Post has published by Maxsilv

Ce sujet a 51 réponses, 21 participants et a été mis à jour par  Solduros_390, il y a 2 ans.

50 sujets de 1 à 50 (sur un total de 52)
  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012
    La guerre de Trente Ans (1618-1648)

    ou l’émergence de l’Europe moderne

    http://img832.imageshack.us/img832/3447/avantpropos.jpg
    (bandeau-titre réalisé à partir du tableau Le siège de Presnitz, 1641, de Peeter Snayers)

    Avant-propos

    La guerre de Trente Ans est de ces conflits qui imprègnent durablement l’Histoire, mais qui peinent à trouver leur place dans les livres du secondaire. Pour la majorité, ce nom évoque tout au plus une guerre de religion interne à l’espace germanique qui dégénère en conflit entre les puissances européennes. Cependant, qu’en est-il véritablement de ce conflit qui marque l’Europe durant trois décennies ?
    Cette guerre demeure relativement peu abordée sur le forum ; cependant, les propos de Silgidorn – étudiant en Histoire – résument assez bien les enjeux du conflit :

    « En gros, la guerre de trente est une guerre qui a concerné successivement une bonne partie des régions européennes, Elle a duré de 1618 à 1648. Le belligérant qui a combattu pendant la totalité de ces guerres est le Saint-Empire Romain Germanique, dirigé par Ferdinand II puis par Ferdinand III.
    Dans un premier temps, après la défenestration de Prague et l’élection de Frédéric V à la tête de la Bohême, la guerre a opposé les états allemands protestants révoltés aux Habsbourg de l’Empire et d’Espagne et à la ligue catholique. Après la bataille de la montagne blanche (1620) […], les états protestants allemands furent repris par les Habsbourg et le protestantisme fut interdit dans l’Empire. (Avant ces événements, le luthéranisme était admis mais pas le calvinisme). Par la suite le Danemark, la Suède et la France se relayèrent pour combattre l’Empire des Habsbourg.
    Pour le cas de la France, il faut savoir qu’elle était encerclée par les Habsbourg (à l’est le Saint Empire Romain Germanique, au sud-ouest, les Habsbourg d’Espagne). Sa situation faisait qu’elle devait lutter contre ces derniers pour assurer sa souveraineté. Il est aussi important de souligner qu’elle a soutenu clandestinement les autres opposants pendant toute la durée de la guerre. »¹

    De cette présentation concise, trois éléments importants se dégagent. Tout d’abord, la continuité avec les « guerres de religion » (selon l’expression couramment adoptée par les historiens) du XVIe siècle : le Saint-Empire, partagé entre catholiques, luthériens et calvinistes, est en proie à des guerres intestines. Ensuite, la continuité avec la volonté hégémonique de la dynastie des Habsbourg : cet héritage médiéval où l’Empereur cherche à se placer à la tête de toute la Chrétienté. Enfin, le caractère européen qu’adopte le conflit avec l’intervention aussi bien de puissances protestantes (Royaume de Suède, Provinces-Unies) que de la France (pourtant catholique) contre la dynastie Habsbourg. Ce paradoxe que constitue l’intervention d’un roi catholique au côté des princes protestants est particulièrement intéressant quant au changement qu’il annonce. En effet, désormais il existe une Raison d’État (comme le définit le cardinal de Richelieu) qui est au-dessus des autres intérêts. L’action politique parvient donc à se détacher du fait religieux.
    Ce nouvel élément est loin d’être anodin, car il permet à la couronne de France de s’affirmer, au détriment de la couronne d’Espagne. Nous sommes ici à un tournant de l’Histoire européenne : elle affirme sa pluralité confessionnelle, mais atteste aussi de l’échec des ambitions hégémoniques d’une dynastie, les Habsbourg. Un équilibre apparaît donc entre les princes européens, tandis qu’en France triomphe la notion d’absolutisme qui aujourd’hui apparaît comme inséparable de ce que les révolutionnaires appelèrent l’« Ancien Régime ». Parallèlement à cela, les effectifs des armées augmentent et le roi de Suède Gustave Adolphe modifie en profondeur leur fonctionnement. Ainsi, un recours à la conscription s’oppose aux armées de mercenaires couramment employées et on abandonne progressivement certains vestiges médiévaux comme la cuirasse pour créer une véritable armée moderne. C’est pourquoi, cette guerre de Trente Ans caractérise cette émergence de l’Europe moderne : un processus lent et complexe, qu’aucune date ne saurait résumer de manière convaincante.

    Un dossier s’impose donc pour essayer de percevoir ces trois décennies de manière plus lucide et comprendre en détail comment s’organise le conflit, d’abord au niveau de l’espace germanique, puis à l’échelle européenne. Je tâcherai de ne rien omettre d’essentiel ; cependant, ce sujet ne peut aspirer à l’exhaustivité, car mon but n’est pas de vous noyer dans un flot de détails en tous genres. Afin d’être le plus explicite possible, mon développement suivra un plan chronologique qui s’articulera autour des quatre phases du conflit communément admises : les périodes palatine, danoise, suédoise et française. De plus, une introduction sera consacrée au portrait de l’Europe du début du XVIIe siècle et une conclusion s’intéressera aux conséquences du conflit pour les différentes puissances européennes.

    Structure du dossier

    Introduction : l’Europe à l’aube du XVIIe siècle [lien]

    I/ La période palatine (1618-1623) : une guerre interne au Saint-Empire

    II/ La période danoise (1624-1630) : le secours des puissances protestantes

    III/ La période suédoise (1631-1635) : le roi Gustave II Adolphe face à l’Empereur

    IV/ La période française (1635-1648) : la Raison d’État contre les Habsbourg

    Conclusion : quelles retombées pour l’Europe moderne ?

    Références bibliographiques

    Ouvrages

    • Henry BOGDAN, La Guerre de Trente Ans, Paris, Perrin, 2006, 318 pages. ISBN 978-2-262-02397-2.
    • Vladimir BRNARDIC, Imperial Armies of the Thirty Years’ War (1). lnfantry and artillery, Oxford, Osprey Publishing, 2009, 27 pages. ISBN 978-1-84603-447-3.
    • Vladimir BRNARDIC, Imperial Armies of the Thirty Years’ War (2). Cavalry, Oxford, Osprey Publishing, 2010, 52 pages. ISBN 978-1-84603-997-3.
    • Richard BRZEZINSKI, Lützen 1632, Climax of the Thirty Years War, Oxford, Osprey Publishing, 2001, 98 pages. ISBN 978-1-85532-552-7.
    • Émile CHARVERIAT, Histoire de la guerre de Trente Ans 1618-1648. Tome deuxième : période suédoise et période française (1630-1648), Paris, E. PLON et Cie imprimeurs-éditeurs, 1878, 750 pages.
    • Roberts KEITH, Pike and Shot Tactics 1590-1660, Oxford, Osprey Publishing, 2010, 68 pages. ISBN 978-184603-469-5.
    • François LEBRUN, L’Europe et le monde, Paris, Armand Colin, 2008, 352 pages. ISBN 978-2-200-35579-1.
    • François LEBRUN, Le XVIIe siècle, Paris, Armand Colin, 2004, 380 pages. ISBN 978-2-13-058246-5.
    • Georges LIVET, La Guerre de Trente Ans, Paris, « Que Sais-Je », puf, 1966, 128 pages.

    Articles

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    ¹ Propos tenus dans le sujet intitulé « la guerre de trente ans ? ».

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 23 avril 2012

    Excellent! C’est déjà presque un dossier et ce n’est que l’avant-propos ^^

    Je connais assez peu cette guerre, je connais les conséquences mais c’est tout. J’attends la suite!

  • Participant
    Posts1563
    Member since: 29 juillet 2012

    Excellent début. Merci à toi pour ce dossier ; je ne connais que très peu de choses sur cette période, c’est l’occasion d’en apprendre plus. 😉

  • Participant
    Posts433
    Member since: 12 avril 2012

    J’attends la suite avec impatience ! 🙂 C’est une guerre que je connais peu si ce n’est que Gustave Adolphe a révolutionné la stratégie militaire de l’époque.

  • Participant
    Posts1418
    Member since: 16 avril 2012

    Une introduction tout simplement excellente !
    Je suis impatient de voir la suite !

  • Participant
    Posts2179
    Member since: 16 avril 2012

    Très bonne introduction. J’ai hâte de voir la suite. J’ai juste une remarque à faire (il faut bien que je justifie ma réputation de Genevois) qui n’est pas dirigée contre toi Max mais contre les historiens. On parle de la période 1635-1648 comme celle de ls France. Mais la Suède continua à jouer un rôle majeur dans le conflit même après cela. C’est pourquoi, j’appelerais cette période franco/suédoise.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    D’ors et déjà merci à tous pour les excellents échos à cet avant-propos. Ça fait vraiment plaisir et j’espère que la suite vous plaira tout autant.

    Très bonne introduction. J’ai hâte de voir la suite. J’ai juste une remarque à faire (il faut bien que je justifie ma réputation de Genevois) qui n’est pas dirigée contre toi Max mais contre les historiens. On parle de la période 1635-1648 comme celle de ls France. Mais la Suède continua à jouer un rôle majeur dans le conflit même après cela. C’est pourquoi, j’appelerais cette période franco/suédoise.

    En fait, ces appellations sont – je le rappelle – une invention purement arbitraire des historiens et donc qui peut tout à fait être débattue. C’est ce qu’on nomme l’historiographie, c’est à dire la manière d’écrire l’Histoire et elle est en permanente évolution. Bref, pour en revenir à ta remarque, elle est tout à fait pertinente ; cependant, le terme « période française » est choisi pour insister sur l’entrée en guerre ouverte du Royaume de France, car en vérité d’ors et déjà durant la phase danoise la France soutenait indirectement les puissances protestantes et les alliances sont beaucoup plus complexe. Aussi on a recours à cette appellation assez réductrice et contestable pour insister sur un acteur central, même s’il est vrai qu’on peut très bien procéder à une autre structuration. De fait, mon choix est motivé par la simplicité qu’apporte une telle périodisation du conflit, mais il aurait tout à fait pu être radicalement différent.
    Je n’en rentrerai pas davantage dans ce débat historiographique pour le moment, car ce n’est pas le but du sujet et nous risquerions d’en perdre quelques-uns. Néanmoins, à la fin du dossier je me ferai une joie de discuter de ce genre de nuances, car, même si on ne peut pas apporter de réponse absolue, le débat est toujours intéressant.

  • Participant
    Posts434
    Member since: 13 mai 2012

    Ca s’annonce excellent ce dossier : peut-être future référence sur internet pour la guerre de Trente ans 😛

    En tout cas merci Maxsilv 🙂

  • Admin bbPress
    Posts6316
    Member since: 5 août 2017

    En effet, très belle introduction pour ce sujet méconnu du grand publique, alors que cette guerre est tellement importante pour l’avenir de l’Europe et des relations entre les puissances européennes. J’attends la suite avec grand intérêt max 😉

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Voilà un dossier que j’attendais. J’ai l’intuition d’une période passionnante même si je n’y connait quasiment rien, et je suis certains que tu sauras éclairer nos interrogations ;). Je suivrait donc avec un grand plaisir.

