Post has published by Solduros_390

Ce sujet a 79 réponses, 12 participants et a été mis à jour par  Solduros_390, il y a 5 mois et 2 semaines.

50 sujets de 1 à 50 (sur un total de 80)
  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    L’empire séleucide

    Emblème de la dynastie représentant une ancre en rapport avec un songe du fondateur, Seleukos Nikator

     

    Immensité, luxe, Antioche, Séleucie, éléphants mais aussi faiblesse endémique, souverains dépassés, complots récurrents… Voilà les mots qui viennent à l’esprit quand on pense à la dynastie séleucide qui régna de -305 à -64, comme si quelques termes pouvaient résumer l’histoire des plus puissants diadoques, pourtant assez mal connus du public. Comme tous les stéréotypes, ils ont leur part de vérité… et d’exagération. Je vais vous montrer comment cette famille a accédé au plus haut statut mondial qui existait à l’époque et ce qu’elle fit pour diffuser son propre héritage hellénique dans ses satrapies, continuant ainsi l’œuvre de celui qui fut leur maître à penser et leur modèle, Alexandre le grand.

    Commençons donc par le commencement, à savoir avec le fondateur de la dynastie qui portera son nom : Seleukos Nikator. Fils de Laodikè/Laodice et d’Antiochos, il s’illustre peu durant le règne d’Alexandre, bien qu’il ait servi Philippe 2 et qu’il fasse partie des hétaires. En effet, il arrive sur le devant de la scène seulement en -326 durant la campagne d’Inde où il commandera les hypaspistes avec d’autres compagnons. Il s’illustrera également à Suse par son mariage avec une princesse bactrienne : Apamée/Apameia, de qui il ne divorcera pas, contrairement aux autres diadoques.

    A la mort d’Alexandre, les péripéties commencent vraiment pour ceux que l’on appellera diadoques. Pourtant Seleukos n’en fait pas partie au départ. Il commence sa nouvelle carrière par le grade d’hipparque/général des hétaires. Mais à peine deux ans plus tard, on lui retire ce titre lors du traité de Triparadisos ; il sera désormais le satrape de Babylonie… jusqu’en -314, date à laquelle Antigonos Monophtalmos/Antigone le borgne le chasse de Mésopotamie car ce dernier ne veut personne sur son chemin qui le mènera à la domination de tout l’empire. Le fils d’Antiochos n’a alors d’autre choix que de trouver refuge chez son ami Ptolémée qui lui est bien accroché à l’Egypte.

    http://www.histoireeurope.fr/img/Seleucos%20Ier%20Nicator_1.PNG
    Buste de Seleukos Nikator

     

    Ensemble ils remporteront la bataille de Gaza contre le borgne, puis grâce au soutien lagide, Seleukos retournera en Babylonie. Avec 300 fantassins et 1100 cavaliers, il en reprendra possession car les habitants le considéraient comme un bon gouverneur. De là, il prendra rapidement le contrôle de tout l’Iran actuel. Nous sommes en -312 et certains historiens considèrent cette date comme le début de l’empire. Quoi qu’il en soit, Seleukos ne veut pas en rester là. I faut réunir absolument les terres qui appartenaient aux Macédoniens. Il va donc se lancer à la reconquête des hautes satrapies : Arachosie, Bactriane, Drangiane, Sogdiane… dès l’année -310. Il va même tenter de reprendre une partie de l’Inde des Gupta en -308. Cela aboutira à un traité de paix plus ou moins avantageux pour les deux souverains. Le séleucide renonce à deux provinces en échange de marier une des membres de sa famille avec le maharaja et de 500 éléphants. Avec ce traité, il vient d’assurer la paix, si ce n’est la reprise des terres jadis conquises par Alexandre.

    A l’autre bout de l’empire, Antigonos n’a pas freiné ses ambitions. Il a associé son fils, Démétrios à ses campagnes. Plus ! En -306, il s’est fait couronné basileus avec son enfant. C’est un défi lancé aux autres diadoques (dont fait maintenant partie Seleukos). Devant cette volonté universaliste, ils ne peuvent pas ne pas réagir. Ainsi, en -305, Ptolémée, Seleukos et Lysimaque accède également au titre de basileis. La guerre est inévitable. La coalition formée contre Antigone en -304 est simplement monstrueuse : tous les diadoques s’assemblent contre lui. Pourtant le vieux général parvient à aligner plus d’hommes que ses deux adversaires réunis ! En effet, Ptolémée ne prendra pas part à la bataille finale, bloqué en Coélé Syrie. Après plusieurs mois de marche et contre marche, le choc décisif a finalement lieu à Ipsos, en Asie mineure en -301.

    Des deux côtés les forces sont hallucinantes. 64’000 fantassins, 10’500 cavaliers, 400 éléphants et 120 chars pour les coalisés contre 70’000 fantassins, 10’000 cavaliers et 75 éléphants pour les Antigonides. En plus de ça, on retrouve de chaque côté des jeunes gens qui marqueront la suite de l’histoire : Antiochos, fils de Seleukos, Démétrios le futur poliorcète et Pyrrhos futur roi d’Epire qui fit ses premières armes.
    La bataille commence par une charge de cavalerie menée par Démétrios contre le flanc gauche coalisé. Ce dernier cède et le fils d’Antigonos poursuit les fuyards pour s’assurer qu’ils ne reviennent pas. Malheureusement pour lui, lorsqu’il fait volte face, 400 éléphants lui barrent le chemin ; il ne peut plus aider son père. Reprenant courage, les coalisés font avancer leur infanterie et cavalerie. La phalange d’Antigone (qui a 81 ans à ce moment-là) résiste tant bien que mal mais lorsque le roi meurt percé de flèches, elle décide de se rendre. Il ne reste plus à Démétrios qu’à fuir pour éviter le sort de son père.

    Après la victoire, les rois vainqueurs se partagent les terres d’Antigone. Lysimaque obtient l’Asie mineure jusqu’au Taurus. Cassandre renforce sa position en Macédoine, Ptolémée conserve la Syrie creuse et Seleukos annexe la Syrie et le reste de l’Asie mineure. Et comme pour marquer sa volonté de durer à cet endroit, Seleukos y fonde la tétrapole séleucide. Antioche, Laodice, Séleucie et Apamée deviendront le centre du pouvoir de la dynastie en Syrie et plus généralement à l’ouest de leur empire. Construites sur le modèle hellène, ces cités refléteront la culture des nouveaux maîtres de ces terres. Théâtres, lycées, gymnases, agoras seront désormais les termes à employer quand on parlera de ces villes.

    Du point politique, le basileus se montre fin stratège. Il se réconcilie d’une part avec Démétrios en lui demandant la main de sa fille, Stratonikè/Stratonice. D’autre part il confie la gestion des hautes satrapies à son fils Antiochos. Une anecdote les concernant ne manque pas de piquant. Antiochos tombe amoureux de Stratonice et le sentiment est réciproque. Quand le roi des rois l’apprend, il ne s’énerve pas. Au contraire, il bénie leur union et les nomme roi et reine des hautes satrapies.
    Profitant de cette bonne lancée, Seleukos va même apaiser les relations entre Démétrios et Ptolémée en organisant le mariage de celui-ci avec une fille du Lagide. Malheureusement, la trêve sera vite rompue. Démétrios, maître des îles veut un vrai royaume pour lui et sa descendance. La Macédoine fera très bien l’affaire. Seulement, les autres diadoques ne le supportent pas et l’ancienne coalition se reforme avec cette fois-ci Pyrrhos de son côté. Le rêve du poliorcète tourne vite court : il est obligé de fuir de ville en ville jusqu’au jour où il tombe malade et n’a plus d’autre choix que de capituler. Il se rend à Seleukos qui le traite bien mais qui l’enferme néanmoins malgré les supplications du fils de Démétrios. Ce dernier mourra 2 ans plus tard.

    En -285, commence le dernier chapitre des diadoques encore vivant. Il scellera une période de 42 ans de conflits. Tout d’abord, un fils déchu de Ptolémée rejoint la cour d’Antioche pour faire valoir ses droits au trône égyptien. D’autre part, Lysimaque se met à dos tout le monde antique en tuant son fils. Le reste de sa cour ira chercher refuge auprès du séleucide, et même Philhétairos, le gouverneur de Pergame qui appartient alors à Lysimaque. L’occasion est trop belle pour Seleukos. Il peut agrandir son empire à toute l’Asie mineure, voir à la Thrace. Il ne va pas s’en priver. En -281, les deux derniers compagnons d’Alexandre (Ptolémée 1er est mort en -283) s’affrontent à Couroupédion. Seleukos l’emporte. Et avec ça, il devient maître de tout l’ouest de l’Anatolie et de la Macédoine. Cependant, il ne profitera pas de ce succès. En -280, Ptolémée Kéraunos (le fils déchu du Lagide) l’assassine alors qu’il va se faire couronner roi de Thrace et de Macédoine. Ainsi finit le dernier représentant de la génération d’Alexandre.

    Fondateur d’un empire, continuateur du rêve d’Alexandre, il l’incarna jusqu’au bout. Il fit bâtir une cinquantaine de villes, il ne renia pas sa femme bactrienne et il tenta tant bien que mal à réconcilier les différents protagonistes de l’époque.

     

    Empire séleucide en 285 avant J.-C.

     

    Bibliographie

    Edouard Will, Histoire politique du monde hellénistique
    Olivier Battistini et Pascal Charvet, Alexandre le grand/histoire et dictionnaire

    Fichiers joints :
  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Chouette dossier pour un chouette sujet ;). Vivement que tu nous parle de la suite de cette dynastie qui a surement beaucoup de chose à nous apprendre

  • Participant
    Posts667
    Member since: 6 février 2013

    pas mal comme dossier je ne connaissait même pas l’existence de ce pays ^^”

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Super dossier Solduros, bien documenté et très complet !

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Tu fais toute l’histoire de l’empire ou tu ne parles que de Séleucos?
    En tous cas bravo, ça me semble complet et bien documenté.

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    Merci pour les encouragements.

    Le dossier s’appelle l’empire séleucide, pas Seleukos. Donc oui je continuerai à parler de toute la dynastie.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    C’est super! L’ennui c’est que l’histoire des séleucides est pleine de conflits très semblables de successions et si je ne m’abuse il y a au moins 5 guerres de Syrie alors il y a un risque de se perdre dans un dossier aussi bien détaillé.

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Rappel de la charte du forum :

    3 : Respect de la langue française, donc pas de SMS.

    Merci de faire plus attention à l’avenir

    Pour la modération
    Saganami

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Oui UlysseSLee, c’est de toi dont parlait Saganami. C’est pourquoi, nous te recommandons d’éditer ton message précédent pour supprimer les ‘c’ et autres signes de langage SMS (tu as l’option éditer sous ton post).

    Pour la modération,
    maxsilv

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Voilà, c’est fait.
    Il s’illustrera également à Suse par son mariage avec une princesse bactrienne : Apamée/Apameia, de qui il ne divorcera pas

    Ce n’est pas un des nombreux mariages dont l’instigateur est Alexandre, poursuivant son rêve d’unification des cultures grecques et orientales?
    De plus, j’ai lu dans ton texte que sa mère est Laodicée: ne serait ce pas en son honneur qu’à été fondée cette ville d’Asie Mineure?

  • Participant
    Posts1004
    Member since: 28 juillet 2012

    Tres bon dossier Solduros ;). On voit que tu t’implique.

  • Participant
    Posts538
    Member since: 10 février 2013

    On dirait que tu as étudié ça toute ta vie.

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    Antiochos Soter (281-261)

     

    Statère d’or représentant le roi

     

    Lorsque Antiochos 1er parvient au pouvoir, il a plus de la quarantaine et une dizaine d’années d’expérience de gouvernance. Cependant, il doit faire face dès son accession au trône à plusieurs menaces. Tout d’abord, une révolte éclate en Syrie, un des cœurs du pouvoir. On est peu documenté à son sujet, mais il est probable que Ptolémée Philadelphe ait semé des troubles dans cet empire qui peut lui faire de l’ombre. L’empereur doit ainsi se concentrer sur l’extrême orient méditerranéen, sans pouvoir se concentrer sur l’Asie mineure où réside la deuxième menace.

    On a vu que Seleukos avait vaincu Lysimaque et qu’il voulait recueillir son héritage. La mort l’en avait empêché ; il revient maintenant à son fils de le faire. Face aux désirs d’autonomie et de protection des cités de l’ouest anatolien, les Séleucides peuvent leur offrir les deux. Ainsi, tout le monde y gagne : la paix et le commerce sont assurés. C’est sans compter les appétits lagides qui s’emparent de plusieurs cités en Carie, Cilicie et Lycie. Les successeurs de Seleukos devront désormais faire front sur plusieurs points de leur empire. D’autant plus que le nord ouest de la Turquie actuelle n’était pas pressée de rentrer dans le giron d’Antiochos.

    Lorsque ce dernier arrive enfin en Asie mineure, la Bithynie s’est révoltée et alliée à quelques cités des détroits. Après des débuts chaotiques, les Séleucides semblent l’emporter. Antiochos passe une alliance avec Antigonos Gonatas, le nouveau roi de Macédoine qui vient de repousser l’invasion celtique qui menaçait la péninsule hellénique. C’est le début d’une longue amitié entre les deux dynasties. Après cela, il ne reste plus qu’à marcher contre les rebelles. Quand soudain en désespoir de cause, Nicomède, le roi de Bithynie, fait appel à ces soldats celtiques que l’on appellera désormais Galates. Il les utilise pour se débarrasser de son frère qui lui fait de l’ombre et pour créer un écran entre lui et les Séleucides.

    Ces derniers sont dans l’obligation de réagir. En effet, ils ne peuvent laisser les Celtes s’emparer de terres leur appartenant et ainsi, constituer une menace sur leur front ouest. Antiochos prévoit donc de les affronter. Vers l’an -276 (on n’est pas sûr de la date), son armée fait face aux Galates. Les Hellènes sont terrorisés par les chars et la stature des Celtes dont la réputation n’est plus à faire. Le basileus lui-même craint cette confrontation, mais il détient un atout de taille dans sa manche. Lorsque les cavaliers et les chars des Galates s’élancent, le Séleucide sort son arme secrète : huit éléphants qu’il a répartis aux ailes et qui mettent en déroute les chevaux ennemis. Les fantassins adverses n’en mènent pas plus large, n’ayant jamais vu de telles bêtes. La victoire est totale et les Celtes sont repoussés. Ils resteront désormais dans une région qui portent encore leur nom : la Galatie.

    Fort de ce succès, Antiochos se voit attribuer l’épithète de soter, le sauveur. Malheureusement pour lui, à peine vient-il de triompher qu’un autre danger se profile à l’horizon. Le roi de Cyrénaïque, Magas, qui est le beau-fils par alliance de Ptolémée 1er, veut se rendre indépendant de l’Egypte. Pour se faire, il épouse une princesse séleucide, Apameia/Apamée et déclare la guerre à Ptolémée 2. S’étant allié à la Cyrénaïque, Antiochos se doit d’intervenir pour soutenir Magas. Seulement, deux épisodes vont en décider autrement. D’abord, des nomades vont menacer les arrières du roi de Cyrène, ce qui le contraint à rebrousser chemin. Ensuite, des mercenaires galates vont se mutiner contre Ptolémée et rendre impossible une quelconque défense ; Antiochos n’a même pas à intervenir. Quant à Magas, il conserve son trône jusqu’en -250. Ironie de l’histoire, le conflit se règle sans une seule goutte de sang. Il n’en sera pas de même par la suite.

    Suite qui intervient à peine un an après… avec ce que les historiens appellent la première guerre de Syrie. Cette dernière est très mal connue et il faut plus supposer qu’affirmer. On sait tout au plus qu’elle commence en -274 avec un raid ptolémaïque en Babylonie (vous avez dit guerre de Syrie…) qui est finalement repoussé. On pense qu’ensuite, le Séleucide marche contre Damas en -273. Après cela, c’est le flou total jusqu’en -271, date de la paix que les deux parties célèbrent comme une victoire. (Ne pas perdre revient pour eux à gagner).

    Les dix dernières années du règne sont encore plus mal connues que les dix premières. On sait juste qu’Antiochos se rend en orient et qu’il substitue Antiochos 2, son cadet à Seleukos, son aîné dans le gouvernement de quelques satrapies. En outre, Seleukos semble avoir été assassiné (le début de la réputation de la dynastie…). A côté de ça, le grand drame de l’empire se joue dans ces années. Eumène, roi de Pergame en -263 décide de se rendre indépendant de son souverain. Antiochos réagit évidement mais son armée est vaincue à Sardes. La Mysie n’appartient plus à l’empire séleucide. Le basileus ton basileon ne survit pas à cet échec. La mort l’emporte en -261.

