Post has published by Maxsilv

Ce sujet a 49 réponses, 17 participants et a été mis à jour par  kymiou, il y a 1 an et 2 mois.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Dossier : La bataille de Salamine


    [Voici un petit dossier inspiré d’un commentaire que j’ai fait récemment sur la bataille de Salamine vue par Eschyle, j’espère que j’ai été assez clair et surtout n’hésitez pas à me faire part de tous vos commentaires et éventuelles corrections !]

    Introduction
    En premier lieu, pour resituer la bataille de Salamine dans son contexte, nous sommes en 480 av. J-C, en pleine deuxième Guerre Médique et une armée perse sans précédent et forte de plusieurs centaines de milliers d’hommes, accompagnée par le roi Perse Xerxès Ier en personne et sa flotte, se lance à la conquête de la Grèce continentale. La cité de Sparte organise alors la résistance, mais les forces de la coalition se retrouvent forcées d’abandonner les Thermopyles (la passe qui verrouille l’accès au Sud de la Grèce), après le sacrifice d’un millier de soldats dont 300 lacédémoniens* menés par Léonidas. Profitant du délai accordé par ce sacrifice, l’armée grecque se replie pour défendre l’isthme de Corinthe et verrouiller l’accès au Péloponnèse. Sur mer, après quelques combats indécis à l’Artémission, la flotte grecque se replie elle aussi, mais à Salamine où elle va se décider à mener le combat. Cette bataille maritime est la première documentée de l’Histoire et son déroulement induit des conséquences remarquables que ce soit pour les Perses ou pour les Grecs et plus particulièrement les Athéniens.


    L’itinéraire emprunté par les Perses

    I/Le déroulement de la bataille
    Tout d’abord, concernant le déroulement de la bataille, Eschyle nous rapporte huit ans après les faits, dans sa pièce Les Perses, que la flotte grecque commandée par le stratège athénien Thémistocle possède 330 navires. En face, les Perses alignent quant à eux une flotte forte de 1207 vaisseaux, recrutée dans tout leur immense empire – la flotte grecque fait donc aussi face aux navires des cités grecques soumises au joug perse ! Même s’il semble peu probable pour la flotte médique que tous soient des navires militaires (certains sont sans doute destinés à l’appui logistique ou au transport), la supériorité numérique de Xerxès Ier n’en est pas moins écrasante !

    Ainsi, sur le papier, la victoire perse ne peut qu’être assurée ; néanmoins le détroit situé entre l’île de Salamine et l’Attique est extrêmement étroit et le stratège athénien Thémistocle qui commande la flotte grecque choisit d’en tirer profit pour y amener la flotte perse et mener la bataille. Pour cela il envoie donc un émissaire pour simuler une trahison et annoncer à Xerxès que sa flotte va battre en retraite durant la nuit. Or le roi perse va croire à ce subterfuge et sûr d’en finir avec la flotte grecque va s’engager dans le détroit ; avançant ainsi l’essentiel de sa flotte dans le goulet d’étranglement – en fait il envoie aussi des navires égyptiens bloquer une sortie du côté occidental de l’île. Dès lors, le roi Perse fait installer son trône sur la côte attique pour assister à la bataille.

    La flotte perse est organisée sur trois rangs avant la bataille qui va finalement se déclencher le lendemain matin. Sauf que l’initiative n’est plus côté perse ; en effet, la flotte grecque ne fait en rien une sortie furtive nocturne mais bien une sortie en force diurne ! Apparemment l’aile droite composée des navires spartiates arrive en premier au contact à l’entrée de la passe, tandis que les Athéniens ferment le détroit ; empêchant ainsi toute avancée de la flotte perse qui se retrouve prise au piège. Dès lors, les navires perses ne sont plus manœuvrables et sont donc une proie facile pour une flotte grecque qui elle est libre de manœuvrer à sa guise. La flotte perse se retrouve donc totalement débordée et perd là deux cents navires contre seulement quarante pour les Grecs…


    Schéma du déroulement de la bataille

    II/ La défaite perse
    Ainsi, Xerxès Ier, trop sûr de sa victoire, s’est précipité aveuglément dans le piège que lui ont tendu les Grecs. En effet, à en croire les chiffres avancés par le tragédien Eschyle, Xerxès aligne presque quatre fois plus de navires que les Grecs (1207 contre 310) et même si on peut toujours relativiser le nombre, il est impossible de nier le net avantage quantitatif en faveur des Perses. Sauf que ceux-ci ont surestimé l’impact moral qu’ils avaient eu sur les Grecs en les battant sur terre aux Thermopyles et en les malmenant à l’Artémission, puisqu’ils ne remettent pas en cause la véracité des propos du soi-disant traître grec. Au final, la ruse des grecs fonctionne à merveille et ce surtout grâce à cette grosse erreur d’appréciation de l’adversaire qui pousse le roi perse à foncer tête baissée dans une passe trop étroite pour sa flotte nombreuse.

    Côté perse, les pertes humaines ont beau être considérables et les pertes matérielles très lourdes, c’est surtout une révolte en Perse qui pousse Xerxès à laisser son armée composée de ses meilleurs vétérans en Attique. Sauf que sans la flotte qui regagne rapidement l’Hellespont** pour éviter que le pont de navire conçu pour faire passer l’armée ne soit brisé, l’armée est obligée de retourner en Thessalie pour y prendre ses quartiers d’hiver. En effet, le territoire athénien a été copieusement pillé et sans l’appui logistique maritime, les Perses ne peuvent ni envisager d’engager le combat sur l’isthme de Corinthe ni demeurer ici sans vivres.


    A gauche, un cliché à ne surtout pas avoir en tête

    III/ La victoire grecque
    Enfin, en troisième et dernier lieu, n’oublions pas que le commandement est athénien durant la victoire de Salamine (en effet même si c’est en théorie Sparte qui assure l’hegemon, c’est Athènes qui aligne la quasi totalité des navires et commande en conséquence) ; aussi, au travers de la victoire se cache surtout leur ressenti, car cette bataille est avant tout issue d’un énorme sacrifice pour la cité. En effet, la ville a été abandonnée par ses habitants sur les conseils du stratège Thémistocle et l’armée terrestre perse la pillera allègrement en remerciements. Ce sacrifice a été réalisé afin de pouvoir mener ce combat à Salamine, où s’est d’ailleurs retranchée la majeure partie de la population. Athènes se doit donc de venger l’affront qu’a constitué le pillage de la cité et de ses sanctuaires, mais n’a pas non plus droit à l’erreur puisque si elle perd s’en est fini des espoirs de résister pour la cité et le reste des forces de la coalition.

