Post has published by Solduros_390

Ce sujet a 24 réponses, 9 participants et a été mis à jour par  Solduros_390, il y a 4 ans et 7 mois.

25 sujets de 1 à 25 (sur un total de 25)
  • Participant
    Posts2179
    Member since: 16 avril 2012

    On les voit, dans le combat, tantôt lancer leurs chevaux sur l’ennemi, tantôt fuir à la hâte ; souvent même ils feignent de tourner le dos, pour que l’ennemi, dans sa poursuite, se méfie moins de leurs coups. […]Souvent, au plus chaud de la mêlée, ils se retirent, et reviennent bientôt de la fuite au combat ; et, à l’instant où on les croit vaincus, il faut recommencer la lutte. Justin 41, 2.

    Introduction

    L’or des Scythes. La flèche du Parthe. Le mazdéisme. Autant de termes qui nous renvoient à des peuples que l’on a du mal à cerner. Des hordes de cavaliers tirant des nuées de flèches. Des pillards sauvages qui ravagent le monde civilisé pour les Scythes. Des semi-nomades qui n’osent pas se battre en hommes pour les Parthes. Des êtres efféminés qui se prélassent dans leurs palais décadents pour les Sassanides.

    http://mycuriosi.com/images%20web/000efd7a.jpg
    Emblème de bouclier en forme de panthère, civilisation scythe, 7ème siècle av. J.-C.

    Ces images d’Epinal nous ont été léguées par les auteurs sédentaires qui voyaient dans ces peuples les ennemis de leur empire. La Chine, l’Inde et Rome considéraient ces hommes comme des brutes qui ne connaissaient rien de la vie civilisée. Pourtant, les traces que ces civilisations nous ont laissées nous font découvrir un raffinement que les sources écrites ne nous laisseraient pas envisager.

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/8c/National_Meusem_Darafsh_6_%2860%29.JPG/640px-National_Meusem_Darafsh_6_%2860%29.JPG
    Statue d’un prince parthe. La coiffure et les vêtements les faisaient paraître efféminés aux yeux des Grecs et des Romains. Art parthe, entre les 2ème siècles avant et après J.-C.

    Le monde iranien a donné naissance à plusieurs grandes civilisations de l’Antiquité et à des empires dont l’influence dépassa largement leur cadre chronologique et géographique. A son apogée, il couvrait une immense superficie, des plaines hongroises à l’ouest chinois. Certains groupes atteignirent même la Bretagne et l’Afrique du nord. Dans cet ensemble si vaste, on ne s’étonne pas de voir des différences entre peuples nomades des steppes et sédentaires de plateaux arides. Néanmoins, leur ascendance commune et les régions dans lesquelles ils vivaient faisaient que leurs armées étaient très proches l’une de l’autre.

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/ad/Scythia-Parthia_100_BC.png
    Le monde iranien à son apogée. Seules la Mésopotamie et la façade maritime de la péninsule arabique ne sont pas iraniennes.

    A travers trois exemples, les scythes occidentaux, les Parthes et leurs successeurs sassanides, je vais présenter un type d’armée aux antipodes du modèle européen, parfois méprisé souvent craint, mais qui dans tous les cas donna du fil à retordre aux soldats du vieux continent.
    Les Macédoniens vainquirent les Achéménides, mais il fallut le génie d’Alexandre le grand pour défaire les tribus scythes du Khwarezm. Les Parthes furent une des causes principales de la chute des Séleucides et ils tinrent en échec les légions que Rome leur envoyait. Les Sassanides se montrèrent encore plus menaçants et n’hésitèrent pas à attaquer les Romains/Byzantins sur leur territoire. Enfin, comment ne pas mentionner les raids terribles que les diverses tribus scythiques lançaient en direction de l’Europe occidentale ?

    Pour ce dossier, je vais utiliser les textes antiques et si possibles médiévaux qui nous parlent de ces peuples. J’emploierai aussi ce que l’archéologie nous a laissé pour dresser le portrait de ces hommes à propos desquels les textes classiques n’ont pas menti sur deux points : leur amour des chevaux et les flèches qu’ils décochaient depuis leur selle.

  • Participant
    Posts102
    Member since: 15 août 2013

    La suite la suite la suite la suite la suite !!!!!!! :woohoo:

    L’éternel face à face entre sédentaires et nomades ! (quoique quasi révolu de nos jours…). Je pense que tu connais Gérard Chaliand, les Nomades, c’est sa grande spécialité !

    Edit : ne parle t-on pas de Zoroastrisme pour les Sassanides ? Car il me semble, bien que ce soit un “dérivé” du Mazdéisme, qu’ils en firent leur religion d’État.

  • Modérateur
    Posts1264
    Member since: 26 avril 2013

    Et moi qui pensais qu’un jour peut-être je ferais un dossier sur les armées sassanides, mon projet tombe à l’eau 😆 mais c’est pas grave.

    @Solduros: J’ai un bouquin sur la campagne de Julien en Perse dans lequel l’auteur nous décrit l’armée sassanide, donc si tu est intéressé dis le moi ;). (Après tu as peut-être déjà le livre en question)

  • Participant
    Posts568
    Member since: 20 octobre 2012

    C’est une excellente idée de dossier Solduros qui va permettre de clarifier de nombreuses notions très désordonnées dans ma tête. J’attend la suite avec impatience !

  • Participant
    Posts2179
    Member since: 16 avril 2012

    Les Scythes

    Le terme scythe désigne un ensemble de populations iranophones nomades vivant dans les steppes d‘Europe orientales et d’Asie centrale. Il nous vient d’Hérodote qui précise que ces peuples s’appelaient eux-mêmes Scolotes mais que les Hellènes les nommaient Σκύθοι/Skuthoi, Scythes (Hérodote 4, 6). Plus loin, il nous apprend que les Perses (les Achéménides) utilisaient le mot Saces pour faire référence à tous les Scythes (Hérodote 7,64). Scythes et Saces désignent donc le même ensemble de tribus qui nomadisaient de la Hongrie à la Chine. Par commodité, on appelle aujourd’hui Scythes les Iraniens d’Europe tandis que les Saces ne seraient “que” les Scythes d’Asie.

    D’une certaine manière, on pourrait faire un parallèle entre cette terminologie et celle des Celtes. Ces derniers seraient l’équivalent des Iraniens. A partir de cette racine, plusieurs branches pousseraient. Chez les Celtes, les Belges ou les Gaulois seraient l’étage inférieur comme les Scythes le sont pour les Iraniens. Si on descend encore plus, on trouvera des Rèmes ou des Bellovaques chez les Belges. Concernant les Scythes c’est pareil; une multitude de tribus formaient cet ensemble. Grâce à Strabon, nous connaissons le nom de plusieurs d’entre elles. Les Iazyges qui vivaient entre le Danube et le Don (Strabon 7, 3, 17). Les Roxolans (Alains brillants) qui habitaient le centre de l’Ukraine (Strabon 2; 5; 7) ou encore les Siraques qui nomadisaient au pied du Caucase (Strabon 11; 1; 6).

    Les Scythes sont nomades et cela implique quelques changements par rapport aux cultures sédentaires. Leurs richesses ne résidaient pas dans les constructions pharaoniques, ni dans un commerce de grande envergure. Les esclaves ne représentaient d’ailleurs pas une cible très prisée des raids; la gloire et l’or ou l’argent valaient plus à leurs yeux (Ammien Marcelin 31; 2; 22). Ils attachaient plus d’importance à leurs chevaux, à leur bétail et à leurs vêtements. On ne s’étonne pas alors du raffinement qu’ils mettaient à construire des bijoux et des parures civiles ou militaires en or. Leurs costumes se composaient de bottes de cuir dans lesquelles ils calaient leurs pantalons ainsi que des chemises plus ou moins amples. Bien que les couleurs ne soient conservées sur les monuments ou sur la céramique, on sait grâce aux tombes que ces vêtements arboraient des teintes très vives.

    http://www.histoiredelantiquite.net/wp-content/uploads/2012/07/Médaillon-de-ceinture-Tillia-tepe.jpg
    Boucle de ceinture
    http://www.peuplescavaliers.be/peuplescavaliers/photos/epeescythe3.jpg
    Délégation scythe en habits traditionnels à Persépolis

    D’autre part, dans ces sociétés nomades les femmes jouaient un rôle important. Si le mythe des Amazones se situe dans les régions habitées par les Scythes, il y a bien une raison. Elles montaient à cheval et savaient combattre, ce qui a choqué les Grecs et qui en ont fait des tueuses d’hommes. Cela s’explique par leur mode de vie. Les tribus ne rassemblaient pas forcément une population très nombreuse. Lorsqu’un ennemi attaquait il fallait se défendre. Si les hommes étaient partis, ou même s’ils étaient présents, des bras supplémentaires n’étaient sûrement pas de trop pour contrer les raids adverses. De plus, cela faisait des femmes des «proies» plus difficiles à maîtriser. Si ce phénomène est bien attesté jusqu’au 1er siècle après J.-C., il semble disparaître dans les siècles suivants sans qu’on sache exactement pourquoi.

    Leurs armées

    Les Scythes privilégiaient la cavalerie, comme tous les peuples nomades. La géographie et le mode de vie ne permettaient pas en effet aux fantassins de rivaliser avec des cavaliers. Ammien Marcelin nous décrit d’ailleurs la société scythe qui trouve déshonorant de combattre à pied (Ammien Marcelin 31; 2; 20). Tacite en rajoute une couche en affirmant que rien n’est plus lâche qu’un fantassin scythe (Tacite, Histoire, 1; 79). Néanmoins, cette affirmation prend place dans un contexte de raid où chaque Sarmate tente de sauver sa vie lorsque l’armée se fait surprendre par les Romains. Dans un autre passage d’Ammien Marcelin (Ammien Marcelin 17; 13; 9) on voit les légionnaires massacrer les fantassins ennemis sans problème. Mais cela n’empêcha pas les Scythes de combattre et de mourir bravement, plus indignés par le succès romain que par leur propre mort; ce qui infirmerait la déclaration de Tacite.
    Il ressort de tout ça que l’infanterie des steppes ne valait clairement pas celle de l’empire romain et que ses effectifs ne devaient pas être élevés. Néanmoins comme chaque Sarmate, les hommes qui la composaient se faisaient un devoir de montrer leur courage et si possible de mourir au combat, seule fin digne d’un guerrier.

    http://www.cliolamuse.com/IMG/jpg/scy_vase2.jpg

    Ce rhyton nous montre une paire de fantassins scythes habillés à la manière des 6ème et 5ème siècles. On note l’absence d’armures et de la moindre protection. Pour tout casque ils ne portent qu’un bonnet phrygien et leur bouclier rectangulaire fait office de seule défense. On reconnait ce type de lances d’une longueur d’environ deux mètres, avec la particularité de ne pas avoir de talon de bronze comme chez les Grecs que les Scythes côtoyaient pourtant. Dans les siècles suivants, il semble qu’ils aient adopté un bouclier de type thuréos aux contacts de mercenaires celtes travaillant dans la région ou par le biais des comptoirs grecques de la mer Noire aux alentours du 3ème siècle avant J.-C. Même à cette période, il n’y a toujours pas de trace d’une quelconque armure pour ces fantassins. Certaines tombes assez riches n’ont fourni aucun reste d’une telle protection pour des hommes relativement aisés; on imagine donc mal des piétons encore plus pauvres pouvoir s’offrir une armure.