    UlysseSLee, il s’agit en effet d’un des 10’000 mariages qu’Alexandre fit célébrer à Suse en -324. La ville de Laodicée que je mentionne est en Syrie et non en Asie mineure, même s’il est à peu près certain qu’il y en ait eu en Anatolie. Pour répondre à ta question, Seleukos nicator donne les noms de : lui-même (Séleucie), de son fils/père (Antioche), de sa femme (Apamée) et de sa mère (Laodicée) à ses villes. Elles essaimeront partout dans l’empire comme les Alexandrie avant elles.

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    Antiochos II Théos (261-246)

     

    Statère d’argent d’Antiochos Théos

     

    Comme nous l’avons vu, le troisième souverain séleucide était le cadet de son père. Il avait remplacé son frère Seleukos et dès -266, il avait dirigé en corégence avec le basileus. Et son règne commença comme celui de son prédécesseur : avec un conflit extérieur.

    Ptolémée Philadelphe s’était emparé de la côté ionienne et carienne, éliminant au passage un de ses fils qui s’était réfugié à Ephèse. Craignant la suprématie lagide en mer Egée, les Rhodiens combattirent une flotte égyptienne et aidèrent Antiochos à conquérir Ephèse. A côté de ça, on sait trop peu de choses pour affirmer avec certitude quoi que ce soit. Il semble qu’Antigonos Gonatas, le roi de Macédoine, ait livré bataille à Cos ou Andros à Ptolémée mais on en ignore la date… Après plusieurs années de guerres dont on ne connaît quasiment rien, la paix revint vers -255 ou -253. Et elle fut favorable à Antiochos. L’Ionie repassa sous son contrôle ainsi que quelques places de Carie et de Pamphylie. La deuxième guerre syrienne se concluait donc par un gain territorial séleucide qui aurait dû voir le jour dès la victoire de Seleukos sur Lysimaque. En parallèle à ça, Antiochos répudia sa femme avec qui il avait deux enfants et épousa Bérénice, la fille de Ptolémée Philadelphe.

    Le reste du règne d’Antiochos reste relativement vague. On ne sait s’il alla en orient, là où les problèmes n’allaient pas tarder à surgir. On connaît juste sa campagne dans la région des détroits où il combattit Byzance et poussa même jusqu’en Thrace. Par contre, on n’a aucune indication quant à une éventuelle guerre contre la Bithynie.

    Le basileus n’eut pas le temps d’entrevoir de nouvelles entreprises. Il mourut à Sardes à 40 ans seulement, après avoir désigné son fils aîné, Seleukos 2 pour lui succéder. Mort naturelle ou assassinat ? On l’ignore mais une chose est sûre : ce décès allait mener l’orient méditerranéen vers une guerre entre les deux plus grosses puissances de l’époque.

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    Seleukos 2 Kallinikos (246-226)

    http://www.monnaiesdantan.com/medias/seleucide-seleucus-kallinikos-246-z131567.jpg

    Comme nous l’avons vu, Seleukos 2 est le fils d’Antiochos théos et de Laodicée. Celui-ci l’a désigné comme successeur sur son lit de mort, repoussant du même coup le fils que le basileus avait eu avec Bérénice, son épouse lagide. Evidemment, cela eut des conséquences inévitables, Ptolémée 3 voulant voir un prince de son sang sur le trône asiatique.

    Donc pour varier un peu les plaisirs, le nouveau souverain séleucide va commencer son règne par un conflit à l’ouest de son empire. Dans un premier temps, il ne fut reconnu seul souverain uniquement par l’Asie mineure, tandis que le fils de Bérénice rassemblait toutes les autres satrapies.

    Cette 3ème guerre de Syrie commence bien mal pour Seleukos 2. Ptolémée remonte la côte phénicienne, s’empare de Séleucie (le port d’Antioche) où la population l’accueille chaleureusement et pousse jusqu’à Antioche. Là aussi, les habitants sont heureux de voir arriver le pharaon dans leur ville. Pourtant, Ptolémée 3 va vite déchanter.
    Il se rend compte que sa sœur Bérénice et son neveu ont été assassinés, sans que la population soit au courant néanmoins. Il se trouve donc dans une situation embarrassante vu que son motif (soutenir son neveu) d’invasion vient de disparaître. Cependant, il décide de continuer sa campagne. Vengeance ou ambition lagide sur certaines terres séleucides ? Nous n’en savons rien, mais une chose demeure sûre, il va agrandir (très momentanément) l’Egypte comme jamais. En effet, sans aucune difficulté, il marche à l’est et obtient la soumission des satrapes jusqu’en Mésopotamie. Dès lors, les choses vont se gâter pour lui.
    Une révolte éclate en Egypte et il doit revenir sur ses pas. Ce qu’il fait non sans laisser quelques garnisons dans des villes sémites de l’empire. La vraie guerre peut maintenant commencer.

    Lorsque Seleukos arrive en Syrie en -245, la nouvelle de la mort du fils de Bérénice s’est répandue. Désormais, le fils aîné d’Antiochos 2 incarnant la légitimité de la dynastie, les asiatiques ne veulent plus de Ptolémée sur leur terre. Cela explique pourquoi le megas basileus recouvre sans peine les régions de Mésopotamie et de Syrie (à une exception prêt). Profitant de cette vague euphorique, il en profite pour marcher sur la Coelé Syrie. Réclamant des troupes à sa mère restée en Asie mineure, il les obtient après une concession en faveur de son frère; ce dernier gérera les satrapies d’Anatolie. Pour l’instant, cette association fonctionne et elle contraint le Lagide à la paix en -241. Fait étonnant, l’Egypte conserve Séleucie. A côté de ça, elle garde également les côtes ioniennes et cariennes. Le bilan de cette guerre est donc dérisoire, hormis la prise d’une des 4 cités de la tétrapole séleucide.

    Nous avons conservé une stèle trouvée à Adoulis dans le royaume d’Axsum, gravée par Ptolémée Evergète qui retrace très grossièrement les événements de cette troisième guerre de Syrie. Vous pouvez donc voir à quoi nous devons nous fier pour tenter de recréer les faits antiques.

     

    Le grand roi Ptolémée, fils du roi Ptolémée et de la reine Arsinoé, dieux Adelphes, [fils] du roi Ptolémée et de la reine Bérénice, dieux Sauveurs, descendant par son père d’Héraclès fils de Zeus et par sa mère de Dionysos fils de Zeus, reçut de son père la royauté d’Egypte, de Libye, de Syrie, de Phénicie, de Chypre, de Lycie, de Carie et des Cyclades. Il fit campagne en Asie avec ses forces d’infanterie, de cavalerie, ses forces maritimes ainsi qu’avec des éléphants troglodytes et éthiopiens que son père et lui-même chassèrent pour la première fois en ces lieux. Ils les ramenèrent en Egypte et les préparèrent pour la guerre. Il se rendit maitre de toute la région interne de l’Euphrate, de la Cilicie, de la Pamphylie, de l’Ionie, de l’Hellespont, de la Thrace et des forces armées de ces régions avec leurs éléphants ainsi que des monarques établis dans toutes ces régions. Il traversa l’Euphrate, la Mésopotamie, la Babylonie, la Susiane, la Perse, la Médie et de toutes les terres restantes jusqu’en Bactriane. Sous lui, on pilla les temples des Perses et on rapporta [le butin] en Egypte avec le reste du trésor du roi perse. Il ramena ses troupes à travers les canaux…

    Stèle d’Adoulis, OGIS, 54. J’ai traduit moi-même mais je n’ai pas réussi à faire apparaître le texte original.

     

    Mais pendant ce temps, à l’autre bout de l’empire, un phénomène autrement plus grave émerge, dont il faut parler à présent.

    Sans entre dans les détails des relations Séleucido/iraniennes, je vais présenter l’irruption « parthe » dans l’histoire occidentale.
    Pendant l’expédition de Ptolémée, Andragoras, satrape de Parthiène, ne se soumet pas au Lagide. Cependant, il semble qu’il ne prête pas non plus allégeance au Séleucide. Son ambition et les dangers que représente la steppe le pousse à se déclarer roi indépendant. Mal lui en prend, car dès lors, il n’est plus protégé par Seleukos et les Parnes (premier nom des Parthes) peuvent s’engouffrer dans la brèche. Leur victoire s’achève vers -239 avec la prise de la satrapie et la mort d’Andragoras.
    Au même moment, on observe un phénomène analogue en Bactriane. Le satrape Diodote, fidèle à Antiochos 2, se détache petit à petit de Seleukos 2. Jusqu’à la rupture définitive en -239. On peut expliquer cela par un désir de la population sédentaire de se protéger contre les hordes nomades. Voyant que le megas basileus ne peut pas intervenir, elle accepte sans difficulté le titre de roi que s’octroie Diodote. Désormais, la Bactriane et la Parthie vivront leur vie indépendamment et si la première ne posera pas de problèmes aux Séleucides, il en sera autrement pour la deuxième.

    Revenons à l’Asie mineure. Nous avons vu qu’Antiochos Hiérax, le frère de Seleukos 2 avait été nommé corégent de l’empire pour l’ouest. Sa mère Laodicée (qui est également la mère de Seleukos…) avait poussé son fils à réclamer plus de pouvoir, et maintenant, elle voulait que son cadet (Antiochos) acquît un territoire personnel, et pourquoi pas tout l’empire si on lui en laissait l’occasion. Antiochos se souleva donc en demanda un appui aux dynastes locaux indépendants. La Bithynie, la Cappadoce et le Pont rejoignirent donc le camp du cadet, préférant voir l’empire séleucide affaibli que puissant et uni. De plus, Antiochos obtint l’appui des Galates.
    Après une première victoire, Seleukos ne put néanmoins pas marcher sur Sardes car il fut écrasé à Ancyre. Regagnant la Syrie la queue entre les jambes, il dut signer une paix laissant à son frère les terres d’Asie mineure. Si l’on considère qu’à côté de ça, les Parnes et les Bactriens firent irruption en même temps que ce traité défavorable, on peut imaginer dans quel état désespéré devait se trouver Seleukos 2.
    Une fois basileus Antiochos Hiérax (l’épervier) décida de réduire l’indépendance de Pergame. Ayant acheté à prix d’or l’alliance chancelante des Galates, il marcha contre la capitale ennemie… sans succès. Il fut vaincu et Eumène put sans crainte se proclamer lui aussi basileus. L’indépendance pergaménienne était dès lors consommée.

    Antiochos dut ensuite combattre les Galates qu’il réussit à vaincre. Cependant, loin de vouloir se réconcilier avec son frère, il chercha encore une fois à écraser Eumène. Résultat : ses armées furent balayées en Carie, en Phrygie et en Lycie. Dès lors, rien n’empêchait le Pergaménien d’envahir l’Asie mineure séleucide : ce qu’il fit. Insatiable et buté, le frère de Seleukos se dirigea ensuite plus à l’est pour disputer des territoires à son aîné. Il perdit en Mésopotamie face à des stratèges du megas basileus. A ce moment-là, il ne lui restait que la fuite pour continuer sa vie. Après être passé en Cappadoce, il se rendit en Thrace où il périt assassiné (-226).

    Triste destin que celui de Seleukos Kallinikos (belle victoire, suite à sa reconquête de la Syrie) qui mourut la même année que son traître de frère. Cependant, pendant que ce dernier dilapidait l’héritage paternel, le roi légitime tenta de réagir face aux Parnes. Encore une fois, les sources ne sont pas claires à 100%. On estime que cela se passa vers -230/-227 et qu’après quelques revers, le Séleucide connut plusieurs succès. Cependant, il ne put pas les exploiter car de nouveaux troubles vinrent secouer l’ouest de ses possessions. Finalement, il ne réussit qu’à repousser quelques temps les Parthes (on peut les appeler comme ça désormais) et ne marcha même pas contre la Bactriane.

    Seleukos mourut donc sur ces entrefaits et on peut estimer qu’il représente bien l’empire qu’il dirige. Trop vaste pour s’occuper de tout en même temps, le basileus se retrouve forcé d’errer d’un endroit à un autre sans rien achever. Seleukos Kallinikos ne manquait pas d’énergie ni de courage, mais la tâche qui lui était imposée était tout simplement trop lourde pour un homme. Il ne pouvait que limiter les dégâts au mieux ; ce qu’il réussit en partie à faire.

    J’espère que ce poste est assez clair, parce que j’en bavé pour l’écrire et je ne suis pas sûr d’avoir mentionné tous les faits les plus marquants. Alors si vous avez des remarques, j’essayerai de compléter ce que j’ai écrit.

  • Participant
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    Member since: 12 avril 2012

    Non, ne t’inquiète pas Soldorus, le texte est dense mais clair. C’est sûr que ce n’est pas évident de raconter un règne aussi dense en événement, mais tu te débrouille très bien à mon avis ;).

  • Participant
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    Member since: 16 avril 2012

    Seleukos 3 (226-223)

    Statère d’argent de Séleucos III

     

     

    Après le règne mouvementé de Séleucos II, celui de son fils paraît bien fade, mais surtout très court; à peine trois ans. Reprenant la volonté paternelle qui souhaitait récupérer l’Asie mineure, le nouveau roi décida d’y mener une expédition. En 223, accompagné par un certain Achaïos (un membre de la famille royal). Seleukos franchit le Tauros et mourut assassiné en Phrygie. On ne connaît aucune bataille ou siège qui aurait pu avoir lieu durant cette campagne. On apprend seulement qu’Achaïos fit venir le jeune frère de Seleukos 3, Antiochos 3, dont le règne va être autrement plus grand et long que celui de son prédécesseur.

    Il y a plus à voir sur la pièce de monnaie qu’à lire dans le texte 😛 .

  • Participant
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    Member since: 12 avril 2012

    Antiochos III c’est bien celui qui se prenait pour Alexandre sans jamais réussir à canaliser ses charges de cavalerie, c’est bien ça??

  • Participant
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    Member since: 16 avril 2012

    Disons qu’il voulut refaire ce qu’Alexandre avait fait et effectivement, il avait quelques problèmes à coordonner sa cavalerie. La suite est en préparation. Elle devrait arriver ce week-end ou en début de semaine prochaine.

  • Participant
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    Member since: 16 avril 2012

    Antiochos 3 Megas (223-187)

    Roi de l’Asie, roi des rois, basileus tôn basileôn, shahân shah, héritier d’Alexandre, nouveau Xénophon… Antiochos 3 se présente comme un digne successeur de héros grecs. Xénophon d’abord en réitérant l’Anabase. Alexandre ensuite en reconquérant le monde iranien. Seleukos nicator enfin en aspirant à l’hégémonie sur les royaumes hellénistiques.
    Homme de terrain, toujours à la tête de ses troupes, il se montra intelligent, habile et n’eut qu’un seul but durant sa vie : remonter l’empire à ce qu’il était en -280 et se placer en seul héritier d’Alexandre le grand.

    C’est le souverain séleucide dont il y a le plus à dire (avec Seleukos Ier). Préparez-vous pour un pavé, préparez-vous à vivre sous le soleil de l’Asie, préparez-vous à entendre les phalanges avancer en ordre et les cataphractes retourner la terre, préparez-vous à marcher dans les pas d’Antiochos megas !

    http://miltiade.pagesperso-orange.fr/antiochos_megas.jpg

    Né vers 243 avant JC, Antiochos n’était pas destiné à monter immédiatement sur le trône. En effet, son frère aîné Seleukos 3 succéda en premier à leur père Antiochos 2. Malheureusement pour lui, comme nous l’avons vu, il mourut assassiné en -223 alors qu’il tentait de reconquérir l’ouest de l’Anatolie, envahie depuis peu par Pergame.
    A ce moment-là, Antiochos se trouvait en Mésopotamie. Et comme l’armée avait besoin d’un roi, elle proclama Achaïos, un cousin de Seleukos 3 que nous avons déjà rencontré. Pourtant, Achaïos (qui était stratège au sens hellène) refusa. Il fit acclamer à la place son cousin, Antiochos qui s’empressa de quitter Babylone. Ce dernier procéda à des remaniements «ministériaux » avant de se rendre à l’ouest ; il nomma Molon en Iran, Achaïos en Asie mineure (qu’il devait d’abord reconquérir) et Hermias pour diriger les finances. Une fois le royaume stabilisé, le nouveau roi put sans crainte rejoindre Antioche. Ce retour s’accompagna d’une bonne nouvelle pour les Séleucides vu qu’en 222, Achaïos avait repris les terres que Pergame avait envahies (à part Pergame même). Ce règne commençait sous les meilleurs auspices et le basileus n’avait aucune raison de s’inquiéter. Du moins le croyait-il…

    A peine quelques mois plus tard, Molon entra en rébellion envers le pouvoir séleucide. Si je dis pouvoir et non roi, il y a une raison. Le satrape n’en voulait pas à Antiochos, mais à Hermias. Car ce dernier dirigea réellement l’empire pendant plusieurs années, profitant de la jeunesse du monarque. Il souhaitait réduire le pouvoir des satrapes au profit du souverain (entendez lui-même !), ce qui ne manqua pas de faire peur à Molon.

