Post has published by guiguit

Ce sujet a 14 réponses, 7 participants et a été mis à jour par  mongotmery, il y a 2 ans et 4 mois.

15 sujets de 1 à 15 (sur un total de 15)
  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013
    Isly, entre sabres et sable

    Une bataille qui fera beaucoup parler d’elle et qui opposera une armée jusqu’ici invaincue sur son propre sol et des troupes d’une armée d’Afrique qui est impatiente de moissonner les lauriers de la victoire, voilà ce qu’est la bataille d’Isly du 14 août 1844.

    I. Contexte :

    1. La conquête de l’Algérie et le maréchal Bugeaud :

    La conquête de l’Algérie est entreprise au début de juillet 1830 par la France de Charles X d’abord pour venger l’affront qui a été fait à l’un de ses consuls par le dey d’Alger. Après la prise d’Alger elle-même, la monarchie de Juillet de Louis-Philippe d’Orléans, qui avait entretemps remplacé le réactionnaire Charles, avait décidé de se contenter d’une «occupation restreinte» du territoire nord-africain, en particulier les ports. Cependant, l’intérieur des terres était en proie à une quasi-anarchie d’où émergèrent deux hommes forts : le bey Ahmed dans le Constantinois, qui fut rapidement subjugué en 1837 et le marabout Abd el-Kader….

    Abd el-Kader signait dans un premier temps le traité de Tafna du 30 mai 1837 avec les Français. Ayant renforcé son autorité, Abd el-Kader dénonca une violation de ce traité en 1839 lorsque le maréchal Valée passa les Portes de fer avec ses troupes. La guerre reprit alors. Paris nomma alors Bugeaud gouverneur général de l’Algérie avec mission d’écraser le «marabout».

    Thomas-Robert Bugeaud de La Piconnerie (1784-1849) est un officier français qui a fait toutes ses «classes» durant les guerres napoléoniennes, ce qui le marquera durablement. Caporal dans la garde impériale à Austerlitz, capitaine durant la guerre d’Espagne où il sert dans le corps du maréchal Suchet, il termina les Cents-Jours avec le grade de colonel. Libéral (et au fond bonapartiste), il est tenu à l’état de demi-solde par la Restauration. C’est la monarchie de Juillet qui le réintégra dans l’armée avec rang de maréchal de camp (aujourd’hui, cela correspond à celui de général de brigade). Partisan des Orléans, il se fait élire député et rempli des missions peu glorieuses comme la garde de la duchesse de Berry (opposante légitimiste qui avait tenté de soulever la Vendée contre Louis-Philipe) ou la répression de l’insurrection de 1834 (où on lui attribua à tort des exactions de soudards).

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/d/dc/Bugeaud,_Thomas_-_2.jpg/250px-Bugeaud,_Thomas_-_2.jpg
    Le maréchal Bugeaud. Sa devise “Ense et aratro”, “Par l’épée et par la charrue” illustre son programme : combattre l’ennemi et utiliser sa conquête pacifiquement.

    Bugeaud se révéla rapidement être l’homme de la situation par son remarquable entraînement des hommes et ses opérations inspirées de son expérience napoléonienne. Pour lui, le but était désormais de soumettre les Arabes et non de les faire fuir. Il mena des razzias contre le bétail, les récoltes, les oliveraies et les plantations. Le maréchal mit sur pied des postes fixes qui tenaient le pays conquis tandis que des colonnes mobiles rendaient la vie d’Abd el-Kader impossible. Populaire chez les simples soldats, Bugeaud était très mal vu par les membres de son état-major. Ainsi, il déclara à un de ses collègues qui avait l’expérience du terrain que «le mulet du maréchal de Saxe avait beau avoir suivi son maître durant vingt campagnes, il n’en reste pas moins un mulet » !

    2. Le Maroc au 19e siècle et la résistance d’Abd el-Kader :

    Face à une telle détermination, l’émir algérien subit revers sur revers et ses terres se réduisent à peau de chagrin. Bientôt, il est contraint de s’enfuir vers le Maroc, qui le soutient depuis cinq ans, d’où il espère rebâtir une force et reprendre la lutte.

    http://algeroisementvotre.free.fr/site0301/conquete/photos01/conqu052.jpg
    La prise de la smala d’Abd el-Kader, sorte de ville nomade regroupant plus de 400 tentes, constitue un désastre sans précédent pour les Arabes. Le commandant Français est le duc d’Aumale. Les fils de Louis-Philippe participèrent à de nombreuses batailles, nous aurons l’occasion d’en recroiser un autre….

