appelé à la constitution d’une association européenne dans sa désormais célèbre Déclaration Schuman, qui influença directement la construction européenne des deux décennies suivantes. Il introduisit un système de production de charbon et d’acier franco-allemand, une première pour l’époque, et qui sera plus tard européanisé sous le nom de Communauté Européenne de Charbon et d’Acier. Adenauer salua l’initiative de Schuman, convaincu qu’une paix continentale nécessitait « des efforts [allemands] pour la conception d’une fédération européenne … si construite sur une coopération économique étroite entre les nations ». Après l’échec de l’établissement immédiat d’une fédération du fait des pouvoirs très limités qu’a conféré le congrès de la Haye au Conseil de l’Europe, Adenauer et Schuman suivirent le programme de Monnet par « petits pas ». Pour l’école fédéraliste, l’axe Adenauer-Monnet fut crucial à la fin des années 40, lorsque l’intergouvernementalisme Churchillien était à son pic de popularité au sein des cercles européistes.

    A gauche, Konrad Adenauer ; A droite, Robert Schuman

    II) Les intérêts des Etats-nations

    a) La montée des nationalismes radicaux

    Bien que Briand adhérait aux idées européistes de Coudenhove-Kalergi, celui-ci devait faire face aux nationalismes radicaux qui affectait chacun des pays Européens. Il échoua à concilier les intérêts nationaux avec son projet d’autorité supranationale, alors que son mémorandum ne suggérait qu’une promulgation très limitée des pouvoirs des gouvernements nationaux à ce corps supranational. La crise économique survint avant que les idées européistes de Briand se concrétisent, et détournèrent tant les masses populaires que l’élite nationale de son mémorandum (Nicoll & Salmon, 1997).

    Ironiquement, le nazisme et le fascisme n’étaient pas fondamentalement opposés à une construction européenne. Par exemple, Wilson et Van Der Dussen (1995) soulignèrent la présence de délégations italiennes de Mussolini pendant les congrès Pan-Européens. Néanmoins, il serait grotesque de considérer que le Neuropa Nazi se rapprochait de près des idéaux démocratiques et égalitaires des penseurs et hommes politiques précédemment étudiés. Premièrement, la politique étrangère d’Hitler était fondée sur la volonté d’établir une bipolarité européenne. Le Troisième Reich dominerait l’Europe du nord tandis que l’Italie affirmerait son autorité sur le bassin méditerranéen. Tous les pouvoirs se fondaient sur un unique centre d’autorité, soit Rome, soit Berlin, tandis que les deux systèmes politiques s’opposaient à une Europe de l’égalité. Deuxièmement, et comme soulevait précédemment, le Ministre de la Propagande allemande Goebbels manipulait l’Européisme comme un moyen de légitimer la suprématie allemande sur l’Europe. L’idée était pour l’Allemagne nazie de s’affirmer comme naturelle défenseur de l’Europe et conséquemment d’obtenir les pleins pouvoirs politiques, militaires et économiques de ses satellites. Pierre Laval, Premier Ministre de la France Vichyste, a dédicacé un support inconditionné à Hitler dans son combat contre Staline :

    « De cette guerre va inévitablement émerger une nouvelle Europe… Pour construire cette Europe, l’Allemagne combat des batailles gigantesques. … Je souhaite la victoire de l’Allemane, parce que – sans elle – le bolchevisme dominerait le monde entier. »


    Pierre Laval

    Troisièmement, le Troisième Reich bénéficiait du développement d’un partenariat économique interconnectant chaque pays européen sous supervision allemande. C’était le plan de l’architecte allemand Albert Speer qui cherchait à créer “une production européenne” pour rallier le support des économies satellites plus efficacement. Dans la France Vichyste, cela s’est notamment traduit par le lancement du dispositif de la Relève, qui visait à satisfaire les besoins de main d’œuvre exigés par Hitler. En bref, même si un partenariat économique avait été introduit par l’Allemagne à l’échelle européenne, ce dernier n’incluait aucune mesure égalitaire dont les penseurs historiques de l’unité européenne, de Hugo à Kalergi, s’étaient portés partisan. Il y a une raison bien simple : ce ne serait pas dans les intérêts nationaux allemands que d’encourager une décentralisation de l’autorité hégémonique nazie (L-A. Brunet, personal communication, 12 January 2016). Ainsi, les nationalismes radicaux tels que le nazisme basaient leur politique européenne sur l’exploitation de leurs pays satellites.