    Aussi, encore fallait-il qu’Athènes ait les moyens de rivaliser face à la flotte perse, car la ruse ne suffit pas pour remporter la victoire. Or, la cité s’en est donné ces moyens lors de l’archontat de Thémistocle en 483, puisqu’elle a profité des 100 talents*** qu’elle a gagnés avec la découverte d’un filon exceptionnel dans les mines du Laurion. Cet argent lui permet de financer la création d’une flotte de deux cents trières qu’elle alignera à Salamine la majorité des forces navales grecques présentes dans le camp des coalisés ; supériorité qu’elle n’avait jamais eu jusqu’alors et qui lui permettra aussi de faire preuve de cette « manœuvrabilité » supérieure. En effet, il faut savoir que l’instrument de cette victoire est la trière : une embarcation légère et rapide, qui offre le meilleur compromis entre la motricité et les techniques de construction de l’époque. Le navire ne fait que 5 mètres de large en lui-même, mais les 170 rames nécessitent d’avoir suffisamment d’espace pour manœuvrer sans les endommager, ce qui dans la bataille de Salamine est possible pour la flotte grecque qui joue astucieusement sur cet atout face à des vaisseaux perses qui se gênent eux-mêmes et dont les rames s’entrechoquent. Mais surtout, la trière dispose à l’avant d’un éperon, ce qui lui permet de couler ces navires perses dont les rames détruites préalablement leur empêche toute manœuvre.

    La bataille de Salamine marque donc une formidable réussite pour la flotte athénienne qui a mené la Grèce à la victoire (elle aligne les deux tiers des navires présents) et même si elle ne suffit pas à remporter la guerre, on peut être sûr que, si la mer avait été perse, l’armée coalisée sur l’isthme de Corinthe n’aurait pas servi à grand chose. Par ailleurs, Salamine symbolise pour Athènes un triomphe de la démocratie : tous les citoyens ont combattu ensemble dans les trières face à la menace perse (même les plus pauvres : les thètes qui servaient comme rameurs) et c’est ensemble qu’ils ont vaincu les sujets du roi de Perse. La fierté du succès revient donc à tous et pas seulement à la classe hoplitique comme à Marathon dix ans auparavant.


    La trière athénienne

    Conclusion
    Salamine marque donc un succès maritime grec face à l’immense armada perse, notamment grâce à un brillant stratagème athénien et à l’excès de confiance du roi perse Xerxès Ier. Néanmoins, au-delà de la bataille en elle-même, Salamine se distingue par son caractère décisif sur bien des points. En effet, l’armée mède se replie après la bataille, tandis que Xerxès rentre en Perse. Dès lors les Grecs peuvent l’année suivante vaincre celle-ci à Platées et écarter toute menace perse en Grèce continentale. Cela permet ensuite à Athènes de prendre en 478 l’hégémon**** de la Ligue de Délos qui sera la base de son futur empire. Par ailleurs, cette victoire porte le germe d’une radicalisation de la démocratie athénienne et préserve réellement la culture grecque du joug perse ! Toutefois, il convient de relativiser cette idée d’alliance des Grecs contre les Perses, car bien peu sont les cités à se battre au moment de la bataille de Salamine – la Béotie s’étant rendue après la défaite aux Thermopyles, la Thessalie dès le début de l’invasion et nombre de cités de Mer Egée n’ayant pas eu leur mot à dire car sous contrôle des Perses. Cependant, dans les années qui suivent, il est important d’unifier le monde grec derrière cette reconquête de la Mer Egée ; aussi la victoire est-elle donc clairement définie comme une victoire de la Grèce face à la Perse.

    ________________________________________________
    * Lacédémone = autre nom donné à Sparte
    ** Hellespont = nom grec donné au détroit du Bosphore
    *** 100 talents = 600 000 drachmes (la monnaie athénienne de l’époque), c’est-à-dire une somme très importante qui correspond à 2,7 tonnes d’argent !
    **** hegemon = cité qui assure le commandement militaire d’une symmachie (une alliance)

    – – – – – –

    Références bibliographiques :
    AMOURETTI Marie-Claire, RUZE Françoise. Le monde grec antique. Versailles : Hachette Supérieur, 2011, 352 pages. ISBN 978-2-01-146152-0
    LEDUC, Claudine. « THÉMISTOCLE (~524-env. ~459) », in Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 octobre 2012. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/themistocle/
    MOSSE, Claude. Histoire d’une démocratie : Athènes. Paris : Seuil, 1971. « Les guerres médiques », p.30-42. ISBN 2-02-000646
    TREGUIER, Eric. « Trière rime toujours avec mystère », in Guerres & Histoire, juin 2012, n°7, p.90-94.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Excellent dossier, que j’agrémenterai d’une info:

    Les pertes s’élève à plus de deux cents navires pour les perses, et près de 40 pour les grec.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Merci Learchusfull, je connaissais ces chiffres et je pensais les avoir précisés, mais en fait non donc je viens de le rajouter 😉

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Tant qu’a faire, j’aimerais ajouter une toute petite précision: un Talent (monnaie) est égal à 27 kilos. Cela permet au lecteur de visualiser la quantité de monnaie que qu’Athènes a gagné avec ses mines. (2,7 tonnes d’or ou d’argent, c’est pas précisé.)
    Au passage, c’est par un subterfuge que Thémistocle réussit à le consacrer à la flotte: sachant qu’il ne serait pas suivi s’il parlait des Perses, Thémistocle a parlé d’une expédition punitive contre une ile rebelle à proximité d’Athènes.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Je rajoute le poids en argent que ça fait, par contre j’ai pas trop pu développer sur les raisons officielles de cette flotte afin de ne pas (trop) me perdre dans les détails 😉

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    C vrai que c’est qu’un détail, mais on remarque que dès qu’il y a démocratie,il y a prétextes, baratins et faux semblants.
    Sinon dire que l’héroïque Thémistocle sera ostracisé (un destin à la Scipion ou à la Hannibal) me semble assez judicieux.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Sinon dire que l’héroïque Thémistocle sera ostracisé (un destin à la Scipion ou à la Hannibal) me semble assez judicieux.