    Ce manque de protection se retrouve chez les archers à pied. Vêtus uniquement de leur costume “national”, ils n’arborent pour toute arme qu’un arc : le fameux arc composite asiatique. Toutefois, on trouve parfois des représentations de ces mêmes archers munis d’une sorte de hache ou du sabre iranien appelé akinakès. Comme cette arme courbe servait pour le combat à pied, certains en ont déduit que les fantassins l’utilisaient.
    Ce type de troupes est plutôt ancien. On les retrouve dans l’Athènes classique où ils servent de police (Andocide, Sur la paix avec les Lacédémoniens). Par la suite, on perd leur trace et il n’est jamais fait mention d’archers à pied face aux Parthes, Romains ou autres Arméniens dans les premiers temps de notre ère. La nature même de la guerre pratiquée par les Scythes ne les prédisposait pas à aligner de gros contingents de tireurs à pied lors de leurs attaques, quand bien même l’arc était valorisé dans leur culture.

    http://miltiade.pagesperso-orange.fr/archer_scythe.jpg
    Représentation d’un archer scythe au 5ème siècle avant J.-C. Céramique attique à figures rouges
    http://archersmorsang.free.fr/tradition/tradition_galerie/archer_scythe.jpg
    Représentation moderne d’un archer scythe

    Vous l’aurez compris, les troupes à pied n’étaient pas le fort des tribus scytho-sarmates. Ils se reposaient beaucoup plus sur leurs cavaliers émérites qui apprenaient l’art de l’équitation dès leur plus jeune âge (Ammien Marcelin 31; 2; 20). Ils montaient des chevaux d’assez petite taille, vifs et robustes qu’ils castraient pour éviter qu’ils ne soient attirés par les juments (Strabon 7; 4; 8 ).

    Les sources antiques nous parlent d’une cavalerie lourdement armée, appelée cataphracte. Tacite (Tacite, Histoire, 1; 79) décrit leur armement “à cause des faux pas de leurs chevaux et du poids de leurs cataphractes. C’est une armure que portent les chefs et la noblesse : des lames de fer ou des bandes du cuir le plus dur en forment le tissu ; mais, impénétrable aux coups, elle ôte au guerrier abattu par le choc des ennemis la facilité de se relever“, que complète Strabon (Strabon 7; 3; 17) “Ils [les Roxolans] se servent de casques et de cuirasses en cuir; ils portent des boucliers d’osier et ont pour armes offensives la lance, l’arc et l’épée.” Pausanias nous apporte une autre information en précisant que leur armure pouvait être fabriquée en corne qu’ils assemblaient pour en faire des écailles (Pausanias 21; 6). L’archéologie confirme ces écrits avec différentes représentations de ces cataphractes.

    http://schnucks0.free.fr/Cataphractaire/sarm1.jpg
    Stèle du Bosphore cimmérien, 2ème siècle après J.-C.

    Cette stèle de la région du Pont-Euxin date du 2ème siècle après J.-C. Elle nous montre un cavalier lourdement armé vêtu d’une armure à écaille, d’un casque conique ainsi que de la longue lance de cavalerie appelée contos. Notons aussi la présence d’une cape et surtout l’absence d’une armure pour le cheval ou d’une autre arme pour le cavalier.

    http://schnucks0.free.fr/Cataphractaire/avanti6to.jpg
    Reconstitution moderne d’un cataphracte, basé sur la stèle de Tryphon.

    Néanmoins, il convient de relativiser le fait que les chevaux des lanciers lourds ne portaient pas de cuirasses et que l’homme n’utilisait que le contos. Un passage d’un texte de Valerius Flaccus nous laisse penser que la monture portait également une protection ”arrive un escadron de Sarmates. Couverts, ainsi que leurs chevaux, d’une cotte de mailles, ils tiennent collée à l’épaule du cheval, et appuyée contre leur cuisse, une pique immense, dont l’ombre se projette au-dessus des rangs ennemis.”

    http://schnucks0.free.fr/Cataphractaire/orlat.jpg
    Plaque d’Orlat en os du I-III siècles, provenant de la nécropole d’Orlat près de Samarcande en Ouzbékistan

    De plus, cette représentation de guerriers nomades illustre bien l’équipement utilisé par ces peuples. Certes il s’agit de Saces et non pas de Scythes, mais leurs traditions militaires sont les mêmes et les textes ainsi que l’archéologie (stèle bosporane) recoupent les informations. Sur cette plaque ne figurent que des guerriers à cheval, probablement nobles au vue de leur armement. On retrouve les armures à écailles typique de l’art scythe, ainsi que la longue lance en premier plan. Et fait intéressant, le cheval de droite au 2ème plan semble porter une protection, de même que celui de droite au premier plan.

    http://i.imgur.com/m9eYPUj.jpg
    Reconstitution moderne de cataphractes saces basée sur les découvertes archéologiques.

    Autre élément à retenir, le reste de l’équipement offensif. On s’aperçoit que sur cette image, tous les cavaliers sauf celui à terre à droite porte un arc, symbole du nomade. On voit également que chacun porte une épée longue sur le côté gauche, sauf un homme qui attaque son adversaire avec une arme peu banale en haut à droite. Les historiens y voient ce qu’Hérodote appelle la sagaris qu’il attribue aux Saces (Hérodote 7; 64). Il s’agit en fait d’une sorte de marteau de guerre, ce qui confirmerait la résistance et la présence des armures scythes chez une partie non négligeable des cavaliers.

    http://www.peuplescavaliers.be/peuplescavaliers/photos/thunzikepee2.jpg
    Reconstitution d’une épée longue sarmate tardive
    http://www.asiecentrale.net/dunhuang/icono/Chuvin/ch99f60.jpg
    Tête de la sagaris qui s’apparente au marteau de guerre médiéval européen. Elle est présente uniquement chez les Scythes d’Asie, les Saces.

    De ce qui ressort de tout ça, on peut imaginer que la cavalerie lourde formait l’élite de l’armée scythe. Néanmoins, si chacun portait le contos, l’arc et une arme de poing, tous les chevaux n’étaient pas protégés de la même manière. Il semblerait qu’une petite partie seulement avait les moyens de s’acheter une armure pour leur monture; si on accepte cette hypothèse, il ne fait pas de doute que ces guerriers formaient l’élite suprême de leur tribu.

    Les Scythes utilisaient-ils le bouclier ? C’est une question que l’on peut légitimement se poser car si tous les peuples utilisaient bien une protection, c’était celle-ci. On a déjà vu que Strabon mentionne des boucliers d’osier, comme ceux utilisés chez leurs cousins Perses (Strabon 7; 3; 17). Lors d’un affrontement face aux Romains, on nous dit que ces derniers s’agrippaient aux boucliers ennemis pour les faire tomber (Dion Cassius 71; 7).
    Que valent ces informations au regard de l’archéologie et du bon sens ? Il est quasiment certain que les lanciers lourds ne se servaient pas de bouclier; le contos nécessitait les deux mains, même si Valerius Flaccus nous précise que les Sarmates pouvaient aussi avoir recours à une lanière pour guider cette lance (Valerius Flaccus 6; 162). A part cette mention (qui ne prouve d’ailleurs pas que les cavaliers employaient alors un bouclier), l’iconographie relative aux cataphractes ne montre jamais ces derniers armés de boucliers. Tacite (Histoire 1; 79) dit même que les Sarmates ne connaissent pas l’usage du bouclier. Bien que cette affirmation me paraisse excessive, il est clair que la majorité des cavaliers n’en avaient pas et que seuls quelques individus en possédaient.

    Nous avons vu que les cataphractes avaient recours à une combinaison triple d’armes: le contos, l’arc et une arme de poing. Mais qu’en était-il des autres cavaliers ? Il s’avère que l’arc demeurait incontournable pour tous les combattants à cheval. Comme la lance au Moyen-âge qui servait à équiper les milices les plus pauvres, l’arc faisait office d’arme de base pour toute la population.

    http://www.peuplescavaliers.be/peuplescavaliers/photos/dessinarcparthe.png
    L’arc composite scythe

    Ce type de soldats formait le gros des troupes scythiques. Equipés uniquement de leur arc, sans protection, ils avaient pour eux l’immensité de la steppe, la vitesse et l’endurance de leur cheval. Mais attention de ne pas se retrouver au corps-à-corps.

    http://www.asiecentrale.net/dunhuang/icono/Chuvin/ch99f25.jpg
    Un archer à cheval scythe renversé par une lance. Notez les vêtements traditionnels et le manque de protection et d’armes autres que l’arc de l’homme !

    Il me reste encore à parler d’une arme peu conventionnelle mais qui fut pourtant bel et bien utilisée par les divers peuples scythes : le lasso. Flavius Josèphe (Guerres juives 7; 7; 4) et Pausanias (21; 5) nous en parlent comme d’un outil pour faire des prisonniers et les ramener avec eux. Cet outil qu’on ne qualifierait même pas d’arme chez nous faillit pourtant coûter la captivité au roi d’Arménie.

    Les Sarmates sont également connus pour leur emblème particulier, le dragon. Il s’agissait d’un manche à air en tissu monté sur une hampe et représentant un dragon ou un autre animal fantastique. Le bruit strident lors des charges, sa hauteur et son caractère terrifiant devaient faire forte impression sur leurs ennemis. On sait que type d’étendard provient d’Asie centrale même si on ne connait pas l’endroit exact. Par la suite, d’autres cultures vont s’approprier cet emblème pour leur propre armée.
    On peut voir une image de dragon sur la plaque d’Orlat; cependant aucun animal fantastique n’y figure.

    http://www.fectio.org.uk/articles/draco9.jpg
    Un dragon sur la colonne Trajane. Certains y voient une récupération de l’emblème scythe par les Gètes, d’autres pensent simplement qu’il faut relier l’étendard aux cavaliers roxolans que l’on observe plus loin sur la colonne.

