Post has published by guiguit

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    Posts2015
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    Dossier : le maréchal Louis-Alexandre Berthier, prince de Neufchâtel et de Wagram

    Maréchal peu connu et loin d’être un brillant fonceur, Berthier fut pourtant essentiel à l’Empereur Napoléon. Présent à toutes les batailles des guerres napoléoniennes, il est pourtant piètre tacticien. Néanmoins, sa vie et son travail méritent d’être découvert.

    http://www.herodote.net/Images/Berthier.jpg

    I. Origines et éducation :

    Le futur collaborateur de Napoléon naquit dans les fastes de Versailles le 20 novembre 1753. Son père est Jean-Baptiste, le commandant en chef des ingénieurs-géographes des armées du Roi et sa mère, Marie Françoise L’huiller de la Serre, femme de chambre de Monsieur, le futur Louis XVIII.

    Cet ingénieur est l’auteur des cartes de chasse du Roi mais surtout des plans des ministères de la Marine, de la Guerre et des Affaires étrangères. Jean-Baptiste sera anobli par Louis XV pour ses services rendus.

    Ce « Berthier Père » a tellement le goût de l’armée et de la gloire qu’il nomma son fils aîné Alexandre et son cadet César ! Concrètement, il orienta le premier vers l’art du génie, développant des qualités de méthodisme et de rigueur qui seront plus tard appréciés par l’Empereur. Ayant reçu une bonne éducation, le jeune Alexandre passera ainsi deux ans à l’Ecole royale du Génie de Mézières dont il l’un des rares à être reçu du premier coup. Il en sort à l’âge de treize ans, le 1er janvier 1766 en tant qu’ingénieur-géographe. Il commence alors sa carrière militaire, que son père espère aussi brillante que la sienne….

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/06/Jean_Baptiste_Berthier%2C_by_French_school_of_the_18th_century.jpg

    Jean-Baptiste Berthier a fondé une famille à tradition militaire qui servira admirablement la France et ses souverains, mais ce ne seront pas tous des Rois…

    II. Service sous l’Ancien Régime et la Révolution :

    A seulement dix-sept ans, il devient lieutenant d’état-major après être passé dans la légion des Flandres et les dragons de Lorraine.

    Berthier participe à la guerre d’Indépendance américaine en tant que capitaine avec La Fayette mais aussi dans l’état-major du général de Rochambeau, chef du corps expéditionnaire français. Il y gagne le grade de colonel en 1778, à moins de trente ans.
    En 1789, le Roi Louis XVI le nomme major général de la Garde nationale de Versailles. A ce poste, il se montre modéré mais son second, Lecointre, un marchand de toile devenu politique, est l’un des tribuns qui ne cesse d’appeler la population au soulèvement contre la Cour et l’Assemblée ! De ce fait, exercer sa fonction est des plus difficiles : faisant figure d’aristocrate, le major-général assiste sans joie aussi bien à l’épisode du banquet des Gardes où la cocarde tricolore est piétinée qu’à celui des émeutes des 5 et 6 octobres qui voient le peuple en armes attaquer le château de Versailles. Berthier favorisa, grâce à sa position, la fuite des tantes de Louis XVI vers l’Italie ainsi que celle du comte d’Artois, le futur Charles X et de la famille Polignac. Bientôt devenu suspect, la réorganisation de l’armée lui sauva la mise : on avait besoin d’officiers compétents et il faisait partie du lot. Il entre en 1792 dans l’armée du Nord avec rang de maréchal de camp.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/10/Louis-Alexandre_Berthier%2C_mar%C3%A9chal_de_camp%2C_chef_d%27%C3%A9tat-major_en_1792_%281753-1815%29.jpg

    Berthier en 1792

    Le 2 mars 1795, Bonaparte le nomme comme son chef d’état-major de son armée d’Italie. C’est le début d’une longue et parfois houleuse amitié entre les deux hommes. Berthier se montre comme un chef aux multiples talents tout aussi bien comme chef d’état-major que comme combattant. En effet, il se distingue notamment à la bataille de Lodi où il n’hésite pas à se jeter dans la mêlé et à entraîner les soldats vers la victoire. Bonaparte écrira d’ailleurs dans une lettre au Directoire : « Si j’étais tenu de nommer tous les militaires qui se sont distingués dans cette journée extraordinaire, je serais obligé de nommer tous les carabiniers et grenadiers de l’avant-garde et presque tous les officiers de l’état-major; mais je ne dois pas oublier l’intrépide Berthier qui a été dans cette journée canonnier, cavalier et grenadier » Il est chargé du commandement en chef à titre provisoire quand Bonaparte se rend au congrès de Rastadt. Suite à l’assassinat de l’ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, il envahit les Etats pontificaux et entre dans Rome où il proclame la République romaine, une république-sœur de la France. Cependant, ne supportant pas longtemps les critiques concernant les exactions de ses hommes, il remet son commandement à Masséna et retourne en France.