    Oui sauf que si je parle d’ostracisme je dois préciser ce que c’est (une décision du peuple athénien d’exiler quelqu’un d’Attique pendant 10 ans sous prétexte qu’il nuirait à la démocratie… enfin c’est ce qu’ils disent tous mais c’est surtout le meilleur moyen d’éliminer un adversaire politique) et ce fameux Thémistocle ira d’abord en exil à Argos puis…
    en Perse ! Comme quoi, l’ancien vainqueur de Xerxès devient le protégé d’Ataxerxès Ier, roi de Perse et fils de Xerxès !

    Vous comprenez pourquoi je ne peux pas tout dire, car il me faudrait maintenant expliquer pourquoi on l’a ostracisé et je n’en finirai jamais 😉

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Merci Beaucoup Maxsil.
    La victoire des Cités Grecques ne peux que me laisser admirateur quand on voit la démesure de la flotte (et de l’Armée) Perse. Bravo pour ce récit très instructif :D.
    Et je serait très intéressé de connaitre toutes les intrigues qui entoure Thémistocle (par exemple, je ne sais pas ce que signifie ostrocisé )

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Merci Beaucoup Maxsil.

    Et je serait très intéressé de connaitre toutes les intrigues qui entoure Thémistocle (par exemple, je ne sais pas ce que signifie ostrocisé )

    Une procédure visant à protéger la démocratie athénienne:
    Tous les ans, sur des coquillages puis des tessons (ostraka en Grec) l’Ekklesia se réunit pour nommer quelqu’un que l’on soupçonne de vouloir devenir tyran: il est alors banni pour au moins 10 ans. Après le triomphe de Salamine, certains hommes puissants se méfient de Thémistocle. A la prochaine procédure d’ostacisme, ils remettent à des citoyens illettrés des votes où le nom de Thémistocle est déja inscrit! Et donc, il est banni et se réfugie… chez le roi de Perse!

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Pour ce qui est de la vie de Thémistocle je ne pourrai pas tout détailler ici, cependant concernant la procédure d’ostracisme voici ce que je peux vous dire :

    L’ostracisme est une procédure utilisée dans l’Athènes antique au Vème siècle avant notre ère. Elle serait apparue avec les réformes de Clisthène (en 510), mais rien n’est moins sûr, car elle est utilisée pour la première fois au cours des guerres médiques, en 487 sur un descendant de la famille du tyran Pisistrate.
    Le principe est simple : la cité exile pour dix ans un individu dangereux pour la démocratie. Ainsi au cours de la 6ème prytanie (soit à peu près en janvier/février d’une année), l’ecclesia (l’assemblée du peuple) se réunit et vote si oui ou non il y aura une procédure d’ostracisme cette année (aucun nom n’est mentionné, c’est juste si oui ou non on le fait). Et une trentaine de jours plus tard on vote cette fois pour ostraciser quelqu’un. Pour cela, on utilise des débris de céramique (les ostraka, d’où ostracisme) où l’on inscrit le nom de la personne choisie. Si au moins 6000 citoyens sont réunis à l’occasion du vote, celui qui à la majorité est ostracisé et doit faire ses bagages pour dix ans.

    L’ostracisme est donc plutôt novateur pour l’époque :
    1/ l’individu est exilé mais pas sa famille et il conserve ses biens
    2/ ce n’est pas définitif (d’ailleurs dans les situations de crise la cité peut rappeler ses exilés).
    Enfin, tous ne savent pas écrire, aussi une anecdote rapporte qu’un Athénien croisant Thémistocle un jour de vote d’ostracisme lui demande de lui écrire le nom de “Thémistocle” sur son ostraka, car il ne peut plus le supporter. Et le principal intéressé aurait accepté et marqué son propre nom !

    Cependant, cet ostracisme va vite servir les intérêts des principaux personnages de la vie politique, car il est bien pratique pour se débarrasser d’un opposant (on reste donc dans le concept des luttes aristocratiques du siècle précédent). Ainsi Cimon fait ostraciser Thémistocle en 471 pour s’en débarrasser, car Thémistocle juge alors que Sparte est la vraie menace et non plus les Perses, tandis que Cimon est pro-spartiate (la Guerre du Péloponnèse donnera un demi-siècle plus tard raison à Thémistocle).
    L’ostracisme ne sert donc plus qu’à décapiter la faction adverse en exilant son chef. Aussi le paroxysme est finalement atteint en 417/416, lorsque dans une lutte entre deux “factions” politiques c’est un individu totalement inoffensif qui est finalement frappé d’ostracisme (suite à un arrangement de ces deux factions). Cette procédure est alors abandonnée.


    Photo d’une ostraka

    Voilà donc pourquoi Thémistocle sera ostracisé : pour s’être frotté à Cimon ; mais rassurez-vous, ce dernier aussi finira ostracisé à son tour…

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Je dois vous remercier pour ces réponse de qualité. Tout s’éclaircit !
    Ne vous privez pas pour nous conter l’histoire de l’antiquité. Bien que piètre connaisseur, je bois tout vos messages, et j’en apprend de plus en plus, Merci encore !

    Par contre, quelles sont les caractéristique des navires de la flotte Perse coalisée (et donc surement disparate)?

  • Participant
    Posts1004
    Member since: 12 avril 2012

    Bien que je n’en soit pas certain, étant donné que l’empire perse était essentiellement terrestre, leur flotte a sans doute été construite dans leurs dernieres conquetes en date c’est a dire les cités grecques de turquie (Pergame, Phocée, Milée…) les navires de la flottes Perse sont donc sans doute de type Grec. (je tiens a préciser que je ne m’appui sur aucun document et que ce que j’avance n’est qu’une simple deduction de ma part ainsi désolé si je me trompe)

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    En fait, les Grecs ont beaucoup idéalisé la bataille de Salamine, notamment Eschyle dans sa pièce Les Perses jouée à l’occasion des Grandes Dionysies en 472 (d’ailleurs pour l’anecdote c’est le jeune Périclès qui en a assuré la chorégie, c’est à dire son financement). C’est pourquoi il se garde bien de mentionner que dans la flotte perse il y a aussi des trières d’autres cités grecques conquises par les Perses en Mer Egée à l’occasion de la Première Guerre Médique (je pense notamment à des cités comme Chios, Samos, Lesbos, Thasos ou Naxos qui sont déjà connues pour leur flotte avant la Ligue de Délos et sont alors aux mains des Perses).

