Post has published by Solduros_390

Ce sujet a 79 réponses, 12 participants et a été mis à jour par  Solduros_390, il y a 1 mois et 1 semaine.

25 sujets de 1 à 25 (sur un total de 80)
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    Posts2180
    Member since: 16 avril 2012

    L’empire séleucide

    Emblème de la dynastie représentant une ancre en rapport avec un songe du fondateur, Seleukos Nikator

     

    Immensité, luxe, Antioche, Séleucie, éléphants mais aussi faiblesse endémique, souverains dépassés, complots récurrents… Voilà les mots qui viennent à l’esprit quand on pense à la dynastie séleucide qui régna de -305 à -64, comme si quelques termes pouvaient résumer l’histoire des plus puissants diadoques, pourtant assez mal connus du public. Comme tous les stéréotypes, ils ont leur part de vérité… et d’exagération. Je vais vous montrer comment cette famille a accédé au plus haut statut mondial qui existait à l’époque et ce qu’elle fit pour diffuser son propre héritage hellénique dans ses satrapies, continuant ainsi l’œuvre de celui qui fut leur maître à penser et leur modèle, Alexandre le grand.

    Commençons donc par le commencement, à savoir avec le fondateur de la dynastie qui portera son nom : Seleukos Nikator. Fils de Laodikè/Laodice et d’Antiochos, il s’illustre peu durant le règne d’Alexandre, bien qu’il ait servi Philippe 2 et qu’il fasse partie des hétaires. En effet, il arrive sur le devant de la scène seulement en -326 durant la campagne d’Inde où il commandera les hypaspistes avec d’autres compagnons. Il s’illustrera également à Suse par son mariage avec une princesse bactrienne : Apamée/Apameia, de qui il ne divorcera pas, contrairement aux autres diadoques.

    A la mort d’Alexandre, les péripéties commencent vraiment pour ceux que l’on appellera diadoques. Pourtant Seleukos n’en fait pas partie au départ. Il commence sa nouvelle carrière par le grade d’hipparque/général des hétaires. Mais à peine deux ans plus tard, on lui retire ce titre lors du traité de Triparadisos ; il sera désormais le satrape de Babylonie… jusqu’en -314, date à laquelle Antigonos Monophtalmos/Antigone le borgne le chasse de Mésopotamie car ce dernier ne veut personne sur son chemin qui le mènera à la domination de tout l’empire. Le fils d’Antiochos n’a alors d’autre choix que de trouver refuge chez son ami Ptolémée qui lui est bien accroché à l’Egypte.

    http://www.histoireeurope.fr/img/Seleucos%20Ier%20Nicator_1.PNG
    Buste de Seleukos Nikator

     

    Ensemble ils remporteront la bataille de Gaza contre le borgne, puis grâce au soutien lagide, Seleukos retournera en Babylonie. Avec 300 fantassins et 1100 cavaliers, il en reprendra possession car les habitants le considéraient comme un bon gouverneur. De là, il prendra rapidement le contrôle de tout l’Iran actuel. Nous sommes en -312 et certains historiens considèrent cette date comme le début de l’empire. Quoi qu’il en soit, Seleukos ne veut pas en rester là. I faut réunir absolument les terres qui appartenaient aux Macédoniens. Il va donc se lancer à la reconquête des hautes satrapies : Arachosie, Bactriane, Drangiane, Sogdiane… dès l’année -310. Il va même tenter de reprendre une partie de l’Inde des Gupta en -308. Cela aboutira à un traité de paix plus ou moins avantageux pour les deux souverains. Le séleucide renonce à deux provinces en échange de marier une des membres de sa famille avec le maharaja et de 500 éléphants. Avec ce traité, il vient d’assurer la paix, si ce n’est la reprise des terres jadis conquises par Alexandre.

    A l’autre bout de l’empire, Antigonos n’a pas freiné ses ambitions. Il a associé son fils, Démétrios à ses campagnes. Plus ! En -306, il s’est fait couronné basileus avec son enfant. C’est un défi lancé aux autres diadoques (dont fait maintenant partie Seleukos). Devant cette volonté universaliste, ils ne peuvent pas ne pas réagir. Ainsi, en -305, Ptolémée, Seleukos et Lysimaque accède également au titre de basileis. La guerre est inévitable. La coalition formée contre Antigone en -304 est simplement monstrueuse : tous les diadoques s’assemblent contre lui. Pourtant le vieux général parvient à aligner plus d’hommes que ses deux adversaires réunis ! En effet, Ptolémée ne prendra pas part à la bataille finale, bloqué en Coélé Syrie. Après plusieurs mois de marche et contre marche, le choc décisif a finalement lieu à Ipsos, en Asie mineure en -301.

    Des deux côtés les forces sont hallucinantes. 64’000 fantassins, 10’500 cavaliers, 400 éléphants et 120 chars pour les coalisés contre 70’000 fantassins, 10’000 cavaliers et 75 éléphants pour les Antigonides. En plus de ça, on retrouve de chaque côté des jeunes gens qui marqueront la suite de l’histoire : Antiochos, fils de Seleukos, Démétrios le futur poliorcète et Pyrrhos futur roi d’Epire qui fit ses premières armes.
    La bataille commence par une charge de cavalerie menée par Démétrios contre le flanc gauche coalisé. Ce dernier cède et le fils d’Antigonos poursuit les fuyards pour s’assurer qu’ils ne reviennent pas. Malheureusement pour lui, lorsqu’il fait volte face, 400 éléphants lui barrent le chemin ; il ne peut plus aider son père. Reprenant courage, les coalisés font avancer leur infanterie et cavalerie. La phalange d’Antigone (qui a 81 ans à ce moment-là) résiste tant bien que mal mais lorsque le roi meurt percé de flèches, elle décide de se rendre. Il ne reste plus à Démétrios qu’à fuir pour éviter le sort de son père.

    Après la victoire, les rois vainqueurs se partagent les terres d’Antigone. Lysimaque obtient l’Asie mineure jusqu’au Taurus. Cassandre renforce sa position en Macédoine, Ptolémée conserve la Syrie creuse et Seleukos annexe la Syrie et le reste de l’Asie mineure. Et comme pour marquer sa volonté de durer à cet endroit, Seleukos y fonde la tétrapole séleucide. Antioche, Laodice, Séleucie et Apamée deviendront le centre du pouvoir de la dynastie en Syrie et plus généralement à l’ouest de leur empire. Construites sur le modèle hellène, ces cités refléteront la culture des nouveaux maîtres de ces terres. Théâtres, lycées, gymnases, agoras seront désormais les termes à employer quand on parlera de ces villes.

    Du point politique, le basileus se montre fin stratège. Il se réconcilie d’une part avec Démétrios en lui demandant la main de sa fille, Stratonikè/Stratonice. D’autre part il confie la gestion des hautes satrapies à son fils Antiochos. Une anecdote les concernant ne manque pas de piquant. Antiochos tombe amoureux de Stratonice et le sentiment est réciproque. Quand le roi des rois l’apprend, il ne s’énerve pas. Au contraire, il bénie leur union et les nomme roi et reine des hautes satrapies.
    Profitant de cette bonne lancée, Seleukos va même apaiser les relations entre Démétrios et Ptolémée en organisant le mariage de celui-ci avec une fille du Lagide. Malheureusement, la trêve sera vite rompue. Démétrios, maître des îles veut un vrai royaume pour lui et sa descendance. La Macédoine fera très bien l’affaire. Seulement, les autres diadoques ne le supportent pas et l’ancienne coalition se reforme avec cette fois-ci Pyrrhos de son côté. Le rêve du poliorcète tourne vite court : il est obligé de fuir de ville en ville jusqu’au jour où il tombe malade et n’a plus d’autre choix que de capituler. Il se rend à Seleukos qui le traite bien mais qui l’enferme néanmoins malgré les supplications du fils de Démétrios. Ce dernier mourra 2 ans plus tard.

    En -285, commence le dernier chapitre des diadoques encore vivant. Il scellera une période de 42 ans de conflits. Tout d’abord, un fils déchu de Ptolémée rejoint la cour d’Antioche pour faire valoir ses droits au trône égyptien. D’autre part, Lysimaque se met à dos tout le monde antique en tuant son fils. Le reste de sa cour ira chercher refuge auprès du séleucide, et même Philhétairos, le gouverneur de Pergame qui appartient alors à Lysimaque. L’occasion est trop belle pour Seleukos. Il peut agrandir son empire à toute l’Asie mineure, voir à la Thrace. Il ne va pas s’en priver. En -281, les deux derniers compagnons d’Alexandre (Ptolémée 1er est mort en -283) s’affrontent à Couroupédion. Seleukos l’emporte. Et avec ça, il devient maître de tout l’ouest de l’Anatolie et de la Macédoine. Cependant, il ne profitera pas de ce succès. En -280, Ptolémée Kéraunos (le fils déchu du Lagide) l’assassine alors qu’il va se faire couronner roi de Thrace et de Macédoine. Ainsi finit le dernier représentant de la génération d’Alexandre.