    b) L’intergouvernementalisme Churchillien

    On retrouve cette primauté des intérêts nationaux – à moindre échelle certes – dans certains systèmes de pensées européistes qui nous sont toujours contemporains. Prenons l’exemple de l’école intergouvernementaliste churchillienne. L’empire britannique héritait d’une longue tradition de souveraineté nationale. De 1815 à 1914 – voir jusqu’à 1940, Londres détenait un pouvoir hégémonique mondial. Bien avant que l’on parle de « Pax Americana », certains parlaient déjà de « Pax Britannica » pour mettre en évidence la toute-puissance britannique et son importance pour la paix mondiale. Le Premier Ministre britannique Churchill voulait sauver le statut de grande puissance de son pays après la guerre. Ainsi, il défendait naturellement l’intégrité de la souveraineté nationale britannique. Par conséquent, il n’est guère étonnant que même si Churchill défendait la construction européenne pour stabiliser l’Europe continentale, il était sévèrement opposé à la création du système supranational idéalisé par Monnet et Spinelli.


    Winston Churchill

    C’est ainsi que Churchill fut le fervent défenseur de l’Europe des nations intergouvernementale, qui assurait un futur stable aux intérêts nationaux des états respectifs, sans craindre l’émergence d’une entité supranationale. Churchill a partiellement repris la formule modérée de Briand et fut un des principaux investigateurs de la création du Conseil de l’Europe que nous connaissons aujourd’hui, qui était pensé comme le socle d’Etats-Unis d’Europe intergouvernementale. Ses visions de l’Europe, fondées sur une coopération renforcée entre états-nations excluant une supervision par une entité supranationale, finiront par triompher du fédéralisme de Monnet lors du congrès de la Haye. (Judt, 2010).

    Conclusion

    « C’était dans l’avenir de l’Europe de rester un champ de bataille. Les différences ethniques, religieuses, dans les idées sociales et politiques semblaient toujours être des invitations pour contester une bataille. »

    Cette citation prononcée par le Président américain Coolidge en Octobre 1924 symbolise bien l’influence majeure des tensions conflictuelles divisant l’Europe sur la délicate question d’un projet européen. En effet, l’Européisme englobe de nombreuses divergences en matière d’interprétations, intergouvernementalisme et fédéralisme pour ne citer que les deux courants européistes les plus connus. A contrario du Neuropa nazi qui manipulait les masses pour légitimer un impérialisme totalitaire, Churchill et Monnet, bien que partageant des perceptions divergentes vis-à-vis de l’intégration européenne, visaient tous les deux à construire un système égalitaire, démocratique et libéral. Aujourd’hui, la question d’une Europe intergouvernementale ou fédérale tourmente encore bien des agendas politiques.

    Références

    Adenauer, K. (1949). Speech by Konrad Adenauer. German History in Documents and Images. Retrieved January 28, 2016, from: http://germanhistorydocs.ghi-dc.org/docpage.cfm?docpage_id=3194

    Coolidge, C. (1924). Speech as President. Calvin Coolidge Presidential Foundation. Retrieved January 28, 2016, from: https://coolidgefoundation.org/resources/speeches-as-president-1923-1928-12/

    European commission (n.d.) Retrieved January 28, 2016 from: http://europa.eu/about-eu/eu-history/founding-fathers/

    Judt, T. (2010). Postwar. A History of Europe Since 1945. London: Vintage.

    Monnet, J. (1943). Algiers Memorandum. Centre Virtuel de la Connaissance sur l’Europe (CVCE). Retrieved January 28, 2016, from: http://www.cvce.eu/en/obj/jean_monnet_s_thoughts_on_the_future_algiers_5_august_1943-en-b61a8924-57bf-4890-9e4b-73bf4d882549.html

    Salmon, T. & Nicoll, W. (1997). Building European Union: A Documentary History and Analysis. Manchester: Manchester University Press.

    Tasca, A. (1996). La France de Vichy : archives inédits d’Angelo Tasca. Milan : Fondazione Giangiacomo Feltrinelli

    Transforma.org (n.d.). Retrieved January 28, 2016, from : http://www.transforma.org.pt/en/?/historial/doismiledoze/united-states-europe

    Wilson, K. & Van Der Dussen, J. (1995). The History of the Idea of Europe. (What is Europe?, Vol. 1). London: Routledge.