    Tactiques

    Les Scythes sont adeptes du pillage et des raids éclaires. On leur prête la dévastation de l’Assyrie au 7ème siècle avant notre ère, de l’Arménie et de l’empire parthe au début de premier millénaire après J.-C. ainsi que des terres thraces puis romaines au sud du Danube à l’époque de l’empire romain. Pour ce faire, leur cavalerie experte leur offrait un atout indéniable qui terrorisait leurs adversaires. Frapper vite et fort puis se replier, voilà leur doctrine. Ils purent de cette manière détruire deux légions entières qui ne s’attendaient à une attaque si soudaine (Ammien Marcelin 29; 6; 13). Leur infériorité démographique, propre aux peuples nomades les poussait également à préserver leurs hommes. L’arc relevait alors toute son importance comme on le comprend en lisant saint Ambroise (De la destruction de la ville de Jérusalem 5; 50). ”En même temps leur habitude est de combattre à distance.” ou l’empereur Maurice, auteur du Strategikon qui parle d’un exercice alain qui consistait à feindre la fuite et à tirer sur les poursuivants depuis la selle. Aujourd’hui, cette technique est connue sous le nom de flèche du parthe, mais ce peuple n’était clairement pas le seul à employer cette méthode de combat.

    Lorsqu’il s’agissait de livrer une bataille rangée, la tactique changeait radicalement. L’infanterie scythe si peu considérée laissait place à un respect empreint de peur pour la cavalerie ”Rien de si lâche pour combattre à pied ; quand leurs bandes arrivent à cheval, il est peu de troupes en bataille capables de résister.” (Tacite, Histoire, 1; 79). En effet avec une cavalerie lourde de cette qualité, il aurait stupide de ne pas en profiter. Les charges qu’ils lançaient avaient tout simplement un effet dévastateur et les Sarmates le savaient. C’est pourquoi ils n’hésitèrent pas à se ruer à l’attaque de légions romaines en plein hiver sur un marais gelé (Dion Cassius 71; 7) ou contre une armée parthe (Tacite, Annales 6; 35). La description de cette bataille se révèle intéressante. Les Parthes désirent débuter le combat par un duel d’archers montés. Les Sarmates ripostent mais ils s’aperçoivent qu’ils n’auront pas le dessus. Ils décident alors de charger, ce qui contraint leurs adversaires à un combat au corps-à-corps. Après plusieurs heures de bataille, de replis et de charges successives, les Sarmates sortent finalement vainqueurs de l’affrontement.
    Cette réputation de terribles cavaliers fit que leurs ennemis durent apprendre à les combattre. Maurice est un exemple, bien que tardif. Mais le principal auteur qui écrivit sur la manière de vaincre une telle armée d’archers montés et de cataphractes est Arrien qui vécut plusieurs de leurs raids et qui avait en charge une province romaine.
    Finalement, comme tous les peuples nomades, les Scythes ne savaient pas mener de guerres de siège. Zosime nous décrit une tentative d’attaque contre la ville de Campona qui s’achève par un échec pour les Sarmates. Malgré les grêles de flèches dont ils arrosent les défenseurs, ils ne peuvent s’emparer de la ville par manque de matériel poliorcétique.

    Erard, le zoroastrisme est né au 7ème siècle en Bactriane. Il devint la religion officielle des Achéménides, puis des Parthes et des Sassanides. Mais le mazdéisme est une réforme du zoroastrisme apparue à l’époque sassanide. Il est vrai que j’aurais pu dire manichéisme pour être plus explicite.

    Xénophon, j’ai des livres sur les Sassanides mais dis-moi le nom de celui que tu as acheté, ça m’intéresse.

  • Modérateur
    Posts1264
    Member since: 26 avril 2013

    @Solduros Il s’agit de “la campagne de Julien en Perse, 363 ap. J-C” de Catherine Wolf aux éditions illustoria.

  • Participant
    Posts102
    Member since: 15 août 2013

    Excellent Solduros ! J’avoue que ces peuples-tribus-clans sont un imbroglio total : par leur répartition géographique mais aussi chronologique ! A cela s’ajoutent les difficultés par rapport aux terminologies pour complexifier le tout.

    Pour les cavaliers lourds scythes : sait-on si ils bénéficiaient déjà de l’étrier ? On sait qu’il est connu très précocement en Chine mais qu’en est-il en Asie Centrale ? Car cela pourrait avoir de grandes influences sur les qualités intrinsèques d’un cavalier : meilleures assiette, capacité augmentée de résistance au choc de la charge…

  • Participant
    Posts363
    Member since: 17 juillet 2012

    Ravis de voir que le forum n’est pas mort déjà ^^! Excellent poste comme d’hab Solduros, je me permet de te demander de décrire quelque bataille incluant des Scythes sa m’interresserait franchement les donné que je trouve son que très peu détailler.
    Te connaissant, merci d’avance =)

  • Participant
    Posts2179
    Member since: 16 avril 2012

    Leonidas, plutôt que de te décrire une bataille, je poste un passage de Dion Cassius qui décrit une rencontre entre les Iazyges et les Romains qui eut lieu en hiver 69 en Mésie, soit juste au nord de la Macédoine.

    [71,7] ”Les Romains vainquirent alors les Iazyges sur terre, et ensuite sur le fleuve. Je ne prétends pas dire qu’il y ait eu combat naval, mais seulement que les Romains, ayant suivi leurs ennemis qui fuyaient sur l’Ister glacé, y combattirent comme sur la terre ferme. Les Iazyges, se sentant poursuivis, soutinrent l’attaque des Romains , persuadés qu’ils viendraient aisément à bout de troupes qui n’avaient pas l’habitude de la glace, et fondirent sur eux avec leurs chevaux, les uns de front, les autres par le flanc, car leurs chevaux étaient dressés à courir sûrement sur cette glace. A cette vue, les Romains ne s’effrayèrent pas, mais, se massant et faisant face à tous à la fois, ils mirent bas, pour la plupart, leurs boucliers, et, appuyant un pied dessus, afin de moins glisser, ils reçurent le choc des barbares ; puis, saisissant les uns les freins, les autres les boucliers et les lances, ils attiraient à eux les ennemis : s’y attachant ensuite corps à corps, ils renversaient hommes et chevaux, qui, cédant à la violence de cet effort, ne pouvaient plus s’empêcher de glisser. Les Romains glissaient aussi ; mais, quand ils tombaient à la renverse, ils entraînaient avec eux chacun son adversaire, et, par les pieds, ils le retournaient sur le dos comme à la lutte, et se trouvaient ainsi sur lui ; quand, au contraire, ils tombaient sur la bouche, chacun saisissait avec la bouche l’adversaire tombé avant lui. Les barbares, qui n’étaient point accoutumés à cette manière de combattre et qui étaient armés à la légère, furent dans l’impossibilité de résister ; de sorte que, d’un grand nombre qu’ils étaient, peu s’échappèrent.”

    Ainsi qu’un autre passage, d’Ammien Marcelin cette fois, qui nous parle du début du raid des Sarmates, toujours en Mésie.

    (13) “On envoya contre eux deux légions, la Pannonienne et la Mésiaque, troupes excellentes, et qui indubitablement l’auraient emporté si elles eussent agi de concert. Mais pendant leur marche une dispute de préséance et de commandement mit la discorde entre elles, et elles manoeuvrèrent sans s’entendre.
    (14) Les Sarmates s’en aperçoivent, et, sans même attendre le signal de leurs chefs, tombent brusquement sur la légion Mésiaque, lui tuent un grand nombre de soldats qui n’avaient pas même eu le temps de s’armer; puis, enhardis par ce succès, fondent sur la légion Pannonienne, qui est rompue par leur choc, et dont la destruction était complète si une partie de son monde n’eût trouvé son salut dans la fuite.”

    Erard, on a conservé de “nombreuses” selles provenant de différentes tribus scythes, mais pas de traces d’étriers. En tout cas pas au sens où on l’entend aujourd’hui. La question avait été déjà posée pour les cavaliers celtes et on a découvert des lanières en matériel périssable ce qui explique leur disparition. Les Scythes utilisaient peut-être un système analogue. Mais si on en croit Héliodore décrivant des cataphractes sassanides, les cavaliers lourds n’avaient pas besoin d’étriers.

    “[…]il [le cavalier] se couche [sur le cheval] et fait un effort pour frapper un coup plus terrible; alors le choc est tellement irrésistible qu’il transperce tout ce qui se trouve devant lui, et bien souvent d’un seul coup emporte deux ennemis à la fois suspendus à sa lance.”

  • Participant
    Posts102
    Member since: 15 août 2013

    Mais si on en croit Héliodore décrivant des cataphractes sassanides, les cavaliers lourds n’avaient pas besoin d’étriers.

    Oui c’est tout à fait plausible; d’ailleurs, la cavalerie macédonienne de Philippe et d’Alexandre ne disposait pas non plus d’étriers, ce qui ne l’empêche pas d’être une cavalerie de choc.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    (13) “On envoya contre eux deux légions, la Pannonienne et la Mésiaque, troupes excellentes, et qui indubitablement l’auraient emporté si elles eussent agi de concert. Mais pendant leur marche une dispute de préséance et de commandement mit la discorde entre elles, et elles manoeuvrèrent sans s’entendre.
    (14) Les Sarmates s’en aperçoivent, et, sans même attendre le signal de leurs chefs, tombent brusquement sur la légion Mésiaque, lui tuent un grand nombre de soldats qui n’avaient pas même eu le temps de s’armer; puis, enhardis par ce succès, fondent sur la légion Pannonienne, qui est rompue par leur choc, et dont la destruction était complète si une partie de son monde n’eût trouvé son salut dans la fuite.”

    C’était à quel moment, cela?

  • Modérateur
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    Member since: 26 avril 2013

    Peut-être durant les campagnes de pacification de Dioclétien.

  • Participant
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    Member since: 16 avril 2012

    UlysseSLee, d’après ce que j’ai compris l’événement eut lieu en 84 après J.-C.. Normalement, lorsque les Sarmates pillaient, ils privilégiaient la vitesse et ils ne cherchaient pas le contact. S’ils devaient se battre, ils préféraient utiliser l’arc que la lance. Mais sur ce coup-là, ils virent l’occasion de détruire les légions romaines et ils chargèrent tête baissée contre les Romains.

  • Participant
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    Member since: 16 avril 2012

    Les Parthes

    Les Parthes, disaient-ils, sont des hommes dont on ne peut éviter la poursuite et qu’on ne saurait atteindre dans leur fuite : leurs traits volants n’ont jamais été exposés à la vue [des Romains], et ils les lancent avec tant de roideur, que l’œil ne peut en suivre la rapidité et qu’on en est frappé avant de les avoir vus partir. Les armes offensives de leur cavalerie brisent et pénètrent tout sans trouver de résistance, et leurs armes défensives ne peuvent être entamées.” Plutarque, Vie de Crassus, 18.

