Post has published by PapaZoulou

Ce sujet a 12 réponses, 6 participants et a été mis à jour par  skyros, il y a 4 mois et 2 semaines.

13 sujets de 1 à 13 (sur un total de 13)
  • Modérateur
    Posts2258
    Member since: 8 février 2014
    La mission Foureau-Lamy
    et la fin des soudanais

    1898-1900

    http://image.noelshack.com/fichiers/2017/07/1487516865-mortklobbe1.jpg
    L’assassinat du lieutenant-colonel Klobb

    Introduction:
    La France est à la fin du XIXème siècle une des plus grandes puissances coloniales, son empire toujours en formation étant devancé uniquement dans sa superficie par l’Empire britannique.
    Les principales colonies françaises sont l’Indochine et l’Afrique, mais en Afrique, on distingue trois grands ensembles. Le premier englobe l’Algérie et la Tunisie (alors protectorat), le deuxième approximativement la région du Sahel, le troisième regroupant en Afrique équatoriale le Congo française (actuel Congo-Brazza) et l’Oubangui (territoires à l’Est du Cameroun et suivant le cours de ce fleuve).

    Pourquoi le Tchad?
    Un problème cependant existe, ces deux derniers ensembles ne sont pas rejoints, et les possibilités de jonctions sont limitées avec la conquête allemande du Cameroun et l’expansion anglaise dans le Soudan oriental. Ainsi, les yeux français sont tournés vers la région du lac Tchad, qui permettrait de relier ces deux ensembles en plus de bloquer toute expansion allemande.
    Les français et les allemands se sont aventurés au Tchad quelques années auparavant, mais l’accueil des populations locales n’avait pas été bon vis-à-vis des français. Très guerrière, la région est isolée et dangereuse. Déjà, une expédition française dirigée par Paul Flatters avait été détruite dans le massif du Hoggar. Ainsi, les français ont pour idée de faire partir trois colonnes afin de conquérir ce territoire. Cependant l’expédition qui s’ensuit est difficile, et les colonnes devront traverser des régions désertiques, humides et dangereuses. Cependant, l’épopée sera marquée par l’extrême violence d’une des colonnes, celle dirigée par les capitaines Paul Voulet et Julien Chanoine. La manière dont celle-ci se termine marque la fin définitive de l’utilisation des officiers soudanais après une période de déclin suivant la conquête initiale de l’Afrique.

    Nous chercherons d’abord à connaître les hommes composant les différentes colonnes et les chemins qu’il doivent prendre afin d’atteindre leur objectif avant de se pencher sur la sanglante mission Voulet-Chanoine qui marque la disparition des officiers soudanais dans l’armée française pour enfin raconter la réunion des colonnes françaises et la bataille de Kousseri qui marque la fin de l’expédition et les conséquences de celle-ci.

    I. Trois colonnes, trois chemins différents, quatre chefs.
    II. La mission Voulet-Chanoine, derniers crimes des soudanais.
    III. Le combat final et les conséquences de cette mission.

    "Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve"-Euclide

  • Participant
    Posts893
    Member since: 24 février 2015

    Ces trois missions me disent quelque chose… Il ne s’agirait pas celles parties combattre le chef Rabah ?
    Seulement, d’apres ma source, les trois missions se nomment Fourreau-Lamy, Joalland-Meynier et Gentil (du nom des commandants) : apparement, nulle trace de Voulet-Chanoine…
    Après, ma source n’est qu’une des fameuses BDs du Monde parues en 1988 et reimpriimees en 2008…

    J’ai peur de confondre certaines choses, mais les dates coincident…

    J’espere en tout cas ne pas gener la constitution de ton dossie très prometteur (sans doute en echo au débat lance apres la polémique sur la colonisation) !

  • Modérateur
    Posts2258
    Member since: 8 février 2014

    Ces trois missions me disent quelque chose… Il ne s’agirait pas celles parties combattre le chef Rabah ?
    Seulement, d’apres ma source, les trois missions se nomment Fourreau-Lamy, Joalland-Meynier et Gentil (du nom des commandants) : apparement, nulle trace de Voulet-Chanoine…
    !