    A l’époque, le Maroc ou Empire chérifien, est un Etat homogène qui a résisté victorieusement au cours des siècles aussi bien aux Espagnols qu’aux Turcs. Qui plus est, son souverain, le sultan, dispose du titre de Commandeur des Croyants, ce qui fait de lui le «chef» des musulmans de son pays, un peu à l’image du roi d’Angleterre, chef de l’Eglise anglicane. En outre, le pays est protégé par le Royaume-Uni dont le drapeau flotte fièrement sur le rocher de Gibraltar. En effet, à la fois pour garder une parfaite maîtrise de l’entrée de la mer Méditerranée et disposer d’un bon client qui leur achète textiles, sucre, métaux et même thé, les Anglais se font les garants de la souveraineté marocaine.

    L’intervention française, par ailleurs, n’avait été vue d’un mauvais œil par le Sultan car les Français l’avaient débarrassé de son gênant voisin turc (qui dirigeait l’Algérie par le biais d’une régence). Cependant, l’arrivée du résistant change la donne. Si Paris n’est pas contre sa présence au Maroc, elle exige son internement. Or, Abd el-Kader a déjà reconstitué une deïra, sorte de smala plus réduite et bénéficie du soutien des élites de l’empire si bien que le monarque ne peut se résoudre à le mettre aux fers.

    De ce fait, en 1844, le gouvernement français juge qu’une démonstration de force est nécessaire afin de faire entendre raison au Commandeur des Croyants en faisant parler les armes s’il le faut.

  • Participant
    Posts2925
    Member since: 26 février 2013

    Un début de dossier très prometteur ! Je suis impatient de lire la suite.

    Omnia Sunt Comunia

    Je suis anarchiste au point de traversé dans les clous pour ne point avoir de soucis avec la maréchaussée.

  • Participant
    Posts1319
    Member since: 17 juin 2016

    Bravo dossier trés réussi 🙂 , trés complet 😉 .

    Un peuple qui n'aime pas son pays, ne mérite pas son indépendance.
    Moi

    Tiens , il pleut
    Napoléon Bonaparte

  • Participant
    Posts1769
    Member since: 8 septembre 2015

    Bravo dossier trés réussi 🙂 , trés complet 😉 ;

    ….surtout pas encore fini. Si tu le souhaites guiguit mon dossier est à ta disposition: n’hésite pas 😉

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    II. Début de la campagne :

    1. Bombardement de Tanger :

    C’est le 6 août (1844) que les hostilités entre la France et le Maroc débutèrent, le Sultan ayant refusé la veille les dernières demandes françaises, certainement influencé par la diplomatie anglaise. C’est François d’Orléans, prince de Joinville, troisième fils du Roi Louis-Philippe d’Orléans qui est aux commandes de l’escadre française. Cette dernière est forte de 28 navires comprenant 7 vaisseaux de lignes et deux vapeurs.
    Le prince bombarda la ville. La marine mit à bas les murs du port, réduit les canons du Sultan au silence et causa d’importants dommages dans la vieille ville, la Casbah.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/75/PrinceDeJoinville.jpg
    Le prince de Joinville, le marin de la famille royale. Tanger était un important centre commercial et diplomatique dont la destruction coûtera fort cher l’Empire chérifien.

    Cette opération a surpris aussi bien le Maroc, qui ne disposait d’aucune flotte que les Anglais qui pensaient une telle attaque hors de portée du «savoir-faire» français. Quelques jours plus tard, le prince royal fera mouvement vers le sud de l’Empire chérifien. Mais, que fait donc Bugeaud pendant ce temps ?

    2. Et l’armée de terre ? :

    Pendant ce temps, les troupes du général Bugeaud avaient établi leurs positions à Lalla Maghnia depuis le 5 juin. Les Français avaient transformé la bourgade en véritable base : aménagements de magasins, de bassins pour la rétention d’eau,… alors qu’ils multipliaient les sorties et des échauffourées, petits mais réels, avec les forces du Sultan envoyées sur place.