    Histoire

    http://3.bp.blogspot.com/–Xr0UJHS4XA/UziM9Xtf1BI/AAAAAAAAoRg/IDzr7tMg9qk/s1600/TilliaTepeReconstitution.jpg
    Reconstitution de deux costumes parthes retrouvés dans l’ouest de l’Afghanistan, à Tillia Tepe

    Qui étaient les Parthes ? Les steppes d’Asie centrale regorgeaient de tribus nomades iraniennes, que les Hellènes appelaient Scythes et les Achéménides Saces. Parmi celles-ci existait une «confédération» connue sous le nom de Dahéens (ce qui signifie tribu en iranien ancien) qui vivait en Ouzbékistan/Tadjikistan actuels. Au sein de ce rassemblement de peuples, un réussit à tirer son épingle du jeu; il s’agissait des Parnes. Ces derniers profitèrent d’un moment de faiblesse de l’empire séleucide pour franchir le fleuve qui faisait office de frontière entre le monde nomade et le monde sédentaire. Dans les années 240, le satrape de Parthiène s’était déclaré indépendant vis-à-vis de Séleucos 2 sûrement sans s’imaginer être envahi quelques temps plus tard par d’audacieux cavaliers. Le nouveau monarque mourut donc rapidement sous les coups des Parnes qui décidèrent de s’installer dans cette satrapie dont ils héritèrent le nom. Désormais, le mot Parne serait oublié et on le remplacerait par celui de Parthes, ou Parthes arsacides du nom du fondateur de la dynastie, Arsace 1er.

    http://miltiade.pagesperso-orange.fr/empire-parthe.gif
    Carte de l’empire parthe pour situer leurs origines. Nisa, juste au-dessus de Parthie fut la première capitale parthe. La Parthiène, région d’Hekatompylos donna son nom aux Parnes.

    Ces derniers étaient promis à un bel avenir. De 247 avant J.-C. à 224 après J.-C. la dynastie grandira et règnera sur une bonne part de l’ancien empire achéménide, même si elle connut des hauts et des bas dans ces guerres avec les Séleucides, l’Arménie et Rome à l’ouest et avec leurs cousins nomades dans l’est. Dans les grandes lignes, nous pourrions découper l’histoire parthe en 4 parties :
    – 247-129 : émergence de « l’Etat » parthe. Les phases d’agrandissement territorial sont contrebalancées par des replis dus aux Séleucides et aux incursions saces à l’est. A la mort d’Antiochos Sidètès en 129, la Babylonie est définitivement acquise pour les Parthes.
    – 129-39 avant J.-C. : la création du royaume kouchane en Inde sécurise la frontière est. Les Parthes peuvent se concentrer à l’ouest. Ils entrent en contact avec l’Arménie et ils agrandissent leur royaume. Un apogée territorial est atteint en 39 lorsque la Judée est conquise.
    – 39 avant-117 après J.-C. : l’Arménie s’ajoute à la rivalité entre les Parthes et Rome où un membre de la famille arsacide fut placé sur le trône en 12 de notre ère. Les luttes de pouvoir s’ajoutent à cela et Trajan réussit momentanément à s’emparer de la Mésopotamie.
    – 117-224 : après une période de paix sous Hadrien et le début du règne de Vologèse 4, les hostilités reprennent autour de l’Arménie. Les échecs et les succès de part et d’autre ne mènent à aucun résultat décisif. Au début du 3ème siècle, les guerres de succession reprennent et malgré une campagne victorieuse contre Rome en 218, le dernier roi parthe est déposé en 224 par le Sassanide Ardashir.

    http://www.antikforever.com/Cartes/carte_parthe.gif
    Empire parthe sous le règne de Mithridate 2 (123-88 avant J.-C.)

    Armées

    Lorsqu’on lit les descriptions que les auteurs antiques font des Parthes, on s’aperçoit qu’ils diffèrent peu de leurs cousins scythes occidentaux. Justin écrit à juste titre que leur langue est à mi-chemin entre celle des Mèdes et celle des Scythes, leurs ancêtres, dont ils conservèrent le type d’arme (Justin 41; 2). On nous dit également que les Parthes enseignent très tôt à leurs jeunes à monter à cheval et à tirer à l’arc (Dion Cassius 40; 15), apprentissage que l’on retrouve chez les Achéménides aussi bien que chez les Scythes. L’arc est donc une arme primordiale dans la culture parthe, comme il l’est chez de nombreux peuples orientaux. Par exemple, les Indiens hiérarchisaient sur quatre niveaux les arts martiaux; la première place était attribuée au tir à l’arc alors de l’escrime à l’épée n’occupait que le troisième rang. Quant aux Parthes, ils n’hésitèrent pas à montrer leur roi sur leurs monnaies avec un arc en main, preuve s’il en est de l’importance de cette arme à leurs yeux.

    http://www.dumez-numismatique.com/upload/photos/4609R.jpg
    Drachme d’argent représentant Mithridate 2.

    Si on se rappelle des Sarmates tardifs surtout comme des archers cataphractes voir des cataphractes tout court, il ne faut pas oublier que dans les siècles précédents, ils alignaient principalement des forces de tireurs montés plus légers. Il en allait de même pour les Parthes. Un témoignage d’Hérodien dit même qu’ils ne faisaient usage que de l’arc sans autre arme ni armure (Hérodien 3; 4). Bien que cet épisode se place dans un contexte de différenciation entre Parthes et Sassanides et que l’auteur exagère pour souligner l’antagonisme entre les deux, on peut quand même comprendre que les archers à cheval légers formaient la base et la majeure partie des armées arsacides. D’ailleurs, la première mention historique de troupes parthes (en l’occurrence dahéennes) a lieu lors de la bataille de Magnésie du Sipyle où l’on apprend qu’il s’agit effectivement d’archers à cheval (Appien 6; 32-34). Ces archers montés étaient recrutés parmi les hommes libres parthes qui formaient l’essentiel de la population nomade, mais qui n’avaient pas les moyens de se payer un équipement de qualité. Justin qui ne maîtrise pas les langues iraniennes écrit que sur 50’000 cavaliers opposés à Marc-Antoine, 400 seulement étaient des hommes libres (Justin 41; 2). Les concepts d’esclaves différant selon les régions, il ne faut pas comprendre que les Arsacides faisaient combattre des esclaves dans leurs rangs. Le terme persan est azadan qui signifiait esclave, serviteur mais aussi simplement homme lié à un autre. Il faut conserver cette dernière signification dans ce cas.

    http://www.iranatlas.info/parth/images/British%20Museum.jpg
    Statuette montrant un archer à cheval parthe. Art parthe. Notez les vêtements légers du cavalier et son bonnet phrygien !
    http://4.bp.blogspot.com/-Mk0IN7k2sUw/T7VCKdr8jeI/AAAAAAAABcw/QgISX-VMOEA/s1600/+Hephthalite+1+net.jpg
    Représentation moderne d’un archer monté parthe sur la base de découvertes archéologiques.

    A la différence des Sarmates, les Parthes ne semblent pas avoir utilisé d’archers/lanciers. Aucun texte ni aucune représentation ne font mention de telles unités. Néanmoins, Plutarque nous apporte une information précieuse sur les flèches employées par les Arsacides. Lors de la célébrissime bataille de Carrhes, les Romains furent accablés de douleurs en voulant arracher les pointes courbes des flèches adverses qui détruisaient encore plus les chaires que lorsqu’elles pénétraient la peau (Plutarque, Vie de Crassus, 25). Quant à Dion Cassius, il précise que les arcs parthes sont idéals pour les régions iraniennes vu que l’air sec les fait tendre encore plus et que l’humidité les rend inefficaces (Dion Cassius, 40; 15). Efficacité redoutable si l’on en croit Plutarque qui écrit que les flèches transperçaient sans problème les cuirasses romaines et les boucliers, et qui pouvaient donc rester figées dans ces derniers et dans le bras de leur propriétaire. (Plutarque, Vie de Crassus, 25). Cependant, il faut peut-être relativiser cette puissance car les archers montés pouvaient tirer de très près sur leurs ennemis ce jour-là.

    Si on ne trouve pas de trace d’archers/lanciers, on voit que les Parthes utilisaient quand même une cavalerie lourde, les fameux cataphractes. Montés sur les fameux chevaux niséens ou de la vallée du Ferghana, contrairement aux montures plus petites des archers montés, “Ils combattent en archers à cheval, ou en contophores, très cuirassés” nous dit Dion Cassius (Dion Cassius 40; 15). “Les Romains étaient encore tout effrayés de ce bruit extraordinaire, lorsque les Parthes, jetant tout à coup les couvertures de leurs armes, parurent tout en feu par le vif éclat de leurs casques et de leurs cuirasses, qui, faits d’un acier margien, brillaient comme la flamme; leurs chevaux, bardés de fer et d’airain, ne jetaient pas moins d’éclat.” précise Plutarque (Plutarque, Vie de Crassus, 24). Cette description flamboyante est corroborée par Tacite qui pare les Parthes d’or lors d’une bataille contre des Sarmates (Tacite, Annales, 6; 35). Au chapitre des armes offensives, on retrouve le contos présent chez les Scythes. La vie de Crassus offre une scène pathétique durant laquelle les auxiliaires celtiques des Romains devaient percer les armures de fer des cataphractes avec leur lance courte, tandis que les cavaliers cuirassés frappaient les corps nus à coup de contos. Ces derniers avaient la longueur et la lourdeur de transpercer deux hommes à la fois (Plutarque, Vie de Crassus, 26-27).

    http://www.xlegio.ru/netcat_files/Image/Library/fig-05.gif
    En haut, une fresque kouchane retrouvée en Ouzbékistan datée de la fin du 1er millénaire. On voit bien l’antagonisme entre les archers plus nombreux et très légèrement vêtus et le cataphracte seul lourdement armé qui pointe son contos. (Cliquez sur l’image pour une meilleure vision)
    En bas, représentation d’un cataphracte parthe découverte à Doura-Europos, datant du 1er siècle avant ou après J.-C. Notez la forme originale du casque, le contos, l’armure complète pour le cheval et le manque d’arme de poing visible !
    http://schnucks0.free.fr/Cataphractaire/bardeEcaille.jpg
    Armure de cheval à écailles de fer. Doura-Europos, 3ème siècle après J.-C.
    http://www.europabarbarorum.com/i/units/pahlava/pah_sahiganpahr.gif
    Représentation moderne d’un cataphracte parthe. On a tenu à montrer l’éclat de l’armure et la richesse de l’ornement du cheval, comme mentionné chez les auteurs antiques.