    Au moment où la cour séleucide apprit la révolte, elle se trouvait à Zeugma sur l’Euphrate, où elle y attendait la princesse Laodice du Pont, la fiancée d’Antiochos. Sans hésiter, un « ministre » conseilla de réagir tout de suite. Si le basileus se montrait rapidement, les insurgés n’oseraient pas bouger. Mais Hermias veillait et il conseilla au roi d’attaquer sans plus attendre la Coelé Syrie. En tentant de détourner Antiochos de l’est, il prouvait qu’il avait peur d’être déposé si Molon lui mettait la main dessus. Et il y réussit ! Antiochos se laissa convaincre de rentrer à Antioche pour préparer l’assaut tandis que 2 stratèges devaient mater Molon.
    Malheureusement, cela ne fonctionna pas. A peine arrivé dans sa capitale, Antiochos apprit que le satrape de Médie avait repoussé ses 2 généraux. Il voulut alors se rendre en personne en Babylonie pour vaincre la révolte, mais Hermias l’en dissuada une fois de plus. On envoya un mercenaire accomplir le travail. Car pour le ministre des finances, l’important restait la Syrie creuse (et surtout la perspective d’éloigner le roi de Molon).
    L’expédition partit donc au printemps 221. Mais Hermias avait sous-estimé les défenses lagides ; l’attaque se brisa dans les montagnes libanaises. Dès lors, Antiochos dut rentrer piteusement à Antioche.

    En parallèle, Molon vainquait le stratège envoyé contre lui et s’emparait de Séleucie du Tigre et de Doura Europos. Cette fois encore, le basileus décida de marcher contre le rebelle. Hermias s’y opposa mais il était désormais seul. Il dut s’incliner. Néanmoins, il fit assassiner le ministre qui avait dès le départ préconisé de mâter Molon sans attendre. Il voulait jusqu’au bout maintenir son influence sur le roi.
    Toujours en 221, Antiochos 3 gagna la Mésopotamie. Lors de la bataille décisive, l’aile gauche de Molon passa à Antiochos, ce qui lui permit de vaincre. Voyant la défaite arriver le rebelle se suicida. Après cette victoire, l’ordre fut rétabli dans la région. Antiochos poussa alors une pointe vers l’Atropatène (l’Azerbaïdjan) car son prince avait été l’allié de Molon. Si Hermias était réticent au départ, il accepta volontiers lorsqu’on apprit la naissance d’un héritier. Car un prince jeune et orphelin a besoin d’une tutelle… Malheureusement pour lui, Antiochos n’eut pas à combattre. L’Atropatène rentra dans le rang et le souverain séleucide put regagner sa capitale en toute quiétude à l’automne 220. Il fit même un geste très populaire en assassinant Hermias le détesté. Désormais, il était seul maître à bord. Il n’apprit qu’en rentrant qu’Achaïos avait pris le titre de roi en Asie mineure.

    On ignore tout des actions d’Achaïos entre 222 et l’été 220. Il semblerait qu’il ait fait ce qu’il avait à faire en tant que satrape, et qu’au moment de l’expédition en Atropatène, il décida de marcher sur Antioche pour éviter qu’Hermias s’emparât du trône. L’armée l’ayant acclamé, il accepta le titre de roi et ne le « rendit » pas lorsqu’il apprit le retour triomphal d’Antiochos. Ce fut une surprise en soit, mais pas autant que celle qui vit le roi « légitime » adresser seulement une lettre de reproches à Achaïos. Et de fait, l’empire allait connaître une corégence durant plusieurs années. Car loin de vouloir mâter son cousin, Antiochos se résolut à marcher une nouvelle fois sur la Palestine. La 4ème guerre de Syrie était lancée.

    Profitant de la jeunesse du nouveau Ptolémée, Antiochos débuta sa campagne en 219. Sa première étape fut la prise de Séleucie de Piérie que Ptolémée 2 avait conquise. De là, le roi séleucide pouvait marcher vers le sud sans crainte d’être harcelé sur ses arrières. La situation s’améliora encore pour lui lorsque le général lagide commandant la Coelé Syrie lui livra les places fortes de la région.
    A Alexandrie ce fut la stupéfaction. On s’attendait à ce que les défenses du Liban tiendraient plus longtemps. La panique gagna l’Egypte. On inonda la région de Péluse (les portes du delta pour qui vient d’Asie) et on tenta de gagner du temps pour lever une armée. Ptolémée envoya une délégation négocier avec le roi séleucide. Un armistice fut signé et l’on continua de chercher un compromis.
    Pendant ce temps, Ptolémée commença à recruter des soldats pour parer au plus pressé. Il dut faire ce que ses prédécesseurs avaient refusé: engager des Egyptiens. Cela fit naître de graves troubles dans le royaume ptolémaïque mais pour le moment, seule la survie entrait en ligne de compte.
    Quelques mois plus tard, la guerre reprit. Antiochos poursuivit son avantage en s’emparant de nombreuses places fortes. A l’hiver 218, seuls Sidon et le sud de la Palestine lui échappait. Ptolémée n’avait plus le choix. Il mena lui-même l’armée au devant des Séleucides. Le choc eut lieu le 23 juin 217 (le même jour que le lac Trasimène) à Raphia, tout au sud de la Palestine.

    L’armée séleucide se déploie dans la plaine. Sa phalange forte de 20’000 hommes en compose le centre. La moitié est constituée de soldats professionnels, la plupart étant des argyraspides. Plus de 26’000 autres fantassins gravitent autour de cette phalange. Ils sont soutenus par 5’500 archers perses et crétois et par 6’000 cavaliers. Pour finir, Antiochos place ses 102 éléphants en première ligne.
    De son côté, Ptolémée aligne 25’000 phalangites macédoniens, 20’000 phalangites égyptiens et 14’000 fantassins galates, thraces et hellènes. Les 3’000 soldats de l’agêma sont aussi présents. 5’000 tireurs et 5’000 cavaliers complètent le dispositif lagide avec les 73 éléphants africains également placés en première ligne.

     

    Mercenaire galate

     

    Le combat débute par une harangue aux troupes de la part d’Antiochos, de Ptolémée et de… Arsinoé, la sœur de Ptolémée. Polybe nous dit que les deux rois n’avaient pas d’expérience de la guerre et qu’ils exaltèrent l’honneur de leurs ancêtres pour les motiver (il oublie la campagne d’Antiochos contre Molon). Une fois les discours finis, la bataille s’engage par un duel d’éléphants sur la droite séleucide. Les pachydermes d’Asie l’emportent facilement sur leurs congénères africains. Le premier rideau égyptien est tombé. Antiochos peut alors mener lui-même la charge de cavalerie qu’il espère victorieuse. Et de fait, ça marche. L’aile gauche lagide plie complètement et doit se replier. Ptolémée en personne doit se réfugier derrière sa phalange. Mais le général lagide commandant l’aile droite ne perd pas son sang froid. Il lance sa cavalerie sur la gauche séleucide. Il contourne les éléphants et charge les cavaliers qui fuient tandis que les fantassins ptolémaïques repoussent les fantassins arabes et mèdes de l’aile gauche. Ainsi, chaque armée a gagné sur sa droite et perdu sur sa gauche. Il ne reste que les 2 phalanges intactes, menacées sur leur flanc gauche. Ptolémée s’avance au milieu du champ de bataille pour se montrer à tous les soldats. Encouragés par cette vision, les troupes lagides marchent contre les Séleucides. Le moment est critique. Antiochos n’a qu’à revenir s’abattre sur l’arrière ennemi et c’est bon. Mais Antiochos ne revient pas de sa poursuite, contrairement à son adversaire qui peut complètement encercler la phalange séleucide. Lorsque le basileus revient et s’en aperçoit, il est trop tard; son armée est en déroute.

     

    Les argyraspides

     

    La défaite de Raphia porta un coup d’arrêt à l’avance séleucide. Antiochos perdit 10’000 fantassins, 300 cavaliers et 6 éléphants tandis que Ptolémée ne payait sa victoire qu’au prix de 1’500 fantassins, 700 cavaliers et 16 éléphants. Le Lagide put continuer son marche victorieuse jusqu’en Syrie où le roi des rois se décida à traiter. Il renonçait à la Coelé Syrie tandis que Ptolémée lui rendait Séleucie de Piérie.

    A ce moment-là, Antiochos devait sûrement se sentir abattu. Il se voulait un souverain digne de Seleukos 1er. Il se devait de réagir rapidement pour restaurer son blason. L’Iran oriental échappait à sa famille depuis plus de 20 ans. C’était l’occasion de remettre la main dessus. Mais avant, il devait encore régler une affaire: vaincre Achaïos pour réunir les territoires séleucides sous la gouvernance d’un même homme.

    Achaïos avait justement fort à faire pour conserver intact l’héritage de sa famille. Attale n’arrêtait pas de l’attaquer avec l’aide de Celtes de la région. On connaît très peu le résultat des ces affrontements, mais on suppose que personne n’arrivait à prendre l’avantage.
    En 216, Antiochos marcha à l’ouest et passa une alliance avec Attale contre son cousin. Malheureusement, nous ne connaissons que l’épilogue de cette guerre fratricide. Achaïos fut rapidement contraint de se réfugier dans Sardes et le siège dura plusieurs années. On nous donne heureusement quelques précisions sur la fin de cette opération.

     

    (1) Tout étant prêt, quand la lune eut disparu, Lagoras et sa troupe s’approchèrent doucement des murs avec les échelles et allèrent se cacher sous une pointe qui faisait saillie sur le fossé. Au retour du jour, (2) les sentinelles furent levées en cet endroit. Comme de coutume, Achaios envoya une partie de ses forces à leurs postes, et réunit le reste dans l’hippodrome en ordre de bataille, sans que personne eût idée de la présence de Lagoras. (3) Mais quand les deux premières échelles furent dressées, et que Denys et Lagoras commencèrent à monter, un mouvement inusité et un grand tumulte se firent dans le camp ; (4) car si pour ceux qui étaient dans la ville, et pour Achaios retenu dans la citadelle, Lagoras et ses compagnons restaient inaperçus, grâce à la pointe dont nous avons parlé, la hardie escalade de ces braves était visible pour le camp entier. (5) Parmi les soldats, les uns admiraient tant d’audace, les autres en attendaient plus particulièrement les suites avec quelque crainte, et tous étaient debout partagés entre l’étonnement et la joie. (6) A la vue de cette agitation, le roi afin de porter ailleurs l’attention de l’armée et celle de l’ennemi, donna ordre à ses troupes d’avancer, et les dirigea sur la porte opposée à celle que devait attaquer Lagoras, et qu’on appelle la porte de Perse. (7) Achaios de son côté, frappé du mouvement qui avait lieu chez l’ennemi, ne savait à quoi l’attribuer et était fort incertain sur ce qu’il devait faire. (8) Enfin il envoya quelques détachements vers la porte menacée, mais comme il fallait descendre par une pente étroite et très roide, le secours arriva tard. (9) Aribaze, qui commandait la ville, s’était déjà rendu à la même porte dès qu’il avait aperçu Antiochos, sans avoir soupçonné un instant quelque ruse. Il plaça une partie de ses soldats sur les murs, et lança l’autre au dehors, les engageant à repousser l’ennemi qui déjà était proche, et à en venir hardiment aux mains avec lui. Polybe, 7, 17.

    Les hypaspistes avaient encore une fois prouvé leur valeur. Ils avaient permis à Antiochos de s’emparer de la ville rebelle. Sardes fut pillée et Achaios (cousin d’Antiochos je rappelle) fut exécuté. Le roi voulait sans doute faire un exemple envers tous les rebelles qui oseraient contester son autorité.

     

    Désormais, rien ne s’opposait plus à la campagne que le roi projetait de mener contre les satrapies supérieures qui échappaient aux séleucides depuis plusieurs décennies. Il rêvait de marcher dans les pas d’Alexandre, et nul doute qu’il reviendrait de son anabase victorieux et couvert de gloire.
    Il se mit donc en route avec son armée en 212. Sa première étape fut l’Arménie, pays théoriquement vassal mais qui ne payait plus le tribut depuis quelques années. Après un semblant de résistance, le roi arménien traita et paya les arriérés. De plus, il dut épouser une sœur d’Antiochos, Antiochis.
    Après ce hors-d’œuvre, le basileus se dirigea vers le vrai but de sa mission: l’orient. En 211, il atteignit la Médie. Il y rassembla une grande armée (100’000 fantassins et 20’000 cavaliers selon Justin qui exagère sans doute) fort coûteuse. Car même avec l’argent arménien, il dut recourir à un expédient pour solder ses troupes; il spolia un sanctuaire indigène ce qui lui rapporta 4’000 talents. Enfin, il acheva ses préparatifs en associant son fils aîné à la royauté au cas où il mourrait durant la campagne.

    Les vraies opérations débutèrent en 209. Antiochos longea la mer caspienne sans difficulté jusqu’à Hecatompylos. Le roi parthe Arsace 2 se retira à l’est, vers le Khwarezm. Dès lors, la progression séleucide devint plus dure et Antiochos, Néanmoins, un fragment de Polybe nous apprend qu’Antiochos réussit à s’emparer d’une ville nommée Sirynx, ce qui contraignit les Parthes à traiter. Cependant, on ne connaît pas les termes de cette ambassade. Est-ce qu’Arsace dut se déclarer vassal ? Est-ce qu’il dut fournir des troupes ? Est-ce qu’il dut payer un tribut (probablement) ? Toujours est-il que les Iraniens allaient se tenir tranquilles pour quelques années et que les routes commerciales vers l’orient étaient rétablies.

    Le deuxième gros objectif du roi était la Bactriane du roi Euthydème. Antiochos se mit en marche en 208 en direction de l’Arie, passage obligé pour se rendre à Bactres. Le roi de Bactriane entendait bien arrêter la progression du séleucide. Il rassembla une armée de 10’000 cavaliers sur les bords du fleuve Arios. Cependant, Antiochos parvint à tromper son adversaire en traversant le cours d’eau à un endroit qu’il n’attendait pas. Ainsi, il força son ennemi à lui livrer une bataille rangée.

    Le roi séleucide ne peut compter que sur 2’000 hétaires et 10’000 fantassins parmi lesquels des peltastes. Sans hésiter, il mène lui-même la charge contre l’avant-garde bactrienne. Malgré une blessure à la mâchoire, il continue de combattre. Et il parvient à repousser la première vague ennemie. Mais bientôt, deux autres colonnes de cavaliers (des cataphractes ?) surgissent pour attaquer les hétaires. L’intervention d’un officier séleucide permet de redresser la situation. Les chevaux bactriens doivent à nouveau battre en retraite, poursuivis par les cavaliers séleucides qui tranchent dans le vif et font de nombreux prisonniers.

    Après sa défaite, Euthydème dut se replier à Bactres, où Antiochos vint l’assiéger. On rapporte que cela dura 2 ans au bout desquels, les 2 adversaires résolurent de trouver un accord. Antiochos avait sans doute voulu reprendre toute la Bactriane. Il dut admettre que ce projet aurait nécessité trop d’efforts. Il conclut donc une alliance avec Euthydème et promit une de ses filles en mariage à Démétrios, un prince bactrien. Puis, après avoir reçu des vivres et des éléphants, le Séleucide continua son chemin.
    Il atteignit «l’Inde», et reçut l’hommage d’un dynaste local qui lui paya un tribut, le ravitailla et lui donna des éléphants. Dès lors, Antiochos pouvait tranquillement revenir en Syrie. Il emprunta le même chemin de retour qu’Alexandre. Cependant, contrairement à son illustre prédécesseur, ce ne fut qu’une formalité.

    On pouvait se dire qu’il allait regagner la Syrie directement. Mais il voulut faire un dernier crochet, histoire de finir sur une note encore plus positive. Il embarqua avec quelques troupes dans le golf persique pour se rendre dans la cité de Gerrha (Bahreïn). Il voulait sans doute rééquilibrer le commerce international qui profitait plus aux Lagides qu’aux Séleucides. Ce qui fonctionna. Les Arabes le supplièrent de respecter la paix et leur liberté. En contre partie, ils lui donnèrent 100 talents d’argent, 1’000 tonnes d’encens et 200 tonnes de myrrhe. De là, Antiochos se rendit à Séleucie du Tigre où s’achevait son anabase.

    Il put alors se concentrer sur des réformes administratives afin de réorganiser son empire. Le roi créa des provinces plus petites, et supprima les satrapes. Il les remplaça par des stratèges pourvus des pouvoirs militaires et civils. Cela servit à homogénéiser l’administration et l’organisation militaire. A côté de ça, Antiochos créa le culte du couple royale. Désormais, il recevrait les mêmes honneurs que les dieux. Rien de tel pour souder encore un peu plus l’empire et son monarque. Mais comme très souvent la guerre n’était jamais loin à cette époque, un événement la réveilla.