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    Coudenhove-Kalergi…. Une personne dont on ne dira jamais assez de mal.

    Dans son livre Idéalisme pratique , ce grand philosophe preconise les principe suivants

    La race du futur, négroïdo-eurasienne, d’apparence semblable à celle de l’Égypte ancienne, remplacera la multiplicité des peuples par une multiplicité des personnalités

    [ source ]

    les métis allient souvent l’absence de caractère, l’absence d’inhibitions, la faiblesse de la volonté, l’inconstance, l’impiété et l’infidélité avec l’objectivité, la polyvalence, la vivacité spirituelle, l’absence de préjugés et l’ouverture d’horizon.

    [ source ]

    Seule sera libre l’alliance des hommes les plus nobles avec les femmes les plus nobles, et inversement, les personnes de valeur moindre devront se satisfaire de personnes de valeur moindre (…) La nouvelle noblesse de reproduction du futur n’émergera donc pas des normes artificielles de la culture de castes humaine, mais plutôt des lois divines de l’eugénisme érotique. Le classement naturel de la perfection humaine remplacera le classement artificiel du féodalisme et du capitalisme.

    La noblesse eugénique qu’il souhaite s’appuie sur une caste selon lui déjà « purifiée de tous ses éléments faibles en volonté et pauvres en esprit »

    De l’européenne humanité de quantité, qui ne croit qu’au chiffre, qu’à la masse, se distinguent deux races de qualité : la noblesse de sang et le judaïsme. Séparées l’une de l’autre, chacune demeure fixement rivée à sa croyance en sa plus haute mission, en son meilleur sang, en une différence de rang humaine. Dans ces deux races avantagées hétérogènes réside le noyau de la noblesse européenne du futur

    [ source ]

    Pour ceux qui ont le coeur accroche, la lecture de ce livre est une abomination!! Mein kampf est bien moins terrible dans ses propositions. Kalergi n’est pas tres charlie….

    Quand on commence creuser les documents des universites, comme celle de Warwick en Angleterre, [ ici en pdf ] on trouve des choses interessantes sur la participation de Schuman, Monnet et autres a des sommets de l’autre cote de l’atlantique.

    On terminera sur cette citation d’un article du telegraph britannique

    The head of the Ford Foundation, ex-OSS officer Paul Hoffman, doubled as head of ACUE in the late Fifties. The State Department also played a role. A memo from the European section, dated June 11, 1965, advises the vice-president of the European Economic Community, Robert Marjolin, to pursue monetary union by stealth.
    It recommends suppressing debate until the point at which “adoption of such proposals would become virtually inescapable.

    [ source ]

    Le projet europeen est une lubie d’une poignee de maniques, d’eugenistes et de gens a la limite de l’humanite qui a ete aide par des gens hors d’europe dans une vision geo-strategique du containment .

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    Member since: 12 avril 2012

    Désolé @glapsvior mais s’en prendre à un projet en attaquant ses défenseurs ça n’a aucune valeur.

    Tu nous montre avec des extraits bien choisi que Coudenhove-Kalergi est un sale type. Effectivement ça n’a pas l’air incroyable mais n’ayant pas lu son livre, je me garderais bien de tous jugements. Quoi qu’il en soi c’est limite hors sujet. Une idée n’est pas mauvaise parce que ses défenseurs le sont. Ça ne sert à rien de procéder de la sorte.

    Visiblement tu ne portes pas le projet européen dans ton cœur. Ça tombe bien, je pense le contraire du coup vas-y. Je t’en prie critique le projet (et pas ses défenseurs).

    Sinon bravo @florian c’est très intéressant. Comptes tu faire une autre partie avec les différents scénarios futurs ?

  • Participant
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    Member since: 12 avril 2012

    Autant que je puisse comprendre ton ressentiment envers Kalergi – d’ailleurs je regrette de n’avoir pas fait une mention spécifique sur cet autre visage de ce dernier, je ne peux pas te laisser dire que le projet européen est “une lubie d’une poignee de maniques, d’eugenistes et de gens a la limite de l’humanite”.