    Fondateur d’un empire, continuateur du rêve d’Alexandre, il l’incarna jusqu’au bout. Il fit bâtir une cinquantaine de villes, il ne renia pas sa femme bactrienne et il tenta tant bien que mal à réconcilier les différents protagonistes de l’époque.

     

    Empire séleucide en 285 avant J.-C.

     

    Bibliographie

    Edouard Will, Histoire politique du monde hellénistique
    Olivier Battistini et Pascal Charvet, Alexandre le grand/histoire et dictionnaire

    Fichiers joints :
    • Ce sujet a été modifié le il y a 1 mois et 1 semaine par  Solduros_390.
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  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Chouette dossier pour un chouette sujet ;). Vivement que tu nous parle de la suite de cette dynastie qui a surement beaucoup de chose à nous apprendre

  • Participant
    Posts667
    Member since: 6 février 2013

    pas mal comme dossier je ne connaissait même pas l’existence de ce pays ^^”

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Super dossier Solduros, bien documenté et très complet !

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Tu fais toute l’histoire de l’empire ou tu ne parles que de Séleucos?
    En tous cas bravo, ça me semble complet et bien documenté.

  • Participant
    Posts2180
    Member since: 16 avril 2012

    Merci pour les encouragements.

    Le dossier s’appelle l’empire séleucide, pas Seleukos. Donc oui je continuerai à parler de toute la dynastie.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    C’est super! L’ennui c’est que l’histoire des séleucides est pleine de conflits très semblables de successions et si je ne m’abuse il y a au moins 5 guerres de Syrie alors il y a un risque de se perdre dans un dossier aussi bien détaillé.

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Rappel de la charte du forum :

    3 : Respect de la langue française, donc pas de SMS.

    Merci de faire plus attention à l’avenir

    Pour la modération
    Saganami

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Oui UlysseSLee, c’est de toi dont parlait Saganami. C’est pourquoi, nous te recommandons d’éditer ton message précédent pour supprimer les ‘c’ et autres signes de langage SMS (tu as l’option éditer sous ton post).

    Pour la modération,
    maxsilv

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Voilà, c’est fait.
    Il s’illustrera également à Suse par son mariage avec une princesse bactrienne : Apamée/Apameia, de qui il ne divorcera pas

    Ce n’est pas un des nombreux mariages dont l’instigateur est Alexandre, poursuivant son rêve d’unification des cultures grecques et orientales?
    De plus, j’ai lu dans ton texte que sa mère est Laodicée: ne serait ce pas en son honneur qu’à été fondée cette ville d’Asie Mineure?

  • Participant
    Posts1004
    Member since: 28 juillet 2012

    Tres bon dossier Solduros ;). On voit que tu t’implique.

  • Participant
    Posts538
    Member since: 10 février 2013

    On dirait que tu as étudié ça toute ta vie.

  • Participant
    Posts2180
    Member since: 16 avril 2012

    Antiochos Soter (281-261)

     

    Statère d’or représentant le roi

     

    Lorsque Antiochos 1er parvient au pouvoir, il a plus de la quarantaine et une dizaine d’années d’expérience de gouvernance. Cependant, il doit faire face dès son accession au trône à plusieurs menaces. Tout d’abord, une révolte éclate en Syrie, un des cœurs du pouvoir. On est peu documenté à son sujet, mais il est probable que Ptolémée Philadelphe ait semé des troubles dans cet empire qui peut lui faire de l’ombre. L’empereur doit ainsi se concentrer sur l’extrême orient méditerranéen, sans pouvoir se concentrer sur l’Asie mineure où réside la deuxième menace.

    On a vu que Seleukos avait vaincu Lysimaque et qu’il voulait recueillir son héritage. La mort l’en avait empêché ; il revient maintenant à son fils de le faire. Face aux désirs d’autonomie et de protection des cités de l’ouest anatolien, les Séleucides peuvent leur offrir les deux. Ainsi, tout le monde y gagne : la paix et le commerce sont assurés. C’est sans compter les appétits lagides qui s’emparent de plusieurs cités en Carie, Cilicie et Lycie. Les successeurs de Seleukos devront désormais faire front sur plusieurs points de leur empire. D’autant plus que le nord ouest de la Turquie actuelle n’était pas pressée de rentrer dans le giron d’Antiochos.

    Lorsque ce dernier arrive enfin en Asie mineure, la Bithynie s’est révoltée et alliée à quelques cités des détroits. Après des débuts chaotiques, les Séleucides semblent l’emporter. Antiochos passe une alliance avec Antigonos Gonatas, le nouveau roi de Macédoine qui vient de repousser l’invasion celtique qui menaçait la péninsule hellénique. C’est le début d’une longue amitié entre les deux dynasties. Après cela, il ne reste plus qu’à marcher contre les rebelles. Quand soudain en désespoir de cause, Nicomède, le roi de Bithynie, fait appel à ces soldats celtiques que l’on appellera désormais Galates. Il les utilise pour se débarrasser de son frère qui lui fait de l’ombre et pour créer un écran entre lui et les Séleucides.

    Ces derniers sont dans l’obligation de réagir. En effet, ils ne peuvent laisser les Celtes s’emparer de terres leur appartenant et ainsi, constituer une menace sur leur front ouest. Antiochos prévoit donc de les affronter. Vers l’an -276 (on n’est pas sûr de la date), son armée fait face aux Galates. Les Hellènes sont terrorisés par les chars et la stature des Celtes dont la réputation n’est plus à faire. Le basileus lui-même craint cette confrontation, mais il détient un atout de taille dans sa manche. Lorsque les cavaliers et les chars des Galates s’élancent, le Séleucide sort son arme secrète : huit éléphants qu’il a répartis aux ailes et qui mettent en déroute les chevaux ennemis. Les fantassins adverses n’en mènent pas plus large, n’ayant jamais vu de telles bêtes. La victoire est totale et les Celtes sont repoussés. Ils resteront désormais dans une région qui portent encore leur nom : la Galatie.

    Fort de ce succès, Antiochos se voit attribuer l’épithète de soter, le sauveur. Malheureusement pour lui, à peine vient-il de triompher qu’un autre danger se profile à l’horizon. Le roi de Cyrénaïque, Magas, qui est le beau-fils par alliance de Ptolémée 1er, veut se rendre indépendant de l’Egypte. Pour se faire, il épouse une princesse séleucide, Apameia/Apamée et déclare la guerre à Ptolémée 2. S’étant allié à la Cyrénaïque, Antiochos se doit d’intervenir pour soutenir Magas. Seulement, deux épisodes vont en décider autrement. D’abord, des nomades vont menacer les arrières du roi de Cyrène, ce qui le contraint à rebrousser chemin. Ensuite, des mercenaires galates vont se mutiner contre Ptolémée et rendre impossible une quelconque défense ; Antiochos n’a même pas à intervenir. Quant à Magas, il conserve son trône jusqu’en -250. Ironie de l’histoire, le conflit se règle sans une seule goutte de sang. Il n’en sera pas de même par la suite.

    Suite qui intervient à peine un an après… avec ce que les historiens appellent la première guerre de Syrie. Cette dernière est très mal connue et il faut plus supposer qu’affirmer. On sait tout au plus qu’elle commence en -274 avec un raid ptolémaïque en Babylonie (vous avez dit guerre de Syrie…) qui est finalement repoussé. On pense qu’ensuite, le Séleucide marche contre Damas en -273. Après cela, c’est le flou total jusqu’en -271, date de la paix que les deux parties célèbrent comme une victoire. (Ne pas perdre revient pour eux à gagner).

    Les dix dernières années du règne sont encore plus mal connues que les dix premières. On sait juste qu’Antiochos se rend en orient et qu’il substitue Antiochos 2, son cadet à Seleukos, son aîné dans le gouvernement de quelques satrapies. En outre, Seleukos semble avoir été assassiné (le début de la réputation de la dynastie…). A côté de ça, le grand drame de l’empire se joue dans ces années. Eumène, roi de Pergame en -263 décide de se rendre indépendant de son souverain. Antiochos réagit évidement mais son armée est vaincue à Sardes. La Mysie n’appartient plus à l’empire séleucide. Le basileus ton basileon ne survit pas à cet échec. La mort l’emporte en -261.

    UlysseSLee, il s’agit en effet d’un des 10’000 mariages qu’Alexandre fit célébrer à Suse en -324. La ville de Laodicée que je mentionne est en Syrie et non en Asie mineure, même s’il est à peu près certain qu’il y en ait eu en Anatolie. Pour répondre à ta question, Seleukos nicator donne les noms de : lui-même (Séleucie), de son fils/père (Antioche), de sa femme (Apamée) et de sa mère (Laodicée) à ses villes. Elles essaimeront partout dans l’empire comme les Alexandrie avant elles.