    (en plus t’a fait un magnifique bandeau-titre, chapeau ;))

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Je pense qu’il faudra bcp parler des traités de Westphalie, ça fera une super conclusion.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Je pense qu’il faudra bcp parler des traités de Westphalie, ça fera une super conclusion.

    Je ne sais pas comment on pourrait voir ça autrement ; faire un dossier sur la Guerre de Trente Ans sans parler des traités qui y ont mis fin me semble tout simplement impossible !
    Enfin, pour la conclusion faudra être patient, car je n’en suis qu’à la rédaction de l’introduction.

    Par contre, évite les abréviations comme « bcp », c’est du langage sms ; or, il est interdit sur ce forum 😉

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Ah désolé ça m’arrive des fois pour le langage SMS.
    Sinon je dis ça car j’ai entendu dire que c’est lors de ces traités qu’on été institués la notion d’équilibre des puissances.

  • Participant
    Posts860
    Member since: 1 mai 2013

    Un grand merci pour ce choix de sujet, il faut oser s’attaquer à ce géant aux pieds d’argile ! en effet, le conflit est tellement important et les historiens s’y intéressent si peu (si ce n’est que pour parler des traités de paix). En revanche, la Guerre de Trente Ans n’est qu’un conflit imbriqué dans d’autres : Guerre de 80 ans entre Provinces-Unies/Espagne (1568-1648), guerre Franco-espagnole : (commencée avant 1635 officieusement, jusqu’en 1659). Enfin, il ne s’agit en aucun cas d’une guerre en “un bloc” mais d’une multitude de conflits répartis sur une immense échelle et aux motifs tout autant politiques que religieux…
    Bref, Maxsilv je te souhaite bon courage ! 🙂

  • Participant
    Posts387
    Member since: 24 février 2013

    Merci Max pour ce dossier ,moi qui ne connait pas beaucoup de cette période je pense que je vais apprécier!
    Bonne chance ,j’imagine juste le temps pour faire sa…

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012
    Introduction : l’Europe à l’aube du XVIIe siècle

    Au cours du XVIe siècle, l’Europe connaît ce que nous avons coutume d’appeler la Renaissance : redécouverte des auteurs antiques, important développement artistique, etc. Tandis que latin persiste comme langue internationale entre érudits, les langues vernaculaires s’imposent au sein des différents États européens. En outre, la Chrétienté est secouée par de nombreuses guerres de religion dans lesquelles elle perd toute unité confessionnelle. Ainsi, la prédication de Martin Luther en 1517 et la diffusion depuis Genève des idées de Jean Calvin à partir de 1541 amorcent le triomphe de la Réforme dans le nord de l’Europe, alors que, outre-manche, l’anglicanisme rompt lui aussi avec la Papauté. La réponse du concile de Trente – réuni de manière discontinue entre 1545 et 1563 – parvient certes à réaffirmer la place de l’Église catholique apostolique et romaine, mais elle entérine le schisme entre les différentes confessions. À ce titre, le cas du Saint-Empire romain germanique illustre de manière magistrale ces profondes disparités présentes au sein de l’Occident chrétien. Cette situation religieuse complexe et conflictuelle n’est d’ailleurs pas étrangère au déclenchement de la guerre de Trente Ans. En effet, même si on attache traditionnellement les guerres de religion à la seconde moitié du XVIe siècle – à la lumière de celles qui ravagent le royaume de France à cette époque –, il serait très maladroit de penser que la paix d’Augsbourg (en 1555, dans l’espace germanique) ou l’Édit de Nantes (en 1598, pour le cas français) suffisent à résoudre les différents religieux. Le XVIIe siècle s’inscrit, en effet, dans la continuité du siècle qui le précède ; de fait, il apporte son lot de changements tout en prenant pour socle les événements antérieurs.² Aussi, est-il nécessaire de dresser le portrait des différents acteurs de la scène européenne avant d’aborder véritablement le conflit qui secoue la première moitié de ce siècle.

    http://imageshack.us/a/img14/7531/carteeurope1600.png
    Carte de l’Europe vers 1600, à la veille de la guerre de Trente Ans
    (Carte réalisée avec le logiciel Paint.Net, à partir de ce fond de carte.)

     
    L’Angleterre
    Après avoir perdu en 1558 Calais, sa dernière possession sur le continent et héritage des ambitions de la dynastie Plantagenêt, le royaume d’Angleterre se retrouve à l’avènement d’Élisabeth Ière réduit à sa position insulaire. Néanmoins, l’Angleterre connaît durant son long règne (1558-1603) une période prospère. En effet, la reine sait soigner sa popularité et s’appuie sur son conseil privé pour gouverner son pays, dont la situation politique est relativement stable, les quelques révoltes étant rapidement matées. Le Royaume est prospère, l’industrie se développe, la puissance maritime anglaise s’affirme, tandis que l’Armada espagnole réputée invincible est défaite. L’Angleterre connaît alors un net accroissement démographique, passant de trois millions en 1550 à un peu plus de quatre millions d’habitants en 1600. Sur le plan religieux, la séparation avec l’Église de Rome est maintenue, tandis que l’anglicanisme tend à prendre une position intermédiaire vis-à-vis du calvinisme et du catholicisme. Les opposants à cette doctrine anglicane (et surtout les catholiques) sont persécutés.
    Lorsqu’Élisabeth meurt en 1603, sa succession est assurée en la personne de Jacques Ier Stuart, le roi d’Écosse. Cependant, ce dernier se rend rapidement impopulaire en multipliant les maladresses. Il tente en effet sans succès d’unir l’Église anglicane avec celle presbytérienne d’Écosse, tandis que l’Irlande demeure majoritairement fidèle au pape. Par ailleurs, il cherche à concilier absolutisme et respect des « lois et coutumes du Royaume » en réunissant le moins souvent possible le Parlement. De fait, il se repose sur les revenus royaux et n’entretient pas d’armée permanente, s’impliquant peu dans les guerres du continent. Néanmoins, les personnes dont il s’entoure et sa personnalité font qu’il est peu regretté à l’avènement de son fils Charles Ier, en 1625…

    La France
    Le royaume de France connaît durant la seconde moitié du XVIe siècle d’importants troubles religieux qui dégénèrent en guerres civiles : les guerres de Religion. Cette série de conflits internes au royaume de France éclate peu après l’échec du colloque de Poissy, organisé en 1561 pour tenter de rétablir l’unité religieuse entre catholiques et « huguenots », pour la plupart ralliés aux idées calvinistes diffusées depuis Genève. Dans un contexte aussi tendu, le pouvoir royal, faible (le roi Charles IX n’a que onze ans à son avènement en décembre 1560), peine à maintenir la cohésion du royaume. Le premier mars 1562, le massacre de protestants à Wassy, par les hommes du duc François de Guise, met le feu aux poudres. Pendant les trente-six années suivantes, huit guerres successives secouent le royaume, avec un paroxysme atteint le 24 août 1572 : le massacre de la Saint-Barthélemy. Face à la crainte d’un roi protestant (en la personne d’Henri de Bourbon, roi de Navarre), le parti catholique fait appel à la monarchie espagnole et seul un sursaut national (ainsi que le recours à la loi salique) empêche le royaume de tomber aux mains des Habsbourg d’Espagne…
    Cependant, Henri IV abjure le protestantisme et se fait sacrer à Chartres, balayant ensuite les îlots de résistance et signant la paix avec l’Espagne. Ainsi, en 1598, l’édit de Nantes qui reconnaît aux huguenots la liberté de culte (dans des conditions toutefois limitées) ramène la paix dans le Royaume. Même si les persécutions des protestants ne s’arrêtent pas définitivement, le royaume de France devient le premier État européen où le catholicisme est religion d’État, mais où l’égalité des sujets des deux confessions est légalement reconnue. Le roi de France règne alors sur quinze à seize millions de sujets, dont un million deux cent mille protestants. La monarchie peut à nouveau s’affirmer, posant les bases du futur absolutisme louis-quatorzien, malgré la période de régence qui suit l’assassinat d’Henri IV par le fanatique Ravaillac, le 14 mai 1610.

    La Baltique
    Depuis le Moyen Âge, la mer Baltique constitue le lieu d’une intense activité commerciale et un espace très disputé entre les principales puissances de la région : les royaumes de Danemark, de Suède et l’Union de Pologne-Lituanie, ainsi que le Saint-Empire, dont il est question dans une autre partie de cette introduction. Depuis Ivan IV dit « le Terrible » (1533-1584), le grand-prince de Moscovie est aussi Tsar ; cependant, son territoire, bien qu’en pleine expansion, n’a pas accès à la Mer Baltique et l’empire Russe n’existe pas encore.³ Au XVIe et au début du XVIIe siècle, la Pologne connaît un véritable « siècle d’or ». L’Union de Lublin en 1569 renforce les liens déjà forts entre le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie, désormais rassemblés au sein de la République des Deux Nations. En 1618, ce vaste état s’étend ainsi sur près d’un million de kilomètres carrés, pour une population d’environ dix millions d’habitants.
    En 1521, le royaume de Suède s’est affirmé comme une puissance indépendante en rompant l’union avec le royaume de Danemark. Tandis que ce dernier s’entend sur sa péninsule et la Norvège, la Suède, à l’avènement du roi Gustave II Adolphe en 1611, est maîtresse de la Finlande et l’Estonie. Ce roi se trouve alors à la tête d’une puissance montante en Baltique, même si en 1570 une guerre à contraint la Suède à accepter la liberté du trafic. Luthérien convaincu, Gustave II Adolphe est aussi un roi extrêmement ambitieux comme le montre sa conquête de l’Ingrie et la Carélie en 1613, au détriment de la Russie. Avec ce monarque émerge le rêve de faire de la Baltique un lac suédois…

    L’Espagne
    Malgré l’abdication de Charles Quint et le partage de ses possessions entre Habsbourg d’Autriche et d’Espagne, Philippe II d’Espagne demeure à son avènement, en 1556, le souverain le plus puissant d’Europe. En effet, outre le royaume d’Espagne, il règne sur les Pays-Bas et la Franche-Comté, le Milanais, les royaumes de Naples et de Sicile, la colonie espagnole des Philippines et l’immense empire conquis en Amérique dans la première moitié du siècle. Sa succession à la couronne du Portugal en 1580, au travers de l’Union Ibérique, renforce encore cette puissance en unissant les deux plus grands empires coloniaux du monde ! Profitant des revenus tirés de l’exploitation des colonies et de la prospérité de son pays, Philippe II a les moyens de mener une politique ambitieuse et se veut le défenseur des intérêts de l’Espagne et du catholicisme en Europe. On le retrouve ainsi dans la victoire chrétienne de Lépante en 1571 face aux Turcs ou encore en France au cours des guerres de Religion. Sous son règne, la répression à l’égard des dissidents religieux s’accentue et la notion de « pureté de sang » (se fondant sur l’ancienneté de la conversion au catholicisme) tend à figer la société espagnole.
    Son successeur, Philippe III (1598-1621), se montre bien moins présent que son prédécesseur et ce sont ses ministres qui exercent la réalité du pouvoir. L’Espagne, bien qu’encore auréolée par la gloire du siècle précédent, commence à décliner. En effet, la défaite de son Invincible Armada atteste de la fin de sa suprématie maritime, tandis qu’en 1609, après plus de quarante années de troubles aux Pays-Bas, l’Espagne est contrainte à signer la trêve de Douze Ans avec les sept provinces septentrionales insurgées. Même si elle refuse encore de leur reconnaître l’indépendance, elle n’a plus les moyens matériels de la contester. Enfin, la même année, l’expulsion des morisques (musulmans convertis, essentiellement présents en Andalousie) vers l’Afrique du Nord, qui vise à préserver la « pureté de sang », a des retombées économiques désastreuses pour les provinces méridionales de la péninsule.