    Tout d’abord, résumer le projet européen aux écrits controversés de ce dernier, c’est vouloir dresser des généralité sur un sujet très prisé par les utopistes. C’est vouloir faire le rejet de tous ces écrits, réalisés par les mouvements de résistances, qui pronait en l’unité de l’Europe le naturel moyen de restaurer la paix sur un vieux continent au bord de l’effondrement. Ce sont des hommes qui ont combattu contre le fascisme, et qui ont vu dans le rêve d’une fédération européenne – voir mondiale – un moyen de sauvegarder par la même occasion la démocratie et la paix. Pourquoi ne pas faire mention de Rosika Schwimmer et de Lola Maverick Lloyd, deux féministes qui ont plaidées pour la création d’un gouvernement mondial, et qui par la même occasion s’étaient portés défenseurs d’un fédéralisme européen? Pourquoi ne pas avoir parler de Stefan Zweig, intellecteur autrichien juif et profondément « européen », qui avait plusieurs fois révélé la noblesse des idées fédéralistes européennes ? Voici un extrait de « l’unification de l’Europe » :

    “The European idea is is not a primary emotion like patriotism or ethnicity;….it is not the product of spontaneous fervour, but the slow-ripened fruit of a more elevated way of thinking….the egoism of nationalism will always cut more keenly through to the average man than the altruism of the European ideal because it is always easier to be aware…..of one’s own kind than of one’s neighbour….If we cannot arouse enthusiasm for our idea (of European unity) in the heart and blood of our peoples, our effort will be in vain, for never in the history of change has the intellectual sphere and that of patient reflection ever triumphed.”

    Source

    Tu t’es bien gardé de parler de Spinelli. Pourtant, les paroles de ce résistant italien sont très intéressantes. Libre à toi de les considérer utopiques, ce dernier reste néanmoins un fervent démocrate et libéral, bien loin des idées eugénistes que tu sembles vouloir affilier aux penseurs d’une unité européenne démocratique et égalitaire.

    Extrait du célèbre Manifeste de Ventotene :

    The equal right shared by all nations to be organized into independent states has been recognized. All peoples, defined by ethnic, geographic, linguistic and historical characteristics, were to find, within the state organization created according to its own particular concept of political life, that instrument best suited for satisfying its own needs independent of any outside intervention. The ideology of national independence was a powerful stimulus for progress. It helped overcome narrow-minded parochialism with a sense of the vaster solidarity against foreign oppression. It eliminated many of the obstacles that hindered the circulation of people and merchandise. It extended within the territory of each new state the institutions and systems of more advanced societies to those populations which had remained undeveloped. It also brought with it, however, the seeds of capitalist imperialism which our own generation has seen expand to the point of forming totalitarian states and to the unleashing of world wars.

    All religious faiths are to be equally respected, and the state must no longer strike the balance of religions.

    The fall of the totalitarian regimes will have the sentimental meaning for entire populations as the coming of “liberty”; all restrictions will disappear and, automatically, complete freedom of speech and of assembly will reign supreme. It will be the triumph of democratic tendencies. These tendencies have countless shades and nuances, stretching from very conservative liberalism to socialism and anarchy. They believe in the “spontaneous generation” of events and institutions, in the absolute goodness of impulses from the lower classes. They do not want to force the hand of “history”, or “the people”, or “the proletariat”, or whatever other name they give their God. They hope for the end of dictatorships, imagining this as the restitution to the people of their inalienable rights to self-determination.

    La liste peut encore être longue. Les résistants qui ont suivis Spinelli dans son combat ont toujours combattu le fascisme, le totalitarisme, et conçoivent uniquement l’unité européenne parce qu’ils sont persuadés que la persistance d’un modèle westphalien/wilsonien d’états-nations souverains signifiera la persistance des conflits interétatiques et des divisions entre européens.

    Ce que je trouve finalement inquiétant dans ton argumentaire, c’est l’on y retrouve tous les points d’un conspirationnisme anti-américain primaire qui fait douloureusement penser à ceux de l’extrème droite. Par rapport à ton article du Telegraph, je connaissais ce newspaper comme étant profondément eurosceptique, mais je ne m’attendais pas à avoir affaire à un conspirationniste derrière la rédaction de l’article en question. Si on fait des recherches sur ce Evans-Pritchard, on découvre que ce dernier a publié un pamphlet controversé très proches du milieu du conspirationnisme.