    Très normal. La mission part Voulet-Chanoine et se termine Joalland-Meynier, ce sera expliqué au cours du dossier.

    "Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve"-Euclide

  • Admin bbPress
    Posts6284
    Member since: 5 août 2017

    Très intéressant ce sujet! Pour quand la suite?

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Modérateur
    Posts2258
    Member since: 8 février 2014

    Je dois encore finir de lire le livre La chute de l’empire de Rabah : la mission Gentil du Congo au lac Tchad par l’un des protagonistes de l’histoire, Emile Gentil.

    Disponible en scan (de qualité moyenne), il nous permet de nous plonger dans la mentalité de cet individu, qui s’est retrouvé ensuite dans un scandale d’importance quelques années plus tard en 1905 et ayant mêlé son confrère Pierre Savorgnan de Brazza.

    "Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve"-Euclide

  • Modérateur
    Posts8250
    Member since: 14 mai 2013

    Ce n’est pas que je veuille concurrencer ton dossier^^,mais où se trouve ce livre de M. Gentil en scan?

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Modérateur
    Posts2258
    Member since: 8 février 2014

    Voici un lien: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k84685f.r=tchad.langEN

    "Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve"-Euclide

  • Modérateur
    Posts2258
    Member since: 8 février 2014

    I. Trois colonnes, trois chemins différents, quatre chefs.

    A. Mais qui sont ces officiers soudanais?

    Alors que les colonnes se préparent à marcher sur le Tchad, les officiers Voulet et Chanoine, appelés à mener une des colonnes, font partie des officiers appelés “soudanais”. Attention, être un officier “soudanais” ne veut pas dire que l’on est d’origine soudanaise, mais plutôt que l’on fasse partie de ces troupes qui menèrent la conquête du Soudan Français de manière, disons, assez indépendante de l’autorité centrale.
    On peut dire que ceux-ci sont en quelque sorte la propriété de l’artillerie de marine, au début de la conquête de l’Afrique distinguée du ministère de l’armée. L’Afrique est à l’époque vue par les républicains au pouvoir comme un moyen de renforcer la France après la lourde défaite contre la Prusse, surtout suite la conférence de Berlin de 1884-1885 qui consacre l’Afrique comme un territoire vierge, enclenchant une poussée rapide de l’influence française dans ces territoires.
    Toutefois, les français n’ont pas attendu 1885 pour pousser en Afrique, la France détenant déjà quelques possessions au Sénégal ou au Congo.

    Mais concentrons-nous sur les officiers “soudanais”. On peut considérer comme précurseur Borgnis-Desbordes, qui dirige la zone entre 1880 et 1881, désobéissant en 1881 les ordres du gouverneur et amenant sa troupe à Bamako avant d’être félicité et de devenir inspecteur-général des troupes de marine.
    Cette tendance à l’insubordination est une caractéristique essentielle de ces officiers, qui jouissent d’un très grande indépendance.

    L’exemple de Borgnis-Desbordes est suivit en 1888 par son protégé Archinard, qui dispose de 72 européens et 700 tirailleurs ainsi que 2000 supplétifs (porteurs, traducteurs, etc…). En Avril 1890, Ségou est prise et ravagée, il est contraint de renvoyer les tirailleurs pour arrêter les massacres. Chute de Massina en 1893. Il est rappelé en métropole par le ministère des colonies, Delclassé en ayant assez de lui et est accueilli en héros.
    Les officiers soudanais ont aussi tendance à adopter les pratiques locales, notamment le partage de butin et des femmes des dirigeants vaincus ; de la barbarie locale.
    Ce sont les administrateurs civils qui vont payer des échecs de ces officiers. Ainsi, après qu’un officier ait désobéi aux ordres et ait été massacré en 1894 à Tacoubao, le gouverneur civil est rappelé et est remplacé par le militaire de Trentinian.