    Les Provinces-Unies
    En 1566, une révolte éclate dans le Nord des Pays-Bas espagnols. Plusieurs nobles calvinistes, dont Guillaume de Nassau, prince d’Orange, réclament en effet la suspension des édits répressifs à l’encontre des personnes jugées hérétiques (c’est-à-dire d’une confession ou religion autre que le christianisme prôné par Rome). La répression exercée par la monarchie espagnole est impitoyable : elle multiplie les exécutions, balaie l’insurrection et met en place de lourds impôts. Pour Philippe II, le calme est revenu ; cependant, en 1572 des soulèvements éclatent à nouveau et Guillaume d’Orange devient « stathouder » (c’est-à-dire gouverneur) des provinces de Hollande et de Zélande. Sept ans plus tard, l’Union d’Utrecht proclame l’indépendance des provinces du Nord (Groningue, Frise, Overjissel, Gueldre, Utrecht, Hollande et Zélande), qui deviennent les Provinces-Unies. L’assassinat en 1584 de Guillaume d’Orange ne peut entraver cette émancipation, comme en témoigne la trêve de Douze Ans signée en 1609 avec l’Espagne.
    Malgré sa guerre contre l’Espagne, la jeune république connaît rapidement un essor économique et maritime important, supplantant progressivement la puissance portugaise en Inde. Profitant du déclin d’Anvers (mise à sac par les troupes espagnoles en 1576), les ports d’Amsterdam et Rotterdam deviennent la plaque tournante du commerce en Europe. D’une organisation politique complexe, superposant aux institutions locales des institutions centrales, les Provinces-Unies profitent de leur plus grande tolérance religieuse pour s’affirmer comme un carrefour européen des idées. Néanmoins le « stathouder » de Hollande et de Zélande, dont la fonction est assurée de manière héréditaire par le prince d’Orange et qui voit son rôle s’accroître avec Maurice d’Orange-Nassau (1587-1625), témoigne de la persistance des tendances monarchiques au sein de la république…

    Le Saint-Empire
    Après l’abdication de Charles Quint, son frère Ferdinand dispose déjà des domaines autrichiens et des titres de roi de Bohême et de Hongrie, lorsque la couronne impériale lui échoit en 1558. En effet, la dynastie Habsbourg règne depuis 1438 sur le Saint-Empire Romain Germanique, bien que ce choix nécessite d’être approuvé par au moins quatre des sept électeurs, dans le cadre du système électif adopté dans le Saint-Empire. Celui-ci s’étend alors de la mer Baltique à la mer Méditerranée et est frontalier avec le royaume de France à l’Ouest, le Danemark au Nord et la Pologne à l’Est. Ce vaste espace compte ainsi près de vingt millions d’habitants, mais est morcelé en plusieurs centaines d’États jouissant d’une grande autonomie, même si la dynastie Habsbourg y détient les plus importantes possessions.
    Cependant, les tensions religieuses, que la paix d’Augsbourg en 1555 avait apaisées, ne tardent pas à nouveau à se manifester. En effet, à la mort de Ferdinand Ier, ses deux médiocres successeurs, Maximilien II (1564-1576) puis Rodolphe II (1576-1612), laissent l’autorité impériale s’affaiblir et les tensions entre princes catholiques et protestants se développer. Par ailleurs, ce compromis n’avait statué que pour le luthéranisme et le catholicisme ; or, la propagation des idées calvinistes ébranle ce frêle édifice. En effet, certains catholiques comme certains luthériens s’opposent à une révision du statut religieux de l’Empire qui repose sur la devise « cujus regio, ejus religio » (« un prince, une religion »). La guerre semble donc à nouveau se profiler en ce début du XVIIe siècle…

    http://www.cairn.info/loadimg.php?FILE=TDM/TDM_004/TDM_004_0137/fullTDM_id2847361022_pu2005-01s_sa12_art12_img001.jpg
    Trente années de guerre s’apprêtent à dévaster le Saint-Empire…
    (Plan et profil d’Arras, Stephano della Bella, 1641.)

    Au printemps du XVIIe siècle, l’Europe n’est plus la Chrétienté unie qu’elle avait été au début du siècle précédent et la reconnaissance de sa pluralité confessionnelle s’impose. Néanmoins, le souvenir des volontés hégémoniques de Charles Quint persiste en Europe, tandis que les tensions religieuses continuent de diviser les princes du Saint-Empire Romain Germanique. Au Nord, un souverain ambitieux émerge en Suède et à l’Ouest le royaume de France demeure encerclé par les possessions des Habsbourg d’Espagne. Cette esquisse du portrait de l’Europe à l’aube de la guerre de Trente Ans révèle bien des ambitions contraires et des situations ambiguës et délicates. La difficile cohabitation des différentes puissances, qu’elles soient auréolées de leur grandeur passée ou bien en quête de gloire, inaugure un conflit majeur. Cette guerre de Trente Ans exprime ainsi la manifestation d’un « pic de bellicité » sur le vieux continent. En effet, l’espace germanique est alors le théâtre d’un choc confessionnel dont nul n’est sorti vainqueur des précédents affrontements – la paix d’Augsbourg de 1555 n’offrant qu’une paix incertaine, à la merci du moindre incident. Ainsi, la constitution d’une Union évangélique protestante en 1608, puis d’une Sainte Ligue catholique en 1609 amorcent un engrenage redoutable qui, la même année, menace de déboucher sur une guerre ouverte avec la difficile succession du duc de Clèves. Si un partage parvient alors à résoudre pacifiquement le problème, la colère gronde toujours dans le Saint-Empire. L’Europe voit l’ombre d’un conflit se profiler, bien que ni la durée, ni l’ampleur ne soient prévisibles. S’il ne faut qu’un geste pour sortir l’épée du fourreau, la rentrer ne peut s’effectuer sans un long et patient cheminement vers la paix…

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    ² La réciprocité de cette affirmation, assavoir la manière de traiter un évènement passé à la lumière de la connaissance de faits postérieurs, a été discutée dans le sujet « Débat : et si l’on enseignait l’Histoire à rebours ? »

    ³ La Russie ne s’affirme comme une puissance de premier plan en Europe qu’à partir de l’avènement du tsar Pierre le Grand, au tournant du XVIIe siècle. En 1721, ce dernier prend le titre d’« Empereur de toutes les Russies ». Deux dossiers s’intéressent à ce personnage : « Pierre le Grand, Tsar russe, vainqueur des Suédois » et « [Dossier] L’Empire de Russie ».

    _________________________________

    -> Lien pour retourner à l’avant-propos et la structure du dossier.
  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Il est super ton contexte!

    Du coup, j’ai quelques questions à poser sur une matière aussi riche :

    sur Jacques , le fils de Marie Stuart qui devient roi et qui est père du roi qui sera décapité. Il est catholique, lui aussi? (ce qui expliquerait son impopularité)

    ensuite, tu dis que les ports “néerlandais” se développent en profitant de la destruction d’Anvers par les Espagnols. Mais pourquoi les espagnols ont détruit Anvers qui leur appartient encore? Une rébellion protestante réprimée trop durement?

    Enfin, pourquoi Charles Quint sépare l’Espagne et l’Autriche?
    Ah, et tu dis que le culte protestant est limité par l’édit de Nantes, or, cet édit me semble plutot donner trop de pouvoirs aux protestants, d’où le siège de la Rochelle.
    Le Danemark, c’est bien une des plus puissantes nations de l’époque, non?

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    UlysseSLee, content de voir que cette contextualisation t’a plu ! Je vais donc tâcher de répondre au mieux à tes questions.

    sur Jacques , le fils de Marie Stuart qui devient roi et qui est père du roi qui sera décapité. Il est catholique, lui aussi? (ce qui expliquerait son impopularité)

    Non, il est anglican et adopte donc une position intermédiaire. Son impopularité s’explique justement par sa volonté de tenter de concilier les différentes confessions présentes en Angleterre. Or, à vouloir satisfaire tout le monde, il ne satisfait personne : les protestants lui reprochent l’existence d’un clergé, les catholiques la non-fidélité au pape, etc.

    ensuite, tu dis que les ports “néerlandais” se développent en profitant de la destruction d’Anvers par les Espagnols. Mais pourquoi les espagnols ont détruit Anvers qui leur appartient encore? Une rébellion protestante réprimée trop durement?

    En fait, c’est lié à un problème qu’on retrouve très fréquemment durant l’époque moderne : le financement des troupes. Les soldats au service du roi d’Espagne, suite à un retard dans le paiement de leur solde, ont décidé de se financer eux-mêmes et ont mis à sac le plus important port d’Europe du Nord de l’époque. Dès lors, la majorité des marchands vont s’établir à Amsterdam ou Rotterdam, pour le compte des Provinces-Unies !

    Enfin, pourquoi Charles Quint sépare l’Espagne et l’Autriche?

    Il a atteint les limites de ses ambitions hégémoniques. En effet, un tel ensemble se révèle ingérable, car trop d’intérêts divergent. Aussi, choisit-il de scinder en deux les possessions des Habsbourg, même si les souverains de cette même dynastie demeurent très proches et s’entraident volontiers.

    Ah, et tu dis que le culte protestant est limité par l’édit de Nantes, or, cet édit me semble plutot donner trop de pouvoirs aux protestants, d’où le siège de la Rochelle.

    Malgré la grande tolérance établie par l’Edit de Nantes (qui octroie aux protestants notamment des places-fortes pour faire valoir leurs droits), l’exercice de leur culte reste limité à certains lieux bien délimités. Bref, même si une partie des catholiques ne sont pas contents, l’égalité entre les deux confessions n’est pas non plus totale. Les sujets protestants ou catholiques sont reconnus comme égaux ; néanmoins, le protestantisme ne peut pas être sur un pied d’égalité avec le catholicisme, puisque ce dernier est une religion d’Etat ! Par ailleurs, dans la pratique, la situation se révèle vite moins favorable aux protestants. En effet, il ne faut pas attendre la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 pour voir l’Edit réaménagé, puisqu’en réponse au siège de la Rochelle, Louis XIII retire en 1629 les places-fortes accordées aux protestants.

    Le Danemark, c’est bien une des plus puissantes nations de l’époque, non?

    Avec l’indépendance de la Suède, le Danemark perd en puissance de manière assez significative et même s’il reste une grande puissance en Europe du Nord, j’avoue ne pas connaître assez bien le sujet pour statuer à l’échelle européenne.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Merci pour ces réponses, précises et rapides de surcroit.

    Alors la soldatesque incontrôlée fait déja de gros ravages, ce que tu ne feras que confirmer dans ce dossier.
    En fait, pour le Danemark, j’ai lu qu’il perd son statut de puissance européenne après son intervention et ses défaites dans la guerre de trente ans.