    Avec « la vie secrète de Bill Clinton », ce dernier a accusé l’ancien président américain d’avoir eu des liens avec la Dixie mafia, une organisation criminelle apparement au service de la maison Blanche pour exécuter certaines taches « souterraines ». Il note que les crimes de Clinton sont légions et que si découverts, ces derniers saliraient à jamais la pérennité de la république américaine. Qu’ils le soient ou non, ce n’est pas le problème. Je rejette ce qui vient de Evans-Pritchard à cause de son manque de crédibilité académique.

    Toutes ces théories dérivent d’allégations outrageuses – et bien souvent manquant de fondements – sur la politique américaine, et entièrement rejetées par le monde académique. Quelle est la méthode de travail de Evans-Pritchard ? Interviewer des individus, apparemment affectés par les dérives de l’administration Clinton, et en dresser des conclusions hâtives, pour ne pas dire grotesques, en dressant des analogies entre la violence de l’administration El-salvadorienne et américaine.

    En bref, il fait état d’une police politique aux Etats-Unis. Pour appuyer ses dires, il se fonde sur le cas de certains individus, tels que Gary Parks, le fils d’un détective privé américain qui a perdu toutes traces de son père suite à ce qui semble être une « exécution politique ». Le problème, c’est que si on se renseigne plus profondément sur le cas auquel il fait référence, on se rend compte que ce dernier n’a très vraisemblablement pas existé. Ce que le fils a traduit comme un assassinat politique, la police et la justice locale ont tous les deux tranchés pour un règlement de compte de business. Ce qui est aussi intéressant, c’est que la veuve de ce détective privé, qui a servi en 1997 comme référence dans le bouquin d’Evans-Pritchard, n’avait fait état d’aucun constat d’un éventuel lien entre la mort de son mari et la Maison Blanche lorsqu’elle était passée au commissariat de police juste après de la mort de ce dernier. Cinq ans plus tard, comme par hasard, après s’être remariée avec un homme qui ne cachait plus ses positions anti-Clintonienne, elle délivrait « des faits » à Evans-Pritchards. (Source)

    Avec ce type d’histoire tiré par les cheveux, il n’est guère étonnant qu’Evans-Pritchard soit si peu pris au sérieux par les académiciens.. Il ne se repose quasiment jamais sur des textes académiques primaires, et conçoit comme sources des observations personnelles sur le sujet, en prenant le cas de certaines affaires qu’il ne gêne plus de déformer pour sied au fil continuateur de son pamphlet. Ainsi, le politologue américain Michael Isikoff – qui a également écrit sur Clinton (Uncovering Clinton: A Reporter’s Story) refusait de prendre le livre au sérieux, expliquant que les arguments d’Evans-Pritchard n’étaient pas plus que de “wild flights of conspiratorial fancy coupled with outrageous and wholly uncorroborated allegations” (Source).

    C’est de manière générale le gros problème de ces « œuvres » conspirationnistes, avancer des arguments et aligner certaines conclusions sans se fonder sur des « faits » reconnus, sous prétexte de combattre « l’establishment ». Traduit le comme tu le veux, moi j’appelle ça de la malhonnêteté intellectuelle.

    Pour ce qui est de son article sur le projet européen, celui-ci est ridicule. Les attaques de Evans-Pritchard se content d’esquisser un trait grossier entre Schuman, Spaak et le financement américain dans le contexte du plan Marshall. J’ai tenté pendant plusieurs heures de chercher une source fiable faisant état d’un financement des deux intéressés par des espions américains, mais je n’ai rien trouvé de convaincant. Beaucoup de wordpress, de blogs d’activistes anti-américains, et de site de partis politiques d’extrème droite. Je te demanderais non seulement de me sortir des références dignes de ce nom, mais en plus que ces dernières soient académiquement reconnues.