    Antiochos voulut visiter ses possessions occidentales. Or, lors de son passage vers la côte méditerranéenne de l’Anatolie, quelques cités déclarèrent être prêtes à se ranger sous sa protection plutôt qu’à celle des Lagides. Ce que le Séleucide s’empressa d’accepter. De plus, il passa un accord avec Philippe 5, roi de Macédoine en 203. Les deux souverains se partageraient des possessions lagides que le jeune Ptolémée 5 ne pourraient certainement pas garder intactes. La cinquième guerre de Syrie pouvait commencer.

    En 202, Antiochos mena son armée vers en Coelé Syrie. Comme en 218, les places tombèrent les unes après les autres. Comme en 218, les Lagides contre-attaquèrent. Et comme en 217, il y eut une bataille décisive. A Panion (le Golan d’aujourd’hui), en 200 avant JC, le destin des deux empires les plus puissants de leur temps se joua.

    Du côté lagide, Scopas, un Etolien commande l’armée. Du côté séleucide, Antiochos est secondé par ses deux fils. Le roi commande la phalange, tandis qu’Antioche le jeune mène les cataphractes sur la droite séleucide et qu’Antiochos l’aîné doit occuper une position qui domine les ennemis. Le roi commence par faire traverser une rivière à son armée. Là, il peut la placer en bonne position sur le plateau qui domine la plaine. Il remarque que la gauche ptolémaïque est constituée de mercenaires étoliens légers ainsi que de cavaliers, eux aussi étoliens. De son côté, il range sa phalange sur 32 rangs de profondeur. Avec les autres fantassins (dont les hypaspistes) et la cavalerie lourde, on arrive à un front de 3 kilomètres de long. En plus de cette formidable barrière humaine, il faut rajouter les éléphants positionnés en avant des troupes et supportés par divers tireurs. Sur la gauche séleucide, Antiochos l’aîné dirigeait une autre phalange, quelques cavaliers et des éléphants. L’armée lagide se positionne également de manière traditionnelle à l’exception de leur droite, composée uniquement de tirailleurs. Le choc des chocs peut débuter.
    Sans attendre, Antiochos le jeune fait avancer ses cataphractes. Le terrible choc met en déroute la cavalerie étolienne tandis que les éléphants indiens s’avancent. Ils parviennent à repousser les éléphants africains sans grande difficulté. A ce moment-là, les tirailleurs lagides avancent sur la droite et commencent à cribler l’infanterie lourde séleucide. La situation pourrait se retourner en faveur des troupes ptolémaïques. Mais la phalange séleucide s’ébranle, argyraspides en tête. Son assaut est inarrêtable. L’infanterie ptolémaïque commence à céder. Les éléphants s’occupent alors des tirailleurs qu’ils mettent en déroute, tandis que le prince revient de sa poursuite. Les pauvres phalangites lagides sont pris entre un marteau pilon et une enclume, d’autant plus qu’un raz-de-marée pachydermique les menace sur leur droite. Dès lors, la fuite est la seule issue possible. La déroute est totale. Scopas ne parvient à se retirer qu’avec 10’000 hommes. On ignore les pertes du côté séleucide.

    http://www.europabarbarorum.com/i/units/arche-seleukeia/seleukid_hellenikoi_kataphraktoi.gif

    Une représentation des cataphractes qui jouèrent un rôle déterminant dans la bataille de Panion et qui allaient occuper une place centrale dans l’armée séleucide.

    Après cette victoire écrasante, Antiochos put marcher sur Sidon qu’il conquit en 199. La population hébraïque reçut le basileus comme un héros; elle lui ouvrit les portes de Jérusalem. Le général Scopas dut alors se précipiter en Egypte pour assurer la défense du delta. Mais Antiochos ne voulut pas pousser plus avant. Il plaça un transfuge lagide à la tête de la Phénicie et accorda quelques privilèges aux juifs. La conquête de la Coelé Syrie était achevée. Plus jamais les Ptolémée ne règneraient dessus.

    A ce moment-là, on peut se demander pourquoi Antiochos n’en profita pas pour marcher au cœur du royaume ennemi. Une des hypothèses serait la nouvelle présence romaine en Grèce. Vu que rome était entrée en guerre contre Philippe 5, le Séleucide avait les coudées franches en Asie mineure, que convoitait aussi l’Antigonide. Ce dernier devant défendre son pays, il ne pouvait pas empêcher son allié d’attaquer les intérêts de Pergame en Anatolie.

    Antiochos dépêcha d’abord un officier dans les terres qu’Attale avait conquises sur Achaïos quelques années auparavant. Epouvanté, le nouveau roi attalide, Eumène 2, envoya une délégation à rome, bien qu’à contre cœur. Tite live nous dit que les Séleucides se retirent sous la pression. Mais force est de constater que cela ne fonctionna que pour quelques bandes côtières. «L’arrière pays» restait aux mains séleucides.

    Pour résumer une situation compliquée, je dirais qu’en 197 Antiochos prit les commandes de son armée et la fit avancer vers l’ouest, jusqu’aux détroits qu’il atteignit en 196. En parallèle, sa flotte conquérait les cités littorales ptolémaïques. Devant l’une d’elles, Koakesion, Antiochos reçut une ambassade rhodienne. Cette dernière lui fit savoir que Rhodes n’accepterait pas qu’il pousse plus avant. Mais entre temps, la nouvelle de Cynocéphales leur parvint (197). Les Rhodiens furent convaincus que cette bataille allait avoir un effet intimidant sur Antiochos. Il n’en fut rien. Le basileus continua sa marche triomphale le long de la côte, qui s’acheva par la prise d’Abydos en 196. Cependant, deux cités lui résistèrent, Smyrne et Lampsaque. Elles firent appel au sénat romain sous prétexte de garantir la liberté des cités grecques. Elles venaient d’en devenir les fossoyeurs.

    Les ambassadeurs romains tentèrent d’intimider Antiochos qui ne se laissa pas faire. Les latins ne désiraient rien moins qu’arbitrer les différents entre «états» hellénistiques. Le Séleucide répondit que Rhodes ferait bien mieux l’affaire et que la liberté des Grecs serait mieux vue si elle venait d’un souverain hellénique que de barbares. Les choses en restèrent là. Personne ne voulait la guerre. On ne la fit pas et chacun rentra chez soi.

    Sur ces entrefaits (195), Antiochos décida de conclure la paix avec l’Egypte. Il lui arrachait les terres qu’elle détenait en Carie et en Lycie en plus de la Coelé Syrie. En outre, le Séleucide maria sa fille Cléopâtre à Ptolémée 5. Les liens dynastiques se resserraient encore. A la fin de la même année, Antiochos eut une surprise. Hannibal se réfugia à sa cour où il rejoignit le roi à Ephèse. Bien que le Punique joua un rôle limité, il suscita la méfiance des sénateurs romains.

    Toujours en 195, Antiochos prit pied en Thrace, qu’il estimait sienne depuis que Seleukos 1er avait vaincu Lysimaque. A partir de ce moment, les ambassades romaines se firent plus pressantes. Pour détendre la situation, le basileus proposa une alliance à rome. Cette dernière y mit deux conditions. Soit qu’Antiochos parte d’Europe et rome ne s’occuperait plus de l’Asie, soit qu’Antiochos reste en Thrace mais rome se mêlerait des affaires asiatiques. Antiochos demanda du temps pour réfléchir. La situation romaine en Grèce devenait de plus en plus tendue. Avec de la chance, les latins ne pourraient plus rien exiger dans quelques temps.

    Mais un autre élément vient se greffer ici. Pergame ne voulait pas que rome (son allié) partît d’Asie sans faire la guerre au Séleucide. Elle la poussait donc à l’intransigeance. De l’autre côté, les Etoliens voulaient se venger de rome qui les avait lésés. Ils cherchaient à mettre sur pied une coalition anti-romaine. Et qui était mieux placé qu’Antiochos pour s’opposer aux romains ? Les Etoliens promirent à Philippe une revanche cinglante tandis que Pergame affirmait qu’Antiochos cherchait à marcher sur la Grèce avec une armée. Ainsi, à la fin de l’année 192, les Etoliens rompirent avec le sénat romain et lui déclarèrent la guerre. Dès lors, rome et Antiochos furent entraînés malgré eux dans une guerre qu’ils ne souhaitaient pas.

    A contrecœur, Antiochos mena donc une petite flotte à Démétrias (en Thessalie) en 192. Les Etoliens promettaient aux Hellènes que l’Asie et ses éléphants allaient se vider pour venir les aider. En fait, il n’y avait que 6 éléphants et 10’000 hommes… De plus, à part les Etoliens, peu de monde voulait oser soutenir le Séleucide. L’année se passa donc en quelques sièges et en opérations mineures. La campagne démarrait mal pour Antiochos. D’autant plus qu’en 191, 20’000 romains avaient débarqué, soutenus par les forces du roi de Macédoine. Les Etoliens prirent peur; ils se réfugièrent chez eux. Antiochos n’était pas de taille à affronter ses adversaires en rase campagne, aussi décida-t-il de barrer les Thermopyles.

    Il positionna sa phalange pour bloquer le défilé, les tirailleurs et les peltastes en avant de cette phalange et des engins de siège positionnés sur des murs pour compléter le tout. Pendant ce temps, les Etoliens occupèrent deux défilés pour garder les arrières séleucides.

    Peltaste macédonien. Aussi appelé hypaspiste. Troupe d’élite hellénistique à ne pas confondre avec le peltaste thrace léger

     

    Lorsque que les Romains avancent contre les troupes royales, les tirailleurs soutenus par les peltastes se mettent à les harceler. Rapidement cependant, ceux-ci doivent se replier devant l’avance des légions. Ils se réfugient alors au sein de la phalange. La phalange des Macédoniens s’ouvrit et les [les tirailleurs et peltastes] laissa passer avant de se réunir et de les protéger. Les phalangites en formation pointèrent alors leur sarisse en avant de manière resserrée, ce que les Macédoniens font depuis Philippe et Alexandre pour effrayer leurs ennemis qui n’osent pas traverser ces nombreuses grosses lances. Appien, Livre syriaque, 19. Malheureusement pour Antiochos, les Etoliens ne se battirent pas aussi vaillamment que contre Philippe quelques années plus tôt. Ils abandonnèrent rapidement leurs positions quand les Romains attaquèrent les défilés. Les troupes royales, prises à revers (terrorisées par la réputation des Romains et affaiblis par la mollesse de leur campagne hivernale nous dit Appien) s’enfuirent aussitôt et elles se firent massacrer. Les Latins perdirent 200 hommes contre 10’000 pour Antiochos qui parvint à s’enfuir avec 500 cavaliers.

     

    La deuxième manche allait se jouer en Asie. A moins que la flotte séleucide n’empêchât les romains de traverser. Malheureusement, les romains obtinrent le concours de Rhodes et de Pergame. Malgré une défaite, la coalition vainquit la flotte d’Antiochos. Ce dernier se décida à la paix, mais les romains étaient intransigeants. Ils exigèrent une réduction notable de l’empire et le versement d’une immense indemnité de guerre. Antiochos jugea avec raison que la situation ne pouvait être pire même en étant totalement vaincu. Il décida donc de combattre et choisit lui-même le terrain: Magnésie du Sipyle (189).

    Du côté séleucide, Antiochos aligne 60’000 hommes. 16’000 phalangites placés sur 32 rangs de profondeur. 6’000 cavaliers dont des cataphractes et l’âgema. 64 éléphants. Des chars à faux, des mercenaires venus de plusieurs endroits: archers/chameliers arabes, tireurs montés dahens, infanterie galate… Chez les alliés, les romains placent une légion romaine (10’000 hommes) sur leur gauche, une légion d’alliés (10’000 hommes) au centre. Derrière ce centre on trouve 3’000 peltastes achéens. Au centre se trouvent 3’000 fantassins légers achéens et pergaméniens. Sur la droite, les cavaliers romains et pergaméniens mélangés à des unités de tir de différents horizons. Enfin, 2’000 Macédoniens et Thraces gardent les bagages.

    Comme à son habitude, Antiochos commence le combat par une charge de cavalerie sur sa droite. Les cataphractes aidés par les Dahens se lancent à l’assaut de la gauche ennemie. Les légionnaires et la cavalerie sont écrasés. On peut lancer l’assaut sur la gauche. Les chars à faux s’élancent donc à leur tour. Mais ils sont accueillis par des volées de javelots des tirailleurs crétois et pergaméniens. Pris de panique, ils refluent sur leur propre cavalerie et infanterie qui commencent à se désagréger.
    Eumène en profite pour faire avancer sa cavalerie aidée par les cavaliers romains. Cet assaut surprend l’aile gauche séleucide qui fuit en bloc. Comme à Raphia, les ailes droites sont victorieuses. Comme à Raphia, le centre va jouer un rôle important. Cependant, cette fois il n’y a pas de phalanges en face des sarissophores séleucides, mais des tirailleurs et des légions. Sagement, les phalangites se positionnent de manière défensive. Ils forment un carré impénétrable. Les tirailleurs sont contraints de harceler les carrés sans grands résultats, tandis que les légionnaires ne font rien. Eumène a alors l’idée de harceler les éléphants qu’on avait positionnés au milieu des phalanges. Au bout d’un moment, criblés de traits, ils paniquent et chargent leurs propres troupes ! L’infanterie séleucide est contrainte de fuir. La bataille est perdue. Et Antiochos dans tout ça ? Il commet la même erreur qu’à Raphia. Il s’empare du camp ennemi sans se rabattre. Pire, il doit rebrousser chemin suite à la contre-attaque des Macédoniens/Thraces. Quand il revient au centre, il ne peut que constater la défaite.

    Les pertes sont très difficiles à estimer. Tite-live nous sort 400 morts romains/pergaméniens pour 50’000 morts séleucides… Chiffres bien évidemment aberrants. En tout cas, Antiochos commit une deuxième erreur. Il accepta immédiatement de traiter. En se retirant vers la Syrie, les romains ne l’auraient certainement pas suivi. Ainsi fut conclue la paix d’Apamée en 188. Antiochos perdit toutes ses terres à l’ouest du Tauros. Il ne pouvait plus dépasser une certaine ligne à l’ouest avec une armée et ne pouvait plus combattre offensivement dans ce secteur. Il ne pouvait non plus y recruter de mercenaires. En plus, il paya les troupes romaines et détaxa les marchandises rhodiennes. A noter que seuls les romains spolièrent les Séleucides de ses terres et de son argent. Pergame et Rhodes n’apparaissent pas dans ce traité.

    Antiochos sortit dépité de ce traité. Il voyait s’effondrer plusieurs années de dur labeur dédiées à la restauration de la puissance séleucide. Une des conséquences les plus graves de la défaite de Magnésie fut le coût financier. Il greva les caisses de l’empire qui dut recourir à des expédients peu catholiques pour remédier à la situation. Antiochos en fit les frais lui-même. De passage en Elymaïde, il voulut s’emparer des richesses d’un temple. Mais la population résista et le tua nuitamment. Un jugement divin pour son comportement impie selon Diodore de Sicile. Ainsi finissait Antiochos Megas, basileus tôn basileôn. Nous sommes en 187.

    http://www.summagallicana.it/lessico/a/Apamea%20pace.jpg

    Bravo à ceux qui ont eu le courage de lire ce mastodonte jusqu’au bout (d’une traite)

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    C’était long, mais super.
    Je me demande: pourquoi Raphia est si connue, et pas Panion?

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    La bataille de Raphia nous est bien connue car Polybe nous en a laissé un récit détaillé. Et comme c’est un très bon historien, connaisseur de l’art militaire, on peut lui faire confiance, d’autant plus qu’il n’a pas de parti pris.

    Panion pose problème parce que nous n’avons qu’une critique de Polybe. Au lieu de parler lui-même de la bataille, il descend en flèche la description de Zenon de Rhodes. Ce dernier étant plus poète qu’historien, on peut douter de ses capacités à retranscrire un combat de l’époque. Donc pour Panion, nous n’avons qu’un petit texte de Polybe qui cite ce que dit Zenon et qui précise pourquoi il a tort à chaque fois. Mais sans corriger lui-même :pinch:

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Moi j’ai tout lu :kiss:.
    Cela est peut être un post imposant, il n’en demeure pas moins très agréable car bien écrit ;).
    Sinon, encore merci de nous transmettre l’épopée Séleucide, le règne d’Antiochos 3 aurait vraiment put être flamboyant s’il n’avait pas subit la fureur de l’Urbs…

    Sinon, pourquoi Hannibal fut il accueillit avec méfiance? Après tout, il était un tacticien hors pair mais sans nation… Sa seule allégeance était la fin de Rome.

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    Quand on y réfléchit, Antiochos joua un quitte ou double à Magnésie. S’il avait gagné (en gros s’il s’était rabattu sur l’infanterie alliée avec ses cataphractes :pinch: ), il aurait touché le jackpot. Rome aurait dû se replier et je ne pense pas qu’elle serait revenue d’aussi tôt. Quant à Pergame, elle aurait perdu toute prétention sur les terres séleucides d’Asie mineure.