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 5 mois par  Solduros_390.
    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 mois et 1 semaine par  Solduros_390.
  • Participant
    Posts2180
    Member since: 16 avril 2012

    Antiochos II Théos (261-246)

     

    Statère d’argent d’Antiochos Théos

     

    Comme nous l’avons vu, le troisième souverain séleucide était le cadet de son père. Il avait remplacé son frère Seleukos et dès -266, il avait dirigé en corégence avec le basileus. Et son règne commença comme celui de son prédécesseur : avec un conflit extérieur.

    Ptolémée Philadelphe s’était emparé de la côté ionienne et carienne, éliminant au passage un de ses fils qui s’était réfugié à Ephèse. Craignant la suprématie lagide en mer Egée, les Rhodiens combattirent une flotte égyptienne et aidèrent Antiochos à conquérir Ephèse. A côté de ça, on sait trop peu de choses pour affirmer avec certitude quoi que ce soit. Il semble qu’Antigonos Gonatas, le roi de Macédoine, ait livré bataille à Cos ou Andros à Ptolémée mais on en ignore la date… Après plusieurs années de guerres dont on ne connaît quasiment rien, la paix revint vers -255 ou -253. Et elle fut favorable à Antiochos. L’Ionie repassa sous son contrôle ainsi que quelques places de Carie et de Pamphylie. La deuxième guerre syrienne se concluait donc par un gain territorial séleucide qui aurait dû voir le jour dès la victoire de Seleukos sur Lysimaque. En parallèle à ça, Antiochos répudia sa femme avec qui il avait deux enfants et épousa Bérénice, la fille de Ptolémée Philadelphe.

    Le reste du règne d’Antiochos reste relativement vague. On ne sait s’il alla en orient, là où les problèmes n’allaient pas tarder à surgir. On connaît juste sa campagne dans la région des détroits où il combattit Byzance et poussa même jusqu’en Thrace. Par contre, on n’a aucune indication quant à une éventuelle guerre contre la Bithynie.

    Le basileus n’eut pas le temps d’entrevoir de nouvelles entreprises. Il mourut à Sardes à 40 ans seulement, après avoir désigné son fils aîné, Seleukos 2 pour lui succéder. Mort naturelle ou assassinat ? On l’ignore mais une chose est sûre : ce décès allait mener l’orient méditerranéen vers une guerre entre les deux plus grosses puissances de l’époque.

  • Participant
    Posts2180
    Member since: 16 avril 2012

    Seleukos 2 Kallinikos (246-226)

    http://www.monnaiesdantan.com/medias/seleucide-seleucus-kallinikos-246-z131567.jpg

    Comme nous l’avons vu, Seleukos 2 est le fils d’Antiochos théos et de Laodicée. Celui-ci l’a désigné comme successeur sur son lit de mort, repoussant du même coup le fils que le basileus avait eu avec Bérénice, son épouse lagide. Evidemment, cela eut des conséquences inévitables, Ptolémée 3 voulant voir un prince de son sang sur le trône asiatique.

    Donc pour varier un peu les plaisirs, le nouveau souverain séleucide va commencer son règne par un conflit à l’ouest de son empire. Dans un premier temps, il ne fut reconnu seul souverain uniquement par l’Asie mineure, tandis que le fils de Bérénice rassemblait toutes les autres satrapies.

    Cette 3ème guerre de Syrie commence bien mal pour Seleukos 2. Ptolémée remonte la côte phénicienne, s’empare de Séleucie (le port d’Antioche) où la population l’accueille chaleureusement et pousse jusqu’à Antioche. Là aussi, les habitants sont heureux de voir arriver le pharaon dans leur ville. Pourtant, Ptolémée 3 va vite déchanter.
    Il se rend compte que sa sœur Bérénice et son neveu ont été assassinés, sans que la population soit au courant néanmoins. Il se trouve donc dans une situation embarrassante vu que son motif (soutenir son neveu) d’invasion vient de disparaître. Cependant, il décide de continuer sa campagne. Vengeance ou ambition lagide sur certaines terres séleucides ? Nous n’en savons rien, mais une chose demeure sûre, il va agrandir (très momentanément) l’Egypte comme jamais. En effet, sans aucune difficulté, il marche à l’est et obtient la soumission des satrapes jusqu’en Mésopotamie. Dès lors, les choses vont se gâter pour lui.
    Une révolte éclate en Egypte et il doit revenir sur ses pas. Ce qu’il fait non sans laisser quelques garnisons dans des villes sémites de l’empire. La vraie guerre peut maintenant commencer.

    Lorsque Seleukos arrive en Syrie en -245, la nouvelle de la mort du fils de Bérénice s’est répandue. Désormais, le fils aîné d’Antiochos 2 incarnant la légitimité de la dynastie, les asiatiques ne veulent plus de Ptolémée sur leur terre. Cela explique pourquoi le megas basileus recouvre sans peine les régions de Mésopotamie et de Syrie (à une exception prêt). Profitant de cette vague euphorique, il en profite pour marcher sur la Coelé Syrie. Réclamant des troupes à sa mère restée en Asie mineure, il les obtient après une concession en faveur de son frère; ce dernier gérera les satrapies d’Anatolie. Pour l’instant, cette association fonctionne et elle contraint le Lagide à la paix en -241. Fait étonnant, l’Egypte conserve Séleucie. A côté de ça, elle garde également les côtes ioniennes et cariennes. Le bilan de cette guerre est donc dérisoire, hormis la prise d’une des 4 cités de la tétrapole séleucide.

    Nous avons conservé une stèle trouvée à Adoulis dans le royaume d’Axsum, gravée par Ptolémée Evergète qui retrace très grossièrement les événements de cette troisième guerre de Syrie. Vous pouvez donc voir à quoi nous devons nous fier pour tenter de recréer les faits antiques.

     

    Le grand roi Ptolémée, fils du roi Ptolémée et de la reine Arsinoé, dieux Adelphes, [fils] du roi Ptolémée et de la reine Bérénice, dieux Sauveurs, descendant par son père d’Héraclès fils de Zeus et par sa mère de Dionysos fils de Zeus, reçut de son père la royauté d’Egypte, de Libye, de Syrie, de Phénicie, de Chypre, de Lycie, de Carie et des Cyclades. Il fit campagne en Asie avec ses forces d’infanterie, de cavalerie, ses forces maritimes ainsi qu’avec des éléphants troglodytes et éthiopiens que son père et lui-même chassèrent pour la première fois en ces lieux. Ils les ramenèrent en Egypte et les préparèrent pour la guerre. Il se rendit maitre de toute la région interne de l’Euphrate, de la Cilicie, de la Pamphylie, de l’Ionie, de l’Hellespont, de la Thrace et des forces armées de ces régions avec leurs éléphants ainsi que des monarques établis dans toutes ces régions. Il traversa l’Euphrate, la Mésopotamie, la Babylonie, la Susiane, la Perse, la Médie et de toutes les terres restantes jusqu’en Bactriane. Sous lui, on pilla les temples des Perses et on rapporta [le butin] en Egypte avec le reste du trésor du roi perse. Il ramena ses troupes à travers les canaux…

    Stèle d’Adoulis, OGIS, 54. J’ai traduit moi-même mais je n’ai pas réussi à faire apparaître le texte original.

     

    Mais pendant ce temps, à l’autre bout de l’empire, un phénomène autrement plus grave émerge, dont il faut parler à présent.

    Sans entre dans les détails des relations Séleucido/iraniennes, je vais présenter l’irruption « parthe » dans l’histoire occidentale.
    Pendant l’expédition de Ptolémée, Andragoras, satrape de Parthiène, ne se soumet pas au Lagide. Cependant, il semble qu’il ne prête pas non plus allégeance au Séleucide. Son ambition et les dangers que représente la steppe le pousse à se déclarer roi indépendant. Mal lui en prend, car dès lors, il n’est plus protégé par Seleukos et les Parnes (premier nom des Parthes) peuvent s’engouffrer dans la brèche. Leur victoire s’achève vers -239 avec la prise de la satrapie et la mort d’Andragoras.
    Au même moment, on observe un phénomène analogue en Bactriane. Le satrape Diodote, fidèle à Antiochos 2, se détache petit à petit de Seleukos 2. Jusqu’à la rupture définitive en -239. On peut expliquer cela par un désir de la population sédentaire de se protéger contre les hordes nomades. Voyant que le megas basileus ne peut pas intervenir, elle accepte sans difficulté le titre de roi que s’octroie Diodote. Désormais, la Bactriane et la Parthie vivront leur vie indépendamment et si la première ne posera pas de problèmes aux Séleucides, il en sera autrement pour la deuxième.