    B. Comment se battre en Afrique?

    https://image.noelshack.com/fichiers/2017/44/3/1509549577-autres-troupes-coloniales.jpg

    Concernant la troupe, d’abord, il existe deux modèles:

    Le Modèle algérien de l’armée coloniale:
    D’abord composé de l’artillerie et l’infanterie de marine (marsouin). Dès 1830, Bugeaud à l’idée d’utiliser des locaux, comme les zouaves en Algérie, les tirailleurs algériens, les turcos, les chasseurs d’Afrique, la légion étrangère ainsi que la troupe disciplinaire, on y pratique de l’amalgame.
    On note que cette armée est essentiellement “blanche” au début du siècle.

    Pour vous donner une idée, en 1900, l’armée d’Afrique regroupe 55 000 hommes dont 2000 officiers, et en 1911 les chasseurs d’Afrique sont tous européens.

    Le Modèle du Sénégal: Faidherbe a besoin d’une force locale, et recrute à cet effet 250 supplétifs en 1857, nombre qui passe progressivement à 2-3000 avec une tenue à l’origine proche de celle du zouave qui passe par l’adoption du bonnet rouge, symbole d’autorité à l’échelle locale. On a cependant du mal à recruter, et en 1878 il manque 5000 hommes aux effectifs de l’infanterie de marine.
    Le manque de troupes spécialisées est flagrant à Madagascar, la campagne de 1894 est un exemple cuisant, le succès final se fait avant tout parce que Duchesnes a monté une colonne de 5000 hommes spécialisés (marsouins, tirailleurs, malgaches).

    En campagne, on aime reprendre les tactiques de Bugeaud qui pratique des razzias contre le bétail, les récoltes, les oliveraies et les plantations avec des postes fixes pour tenir le pays et des colonnes mobiles pour harceler Abd El Kader. On retrouve cette tactique chez les anglais similaire pendant la deuxième guerre des Boers.
    On utilise des voitures Lefèvre qui accompagnent les colonnes et sont généralement adaptées au terrain des combats, utilisées au Soudan et aussi à Madagascar.

    Au combat, la théorie qui domine depuis la bataille d’Isly, c’est “celle que le choc l’emporte sur le feu”.
    La formation qui marche le mieux est celle du carré ; on utilise des véhicules (voitures Lefebvre), il arrive d’utiliser des canons rayés de montagne ainsi que des mitrailleuses, même si elles restent rares. On a au milieu de la formation l’Etat-Major, les services administratifs et médicaux. La formation en hure de sanglier de Bugeau reste un modèle à suivre.
    Les cartes, notamment pour l’Algérie se font de plus en plus précises, passant du 400 000ème au début de la conquête au 160 000ème.

    C. La Grande Affaire.

    https://image.noelshack.com/fichiers/2017/44/3/1509549375-22656602-1555636661167662-202850569-n.jpg

    La conquête du Sénégal est la “Grande Affaire” française, en 20 de vastes territoires passent sous contrôle français. Les offensives se font pendant la saison sèche, l’objectif principal étant de joindre les fleuves Sénégal et Niger. L’idée de jonction des colonies par le Tchad n’est pas encore présente dans les années 1880.

    Mamadou Lamine est vaincu en 1887, l’Empire Toucouleur est détruit, et son dirigeant Ahmadou fuit et est tué au Nigéria anglais.
    La colonie de Guinée française est crée après l’attaque du Fouta-Djalon par la côte. Au sud du Grande Basam conduit à la création de la colonie de Côte d’Ivoire en 1893.

    Pendant 6 ans, les français s’engagent dans une course-poursuite contre Samori et son armée de 100 000 hommes, dont une partie des fusils sont copiés sur les modèles français. Celui-ci finit par se rendre en 1898 après avoir ravagé la région dans sa fuite.

    On se partage la zone avec les anglais, dont le ministre, Salisbury, se permet d’ironiser que les français détiennent une “Terre légère, très légère…”, en référence à la région désertique sous contrôle français.

    Tombouctou reste un très gros morceau, cité légendaire pour les français, elle suscite la convoitise de ceux-ci et des officiers soudanais qui se lancent à l’assaut. Deux colonnes sont détruites, une à Tacoubao, c’est Joffre qui finit par prendre la ville en Février 1894.