    Mis à part le contos, les cataphractes utilisaient l’épée longue pour le corps-à-corps. Un peu dans le même style que celle que les Celtes fabriquaient, elle servait surtout de taille. La hauteur du coup et le poids plus lourd de cette lame en faisait une arme plus dévastatrice en taillant qu’en estocadant. Frapper avec la pointe aurait nécessité plus d’énergie pour un résultat pas forcément garanti. Il semblerait également qu’ils avaient recours à la masse. En revanche, il n’est jamais fait mention de la sagaris, ce marteau de guerre utilisé par les autres Saces encore plus orientaux que les Parthes. En parallèle, Dion Cassius nous dit que les Arsacides ne se défendaient jamais avec un bouclier (Dion Cassius, 40; 15), en tout cas en ce qui concerne les cavaliers, ce que l’archéologie confirme car on n’a pas retrouvé de bouclier représenté avec un cavalier.
    Les Parthes utilisaient-ils des unités d’infanterie ? Oui. Était-elle faible ? Oui. Selon Dion Cassius, on ne recrutait ses membres (paygan) que parmi les hommes les plus faibles (Dion Cassius 40; 15). Faut-il comprendre une faiblesse physique ou une faiblesse pécuniaire qui ne permettait pas à ces soldats de se payer un cheval ? Dion Cassius poursuit sa description en écrivant que même s’ils combattent à pied, les fantassins restent tous archers. Il y aurait là un écho avec l’époque achéménide ou la majorité des troupes à pied était équipée de cette arme. La logique donnerait raison à Dion Cassius, car il n’y a pas d’autres mentions de fantassins parthes. Cependant, un relief découvert en Médie Atropatène montre un guerrier arsacide de type thureophoros, ce qui peut nous faire douter. Est-ce une représentation erronée ? Y avait-il réellement ce genre d’unités dans l’armée parthe ? Ou bien s’agit-il d’une réforme opérée plus tardivement ?

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3f/Zahhak_castle_stucco_2.JPG/640px-Zahhak_castle_stucco_2.JPG
    Stuc parthe d’un fantassin trouvé en Médie Atropatène (Azerbaïdjan). La pointe de lance est une réparation moderne mais le détail du bouclier est encore visible.

    Comme leurs cousins scythes, les Parthes utilisaient le dragon comme étendard. Un témoignage de Lucien nous apprend même que chaque bannière servirait de guide à 1’000 soldats (Lucien, Comment il faut écrire l’histoire, 29). Cela paraît tout à fait probable vu que la division par 10 se retrouve déjà chez les Achéménides et également lors de la bataille de Carrhes où 1’000 cataphractes côtoient 9’000 archers montés.

    Tactique

    Dans les descriptions conservées, on s’aperçoit que la méthode de combat parthe ressemble de près à celle employée par les Scythes. Rapidité d’exécution, attaque massive suivie d’un repli (Plutarque, Vie d’Antoine, 38) Les Arsacides frappaient fort avant de battre en retraite. Cela comportait plusieurs avantages. D’abord l’ennemi se trouvait affaibli par les pertes. Ensuite il restait toujours sur le qui-vive pour éviter d’être surpris, ce qui devait peser sur son mental à la longue. Finalement, comme pour les Scythes, la tradition nomade accordait de l’importance à la préservation des vies de la tribu. Avec ce système de combat, les Parthes ne perdaient pas trop d’hommes lors de ces engagements. On le voit bien lors de la guerre partho-romaine de 62 après J.-C., les Romains avancent en territoire ennemi, mais les cavaliers iraniens les harcèlent à tel point qu’ils doivent se replier. Et lors de ce repli, le harcèlement continue de plus bel, ce qui oblige les légions décimées à s’enfermer dans une ville (Dion Cassius, 62; 21).
    Quant aux cataphractes, ils servent de joker. Dès qu’une occasion se présente, ils lancent une charge qui doit mettre en déroute le contingent ennemi visé. Ce que tenta de faire le général parthe à Carrhes en envoyant directement ses lanciers contre les légionnaires (Plutarque, Vie de Crassus, 24). Mais devant la solidité des rangs latins, il préféra replier sa cavalerie lourde pour lâcher un véritable barrage de flèches. Quelques instants plus tard, la fuite simulée des tirailleurs montés mena la cavalerie auxiliaire celtique et plusieurs cohortes là où les Parthes le voulaient: dans un endroit dégagé et isolé. Les archers montés purent alors flanquer les Romains pendant que les cataphractes chargeaient de front (Plutarque, Vie de Crassus, 25). On retrouve ce désir d’encerclement lors de la campagne d’Antoine qui perdit 10’000 hommes d’un coup à cause de cette tactique (Plutarque, Vie d’Antoine, 38).
    Au milieu de tout cela, deux auteurs antiques soulèvent une contradiction probablement involontairement. Voilà ce qu’écrit Plutarque au chapitre 24 de sa vie de Crassus ”Les Parthes fuyaient à leur approche, sans cesser pour cela de tirer ; car c’est une manière de combattre qu’ils entendent mieux qu’aucun autre peuple du monde, après les Scythes”. Et voici ce que nous rapporte Tacite (Tacite, Annales, 6; 35) lors d’une bataille entre Sarmates et Parthes ”Le Parthe, également exercé à poursuivre et à fuir, se débande, prend de l’espace pour mesurer ses coups. Les Sarmates, renonçant à leurs arcs, dont la portée est moins longue, courent la pique en avant ou l’épée à la main.” Qui a raison, qui a tort ? Une chose est sûre, la bataille se termina en faveur des Sarmates après un long corps-à-corps acharné et plusieurs manœuvres dignes des fils de la steppe. Personnellement, voici ce que j’en pense.
    La cavalerie légère arsacide misait tout sur son arc. Ce dernier devait donc être de la plus haute qualité. Les archers/lanciers scythes au contraire pouvaient s’appuyer aussi bien sur leur attaque à distance que sur leur contos au contact ; leur arc pouvait donc être moins performant (au regard de critères orientaux, ce qui en faisait dans l’absolu une arme redoutable). On a vu à Carrhes et on devine dans les autres récits que la proportion tireurs/cataphractes penchait largement en faveur des premiers. Les Parthes avaient donc intérêt à maintenir la distance avec les lanciers lourds sarmates pour les affaiblir assez avant l’attaque des cataphractes. A l’inverse, si les Sarmates voulaient l’emporter, il leur fallait arriver le plus vite possible au contact. Car contrairement à leurs homologues parthes, les chevaux scythes portaient plus rarement une armure. Le cavaliers ne risquait donc pas grand ’chose, mais sa monture pouvait très bien se faire abattre par les projectiles ennemis. Et dans un combat entre Iraniens, celui qui doit combattre à pied a perdu d’avance. Quant à la longueur du corps-à-corps, je l’explique par le fait que les cataphractes arsacides étaient mieux équipés (encore une fois, relativement) et que seule la plus haute noblesse, l’élite de la société parthe combattait dans ses rangs. Néanmoins, j’imagine que les archers/lanciers sarmates dépassaient en nombre les cataphractes arsacides, ce qui fit finalement pencher le sort des armes en leur faveur, car une fois au contact, les archers montés parthes ne firent pas le poids face à la cavalerie sarmate.

  • Participant
    Posts102
    Member since: 15 août 2013

    Je trouve excellente ton idée de présenter ces trois “peuples” (?) de manière différenciée, il est enfin possible de les différencier, chose pour laquelle j’avais le plus grand mal… Merci !

    Au tout début de ta présentation, tu mentionnes le fait que les Parnes, futurs “Parthes” franchissent un fleuve délimitant le monde nomade et sédentaire : s’agirait-il du Syr-Daria ? Car il se trouve bien dans la zone géographique que tu indiques (ouzbekistan environ) et fut de tout temps franchi par les nomades d’Asie Centrale pour effectuer leur “descente”.

    Au sujet de l’organisation décimale de l’armée parthe, c’est vrai que l’on retrouve cela un peu partout en Asie Centrale; les Mongols au Moyen-Âge lors de leurs grandes invasions en font encore usage, allant jusqu’aux dizaines de milliers (“tumai” je crois).

  • Participant
    Posts2179
    Member since: 16 avril 2012

    Erard, c’est vrai que ce n’est pas toujours évident de savoir qui est qui. Pour faire simple, ils sont tous cousins et seul le nom de la tribu change 😛 . Personnellement, au début je croyais que les Parthes de Parthiène, donc à l’intérieur de “l’Etat” séleucide s’étaient révoltés contre Séleucos et qu’ils avaient ainsi crée l’empire parthe. J’ai compris après qu’il étaient scythes en fait. J’ai trouvé ce tableau de la famille aryenne; je pense qu’il pourra clarifier certains points.

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/5f/Branche_indo-europeenne_arya.png

    Quant au fleuve, il s’agit plus vraisemblablement de l’Atrak qui marque la frontière entre l’Iran et le Turkménistan aujourd’hui. On sait qu’Alexandre avait poussé jusqu’à l’Oxos/Amou-Daria et même jusqu’à l’Iaxarte/Syr-Daria sur lequel il avait fondé Alexandrie Escahtè. Cependant, si les terres séleucides touchaient aussi ces deux fleuves au début de l’empire, elles n’englobaient pas la Chorasmie/Khwârezm, lieu où vivaient les Parnes. A l’époque de leur expansion, le royaume de Bactriane s’était déjà emparé de la région entre les deux grands fleuves. Dernier argument, la Parthiène touche l’Atrak, il est donc logique que les nomades attaquent par là.

    Par contre, le Syr-Daria devait constituer une frontière entre la Bactriane et le monde des steppes. Frontière que les Bactriens surveillaient avec attention pour éviter que les “frères” des Parnes (une autre tribu sace) ne réitèrent pas l’exploit commis au détriment des Séleucides.

  • Participant
    Posts13
    Member since: 3 juin 2014

    Salut

    Juste un message rapide pour dire que j’ai trouvé ce dossier, après lecture, passionnant et m’a comblé des grosses lacunes sur le sujet.

    Est-ce qu’il existe un ou des ouvrages de synthèse (en français ou anglais) potentiellement intéressant à lire ?

  • Participant
    Posts860
    Member since: 1 mai 2013

    Si je puis me permettre je peux te conseiller cet ouvrage de Kaveh Farrokh : Shadows in the Desert; Ancient Persia at War, Osprey Publishing, 2009. Je ne l’ai jamais lu (“alors pourquoi tu me le conseilles !!??”) mais en feuilletant la table des matières sur Amazon, il a l’air de bien cerner le sujet, sauf pour les Scythes.