    Revenons à l’Asie mineure. Nous avons vu qu’Antiochos Hiérax, le frère de Seleukos 2 avait été nommé corégent de l’empire pour l’ouest. Sa mère Laodicée (qui est également la mère de Seleukos…) avait poussé son fils à réclamer plus de pouvoir, et maintenant, elle voulait que son cadet (Antiochos) acquît un territoire personnel, et pourquoi pas tout l’empire si on lui en laissait l’occasion. Antiochos se souleva donc en demanda un appui aux dynastes locaux indépendants. La Bithynie, la Cappadoce et le Pont rejoignirent donc le camp du cadet, préférant voir l’empire séleucide affaibli que puissant et uni. De plus, Antiochos obtint l’appui des Galates.
    Après une première victoire, Seleukos ne put néanmoins pas marcher sur Sardes car il fut écrasé à Ancyre. Regagnant la Syrie la queue entre les jambes, il dut signer une paix laissant à son frère les terres d’Asie mineure. Si l’on considère qu’à côté de ça, les Parnes et les Bactriens firent irruption en même temps que ce traité défavorable, on peut imaginer dans quel état désespéré devait se trouver Seleukos 2.
    Une fois basileus Antiochos Hiérax (l’épervier) décida de réduire l’indépendance de Pergame. Ayant acheté à prix d’or l’alliance chancelante des Galates, il marcha contre la capitale ennemie… sans succès. Il fut vaincu et Eumène put sans crainte se proclamer lui aussi basileus. L’indépendance pergaménienne était dès lors consommée.

    Antiochos dut ensuite combattre les Galates qu’il réussit à vaincre. Cependant, loin de vouloir se réconcilier avec son frère, il chercha encore une fois à écraser Eumène. Résultat : ses armées furent balayées en Carie, en Phrygie et en Lycie. Dès lors, rien n’empêchait le Pergaménien d’envahir l’Asie mineure séleucide : ce qu’il fit. Insatiable et buté, le frère de Seleukos se dirigea ensuite plus à l’est pour disputer des territoires à son aîné. Il perdit en Mésopotamie face à des stratèges du megas basileus. A ce moment-là, il ne lui restait que la fuite pour continuer sa vie. Après être passé en Cappadoce, il se rendit en Thrace où il périt assassiné (-226).

    Triste destin que celui de Seleukos Kallinikos (belle victoire, suite à sa reconquête de la Syrie) qui mourut la même année que son traître de frère. Cependant, pendant que ce dernier dilapidait l’héritage paternel, le roi légitime tenta de réagir face aux Parnes. Encore une fois, les sources ne sont pas claires à 100%. On estime que cela se passa vers -230/-227 et qu’après quelques revers, le Séleucide connut plusieurs succès. Cependant, il ne put pas les exploiter car de nouveaux troubles vinrent secouer l’ouest de ses possessions. Finalement, il ne réussit qu’à repousser quelques temps les Parthes (on peut les appeler comme ça désormais) et ne marcha même pas contre la Bactriane.

    Seleukos mourut donc sur ces entrefaits et on peut estimer qu’il représente bien l’empire qu’il dirige. Trop vaste pour s’occuper de tout en même temps, le basileus se retrouve forcé d’errer d’un endroit à un autre sans rien achever. Seleukos Kallinikos ne manquait pas d’énergie ni de courage, mais la tâche qui lui était imposée était tout simplement trop lourde pour un homme. Il ne pouvait que limiter les dégâts au mieux ; ce qu’il réussit en partie à faire.

    J’espère que ce poste est assez clair, parce que j’en bavé pour l’écrire et je ne suis pas sûr d’avoir mentionné tous les faits les plus marquants. Alors si vous avez des remarques, j’essayerai de compléter ce que j’ai écrit.

  • Participant
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    Member since: 12 avril 2012

    Non, ne t’inquiète pas Soldorus, le texte est dense mais clair. C’est sûr que ce n’est pas évident de raconter un règne aussi dense en événement, mais tu te débrouille très bien à mon avis ;).

  • Participant
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    Member since: 16 avril 2012

    Seleukos 3 (226-223)

    Statère d’argent de Séleucos III

     

     

    Après le règne mouvementé de Séleucos II, celui de son fils paraît bien fade, mais surtout très court; à peine trois ans. Reprenant la volonté paternelle qui souhaitait récupérer l’Asie mineure, le nouveau roi décida d’y mener une expédition. En 223, accompagné par un certain Achaïos (un membre de la famille royal). Seleukos franchit le Tauros et mourut assassiné en Phrygie. On ne connaît aucune bataille ou siège qui aurait pu avoir lieu durant cette campagne. On apprend seulement qu’Achaïos fit venir le jeune frère de Seleukos 3, Antiochos 3, dont le règne va être autrement plus grand et long que celui de son prédécesseur.

    Il y a plus à voir sur la pièce de monnaie qu’à lire dans le texte 😛 .

  • Participant
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    Member since: 12 avril 2012

    Antiochos III c’est bien celui qui se prenait pour Alexandre sans jamais réussir à canaliser ses charges de cavalerie, c’est bien ça??

  • Participant
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    Member since: 16 avril 2012

    Disons qu’il voulut refaire ce qu’Alexandre avait fait et effectivement, il avait quelques problèmes à coordonner sa cavalerie. La suite est en préparation. Elle devrait arriver ce week-end ou en début de semaine prochaine.

  • Participant
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    Member since: 16 avril 2012

    Antiochos 3 Megas (223-187)

    Roi de l’Asie, roi des rois, basileus tôn basileôn, shahân shah, héritier d’Alexandre, nouveau Xénophon… Antiochos 3 se présente comme un digne successeur de héros grecs. Xénophon d’abord en réitérant l’Anabase. Alexandre ensuite en reconquérant le monde iranien. Seleukos nicator enfin en aspirant à l’hégémonie sur les royaumes hellénistiques.
    Homme de terrain, toujours à la tête de ses troupes, il se montra intelligent, habile et n’eut qu’un seul but durant sa vie : remonter l’empire à ce qu’il était en -280 et se placer en seul héritier d’Alexandre le grand.

    C’est le souverain séleucide dont il y a le plus à dire (avec Seleukos Ier). Préparez-vous pour un pavé, préparez-vous à vivre sous le soleil de l’Asie, préparez-vous à entendre les phalanges avancer en ordre et les cataphractes retourner la terre, préparez-vous à marcher dans les pas d’Antiochos megas !

    http://miltiade.pagesperso-orange.fr/antiochos_megas.jpg

    Né vers 243 avant JC, Antiochos n’était pas destiné à monter immédiatement sur le trône. En effet, son frère aîné Seleukos 3 succéda en premier à leur père Antiochos 2. Malheureusement pour lui, comme nous l’avons vu, il mourut assassiné en -223 alors qu’il tentait de reconquérir l’ouest de l’Anatolie, envahie depuis peu par Pergame.
    A ce moment-là, Antiochos se trouvait en Mésopotamie. Et comme l’armée avait besoin d’un roi, elle proclama Achaïos, un cousin de Seleukos 3 que nous avons déjà rencontré. Pourtant, Achaïos (qui était stratège au sens hellène) refusa. Il fit acclamer à la place son cousin, Antiochos qui s’empressa de quitter Babylone. Ce dernier procéda à des remaniements «ministériaux » avant de se rendre à l’ouest ; il nomma Molon en Iran, Achaïos en Asie mineure (qu’il devait d’abord reconquérir) et Hermias pour diriger les finances. Une fois le royaume stabilisé, le nouveau roi put sans crainte rejoindre Antioche. Ce retour s’accompagna d’une bonne nouvelle pour les Séleucides vu qu’en 222, Achaïos avait repris les terres que Pergame avait envahies (à part Pergame même). Ce règne commençait sous les meilleurs auspices et le basileus n’avait aucune raison de s’inquiéter. Du moins le croyait-il…

    A peine quelques mois plus tard, Molon entra en rébellion envers le pouvoir séleucide. Si je dis pouvoir et non roi, il y a une raison. Le satrape n’en voulait pas à Antiochos, mais à Hermias. Car ce dernier dirigea réellement l’empire pendant plusieurs années, profitant de la jeunesse du monarque. Il souhaitait réduire le pouvoir des satrapes au profit du souverain (entendez lui-même !), ce qui ne manqua pas de faire peur à Molon.