    Après qu’il eût appris l’affaire de Tanger, le «grognard» décida de s’avancer en territoire marocain lui aussi pour des raisons de prestige et de rivalité entre marine et armée de terre.

    III. La Bataille :

    Ayant réuni ses forces totalisant 11 000 hommes, le Français se dirigea vers le camp de l’armée marocaine établie sur la rive droite de l’Isly. La veille de la bataille, il harangue ses soldats dans le plus pur style napoléonien, leur promettant la victoire française malgré la supériorité numérique de l’ennemi.

    Le commandement chérifien avait commis sa première erreur en décidant de rester sur ses positions : il s’était immobilisé et avait donné un objectif aux Français. Il faut dire que le prince Sidi Mohammed, fils du Sultan et chargé du commandement par lui, n’avait pas demandé conseil à Abd- El Kader ni à aucun autre rebelle algérien… D’ailleurs, les fusils à silex du Maroc ne feraient pas le poids face aux armes à percussion des Français. Malgré tout, l’armée marocaine alignait quand même 25 000 combattants issus des tribus, renforcés par un faible contingent d’artillerie et quelques éléments de la garde royale.

    La bataille débuta à neuf heures du matin le 14 août. L’armée française s’était mise en route sept heures avant pour attaquer l’ennemi directement devant son camp. Le cours d’eau de l’Isly franchit, Bugeaud fit adopter une formation anti-cavalerie à ses troupes une fois celles-ci déployées sur la steppe. L’armée toute entière formait un immense losange où chaque bataillon était déployé en carré de trois rangs. L’artillerie se trouvait entre les intervalles. La cavalerie, les convois restent au centre sous la direction directe de Bugeaud. Les généraux Bedeau, Cavaignac et Pélissier dirigent respectivement la droite, le centre et la gauche de la formation.

    Le futur Mohammed IV lança ses cavaliers en masse contre les troupes françaises. Les tirailleurs, placés au-devant des rangs du carré, foudroient les Marocains dont l’élan est définitivement brisé par les carrés formés sur trois rangs, quasiment impénétrables. L’artillerie apporte un appui feu direct aux fantassins. Brisée en plusieurs fractions, la cavalerie du Sultan subit alors un assaut de la cavalerie de Bugeaud menée par les colonels Youssouf et Morris.

    Youssouf emmena six escadrons de ses spahis contre le campement ennemi dont ils terrassèrent la dizaine de pièces d’artillerie le défendant. L’infanterie, toutes baïonnettes dehors, le suivit de près. Morris repassa l’Isly et prit l’aile gauche marocaine à revers et mena une lutte acharnée contre les restes de la cavalerie adverse.

    La bataille a duré trois heures et se solde sur une victoire décisive du maréchal Bugeaud. Les Marocains se replièrent sur Taza, à 200 kilomètres du champ de bataille, jonché de 800 cadavres chérifiens. Les Français pouvaient déplorer 27 morts et 100 blessés mais aussi la prise de 18 drapeaux et 11 pièces d’artillerie.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/80/Vernet_-_Bataille_d%27Isly_-_1846.jpg
    La bataille finie, Bugeaud et son état-major occupèrent le campement ennemi et s’emparèrent de la luxueuse tente royale…
  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Deuxième et troisième partie éditées ! Bientôt la conclusion suivra !

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    IV. Conséquences :

    C’est la première défaite d’une armée marocaine sur son propre sol. Après la bataille, le Sultan est contraint de se plier aux exigences de la France, menacé qu’il est par la défaite de son armée et la présence de la marine française sur ses côtes. Le traité de Tanger, signé le 10 septembre, officialisera le nouveau rapport de force. Selon le document, Abd El-Kader est chassé du Maroc, une parcelle du territoire chérifien est cédée à la France. Last but not least, voulant certainement s’assuré de l’avenir, les Français se réservèrent un droit de conquête sur les terres du Sud de l’Algérie, terres auparavant convoités par les Commandeurs des Croyants. Pourtant, le royaume n’est pas assujetti. Il faudra attendre 1904 pour cela…

    Bugeaud, qui se vantera d’être passé outre les instructions de son «ministre de tutelle», le maréchal Soult, sera nommé duc d’Isly alors que le nom de la bataille rejoindra sur les étendards ceux d’Austerlitz, Iéna, Friedland,… Sa formation en «hure» servira de modèle à toutes les armées coloniales jusque ce que l’évolution de l’armement la rende définitivement obsolète. Des militaires américains viendront même l’étudier, ainsi que ses méthodes de contre-insurrection, pour les utiliser contre les Amérindiens !