    Ce serait bien aussi, mais peut être que tu y avais pensé, de mettre une carte du Saint empire et ses multiples divisions politiques et religieuses, histoire qu’on voit à quel point c’est instable et ingérable.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Ce serait bien aussi, mais peut être que tu y avais pensé, de mettre une carte du Saint empire et ses multiples divisions politiques et religieuses, histoire qu’on voit à quel point c’est instable et ingérable.

    Je tacherai de vous trouver ça pour la prochaine partie du dossier ! D’ailleurs, je n’ai aucune idée de quand elle arrivera, j’espère plus vite que cette introduction (deux mois ça fait quand même long !) ; néanmoins, sachez que je ferai de mon mieux, mais qu’une petite pause s’impose pour les prochains jours, car j’ai passé presque deux journées entières pour rédiger cette introduction !

    ________________________________

    L’ouvrage L’Europe et le Monde de François Lebrun (la référence complète est disponible au début du sujet) m’a été d’une aide précieuse dans la réalisation de cette introduction et la présentation des principaux Etats européens. En effet, il offre une vue d’ensemble de la période moderne et est parfait pour aller à l’essentiel. Il a été mon ouvrage de révision pour les partiels du second semestre (première année de licence) et je peux vous garantir qu’il est facile d’accès et très bien fait !
    Bref, si vous souhaitez en apprendre davantage sur l’Europe entre le XVIe et le XVIIIe siècle, ainsi que sur la colonisation du monde à cette époque, je vous le recommande !

    Bien entendu, je ne me suis pas contenté de plagier cet ouvrage et je me suis aussi fié à mes connaissances sur le sujet, mes cours, etc. pour vous dégager une synthèse que j’espère convaincante. Néanmoins, comme le montrent les questions d’UlysseSLee (n’hésitez pas, comme lui, à m’interroger dès que quelque chose vous semble obscur !), je ne peux pas tout dire et il reste forcément des lacunes que vous pourrez compléter en vous renseignant de votre côté (Wikipédia dispose d’articles bien plus précis sur les différents monarques européens) et en faisant part du résultat de vos recherches sur le Forum de la Guerre !
    La section consacrée aux guerres modernes mériterait grandement qu’on s’y intéresse davantage, alors aidez-moi à éclaircir les nombreuses parts d’ombre que nous n’avons pas encore abordées sur le Forum. Je compte sur vous !

  • Participant
    Posts414
    Member since: 12 avril 2012

    Excellent,voici un dossier exhaustif, organisé d’une manière très pédagogique, très instructif, et interactif dû à ces liens qui font que l’on ne se perd pas.

    Une introduction originale bien structurée qui nous met dans le bain, et nous aide à comprendre le contexte politique et social des belligérants qui à la veille de la guerre, pour certains, ne sont pas aux mieux de leurs formes.

    Personnellement je ne connais que les grandes lignes de cette guerre, et juste avec cette introduction, j’ai appris pas mal des choses.

    Sinon je finis par une question :

    Henri de Navarre ne fut-il pas emprisonné à Paris et obligé de renoncer au protestantisme malgré son attachement au royaume de Navarre, afin de se marier avec Marguerite de Valois ? En étant catholique , qu’advient-il du royaume de Navarre, ont-ils accepté ce changement de religion ?

    Sinon Maxsilv, chapeau bas, s’attaquer à 30 ans d’histoire tout en étant clair ce n’est pas choses faciles. Et tu n’as pas à te justifier du temps que ça prend, sachant que tu nous ponds un sujet d’une très grande qualité avec un style d’écriture propre à toi.

    Continue comme ça 🙂

  • Participant
    Posts1913
    Member since: 17 février 2013

    Henri de Navarre n’a jamais était forcé de se marier. Justement son mariage avec Marguerite de France était prévu pour apaiser les tensions entre catholique et protestant. De plus Henri de Navarre ne s’est converti au catholicisme que quand il est devenue roi de France et pas avant.

  • Participant
    Posts414
    Member since: 12 avril 2012

    @elessar

    Merci pour ses précisions, je dormirai moins bête ce soir :pinch:

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Très jolie introduction. Je comprends d’autant plus ton acharnement à régler tout ces petit détails, et franchement, tu a relevé ce défit haut la main. J’attends la suite avec impatience.

    Les provinces Unies m’interloquent, cette petite révolte qui parvient à s’affranchir du géant espagnol est assez impressionnante. Je sais qu’ils ont bénéficié de l’aide d’une Angleterre revancharde mené par la très catholique Bloody Mary, mais la pérennité de cette nation est franchement un exploit. Je découvrirait comment ils ont survécu à ce “pic de bellicité” (;)) avec intérêt.

  • Participant
    Posts81
    Member since: 12 avril 2012

    Merci pour ce dossier qui est passionnant à parcourir. Et pourtant ce n’est que le début vu que la Guerre n’a pas encore commencé dans ton dossier. ^^

    J’attends avec impatience la suite.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    J’attends avec impatience la suite.

    Je n’ai pas oublié la suite de ce dossier ; j’y travaille, même s’il va me falloir encore du temps avant que la première partie soit terminée (et oui je n’ai fait que l’avant-propos et l’introduction).

  • Participant
    Posts81
    Member since: 12 avril 2012

    Oh mais j’étais persuadé qu’elle arriverait. ^^

    C’est une période de conflit très intéressante la Guerre de Trente Ans. On voit l’émergence et la disparitions de nations majeures.

  • Participant
    Posts414
    Member since: 12 avril 2012

    La suite, la suite , la suite, la suite!!!

    On attends la suite Maxsilv ;), on a très faim.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Dans ce cas, il faudra s’armer de patience, car je ne pourrai rien produire avant la fin de mon semestre.

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Dans ce cas, il faudra s’armer de patience, car je ne pourrai rien produire avant la fin de mon semestre.

    Hate-toi lentement !

  • Participant
    Posts278
    Member since: 5 février 2014

    En fait, c’est lié à un problème qu’on retrouve très fréquemment durant l’époque moderne : le financement des troupes. Les soldats au service du roi d’Espagne, suite à un retard dans le paiement de leur solde, ont décidé de se financer eux-mêmes et ont mis à sac le plus important port d’Europe du Nord de l’époque.

    Il s’est passé la même chose lors du sac de Rome en 1527 : les lansquenets, qui n’avaient pas reçu leur solde, on alors décidé de s’en prendre à la ville.
    @maxsilv, la suite arrivera-t-elle prochainement ?

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    @maxsilv, la suite arrivera-t-elle prochainement ?

    Au vu de l’année qui s’est écoulée entre temps sans que je ne produise le moindre contenu, ne te fais pas trop d’illusions ; une suite est très improbable…

  • Participant
    Posts1364
    Member since: 17 avril 2015

    pourquoi? Tu étais bien parti ton dossier est super intéressant!

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Je pensais pouvoir le reprendre, si Maxsilv est d’accord, et quand j’aurais terminé le dossier que je fais avec Solduros.

  • Participant
    Posts1364
    Member since: 17 avril 2015

    Tu m’as devancé….

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Je pensais pouvoir le reprendre, si Maxsilv est d’accord, et quand j’aurais terminé le dossier que je fais avec Solduros.

    Dans ce cas, tu as mon plein accord et toute ma confiance !

  • Participant
    Posts1
    Member since: 5 septembre 2015

    Je m’étonne que votre bibliographie ne mentionne pas “La guerre de Trente Ans” de Henri SACCHI (L(Harmattan 2003) qui est l’ouvrage le plus complet écrit en langue française sur le sujet et qui aborde notamment tous les épisodes militaires de ce conflits. Cordialement

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Ah ben zut alors, j’ai prévu de continuer le dossier, et je ne connaissait même pas l’existence de ce bouquin. Mais bon, j’avoue que je vais essayer de faire concis. De toute façon, autant faire un dossier simple, puisque pour presque tout le monde cette guerre est incompréhensible.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    I.Origine et Caractéristiques de la guerre de Trente Ans

    A-Les Origines de la guerre:

    Comme Maxsilv l’a dit, les origines de la guerre sont complexes: les mobiles sont à la fois d’ordre religieux, comme chacun sait, mais aussi (voire surtout) d’ordre économique et politique. La guerre qui a commencé en Bohême s’est étendue dans l’Empire, et s’est propagée à toute l’Europe (d’ailleurs, l’appellation Guerre de Trente ans peut être jugée discutable puisque la France et l’Espagne continuent le combat après 1648). L’enjeu central de cette guerre est la prépondérance de la Maison des Habsbourg de Vienne en Europe.
    Le conflit qui éclate en 1618 était rétrospectivement prévisible, à cause de la tension religieuse qui animait l’Empire, tension qui avait abouti à la formation de deux ligues armées antagonistes, l’une catholique, l’autre protestante.
    Tout commença donc en Bohême: en 1612, Matthias de Habsbourg devint roi de Bohême, puis empereur germanique.
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/4a/Rozsah_%C4%8Desk%C3%A9_moci_na_po%C4%8D%C3%A1tku_v%C3%A1lky_t%C5%99icetilet%C3%A9.jpg/220px-Rozsah_%C4%8Desk%C3%A9_moci_na_po%C4%8D%C3%A1tku_v%C3%A1lky_t%C5%99icetilet%C3%A9.jpg
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/cf/Matthias_Ier_du_Saint-Empire.jpg/220px-Matthias_Ier_du_Saint-Empire.jpg
    Mais il n’a pas de fils susceptible de lui succéder (même si en théorie, la couronne impériale reste élective…). C’est son cousin, Ferdinand de Styrie qui est reconnu comme son successeur éventuel, par les Etats de Bohême et la diète hongroise (respectivement en 1617 et 1618).
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/44/Georg_Pachmann_001.jpg/220px-Georg_Pachmann_001.jpg
    Mais Ferdinand est un catholique intransigeant, ce qui inquiète les protestants tchèques. Ils ont peur qu’il cherche à abolir leurs privilèges (la lettre de Majesté, qui reconnait la liberté religieuse aux habitants de la Bohême et le droit pour les protestants de construire des temples entre autres) et à renforcer le pouvoir central, au détriment des Etats. C’est d’ailleurs la politique que mène déja le chancelier Lobkowitz, avec le soutien de Ferdinand. L’inquiétude des nobles tchèques est donc des plus vives.
    L’incident qui déclencha la guerre fut la (seconde)défenestration de Prague.