    Au moment où la cour séleucide apprit la révolte, elle se trouvait à Zeugma sur l’Euphrate, où elle y attendait la princesse Laodice du Pont, la fiancée d’Antiochos. Sans hésiter, un « ministre » conseilla de réagir tout de suite. Si le basileus se montrait rapidement, les insurgés n’oseraient pas bouger. Mais Hermias veillait et il conseilla au roi d’attaquer sans plus attendre la Coelé Syrie. En tentant de détourner Antiochos de l’est, il prouvait qu’il avait peur d’être déposé si Molon lui mettait la main dessus. Et il y réussit ! Antiochos se laissa convaincre de rentrer à Antioche pour préparer l’assaut tandis que 2 stratèges devaient mater Molon.
    Malheureusement, cela ne fonctionna pas. A peine arrivé dans sa capitale, Antiochos apprit que le satrape de Médie avait repoussé ses 2 généraux. Il voulut alors se rendre en personne en Babylonie pour vaincre la révolte, mais Hermias l’en dissuada une fois de plus. On envoya un mercenaire accomplir le travail. Car pour le ministre des finances, l’important restait la Syrie creuse (et surtout la perspective d’éloigner le roi de Molon).
    L’expédition partit donc au printemps 221. Mais Hermias avait sous-estimé les défenses lagides ; l’attaque se brisa dans les montagnes libanaises. Dès lors, Antiochos dut rentrer piteusement à Antioche.

    En parallèle, Molon vainquait le stratège envoyé contre lui et s’emparait de Séleucie du Tigre et de Doura Europos. Cette fois encore, le basileus décida de marcher contre le rebelle. Hermias s’y opposa mais il était désormais seul. Il dut s’incliner. Néanmoins, il fit assassiner le ministre qui avait dès le départ préconisé de mâter Molon sans attendre. Il voulait jusqu’au bout maintenir son influence sur le roi.
    Toujours en 221, Antiochos 3 gagna la Mésopotamie. Lors de la bataille décisive, l’aile gauche de Molon passa à Antiochos, ce qui lui permit de vaincre. Voyant la défaite arriver le rebelle se suicida. Après cette victoire, l’ordre fut rétabli dans la région. Antiochos poussa alors une pointe vers l’Atropatène (l’Azerbaïdjan) car son prince avait été l’allié de Molon. Si Hermias était réticent au départ, il accepta volontiers lorsqu’on apprit la naissance d’un héritier. Car un prince jeune et orphelin a besoin d’une tutelle… Malheureusement pour lui, Antiochos n’eut pas à combattre. L’Atropatène rentra dans le rang et le souverain séleucide put regagner sa capitale en toute quiétude à l’automne 220. Il fit même un geste très populaire en assassinant Hermias le détesté. Désormais, il était seul maître à bord. Il n’apprit qu’en rentrant qu’Achaïos avait pris le titre de roi en Asie mineure.

    On ignore tout des actions d’Achaïos entre 222 et l’été 220. Il semblerait qu’il ait fait ce qu’il avait à faire en tant que satrape, et qu’au moment de l’expédition en Atropatène, il décida de marcher sur Antioche pour éviter qu’Hermias s’emparât du trône. L’armée l’ayant acclamé, il accepta le titre de roi et ne le « rendit » pas lorsqu’il apprit le retour triomphal d’Antiochos. Ce fut une surprise en soit, mais pas autant que celle qui vit le roi « légitime » adresser seulement une lettre de reproches à Achaïos. Et de fait, l’empire allait connaître une corégence durant plusieurs années. Car loin de vouloir mâter son cousin, Antiochos se résolut à marcher une nouvelle fois sur la Palestine. La 4ème guerre de Syrie était lancée.

    Profitant de la jeunesse du nouveau Ptolémée, Antiochos débuta sa campagne en 219. Sa première étape fut la prise de Séleucie de Piérie que Ptolémée 2 avait conquise. De là, le roi séleucide pouvait marcher vers le sud sans crainte d’être harcelé sur ses arrières. La situation s’améliora encore pour lui lorsque le général lagide commandant la Coelé Syrie lui livra les places fortes de la région.
    A Alexandrie ce fut la stupéfaction. On s’attendait à ce que les défenses du Liban tiendraient plus longtemps. La panique gagna l’Egypte. On inonda la région de Péluse (les portes du delta pour qui vient d’Asie) et on tenta de gagner du temps pour lever une armée. Ptolémée envoya une délégation négocier avec le roi séleucide. Un armistice fut signé et l’on continua de chercher un compromis.
    Pendant ce temps, Ptolémée commença à recruter des soldats pour parer au plus pressé. Il dut faire ce que ses prédécesseurs avaient refusé: engager des Egyptiens. Cela fit naître de graves troubles dans le royaume ptolémaïque mais pour le moment, seule la survie entrait en ligne de compte.
    Quelques mois plus tard, la guerre reprit. Antiochos poursuivit son avantage en s’emparant de nombreuses places fortes. A l’hiver 218, seuls Sidon et le sud de la Palestine lui échappait. Ptolémée n’avait plus le choix. Il mena lui-même l’armée au devant des Séleucides. Le choc eut lieu le 23 juin 217 (le même jour que le lac Trasimène) à Raphia, tout au sud de la Palestine.

    L’armée séleucide se déploie dans la plaine. Sa phalange forte de 20’000 hommes en compose le centre. La moitié est constituée de soldats professionnels, la plupart étant des argyraspides. Plus de 26’000 autres fantassins gravitent autour de cette phalange. Ils sont soutenus par 5’500 archers perses et crétois et par 6’000 cavaliers. Pour finir, Antiochos place ses 102 éléphants en première ligne.
    De son côté, Ptolémée aligne 25’000 phalangites macédoniens, 20’000 phalangites égyptiens et 14’000 fantassins galates, thraces et hellènes. Les 3’000 soldats de l’agêma sont aussi présents. 5’000 tireurs et 5’000 cavaliers complètent le dispositif lagide avec les 73 éléphants africains également placés en première ligne.

     

    Mercenaire galate

     

    Le combat débute par une harangue aux troupes de la part d’Antiochos, de Ptolémée et de… Arsinoé, la sœur de Ptolémée. Polybe nous dit que les deux rois n’avaient pas d’expérience de la guerre et qu’ils exaltèrent l’honneur de leurs ancêtres pour les motiver (il oublie la campagne d’Antiochos contre Molon). Une fois les discours finis, la bataille s’engage par un duel d’éléphants sur la droite séleucide. Les pachydermes d’Asie l’emportent facilement sur leurs congénères africains. Le premier rideau égyptien est tombé. Antiochos peut alors mener lui-même la charge de cavalerie qu’il espère victorieuse. Et de fait, ça marche. L’aile gauche lagide plie complètement et doit se replier. Ptolémée en personne doit se réfugier derrière sa phalange. Mais le général lagide commandant l’aile droite ne perd pas son sang froid. Il lance sa cavalerie sur la gauche séleucide. Il contourne les éléphants et charge les cavaliers qui fuient tandis que les fantassins ptolémaïques repoussent les fantassins arabes et mèdes de l’aile gauche. Ainsi, chaque armée a gagné sur sa droite et perdu sur sa gauche. Il ne reste que les 2 phalanges intactes, menacées sur leur flanc gauche. Ptolémée s’avance au milieu du champ de bataille pour se montrer à tous les soldats. Encouragés par cette vision, les troupes lagides marchent contre les Séleucides. Le moment est critique. Antiochos n’a qu’à revenir s’abattre sur l’arrière ennemi et c’est bon. Mais Antiochos ne revient pas de sa poursuite, contrairement à son adversaire qui peut complètement encercler la phalange séleucide. Lorsque le basileus revient et s’en aperçoit, il est trop tard; son armée est en déroute.

     

    Les argyraspides

     

    La défaite de Raphia porta un coup d’arrêt à l’avance séleucide. Antiochos perdit 10’000 fantassins, 300 cavaliers et 6 éléphants tandis que Ptolémée ne payait sa victoire qu’au prix de 1’500 fantassins, 700 cavaliers et 16 éléphants. Le Lagide put continuer son marche victorieuse jusqu’en Syrie où le roi des rois se décida à traiter. Il renonçait à la Coelé Syrie tandis que Ptolémée lui rendait Séleucie de Piérie.

    A ce moment-là, Antiochos devait sûrement se sentir abattu. Il se voulait un souverain digne de Seleukos 1er. Il se devait de réagir rapidement pour restaurer son blason. L’Iran oriental échappait à sa famille depuis plus de 20 ans. C’était l’occasion de remettre la main dessus. Mais avant, il devait encore régler une affaire: vaincre Achaïos pour réunir les territoires séleucides sous la gouvernance d’un même homme.

    Achaïos avait justement fort à faire pour conserver intact l’héritage de sa famille. Attale n’arrêtait pas de l’attaquer avec l’aide de Celtes de la région. On connaît très peu le résultat des ces affrontements, mais on suppose que personne n’arrivait à prendre l’avantage.
    En 216, Antiochos marcha à l’ouest et passa une alliance avec Attale contre son cousin. Malheureusement, nous ne connaissons que l’épilogue de cette guerre fratricide. Achaïos fut rapidement contraint de se réfugier dans Sardes et le siège dura plusieurs années. On nous donne heureusement quelques précisions sur la fin de cette opération.