  • Participant
    Posts13
    Member since: 3 juin 2014

    Si je puis me permettre je peux te conseiller cet ouvrage de Kaveh Farrokh : Shadows in the Desert; Ancient Persia at War, Osprey Publishing, 2009. Je ne l’ai jamais lu (“alors pourquoi tu me le conseilles !!??”) mais en feuilletant la table des matières sur Amazon, il a l’air de bien cerner le sujet, sauf pour les Scythes.

    Salut

    OK, merci, je vais donc l’ajouter à ma liste d’achat (même si je ne suis pas forcément fan des Osprey, tout au moins ceux des collections aviation dont la qualité est très hétérogène, je connais moins les autres).

  • Participant
    Posts2179
    Member since: 16 avril 2012

    Les Sassanides

    ”Je suis l’adorateur d’Ahura Mazda, le dieu Shahpur, le roi des rois, roi des Aryens et des non-Aryens, de la race des dieux, fils de l’adorateur de Mazda, le dieu Ardashir, roi des rois, roi des Aryens, de la race des dieux, petit-fils du dieu Papakès, roi.” Inscription de Naqsh-î-Rostam concernant Shahpur 1er.

    Histoire

    L’empire parthe régnait depuis plus de 400 ans sur le plateau iranien et les terres alentours. Il avait connu une certaine prospérité et il avait constitué le principal adversaire de l’empire romain pendant plus de 200 ans. Mais une grave faiblesse l’avait toujours handicapé et elle finit par avoir raison de lui : son système politique. Les rois des rois arsacides détenaient le pouvoir suprême dans l’empire, mais ils avaient dû faire des concessions à différentes familles puissantes qui portaient le titre de roi. De fait, l’empire était divisé en 11 royaumes importants et 7 autres moindres aux mains d’Iraniens qui devaient en principe fidélité aux Arsacides et dont le plus fameux étai dirigé par le clan des Suren. Ce dernier couronnait lui-même les rois des rois et un de ses représentants vainquit Crassus à Carrhes. Malgré cela, les rivalités au sein de la famille impériale déchiraient l’empire lui-même car les nobles tentaient d’en profiter et ils risquaient de faire pencher la balance en défaveur des Arsacides, ce qui se produisit en 224 après J.-C.
    On peut facilement s’imaginer la nouvelle dynastie issue de la haute noblesse. Une famille puissante vivant dans un luxe inouï, entourée de paradis et n’arrêtant de banqueter que pour aller chasser. En fait, si les Sassanides n’avaient pas à se plaindre de leur situation initiale, ils ne possédaient clairement pas la renommée ni la puissance d’autres familles bien plus influentes. Prêtres de Perside, l’antique patrie des Achéménides, ils officiaient dans le plus grand temple d’Anahita d’Iran. Ils détenaient donc un certain pouvoir spirituel et ils profitèrent pour s’allier par mariage au pouvoir temporel en place dans le Fars à cette époque. Un certain Sasan avait épousé une fille du clan dirigeant. Son petit-fils, Ardashir, avait hérité du pouvoir spirituel et par un assassinat, son père en avait fait également le représentant du pouvoir temporel. Une fois son frère disparu mystérieusement, il n’avait plus de rival et se fit couronner roi de Perse. Il pouvait laisser place à son ambition désormais.
    Il avait commencé à combattre ses voisins et petit-à-petit, il avait agrandi son influence. Ispahan et la Susiane étaient passés sous son contrôle et l’Arsacide s’en inquiéta. Encore un vassal à mater, rien d’autre que la routine pour les Parthes. Artaban, le roi des rois, leva une armée et affronta Ardashir. Il périt sur le champ de bataille (224) et le Sassanide fit une entrée triomphale à Ctésiphon en 226. Malgré quelques îlots de résistance vaincus dans les années suivantes, c’en était fini de la dynastie arsacide en Iran. Une autre, plus puissante et plus prestigieuse venait de prendre sa place.

    Pour situer en gros l’histoire de l’empire sassanide, je vais découper son existence en 4 phases plus ou moins homogènes :
    – 224-379, l’empire victorieux. Cette période est marquée par l’émergence de la dynastie, sa victoire sur les Parthes ainsi que sur les ennemis périphériques. Rome est généralement vaincue, malgré quelques revers iraniens. Les Sassanides élargissent leurs frontières à l’est, vers l’empire kouchane et vers le nord ; ils atteignent le Syr-Daria. L’intérieur de l’empire est préservé, hormis quelques incursions romaines.
    – 379-446, paix et stabilité. Les rois des rois de cette époque jouissent de la politique extérieure de leurs prédécesseurs. L’Iran ne connait plus de guerres et on voit se développer les arts et le niveau de vie du peuple. Les souverains s’occupent davantage de littérature et de gestion interne que de conflits. On instaure une tolérance envers les autres religions.
    – 446-531, le temps des troubles. Les Sassanides connaissent un brusque revirement durant le règne d’Yazdgard 2. La guerre contre l’Arménie reprend, les persécutions apparaissent contre les chrétiens, la famine s’ajoute aux troubles sociaux et les Hephtalites (Huns blancs) franchissent le Syr-Daria. Les rois des rois devront composer avec eux jusqu’en 531.
    – 531-651, grandeur et chute. Les Hephtalites sont anéantis, les Khazars (une tribu turque) sont repoussés. Le Yémen est conquis. Le conflit avec Byzance mène les Perses jusqu’au Bosphore. L’empire connait son apogée militaire et territorial. Mais la contre-attaque byzantine fait refluer les Sassanides. Ctésiphon est menacé et le souverain en place est assassiné. Son successeur signe tout de suite la paix mais il ne peut contenir la poussée des Arabes musulmans car son empire a trop souffert de ces deux décennies de guerres. Le dernier représentant sassanide est tué en fuite en 651, comme Darios Codoman presque mille ans auparavant.

    http://www.larousse.fr/encyclopedie/data/images/1011343-L%c3%a9poque_sassanide.jpg

    Armée

    Les Parthes comptaient surtout sur leurs archers montés pour vaincre leurs adversaires. Les pluies de flèches successives devaient briser le moral adverse et affaiblir les rangs ennemis pour permettre aux cataphractes de délivrer une charge décisive qui les mettrait en déroute. Dans ce processus, l’infanterie n’avait qu’une place marginale, à telle point qu’on ne la voit jamais en action dans une bataille de l’époque arsacide. Mais qu’en était-il à l’époque sassanide ? Les successeurs des Parthes employaient-ils les mêmes méthodes de combat et les mêmes types de soldats qu’eux ?

    Si on examine d’abord la cavalerie, l’arme clé des armées iraniennes, on se rend compte qu’elle resta l’élément déterminant sur qui reposait le sort des batailles et des opérations militaires en général. Cependant, elle subit une évolution en trois phases que ne connurent pas les armées arsacides.
    Les cavaliers d’élite sassanides, les savaran, se recrutaient parmi la haute noblesse iranienne, les azadan, ceux qui pouvaient se prévaloir de vivre dans la région depuis les Mèdes. Il existait plusieurs bataillons de savaran, mais le plus prestigieux portait le nom de zhayedan, les immortels. Et comme durant la période achéménide, chaque soldat était remplacé immédiatement une fois mort. Finalement, on rencontre un dernier bataillon, les pushtighban, au nombre de 1’000 et qui servaient de garde royale autour desquels le roi prenait place pendant les combats et qui montaient la garde dans les palais impériaux en temps de paix.

    http://www.livius.org/a/iran/firuzabad/firuzabad_relief1_3.jpg

    – 1ère phase : Durant les premiers temps de l’empire sassanide, la cavalerie restait très proche de celle des Parthes, du moins dans la conception de la tactique. La campagne de l’empereur romain Alexandre Sévère nous l’illustre parfaitement. Lorsque les Romains réussirent à progresser plus avant en Médie, une troupe de cavaliers s’abattit sur eux tandis que le reste de la cavalerie iranienne s’occupait d’une autre partie de l’armée romaine restée en arrière. La troupe qui s’était aventurée jusqu’en Médie fut alors encerclée par les archers montés et complétement anéantie par les volées de flèches successives (Hérodien 6; 13).
    Néanmoins, on observe déjà une progression par rapport à la période parthe. Quand on regarde les reliefs de Fîrûzâbâd, on aperçoit des différences d’équipement entre Ardashir à gauche et Artaban à droite. Le Sassanide porte une armure lamellaire que l’on reconnait sur sa jambe droite et on voit une cotte de maille sur son bras droit, tandis que l’Arsacide n’est protégé que par une armure lamellaire. Cette double protection permettait aux Sassanides de garantir un peu plus les parties vitales, le tronc, tout en laissant une plus grande liberté de mouvements au niveau des bras. Selon Kaveh Farrokh, cela expliquerait la victoire des Perses sur les Parthes; ces derniers durent être surpris de voir leurs flèches rebondir sur le double rideau de leurs ennemis.

    – 2ème phase : Dès la fin du règne de Shahpur 1er, les savaran devinrent encore plus lourds que ce qu’ils étaient précédemment et l’archerie montée connut un relatif déclin. On le voit assez clairement lors de l’expédition de Julien l’Apostat de 363 contre Shahpur 2 (309-379). Je laisse la description de ces cataphractes à Ammien Marcellin, témoin oculaire de cette campagne ”Toute cette armée n’était que fer. De la tête aux pieds chaque soldat était couvert d’épaisses lames de ce métal, assez artistement ajustées pour laisser toute liberté aux mouvements des membres et au jeu des articulations. Ajoutez à cette armure des casques figurant par devant la face humaine, et qui ne laissaient de jour que pour voir et respirer; seuls points par où ces corps complètement cuirassés fussent accessibles aux blessures.” (Ammien Marcellin, 25; 1, 12). Ce que complète Libianos en affirmant que Shahpur 2 fit tout pour ”rendre sa cavalerie invulnérable […] Il ne limita pas leur armure au casque, cuirasse, jambières […] ni même de placer des plaques de bronze sur la tête et le poitrail des chevaux […] l’homme était couvert de cotte de maille de la tête aux pieds et le cheval de son museau au bout des sabots […] ils confiaient leur corps à la protection des mailles de fer” (Libianos, Eloge funèbre de Julien, 59; 69-70). Dans la suite de son récit, Marcellin nous parle également de l’usage d’une lance à une main qui perça le flanc de l’empereur romain, causant sa mort (Ammien Marcellin, 25; 3, 6). Il se pourrait donc que les savaran utilisaient une hampe plus courte en plus de leur contos, ou indépendamment de ce dernier.

    http://farm5.static.flickr.com/4060/4460351402_8317c0d1d3_b.jpg

    Représentation de la mort de Julien l’Apostat. Le savaran au premier plan reconnaissable à son cheval caparaçonné et à son casque porte une lance à une main.