    Tout commença quand des ministres de Mathias voulurent détruire des temples illégalement construits (d’après eux) en Bohême. Les délégués protestants envoyés à Prague pour contester cette décision sont incarcérés, et une Assemblée de représentants protestants en appellent le 5 mai au roi. Mais celui-ci répond en déclarant leur Assemblée illégitime et déclarent que les défenseurs de la foi protestante ont outrepassés leurs droits.Certains nobles tchèques ont cherché à exploiter le litige pour sauvegarder leurs libertés. Pensant que les lieutenants du roi à Prague sont les véritables instigateurs de la réponse royale, ils montent au château de Prague et défenestrent le 23 mai 1618 deux des lieutenants les plus détestés du roi et leur secrétaire.
    http://www.herodote.net/Images/defenestration.jpg
    Si les hommes en sont sortis presque indemnes (ils sont tombés sur un tas de fumier!) le geste n’en est pas moins très fort. Les révoltés créent un directoire représentant les villes,chevaliers et nobles et expulsent les jésuites. Mais ils n’ont que peu de soldats et d’argent: ils évitent toute mesure extrême, cherchant un compromis. C’est aussi le cas de Matthias, tout aussi irrésolu. Mais ce n’est pas le cas de Ferdinand, qui lève une armée et pénètre en Bohême, sans pour autant obtenir de résultats probants. Mais Matthias décède le 20 Mars 1619, et c’est réellement là l’événement qui consomme la rupture et déclenche la guerre. Les États de Bohême annulent la reconnaissance de Ferdinand, et nomment roi le 26 aout l’électeur palatin, calviniste convaincu et chef de l’Union évangélique (la ligue protestante), Frédéric V.
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/89/Gerard_van_Honthorst_006.jpg/220px-Gerard_van_Honthorst_006.jpg
    Deux jours plus tard, c’est Ferdinand qui est reconnu empereur. La guerre peut commencer.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    B-Les caractéristiques de la Guerre de Trente Ans

    La complexité de la guerre est surtout due
    -à l’entrée en guerre successives de belligérants, selon leurs objectifs,
    -à l’évolution des armées,
    – au poids des problèmes financiers et de la diplomatie dans cette guerre.

    1-L’immixtion de nouveaux acteurs et l’extension de la guerre

    Si la guerre commence en étant purement interne au Saint-Empire, et en ayant pour cause la volonté de Ferdinand II d’éliminer le protestantisme et de centraliser l’Empire, -suscitant la crainte des princes allemands, a fortiori des princes protestants-, elle s’étend très vite.
    Dès 1621, la guerre reprend entre l’Espagne et les Provinces-Unies révoltées. L’Espagne intervient aussi dans la guerre de Trente Ans. Déja, parce qu’il lui faut sécuriser l’accès militaire vers les Flandres, qui passe par le territoire de l’électeur palatin chef de la révolte contre Ferdinand, mais surtout parce que le premier ministre espagnol Olivarès (à la fois le pendant et la némésis de Richelieu) rêve, tout comme Ferdinand II, d’une Europe politiquement et économiquement dominée par les Habsbourg.https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/81/Diego_Vel%C3%A1zquez_037.jpg/280px-Diego_Vel%C3%A1zquez_037.jpg
    Olivares
    A contrario, Danois puis Suédois veulent assister les protestants allemands, mais surtout contrecarrer les projets Habsbourg de domination de l’Europe du Nord (et surtout du commerce de la Baltique).
    La France de Richelieu puis Mazarin ne peut immédiatement intervenir militairement, tant elle a de difficultés intérieures, mais elle cherche à arrêter l’expansion des Habsbourg (l’ennemi héréditaire depuis François Ier), et à sécuriser ses frontières (encerclées par les Habsbourg) quitte à ce que le Roi Très Chrétien et ses Cardinaux-Ministres s’allient contre des catholiques à des protestants.
    En plus, certains chefs militaires chercheront à jouer leur partie personnelle dans cet imbroglio (Wallenstein, Bernard de Saxe-Weimar…).

    2-L’évolution des armées.

    La durée du conflit, et l’intervention du roi de Suède poussent à une évolution des armées. Au début, les armées sont constituées de mercenaires mal équipés, commandés par des chefs militaires ayant passé un contrat avec les souverains. Ce contrat stipule que,
    contre une certaine somme, le commandant doit mettre au service du prince un nombre fixé d’hommes. Les candidats au recrutement sont nombreux, les régiments sont hétéroclites: les hommes viennent de partout. Il y a des catholiques combattant pour des princes protestants et vice versa. Ces mercenaires ne sont dévoués qu’à leur chef, qui sont responsables de leur entretien. C’est ce qui explique d’une part que les chefs ont joué leur propre jeu, et d’autre part à quel point les problèmes financiers ont joué un rôle dans cette guerre.
    L’armement a peu progressé par rapport au XVIe siècle. L’artillerie est lourde (ce qui ne facilite pas le transport), sa portée et sa cadence de tir sont très faibles (en France, Henri IV a tenté de pallier à la situation).La cavalerie est divisée en une cavalerie lourde (de cuirassiers) et une plus légère (hussards, carabiniers) avec les dragons, qui sont normalement hybrides.Les 2/3 des fantassins, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ont encore une pique.
    http://img54.xooimage.com/files/a/5/e/4c5d3d06f07f441f7264-24cb4c0.jpg
    Les autres sont armés de mousquets, remplaçant la vielle arquebuse. Sauf que cette arme est lourde, sa portée est très faible et son chargement est si compliqué qu’il faut 5 minutes pour tirer un coup de feu!
    http://www.reconstitution-historique.com/sites/reconstitution-historique.com/files/association/223/223-img-690.jpg
    Puisque les soldats sont un capital qu’il leur faut économiser, les commandants évitent les grandes batailles hasardeuses: la guerre est surtout une guerre de siège, de pillages, une guerre à la logistique ennemie.
    S’il y a bataille rangée, la tactique n’est pas brillante: les carrés de piquiers se font face, les mousquetaires leur tirent dessus, se repliant derrière leurs propres carrés le temps de recharger, cherchant à créer une brèche.
    Tout change avec l’arrivée sur le champ de bataille de l’armée suédoise, réformée par le Lion du Nord, son roi Gustave-Adolphe. Le noyau dur de son armée est national, quoiqu’il ai des mercenaires. La troupe est homogène, partageant une même foi et un même sentiment patriotique. Dans le même ordre d’idée, infanterie et cavalerie étaient également traitée, alors que partout ailleurs l’infanterie (populaire) était méprisée par rapport à la cavalerie (aristocratique). La solde est payée assez régulièrement, ce qui limite les débordements.
    Le roi a su tirer profit de la richesse métallurgique de son pays pour doter son armée d’une artillerie plus mobile, plus légère, plus efficace, plus nombreuse. Ses mousquetaires, contrairement à toutes les autres armées, sont plus nombreux que ses piquiers: leurs armes sont plus maniables, ils sont plus précis que leurs vis-à-vis et tirent à une cadence trois fois supérieure. Ses cuirassiers étaient plus légers et mieux armés. Contrairement aux autres armées, le roi cherche la bataille par des manœuvres agressives. Sur le terrain, il profite de son grand atout (la puissance de feu). Ses troupes s’étirent en ligne mince face aux carrés de piquiers ennemis, délivrant avec le soutien de l’artillerie un feu dévastateur.
    C’est tout un nouvel art de la guerre qui se crée, dont s’inspirèrent Condé, Mercy, Turenne et Saxe-Weimar, autres grands commandants de cette guerre.

    3- Problèmes financiers et importance de la diplomatie

    L’entretien des armées pose un problème colossal à toutes les factions engagées dans le conflit, à deux échelons. Les souverains sont contraints de mobiliser toutes les ressources des États, accroissant dans des proportions énormes les impôts et expédients, suscitant un immense mécontentement dans leurs États (le cas de la France de Richelieu est à cet égard des plus révélateurs),mécontentement qui ira jusqu’à susciter de véritables révoltes armées, redoutable pour des Etats déja engagés dans une autre guerre. Précisons en plus que ce ponctionnement ce fait sur une population qui a diminuée depuis le XVIe siècle en Europe, qui est en proie à la peste et aux mauvaises récoltes, et qui souffrait déja du poids d’une imposition élevée…….. bien avant cette guerre! Et ceci n’est que le premier échelon du problème: il se superpose à l’échelon inférieur du problème, qui a donné à la guerre de Trente Ans sa très sordide couleur.
    En réalité, malgré tous les efforts, les souverains n’arrivent pas à assurer l’entretien et la solde des soldats et des bêtes. A part Gustave-Adolphe, Wallenstein y réussit assez bien de 1626 à 1630 grâce à ses relations personnelles avec un puissant banquier. Ajoutons à cela que les belligérants s’attaquent systématiquement à la logistique ennemie, et l’on prend l’ampleur du problème.
    Ainsi, les chevaux meurent, les canons ne sont plus transportables, l’armée n’est plus réellement en état de se battre (Richelieu dira d’ailleurs que l’on meurt plus faute de pain que du feu de l’ennemi) mais surtout, elle cherche à vivre sur le pays. Les soldats débandés pillent et commettent de nombreuses atrocités à l’égard des populations civiles, alimentant un cercle vicieux,telles que celles qui seront dépeintes par Jacques Callot dans ses gravures, Les misères et malheurs de la guerre.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/8d/Les_mis%C3%A8res_et_les_malheurs_de_la_guerre_-_08_-_Vol_sur_les_grandes_routes.png/800px-Les_mis%C3%A8res_et_les_malheurs_de_la_guerre_-_08_-_Vol_sur_les_grandes_routes.png
    Des soldats pillent une route

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/4c/Les_mis%C3%A8res_et_les_malheurs_de_la_guerre_-_07_-_Pillage_et_incendie_d%27un_village.png/800px-Les_mis%C3%A8res_et_les_malheurs_de_la_guerre_-_07_-_Pillage_et_incendie_d%27un_village.png
    Des soldats mettent un village à sac

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/f2/Les_mis%C3%A8res_et_les_malheurs_de_la_guerre_-_17_-_La_revanche_des_paysans.png/800px-Les_mis%C3%A8res_et_les_malheurs_de_la_guerre_-_17_-_La_revanche_des_paysans.png
    Des paysans excédés tentent une embuscade et massacrent des soldats

    Durant tout le conflit, la diplomatie reste très active, à l’intérieur comme à l’extérieur de chaque camp. Par exemple, à l’intérieur, la France cherche à unir des puissances même antagonistes, contre un ennemi commun. Mais le revers de la médaille est que même dans chaque camp, on se méfie d’un allié qui a trop de succès: ainsi, la Suède finit par inquiéter la France, qui elle même inquiète par ses succès au Nord les Provinces-Unies, qui la veulent pour alliée, par pour voisine!
    A l’extérieur,chacun cherche à aggraver les difficultés de son opposant: ainsi, la France soutiens les Portugais, les Catalans et les Napolitains révoltés contre Madrid, qui elle même soutien les nobles français révoltés contre la monarchie française, puis plus tard les Frondeurs. Dès 1636, sous l’influence du pape, commencent des pourparlers de paix qui n’ont d’abord aucun succès, mais qui reprennent sérieusement à cause de la lassitude financière de tous les belligérants.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    II.La guerre dans l’Empire jusqu’en 1635

    Durant cette période, on voit 3 phases: la guerre commence en Bohême et dans le reste de l’Empire, avant de susciter l’intervention danoise puis l’intervention suédoise. Si Bohême puis Danemark furent écrasés et la menace suédoise affaiblie par la mort de Gustave-Adolphe, cet Etat de fait pousse la France à sortir du bois.