     

    (1) Tout étant prêt, quand la lune eut disparu, Lagoras et sa troupe s’approchèrent doucement des murs avec les échelles et allèrent se cacher sous une pointe qui faisait saillie sur le fossé. Au retour du jour, (2) les sentinelles furent levées en cet endroit. Comme de coutume, Achaios envoya une partie de ses forces à leurs postes, et réunit le reste dans l’hippodrome en ordre de bataille, sans que personne eût idée de la présence de Lagoras. (3) Mais quand les deux premières échelles furent dressées, et que Denys et Lagoras commencèrent à monter, un mouvement inusité et un grand tumulte se firent dans le camp ; (4) car si pour ceux qui étaient dans la ville, et pour Achaios retenu dans la citadelle, Lagoras et ses compagnons restaient inaperçus, grâce à la pointe dont nous avons parlé, la hardie escalade de ces braves était visible pour le camp entier. (5) Parmi les soldats, les uns admiraient tant d’audace, les autres en attendaient plus particulièrement les suites avec quelque crainte, et tous étaient debout partagés entre l’étonnement et la joie. (6) A la vue de cette agitation, le roi afin de porter ailleurs l’attention de l’armée et celle de l’ennemi, donna ordre à ses troupes d’avancer, et les dirigea sur la porte opposée à celle que devait attaquer Lagoras, et qu’on appelle la porte de Perse. (7) Achaios de son côté, frappé du mouvement qui avait lieu chez l’ennemi, ne savait à quoi l’attribuer et était fort incertain sur ce qu’il devait faire. (8) Enfin il envoya quelques détachements vers la porte menacée, mais comme il fallait descendre par une pente étroite et très roide, le secours arriva tard. (9) Aribaze, qui commandait la ville, s’était déjà rendu à la même porte dès qu’il avait aperçu Antiochos, sans avoir soupçonné un instant quelque ruse. Il plaça une partie de ses soldats sur les murs, et lança l’autre au dehors, les engageant à repousser l’ennemi qui déjà était proche, et à en venir hardiment aux mains avec lui. Polybe, 7, 17.

    Les hypaspistes avaient encore une fois prouvé leur valeur. Ils avaient permis à Antiochos de s’emparer de la ville rebelle. Sardes fut pillée et Achaios (cousin d’Antiochos je rappelle) fut exécuté. Le roi voulait sans doute faire un exemple envers tous les rebelles qui oseraient contester son autorité.

     

    Désormais, rien ne s’opposait plus à la campagne que le roi projetait de mener contre les satrapies supérieures qui échappaient aux séleucides depuis plusieurs décennies. Il rêvait de marcher dans les pas d’Alexandre, et nul doute qu’il reviendrait de son anabase victorieux et couvert de gloire.
    Il se mit donc en route avec son armée en 212. Sa première étape fut l’Arménie, pays théoriquement vassal mais qui ne payait plus le tribut depuis quelques années. Après un semblant de résistance, le roi arménien traita et paya les arriérés. De plus, il dut épouser une sœur d’Antiochos, Antiochis.
    Après ce hors-d’œuvre, le basileus se dirigea vers le vrai but de sa mission: l’orient. En 211, il atteignit la Médie. Il y rassembla une grande armée (100’000 fantassins et 20’000 cavaliers selon Justin qui exagère sans doute) fort coûteuse. Car même avec l’argent arménien, il dut recourir à un expédient pour solder ses troupes; il spolia un sanctuaire indigène ce qui lui rapporta 4’000 talents. Enfin, il acheva ses préparatifs en associant son fils aîné à la royauté au cas où il mourrait durant la campagne.

    Les vraies opérations débutèrent en 209. Antiochos longea la mer caspienne sans difficulté jusqu’à Hecatompylos. Le roi parthe Arsace 2 se retira à l’est, vers le Khwarezm. Dès lors, la progression séleucide devint plus dure et Antiochos, Néanmoins, un fragment de Polybe nous apprend qu’Antiochos réussit à s’emparer d’une ville nommée Sirynx, ce qui contraignit les Parthes à traiter. Cependant, on ne connaît pas les termes de cette ambassade. Est-ce qu’Arsace dut se déclarer vassal ? Est-ce qu’il dut fournir des troupes ? Est-ce qu’il dut payer un tribut (probablement) ? Toujours est-il que les Iraniens allaient se tenir tranquilles pour quelques années et que les routes commerciales vers l’orient étaient rétablies.

    Le deuxième gros objectif du roi était la Bactriane du roi Euthydème. Antiochos se mit en marche en 208 en direction de l’Arie, passage obligé pour se rendre à Bactres. Le roi de Bactriane entendait bien arrêter la progression du séleucide. Il rassembla une armée de 10’000 cavaliers sur les bords du fleuve Arios. Cependant, Antiochos parvint à tromper son adversaire en traversant le cours d’eau à un endroit qu’il n’attendait pas. Ainsi, il força son ennemi à lui livrer une bataille rangée.

    Le roi séleucide ne peut compter que sur 2’000 hétaires et 10’000 fantassins parmi lesquels des peltastes. Sans hésiter, il mène lui-même la charge contre l’avant-garde bactrienne. Malgré une blessure à la mâchoire, il continue de combattre. Et il parvient à repousser la première vague ennemie. Mais bientôt, deux autres colonnes de cavaliers (des cataphractes ?) surgissent pour attaquer les hétaires. L’intervention d’un officier séleucide permet de redresser la situation. Les chevaux bactriens doivent à nouveau battre en retraite, poursuivis par les cavaliers séleucides qui tranchent dans le vif et font de nombreux prisonniers.

    Après sa défaite, Euthydème dut se replier à Bactres, où Antiochos vint l’assiéger. On rapporte que cela dura 2 ans au bout desquels, les 2 adversaires résolurent de trouver un accord. Antiochos avait sans doute voulu reprendre toute la Bactriane. Il dut admettre que ce projet aurait nécessité trop d’efforts. Il conclut donc une alliance avec Euthydème et promit une de ses filles en mariage à Démétrios, un prince bactrien. Puis, après avoir reçu des vivres et des éléphants, le Séleucide continua son chemin.
    Il atteignit «l’Inde», et reçut l’hommage d’un dynaste local qui lui paya un tribut, le ravitailla et lui donna des éléphants. Dès lors, Antiochos pouvait tranquillement revenir en Syrie. Il emprunta le même chemin de retour qu’Alexandre. Cependant, contrairement à son illustre prédécesseur, ce ne fut qu’une formalité.

    On pouvait se dire qu’il allait regagner la Syrie directement. Mais il voulut faire un dernier crochet, histoire de finir sur une note encore plus positive. Il embarqua avec quelques troupes dans le golf persique pour se rendre dans la cité de Gerrha (Bahreïn). Il voulait sans doute rééquilibrer le commerce international qui profitait plus aux Lagides qu’aux Séleucides. Ce qui fonctionna. Les Arabes le supplièrent de respecter la paix et leur liberté. En contre partie, ils lui donnèrent 100 talents d’argent, 1’000 tonnes d’encens et 200 tonnes de myrrhe. De là, Antiochos se rendit à Séleucie du Tigre où s’achevait son anabase.

    Il put alors se concentrer sur des réformes administratives afin de réorganiser son empire. Le roi créa des provinces plus petites, et supprima les satrapes. Il les remplaça par des stratèges pourvus des pouvoirs militaires et civils. Cela servit à homogénéiser l’administration et l’organisation militaire. A côté de ça, Antiochos créa le culte du couple royale. Désormais, il recevrait les mêmes honneurs que les dieux. Rien de tel pour souder encore un peu plus l’empire et son monarque. Mais comme très souvent la guerre n’était jamais loin à cette époque, un événement la réveilla.

    Antiochos voulut visiter ses possessions occidentales. Or, lors de son passage vers la côte méditerranéenne de l’Anatolie, quelques cités déclarèrent être prêtes à se ranger sous sa protection plutôt qu’à celle des Lagides. Ce que le Séleucide s’empressa d’accepter. De plus, il passa un accord avec Philippe 5, roi de Macédoine en 203. Les deux souverains se partageraient des possessions lagides que le jeune Ptolémée 5 ne pourraient certainement pas garder intactes. La cinquième guerre de Syrie pouvait commencer.

    En 202, Antiochos mena son armée vers en Coelé Syrie. Comme en 218, les places tombèrent les unes après les autres. Comme en 218, les Lagides contre-attaquèrent. Et comme en 217, il y eut une bataille décisive. A Panion (le Golan d’aujourd’hui), en 200 avant JC, le destin des deux empires les plus puissants de leur temps se joua.