    Les protagonistes de notre histoire, Voulet et Chanoine, envahissent le pays Mossie contre les ordres du gouverneur général du Sénégal. C’est typique, ils désobéissent, ils prennent des territoires et sont pardonnés. Ceux qui échouent sont de toutes façons tués par les locaux.

    Le Dahomey est une autre région de conflits, un premier protectorat français est installé en 1879, mais en 1894 un conflit oppose Béhanzin, roi de Dahomey (et lui-même) et les français, conflit qui finit par la victoire de ces derniers.

    En Afrique Orientale, les français poursuivent leurs expéditions à partir du Congo Brazzaville, atteignant le Gabon et la région de l’Oubangui-Chari.

    Ainsi, à la fin du siècle, le nouveau projet est de relier ces amas (parce que ça fait joli sur une carte).

    Le déclin des officiers soudanais débute lentement à partir de la réforme de 1893 qui crée un ministère des colonies et de la loi de 1900 qui organise les troupes coloniales qui passent au ministère de la guerre. Au moment où les colonnes sont en marche, les officiers sont plus assujettis qu’auparavant au gouvernement, même si les anciens soudanais, comme Voulet et Chanoine sont toujours de la partie.

    "Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve"-Euclide

  • Participant
    Posts1
    Member since: 30 août 2015

    Excellent et très intéressant, vivement la suite !

  • Modérateur
    Posts1264
    Member since: 26 avril 2013

    Est-ce qu’il serait possible d’avoir une carte de ces royaumes africains avant leur conquête par les Français, histoire de pouvoir placer ces empires de Toutcouleur ou encore les Mossis ? 🙂

  • Modérateur
    Posts2258
    Member since: 8 février 2014

    Excellent et très intéressant, vivement la suite !

    Salut à toi Cottut31 et bienvenue sur le Forum de la Guerre! Content que tu aies apprécié ce dossier en cours!

    Tu peux te présenter sur ce sujet!

    Si tu as des questions, n’hésite pas à les poser dans la section modération, même si le Guide du Forum devrait t’aider dans tes premiers pas sur le forum!

    Est-ce qu’il serait possible d’avoir une carte de ces royaumes africains avant leur conquête par les Français, histoire de pouvoir placer ces empires de Toutcouleur ou encore les Mossis ? 🙂

    Oui bien sûr, en attendant en voici quelques unes qui devraient aider:


    https://image.noelshack.com/fichiers/2017/44/4/1509658394-img-1040.jpg
    https://image.noelshack.com/fichiers/2017/44/4/1509658394-img-1047-2.jpg

    Le pays Mossie correspond peu ou prou à l’actuel Burkina Faso.

    Ah, pour ceux qui se posent la question, je compte poster mes sources à la fin du dossier.

    "Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve"-Euclide

  • Modérateur
    Posts8250
    Member since: 14 mai 2013

    Par rapport à la désobéissance des officiers “soudanais”, est-ce que la troupe les soutenait?
    Est-ce que cela jouait sur le peu de sanctions à ces désobéissances en cas de réussite.

    Et aussi, comment se fait-il que les officiers désobéissaient: étaient-ils motivés par la gloire personnelle, pensait-il que le gouvernement ne leur faisait pas prendre assez de territoires, avaient-ils parfois des liens avec les locaux qui les faisaient s’incruster dans des conflits locaux?

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Participant
    Posts2918
    Member since: 26 février 2013

    Généralement oui la troupe soutenait : notamment pour l’appat du gain, le butin des conquêtes coloniales étant en parti partagé pour la troupes. Et pour les blancs c’est une possibilité d’avancement.
    Les officiers désobéisse pour l’argent mais aussi par ce que de toute façon la métropole va agréer leurs conquêtes. Et cela peut aller avec de l’avancement, du prestige etc. Et c’est pour ça que les métropolitains de la troupe coloniale les suivent aussi : leurs supérieurs avançant ils peuvent faire du piston pour leurs hommes.

    Omnia Sunt Comunia

    Je suis anarchiste au point de traversé dans les clous pour ne point avoir de soucis avec la maréchaussée.

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