    3ème phase : Khosrô 1er (531-579) réforma l’empire sassanide. En parallèle aux impôts et à la gestion, il s’occupa de l’armée. Le nombre des archers montés iraniens avait baissé depuis des décennies. En contrepartie, ils alourdirent leur équipement défensif et on recruta des archers légers chez les peuples turcs qui vivaient en périphérie de l’empire. Deuxièmement, le shahanshah permit aux dekhan (petits nobles) de faire partie des savaran, élargissant ainsi leur base de recrutement. De plus, ceux-ci recevaient désormais leur équipement directement de l’Etat ainsi qu’un salaire fixe. Finalement, Khosrô sépara l’empire en quatre régions soumises à quatre généraux au lieu de l’unique «hypergénéral» qui existait auparavant.

    http://www.radpour.com/images/stories/sassanianpictures/sassanian_persian_cavalry_17.jpg

    Reconstitution d’un savaran archer à cheval tardif.

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/4a/Taq-e_Bostan_-_equestrian_statue.jpg

    Relief du shahanshah Khosrô 1er à Taq-e-Bostan.

    Cette sculpture est le meilleur témoignage que nous ayons sur les savaran tardifs, datant précisément de la réforme de Khosrô. Le contos est toujours présent et le casque a évolué dans sa forme. Mais surtout, deux changements importants sont à relever. D’abord, on note l’apparition d’un bouclier d’une taille non négligeable, protection que les cataphractes avaient toujours refusé de porter avant cela. Deuxièmement, le caparaçon du cheval ne couvre plus que l’avant de l’animal; son arrière-train est totalement nu. Si on compare ce relief avec ce que nous dit Héliodore, on pourrait voir une explication de l’apparition du bouclier, bien que ce dernier ne soit mentionné ”Voici quelle est leur armure : les hommes, choisis avec soin et remarquables pour leur vigueur, portent sur la tête un casque massif et d’une seule pièce, qui embrasse exactement tous les contours du visage, comme un masque de théâtre. La tête en est entièrement enveloppée depuis le sommet jusqu’au col, à part deux trous ménagés pour les yeux. La main droite du cavalier tient une lance d’une longueur plus qu’ordinaire, sa gauche dirige les rênes. Un sabre pend à son côté. Une cuirasse embrasse non seulement la poitrine, mais le corps tout entier. Le travail en est remarquable : elle est formée de lames d’airain ou de fer, de forme carrée et mesurant un empan dans tous les sens. Ces lames sont disposées de manière à se recouvrir mutuellement par leurs bords : l’extrémité inférieure de l’une couvre le bord supérieur de l’autre, et de même en sens latéral. Sous les sutures sont adaptées des pièces de rapport retenues par des crochets, de manière à produire un tout continu. L’ensemble forme une sorte de tunique composée d’une série d’écaillés, qui tombe sur le corps sans le froisser et l’enveloppe de toutes parts, s’adaptant exactement à chaque membre, et pouvant se resserrer ou s’étendre à volonté pour ne pas gêner les mouvements. Elle est garnie de manches, s’étend du col aux genoux et n’est fendue aux cuisses qu’autant qu’il est nécessaire pour que le cavalier puisse se tenir à cheval. Telle est leur cuirasse : non seulement cette armure est à l’épreuve des traits, mais aucun coup ne peut rien sur elle. Les jambes sont emboîtées dans des grèves qui vont de l’extrémité du talon jusqu’au genou et s’attachent à l’extrémité du haubert. Le cheval est bardé de la même manière : à ses pieds sont attachés des jambarts ; sa tête est armée d’un chanfrein, et de son dos pend de part et d’autre sur les flancs un tissu de lames de fer qui le protège, tout en laissant libre le dessous du ventre pour ne point gêner sa course. […] La pointe de la lance, placée horizontalement, dépasse de beaucoup la tête du cheval. La hampe, du côté du fer, est suspendue au col de l’animal, tandis que la poignée est fixée sur la croupe. De cette manière, elle ne cède point sous le choc, et l’impétuosité du cheval vient en aide à la main du cavalier qui n’a plus qu’à diriger le coup. Quelquefois aussi, il se roidit lui-même et fait effort pour frapper un coup plus terrible; alors le choc est tellement irrésistible qu’il transperce tout ce qui se trouve devant lui, et bien souvent d’un seul coup emporte deux ennemis à la fois suspendus à sa lance.” (Héliodore, Ethiopiques, 9; 15) Dans la dernière partie du paragraphe, l’auteur mentionne une sorte de crochet où pourrait reposer le contos. Cela laisserait donc libre la main gauche qui pourrait alors tenir un bouclier.
    Cette évolution irait dans le sens d’une réforme plus globale qui tendrait à faire des savaran de véritables couteaux suisses antiques. En effet, le bouclier n’est pas le seul ajout par rapport à la deuxième phase. D’après le témoignage de l’auteur perse Tabari qui connaissait bien la fin de l’empire sassanide, on apprend que les cataphractes portaient ”casque, armure de cheval, cotte de maille, corselet, ceinture, jambières et protection des bras et des mains, épée, lances, bouclier, massue, hache de guerre, carquois, deux arcs avec trente flèches et deux cordes d’arc roulées en réserve” (Tabari, Histoire des prophètes et des rois). La boucle serait donc bouclée. Les Sarmates privilégiaient les archers/lanciers cataphractes, les Parthes séparaient clairement les rôles, de même que les premiers Sassanides, puis dans les derniers temps de l’empire, on vit le retour des archers/lanciers cataphractes.

    Les Parthes étaient nomades. Dans leur conception de la guerre, les fantassins se trouvaient en position de faiblesse par rapport aux cavaliers; c’est pourquoi les Arsacides n’alignèrent jamais de gros contingents d’infanterie sur le terrain. Cependant, il n’en fut pas de même pour leurs successeurs sassanides. Contrairement à leurs prédécesseurs, ces derniers reprirent la tradition achéménide d’infanterie et ils en firent un plus grand usage, notamment durant les sièges.
    A côté de la traditionnelle horde de paysans (paighan) que l’on recrutait plus ou moins de force et qui valait surtout par son nombre, on trouve également des unités d’une plus grande valeur. Les premières unités de fantassins devaient probablement ressemblées au fantassin parthe retrouvé sur une fresque à Doura-Europos. Par la suite, elles évoluèrent. La campagne de Julien l’Apostat au milieu du 4ème siècle nous renseigne encore sur l’armée sassanide où l’on apprend que l’infanterie en garnison se protégeait ”Derrière leurs boucliers, formés d’un épais tissu d’osier recouvert de cuirs frais, les Perses faisaient bonne résistance: on eût dit des statues de fer, car une succession de lames de ce métal artistement superposées, et obéissant à tous les mouvements du corps, les enveloppait, de la tête aux pieds, d’une défense impénétrable.” (Ammien Marcellin, 24; 2). Dans ces unités plus régulières, on trouvait des contingents de Mèdes, solides fantassins depuis plusieurs siècles et qui fournissaient aux rois sassanides des lanciers de bonne qualité, pouvant tenir tête aux légionnaires (sans pour autant les vaincre).
    Finalement, un autre peuple faisait office d’infanterie lourde d’élite, les Dailamites qui vivaient sur les bords de la Caspienne. Les sources occidentales ont mentionné plusieurs fois l’endurance et la valeur de ces, ainsi que de leur maîtrise de l’escrime (Agathias, 3; 17). Hormis l’épée et la dague, ces unités maniaient également la hache, une lance/javelot spéciale utile au lancer comme au corps-à-corps et même parfois l’arc. Cette polyvalence fit des Dailamites des soldats recherchés par les conquérants arabes qui ne réussirent jamais à les contrôler totalement.

    Les archers à pied jouèrent un rôle plus important sous les Sassanides que sous le règne des Parthes. En combinaison avec l’infanterie lourde ou la cavalerie lourde, ces tireurs pouvaient infliger de gros dommages avec leur arc recourbé. C’était moins le cas au corps-à-corps comme le montre la campagne de Perse de 363 (Ammien Marcellin, 25; 1, 18) où les archers ne purent tout simplement pas rivaliser avec les légionnaires. Néanmoins, en duel à distance ces soldats restaient parmi les meilleurs du monde à en croire les Byzantins (Procope, Le livre des guerres, 1; 18) et même les Romains (Ammien Marcellin, 25; 1, 17) qui craignaient les volées que leurs ennemis pouvaient leur tirer, même en se repliant paraît-il.
    Vu cette faiblesse au contact, les archers sassanides cherchaient à se protéger le plus possible lors des différentes opérations militaires. Lorsqu’ils subissaient un siège, ils étaient plus en sécurité derrière les créneaux des murailles. Mais lors des batailles rangées, ils avaient recours à un grand bouclier qu’ils posaient devant eux pour se prémunir contre les projectiles ennemis.

    Armes

    Voici quelques armes telles que l’archéologie nous les a préservés et qui s’échelonnent du début de la dynastie jusqu’à sa fin.

    http://schnucks0.free.fr/Cataphractaire/casquesassanideopti3ll.jpg

    Casque sassanide selon une découverte de Doura Europos, 3ème siècle

    http://www.maquetland.com/upload/phototeque/images/6994/perse_casquesassanide_louvres%20(6).JPG

    Casque sassanide du 5ème siècle

    https://www.britishmuseum.org/images/ps251774_l.jpg

    Une épée sassanide du 7ème siècle. La longueur déjà présente chez les Parthes se retrouve ici avec toutefois une amélioration. Le petit appendice sur le manche à quelques centimètres de la lame permet une préhension plus stable en isolant l’index.

    http://antikforever.com/Perse/Achemenides/Images/naqsh-e03b.jpg

    Triomphe de Shahpur 1er à Naqsh-ê-Rustam devant lequel Valérien se met à genou où l’on retrouve l’épée longue.

    http://www.peuplescavaliers.be/peuplescavaliers/photos/arcsassanide2.png

    Plat montrant Shahpur 2 chassant le lion. On reconnait l’arc composite typique de l’orient.

    http://www.peuplescavaliers.be/peuplescavaliers/photos/arcsassanide1.png

    Plat sassanide du 7ème siècle. On y voit la même scène qu’au-dessus et seul le vêtement a changé. L’arc et l’épée sont restés les mêmes sur plusieurs siècles d’écart.