    Antiochos se méfiait peut-être d’Hannibal parce qu’il ne voulait pas qu’il prît trop de place. Il était peut-être un peu jaloux. Ou peut-être pensait-il qu’il était trop vieux pour mener une armée. Quelques anecdotes permettent de nous rendre compte de la tension qui existait entre les deux.

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Quand on y réfléchit, Antiochos joua un quitte ou double à Magnésie. S’il avait gagné (en gros s’il s’était rabattu sur l’infanterie alliée avec ses cataphractes :pinch: ), il aurait touché le jackpot. Rome aurait dû se replier et je ne pense pas qu’elle serait revenue d’aussi tôt. Quant à Pergame, elle aurait perdu toute prétention sur les terres séleucides d’Asie mineure.

    Oui, les cataphractes auraient très bien put jouer leur rôle. La légion n’est pas franchement taillée pour faire face à la cavalerie… En tout cas, je me demande pourquoi il fait encore l’erreur de poursuivre l’ennemi trop longtemps pour perdre pied sur la vision globale du champs de bataille. Raphia, puis Panon ne semble pas lui avoir apprit ça… (peu être qu’il a mal maitrisé son timing)

    Antiochos se méfiait peut-être d’Hannibal parce qu’il ne voulait pas qu’il prît trop de place. Il était peut-être un peu jaloux. Ou peut-être pensait-il qu’il était trop vieux pour mener une armée. Quelques anecdotes permettent de nous rendre compte de la tension qui existait entre les deux.

    Tu parles peut être de cette réaction qu’a eu Hannibal à propos des boucliers d’argents des hypaspistes?

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    Oui, les cataphractes auraient très bien put jouer leur rôle. La légion n’est pas franchement taillée pour faire face à la cavalerie… En tout cas, je me demande pourquoi il fait encore l’erreur de poursuivre l’ennemi trop longtemps pour perdre pied sur la vision globale du champs de bataille. Raphia, puis Panon ne semble pas lui avoir apprit ça… (peut être qu’il a mal maitrisé son timing)

    C’est vrai que cette erreur est difficilement compréhensible. Il a fait le plus dur en repoussant les cavaliers adverses, il ne lui restait qu’à attaquer l’infanterie. Peut-être croyait-il que s’il s’emparait du camp adverse, les Pergamo/romains allaient admettre leur défaite. Après tout, Antiochos devait connaître Gaugamèles où le camp macédonien failli être pris et les mésaventures d’Eumène dûes à son camp… Il en déduisit peut-être qu’en faisant la même chose, il l’emporterait.

    De plus, à Panion, il commandait la phalange. Son fils cadet dirigeait les cataphractes. Il n’était peut-être tout simplement pas fait pour charger avec ses cavaliers.

    Tu parles peut être de cette réaction qu’a eu Hannibal à propos des boucliers d’argents des hypaspistes?

    Je ne vois pas de quoi tu parles. Je pensais à la parade où Antiochos lui montra toute son armée, brillante de phalères d’or et d’argent. Et quand il demanda au Punique si cela suffisait contre les Romains, Hannibal répondit que ça suffisait si cupides que fussent les latins. Tu veux peut-être parler du même épisode mais raconté différement.

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Tu veux peut-être parler du même épisode mais raconté différement.

    Exactement ;). Mais tu as l’air de connaitre l’anecdote mieux que moi.

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    On se pose souvent la question “et si…”. Dans le cas du règne d’Antiochos megas, on peut légitimement se demander ce qui se serait passé s’il avait laissé le commandement à Hannibal à la bataille de Magnésie. Une reconnaissance sincère s’il avait vaincu ou un destin à la Surena ?

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    J’avoue que cette interrogation laisse songeuse, surtout pour un général aussi talentueux qu’Hannibal et expert dans l’usage des troupes montées. Ce qu’il aurait put faire de excellentes cataphractes ou éléphants séleucides ne peux laisser indifférent.

    Toutefois, si je pense que l’Histoire peux avoir un caractère chaotique (le fameux effet papillon qui peux laisse la question “et si” légitime), elle s’avère généralement implacablement déterministe. La défaite de Carthage durant la seconde guerre punique malgré le génie d’Hannibal en est l’exemple parfait.

    En l’occurrence, je doute que Rome en soit resté là (ce n’est franchement pas leur genre), et l’Empire Séleucide souffrait d’une instabilité légendaire (son prédécesseur perse également dira ont). Antiochos megas semble être un basileus d’exception (presque plus impressionant que Selukos lui même), mais est ce suffisant? Ses successeurs auraient il put continuer son œuvre ?

    En tout cas, si tu veux en discuter avec plus d’approfondissement, je t’invite à le faire en section uchronie, je serait ravis d’y participer 😉

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    Je viens de lire un article intéressant sur la bataille de Raphia. L’auteur y critique la version polybienne. En effet, Polybe conclut sa description de la bataille par “le roi jeune et sans expérience se laissa entraîner dans une poursuite”. Or l’auteur fait remarquer à juste titre qu’Antiochos avait déjà mené des troupes, qu’il avait combattu Molon et fait sauter le verrou égyptien dans les montagnes du Liban. Alors pourquoi commettre une telle erreur ?

    En fait, il semble que l’armée lagide possédait un avanatage numérique appréciable au niveau de la phalange. Comme les cavaleries étaient presque égales, le temps ne jouait théoriquement pas pour le Séleucide. Il prit donc la décision de tuer Ptolémée en combat singulier (comme Alexandre avait voulu le faire à Gaugamèles). Le roi lagide s’était placé à la tête de sa cavalerie sur sa gauche, donc en face d’Antiochos. Quand ce dernier chargea, tout le monde comprit rapidement que les Séleucides allaient prendre l’avanatge de ce côté. Ptolémée se réfugia alors au milieu de la phalange.
    L’auteur soutient donc qu’Antiochos, cherchant le roi adverse, poursuivit les fuyards. Et il ne sut pas que Ptolémée s’était replié vers son infanterie; d’où la poursuite trop longue et son étonnement lorsqu’il revint au centre du champ de bataille.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Et pourquoi il a fait la même chose à Magnésie, selon cette théorie?

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    Et pourquoi il a fait la même chose à Magnésie, selon cette théorie?

    En fait, l’auteur ne critique pas la version officielle sur ce point. Pour lui, Antiochos alla tout simplement trop loin trop longtemps, d’où sa défaite. Par contre, il place une légion sur la gauche alliée. Les cataphractes l’auraient chargé (et pas les 120 cavaliers comme écrit dans tite-live) et mise complétement en déroute. De là, Antiochos aurait commis son erreur.

    En fait, cette bataille pose de vrais problèmes quand on y réfléchit.

    – D’abord, les chiffres paraissent biaisés. 72’000 séleucides contre à peine 30’000 alliés dont 20’000 romains. Les chiffres de l’armée d’Antiochos me semblent corrects. En ce qui concerne les latins aussi. Ils avaient déjà envoyé à peu près le même nombre de soldats en Grèce en -198. Par contre, j’ai un gros problème avec le chiffre de Pergame. Moins de 10’000 (je rappelle qu’il y a des mercenaires). Imaginez-vous deux secondes à la place d’Eumène! Votre royaume est menacé d’annexion ou presque. Et vous envoyez à peine 5’000 soldats… :huh: Soit les chiffres sont faux, soit Pergame est très faible et je ne comprends pas comment Achaïos n’en vint pas à bout.

    – Ensuite la formation me choque complétement. La gauche alliée serait composée de 20’000 (les 2 tiers de l’armée :huh: )avec les 2 légions et les ailes latines. Au centre se trouveraient seulement 3’500 javeliniers d’Eumène et achéens… Un centre composé de tirailleurs SANS infanterie lourde. Ce serait un cas unique dans l’histoire militaire de type européen. Enfin, la droite comporterait ce qu’il reste de cavalerie.

    – Troisième point, l’alignement entre les 2 armées. Si on admet que les légions sont en face des cataphractes à la droite séleucide, cela signifie que le centre pergamo/romain doit contrer au moins une bonne moitié des 60’000 fantassins séleucide. Finalement, la cavalerie ferait face à d’autres fantassins. En gros, les chars scythes seraient placés trop à gauche. Ils fonceraient dans le vide s’ils allaient tout droit. La même chose pour les éléphants.
    Si on admet que les 2 centres sont parfaitement opposés, là aussi il y a des problèmes. Les cataphractes n’ont pas besoin de charger de front, ils dépassent les légions de plusieurs centaines de mètres. Ils n’auraient qu’à avancer et s’abattre sur le dos des romains. Dernière solution: l’armée alliée s’est formée sur la même longueur que l’armée séleucide; ce qui donnerait de jolis rangs de 4 ou 5 soldats de profondeur.

    – Enfin, ce que je viens d’exposer soulève de nombreux points stratégiques qu’il serait trop long de développer ici.

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    En effet, cela semble étrange. Mais la dissymétrie de la formation fait penser à un ordre oblique voir à un échelon. Je n’est pas en tête le récit. Cela pourrait il correspondre?

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    Franchement, j’ai beaucoup de peine à voir là un ordre oblique. Tout simplement parce que l’infanterie lourde alliée est entièrement à gauche, tandis que le centre est constitué de tirailleurs. Dans la version “classique” de l’ordre oblique, l’infanterie lourde est disposé en échellon et les tirailleurs gravitent autour.

    Je viens de penser à un autre point. Il n’est pas fait mention de fantassins lourds pergaméniens. Or ça m’étonnerait énormément qu’Eumène ne dispose pas d’infanterie lourde. Simple oubli ou vrai lacune ?

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    Seleukos 4 Philopator (187-175)

     

    Statère d’argent de Seleukos IV

     

    Ce souverain fait souvent figure de transition entre son père Antiochos megas et son frère cadet, Antiochos 4. Sous son règne il n’y eut ni grande bataille, ni entreprises flamboyantes pour montrer la puissance de cet empire séleucide qui restait toujours le plus grand de son temps, malgré la perte de sa partie occidentale.

    Une constante caractérise ce règne: l’hostilité de Seleukos à rome et à ses alliés. Et l’argent qu’il devait aux romains était là pour lui rappeler au bon souvenir de ceux qui avaient participé à la défaite de son père. Car là est le gros problème du basileus. Il lui faut renflouer ses caisses, vidées chaque année par le montant considérable de l’indemnité de guerre. Malheureusement, on ne connaît pas grand-chose de plus à ce sujet, à savoir la politique menée par le souverain pour trouver de l’argent.

    En ce qui concerne les affaires extérieures, on voit qu’il s’efforce de gagner la faveur des Achéens (en même temps que Ptolémée 5) au détriment d’Eumène de Pergame. Il songe même à intervenir contre lui en accord avec le roi du Pont, mais sans donner suite. Il donne sa fille Laodice à Persée, roi de Macédoine.
    Tout cela inquiéta rome forcément. Cette dernière procéda alors à un échange entre Séleucides: Antiochos, frère du roi regagna sa liberté tandis que Démétrios, fils du basileus, prit sa place en tant qu’otage.

    Voilà tout ce que nous savons du règne de Seleukos 4, en plus évidemment de l’événement qui va en marquer la fin. Le roi périt assassiné par son vizir Héliodore. On ignore les causes profondes de cet acte, mais en tout cas, Antiochos, frère de Seleukos se précipita en Syrie pour ceindre la couronne royale.

  • Participant
    Posts414
    Member since: 12 avril 2012

    Mais vraiment un excellent dossier, j’ai appris beaucoup de choses , mais pourrais-tu mettre plus d’illustrations pour que l’on puisse découvrir d’avantages.

    En tous cas j’adore.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Pourquoi les Romains n’ont pas libéré Démétrios pour qu’il prenne la place de son père?

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    Merci pour le compliment Nosferaturc. J’ai un problème avec mon vieil ordinateur (il a dû servir pour les powerpoints de Seleukos j’imagine), il n’arrive pas à lire les images jpg. J’ai bien esssayé une dizaine de fois d’en insérer dans le dossier mais sans succès.

    UlysseSLee, les romains n’ont pas libéré Démétrios tout de suite pour deux raisons principales. D’abord, comme Antiochos 4 a passé une partie de sa vie à rome, ils imaginent qu’il sera favorable à la république. D’autre part, Démétrios constitue un moyen de pression non négligeable au cas où le Séleucide deviendrait gênant.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Ah merci de cette réponse, mais tu laisses entendre qu’ils le libéreront ultérieurement?

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    Il reviendra en Syrie effectivement mais après la mort de son oncle.

  • Participant
    Posts2177
    Member since: 16 avril 2012

    Antiochos 4 Epiphanès (175-163)

    http://fontes.lstc.edu/~rklein/images/ant4.jpg

     

    Peu de souverains ont été autant décrié qu’Antiochos 4. Mégalomane, voir fou pour les auteurs de son époque, figure du démon pour les Juifs, ce monarque ne mérite pas un tel acharnement. Il se savait issu d’une grande lignée, maître du plus puissant empire de son temps (bien qu’affaibli) et en cela, il ne pouvait pas ne pas arborer une certaine ambition et un sentiment de grandeur. Sa position nécessitait une force de caractère en acier trempé ; voilà le point où il est critiquable (même s’il a une circonstance atténuante). Il avait les moyens de ses ambitions, mais pas le cran d’aller jusqu’au bout.

    Ce basileus était fils d’Antiochos Megas. Comme vu précédemment, il avait succédé à son frère, Seleukos 4, lorsque ce dernier mourut. Et dès son avènement, une épée de Damoclès allait peser sur lui : son neveu Démétrios captif à Rome.
    A cause de cela, le nouveau souverain séleucide allait rompre avec la politique de son frère. Il s’employa tout de suite à ménager les intérêts pergaméniens et romains. Intérêts qui l’avaient probablement amené sur le trône. Ainsi assura-t-il sa neutralité dans le confit romano/macédonien de 171, et décida-t-il de ne pas mener une politique extérieure en direction de l’ouest de l’Asie mineure. L’intérieur et l’orient devaient concentrer toute son attention.

     

    Antiochos IV fut un souverain atypique. Les sources (Polybe, Diodore et Tite-live) nous décrivent un monarque au comportement qu’on ne qualifierait pas de royal à première vue. Il allait se baigner dans les thermes en compagnie des habitants d’Antioche, il flânait dans les rues en parlant aux citadins, il offrait des cadeaux aux particuliers et se montrait pingres avec ses philoi… tout cela fit que les auteurs antiques jugèrent sévèrement Antiochos Epiphane. On raconte même qu’il se retrouva à poil à la fin d’une beuverie, une position pas très royale vous en conviendrez…

     

    Mais à coté ce cela, Antiochos s’attela également à réformer la politique interne. Suivant l’exemple d’Antiochos III, il s’attacha encore plus les temples. Là où avant les sanctuaires géraient eux-mêmes leur politique interne, Antiochos décida d’intervenir dans la nomination des prêtres et des récolteurs d’impôts. Nous avons l’exemple de la Babylonie où les prêtres furent nommés par le roi et où les événements se déroulèrent sans accroc. On peut imaginer qu’Antiochos fit cela pour deux raisons:

    • d’abord parce qu’il avait besoin d’argent pour payer les Romains et que son père avait mal fini à cause de cela
    • pour s’attacher personnellement des hommes qui lui devaient leur statut, lui-même n’étant pas assuré de sa place sur le trône tant que son cousin vivait

     

    Sur le plan extérieur, le geste le plus connu d’Antiochos IV fut la 6ème «guerre de Syrie» (il fallait bien poursuivre la tradition séculaire). Les causes demeurent assez obscures. Les régents lagides voulaient-ils créer une diversion à leur mauvaise gestion ? Voulaient-ils reconquérir une province perdue ? Pensaient-ils avoir encore des soutiens en Palestine ? On ne peut que spéculer. Toujours est-il que la déclaration de guerre partit d’Egypte et atteignit Antioche en 170. Si le Séleucide avait projeté d’entrer en guerre contre son rival (on n’a aucune certitude mais c’est probable), Ptolémée VI lui donnait une occasion parfaite d’en finir une fois pour toutes.

    Les deux parties s’empressèrent d’abord de dépêcher des émissaires à Rome pour gagner le sénat à leur cause. Ce dernier se trouva alors embarrassé. Les deux souverains hellénistiques étaient les amis du peuple romain, comment choisir ? Surtout que si l’un des monarques se sentait lésé, il pourrait très bien se tourner vers la Macédoine de Persée et l’aider dans sa lutte contre les latins. Les sénateurs décidèrent finalement de renvoyer les ambassadeurs chez eux avec des paroles d’amitié, sans avoir pour autant pris parti pour l’un des deux. Ainsi, les deux basileis furent rassurés; rome ne les dérangerait pas dans leur guerre.