    Cependant la flotte perse demeure très disparate : navires phéniciens, égyptiens, grecs, etc. Aussi oui il y a aussi eu des trières en face, mais je doute qu’elles soient la composante de toute l’immense armada perse. Après je n’ai pas lu le récit d’Hérodote à son sujet, donc je ne peux pas vous dire s’il nous offre davantage de précisions.

  • Participant
    Posts1004
    Member since: 12 avril 2012

    C’est vrai que sur le coup je n’ait pas pensé que l’empire perse englobait la Phénicie, ancienne grande puissance maritime. Est-ce que tu sais de quel style étaient les navires phéniciens ?

  • Participant
    Posts1563
    Member since: 12 avril 2012

    Ils devaient surement ressembler aux trières grecs. Ils étaient cependant plus gros et possédaient un plus grand équipage. Ceci entrainait une moins bonne maneuvrabilité.

  • Participant
    Posts61
    Member since: 12 avril 2012

    En fait non, les navires perses étaient plus petits que ceux des grecs mais en échange plus rapide et plus maniable. Au combat, ils comptaient sur le fait qu’ils étaient plus nombreux, pour envelopper l’adversaire et l’éperonner sur le flanc. D’où le choix de Salamine pour la bataille de la part grecs, pour réduire à néant cette capacité et la remporter par l’expérience des grecs et leurs vaisseaux plus lourd.
    Pour se qui est des chiffres, les sources divergent légèrement pour les grecs Max a trouvé 330 navires, moi j’ai 275 dont 200 athéniens.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Pour se qui est des chiffres, les sources divergent légèrement pour les grecs Max a trouvé 330 navires, moi j’ai 275 dont 200 athéniens.

    Je tire ce chiffre de la pièce d’Eschyle : les Perses, quant à toi d’où le tires-tu, car peut être qu’en confrontant les deux sources on pourrait comprendre cette différence de nombre 😉

  • Participant
    Posts61
    Member since: 12 avril 2012

    Je le tire d’un documentaire qui est passé samedi soir sur Arte. http://videos.arte.tv/fr/videos#/tv/coverflow/date/day-2/1/120/

    (Au nom d’Athènes)

    D’ailleurs j’en profite pour faire de la pub au numéro 2 qui passe samedi prochain même heure, et à “histoire du monde” qui passe jeudi sur france 5 à 21h45 !

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Je le tire d’un documentaire qui est passé samedi soir sur Arte. videos.arte.tv/fr/videos#/tv/coverflow/date/day-2/1/120/

    Je l’ai vu et il est très intéressant et dans l’ensemble exact, même si Sparte est trop mise de côté (je regrette mais ne pas mentionner Platées dans la conclusion n’est pas à mes yeux le plus judicieux) et qu’ils se trompent d’année pour la Ligue de Délos : elle est fondée deux ans après Salamine (avec le désistement de Sparte) et non pas un an.

    Sinon ils interprètent par exemple les chiffres avancés par Hérodote pour l’armée perse presque au pied de la lettre en avançant un bon million de soldats, tandis que beaucoup sont ceux à pencher pour entre 140 000 et 300 000 soldats (après il est vrai qu’il peut y avoir encore beaucoup d’hommes attachés à la logistique). Enfin bon tout ça pour dire que je préfère sur le coup me fier à Eschyle.

  • Participant
    Posts61
    Member since: 12 avril 2012

    Tout à fait, mais il n’est pas interdit de penser qu’il puisse avoir ne serait ce que partiellement raison sur le chiffre des navires (la réalité est surement entre les deux).

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Tout à fait, mais il n’est pas interdit de penser qu’il puisse avoir ne serait ce que partiellement raison sur le chiffre des navires (la réalité est surement entre les deux).

    Pour les chiffres perses, on peut imaginer une surestimation pour glorifier la flotte grecque (d’ailleurs certains avancent “seulement” 600 navires soit deux fois moins que les chiffres d’Eschyle), mais pour ce qui est des 330 trières grecques je vois mal les Athéniens mentir, d’autres cités l’auraient surement souligner. Après on s’engage en terrain glissant : commenter les informations livrées par une source n’est pas une mince affaire et elle me dépasse.

  • Participant
    Posts2063
    Member since: 12 avril 2012

    merci pour ce dossier il m’a permit d’en savoir un peu plus sur cette période qui m’est relativement inconnu.

  • Participant
    Posts414
    Member since: 12 avril 2012

    Excellent dossier comme à son habitude, la qualité d’écriture et la manière explicative de Maxsillv sont d’une grande richesse. J’ai beaucoup appris sur cette bataille.

    Sinon histoire de re up le sujet comment définiriez – vous la bataille de Salamine ?

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Sinon histoire de re up le sujet comment définiriez – vous la bataille de Salamine ?

    Si je devais définir en quelques mots la bataille de Salamine, je dirais que c’est le premier affrontement naval bien documenté de l’Histoire, la bataille qui propulse Athènes au premier rang des cités grecques et le tournant des Guerres Médiques !

  • Participant
    Posts444
    Member since: 12 avril 2012

    Tout d’abord merci pour ce dossier intéressant, et qui accroche facilement de par l’écriture!

    je tiens a rapporter un petit événement, qui n’a pas d’importance dans le déroulement de la bataille, mais qui est assez rare pour être noté:
    C’est en effet un sacrifice humain qui a lieu avant cette bataille, ceci est très rare dans la Grèce antique, ou même en Europe antique,( impossible de battre les mayas me direz vous :)), en effet le général de l’armée Grecque va, au lieu de sacrifier des animaux comme il est coutume dans les batailles de l’époque, préférer sacrifier des prisonniers Perses au nombre de trois. Peut être ne pensait-il pas suffisant de sacrifier de simples animaux face a l’extrême danger de la bataille a venir!