    Il suit Bonaparte dans son expédition en Egypte, toujours en qualité de chef d’état-major. Renté en France avec lui, il prend part à son coup d’Etat du 18 Brumaire et le nouveau Premier Consul le nomme immédiatement ministre de la Guerre.

    Durant son ministère, Berthier s’attache à réorganiser l’armée selon les conceptions de Napoléon. On pourrait dire, en pastichant légèrement Victor Hugo, que déjà la Grande Armée perçait sous l’armée de la Révolution… Le nouveau ministre s’attache à créer une « armée de réserve » qui donnera toute sa mesure, qu’il concentre à Lyon. En outre, il veille à la défense du territoire national par l’armement des forts des côtes de la Manche et de la mer du Nord et par le ravitaillement, jusque-là défaillant, des armées d’Hollande, d’Helvétie, Rhin et Italie. Le génie est en passe d’être réorganisé.
    Ne pouvant se passer de lui, le premier Consul lui ordonne de le suivre dans sa seconde campagne d’Italie où Berthier est blessé durant la bataille de Marengo.

    Après s’être remis de ses blessures, il retrouve son ministère de la Guerre. Berthier poursuit plusieurs projets qu’il mène à bien : la formation de la Garde consulaire, ébauche de la Garde impériale , institution de la Légion d’honneur, des armes d’honneur, la réforme de plusieurs écoles militaires destinées à former les futurs « cadres » des armées françaises.

    III. Maréchal d’Empire :

    La proclamation de l’Empire couvre d’honneur cet homme qui a tant travaillé à son succès. Berthier est promu maréchal puis vice-connétable de l’Empire, Grand Veneur et Neufchâtel est érigé en principauté pour lui. Il reçoit aussi le château de Chambord en donation dont il entreprend la restauration. Enfin, titre le plus essentiel, il est major-général de la Grande Armée, autrement dit, son chef d’état-major, poste qu’il ne connaît que trop bien….

    « L’Empereur n’a besoin de ni de conseils ni de plans de campagne. Nul ne connaît ses pensées et notre devoir est d’obéir » déclara le nouveau maréchal en prenant ses fonctions. Berthier se retrouvait chargé de l’état-major de la Grande Armée, autrement dit, de la transmission des ordres et de la coordination des mouvements, des finances, des services médicaux et judiciaires des armées françaises. Mais, cet état-major dépendait lui-même de l’état-major impérial qui se composait des aides de camps de l’Empereur, de la Maison militaire et cætera…

    http://www.scalarchives.com/scalapic/120213/b/E008766b.jpg

    Le maréchal seconde directement l’Empereur la journée, l’accompagne au plus fort des combats mais ne chôme pas pour autant durant la nuit. Ses nuits blanches sont occupées à la collecte et la synthèse de renseignements, au ravitaillement, à l’exécution des ordres et au péché mignon de ce géographe de formation : la cartographie des théâtres d’opération.

    On notera, pour l’anecdote, que Berthier se rongeait sans cesse les ongles, signe d’une préoccupation constante. La tâche qui lui incombait était en effet essentielle à l’exécution des mouvements des troupes.

    http://www.antique-prints.de/shop/Media/Shop/11307.jpg

    Le major général pouvait être appelé à n’importe quel moment du jour ou de la nuit. Napoléon le fit réveiller 17 fois en une nuit, par exemple. Tenant à toujours être dans une tenue impeccable, le maréchal ne se présentait devant son monarque que botté et en uniforme complet.

    En 1808, Napoléon arrangera pour lui un mariage avec une des filles de son allié le roi de Bavière : Marie-Elisabeth. Berthier l’épousa la mort dans l’âme car il fréquentait encore la belle « Visconti », sa maîtresse en titre depuis des années et dont il était fou amoureux. Ce mariage allait toutefois lui donner trois enfants.