    Sur le terrain, les opérations commencèrent en 169. Bien que la déclaration de guerre émanait d’Alexandrie, les Lagides étaient moins bien préparés à ce conflit que les Séleucides. A tel point que l’armée ptolémaïque fut mise en déroute dès le départ de la campagne ; Antiochos avait désormais un boulevard devant lui. Il s’empara de Péluse, la clé du Delta. Puis, continuant son chemin, il envoya des diplomates dans la capitale. On ne connaît pas les modalités de l’accord, mais Ptolémée VI devait certainement faire acte de soumission à son oncle. Quoi qu’il en fût, cela ne plut pas aux Alexandrins qui se révoltèrent et nommèrent le frère de Ptolémée roi à sa place. Antiochos assiégea alors Alexandrie pour y rétablir son neveu, mais devant les difficultés du siège, il préféra se retirer en Asie… tout en conservant Péluse quand même.
    A ce stade, les rois députèrent une nouvelle fois à rome, avec le même résultat. Cependant, Antiochos avait pensé que la guerre civile éclaterait entre les frères, mais le contraire se produisit. Ils s’entendirent pour repousser le Séleucide, qui se sentit trahi par l’accord entre les Ptolémée. La guerre reprit donc. Antiochos pensait gouverner l’Egypte à travers Ptolémée. Ce dernier se rapprochait de son frère et de sa sœur pour vaincre le Séleucide. Pour Antiochos, la situation devenait claire; il devait envahir l’Egypte.

    Antiochos s’empara de Chypre et s’enfonça sans problème en Egypte. Tout le pays sauf Alexandrie se soumit. Antiochos était désormais pharaon. Nous avons quelques traces de ce règne à travers des stèles et des monnaies. Roi des deux royaumes les plus puissants du monde hellénistique, il ne lui manquait plus qu’à s’emparer d’Alexandrie pour acquérir une victoire totale. Il assiégea alors la capitale de l’Egypte. Un jour, alors que le siège continuait,  une ambassade romaine arriva en Egypte après Pydna et elle rencontra Antiochos dans un village nommé Eleusis. Antiochos l’accueillit avec amitié, mais le latin lui tendit une lettre du sénat d’un air froid. Le basileus y lut un ultimatum; il devait quitter le Delta et rendre ses conquêtes. Antiochos demanda de réfléchir en consultant ses philoi. L’émissaire lui répondit de réfléchir dans le cercle qu’il venait de tracer dans le sable. Après quelques secondes, le roi accepta de rentrer chez lui. Episode incompréhensible, mais pourtant véridique, comme seule l’histoire peut nous en donner. Le Séleucide vainqueur, Antiochos IV, fils d’Antiochos III, devait repartir dans son empire alors qu’il venait d’écraser son plus grand rival.

    Il faut maintenant aborder le sujet le plus célèbre du règne, celui qui a même donné un livre entier à la Bible: les affaires juives.
    Lorsqu’Antiochos III avait conquis la Palestine, il avait trouvé un accord avec les Hébreux. Ces derniers seraient de loyaux sujets d’Antioche, tandis que les souverains séleucides garantiraient leurs croyances et leur culture, comme ils en avaient l’habitude avec tous les autres peuples de leur empire. Cela fonctionna très bien jusqu’à l’année 175. Car malgré l’accord passé, l’élite juive restait divisée entre les partisans des Lagides et ceux des Séleucides.
    Parmi les grands prêtres (la «famille régnante » en Judée), un nommé Jason vint jouer les troubles fêtes. Cette année-là, il soumit une requête à Antiochos. Si le monarque lui donnait la charge suprême de grand prêtre, Jason lui verserait un tribut plus important en échange. Ce qui fut fait. Dès lors, le nouveau grand prêtre put laisser libre cours à son philhellénisme. Il construisit un gymnase et une éphébie et se mit à vivre à la manière grecque. Cela ne dérangea pas les Juifs «modérés», mais les milieux ultraorthodoxes ne le voyaient pas ainsi. La tension grandissait de jours en jours. Jusqu’à ce que Jason fut lui-même déposé par un certain Ménélas qui se débarrassa ainsi du grand prêtre précédent. Celui-ci n’avait pas les mêmes inclinations que Jason. Quand ce dernier se montrait tolérant et modéré, Ménélas se comportait en tyran. Le sacerdoce du grand prêtre s’était transformé en régime despotique au profit d’un petit nombre de privilégiés. Dans ce climat de tensions grandissantes, Antiochos vint jouer le rôle qui mit le feu aux poudres.

    En 168, de retour de la campagne d’Egypte (dans l’humeur qu’on imagine), Antiochos repassa par la Palestine. La foule avait cru à sa mort et s’était révoltée contre Ménélas qui restait bloqué dans la citadelle. Le sang d’Antiochos ne fit ni une ni deux, il prit d’assaut la ville, massacra et pilla. A ce moment-là, il décida de rebaptiser le temple en l’honneur de Zeus olympien ou de Baal, divinité suprême des Sémites. Le roi se comportait comme un roi hellénistique normal. Une ville se révoltait contre ses représentants, il devait agir. Et comme cette ville troublait l’ordre public, désormais elle subirait la présence d’une garnison. Cette dernière était évidemment composée de soldats helléniques et sémites (non judéens), ce qui implique un transfert de leurs coutumes à Jérusalem. Parmi elles, la religion. On vit donc quelques autels polythéistes fleurir dans la citadelle de Jérusalem, ce qui énerva encore plus les juifs traditionnalistes.

    Dès que le basileus repartit, les troubles reprirent. De nombreux Jérusalémites s’enfuirent dans la campagne pur y continuer la rébellion. Antiochos demanda pourquoi ils se révoltaient. Quand on lui dit que la torah était la loi des Judéens et qu’ils se révoltaient à cause de cette loi, Antiochos réagit comme un Hellène. La loi était mauvaise; supprimons la loi et recréons-la ! Antiochos ne comprenait pas que supprimer la torah revenait à supprimer le judaïsme. Cela n’avait aucun sens pour un non juif. Et les Judéens ne comprenaient pas la réaction d’Antiochos. Cela fit dire aux juifs qu’Antiochos était anti-juif, ce qui n’est pas le cas.

    Antiochos laissa alors le soin à son vizir Lysias de se charger de cette affaire. Il se fit battre plusieurs fois, tant et si bien qu’il finit par entrer en négociation. Le roi approuva son geste, mais il le fit maladroitement. En effet, il traita avec Ménélas (qui lui était acquis) pour calmer la situation. En gros, les Juifs avaient le choix de revenir au temps d’avant la persécution, ou de continuer la lutte. Jason décida de continuer la lutte. Il s’empara de Jérusalem en 164 (mais pas de la citadelle) et redédia le temple au culte de Dieu. Les troubles continuèrent mais comme ils concernent le règne du Séleucide suivant, il n’est pas lieu d’en parler ici.

    Pour reprendre les affaires extérieures, il faut remonter à l’année 168, au retour d’Antiochos dans sa capitale. Là l’y attendait une délégation romaine à qui il dit qu’il préférait leur amitié qu’une victoire sur l’Egypte et qu’il aurait contribué à vaincre Persée s’ils lui avaient demandé d’intervenir. Son manque de cran (pour rester poli) se manifesta à nouveau en présence de diplomates romains.
    Quoi qu’il en soit, on nous apprend qu’en 166, le basileus organisa des fêtes somptueuses en l’honneur de sa dynastie à Daphnée (ville de Syrie). Elles durèrent un mois et les jeux proposés rivalisaient de magnificence. Le clou du spectacle fut le défilé de l’armée. 50’000 hommes parés de phalères d’or et d’argent pour les corps d’élite. Tout devait exalter la puissance du souverain et montrer que malgré son échec diplomatique, sa puissance militaire demeurait intacte. Puissance dont il voulait faire preuve en organisant une opération en Iran pour y rétablir sa dynastie.
    Dès l’année suivante, il se mit en route, en suivant le même chemin que son père. Il gagna l’Arménie qui fit acte de soumission. Il partit ensuite pour Ecbatane et la Parthie. Malheureusement, il tomba malade et mourut sans avoir réalisé son objectif. Il laissait une situation tendue et un tuteur (Philippe) qui n’était pas Lysias à son fils Antiochos.

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    Très bon dossier. J’ai bien apprécié la mise en forme comme l’écriture.

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    Démétrios 1er Soter (163-150)

    http://64.60.141.195/photos/69thumbs/197825.jpg

     

    Lorsqu’Antiochos Epiphanès mourut, deux prétendants pouvaient légitimement monter sur le trône. D’une part Antiochos 5 en tant que fils du roi précédent, d’autre part Démétrios, neveu d’Epiphanès, qui aurait dû accéder à la dignité royale avant de s’en faire éjecter par son oncle.

    La situation demeurait néanmoins difficile pour les deux. Le petit Antiochos n’avait que cinq ans et la réalité du pouvoir était exercée par Lysias, un «satrape» qui avait éliminé Philippe, le tuteur désigné par Antiochos IV pour veiller sur son fils.
    Quant à Démétrios, il était toujours otage à rome et son sort dépendait en grande partie des sénateurs. Bien qu’il demanda au sénat de rentrer chez lui, celui-ci refusa catégoriquement; il valait mieux pour rome avoir un enfant de cinq ans en face qu’un homme de 25 ans qui avait le sens de la royauté.

    Sur ces entrefaits, les romains dépêchèrent une mission en orient pour se tenir au courant de la situation générale. Celle-ci passa par la Cappadoce, la Syrie et l’Egypte. Quand elle vit la puissance militaire restaurée des Séleucides, la mission ordonna immédiatement la destruction de la flotte et la mise à mort des éléphants; ce qui fut fait. Non sans avoir coûté la vie à un diplomate latin.
    Aussitôt, Démétrios sauta sur l’occasion pour revendiquer une nouvelle fois son droit à la succession séleucide. Et encore une fois, les sénateurs le déboutèrent. Mais à ce moment-là, le prince décida de s’enfuir et y réussit (avec la complicité de quelques sénateurs et de Polybe probablement). Il partit pour la Phénicie et débarqua en 162 avant JC à Tripolis d’où il marcha sur Antioche. Une fois arrivé, il laissa mettre à mort Lysias et son cousin Antiochos V. Il put alors monter sur le trône.

    Cependant, cela impliqua une première révolte. Deux hauts fonctionnaires, deux frères, étaient partisans d’Antiochos V. Ils décidèrent donc de se soulever contre le nouveau basileus, d’autant plus que ce dernier licencia un des deux. Mais l’autre, Timarque, gouvernait les satrapies supérieures et se déclara roi lui-même. Il réussit à attirer le roi d’Arménie dans son sillage mais il ne profita pas longtemps de son usurpation. Il livra bataille à Démétrios et mourut sur le champ de bataille. Désormais, les romains furent obligés de reconnaître le nouveau maître de l’empire séleucide, même si ça leur déplaisait fortement (-160). De plus, Démétrios acquit grâce à sa victoire le surnom de Soter de la part des Babyoniens.

    En parallèle, les affaires de Judée préoccupaient toujours le monarque séleucide. A cette période, le grand pontificat était aux mains d’un certain Alkimos, un homme proche des milieux hellénistiques. Ce dernier tentait d’appliquer le traité conclu entre Antiochos IV (qui avait abandonné l’idée de supprimer la torah) et ses sujets juifs. Si beaucoup d’Hébreux voyaient ce texte d’un bon œil (respect de la loi mosaïque et du culte juif), même certains «radicaux», il n’en allait pas de même pour Judas Macchabée.

    Dès que l’armée séleucide repartit pour Antioche, il en profita pour déstabiliser Alkimos, qui dut appeler son souverain à la rescousse. Ce dernier dépêcha donc un certain Bacchidès pour confirmer le traité conclu par son oncle (Epiphanès) et le grand pontificat à Alkimos. Mais ce dernier commit la maladresse de repousser les hasidim («radicaux» juifs) et d’en tuer quelques-uns pour l’exemple. A cause de cela, tous les Juifs se ressoudèrent pour combattre la monarchie hellénistique.

    Nikanor, stratège de Démétrios, pressa alors son roi de négocier avec Judas directement. Mais Alkimos (de retour dans la capitale) le convainquit du contraire et au dernier moment il fit échouer les pourparlers; la guerre devenait inévitable.

    Nikanor fut chargé de mâter les révoltés. Cependant, l’armée principale se trouvait toujours en Babylonie après avoir écrasé Timarque. Il conduisit donc une force assez réduite et périt dans un combat contre les Hébreux (printemps 160).
    Démétrios ne pouvait supporter cela. Il convoqua alors Bacchidès pour reprendre la tâche échue à Nikanor, mais cette fois avec une armée de 22’000 hommes (2’000 cavaliers et 20’000 fantassins). Le stratège mena ses hommes à travers la Syrie et passa l’Anti-Liban (à l’ouest de Damas) pour se retrouver en Palestine. De là, il longea la vallée du Jourdain et s’établit à Elasa à quelques kilomètres au nord de Jérusalem. Le terrain favorisait les manœuvres et l’emploi des phalanges. De plus, Judas mena également son armée à cet endroit; tout était prêt pour la grande bataille.

    Bacchidès déploya son armée de manière conventionnelle. Face à ses 22’000 soldats, Judas en alignait au moins 20’000, même si leur composition reste floue.
    La bataille débuta par un échange de tir entre les tirailleurs ennemis qui refluèrent rapidement lorsque l’infanterie lourde s’ébranla. Il semble que Bacchidès, situé sur la droite avec l’âgema de la cavalerie (hétairoi, cataphractes… ?) ne bougea pas à ce moment. Toujours est-il que le choc eut lieu au centre ou les fantassins lourds juifs (on parle d’hoplites) tinrent tête aux phalanges pendant assez longtemps. Judas aperçut alors le stratège séleucide et fonça sur lui pour le tuer. Bacchidès reflua sans attendre et le général juif le poursuivit. Cependant, ce dernier n’avait pas vu les cavaliers de la gauche séleucide qui avaient fondu sur lui entre temps. Il dut les combattre tandis que Bacchidès revenait à la charge contre le Macchabée. Le général hébreu trouva la mort dans cet engagement et le reste de ses troupes s’enfuit sans demander leur reste, d’autant plus que les fantassins lourds séleucides avaient pris l’avantage.
    On ne connait pas les chiffres des pertes dans les deux camps, mais vu que les Séleucides l’emportèrent, qu’ils poursuivirent les survivants pendant plusieurs jours et que la révolte subit un gros coup d’arrêt, on peut s’attendre à un nombre considérable de morts chez les Hébreux.

    Après cette victoire éclatante, Bacchidès marcha sur Jérusalem et plaça des garnisons dans différents endroits de Judée ainsi que des otages dans la citadelle de Jérusalem. La paix fut ainsi garantie pendant 2 ans. Cependant, elle fut rompue après cela car les hellénistes tentèrent de se débarrasser de Jonathan (frère de Judas), ce qui échoua. Après quelques années (-152), Bacchidès conclut un accord avec lui qui impliquait que le stratège séleucide rentrerait en Syrie. Curieux retournement de situation que l’on peine à expliquer.

    Du côté de l’occident, Démétrios tenta de renouveler la bonne entente que ses prédécesseurs entretenaient avec la Cappadoce. Sa tante en avait épousé un roi et désormais, le nouveau (Ariarathe V) venait de monter sur le trône (-163). Démétrios décida de donner sa sœur en mariage à cet homme. Cependant, cette sœur en question (Laodicée) était la veuve de Persée, basileus de Macédoine. Inutile de dire que rome voyait en elle une insulte à son pouvoir. Cela effraya le roi cappadocien qui préféra refuser l’offre séleucide, recevant ainsi les applaudissements du sénat romain. Le monarque séleucide n’allait pas lui pardonner cela.

    Le frère d’Ariarathe, Oropherne, revendiquait le trône pour son compte. Il trouva sans problème l’appui du Séleucide. Contre rémunération, ce dernier le plaça à la tête de la Cappadoce en 158 avant JC, tandis que le roi déchu se réfugiait à Pergame. A ce moment-là, les deux prétendants envoyèrent des ambassadeurs à rome pour défendre leur position. Mais celle-ci ne pouvait choisir entre les deux car ils se montreraient de toute façon loyaux à l’Italie et ils dépendaient chacun d’un souverain ami du peuple romain.
    Une armée pergaménienne marcha alors sur la Cappadoce pour rétablir Ariarathe, ce qui fut facilité par la haine des Cappadociens pour Oropherne qui dilapidait les richesses et commettait des sacrilèges. Ce dernier dut donc gagner Antioche pour ne pas finir sa vie prématurément.

     

    La dernière affaire du règne de Démétrios concerne l’Egypte. Cette dernière n’avait pas perdu de vue la Coelé Syrie, mais pour le moment, elle ne pouvait rien faire vu qu’aucun parti (séleucide ou hasmonéen) ne lui était favorable. De plus, Démétrios essaya d’acheter Chypre à un gouverneur lagide, en vain. Inutile de dire que cela ne réchauffa pas les relations entre les deux souverains hellénistiques.
    A côté de ça, la popularité de Démétrios descendait régulièrement. Ses penchants pour l’alcool et sa misanthropie valurent une gloire posthume à Antiochos IV. Ainsi, lorsqu’Oropherne voulut soulever la capitale en tant que petit-fils d’Antiochos III il y réussit. Le basileus réprima la contestation dans le sang; ce qui accrut encore la haine des habitants d’Antioche contre lui. Oropherne mourut quelques temps plus tard en captivité.