    Sources :
    -ANTRE DU STRATEGE (Jean-Baptiste Murez), https://antredustratege.com/2013/10/14/la-bataille-disly-1844-i-sur-iii/, consulté le 22/08/2016
    -FORUM DE LA GUERRE (Gytz), «Histoire du Maroc», http://www.strategietotale.com/forum/172-histoire-globale/172541-dossier-histoire-du-maroc?limit=25&start=25#175262, consulté le 22/08/2016
    -MOURRE. M, Dictionnaire encyclopédique de l’Histoire du Monde, Editions France Loisirs
    -WIKIPEDIA, «Bataille d’Isly », https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Isly, consulté le 20/07/2015

  • Admin bbPress
    Posts6316
    Member since: 5 août 2017

    Alors je viens de partager ton dossier ici Guiguit ^^

    https://www.facebook.com/pages/BaTBaiLeyS-Productions/115799121832696

    Merci pour ton travail!

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Participant
    Posts893
    Member since: 24 février 2015

    Merci guiguit pour ce dossier si intéressant ! La bataille d’Isly fait vraiment penser aux Pyramides : infanterie française bien rangée et bien équipée qui foudroie une impétueuse cavalerie…

    Une zone d’ombre persiste : peux-tu préciser ce qu’est la formation en “hure” de Bugeaud que je n’ai pas bien saisie…

  • Modérateur
    Posts199
    Member since: 12 septembre 2015

    Ton super travail m’a inspiré, j’en rédigerai un sur une guerre d’Afrique prochainement 😉

    "Lorsque le soleil frappa de ses rayons les boucliers d'or et d’airain, les montagnes en furent illuminés et brillèrent comme des flambeaux allumés"

    I, Maccabées, 6, 31.

  • Admin bbPress
    Posts6316
    Member since: 5 août 2017

    Excellente idée! Tu as une idée sur laquelle en particulier?

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Une zone d’ombre persiste : peux-tu préciser ce qu’est la formation en “hure” de Bugeaud que je n’ai pas bien saisie…

    Grosso modo, l’armée française est divisée en trois corps de bataille : l’aile droite (général Bedeau), le centre (général Cavaignac) et l’aile gauche (général Pélissier). Chacun de ses corps est formé en losange. Au sein de chaque losange, les bataillons (ensemble de compagnies, échelle se trouvant juste en-dessous du régiment) d’infanterie sont formés en carré. Le carré est installé sur trois rangs d’hommes, ce qui permet une plus grande puissance de feu. Entre les carrés, des batteries d’artillerie ont été déployées. L’infanterie légère, formée en tirailleurs, est placée en devant du dispositif, comme une sorte de rideau. Enfin, le train et les bagages sont placés dans le losange du centre avec la cavalerie restée en réserve.

  • Participant
    Posts893
    Member since: 24 février 2015

    Et le losange est étendu sur sa “longueur” pour permettre une plus grande puissance de feu si j’ai bien compris. De plus, on trouve trois losanges sur le champ de bataille : ailes gauche et droite ainsi que centre, c’est ça ?
    Désolé, j’ai essayé de chercher une image mais je n’en ai pas trouvé…

  • Modérateur
    Posts199
    Member since: 12 septembre 2015

    BaTBaiLeyS: Excellente idée! Tu as une idée sur laquelle en particulier?

    Sur la conquête du Soudan français au XIXe siècle, en se focalisant sur un général (je ne dirai pas lequel pour garder le suspens) ayant contribué à coloniser cette région d’Afrique. Prochainement sur le Forum.

    ça changera de l’antiquité ^^

    "Lorsque le soleil frappa de ses rayons les boucliers d'or et d’airain, les montagnes en furent illuminés et brillèrent comme des flambeaux allumés"

    I, Maccabées, 6, 31.

  • Modérateur
    Posts8432
    Member since: 14 mai 2013

    C’est une formation intéressante, elle fait penser à une des ces formations qui sont le “summum” de la puissance de feu, quasiment invincible face à un adversaire qui l’appréhende de front.

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

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