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Je rejoint Maxsilv. Salamine est le tournant des guerres Médiques, et une des premières grandes batailles navales. Il y en a eu précédemment, mais en faisant mes recherches, il est apparu qu’il était difficile de parler de tactique navale avant.

    Sinon, c’est assez curieux en effet qu’il y ais eu un sacrifice humain avant la bataille. C’est vrai que l’enjeu était monumental, et particulièrement impressionnant (les Perses étaient alors invaincu sur Mer), mais sachant que ces sacrifices servaient à faire un augure, souvent pour lire les bons présages dans les entrailles des sacrifiés, je me demande ce qu’ils pouvaient chercher.
    D’autant que Thémistoclès avait prit bien soin de s’assurer que tout les présages seraient favorable (interprétant à sa manière l’Oracle de Delphes). Est ce lui qui a demandé ce sacrifice?

  • Participant
    Posts568
    Member since: 12 avril 2012

    Personnellement, je définirais Salamine comme un énorme coup de poker. En effet, Athènes a été laissée aux mains des Perses et Xerxes a fait incendier l’Acropole et massacrer les grecs qui étaient restés dans la cité. Ainsi Thémistocle parie réellement sur une victoire que lui fournirait la mise en place de la tactique qu’il a imaginé. Si Salamine avait été une défaite grecque, non seulement Athènes aurait été perdue mais aussi la majorité des cités grecques. C’est donc un choix incroyablement audacieux de la part de Thémistocle et de ses contemporains.

    Ensuite je ne connaissais pas du tout cette histoire de sacrifice humain et j’en suis réellement étonné. Quelle est ta source ? Je serais vraiment curieux d’en savoir plus.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Personnellement, je définirais Salamine comme un énorme coup de poker. En effet, Athènes a été laissée aux mains des Perses et Xerxes a fait incendier l’Acropole et massacrer les grecs qui étaient restés dans la cité. Ainsi Thémistocle parie réellement sur une victoire que lui fournirait la mise en place de la tactique qu’il a imaginé. Si Salamine avait été une défaite grecque, non seulement Athènes aurait été perdue mais aussi la majorité des cités grecques. C’est donc un choix incroyablement audacieux de la part de Thémistocle et de ses contemporains.

    Le fait est que ce coup de dés est difficilement évitable dans la situation délicate où se trouvent les cités grecques coalisées contre l’envahisseur perse. En effet, l’armée s’est repliée sur l’isthme de Corinthe, mais cette barrière est aisément contournable par la mer ; aussi, il est impératif d’en garder le contrôle (à quoi sert de mettre un mur, si on peut le contourner en passant dans le champ du voisin ?). Bref, il faut avoir l’audace de provoquer le combat, mais il n’y a pas trente-six options possibles et tôt où tard il faut bien tenter de briser la vague avant qu’elle n’achève de tout submerger.

  • Participant
    Posts444
    Member since: 12 avril 2012

    La source écrite je ne pourrais plus te la retrouver mais c’est un dictionnaire historique spécialité antique, je me demande même si ce n’est pas un spécial bataille!
    Sinon c’est ma prof d’antique qui me l’a confirmer alors que je pensais identifier un sacrifice humain dans un texte ce qui n’était pas le cas, elle m’a dit que Salamine en faisait partie donc j’ai un peu chercher dans le livre et ce serait le général de l’armée grec qui aurait demandé expressément a avoir des perses en sacrifice!

    Voilà un texte qui en parle celui ci parle de trois frères perses énoncé par Plutarque et apparemment cela serait très discuté selon le texte, ma prof était assez catégorique alors je ne sais que penser:
    http://books.google.fr/books?id=95XXIRu7nmIC&pg=PA182&lpg=PA182&dq=sacrifice+humain+de+3+perses+salamine&source=bl&ots=e7fmm93sTv&sig=Xyqk7ZxP2FdS-uQhilUOMwRE8WI&hl=fr&sa=X&ei=mhvQUZu9O4OUtQbs9YCYBw&ved=0CC8Q6AEwAA#v=onepage&q=sacrifice%20humain%20de%203%20perses%20salamine&f=false

  • Participant
    Posts568
    Member since: 12 avril 2012

    Maxsilv, je suis d’accord. Les athéniens n’ont plus trop le choix a ce moment la de la guerre (même plus du tout). Cependant c’est quand même un coup de dés audacieux qui est joué. Si les athéniens n’avaient pas pris cette décision courageuse, on peut penser qu’ils auraient quitté l’Attique pour le Péloponnèse ce qui aurait été une erreur. En effet comme tu le dis, la vague perse qui déferle sur les cites grecques les auraient totalement submergées.

    Merci Iron Maiden, je ne suis pas encore allé voir ce texte dont tu me parles mais je vais y aller de ce pas (ou plutôt de ce clic). Sinon pour le reste c’est pas grave si ça te revient pas en mémoire. Pas la peine de chercher 😉

    Voilà le texte de Plutarque a propos du sacrifice :
    http://elearning.unifr.ch/antiquitas/notices_textes.php?id=269

    La source est le site Antiquitas.

    Pour ce passage la source de Plutarque est Phanias de Lesbos, jugé par Plutarque comme “un philosophe compétent aussi en littérature historique”.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 12 avril 2012

    @ maxsilv

    Beau dossier. As-tu connaissance de la représentation des [/b]Perses, d’Eschyle par la télévision française au printemps 1961 ? La question peut sembler incongrue mais cette émission, considérée comme un des grands chefs d’oeuvre de l’histoire de la télévision a fait l’objet d’un certain nombre de rediffusions. J’en ai d’ailleurs une copie enregistrée en 1984. Ses mauvaises images cinéscopées ont été numérisées depuis et je crois qu’on peut se procurer le DVD sur le site idoine de la télévision publique française.
    Si tu es au courant, je ne t’apprends rien. Dans le cas contraire… ils s’étaient donné la peine de refaire en studio le site de Persépolis et même le tombeau de Darios 1er. Les acteurs, rien que des grands noms de l’époque, apparaissaient masqués et leur tunique autant que leur jeu de scène les faisaient ressembler à des statues.
    Un compositeur s’était même fendu d’une musique composée spécialement pour l’occasion.
    Quelques brefs extraits sont visibles sur YouTube.
    Voilà.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 12 avril 2012