    Au début de la campagne d’Allemagne de 1809, alors que Napoléon est en route vers le Rhin, c’est Berthier qui se retrouve au commandement en chef de la Grande Armée opposée aux forces autrichiennes de l’archiduc Charles. Interprétant mal les ordres de l’Empereur, le maréchal disperse les corps d’armée français au moment même où Charles lance son offensive. Seule l’arrivée de Napoléon et le talent de Davout empêcheront le succès autrichien.

    http://www.monatlas.fr/Hist/z_napoleon/imagesT600/57_1809_1_bav1_30%20mars%20au%2018%20avril.jpg

    Après ce désastre évité de peu, Napoléon le sanctionnera par cette phrase ironique : « Tout était parfait si le duc d’Auerstaedt eût été près d’Ingolstadt, le duc de Rivoli avec les Wurtembergeois près et le corps d’Oudinot auprès d’Augsbourg….De sorte qu’il fallait faire le juste contraire de ce que vous avez fait ». C’est Davout qui réparera les erreurs de son collègue. Ce dernier vouera alors au maréchal de fer une haine profonde.

    Néanmoins, le major-général de la Grande Armée se rachètera à Wagram. Il relèvera le défi logistique et opératif d’effectuer la traversée du Danube par les troupes françaises aux premiers instants cruciaux de la bataille. Pendant le plus fort des combats, le maréchal aura son cheval tué sous lui, preuve que l’odeur de la poudre ne lui répugnait guère. Pour le récompenser, l’Empereur le fera prince de Wagram, titre amplement mérité. En effet, très peu aurait réussi à organiser le passage du Danube par 15000 soldats lors de la bataille.

    Au fur et à mesure des campagnes, le maréchal donne à son souverain des conseils de prudence. A chaque fois, Napoléon le rabroue publiquement, à la limite de l’humiliation. La désillusion et l’amertume seront les ferments qui le conduiront à réclamer l’abdication de l’Empereur à Fontainebleu. Berthier déconseillera à Napoléon de marcher sur Moscou. Ce dernier se contentera de ne plus lui adresser la parole jusqu’à l’entrée des Français dans la ville.

    Lorsque Davout entra à Hambourg pour y réprimer une révolte et y soutenir un siège, Berthier lui envoya les ordres de l’Empereur. Mais il les rendit si durs que si Davout les avait exécutés, il serait aujourd’hui considéré comme un boucher. Preuve de l’hostilité entre les deux compagnons de l’Empereur.

    C’est encore à un Berthier septique, blessé lors de la bataille de Brienne par un lancier, à qui Napoléon donne des ordres pour reprendre l’offensive depuis Fontainebleu alors qu’il ne lui reste que sa Garde et des divisons étrillées. Finalement, au cours d’une réunion célèbre, l’insurrection des maréchaux, ces derniers convainquent Napoléon d’abdiquer en faveur de son fils.

    Lors de la Restauration, le maréchal, autrefois portant le ruban de l’Ordre royal de Saint-Louis, en fut promu commandeur. En outre, il reçut la pairie de France, le commandement de la 5e compagnie des gardes du corps.

    Durant la triomphale remontée de Napoléon vers Paris, Berthier, que l’on soupçonne de connaître les projets de l’ « Ogre » quitte la France avec Louis XVIII. Ensuite, il se retire, avec la permission du roi, au château de Bamberg, auprès de son beau-père.
    Là, le prince de Neufchâtel devient irritable et coléreux avec ses proches, lui d’habitude si calme. Quasiment retenu prisonnier, l’Empereur n’a-t ‘il pas dit : « Pour toute punition, je veux le voir dans son habit de capitaine des gardes. », le maréchal déprime. C’est la dernière campagne de l’Empereur et il n’est pas à ses côtés !

    Le 1er juin, voulant contempler un défilé de cavalerie russe du haut de sa propriété, il chute et se rompt les os. Assassinat ? Suicide ? Accès de fièvre ? Nul ne connaît la réponse mais toutes les thèses ont leurs arguments. A titre personnel, je penche pour le suicide : Berthier était tourmenté, déprimé. Son changement de caractère l’illustre parfaitement.

    Le maréchal a laissé trois écrits : ses Mémoires (posthumes), une Campagne d’Egypte (1800) et une Bataille de Marengo (1804).