    Tu as un point lorsque tu abordes cette vision géostratégique américaine, mais que veux-tu en faire ? Les Etats-Unis avaient des bonnes raisons de défendre l’unité de l’Europe occidentale, il est en effet bien préférable de lancer des négociations avec un centre supranational que d’ouvrir une multitude d’ambassades à droite à gauche avec tous ces états-nations. La construction d’un bloc politique fort en Europe Occidentale permettait aux Américains d’assurer la stabilisation des frontières en Europe centrale face au bloc Est. Personne ne va te nier que les Américains avaient des intérêts à encourager, et à même participer au financement de la construction de ce bloc – on peut le lire dans tous les reports officiels états-uniens de l’époque (Scott, Webb, 1949), néanmoins, penser que Spaak et Schuman étaient financés par des espions américains sous les ordres de la CIA, c’est complètement déformer la réalité de l’époque. Par exemple, Schuman et son successeur René Pleven s’étaient fait les avocats de la création d’une armée européenne qui entrerait en concurrence directe avec l’OTAN. Pas étonnant que les officiels américains, affolés par la nouvelle, aient précipité l’Allemagne de l’Ouest de ratifier son adhésion à l’alliance nord atlantique, afin d’empêcher une émergence séparée d’une Europe de la défense qui mettrait possiblement à mal l’hégémonie américaine sur l’Europe de l’Ouest.

    Pour finir, je tenais à souligner que je n’aimais pas cette appellation de « pères fondateurs » qui semble prisée même chez les conspirationnistes (ici par exemple). Je l’ai toujours mis entre guillemets dans mon dossier, mais je me serais bien garder de l’utiliser si je ne cherchais pas à simplifier la lecture de ce dernier. Il y a une raison simple, Monnet et Schuman se gardent peut-être bien de le dire, mais leur appel à une unité européenne fait écho à des intérêts purement français : contenir la résurgence économique de l’Allemagne par la création d’une entité supranationale, qui était sur le point de rattraper la France en 1950. De plus, une telle appellation reviendrait à suivre lettre par lettre cette « histoire européenne » que les institutions européennes tendent à se forger pour renforcer leur légitimité. Il n’y a pas 5 ou 6 pères fondateurs, mais un nombre indéfinissable d’hommes et de femmes qui ont ensemble crus en une Europe unifiée pour mettre fin à la guerre.

  • Participant
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    Member since: 12 avril 2012

    Merci @florian pour ce beau dossier, toujours aussi précis et complet ! Je suis heureux que tu aies rappellé que “l’idéal européen” est un projet repris tant par les démocraties que par des régimes dictatoriaux. Je vous invite à regarder les fiches de propagande nazies et vychistes (notamment sur la LVF) à ce sujet

    http://novorossia.today/wp-content/uploads/2016/05/af3.png

    Si je connaissais les convictions de Victor Hugo (“Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie (…) vous fondrez dans la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne”etc.), j’ignorais totalement celles de Manzini, des autres et de Sully ! Grande découverte, même si à mon sens il est difficile, voire impossible en Europe de faire des États de taille égale, même à cette époque. Les régions parlant allemand, français, espagnol etc. seraient sans cesse revendiquées, ces revendications risquant de se confronter aux idées de frontières naturelles. Essayez impliquer la carte de l’Allemagne sous Henri IV sans vous mettre à dos les Habsbourg…
    Enfin, je ne suis pas un spécialiste et je m’arrête là.

    A mon sens, tu aurais dû être plus précis sur ce Kalergi, je n’ai pas bien saisi qui il était : un nazi, ou une de leurs sources d’inspiration ?
    Peut-être aussi aurais-tu pu parler un peu plus du projet “européen” de Napoléon, cela aurait été intéressant, notamment pour nous faire réfléchir sur l’importance qu’ont (ou que devraient avoir-ou pas) les Nations dans l’Europe.
    Par ailleurs, tu as COMPLÈTEMENT oublié de Gaulle !!! Totalement zappé ! Pourtant, il a eu un rôle décisif dans la construction du couple franco-allemand, et sur la non-intégration du Royaume-Uni dans l’UE jusqu’au Pompidou…

    Je me demande si ce sujet est le bon pour ouvrir un débat sur l’Europe, en analysant le projet de Churchill (était-il vraiment européen ou souhait-t-il construire une Europe libérale, zone d’échanges économique aussi étendue que possible pour permettre au Royaume-Uni de poursuivre son influence sur le continent. Et cette idée n’est-elle pas assez proche de l’Europe qui a existé jusqu’au 23 juin dernier ?)
    Nous pourrions aussi réfléchir sur la pertinence d’une armée européenne, et comment celle-ci serait-elle organisée. En une coalition renforcée des armées nationales ou en une armée fédérale au-dessus des armées nationales ?