    Dès lors, tous les états alentour décidèrent de la fin de Démétrios. Attale II créa un prétendant, du nom de Balas qui se disait fils d’Antiochos IV, auquel on adjoignit le prénom Alexandre pour la cause. Il l’installa en Cilicie et dépêcha une mission diplomatique à rome. Sans surprise, cette dernière soutint Balas. La Cappadoce, Pergame et l’Egypte emboitèrent le pas.
    Dès lors la position du Séleucide devint plus que précaire. Il voulut s’assurer le soutien des Juifs qui jouèrent double jeu pour l’occasion. Ils demandèrent au deux prétendants des concessions. Démétrios évacua ses troupes sauf de Jérusalem et d’une ville palestinienne, il libéra les otages, confirma les privilèges et agrandit le territoire de la Judée. Jonathan accepta tout mais donna sa voix à Balas… qui l’avait nommé grand prêtre.
    Démétrios se résolut à livrer bataille. Après avoir mis ses deux fils en sécurité, il combattit les usurpateurs et mourut sur le champ de bataille.

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    Member since: 16 avril 2012

    Alexandre Balas (150-145)

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/da/Alexander_I_Syria-Antiochia.jpg

    Le règne d’Alexandre Balas ne fut que médiocrité. De plus, se voulant «l’héritier» d’une dynastie prestigieuse, il lui insuffla le poison des querelles de successions qui allaient jalonner tout le reste de l’histoire des Séleucides.

    Arrivé à Antioche, il remarqua que le peuple l’acclamait. Avec cet appui, il aurait pu redresser l’empire, il aurait pu renforcer sa position au moyen orient, ou au moins conserver l’état dans lequel ses terres se trouvaient sous Démétrios. Mais il préféra jouir sans scrupule de la «chance» qui lui échut. Il avait été marionnette, il resterait marionnette. Pour comble de stupidité, il demanda la main de la fille de Ptolémée (Antiochos megas dut se retourner dans sa tombe), qui accepta avec empressement.

    Il se contentait de faire la fête dans les palais d’Antioche, laissant à Jonathan le champ libre en Judée. Ce dernier ne se fit pas prier et agrandit le territoire de l’ethnos hébreu. De l’autre côté de l’empire, aux portes du Zagros, Balas ne fit rien non plus pour consolider sa position. Les Parthes se tournaient vers l’orient à l’époque, ils laissaient les Séleucides en paix, mais leur basileus n’en profita pas.

    Après trois ans de dilapidation, Démétrios 2, fils de Démétrios 1er, débarqua en Cilice. Il entra à Antioche avec ses mercenaires crétois (Alexandre se trouvait à Ptolemaïs à l’époque), où la population l’accueillit avec joie.
    Sous couvert de protéger son gendre, Ptolémée VI envahit alors la Judée tandis que Jonathan continuait l’agrandissement des terres juives. Sentant le vent tourner, Balas voulut faire assassiner le souverain lagide, en vain. Ce dernier transféra aussitôt son amitié et sa fille à Démétrios II pour peu que la Coélé Syrie redevienne egyptienne. Le Séleucide accepta.

    Ptolémée entra à Antioche sous les applaudissements de la foule. De plus, deux ministres d’Alexandre pressèrent le Lagide de se faire couronner roi. On était en -145 et Ptolémée n’eut pas le cran d’accepter. Il venait d’apprendre les nouvelles de la funeste année -146 et il eut peur qu’Alexandrie soit la prochaine sur la liste. S’il était monté sur le trône, qui sait ce qui aurait advenir ?
    Toujours est-il qu’il convainquit les Séleucides de conserver Démétrios pour basileus, alors qu’Alexandre Balas parcourait la campagne avec une armée recrutée en Cilicie. Les forces conjointes de Ptolémée de Démétrios se lancèrent à sa poursuite et l’affrontèrent à la bataille de l’Oinoparas. Balas fut vaincu et assassiné peu après. On ne connait pas le déroulement de cette bataille, hormis un détail significatif. Alors que Ptolémée chevauchait sur le terrain, un barrissement d’éléphant (probablement égyptien, à moins que les Séleucides en aient recruté à nouveau) effraya son cheval qui fit tomber son cavalier qui se blessa. Et qui mourut quelques jours plus tard, à 35 ans. D’un seul coup, Démétrios était débarrassé de son rival et de son protecteur assez encombrant. Sans parler de la Coélé Syrie qui resterait séleucide.

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    Member since: 12 avril 2012

    WoW, quel roman !
    Cette histoire est vraiment passionnante, et j’attends chaque chapitres avec impatience.
    Merci beaucoup de nous faire partager les malheureuses péripéties des Séleucides.

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    Member since: 16 avril 2012

    Démétrios 2 (145-140)

    http://antikforever.com/Syrie-Palestine/Seleucides/Images/seleucide36b.jpg

    Monnaie représentant Démétrios. Notez le faucon au revers, le symbole lagide par excellence !

    Le règne de Démétrios 2 s’inscrit dans une phase déterminante pour l’histoire iranienne. En effet l’accession au trône de ce Séleucide correspond à une époque où le plus grand Arsacide dirige les Parthes: Mithridate 1er. En place depuis 171, ce monarque donna l’impulsion décisive à son peuple qui allait le mener jusqu’à l’Euphrate.
    Dès avant l’avènement de Démétrios 2 Nikator, le Parthe conquit la Médie et ses fameux chevaux ainsi que des terres relevant de la suzeraineté bactrienne. Au nord-est de son territoire, il dut repousser ses cousins Saces qui lançaient des incursions dans le monde iranien sédentarisé. A l’ouest, il conquit des terres appartenant théoriquement aux Séleucides mais qui n’en faisaient plus partie de fait: la Perside, l’Elymaïde et l’Atropatène (prêt de l’Azerbaïdjan actuel). On retrouvera ce roi plus loin, mais pour l’instant, revenons-en à Démétrios.

    Ce dernier avait reçu le surnom de Nikator lors sa victoire contre Alexandre Balas; et il devait s’en montrer digne avec les événements qui allaient suivre.
    Dès son accession au pouvoir, Jonathan (toujours lui, le jus de carotte doit être un puissant antioxydant pour faire vivre si longtemps) lui demanda de renouveler les privilèges qu’il avait obtenus de ses prédécesseurs. Là encore il en sortit gagnant; les terres de l’ethnos hébreu s’agrandirent et il vit la fiscalité baisser.
    De plus, le juif joua encore un rôle dans la politique immédiate. Antioche se souleva contre Démétrios qui n’eut d’autre choix que d’appeler les Hébreux à la rescousse. Jonathan accepta et envoya un contingent dans la capitale. Les juifs purent alors se livrer à une petite revanche sur les griefs qu’ils avaient contre les Séleucides en pillant la ville. Cette dernière revenait à Démétrios, mais sa population lui fut encore plus hostile qu’auparavant.

    Un certain Diodote en profita alors. Gouverneur d’Apamée (ville de la tétrapole séleucide) il alla chercher un fils de Balas qu’il appela Antiochos 6 et qu’il proclama basileus. Avec lui, il gagna Antioche qui lui fit un triomphe (la girouette était devenue le sport national de la population). Démétrios s’enfuit alors (144).
    A partir de là, la situation devient un peu confuse. Il semblerait que Diodote Tryphon (son nouveau surnom) ne régnait que sur la partie méditerranéenne de l’empire alors que Démétrios gouvernait tout le reste. Toujours est-il que l’usurpateur se débarrassa d’Antiochos 6 et que Jonathan essaya d’en profiter. Cela ne faisait les affaires d’aucun des deux prétendants au trône et chacun tenta de se défaire de ce grand prêtre gênant.

    Diodote fit alors semblant de vouloir négocier et attira Jonathan dans un piège où il le captura. Malgré les pourparlers qui s’en suivirent, Diodote fit exécuter le grand prêtre. Cela eut deux conséquences. La première fut un regain de territoire de la part des «Séleucides» et la deuxième fut que Simon, frère et successeur de Jonathan prit les armes contre Tryphon aux côté de Démétrios. Mais pour y parvenir, ce dernier dut accepter l’inconcevable. Il confirma les privilèges d’antan et il leva le tribut. Nous sommes en 143 avant JC et le royaume hasmonéen vient de naître dans les faits. Après l’expulsion de la garnison séleucide de Jérusalem en 141, rien ne put renverser cette tendance.
    On pourrait se demander comment les Séleucides en arrivèrent là. Malgré des revers, l’empire gardait une grand puissance régionale voir extrarégionale. Les Hébreux n’auraient très probablement pas pu résister à une vraie reconquête séleucide et des deux côtés on aurait cherché l’apaisement pour peu que les «extrémistes» soient muselés. Mais on ne refait pas l’histoire et les faits montrent que Démétrios renonçait à la Phénicie/Judée.

    Il restait au monarque légitime à tuer Diodote pour en revenir aux affaires courantes; il en fut empêché par Mithridate 1er.
    En 141, l’Arsacide s’empara de Babylone. Aussitôt, les populations mésopotamiennes appelèrent à l’aide Démétrios. Ce dernier se devait de réagir, il en allait de la survie de sa dynastie. Il avait déjà préparé une armée pour la reconquête des satrapies supérieures et il put ainsi se mettre rapidement en marche. Bizarrement, il ne fonça pas sur la Mésopotamie mais sur l’Iran lui-même. Les populations de Médie de Perside et d’Elymaïde l’accueillirent avec empressement. On aurait pu croire à une nouvelle anabase d’Antiochos 3, il n’en fut rien. Lors d’un combat dont nous ignorons tout, Démétrios fut capturé et bien traité par Mithridate qui lui donna sa fille en mariage. Désormais, les Parthes contrôlaient la Mésopotamie et l’illustre Séleucie du Tigre se transforma en capitale satrapique. Dès lors, Mitrhidate put légitimement prendre le titre de roi des rois.

    Saganami, en plus de ça, je compte faire mon mini-mémoire d’histoire sur les armées hellénistiques. Normalement le sujet devrait être accepté; ce serait un bon complément pour ce dossier.

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    Member since: 12 avril 2012

    Il y a vraiment pas à redire. Les Séleucides sont les meilleurs pour se tirer une balle dans le pied.

    On constate qu’il n’y a jamais eu un sentiment d’unité extrêmement fort dans le sens où il y a toujours eu des dissensions internes, chacun tire dans son sens.

    Et avec ton dossier, on le constate plus que bien. Notamment sur le peuple de l’empire, le meilleur exemple reste Antioche qui est excessivement versatile.

  • Participant
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    Member since: 16 avril 2012

    Antiochos VII Sidètès (140/138-129)

    http://www.poinsignon-numismatique.fr/upload/photos/royaume-de-syrie-antiochus-vii-evergete-sidetes-138-129-av-j-c-tetradrachme-antioche-sur-l-oro_100953A.jpg

    Ton arrogance et ta témérité ont causé ta perte, Antiochos ! A moins que tu n’aies pu boire le royaume arsacide dans une coupe géante. Phraatès II, roi des Parthes

     

    Chaque empire, chaque royaume connaît son chant du cygne; c’est inéluctable. Il ne reste alors qu’à le rendre le plus digne possible. La dynastie séleucide, qui avait dominé la plus grande partie de l’empire d’Alexandre, qui imposait son hégémonie sur l’Asie occidentale et centrale n’y fait pas exception.
    Antiochos Sidètès représente le dernier souverain qui peut porter légitimement le titre de basileus tôn basileôn. En effet, bien que ses successeurs continuassent à régner sur «l’empire», ils ne songèrent plus qu’à s’entredéchirer les miettes de pouvoir qu’il subsistait. Avant Antiochos VII, les Séleucides étaient malades, mais guérissables. Après lui, ils entraient en phase terminale. Il ne restait aux états alentours qu’à se servir sur la carcasse de ce géant mis à terre.

    Lorsque Démétrios II fut capturé par les Parthes, son frère Antiochos accourut d’Asie mineure (Side en Pamphylie) d’où il avait été élevé. A son arrivée en Syrie, il épousa Cléopâtre Théa qui avait été mariée à son frère. Là il s’efforça de restaurer le pouvoir séleucide et de reprendre ce qui avait été perdu.
    Dans un premier temps, il engagea la lutte contre Tryphôn qui fut vaincu et se suicida. Si Antiochos avait d’abord demandé appui aux Hébreux dans ce conflit, il relativisa bien vite les concessions qu’il leur avait accordées. Il exigeait ni plus ni moins que le versement du tribut et la restitution de certaines terres que les juifs avaient conquises. Le grand prêtre Simon refusa, mais les tensions en restèrent là… du moins jusqu’à sa mort (il fut assassiné en 135). A cette date, le fils de Simon, Jean Hyrcan, accéda au grand pontificat. Les troubles qui en résultèrent permirent au roi séleucide d’intervenir en Judée. Jérusalem fut assiégée et prise après un long siège.
    Antiochos se montra relativement clément. Il n’y eut ni pillage ni scène de violence. Pour peu que les Hébreux livrent des otages et qu’ils fournissent des troupes à l’armée, le basileus ne plaça pas de garnison en Palestine et laissa libre cours à la religion juive.

    A l’intérieur de ses frontières, Antiochos se dédia à la restauration de la dignité royale. Il reprit les échanges entre les cités et la monarchie, accordant l’autonomie à certaines les attachant ainsi un peu plus à l’empire. De plus, il rétablit l’ordre et la prospérité. Sa femme lui avait donné trois enfants. Aucun rival ne venait lui mettre des bâtons dans les roues; la situation se redressait bien. Mais le grand projet du roi se trouvait à l’est. Les Parthes s’étaient avancés beaucoup trop loin à l’ouest; il était temps de leur briser les ailes.

    Antiochos regroupa une armée de 100’000 hommes dit-on, chiffres sans doute exagérés. En tout cas, il amenait avec lui ses hétairoi, les thorakitai de la garde royale, et des troupes bigarrées d’Hellènes et d’orientaux. Ces derniers fournissaient des tirailleurs à cheval et à pied, des archers syriens ainsi que des phalangites. Quant aux Macédoniens, on trouvait dans leurs rangs des phalangites clérouques, des thureophoroi, divers cavaliers et des cataphactes. Enfin, Jean Hyrcan était présent aussi avec des lanciers juifs et une phalange mercenaire venue de Grèce.

    La campagne débuta sur les chapeaux de roue. Il gagna la Babylonie et la Médie. Il y remporta trois batailles dont on ignore le déroulement. La population fit ravie de ce retour des Séleucides et surnomma Antiochos Kallinikos et Megas, comme ses illustres prédécesseurs.
    Le roi parthe voulut alors négocier. Antiochos demanda le retour de son frère Démétrios, la restitution de l’Iran occidental, la livraison d’otage et le payement d’un tribut. Phraatès refusa et la guerre reprit. De plus, le Parthe prit deux décisions lourdes de conséquence: il renvoya Démétrios en Syrie pour susciter une guerre civile et il appela à l’aide ses cousins Saces qui vivaient au Kirghizistan actuel.
    Quand l’hiver arriva, le basileus scinda son armée en plusieurs corps pour hiverner. Les exactions des soldats ne servirent pas la cause d’Antiochos, aussi décida-t-il de se remettre rapidement en marche pour limiter la casse. Sa prochaine cible fut Ecbatane, l’antique capitale des Mèdes. Sur le chemin allait se dérouler le dernier acte de cette campagne.

    Tandis que les Séleucides progressaient sur la route qui menait à Ecbatane, les Parthes (les Saces n’étaient pas présents) leur tendirent une immense embuscade. Composée essentiellement d’archers, à pied et à cheval plus ou moins lourds, ainsi que de cataphractes et de quelques fantassins pour le nombre, ils fondirent sur les Macédoniens qui ne s’attendaient pas à une telle attaque.

    Les cataphractes helléniques furent pris à partie dès le début du combat et grandement mis à mal. Les phalanges n’eurent pas le temps de se mettre en formation et les autres fantassins se défendirent comme ils le purent. Antiochos Sidètès tenta bien une contre charge avec ses compagnons, mais il fut tué dans la mêlée. A ce moment-là, la défaite devint inéluctable. Seuls résistèrent les thorakitai de la garde, alors que les troupes macédoniennes se rendirent (les Parthes les firent prisonniers) en même temps que les troupes orientales se firent massacrer. De son côté, Hyrcan avait fui dès le début de l’engagement et il parvint à rejoindre Jérusalem.