    Tactiques

    Les Sassanides connurent trois phases pour leurs armées. A travers ça, on peut voir trois approches différentes de la tactique employés par les successeurs des Parthes.
    – Dans les premières années de la dynastie, la tactique ne changea pas par rapport à celle des Parthes. Certes, l’équipement avait déjà évolué mais on comptait encore sur les mêmes schémas pour l’emporter, la campagne d’Alexandre Sévère en est un bon exemple. Un gros contingent d’archers à cheval devait cribler de flèches des ennemis qui se serraient pour faire face aux unités moins nombreuses de cataphractes, mais qui pouvaient néanmoins délivrer des charges destructrices. Dans ce processus, les unités à pied étaient inexistantes et totalement déconsidérées.
    – La deuxième phase voit l’apogée de la cavalerie lourde des savaran, en parallèle avec le déclin relatif des archers montés et l’émergence d’une infanterie de meilleure qualité. L’accent est très clairement mis sur la puissance de la charge des cataphractes ainsi que celle des éléphants lorsqu’il y en a (Ammien Marcellin, 25; 3, 11). Les unités d’archers à pied devaient affaiblir le plus possible les rangs adverses avec leur capacité de tir très rapide et potentiellement destructeur jusqu’à une assez grande distance. Une fois cela fait, l’attaque massive des savaran emportait la décision et l’infanterie lourde s’avançait pour concrétiser la victoire si besoin était. Il se pouvait que les savaran se repliassent, mais ils revenaient à la charge s’ils voyaient une opportunité de vaincre. L’ennemi faisait face à un problème bien différent de ce qu’il avait connu jusque-là.
    – Durant les dernières décennies de l’empire sassanide, on aperçoit un retour du lancier lourd/archer monté ainsi que de l’archer à cheval. Cependant, ce dernier porte cette fois une armure plus lourde que ses prédécesseurs parthes, héritiers de la culture nomade. On peut comprendre ce retour en grâce de l’archer à cheval par les défaites que subit l’empire sassanide contre les Hephtalites et par la menace croissante des peuples turcs sur leurs frontières orientales. En ce qui concerne les cataphractes, certains historiens ont affirmé que leur armure équine de couvrait plus que le devant de l’animal en se basant sur le relief de Taq-ê-Bostan. Si cela est vrai, comment interpréter ce phénomène couplé au retour de l’arc pour les savaran ?
    Si on ne protège plus l’arrière du cheval mais uniquement le front, on estime que son dos ne sera pas menacé. Ce qui pourrait signifier que les cataphractes ne lançaient qu’une charge et qu’ils devaient vaincre ou mourir. Dans ce cas, la présence de l’arc se justifierait pour les lanciers lourds pour faire pleuvoir une pluie de flèches encore plus dense en comptant aussi sur celles des archers à pied. On peut aussi imaginer que le dos des savaran n’avait rien à craindre si les fantassins lourds les collaient d’assez prêts pour éviter toute déconvenue. Sur le front est, les Sassanides devaient combattre des tribus nomades extrêmement légères. Un manque de protection pour les cataphractes leur serait potentiellement fatal dans un combat de feintes et de mouvements rapides. A moins que les archers montés lourds ne remplissent ce rôle et que les savaran forment une ligne de métal qui n’était pas censée présenter autre chose que sa tête à l’adversaire.

    Bibliographie:

    – Kaveh Farrokh, Sassanian elite cavalry, Osprey, Peterborough, 2005.
    – Jean-Paul Roux, Histoire de l’Iran, Fayard, France, 2010.
    – Yann Le Bohec, L’armée romaine dans la tourmente, Rocher, Paris, 2009.
    – Iaroslav Lebedynsky, Les Saces, Errance, Paris, 2006.
    – Iaroslav Lebedynsky, Sarmates et Alains face à Rome, Illustoria, Clermont-Ferrand, 2010.

  • Participant
    Posts860
    Member since: 1 mai 2013

    Et bien ! Sacré morceau les Sassanides ! Chapeau bas en tout cas !

    M’intéressant particulièrement à l’Asie Centrale (si quelqu’un veut un jour faire un voyage là bas je suis partant :woohoo: ), j’ai quelques petites questions et remarques :

    * Je n’arrive pas à comprendre comment des tactiques et des modes de combat, si peu changeants sur une période aussi longue, ont fait pour toujours tromper et vaincre l’adversaire ! En remontant jusqu’au VIème siècle avant J-C, on voit déjà Darius échouer dans sa campagne contre les Scythes, ceux-ci clouant au sol les troupes (principalement des fantassins) par leurs attaques de “hit and run”. Darius doit faire retraite, laissant un nombre considérable de morts de l’autre côté de l’Hellespont…

    * As-tu quelques infos sur le fait que certains “voisins” des nomades des steppes se sont inspirés de leurs tactiques et armement ? J’avais lu notamment que Alexandre avait fait usage de ce genre de tactiques contre les Massagètes (d’après Arrien). Ou encore les Byzantins, avec l’empereur Alexis Commène qui parvient à vaincre des nomades des steppes grâce à leurs propres ruses ! (d’après Anne Commène).

    * Enfin, est-ce que l’art de la guerre des Huns ou, plus tardivement, des Mongols, est le même ? Ont-ils eux aussi une part de cavaliers lourds ?

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    Mille fois bravo. Cela s’appelle de la belle ouvrage. Complet, documenté. Illustré.

    A ce propos, l’image sur la mort de Julien, avec ses légionnaires en loricae segmentatae, est évidemment erronée. Sait-on comment s’équipaient les armées romaines à l’époque courant de Justinien à Héraclius ?

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts2179
    Member since: 16 avril 2012

    Merci pour les retours, ça fait toujours plaisir.

    Clausewitz, je te propose d’abord de passer par l’Iran, puis voir le Khwârezm, la Sogdiane et la Bactriane avant de finir sur l’Inde kouchane et moghole.

    * C’est assez bizarre en effet que cette tactique puisse autant réussir sur le long terme; avec le temps leurs adversaires auraient dû comprendre comment les manœuvrer. Surtout que dans ton exemple, les Achéménides devaient disposer d’archers en assez grand nombre. En fait, on est peu documenté sur les conflits entre nomades et sédentaires; les descriptions nous manquent. Il y a quelques échos avec Alexandre le Grand contre les Saces, avec Cyrus contre les Massagètes, mais c’est à peu près tout. Les campagnes séleucides contre les Parthes sont désespérément lacunaires. C’est vraiment dommage parce qu’il semble que les héritiers de Séleucos aient su comment les combattre. Et je ne parle même pas des guerres entre nomades.
    Je souligne quand même le fait que les Sassanides firent évoluer leur tactique et que les archers montés n’occupaient plus autant le devant de la scène sous cette dynastie.

    * Je sais que les Sassanides adoptèrent la double chaîne métallique hephtalite pour suspendre leur épée. Si tu compares les images que j’ai postées, tu peux t’en rendre compte. Sur le plat d’or avec Shahpur 2, on voit l’épée pendre verticalement parce que le cavalier ne porte qu’une attache. Par contre, si tu regardes l’épée d’argent du 7ème siècle, tu aperçois deux appendices permettant à une chaîne de passer, ce qui évite que le fourreau traîne par terre lorsqu’on est fantassin.

    Kymiou, j’ai eu mal aux yeux quand j’ai vu l’équipement des légionnaires mais c’était la seule photo qui montrait un savaran avec un casque de ce type et une lance à une main. Malheureusement je ne peux pas répondre à ta question. Je ne me suis pas penché sur les armées byzantines du 6ème siècle et les quelques descriptions que j’ai lu pour mon dossier sur les Sassanides se sont révélées très parcimonieuses.

  • Participant
    Posts860
    Member since: 1 mai 2013

    C’est frustrant ce manque ou cette absence de sources bon sang ! :pinch:

    Il serait intéressant de comprendre pourquoi les armées musulmanes au VIIe siècle sont parvenues à vaincre si facilement les troupes sassanides. Il y a bien sur, comme tu l’as mentionné, le fait que l’Empire ait été affaibli en raison du conflit latent avec les Byzantins, qui ont repris possession en Égypte et Proche-Orient. Mais il y a certainement des causes militaires, tactiques. J’avais fait un petit dossier sur les armées musulmanes des conquêtes (ici), mais on y apprend pas grand chose sur l’opposition sassanides/musulmans.

  • Participant
    Posts2179
    Member since: 16 avril 2012

    En fait, les reliefs sculptés par les Sassanides et les Parthes sont des sources de première main. Mais ils ne montrent que quelques personnages et c’est tout le problème. Sur le plat d’Orlat représentant des archers/lanciers saces ou sur les différents sites sassanides, on voit surtout les nobles ou le roi qui combat seul. Ca ne livre aucune information sur le déroulement des opérations, mais on peut essayer d’en tirer quelque chose quand même. A Fîrûzâbâd, Artaban meurt des mains d’Ardashir. Il est peu probable que ce dernier ait tué lui-même son ennemi, mais peut-être qu’on a voulu représenter une charge de cataphractes contre le roi des rois parthe qui lui aura été fatale. Dans ce cas, Ardashir symboliserait toute la cavalerie lourde. C’est une possibilité, mais si ça trouve, Ardashir buvait du jus de pêche sous sa tente pendant qu’Artaban se prit une flèche perdue d’un de ses propres archers :S .

    Je vais essayer de faire quelques recherches sur la chute de l’empire sassanide pour comprendre comment ils purent perdre; ça me surprend aussi. Il faut savoir que le shahanshah qui partit en guerre contre Byzance au 7ème siècle finit assassiné pour sa politique et les défaites qui commençaient à s’accumuler. Il y a peut-être une raison identique pour le dernier représentant de la dynastie suite à la défaite de Mésopotamie.

    EDIT: je rajoute quelques images de représentations modernes de quelques unités sassanides.

    http://i222.photobucket.com/albums/dd271/julianus_heraclius/Sassanid%20UI%20Cards%20Revised/clibinarii_immortals_info.jpg
    Un pushtighban, garde du corps royal occupé à la garde des palais pendant les périodes de paix.
    http://i222.photobucket.com/albums/dd271/julianus_heraclius/Sassanid%20UI%20Cards%20Revised/clibinarii_info.jpg
    Un zhâyedân, un des 10’000 immortels, corps d’élite de la cavalerie sassanide.
    http://i222.photobucket.com/albums/dd271/julianus_heraclius/Sassanid%20UI%20Cards/sassanian_infantryA_info.jpg
    Un paighan, fantassin de base, assez proche par l’aspect à son prédécesseur achéménide.
    http://i222.photobucket.com/albums/dd271/julianus_heraclius/Sassanid%20UI%20Cards%20Revised/sassanian_legionaries_info.jpg
    Un Dailamite, fantassin d’élite de l’armée sassanide.
    http://i222.photobucket.com/albums/dd271/julianus_heraclius/Sassanid%20UI%20Cards%20Revised/elite_archers_sassanid_INFO.jpg
    Un archer moyennement lourd.
25 sujets de 1 à 25 (sur un total de 25)

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