    Enfin, il me semble que l’Europe supranationale telle qu’elle a été conçue, si elle a permis de préserver la paix dans le continent après la deuxième guerre mondiale et grandement favorisé le développement économique des pays membres, a été avant tout un avant-poste américain, une sorte de grand-duché de Varsovie avec l’OTAN devant l’URSS puis la Russie. Cela semble encore être le cas aujourd’hui…

    Peut-on ouvrir le débat directement ici ou faut-il ouvrir un 2e sujet, car plus je réfléchis, plus de sujets de discussion arrivent…

  • Participant
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    Member since: 12 avril 2012

    A mon sens, tu aurais dû être plus précis sur ce Kalergi, je n’ai pas bien saisi qui il était : un nazi, ou une de leurs sources d’inspiration ?
    Peut-être aussi aurais-tu pu parler un peu plus du projet “européen” de Napoléon, cela aurait été intéressant, notamment pour nous faire réfléchir sur l’importance qu’ont (ou que devraient avoir-ou pas) les Nations dans l’Europe.

    J’aurais pu être plus précis sur bien des points, mais mon paper original sur lequel était basé ce dossier était limité à 2500 mots! De plus, lorsque j’ai traduit mon travail de l’anglais au français, j’ai cherché à rester concis et bref afin de ne pas perdre mes lecteurs.

    Par ailleurs, tu as COMPLÈTEMENT oublié de Gaulle !!! Totalement zappé ! Pourtant, il a eu un rôle décisif dans la construction du couple franco-allemand, et sur la non-intégration du Royaume-Uni dans l’UE jusqu’au Pompidou…

    Là dessus, je t’arrête tout de suite. Mon dossier traite uniquement des origines du projet européen, non de son déclenchement en terme d’intégration économique et politique. De Gaulle vient plus tard, il n’est pas au pouvoir avant 1958. Avec la création de la communauté de charbon et de l’acier, on commence déjà à parler à cette époque de “construction européenne”.

    Je me demande si ce sujet est le bon pour ouvrir un débat sur l’Europe, en analysant le projet de Churchill (était-il vraiment européen ou souhait-t-il construire une Europe libérale, zone d’échanges économique aussi étendue que possible pour permettre au Royaume-Uni de poursuivre son influence sur le continent. Et cette idée n’est-elle pas assez proche de l’Europe qui a existé jusqu’au 23 juin dernier ?)

    Libre à toi de créer un débat sur le sujet. Et non, malgré nos divergences politiques, le R-U conservera toujours des liens privilégiés avec Bruxelles. Le Brexit symbolise certes un divorce politique, mais cela ne veut pas dire que les ponts entre Londres et Bruxelles seront totalement brisés. De nombreux citoyens britanniques garderont leur citoyenneté européenne grâce à la flexibilité que le Parlement Européen se prépare à leur accorder. En effet, Strasbourg n’a nul intention de laisser les nombreux britanniques profondément européens perdre leur liberté de déplacement, de résidence, et de travail aux quatre coin de l’Union.

    Enfin, il me semble que l’Europe supranationale telle qu’elle a été conçue, si elle a permis de préserver la paix dans le continent après la deuxième guerre mondiale et grandement favorisé le développement économique des pays membres, a été avant tout un avant-poste américain, une sorte de grand-duché de Varsovie avec l’OTAN devant l’URSS puis la Russie. Cela semble encore être le cas aujourd’hui…

    C’est discutable. L’Union Européenne met en oeuvre une politique de voisinage (European Neighbourhood Policy) qui a déjà été marqué par des orientations politiques complètement divergentes de celles Américaines. C’est en particuliers le cas dans le contexte du conflit Israélo-Palestinien. Le Plan d’Action européen à l’encontre d’Israël est nettement plus dur envers Tel-Aviv, et permet à Bruxelles de se positionner comme une puissance un peu plus crédible pour la cause Palestinienne. Le problème en revanche, c’est que l’autorité déléguée à Bruxelles demeure très limitée, et sitôt que les institutions prennent des décisions contraires aux intérêts économiques des états-nations, l’Union avance en ordre dispersée et certains traînent volontairement le pied à l’arrière pour contraindre Bruxelles à revoir son programme d’action.