    A- La période palatine et bohémienne

    Quand Frédéric V entre à Prague, en tant que roi de Bohême, ses troupes sont médiocres et peu nombreuses. Aussi, même l’Union évangélique hésite à le soutenir, alors que l’électeur de Saxe (pourtant protestant) soutien l’Empereur. Ferdinand lui a promis la région de Lusace. https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a9/Lusatia_in_Europe.png
    Frédéric n’a que peu de soutiens en dehors de l’Empire; le roi d’Angleterre lui conseille d’abandonner, Louis XIII le voit comme une menace pour le catholicisme et comme un dangereux exemple pour les huguenots. Seules Venise et les Provinces-Unies (ces dernières étant préoccupées par l’Espagne) lui offrent une aide économique. Seul Bethlen, prince de Transylvanie élu roi de Hongrie, l’aide militairement. https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/58/GabrielBethlen.jpg/220px-GabrielBethlen.jpg
    Pour ne rien arranger, Frédéric V est médiocre et impopulaire.
    Contrairement à lui, Ferdinand, outre le soutien de la Saxe, a celui de la Bavière, de la Sainte Ligue, et en 1620, l’Espagne lui envoie en provenance des Pays-Bas Espagnols 20000 hommes. Le voilà désormais prêt à mater la Bohême. Repoussant la tentative de médiation française, il envahi la Bohême avec ses alliés. Les troupes impériales de Bucquoy font leur jonction avec celles de la Sainte Ligue commandées par Tilly, qui allait devenir une des figures marquantes du conflit.
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/1b/Johann_Tserclaes_Tilly.jpg/280px-Johann_Tserclaes_Tilly.jpg
    Tilly

    Le 8 Novembre 1620, non loin de Prague, leurs troupes écrasent celles de Frédéric V à la bataille de la Montagne Blanche.
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/48/Schlacht_am_Wei%C3%9Fen_Berg_C-K_063.jpg/800px-Schlacht_am_Wei%C3%9Fen_Berg_C-K_063.jpg
    Ferdinand V fuit dans le Brandebourg, pendant que la Bohême et la Moravie sont occupées et subissent une terrible répression.
    Les Etats de Bohême prêtent serment à Ferdinand II. Les territoires bohémiens perdent tous leurs privilèges: la Couronne n’est plus élective mais héréditaire et unie à celle des états patrimoniaux des Habsbourg, les Etats perdent l’initiative des lois, les hauts dignitaires ne sont plus inamovibles. Tous les proscrits perdent leurs biens, distribués ou bradés à des amis de l’Emperereur, engendrant une germanisation du pays (ce qui donnera lieu à quelques événements douloureux plusieurs siècles plus tard soit dit en passant…). L’empereur persécute les calvinistes puis les luthériens, les contraignant à l’exil ou à la conversion, pendant que les jésuites reviennent dans le pays. La Bohême de Jan Hus devient l’un des Etats les plus catholiques d’Europe.Voilà une guerre de Trente Ans qui semble réglée en deux…
    Mais en Allemagne, le conflit ne fait que commencer.
    En effet, l’empereur poursuit sa vengeance contre le “roi d’un hiver” Frédéric, qui est toujours électeur palatin. Il le met au ban de l’Empire, sans consulter la Diète, confisquant ses biens , lui faisant perdre son privilège d’électeur. Cependant, 3 princes allemands continuent à combattre: George Frédéric, margrave de Bade-Durlach , Christian de Brunswick, évêque luthérien d’Halberstadt (15000 hommes chacun) et Peter Ernst II von Mansfeld, le plus redoutable, avec 20000 mercenaires. Ils sont poursuivis par Tilly, qui finit, après des défaites et des victoires sans lendemain, par les écraser à la bataille de Stadtlohn, le 6/8/1623. La victoire semble être définitivement remportée par l’Empereur.
    La même année, Ferdinand a réuni une Diète partielle (partielle, car la plupart des protestants en sont exclus), transférant au duc de Bavière la dignité électorale et presque tout le Palatinat. Presque, car la guerre a repris entre Espagne et Provinces-Unies, et qu’Olivarès, arrivé au pouvoir avec Philippe IV en 1621, veut tenir ce point stratégique. Les ambitions hégémoniques d’Olivarès et son intérêt pour les affaires allemandes, tout comme la politique mise en place par Ferdinand (anti protestante et centralisatrice) inquiète les princes allemands, même non protestants, et en Europe aussi.Et l’électeur de Saxe n’a pas reçue la province promise. Richelieu, qui arrive aux affaires en 1624, déplore profondément le bouleversement politique en faveur des Habsbourg, mais ne peut qu’intervenir diplomatiquement, obtenant l’évacuation de la Vateline, une province aujourd’hui en Italie du Nord, à la frontière suisse, représentant l’unique route sûre de l’Espagne vers la Franche-Comté, l’Allemagne et les Pays-Bas.
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/8f/Cardinal_de_Richelieu.jpg/250px-Cardinal_de_Richelieu.jpg
    Le Cardinal, dont toute la politique est dressée contre les Habsbourg.
    Si la France n’est pas prête à intervenir pour contrecarrer les plans des Habsbourg, un autre souverain s’y prépare…

    B.1625-1629: la période danoise

    http://www.histoire-fr.com/images/christian_IV_deutsches.jpg
    Christian IV

    Le roi du Danemark, Christian IV, est prêt à intervenir. Ce luthérien fervent est aussi prince d’Empire (il est duc de Holstein). Soucieux de défendre le luthéranisme, il intervient surtout pour des raisons économiques. Les ambitions espagnoles et impériales sur l’Allemagne du Nord et la Baltique entravent les siennes: il veut étendre ses possessions en Allemagne du Nord, atteindre la Weser, contrôler le commerce (il tient déja les détroits et l’embouchure de l’Elbe). En décembre 1625, appelé à l’aide, il se décide à intervenir: il lui faut faire vite, et devancer Gustave Adolphe de Suède. Mais ses soutiens ne sont pas énormes: les seuls renforts armés qu’il ai sont les bandes de Mansfeld et d’Halberstadt.
    L’empereur Ferdinand, qui ne veut plus dépendre de la Sainte Ligue, a confier la mission de lever une armée impériale à Albrecht von Wallenstein.
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/ef/Albrecht_von_waldstein.jpg/220px-Albrecht_von_waldstein.jpg
    Wallenstein sera le plus grand commandant de mercenaires de cette guerre. Son parcours prouve déja son opportunisme (ce que la suite des événements confirme): c’est un noble tchèque qui s’est converti au catholicisme, qui a profité de la spoliation des biens de ses ex-semblables pour se tailler un immense domaine, un duché de Friedland, et pour devenir l’un des plus gros créanciers de l’Empereur. Autant dire que Ferdinand, s’il croyait en demandant à Wallenstein de lever une armée pour lui, qu’il avait désormais une armée qui n’obéirait qu’à lui et qu’il pourrait plus facilement agir à sa guise, risquait de connaitre quelques déconvenues!
    Dans l’immédiat, en Avril 1626,Wallenstein bat Mansfeld à la bataille de Dessau et quatre mois plus tard, Tilly bat les Danois à la bataille de Lutter (ça ne s’invente pas!). Wallenstein doit partir battre Bethlen en Hongrie, avant de revenir faire sa jonction avec Tilly. Le roi du Danemark recule. Wallenstein et Tilly envahissent le Mecklembourg, allié du Danemark, puis pénètrent dans les territoires du roi: d’abord le Holstein, puis le Danemark même (Jutland), pillant tout sur leur passage. Sur les conseils d’Olivarès, Wallenstein assiège le grand port de Stralsund, en Poméranie. Le roi du Danemark est obligé d’appeller à l’aide son rival suédois, qui se contente d’envoyer un corps qui rompt le siège de Stralsund. Cette petite victoire permet au roi du Danemark de capituler à Lubeck en mai 1629 sans perdre de territoires, et sans amendes. Cependant, il doit renoncer à toutes ses anciennes revendications, et ne peut plus se mêler des affaires allemandes sauf comme duc de Holstein. Le Danemark cesse d’être une puissance européenne.
    Ferdinand II entend bien tirer profit de ces succès. Il promulgue l’Edit de Restauration, qui confisque tous les biens d’Eglise sécularisés par les protestants depuis 1552 et la paix d’Augsbourg, donnant à Wallenstein et Tilly la charge de faire appliquer l’Edit. Encore une fois, il n’a pas consulté la Diète. Et il est clair que ces mesures visent aussi à rétablir la domination impériale dans des territoires redevenus de faits autonomes. Par conséquent, une vague d’inquiétude et d’indignation submerge les princes allemands (catholiques comme protestants) en voyant la menace que représente l’influence espagnole, la centralisation, et surtout les progrès faits par Wallenstein. Ce dernier a désormais 100 000 hommes, a obtenu encore de nouvelles terres et de nouveaux titres, et il mène ses hommes piller partout dans l’Empire sous prétexte de faire appliquer l’Edit.
    En juillet 1630, le collège électoral se réunit à Ratisbonne, il s’agit d’élire par avance le fils de Ferdinand, une façon pour se dernier de faire évoluer l’Empire vers une monarchie héréditaire. Mais la France est bien disposée à tirer profit du ressentiment des princes: Richelieu a envoyé le père Joseph, “l’éminence grise” au conseil, et celui ci réussit à pousser les électeurs catholiques à réclamer (et obtenir) la destitution de Wallenstein, le licenciement d’une bonne partie de l’armée impériale et ils refusent par la suite d’élire le fils de l’empereur (août 1630).
    http://www.histoire-fr.com/images/pere_joseph.gif

    Le père Joseph: son rôle d’espion et de conseiller secret de Richelieu et sa tenue de capucin lui ont valu le surnom d’Eminence (le titre des Cardinaux) grise (la robe des capucins). Un surnom qui est resté dans le langage courant

    En 1631, Richelieu -qui dans l’intervalle a triomphé des dévots français donc pro-Habsbourg lors de la Journée des Dupes- obtient de nombreux succès. En effet, en Italie, la Vateline est encore une fois évacuée par l’Espagne, et il a réussit à imposer un duc de Mantoue pro-français (à la suite d’une guerre de Succession) alors que l’Empereur voulait reprendre ce territoire. Il a également traité avec la Bavière (traité de Fontainebleau du 30 mai 1631, alliance défensive), et surtout, par le traité de Barwald, il obtient contre 1 millions de livres par an, l’entrée en guerre de la Suède avec 36 000 soldats. En contrepartie, le roi de Suède s’est engagé à ne pas faire la guerre aux alliés de la France comme la Bavière, et à respecter partout le culte catholique.

    C. La période suédoise 1631-1635

    Il y avait déja un moment que Gustave Adolphe observait d’un oeil désapprobateur l’évolution des affaires allemandes. Le luthérianisme et menacé, et pire encore, avec l’extension de la puissance de l’Empereur et de Wallenstein, la volonté du roi de s’étendre en Poméranie est menacée.
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/12/Gustav_II_Adolf_portr%C3%A4tterad_av_Jakob_Elbfas_ca_1630.jpg/306px-Gustav_II_Adolf_portr%C3%A4tterad_av_Jakob_Elbfas_ca_1630.jpg
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/fe/Pomeraniae_Ducatus_Tabula.jpg/800px-Pomeraniae_Ducatus_Tabula.jpg
    La Poméranie, territoire idéalement situé à l’embouchure de la Vistule et de l’Oder, sur la Baltique. Une position si stratégique garanti forcément un fort débouché commercial, ce qui pousse le Lion du Nord à sortir les crocs!