    IV. Conclusion :

    Berthier fut loin d’être un simple bureaucrate en uniforme. En tant que soldat, il ne manque pas de courage physique. En tant que chef d’état-major, rôle dépassant celui de simple exécutant, il est plus que compétent : indispensable. D’ailleurs, on pourrait lui reprocher de ne pas avoir formé de successeur pour le remplacer. Mais qui aurait eu envie de le faire ? Cette décision ne relève pas plutôt de l’Empereur ? Une facette sombre du maréchal : ses relations avec les autres maréchaux et généraux français. J’ai donné un exemple avec sa relation avec Davout, mais le major-général a autant malmené Masséna. Le général Jomini (le célèbre stratégiste) passa aux Russes car il ne pouvait plus supporter les brimades du prince de Neufchâtel.

    En tout cas, il vouait à Napoléon une véritable dévotion. L’Empereur lui rendit ce dernier hommage en parlant de Waterloo : « Si j’avais eu Berthier, je n’aurais pas eu ce malheur ». Son abandon lui était pardonné et le prince de Wagram peut aujourd’hui reposer en paix.

    Source :
    -CHARDINY L., Les maréchaux de Napoléon, Editions Tallandier
    – MOURRE M. Dictionnaire encyclopédique de l’Histoire du Monde, Editions France Loisirs
    -ROTHENBERG G., Les guerres napoléoniennes, in « Atlas des guerres », Editions Autrement, Paris, 2000
    -WIKIPEDIA, « Louis-Alexandre Berthier », https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-Alexandre_Berthier, consulté le 29/03/2016
    -WIKIPEDIA, « La République romaine », https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_romaine_(1798), consulté le 27/03/2016
    -« Berthier », http://www.napoleon.org/fr/salle_lecture/biographies/files/berthier.asp, consulté le 27/03/2016

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Mon dossier est complétement édité. N’hésitez pas à poser des questions et bonne lecture !

  • Participant
    Posts932
    Member since: 20 décembre 2014

    Tres bon dossier. 😉

    Bethier etait un surdoué de la pensée Napoleonienne, mais il ce considérait aussi comme le moins utile vis a vis de l’empereur, un simple executant, il le disait lui meme.

    On lui attribut une capacité exceptionnelle, celle de pouvoir faire marcher comme une horloge une armée de 500 000H, dementit par Jomini, qui l’attribut à l’empereur, les ayant vu à l’œuvre.

    Il a toujours empecher Jomini de monter en grade selon son merite exceptionnel par jalousie et soucie du detail paperassiers, ce dont Jomini ce laissait parfois aller, et l’exaspera au point de passer chez l’ennemi, ce qui nous priva d’un excellent strategiste.

  • Participant
    Posts105
    Member since: 18 août 2013

    Excellent dossier camarade !

    Juste une question, je me suis toujours demandé : qu’est ce que la présence de Berthier auprès de Napoléon en Belgique aurait pu changer concrètement ?

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Juste une question, je me suis toujours demandé : qu’est ce que la présence de Berthier auprès de Napoléon en Belgique aurait pu changer concrètement ?

    Je ne pense pas. Il faut savoir que même si Grouchy s’était dirigé vers Waterloo, ce qu’il n’a pas fait, il aurait dû affronter des troupes prussiennes gardant l’unique pont sur sa route permettant d’accéder au champ de bataille. Il y serait donc arriver avec un corps d’armée diminué trop tard pour apporter une aide décisive. De plus, la présence de Berthier n’aurait rien changé à la stratégie adoptée par le duc de Wellington et le maréchal Blücher qui consistait à ne pas se séparer.

    Par contre, la présence du prince de Wagram aurait peut être permis une meilleure coordination des mouvements Français en approche de la Belgique. Durant la même journée où se déroula en même temps la bataille des Quatre-Bras et celle de Ligny, le maréchal Ney n’attaqua pas immédiatement les lignes anglo-néerlandaise et le corps de Drouet d’Erlon fit plusieurs aller-retours inutiles entre les deux champs de bataille, c’est dû au manque de capacité de Soult au poste de major-général qui ne communiqua pas assez vite et d’une mauvaise manière les ordres de Napoléon… Si Berthier avait été à son poste, les Anglais auraient pu être battu et écrasé. Dans ce cas, Waterloo n’aurait été que le nom d’un petit village que l’Empereur aurait traversé en marchant sur Bruxelles.

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