    Toujours à maxsilv.
    Restification. Je viens de vérifier à tout hasard et YouTube offre effectivement la version intégrale des Perses. Il suffit de taper :” les perses jean prat “, ce dernier étant le réalisateur.
    K.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Merci Kymiou pour m’avoir indiqué cette représentation que je ne connaissais pas. Je tâcherai de regarder ça (si je m’en souviens) dans deux semaines, à mon retour de vacances. 😉

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 12 avril 2012

    Je te le rappellerai au besoin. Un fan de Salamine DOIT voir çà. Le contraire serait contre-nature.
    Bonnes vacances.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts210
    Member since: 12 avril 2012

    Je pense que c’est ce documentaire qui a était fait par arte. Bon visionnage si vous ne l’avez pas encore vu 🙂
    https://www.youtube.com/watch?v=HSQhSbshGeM

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 12 avril 2012

    Pour tous, mais avec une dédicace toute particulière pour maxsilv dont j’espère que les vacances se sont bien passées, voici “Les Perses” tels qu’ils furent joués en 1961. Le lendemain, il ne s’est donné aucun cours de grec dans les écoles de France, Suisse et Belgique. Au grand désarroi des enseignants, les classes se transformèrent en deux groupes quasi-hostiles : les “pour” à 100% et les “contre” à 100%.
    Pas de magnétoscope à cette époque, bien sûr, mais j’avais enregistré la bande-son et je l’ai fait tourner pendant des mois. Mes parents en devenaient fous ! Après quelque temps, je me suis aperçu que j’en avais retenu par coeur, et sans le vouloir, tous les rôles.
    Je les sais toujours…

    http://youtu.be/BSRTsfKXBJs

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts5796
    Member since: 12 avril 2012

    Merci Kymiou pour le lien, je vais regarder ça ce soir. 😉

    Et, au passage, mes vacances ce sont très bien passées, merci. 🙂

    Edit : Je viens à l’instant de finir de regarder ce chef d’oeuvre de propagande athénienne, toujours aussi enrichissant concernant la perception qu’avaient les Grecs des Perses et dont le rendu est pour le moins grandiose.
    Évidemment, il convient de prendre des précautions vis-à-vis d’une telle pièce. En effet, elle accorde le beau rôle à Athènes (on en oublierait presque que si Salamine a sauvé les coalisés grecs de la catastrophe, c’est à Platées que l’armée perse est défaite), fait passer une expédition minutieusement préparée pour un projet totalement démesuré et prend un point de vue perse qui n’est qu’un masque, puisqu’elle a été conçue pour un public athénien.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 12 avril 2012

    @ maxsilv

    C’est évident. Il faut au moins croiser ce texte avec celui du livre VIII d’Hérodote.

    La pièce a été jouée moins de 10 ans après la bataille devant des spectateurs qui y ont tous participé. Cela oblige à certains raccourcis. As-tu remarqué – mais oui, bien sûr – que le récit du messager sur la débâcle des survivants vers l’Asie se rapporterait plutôt à l’après-Platées ? Et qu’il y a contradiction entre ce dernier récit et ce que dit Darios un peu plus tard, à propos de futures “montagnes de morts” ?

    Mais le génie d’Eschyle est d’avoir eu l’idée de magnifier la gloire des vainqueurs par le spectacle de la désolation des vaincus. Il y instille même de la pitié, ce qui est très contraire aux idées du temps.

    Il a écrit là la première pièce de théâtre à sujet profane de l’Histoire et cela peut se saluer bien bas.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts578
    Member since: 12 avril 2012

    Sans cette bataille, la flotte perse aurait pu contourner l’armée grecque en passant par la mer, donc asséner un coup fatal aux grecs.
    En tout cas, ce qui me désole le plus, c’est de voir que holiwood a fait de cet évenement un navet, irréaliste et en contradiction avec ce qu’il s’est vraiment passé, je parle de 300, la naissance d’un empire.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 12 avril 2012

    @imperosol

    Sans cette bataille, la flotte perse aurait pu contourner l’armée grecque en passant par la mer, donc asséner un coup fatal aux grecs

    Attention, les Thermopyles, c’est près de deux mois avant Salamine.

    Quand les Perses sont bloqués par les Grecs aux Thermopyles, il leur est impossible de les contourner par la mer car celle-ci n’est pas libre. L’île d’Eubée, tout en longueur, ne laisse d’accès que par deux détroits, le premier au cap Artémision, solidement tenu par la flotte grecque, l’autre trop loin pour être sérieusement envisagé.

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/1f/Dimos_Artemisiou.png/280px-Dimos_Artemisiou.png

    La bataille est donc engagé conjointement sur terre, pour arrêter l’armée de Xerxès, et sur mer pour éviter un débarquement en arrière des lignes. Dans les deux cas, il n’existe aucune possibilité de déploiement pour la force la plus nombreuse. Il serait difficile de trouver, en Grèce ou ailleurs, une autre position défensive aussi parfaite.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts460
    Member since: 12 avril 2012

    Je profite d’une question pour remonter ce dossier.
    J’ai entendu dans un Doc TV que 150 navires perses ne se trouvaient pas a proprement parlé à Salamine lors de la bataille car ils bloquaient l’autre coté du détroit. Est ce que quelqu’un peut me confirmer cette information en me donnant si possible sa source? Merci.

  • Participant
    Posts194
    Member since: 12 avril 2012

    Les Grecs, suivant les “divinations” de la pythie se sont déployés au pied de Salamine. La flotte Perse, immense, n’a pas la place d’entièrement se déployer dans le détroit ce qui, comme aux thermopyles, permet aux amiraux Thémistocle et Eurybiade d’affronter en égalité numérique les perses.

    Le choc frontal sera favorable aux grecs, qui profiteront de la densité perse, empêchant ces derniers de manoeuvrer.