    Du côté lagide, Scopas, un Etolien commande l’armée. Du côté séleucide, Antiochos est secondé par ses deux fils. Le roi commande la phalange, tandis qu’Antioche le jeune mène les cataphractes sur la droite séleucide et qu’Antiochos l’aîné doit occuper une position qui domine les ennemis. Le roi commence par faire traverser une rivière à son armée. Là, il peut la placer en bonne position sur le plateau qui domine la plaine. Il remarque que la gauche ptolémaïque est constituée de mercenaires étoliens légers ainsi que de cavaliers, eux aussi étoliens. De son côté, il range sa phalange sur 32 rangs de profondeur. Avec les autres fantassins (dont les hypaspistes) et la cavalerie lourde, on arrive à un front de 3 kilomètres de long. En plus de cette formidable barrière humaine, il faut rajouter les éléphants positionnés en avant des troupes et supportés par divers tireurs. Sur la gauche séleucide, Antiochos l’aîné dirigeait une autre phalange, quelques cavaliers et des éléphants. L’armée lagide se positionne également de manière traditionnelle à l’exception de leur droite, composée uniquement de tirailleurs. Le choc des chocs peut débuter.
    Sans attendre, Antiochos le jeune fait avancer ses cataphractes. Le terrible choc met en déroute la cavalerie étolienne tandis que les éléphants indiens s’avancent. Ils parviennent à repousser les éléphants africains sans grande difficulté. A ce moment-là, les tirailleurs lagides avancent sur la droite et commencent à cribler l’infanterie lourde séleucide. La situation pourrait se retourner en faveur des troupes ptolémaïques. Mais la phalange séleucide s’ébranle, argyraspides en tête. Son assaut est inarrêtable. L’infanterie ptolémaïque commence à céder. Les éléphants s’occupent alors des tirailleurs qu’ils mettent en déroute, tandis que le prince revient de sa poursuite. Les pauvres phalangites lagides sont pris entre un marteau pilon et une enclume, d’autant plus qu’un raz-de-marée pachydermique les menace sur leur droite. Dès lors, la fuite est la seule issue possible. La déroute est totale. Scopas ne parvient à se retirer qu’avec 10’000 hommes. On ignore les pertes du côté séleucide.

    http://www.europabarbarorum.com/i/units/arche-seleukeia/seleukid_hellenikoi_kataphraktoi.gif

    Une représentation des cataphractes qui jouèrent un rôle déterminant dans la bataille de Panion et qui allaient occuper une place centrale dans l’armée séleucide.

    Après cette victoire écrasante, Antiochos put marcher sur Sidon qu’il conquit en 199. La population hébraïque reçut le basileus comme un héros; elle lui ouvrit les portes de Jérusalem. Le général Scopas dut alors se précipiter en Egypte pour assurer la défense du delta. Mais Antiochos ne voulut pas pousser plus avant. Il plaça un transfuge lagide à la tête de la Phénicie et accorda quelques privilèges aux juifs. La conquête de la Coelé Syrie était achevée. Plus jamais les Ptolémée ne règneraient dessus.

    A ce moment-là, on peut se demander pourquoi Antiochos n’en profita pas pour marcher au cœur du royaume ennemi. Une des hypothèses serait la nouvelle présence romaine en Grèce. Vu que rome était entrée en guerre contre Philippe 5, le Séleucide avait les coudées franches en Asie mineure, que convoitait aussi l’Antigonide. Ce dernier devant défendre son pays, il ne pouvait pas empêcher son allié d’attaquer les intérêts de Pergame en Anatolie.

    Antiochos dépêcha d’abord un officier dans les terres qu’Attale avait conquises sur Achaïos quelques années auparavant. Epouvanté, le nouveau roi attalide, Eumène 2, envoya une délégation à rome, bien qu’à contre cœur. Tite live nous dit que les Séleucides se retirent sous la pression. Mais force est de constater que cela ne fonctionna que pour quelques bandes côtières. «L’arrière pays» restait aux mains séleucides.

    Pour résumer une situation compliquée, je dirais qu’en 197 Antiochos prit les commandes de son armée et la fit avancer vers l’ouest, jusqu’aux détroits qu’il atteignit en 196. En parallèle, sa flotte conquérait les cités littorales ptolémaïques. Devant l’une d’elles, Koakesion, Antiochos reçut une ambassade rhodienne. Cette dernière lui fit savoir que Rhodes n’accepterait pas qu’il pousse plus avant. Mais entre temps, la nouvelle de Cynocéphales leur parvint (197). Les Rhodiens furent convaincus que cette bataille allait avoir un effet intimidant sur Antiochos. Il n’en fut rien. Le basileus continua sa marche triomphale le long de la côte, qui s’acheva par la prise d’Abydos en 196. Cependant, deux cités lui résistèrent, Smyrne et Lampsaque. Elles firent appel au sénat romain sous prétexte de garantir la liberté des cités grecques. Elles venaient d’en devenir les fossoyeurs.

    Les ambassadeurs romains tentèrent d’intimider Antiochos qui ne se laissa pas faire. Les latins ne désiraient rien moins qu’arbitrer les différents entre «états» hellénistiques. Le Séleucide répondit que Rhodes ferait bien mieux l’affaire et que la liberté des Grecs serait mieux vue si elle venait d’un souverain hellénique que de barbares. Les choses en restèrent là. Personne ne voulait la guerre. On ne la fit pas et chacun rentra chez soi.

    Sur ces entrefaits (195), Antiochos décida de conclure la paix avec l’Egypte. Il lui arrachait les terres qu’elle détenait en Carie et en Lycie en plus de la Coelé Syrie. En outre, le Séleucide maria sa fille Cléopâtre à Ptolémée 5. Les liens dynastiques se resserraient encore. A la fin de la même année, Antiochos eut une surprise. Hannibal se réfugia à sa cour où il rejoignit le roi à Ephèse. Bien que le Punique joua un rôle limité, il suscita la méfiance des sénateurs romains.

    Toujours en 195, Antiochos prit pied en Thrace, qu’il estimait sienne depuis que Seleukos 1er avait vaincu Lysimaque. A partir de ce moment, les ambassades romaines se firent plus pressantes. Pour détendre la situation, le basileus proposa une alliance à rome. Cette dernière y mit deux conditions. Soit qu’Antiochos parte d’Europe et rome ne s’occuperait plus de l’Asie, soit qu’Antiochos reste en Thrace mais rome se mêlerait des affaires asiatiques. Antiochos demanda du temps pour réfléchir. La situation romaine en Grèce devenait de plus en plus tendue. Avec de la chance, les latins ne pourraient plus rien exiger dans quelques temps.

    Mais un autre élément vient se greffer ici. Pergame ne voulait pas que rome (son allié) partît d’Asie sans faire la guerre au Séleucide. Elle la poussait donc à l’intransigeance. De l’autre côté, les Etoliens voulaient se venger de rome qui les avait lésés. Ils cherchaient à mettre sur pied une coalition anti-romaine. Et qui était mieux placé qu’Antiochos pour s’opposer aux romains ? Les Etoliens promirent à Philippe une revanche cinglante tandis que Pergame affirmait qu’Antiochos cherchait à marcher sur la Grèce avec une armée. Ainsi, à la fin de l’année 192, les Etoliens rompirent avec le sénat romain et lui déclarèrent la guerre. Dès lors, rome et Antiochos furent entraînés malgré eux dans une guerre qu’ils ne souhaitaient pas.

    A contrecœur, Antiochos mena donc une petite flotte à Démétrias (en Thessalie) en 192. Les Etoliens promettaient aux Hellènes que l’Asie et ses éléphants allaient se vider pour venir les aider. En fait, il n’y avait que 6 éléphants et 10’000 hommes… De plus, à part les Etoliens, peu de monde voulait oser soutenir le Séleucide. L’année se passa donc en quelques sièges et en opérations mineures. La campagne démarrait mal pour Antiochos. D’autant plus qu’en 191, 20’000 romains avaient débarqué, soutenus par les forces du roi de Macédoine. Les Etoliens prirent peur; ils se réfugièrent chez eux. Antiochos n’était pas de taille à affronter ses adversaires en rase campagne, aussi décida-t-il de barrer les Thermopyles.

    Il positionna sa phalange pour bloquer le défilé, les tirailleurs et les peltastes en avant de cette phalange et des engins de siège positionnés sur des murs pour compléter le tout. Pendant ce temps, les Etoliens occupèrent deux défilés pour garder les arrières séleucides.

    Peltaste macédonien. Aussi appelé hypaspiste. Troupe d’élite hellénistique à ne pas confondre avec le peltaste thrace léger

     

    Lorsque que les Romains avancent contre les troupes royales, les tirailleurs soutenus par les peltastes se mettent à les harceler. Rapidement cependant, ceux-ci doivent se replier devant l’avance des légions. Ils se réfugient alors au sein de la phalange. La phalange des Macédoniens s’ouvrit et les [les tirailleurs et peltastes] laissa passer avant de se réunir et de les protéger. Les phalangites en formation pointèrent alors leur sarisse en avant de manière resserrée, ce que les Macédoniens font depuis Philippe et Alexandre pour effrayer leurs ennemis qui n’osent pas traverser ces nombreuses grosses lances. Appien, Livre syriaque, 19. Malheureusement pour Antiochos, les Etoliens ne se battirent pas aussi vaillamment que contre Philippe quelques années plus tôt. Ils abandonnèrent rapidement leurs positions quand les Romains attaquèrent les défilés. Les troupes royales, prises à revers (terrorisées par la réputation des Romains et affaiblis par la mollesse de leur campagne hivernale nous dit Appien) s’enfuirent aussitôt et elles se firent massacrer. Les Latins perdirent 200 hommes contre 10’000 pour Antiochos qui parvint à s’enfuir avec 500 cavaliers.