    Son flanc Est garanti par des alliances contre l’ennemi polonais, le traité signé avec la France, des facilités militaires acquises en Poméranie et au Brandebourg, le roi peut intervenir. Il choisit de commencer par éviter le combat, et bien lui en prit. Car Tilly, pour l’y contraindre, assiège Magdebourg, cité protestante puis la met à sac le 20 Mai 1631. La série d’atrocités qui s’ensuit(dont Magdebourg ne se remettra qu’au XIXe siècle!)conduit à pousser la plupart des princes protestants, naguère hésitants, dans les bras de Gustave-Adolphe.
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0a/Magdeburg_1631.jpg
    Tilly finit par affronter Gustave-Adolphe en Saxe le 17/9, à Breitenfeld. Pour la première fois depuis le début de la guerre, les armées catholiques subissent un énorme revers, grâce à la qualité de l’armée suédoise.
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/ff/Thirtywar.gif
    La situation est bouleversée, le roi de Suède commence une infernale descente (il ravage tout sur son passage), très inquiétante pour Vienne. Mais il finit par obliquer vers l’Ouest, laissant les Saxons combattre en Bohême et prendre Prague. Trahissant l’accord avec la France, il attaque les États catholiques de Rhénanie, pillant les églises et maltraitant les clergés. Il fait même franchir le Rhin à ses troupes, prenant Mayence. Son attitude pendant l’hiver montre qu’il a bien l’intention de rester: il organise une administration. La France craint maintenant le roi de Suède, Richelieu et Louis XIII se demandent s’il ne cherche pas à se tailler un grand-duché de Franconie, pour son lieutenant Saxe-Weimar.Richelieu envahi préventivement la Lorraine, dont le duc cherche à pactiser avec le Suédois. En plus, ce dernier refuse l’hommage à Louis XIII ,noue des relations avec les mécontents français, à commencer par le fauteur de troubles numéro un, le frère du roi, Gaston d’Orléans, réfugié en Lorraine.
    Au retour de la bonne saison (printemps 1632), Gustave-Adolphe envahi la Bavière , violant une nouvelle fois son alliance avec Paris,infligeant à Tilly une nouvelle défaite et une blessure mortelle à la bataille de la Lech. Le 15 Mai, il fait son entrée à Munich. Mais entre-temps, l’empereur a bien sûr rappelé Wallenstein, et ce dernier -qui en a profité pour accroitre encore ses privilèges- a chassé les Saxons de Bohême et se retourne contre Gustave-Adolphe. Après des mois de guerre larvée, le roi de Suède, dont l’armée a été battue près de Nuremberg, et est sujette aux épidémies compte tenu de la mauvaise qualité du ravitaillement, retourne vers des bases d’Allemagne du Nord. Mais Wallerstein le poursuit, reprenant Leipzig, ce qui perturba les communications de la Suède avec la Baltique. Le 6 novembre, les Suédois engagent la bataille de Lutzen. Les Suédois l’emportent à l’arrachée, mais leur roi a trouvé la mort.
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/aa/Battle_of_Lutzen.jpg/1024px-Battle_of_Lutzen.jpg

    Au départ, cette issue réjouit la France: l’ennemi a été battu, le roi trop ambitieux n’est plus. Mais la situation en réalité est favorable aux impériaux: l’armée suédoise est divisée, la Saxe veut la paix, le Brandebourg s’inquiète des ambitions suédoises………. Et Wallenstein qui n’en profite pas! Il cherche à jouer son jeu personnel, négociant avec les ennemis de l’Empire, surêment pour devenir roi de Bohême. Il va jusqu’à proposer ses services aux Français et aux Suédois: ulcéré, l’empereur le fait assassiner en Février 1634.
    http://www.histoire-fr.com/images/mort_wallenstein_berlin.jpg
    Désormais, l’armée impériale est commandée par un ancien lieutenant de Wallenstein, qui a trempé dans son assassinant, Gallas.
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/db/Matthias_Gallas.gif
    Gallas reçoit des renforts menés par le fils de l’Empereur, Ferdinand de Hongrie, puis par l’infant d’Espagne, Ferdinand d’Autriche. Les troupes suédoises, minées par les rivalités entre Gustaf Horn, commandant en chef et Saxe-Weimar, sont battues une première fois à Ratisbonne, et subissent un immense revers le 6 Septembre 1634 à la bataille de Nördlingen: les Suédois laissent 14 000 hommes sur le champ de bataille (et leur réputation d’invincibilité).

    http://www.histoire-fr.com/images/ferdinand_autriche_deutsches.jpg
    Ferdinand d’Autriche à la bataille de Nördlingen

    Les Suédois sont presque chassés d’Allemagne, et les Saxons signent la paix à Pirna, le 24 novembre. Cet accord contient une amnistie générale, dissout les ligues, octroie les Lusace à l’électeur de Saxe qui reconnait les acquis bavarois et organise un compromis pour les restitutions des biens d’Eglise. La plupart des princes et Etats allemands se joignent à cette paix (le Brandebourg notamment). Un tel accord aurait pu mettre fin à la guerre si elle était restée purement allemande. Mais ni l’Espagne (Olivarès convoite la Rhénanie), ni la France (furieuse des succès impériaux, encore plus inquiète des ambitions espagnoles)ne laissent s’imposer le retour à la paix.Richelieu, qui a déja fait occuper la Lorraine, place des garnisons en Alsace, fait occuper la Vateline, et ressert son réseau d’alliance. Bernard de Saxe Weimar, disgracié par la Suède, voit l’entretien de ses 18 000 hommes financé par la France qui lui laisse l’Alsace (il doit respecter le culte catholique et les biens privés).https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/50/Bernhard_of_Saxe-Weimar.jpg/265px-Bernhard_of_Saxe-Weimar.jpg
    Il ne faut pas trop vite enterrer Saxe-Weimar et ses suédois
    Richelieu s’allie aux ducs de Savoie, Parme, Mantoue, aux Provinces-Unies, et à la Suède.
    La France est désormais obligée d’intervenir dans le conflit, ce qu’elle a évité pendant près de 20 ans: le 19 Mai 1635, Louis XIII déclare la guerre à l’Espagne.

  • Modérateur
    Posts1264
    Member since: 26 avril 2013

    Je me réjouis de te voir reprendre ce dossier @UlysseSLee, qui pour l’instant s’accorde parfaitement avec le reste du dossier rédigé par @Maxsilv, le seul fait que je trouve dérangeant et que l’on doive changer de pages pour le continuer. J’ai aussi relevé une petite coquille, la voici:

    La même année, Ferdinand a réuni une Diète partielle (partielle, car la plupart des protestants en sont exclus), transférant au roi de Bavière la dignité électorale et presque tout le Palatinat.

    Comme je l’avais déjà expliqué à @Leonidas dans un sujet sur le Saint-Empire il y a de cela quelques semaines, dans l’empire, il n’existe qu’un seul roi, celui de Bohème et il ne peut y en avoir d’autres (c’est d’ailleurs pour cela que les Hohenzollern se sont d’abord intitulé roi en Prusse). Le titre de roi de Bavière fut crée par Napoléon suite à la dissolution de l’Empire Romain Germanique en 1806.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Merci beaucoup pour l’approfondissement, désolé pour la coquille, en espérant que ce soit la seule.
    Voilà c’est édité! Et en plus, dans mes notes préalables, j’avais écrit “duc”! A croire qu’effectivement, je pensais à la période napoléonienne.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    L’intervention française et les Traités de Westphalie

    Pour la France, la guerre commence mal, mais les victoires de Turenne et Condé poussèrent l’empereur à signer les traités de Westphalie à son désavantage. C’est la fin de la Guerre de Trente Ans- mais la guerre franco-espagnole dura plus de dix ans encore.

    A-La guerre de 1635 à 1642

    La France n’était pas prête à la guerre. Les finances étaient déja en piteux états (avant même le début du conflit), l’armée est médiocre,mal équipée et mal commandée. Et sur le plan intérieur, n’oublions pas l’influence nocive des dévots, hostiles à toute politique anti-Habsbourg.
    Une fois la guerre avec l’empereur également déclarée, la lutte sera sur trois fronts: au nord, vers les Pays-Bas espagnols, à l’Est vers les principautés impériales d’Alsace, de Lorraine et de Franche-Comté, en Italie, et il y a des troupes stationnées vers les Pyrénées.
    La lutte commence mal: une tentative d’invasion des Pays-Bas espagnols échoue, malgré la victoire d’Avins (en mai). C’est à dire qu’en pillant le pays, les Français excèdent les habitants, alors que la collaboration avec les Provinces Unies est mauvaise, et que les Espagnols envoient des renforts. L’année 1636 est un mauvais millésime pour la France: l’empereur intervient en envoyant Gallas en Franche-Comté, profitant de l’affaiblissement des Suédois et de la paix avec les princes allemands. Tandis que Gallas menace la Bourgogne en assiégeant St-Jean-de-Losne, les Espagnols attaquent le royaume au Nord comme au Sud. Au Sud, ils prennent ST-Jean-de-Luz, et au Nord, ils envahissent la Picardie, prenant Corbie le 7 août. La prise de cette ville -et l’arrivée des Espagnols à Pontoise, à juste 20 KM de Paris, déclenche une panique dans la capitale, que ni Richelieu ni le roi ne quittent. La situation ne va d’ailleurs pas tarder à s’améliorer: ST-Jean de Losne résiste vaillament, couvrant toute la Bourgogne, tandis que Corbie est reprise dès novembre. En Saxe, le Suédois Banner remporte une belle victoire (Wittstock) mais il ne peut pas l’exploiter.
    L’année 1637 est presque marquée par le statut quo: cependant, l’empereur décède, son fils Ferdinand III lui succède. S’il fait la même politique, il n’a pas la même énergie que son père, et il est plus distant à l’égard des Espagnols.
    http://www.histoire-fr.com/images/ferdinand_III_saint_empire.gif

    Pendant les 4 années suivantes, (1638-1642), la France et ses alliés marquent des points, malgré les révoltes qui secouent le Royaume, comme celle des Va-nu-pieds.
    Au Sud, la France remporte une éclatante victoire navale à Guetaria, dans le pays Basque, mais subit un cuisant revers au siège de Fontarrabie. A l’Est, Saxe Weimar réussit à prendre Brisach en décembre 1638: cette place forte sécurisait la route entre la Franche-Comté et l’Empire, entre le Milanais et le Palatinat et les Pays Bas espagnols. Et une seconde artère est sectionné par l’amiral hollandais Tromp: en écrasant en octobre 1639 une forte escadre espagnole au large de Douvres, il coupe la voie maritime de l’Espagne vers les Pays-Bas.Sur le front Nord, la menace néerlandaise fixe des troupes espagnoles, permettant aux Français de pénétrer en Artois et de multiplier les sièges victorieux (Hesdin 1639, Arras 1640, Bapaume 1641).
    Tous les rêves d’hégémonie septentrionale d’Olivarès sont brisés.
    Le 18 Juillet 1639, Saxe-Weimar décède, à la grande joie de Richelieu: maintenant, il contrôle directement tout ce qui appartenait à cet allié encombrant, en plaçant le maréchal de Guébriant à la tête de ses troupes.
    En 1640, le cauchemar continue pour les Espagnols: le Portugal et la Catalogne se révoltent, et bien sûr, Richelieu s’empresse de les assister. Il s’allie aux Portugais et envoie une armée aux Catalans, qui nomment Louis XIII comte de Barcelone. Celle ci échoue à prendre Tarragone( dernière cité catalane fidèle au roi) et recule.
    Les Suédois de Baner envahissent la Silésie et la Bohême septentrionale, poussant l’empereur a convoquer la Diète en 1641 pour obtenir des fonds. Tentant de briser les réticences des princes, l’empereur promet de chercher à négocier la paix. En 1642, l’armée française concentre ses efforts sur le Roussillon, pour faire capituler l’Espagne. Perpignan est prise le 9 Septembre, mais la France doit évacuer la Catalogne. En novembre, Tortenson qui a succédé à Baner, bat les Impériaux à Breitenfeld, non loin de Leipzig. Les princes protestant envisagent de tirer parti de la situation pour remettre en cause les traités qu’ils ont signé.
    Le 4 Décembre, Richelieu décède, un mois plus tard, Olivarès tombe en disgrâce. La lassitude générale est telle que l’on peut croire la paix imminente.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    B-La guerre de 1643 à 1648