  • Participant
    Posts460
    Member since: 12 avril 2012

    Non, bien qu’il est vrai que l’espace réduit du détroit empêche les Perses de profiter au maximum de leur supériorité quantitative, il sont toujours largement supérieur en nombre. Mais en plus d’être globalement de meilleurs marins, les grecques ont un atout assez important. En effet, leur trirères ont un éperon renforcé en airain alors que celles des perses n’ont que du bois.

  • Participant
    Posts194
    Member since: 12 avril 2012

    Oui, les perses sont peu être plus nombreux, mais le choc frontal reste à égal nombre de galères, c’est là que les meilleurs marins et galères (c’est à dire grecs), permettent de prendre l’ascendant.

    De plus, les perses, sur la même distance de déploiement ont amassés plus de navires afin d’avoir une supériorité numérique au global. Mais sur une aussi petite bande, les rames s’entrechoquent, la flotte perd en cohésion et les perses ne peuvent plus du tout manoeuvrer. Fait dont les grecs sauront aussi tirer avantage.

    Juste petit détail minime, l’aile droite était composé des navires spartes mais aussi de toutes les autres cités grec et étaient sous le commandement d’Eurybiade.

    Si vous voulez, je peux aussi apporter quelques précisions sur le déroulement même de la bataille. Le dossier est très bien fait, mais je pense pouvoir aider à l’enrichir.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 12 avril 2012

    Napoléon IV

    J’ai entendu (…) que 150 navires perses ne se trouvaient pas a proprement parlé à Salamine lors de la bataille car ils bloquaient l’autre coté du détroit. Est ce que quelqu’un peut me confirmer (…)?

    Le simple bon sens, déjà. On ne ferme pas une sortie en laissant l’autre béante. De plus, il y a cette phrase dans Les Perses d’Eschyle quand il évoque le briefing de Xerxès à ses capitaines :

    « Vous déploierez sur trois rangs la plus grande partie de vos navires pour bloquer tout passage à la flotte des Grecs. Le reste de vos vaisseaux, vous l’enverrez fermer tous les détroits et cerner Salamine » (365ème vers et suivants).

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts161
    Member since: 12 avril 2012

    Juste petit détail minime, l’aile droite était composé des navires spartes mais aussi de toutes les autres cités grec et étaient sous le commandement d’Eurybiade.

    Correct

    D’un autre coté, les trières athéniennes représente la moitié de la flotte grecque et c’est bien Thémistocle qui est l’artisan de Salamine.

    D’ailleurs il force Eurybiades à accepter son plan sous peine de retirer les trières athéniennes, donc niveau commandement on peut dire que Thémistocle est bien le stratège de cette bataille. (même si sur le papier c’est bien ce sale lacédémonien….)

  • Participant
    Posts194
    Member since: 12 avril 2012

    Oui il a été très prévoyant en dotant Athène d’une grande et puissante flotte.

    Oui, je savais ça, il a forcé les spartes à rester, il est l’artisan de la victoire!

    Je disais juste qu’il commandait l’aile droite, pas qu’il avait mené à la victoire ^^(eurebyade.)

  • Participant
    Posts460
    Member since: 12 avril 2012

    Évidement @kymiou mais je ne penses pas que mon bon sens soit une preuve historique incroyablement valable voilà pourquoi je demandais des sources et je te remercie donc de m’avoir apporté Eschyle.

    D’ailleurs pour convaincre Eurybiade de livrer combat à Salamine, Thémistocle n’a pas hésité à utiliser Xerxès en personne. En effet, celui-ci a simuler une trahison pour pouvoir conseiller au Roi des Rois d’attaquer sans attendre. Les Perses attaquant, plus question de se replier sur l’Isthme.

  • Participant
    Posts194
    Member since: 12 avril 2012

    Il a demandé à son ancien précepteur de dire la vérité aux Perses.

    Ce dernier a débarqué sur la côte où étaient installés les perses et a flatté l’orgueil de Xerxès en lui disant que pour avoir une grande bataille (victoire surtout), il fallait affronter les grecs demain car après la moitié de la flotte rentrerait défendre par petits contingents leurs cités respectives avec l’enfoncement des Thermopyles (seul les athéniens qui avaient perdus leurs cités avaient décidé de rester, on leur a alors reprocher ce fait.).
    Pour définitivement prouver sa supériorité sur le monde grec et obtenir une victoire qui se répandrait dans tout l’Empire, une victoire décisive, Xerxès devait les affronter le lendemain où il n’aurait plus eu qu’une succession de petites escarmouches peu glorieuses et très longues au total.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 12 avril 2012

    Napoléon IV :

    Évidement @kymiou mais je ne penses pas que mon bon sens soit une preuve historique incroyablement valable…

    Pourquoi pas, s’il s’appuie sur des données objectives ? Dans ce cas, on dit « hypothèse bien étayée »… mais cela reste du bon sens.

    Nous avons une bonne application avec le message de @Poker_Gambler, qui nous dit :

    (Le messager) a débarqué sur la côte (…) et a flatté l’orgueil de Xerxès en lui disant que pour avoir une grande bataille (victoire surtout), il fallait affronter les grecs demain car après la moitié de la flotte rentrerait défendre par petits contingents leurs cités respectives…

    Cette opinion, régulièrement répétée, doit tout à l’interprétation des Grecs après bataille et pas grand chose aux faits. L’orgueil et la naïveté de Xerxès sont systématiquement mis en avant pour expliquer le cours des choses. Cette vision s’étale dans le texte d’Eschyle, quand les Perses, désolés par le désastre, font revenir le spectre de Darius qui s’exclame à propos du pont de bateaux lancé vers l’Europe :

    « Hélas, la source de nos malheurs, c’est mon fils, l’incrédule Xerxès, qui l’a fait naître. Folle témérité de la jeunesse ! Entraver l’Hellespont sacré ! Ligoter par des chaînes d’esclave les eaux divines du Bosphore ! Fermer par la forge et le fer un détroit ouvert par les dieux pour donner à ses troupes une route sans mesure. Xerxès ! Quelle maladie a frappé ta raison pour avoir défié Poseidon ! »

    Xerxès serait donc un sale gosse capricieux, vaniteux et irresponsable. C’est très grec, comme interprétation. Le respect dû aux créations divines, le sens de la mesure, la vengeance des dieux s’exerçant sur les mortels qui le prennent d’un peu trop haut, etc… Conclusion : entre la colère de l’Olympe, les puissantes trières et les valeureux hoplites, les Perses n’avaient pas la moindre chance.