    Petit exemple intéressant qui met en évidence ces tensions dans le contexte du conflit Israélo-Palestinien: la France vend beaucoup plus de Peugeot aux Israéliens que la Belgique leur vend de chocolats. Devant les pertes de marchés auxquelles les industries françaises seraient confrontées en cas d’embargo contre Israël, la France adopte une position nettement plus conciliatrice à l’égards de Tel-Aviv, tandis que la Belgique – qui ne risque pas de sacrifier trop d’intérêts économiques – tend à tenir une ligne politique nettement plus dur. Si tu veux en savoir plus sur le sujet!

    Ces divergences politico-économiques entre états-membres contraignent Bruxelles à adopter de manière perpétuelle des positions faibles, et il n’est guère étonnant que l’UE soit aussi peu écoutée sur la scène internationale. L’Union des Européens est après-tout une union politique très fragile. Quand un pays tiers cherche à nouer des relations fortes avec l’Europe, il demeure bien préférable de s’adresser à un pays européen en particuliers que d’essayer de s’entendre avec les 27 pays de l’UE en même temps!

    @NapoléonIV : Je ne pense pas. Je ne me suis toujours pas décidé si j’allais continuer ce dossier en présentant l’histoire de l’intégration européenne. Comme je finirai par aborder des dimensions très politiques, je risquerai de perdre toute mon objectivité.

  • Participant
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    Member since: 12 avril 2012

    Je me pose une question, je vois que l’on fait référence dans l’introduction a des visions européistes très longtemps auparavant avec Sully qui souhaite un état européen contre les turc. Mais finalement ces volontés de Sully ou encore de Napoléon qui se je me rappel bien souhaitait lui aussi crée une entité politique européenne tiens-il vraiment plus du projet européen tel que l’on peut le concevoir que plutôt la volonté de constituer un empire romain 2.0 ? Je trouve ces références un peu trop ancienne par rapport au projets d’union européenne mais je peux me tromper :).
    Après tout l’empire romain reste le seul pays à ce jour à avoir unifié la méditerranée et on peut voir ceux la ou encore Charlemagne comme une vision primitif de l’Union européenne même si je suis pas vraiment d’accord la dessus.

  • Participant
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    Member since: 12 avril 2012

    @revenant :

    En réalité, notre UE actuelle n’est qu’une des facettes du projet européen, qui aurait pu prendre une toute autre forme.
    Ainsi, Sully envisage une alliance de protection de la chrétienté, tout comme le marché commun et ce qui en accoucha furent fondés devant la menace commmuniste.

    L’Allemagne nazie et ses satellites, mais aussi la France napoléonienne et ses États vassaux, l’Empire carolingien étaient aussi des projets europeens plus ou moins aboutis et/ou proches du notre.

    Toutefois, tu as raison, ces projets passes ont bien souvent une dimension “nationale” bien plus importante que celle de notre UE. Ainsi, lorsqu’Eugene de Beauharnais, vice-roi d’Italie demandait du blé à la France de Napoléon en période de famine, celui-ci lui a-t-il répondu négativement afin de sauvegarder les intérêts de la “Grande Nation” : “la France avant tout”. Il en va de même pour le IIIE Reich qui met en place avec Vichy le STO et la releve.
    Je ne souhaite absolument pas faire de comparaison hâtive et déplacée entre ces deux systèmes : je mets simplement en avant des similitudes dans la manière de faire passer avant tout des intérêts nationaux.

    @florian :

    Je n’avais pas saisi que ton dossier ne portait que sur les débuts de la construction, et comme @napoleon IV, je m attendais à une suite plus poussée dans le temps et donc “engagee”.

    Je vais vérifier s’il n’existe pas déjà un sujet de débat la-dessus, ce qui est fort possible, et reprendre (si vous m’y autorisez) ce qui a été développé ici.

    PS : je te remercie pour l’objectivite de ce dossier, sur laquelle tu n’as rien à craindre.

  • Modérateur
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    Member since: 12 avril 2012

    Bravo @Florian, un très bon dossier qui ne cherche pas à faire l’éloge de l’UE mais à comprendre les fondements du projet européen.

    Concernant l’idée d’Europe dans l’histoire, peut-on remonter plus loin qu’au XVIIe siècle, notamment chez certains penseurs du Moyen Age ou de l’antiquité ?

    Deuxième question : Est ce qu’on peut voir dans certains partisans d’un projet européen une volonté de définir l’Europe par une appartenance culturelle ?

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