     

    La deuxième manche allait se jouer en Asie. A moins que la flotte séleucide n’empêchât les romains de traverser. Malheureusement, les romains obtinrent le concours de Rhodes et de Pergame. Malgré une défaite, la coalition vainquit la flotte d’Antiochos. Ce dernier se décida à la paix, mais les romains étaient intransigeants. Ils exigèrent une réduction notable de l’empire et le versement d’une immense indemnité de guerre. Antiochos jugea avec raison que la situation ne pouvait être pire même en étant totalement vaincu. Il décida donc de combattre et choisit lui-même le terrain: Magnésie du Sipyle (189).

    Du côté séleucide, Antiochos aligne 60’000 hommes. 16’000 phalangites placés sur 32 rangs de profondeur. 6’000 cavaliers dont des cataphractes et l’âgema. 64 éléphants. Des chars à faux, des mercenaires venus de plusieurs endroits: archers/chameliers arabes, tireurs montés dahens, infanterie galate… Chez les alliés, les romains placent une légion romaine (10’000 hommes) sur leur gauche, une légion d’alliés (10’000 hommes) au centre. Derrière ce centre on trouve 3’000 peltastes achéens. Au centre se trouvent 3’000 fantassins légers achéens et pergaméniens. Sur la droite, les cavaliers romains et pergaméniens mélangés à des unités de tir de différents horizons. Enfin, 2’000 Macédoniens et Thraces gardent les bagages.

    Comme à son habitude, Antiochos commence le combat par une charge de cavalerie sur sa droite. Les cataphractes aidés par les Dahens se lancent à l’assaut de la gauche ennemie. Les légionnaires et la cavalerie sont écrasés. On peut lancer l’assaut sur la gauche. Les chars à faux s’élancent donc à leur tour. Mais ils sont accueillis par des volées de javelots des tirailleurs crétois et pergaméniens. Pris de panique, ils refluent sur leur propre cavalerie et infanterie qui commencent à se désagréger.
    Eumène en profite pour faire avancer sa cavalerie aidée par les cavaliers romains. Cet assaut surprend l’aile gauche séleucide qui fuit en bloc. Comme à Raphia, les ailes droites sont victorieuses. Comme à Raphia, le centre va jouer un rôle important. Cependant, cette fois il n’y a pas de phalanges en face des sarissophores séleucides, mais des tirailleurs et des légions. Sagement, les phalangites se positionnent de manière défensive. Ils forment un carré impénétrable. Les tirailleurs sont contraints de harceler les carrés sans grands résultats, tandis que les légionnaires ne font rien. Eumène a alors l’idée de harceler les éléphants qu’on avait positionnés au milieu des phalanges. Au bout d’un moment, criblés de traits, ils paniquent et chargent leurs propres troupes ! L’infanterie séleucide est contrainte de fuir. La bataille est perdue. Et Antiochos dans tout ça ? Il commet la même erreur qu’à Raphia. Il s’empare du camp ennemi sans se rabattre. Pire, il doit rebrousser chemin suite à la contre-attaque des Macédoniens/Thraces. Quand il revient au centre, il ne peut que constater la défaite.

    Les pertes sont très difficiles à estimer. Tite-live nous sort 400 morts romains/pergaméniens pour 50’000 morts séleucides… Chiffres bien évidemment aberrants. En tout cas, Antiochos commit une deuxième erreur. Il accepta immédiatement de traiter. En se retirant vers la Syrie, les romains ne l’auraient certainement pas suivi. Ainsi fut conclue la paix d’Apamée en 188. Antiochos perdit toutes ses terres à l’ouest du Tauros. Il ne pouvait plus dépasser une certaine ligne à l’ouest avec une armée et ne pouvait plus combattre offensivement dans ce secteur. Il ne pouvait non plus y recruter de mercenaires. En plus, il paya les troupes romaines et détaxa les marchandises rhodiennes. A noter que seuls les romains spolièrent les Séleucides de ses terres et de son argent. Pergame et Rhodes n’apparaissent pas dans ce traité.

    Antiochos sortit dépité de ce traité. Il voyait s’effondrer plusieurs années de dur labeur dédiées à la restauration de la puissance séleucide. Une des conséquences les plus graves de la défaite de Magnésie fut le coût financier. Il greva les caisses de l’empire qui dut recourir à des expédients peu catholiques pour remédier à la situation. Antiochos en fit les frais lui-même. De passage en Elymaïde, il voulut s’emparer des richesses d’un temple. Mais la population résista et le tua nuitamment. Un jugement divin pour son comportement impie selon Diodore de Sicile. Ainsi finissait Antiochos Megas, basileus tôn basileôn. Nous sommes en 187.

    http://www.summagallicana.it/lessico/a/Apamea%20pace.jpg

    Bravo à ceux qui ont eu le courage de lire ce mastodonte jusqu’au bout (d’une traite)

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    C’était long, mais super.
    Je me demande: pourquoi Raphia est si connue, et pas Panion?

  • Participant
    Posts2180
    Member since: 16 avril 2012

    La bataille de Raphia nous est bien connue car Polybe nous en a laissé un récit détaillé. Et comme c’est un très bon historien, connaisseur de l’art militaire, on peut lui faire confiance, d’autant plus qu’il n’a pas de parti pris.

    Panion pose problème parce que nous n’avons qu’une critique de Polybe. Au lieu de parler lui-même de la bataille, il descend en flèche la description de Zenon de Rhodes. Ce dernier étant plus poète qu’historien, on peut douter de ses capacités à retranscrire un combat de l’époque. Donc pour Panion, nous n’avons qu’un petit texte de Polybe qui cite ce que dit Zenon et qui précise pourquoi il a tort à chaque fois. Mais sans corriger lui-même :pinch:

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Moi j’ai tout lu :kiss:.
    Cela est peut être un post imposant, il n’en demeure pas moins très agréable car bien écrit ;).
    Sinon, encore merci de nous transmettre l’épopée Séleucide, le règne d’Antiochos 3 aurait vraiment put être flamboyant s’il n’avait pas subit la fureur de l’Urbs…

    Sinon, pourquoi Hannibal fut il accueillit avec méfiance? Après tout, il était un tacticien hors pair mais sans nation… Sa seule allégeance était la fin de Rome.

  • Participant
    Posts2180
    Member since: 16 avril 2012

    Quand on y réfléchit, Antiochos joua un quitte ou double à Magnésie. S’il avait gagné (en gros s’il s’était rabattu sur l’infanterie alliée avec ses cataphractes :pinch: ), il aurait touché le jackpot. Rome aurait dû se replier et je ne pense pas qu’elle serait revenue d’aussi tôt. Quant à Pergame, elle aurait perdu toute prétention sur les terres séleucides d’Asie mineure.

    Antiochos se méfiait peut-être d’Hannibal parce qu’il ne voulait pas qu’il prît trop de place. Il était peut-être un peu jaloux. Ou peut-être pensait-il qu’il était trop vieux pour mener une armée. Quelques anecdotes permettent de nous rendre compte de la tension qui existait entre les deux.

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Quand on y réfléchit, Antiochos joua un quitte ou double à Magnésie. S’il avait gagné (en gros s’il s’était rabattu sur l’infanterie alliée avec ses cataphractes :pinch: ), il aurait touché le jackpot. Rome aurait dû se replier et je ne pense pas qu’elle serait revenue d’aussi tôt. Quant à Pergame, elle aurait perdu toute prétention sur les terres séleucides d’Asie mineure.

    Oui, les cataphractes auraient très bien put jouer leur rôle. La légion n’est pas franchement taillée pour faire face à la cavalerie… En tout cas, je me demande pourquoi il fait encore l’erreur de poursuivre l’ennemi trop longtemps pour perdre pied sur la vision globale du champs de bataille. Raphia, puis Panon ne semble pas lui avoir apprit ça… (peu être qu’il a mal maitrisé son timing)

    Antiochos se méfiait peut-être d’Hannibal parce qu’il ne voulait pas qu’il prît trop de place. Il était peut-être un peu jaloux. Ou peut-être pensait-il qu’il était trop vieux pour mener une armée. Quelques anecdotes permettent de nous rendre compte de la tension qui existait entre les deux.

    Tu parles peut être de cette réaction qu’a eu Hannibal à propos des boucliers d’argents des hypaspistes?

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