    Mais Philippe IV entend profiter de l’extrême faiblesse du pouvoir français (Richelieu est mort, Louis XIII est mourant, il y a des révoltes dans tout le royaume), pour donner un coup de reins décisif. A cet effet, au printemps 1643, il lance une grande offensive en direction de Paris: 25 000 hommes viennent assiéger Rocroi, une forteresse qui verrouille l’Oise. Le jeune duc d’Enghien (22 ans) écrase cette armée lors de la célèbre bataille de Rocroi, le 19 Mai, juste quelques jours après le décès du roi. https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/bf/Les_Heureux_commencements_du_r%C3%A8gne_de_Louis_XIIII%2C_sous_la_g%C3%A9n%C3%A9reuse_conduite_du_duc_d%27Enguien_-_btv1b8404033p.jpg/310px-Les_Heureux_commencements_du_r%C3%A8gne_de_Louis_XIIII%2C_sous_la_g%C3%A9n%C3%A9reuse_conduite_du_duc_d%27Enguien_-_btv1b8404033p.jpg
    La situation espagnole est délicate: les tercios viennent de subir de très lourdes pertes, impossibles à compenser et la défaite enterre leur réputation d’invincibilité. En plus,Mazarin, qui remplace Richelieu, s’avère tout aussi résolu que son prédécesseur.
    Les revers s’enchainent pour les Impériaux dès 1644.
    En Allemagne, Turenne remplace Guébriant: il réussit, contrairement à son prédécesseur, à battre -avec Enghien- Mercy et ses Bavarois, et à sécuriser la rive gauche du Rhin.
    http://www.histoire-fr.com/images/turenne_versailles_egmont.gif
    Turenne
    De son coté,à partir de 1645, Torstenson envahi à nouveau la Bohême, la Silésie et la Moravie, et se dirige vers Vienne. Mercy bat Turenne à Mergentheim, l’empêchant de faire sa jonction avec Torstenson, lui qui marchait à travers la Bavière. Ce dernier échoue à prendre Vienne et doit se replier. Turenne contre attaque victorieusement à Nordlingen (3 Aout), tuant Mercy. Cependant, la France doit évacuer ses conquêtes (durement dévastées). L’année suivante, (1646) Turenne reprend l’offensive en Bavière, avec Wrangel (qui remplace Torstenson, très malade). Parallèlement,contre l’ Espagne, la guerre se poursuit avec des fortunes diverses:au Nord, Condé (Enghien récupère ce titre à la mort de son père) conquiert de nombreuses villes de Flandres et reçoit la capitulation de Dunkerque.
    http://www.histoire-fr.com/images/prise_dunkerque_conde_1646_invalides.JPG
    Mais ce succès rend l’allié néerlandais méfiant à l’égard de la France, et le rapproche de l’Espagne.
    En Italie, la France subit de nombreux revers au Milanais, échoue à tire profit de la révolte napolitaine, mais réussit à tenir l’alliance savoyarde. En Méditerranée, la flotte française inflige de nombreux revers à l’Espagnole, mais son amiral est tué au combat d’Orbetello. En Catalogne surtout, Condé échoue à prendre Lérida( 1647).Les Français sont chassés de Catalogne, l’autorité de l’Espagne y est rétablie jusqu’à ce jour,ce qui enterre les ambitions de Mazarin qui se voyait échanger la province contre les Pays-Bas à la fin de la guerre.
    La même année, reprend l’offensive en Allemagne: il soumet la Bavière en deux temps (il impose l’armistice d’Ulm au duc, et le bat après qu’il ai tenté une révolte en 1648). Turenne et Wrangel marchent sur Vienne, une autre armée suédoise envahit la Bohême et se dirige à son tour vers la capitale impériale. Le 19 Août, Condé écrase à Lens une armée espagnole pourtant en supériorité numérique.
    http://www.histoire-fr.com/images/bataille_lens_versailles.jpg
    L’empereur (mais pas le roi d’Espagne!) décide alors de signer la paix à Munster et à Osnabruck, entérinant la fin de la guerre et les fameux traités de Westphalie.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    C-Les traités de Westphalie

    Si le principe des négociations a été accepté par la France, l’Espagne, l’Empire et la Suède dès 1641, les conférences ne commencent qu’en 1644. Il y a une conférence à MÜnster et une autre à OsnabrÜck. A MÜnster, sont représentés la France, l’Espagne,les cantons suisses, les Provinces-Unies, l’Empereur et les différents princes et villes d’Empire. OsnabrÜck pour sa part n’accueille que les représentants de la Suède et de l’Empire. Les congrès sont en contact perpétuel, rien ne se fait sans accord mutuel.
    Les négociations sont très difficiles, à cause de multiples.
    -Il y a beaucoup de mauvaise volonté, chacun fait traîner les négociations dans l’espoir qu’un succès décisif donne plus de poids à son parti.
    -Les problèmes sont aussi divers que complexes, ce que l’on comprend aisément vu l’ampleur du conflit.
    -Les exigences françaises et suédoises sont inacceptables pour les Habsbourg (rien moins que le retour de la situation politique et religieuse de 1618 en Allemagne, des satisfactions territoriales et des garanties pour l’avenir).
    -Les Habsbourg cherchent à diviser la coalition. Profitant de la méfiance des néerlandais vis-à-vis de la France exacerbée par la prise de Dunkerque et les ambitions de Mazarin, les Espagnols reconnaissent l’indépendance des Provinces-Unies le 30 Janvier 1648, par le traité de Munster. Le traité accorde au nouvel État des avantages commerciaux (le contrôle du débouché de l’Escaut, qui privilégie Amsterdam au détriment d’Anvers) et territoriaux (cessions des pays de la Généralité, soit Drenthe, Maastricht, Flandre zélandaise, Brabant-Septentrional soit 20% de territoire en plus pour la République, reconnaissance des comptoirs pris hors d’Europe). Bien sûr, il s’agit d’un traité de paix, qui donne aux Espagnols toute latitude pour s’occuper des Français.
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/1c/Helst%2C_Peace_of_M%C3%BCnster.jpg/800px-Helst%2C_Peace_of_M%C3%BCnster.jpg

    Ces gardes d’Amsterdam ont toutes les raisons de célébrer ce traité qui reconnait l’indépendance de leur pays après 80 Ans de guerre

    Mais la paix signée par l’Empereur sous pression vient contre-carrer les plans espagnols (qui continuent cependant la guerre).

    Les traités marquent la victoire de la politique française, et l’échec des Habsbourg d’Autriche. La division religieuse est maintenue dans l’Empire, l’autorité de l’Empereur très affaiblie. En effet, tous les biens sécularisés repris par les catholiques depuis 1629 sont restitués, les habitants obtiennent le droit d’exercer leur culte librement même si les princes gardent celui de fixer la religion officielle de leur Etat.Pour la Contre-Réforme, c’est une telle défaite que le pape déclare les traités “perpétuellement nuls”.
    Au nom des “libertés germaniques”, la France et ses alliés renforcent les pouvoirs des princes, affaiblissant toute institution fédérale, si l’on puit dire (L’Empereur comme la Diète). L’Empire devient ainsi anarchique, morcelé, sonnant le glas des ambitions des Habsbourg, et ce jusqu’à la fin du Saint-Empire en 1806. Le collège électoral passe à 8 membres: en effet, le fils de Frédéric V retrouve le Bas-Palatinat et la dignité électorale, tandis que le duc de Bavière conserve son électorat et le Haut-Palatinat.
    Sur le plan territorial, les modifications sont importantes:
    le duc du Mecklembourg retrouve son duché, la Saxe conserve les Lusaces, le Brandebourg obtient une bonne partie de la Poméranie orientale, les évéchés (sécularisés) d’Halberstadt et Minden, et garde des chances d’obtenir à terme Magdebourg. L’indépendance des cantons suisses est reconnue, le Rhin est déclaré libre de circulation.
    La Suède obtient d’importants avantages: elle obtient les évêchés (sécularisés) de Brême et Verden (sauf la ville de Brême) Wismar, Stettin et la Poméranie occidentale. Autrement dit, l’embouchure de l’Oder, l’Elbe et la Weser, fleuves se jetant dans la Baltique et la mer du Nord, qui permirent à la Suède de s’affirmer politiquement et économiquement comme la grande puissance septentrionale.
    La France, quant à elle, se voit officiellement reconnaitre la possession des Trois-Evéchés (pris par Henri II) Metz, Toul et Verdun, obtient Pignerol (au Piémont), et malgré l’ambiguité du texte, obtient presque toute l’Alsace, hormis Strasbourg et la République de Mulhouse.

    Cet important traité a donc modifié le visage de l’Europe, tout comme la guerre en elle même, qui laisse le monde allemand totalement exsangue, et amène l’ascension de la France, de la Suède et des Provinces-Unies durant les 50 années à venir, voire de la future Prusse, qui se nommait alors électorat de Brandebourg.

    SOURCES:
    Le XVIIe siècle, François Lebrun, Wikipédia, Histoire.fr

  • Participant
    Posts2179
    Member since: 16 avril 2012

    Je tiens juste à rajouter que les Habsburg d’Autriche cédèrent l’Alsace (sauf Strasbourg) à la France en pleine possession, c’est à dire que l’Alsace était officiellement détachée de l’empire contrairement aux territoires allemands que la Suède avait récupéré la même année.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    T’inquiète pas, j’ai pas fini.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Dossier achevé!

  • Participant
    Posts893
    Member since: 24 février 2015

    Merci beaucoup pour avoir poursuivi ce beau dossier !
    Je n’ai néanmoins pas tout compris :
    -tu parles de la Pomeranie plusieurs fois, mais etait-ce un état indépendant ?
    -dans quel camp se trouvaient la Saxe, le Brandebourg et la Bavière ? En effet, pour cette dernière, il m semble que tu a dis qu’elle était liée à la France par un traité, mais Turenne l’envahit !?

    Une petite précision : l’excellent amiral français mort à Ortebello, coupe en deux pa un boulet de canon se nomme Maille-Breze (avec 3 accents aigus excusez-moi), neveu de Richelieu.

    Quoi qu’il en soit, cette guerre introduit la France comme puissance majeure en Europe, celle-ci ayant su faire preuve de pragmatisme, de prudence et de réalisme pour servir ses intérêt : une belle leçon pour la diplomatie actuelle !

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