    Ainsi s’achève l’épopée d’Antiochos VII et avec lui l’espoir de redressement de l’empire séleucide. On pourrait le dire trop exigeant ou utopiste dans ces rêves de gloire. Je pense surtout qu’il eut le défaut de perdre et de mourir dans cette bataille «d’Ecbatane» sans quoi, la domination séleucide sur les terres iraniennes aurait repris de plus belle et alors, quel espoir pour le roi à l’ouest ?

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    Je viens de lire en détail la version d’Appien sur la bataille de Magnésie et je comptais vous faire part de quelques points que je trouve intéressants (ou troublants à vous de choisir).

    1. En ce qui concerne la ligne de bataille romano/pergaménienne, l’historien mentionne 10’000 fantassins romains placés sur la gauche avec 10’000 autres fantassins, des alliés latins cette fois. En tout, l’équivalent de quatre légions à peu près. Il ne mentionne pas le mot centre explicitement, mais seulement le mot psiloi qui désigne les tirailleurs légers, en précisant néanmoins qu’ils étaient nombreux (on est réduit à des hypothèses quant au chiffre exact).
    A côté de ça, il ajoute 3’000 peltastes achéens qui seraient aussi placés au centre, mais il n’est pas fait mention d’une quelconque infanterie lourde. Finalement, on retrouve Eumène avec sa cavalerie de 3’000 hommes sur l’extrême droite du dispositif.

    2. Quant aux Séleucides, Appien nous dit qu’ils comptaient 16’000 phalangites, répartis en 10 bataillons de 1’600 placés sur 32 rangs de profond pour 50 de large. Et que parmi eux, il y avait des argyrapsides, epilektoi tôn Makedonôn, c’est-à-dire l’élite des Macédoniens (ce terme prête encore à confusion aujourd’hui. S’agit-il de vrais Macédoniens ou de soldats combattant comme des Macédoniens?).
    Ces argyraspides sont placés sur la droite, soutenus par les hypaspistes sur leur droite. Sur la droite (on va finir par se retrouver à gauche si ça continue 😛 ) se trouve Antiochos 3 à la tête de 3’000 cataphractes accompagnés par des archers montés dahens. On retrouve 3’000 autres cataphractes sur la gauche séleucide emmenés par Seleukos, le futur basileus. Jusque là, tout va bien. Mais, Appien emploie deux expressions qui m’intriguent. Il affirme qu’il y avait des cavaliers porteurs de boucliers d’argent (je n’ai jamais entendu parler de ça) ET une âgema macédonienne de cavalerie. Or l’âgema désigne l’élite à pied ou l’élite locale à cheval, mais pas l’élite macédonienne à cheval. On utilise à la place les termes hétairoi ou basilikè ilè. (Appien va apprendre ta langue 😛 ).

    3. L’historien parle ensuite des éléphants. Il emploie une formule tirée par les cheveux. Il précise qu’il y avait 22 pachydermes entre chaque bataillon de phalange… ce qui donnerait le joli chiffre de 220 éléphants en tout. Evidemment il faut comprendre 22 bêtes réparties entre les carrés de piquiers. Car en cela, Antiochos innova. Au lieu de former une masse de 16’000 phalangites, il sectionna les sarissophores pour créer des “îles” de piques entourées par des éléphants et des fantassins plus légers; Cynocéphale avait porté ses fruits chez les monarques hellénistiques.

    4. Pour le reste de l’armée on a le droit à l’ONU de l’époque. En plus des plèthos (le mot qui a donné pléthorique en français) de psiloi, on trouve 3’000 fantassins lourds galates, des Elymiens, des Mèdes, des Crétois, des Cariens et j’en passe. Ils étaient sûrement là pour faire le nombre et pour servir les petits fours pendant les pauses, à côté de leur travail d’unité à distance.

    5. Un détail m’a vraiment surpris. Un des grands officiers de l’armée séleucide s’appelle Philippe et il est éléphantarque (général des éléphants). Cependant Appien en fait le commandant de l’ensemble de la phalange…

    6. Concernant les chars, Appien nous dit qu’Eumènes prit l’initiative de cribler les chevaux de flèches puis de faire charger sa cavalerie aidée par des cavaliers romains. Cela fit peur aux chevaux des cataphractes de Seleukos et aux chameliers/archers arabes (l’écrivain précise qu’il s’agissait de chamelles…) de l’armée d’Antiochos. Les fantassins protégeant la gauche de la phalange paniquèrent d’autant plus qu’Eumène poussa son avantage et les attaqua. A partir de là, Philippe ordonna à la phalange de se replier et d’ouvrir le passage aux psiloi séleucides ainsi qu’aux éléphants. Appien désigne cette formation par tetragonos qui signifie quatre côtés. Il peut donc s’agir d’un carré ou d’un rectangle. Mais le plus important vient du fait qu’il dit explicitement que les phalangites pointèrent leur sarisse de toutes parts, comme lors d’un dernier carré. L’impasse fut totale donc vu que les projectiles alliés ne causaient presque pas de pertes et que les latins avaient peur d’en venir au contact, alors que les Séleucides attendaient du renfort sans pouvoir bouger.

    7. Ces renforts étaient évidemment la cavalerie victorieuse d’Antiochos qui revint à ce moment-là. Et détail intéressant, l’écrivain note qu’Eumène envoya son frère Attale avec ses cavaliers contre les cataphractes du roi séleucide. Ce dernier contre-chargea et massacra ses adversaires. Là, Appien nous dit que le basileus perdit espoir en voyant la situation et le nombre de morts. Seulement, à le lire, on comprend qu’Antiochos mégas arrive au moment où ses phalanges sont encerclées. Si tel était le cas, il n’aurait eu qu’à charger les Romains et la victoire aurait été acquise. A mon avis, le Séleucide revint lors de la débandade de ses troupes car Attale lui avait fait perdre un temps précieux qui aurait coûté la victoire aux Pergaméniens autrement.

    8. Finalement, après la bataille, Appien nous dit que les romains furent très fiers d’avoir vaincu une armée considérée comme invincible et menée par un roi qui portait déjà l’épithète de mégas. Mais il nous dit aussi que les officiers séleucides accusèrent leur roi de les avoir mené à la défaite car il avait misé uniquement sur sa cavalerie et sur des fantassins peu éprouvés alors qu’il disposait de phalangites très bien entraînés. De plus, le roi aurait déployé son armée dans une vallée étroite où les mouvements des sarissophores auraient été gênés.
    Mais quand on lit Appien, on remarque qu’Antiochos compte sur son élite pour vaincre. La charge des cataphractes est suivie par l’attaque des argyraspides renforcés par les hypaspistes. La partie gauche de l’armée semble confinée à la défense. On aurait là un très bel exemple d’un ordre oblique. Dans ce cas-là, ça expliquerait que les boucliers d’argent ne se soient pas faits massacrés lors du repli vu qu’ils ne pouvaient pas faire parti du carré.

    Voilà quelques points de discussion qui méritent d’être abordés je pense.

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    Je poste une traduction de Polybe que j’ai faite et qui donne des informations intéressantes sur l’état de l’empire séleucide après la campagne victorieuse mais avortée d’Antiochos 4 en Egypte. Il s’agit du livre 30, paragraphe 25. Dans ce passage, l’auteur nous décrit le défilé de Daphnée de 166, grande fête en l’honneur de l’empire et de son basileus, qui doit montrer la puissance intacte dans laquelle il se trouve. En effet, plusieurs émissaires étaient présents et Diodore de Sicile précise qu’ainsi, nul n’ignora les projets du roi séleucide; même si cela lui paraissait stupide.

    “Certains défilèrent, équipés à la romaine, en cotte de maille, des hommes dans la fleur de l’âge au nombre de 5’000; après eux venaient 5’000 Mysiens. Suivaient 3’000 Ciliciens armés à la manière des troupes légères et portant des couronnes d’or. Après eux il y avait 3’000 Thraces et 5’000 Galates. A ceux-là succédaient 20’000 Macédoniens et 5’000 chalkaspides, plus d’autres argyraspides, parmi lesquels il fallait retrancher 240 paires de combattants individuels. Après eux, il y avait 1’000 cavaliers niséens, 3’000 citoyens parmi lesquels la plupart portait des phalères et des couronnes d’or, les autres des phalères d’argent. Après eux venaient les cavaliers appelés compagnons; à peu près 1’000 et tous porteurs de phalères d’or. A ceux-ci succédaient le bataillon des amis, égaux dans le nombre et dans l’ordonnance. Puis 1’000 hommes d’élite parmi lesquels on comptait ce qu’on appelle l’agêma qui paraissait le corps le plus fort des cavaliers, aux alentours du millier. Finalement venait la cavalerie cataphracte, dont le cavalier et le cheval était bardé de métal comme son nom l’indique. Ils étaient au nombre de 1’500. […] Après eux venaient 100 chars à 6 chevaux, suivis par 40 tirés par 4 chevaux puis un char tiré par un éléphant. Suivaient 36 éléphants décorés. Il est difficile de décrire le reste du cortège.”

    Ce texte renseigne et frustre à la fois. Il donne des informations précieuses mais il reste flou sur certains points. Si on les prend un par un, je dirais que:
    – les 5’000 hommes “équipés à la romaine” avec cotte de maille et dans la fleur de l’âge devaient sans doute être les thorakitai. Polybe utilise d’ailleurs l’expression “εν θωρακιν αλυσιδοτοις” que j’ai retranscris par «en cotte de maille» et non par “en armure cotte de maille”. On a déjà parlé de ces thorakitai qui s’inspiraient plutôt des Celtes que de Romains dans un autre topique. Il n’y a rien à rajouter.

    http://img124.imageshack.us/img124/9445/thorakitaiargyraspideswmp7.jpg

    Restitution de thorakitai d’élite

    – les 5’000 Mysiens suffisent à la description. Avec ce texte uniquement, on ne saurait rien de plus sur ce corps d’armée. Heureusement, grâce à l’épigraphie, on sait qu’il s’agit d’une unité de cavaliers/tirailleurs. Néanmoins, un doute subsiste quant à la dénomination exacte. Etaient-ce réellement des Mysiens ? Si oui comment cela se fait-il ? A travers le mercenariat ou les colonies militaires ? Si non, ces cavaliers utilisaient simplement la technique dite mysienne.

    – merci Polybe de nous rappeler qu’il y avait 3’000 Ciliciens légèrement armés. Mais avec quoi ? Des javelots, des arcs, des frondes, des épées courtes… ? Je suppose qu’il s’agissait de javeliniers ou à la limite de frondeurs, mais ce n’est qu’une hypothèse.

    – les Thraces et les Galates montrent que le mercenariat et les clérouquies fonctionnaient bien. Mais ça s’arrête là. On n’a aucune information sur leur armement, ni même si on a affaire à des cavaliers ou à des fantassins, même si je pencherais plus pour une infanterie. On peut supposer que si l’auteur ne précise pas, cela devait être trop logique pour lui et ses contemporains. Malheureusement, ce n’est pas le cas pour nous.

    http://www.europabarbarorum.com/i/units/pontos/pon_kuarothoroi.gif

    Infanterie lourde galate. Polybe décrit peut-être ces hommes dans le défilé

    – cette phrase est la plus sujette à débat. Je la retranscris pour ceux qui voudraient trouver une autre traduction “Τουτοις επεβαλλον Μακεδονες δισμυριοι και χαλκάσπιδες πεντακισχιλιοι, αλλοι δε αργυρασπιδες”. Littéralement il est écrit «après eux suivaient 20’000 Macédoniens et 5’000 chalkaspides, les autres étaient argyraspides». Je comprends qu’il y avait 20’000 «Macédoniens », c’est-à-dire de réels Macédoniens, ou des orientaux formés à la macédoniens plus 5’000 chalkaspides. Tout le problème vient en fait de la deuxième partie «αλλοι δε αργυρασπιδες». On serait porté à comprendre qu’il y avait un bataillon d’argyraspides en plus des 25’000 autres phalangites, mais Polybe ne précise pas leur nombre. On pourrait alors comprendre qu’il y avait 5’000 chalkaspides et argyraspides dans des proportions non définies. Ou alors, on pourrait coller le mot αλλοι à χαλκάσπιδες πεντακισχιλιοι. Le mot chalkaspides serait alors synonyme de Macédoniens et il y aurait 5’000 argyraspides en tout. Si quelqu’un a une solution miracle, je suis preneur.

    http://img152.imageshack.us/img152/6496/chalkaspidai.jpg
    Un chalkaspis
    http://img185.imageshack.us/img185/1280/silevershieldskj0.jpg
    Les fameux argyraspides

    – les paires de combattants individuels sont étranges. Certains prétendent qu’il s’agirait de gladiateurs car Antiochos passa une partie de sa vie à Rome. Cela aurait un sens à mon avis si ces hommes venaient à la fin du défilé car là on voit des représentations plus festives. Dans la première partie défilent uniquement des militaires, même si certains sont équipés pour une parade. Je pencherais plutôt pour une unité de type hypaspiste qui pourrait combattre individuellement contrairement aux autres argyraspides de la phalange.

    – concernant les cavaliers, il n’y a pas grand-chose à rajouter car c’est assez clair. Hormis les Niséens dont on ne connait pas l’équipement, on remarque le nombre de troupes d’élite. Entre les compagnons, les «επιλεκτοι» «choisis, élite», l’agêma et les cataphractes qui ne portent pas expressément un terme désignant l’élite, on a l’embarras du choix. C’est pourquoi certains ont vu dans les compagnons un corps de Macédoniens, dans l’agêma un corps d’Iraniens et chez les amis «φίλοι» un mixte des deux. Je suis enclin à suivre cette interprétation.

    http://img191.imageshack.us/img191/7443/agema.jpg
    Possiblement un cavalier de l’agêma
    http://www.europabarbarorum.com/i/units/makedonia/mak_hetairoi.gif

    Un hétairos, l’élite des Macédoniens présents dans le royaume

    – les chars ont surtout un rôle décoratif. Je vois mal ces engins tractés par 6 chevaux sur un champ de bataille. Je ne parle même pas de celui tiré par l’éléphant… Quant à ces derniers, il est tout-à-fait possible qu’il s’agisse de bêtes de guerre.

    La dernière phrase que j’ai traduite est la plus frustrante. On ne sait pas ce qu’il y avait en plus. Etaient-ce d’autres militaires, des machines de siège dur à décrire, des soldats trop exotiques, des décors non-militaires… ? On en est réduit à des suppositions.
    Le reste du défilé montre l’opulence de la dynastie. Les esclaves sont innombrables. La vaisselle d’argent côtoie les objets en or. Les convives sont rassasiés de vin et le roi se promène parmi eux. Il n’y a pas à douter qu’Antiochos voulut montrer tout l’éclat que conservait sa lignée malgré le camouflet infligé en Egypte.

    Car quand on compte les effectifs, on dénombre 53’500 soldats. Cela représente une force non négligeable. Seulement, cela pose plusieurs problèmes. Certains bataillons étaient vêtus de phalères et de couronnes d’or, matériel pas très militaires. Doit-on en déduire que tous n’étaient pas censés se battre ? D’autre part, ce défilé inquiéta les émissaires romains qui demandèrent des comptes au roi. Ce dernier leur répondit qu’il ne comptait pas attaquer leurs intérêts, ce qui les rassura. Il s’agissait peut-être de l’armée qui allait marcher contre les Parthes. Car après tout, je vois des lacunes dans ce luxe d’unités.
    Où sont les gardes du corps à pied, quel que soit leur nom ? Et où sont passés les archers dont l’orient raffolait ? Le Séleucide voudrait aller combattre les Parthes et il n’y aurait pas d’archers dans son armée ? Peu probable, ou Antiochos serait très mauvais tacticien, ce dont je doute. Je remettrais alors en cause ce que dit Diodore quand il prétend que le roi montra tout ce qu’il avait. L’empire séleucide restait considérable. Il pouvait sans doute fournir plus. Seulement, en étalant cette armée à la face du monde, Antiochos montrait qu’il en avait encore sous la pédale et secrètement il aurait pu mobiliser encore plus de troupes en cas de réel danger.

    Comment interpréter ce défilé dans ce cas ? Pour moi Antiochos voulait dire: “Je suis le basileus ton basileon. Je règne sur l’Etat le plus puissant du monde hellénique. Une preuve pour vous en convaincre ? Regardez autour de vous ! Voyez le nombre de mes soldats ! Voyez leur ordre de marche ! Vous n’y remarquerez que phalères d’or et d’argent et tout ce que je peux distribuer, car telle est ma richesse. Vous vous inquiétez Romains. Ne vous en faites pas ! J’ai vaincu les Lagides et vous m’avez fait repartir à Antioche. Mais ce n’est pas grave parce que j’ai compris que votre amitié comptait plus qu’une guerre incertaine. Et surtout, je réserve cette armée à mes ennemis parthes qui reflueront bientôt d’où ils sont venus. Mais pour le moment, venez jouir du spectacle comme tout le monde !”

    Et vous, qu’en pensez-vous ? Cette armée vous parait-elle plausible ? Et comment interprétez-vous les phrases sujettes à caution ?

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