    En face, le raisonnement est très différent. Les Perses n’ont pas à tenir compte des susceptibilités contradictoires de Zeus, d’Athéna et des autres. En bons monothéistes zoroastriens, Xerxès et ses hommes pouvaient bien faire tout ce qu’ils voulaient  : Ahoura-Mazda n’avait rien à taper de ces affaires purement humaines !

    A présent, essayons de faire parler les faits, la géographie, la logique et le bon sens sans trop s’occuper des récits sur lesquels on s’appuie d’ordinaire. Voyons ce que ça donne…

    https://images.empreintesduweb.com/originale/1498690775.png
    Au nord, la baie d’Eleusis. A gauche, le chenal occidental aux zig-zags à peu près impraticables. A droite, la zone de bataille avec l’île Psittalia, comme un bateau blanc…

    Xerxès a fait brûler Athènes. Sa flotte mouille à Phalère, qui est le port de la ville (le Pirée n’existe pas encore). On charge dans les cargos le butin du pillage. Le roi considère que les Grecs sont coincés : leur flotte est bloquée dans la baie d’Eleusis tandis que les Athéniens, population et armée confondues, s’empilent sur l’île de Salamine avec quelques détachements des autres cités mais pas beaucoup. Le gros des forces péloponésiennes est en train de construire son mur illusoire sur l’isthme de Corinthe.

    Ni Xerxès ni son état-major ne sont des imbéciles. Tous les officiers ont fait leurs classes sous Darius, qui n’a pas cessé de guerroyer le temps de son règne. De plus, ils viennent de réprimer une révolte de grande ampleur en Égypte. Vu les rapports de forces, ils ne pensent pas que les Grecs voudront combattre. Ils se rendront ou chercheront à fuir. Le simple bon sens suggère que des éclaireurs perses observaient les moindres mouvements des navires grecs depuis la rive opposée. Les distances sont en effet dérisoires.

    https://images.empreintesduweb.com/originale/1498690777.png
    L’île de Salamine, vue du continent. C’est à peu près ce qu’a dû contempler Xerxès.

    Et ils ont dû en voir, des choses, la veille du jour J en début de soirée ! Une flotte qui s’apprête à appareiller bruisse toujours d’activité. Inspection des voiles et des cordages, embarquement de divers matériel, écopage des sentines, remplacement des rames endommagées, agitation des équipages… Les Grecs auraient pu le faire de nuit, objectera-t-on, mais la lumière des torches est encore moins discrète.

    Comme la fuite (comme le pensent les Perses) ou l’attaque (qui est l’intention hellène) se fera à l’aube, les vaisseaux doivent être en position pour bondir aux premières lueurs. Ils se mettent donc en file le long de la côte Est de Salamine, rostre vers la sortie. Encore une manœuvre qu’on ne peut pas faire dans l’obscurité sans risquer de casser du bois.

    Xerxès en est avisé, bien sûr. Sur ce, il reçoit la visite de l’émissaire de Thémistocle. Pour le roi, ce n’est même plus une information, juste la confirmation des rapports de ses éclaireurs. Quoi qu’il arrive, ce sera pour demain. Les observateurs précisent au roi le meilleur emplacement pour faire poser son trône s’il veut assister, soit à la bataille, soit à la reddition. Depuis le temps qu’ils arpentent les lieux, ils connaissent l’endroit le plus approprié.

    Une tentative de fuite dans la nuit étant le plus probable, Xerxès place ses vaisseaux de guerre en première ligne devant le détroit oriental, celui qui est le plus large. Comme celui d’occident est en chicane et s’oppose au passage en masse, il le fait surveiller par une flottille restreinte, celle des Égyptiens dit-on et c’est plausible : les marins du Delta ont encore en tête leur révolte avortée d’il y a deux ans et il ne faut pas trop compter sur leur zèle.

    Les cargos sont également mobilisés. Ils sont en deuxième ligne et intercepteront le vaisseau grec qui passerait à travers les mailles. S’il devait y avoir bataille, les bateaux perses désemparés pourraient s’échouer sur la petite île de Psyttalia qui ferme partiellement la passe. L’îlot voit donc débarquer un corps de troupes perses.

    A l’aube, la flotte grecque n’a toujours pas bougé. Comme ils savent que le roi les regarde, les officiers de Xerxès décident d’aller la chercher. Comme elle s’égrène proue à poupe le long de la côte de Salamine, le mieux est de s’engager le long de la rive adverse ; quand les deux lignes seront parallèles, chaque galère stoppera, fera un 90° vers la gauche et foncera dans le flanc du vaisseau grec à sa hauteur.

    Mais les Perses, peuple des steppes, raisonnent en terriens. Cette manœuvre élémentaire pour des cavaliers ou des fantassins est, en réalité, beaucoup plus complexe sur mer. En l’absence de systèmes de signaux, impossible de créer un mouvement simultané. Chaque navire imite donc celui qui le précède avec un temps de retard. La manœuvre se fait de proche en proche et les temps de retard s’additionnent. Les trois ou quatre premiers bateaux réussissent à pivoter en se frôlant mais les cinq suivants, emportés par leur élan, se mélangent les rames et au-delà, ce sont les rostres qui égratignent les poupes. Derrière, on s’écarte, on stoppe, on rétro-rame dans l’affolement. Bref, c’est un carambolage et le désordre se répand comme l’éclair jusqu’au bout de la ligne.

    Eschyle, témoin oculaire, l’a clairement décrit :

    « Paralysés, ils se blessent entre eux de leur bec de bronze et fracassent leurs rames enchevêtrées ».

    Pendant ce temps, les trières grecques, toujours à l’arrêt, pivotent lentement sur place en suivant la progression de la ligne ennemie en pleine confusion. Après un quart de tour, elles ne sont plus en file mais en ligne, rostres prêts. Et le front s’ébranle… Vous savez la suite.

    http://cyclesdorient.files.wordpress.com/2012/06/bataille-de-salamine.jpg

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

You must be logged in to reply to this topic.

A password will be emailed to you.