Post has published by Leonidas

Ce sujet a 24 réponses, 9 participants et a été mis à jour par  UlysseSLee, il y a 3 ans et 3 mois.

25 sujets de 1 à 25 (sur un total de 25)
  • Participant
    Posts1616
    Member since: 21 avril 2012

    Le déclin des Habsbourg de 1815 à 1918.

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    Préambule :

    L’empire des Habsbourg est sans doutes l’un des plus important d’Europe, en effet, les territoires sous leur domination ont été innombrables, durant tout le Moyen-âge, la maison d’Autriche ne partant initialement que de petites possessions en Suisse est devenue au cours des siècles l’une des plus puissante d’Europe. Les Habsbourg bénéficient encore aujourd’hui d’un immense prestige. Ils ont régné sur un territoire s’étendant des monts du Tyrol aux confins de la de la Roumanie. Ce vaste empire multinational et multiculturel a été l’un des plus prestigieux de l’Epoque Moderne et a imposé sa puissance à travers l’Europe Centrale. Bien qu’ayant essuyé de durs revers au fil de l’Histoire et en particulier au 19ème siècle, les Autrichiens se sont révélés résistants, tenant tête à de grandes puissances comme l’Empire Ottoman au 17ème et 18ème siècle ou celui de Napoléon 1er au début du 19ème siècle. Tenaces, ils revenaient chaque fois à la charge afin de sauver leur nation. En 1914, c’est déjà un empire fatigué qui entre dans le premier conflit mondial. Divisé par de divers peuples cherchant l’indépendance après des siècles de domination. Le vieil empereur François-Joseph 1er, qualifié comme le plus triste souverain d’Europe depuis la disparition de son fils l’archiduc Rodolphe en 1858 et de sa femme l’impératrice Elisabeth de Wittelsbach (surnommée Sissi) en 1898 est alors influencé par un entourage militariste comme le chef de l’armée royale et impériale d’Autriche-Hongrie Konrad Von Hötzendorf ainsi que le ministre des affaires étrangères Leopold Berchtold qui le persuadent de précipiter l’Empire dans la 1ère Guerre Mondiale, ils pensaient restaurer l’honneur de l’Autriche-Hongrie par une victoire écrasante sur les Serbes en une guerre rapide. Tous ignoraient qu’ils allaient non-seulement provoquer l’une des guerres les plus meurtrières de l’Histoire qui allait se généraliser à l’ensemble de l’Europe avant d’atteindre le monde entier mais qu’ils signaient l’arrêt de mort de leur Empire déjà instable à l’époque ainsi que ceux de nombreuses autres monarchies européennes.

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    Drapeau impérial autrichien (1804-1867).

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    Drapeau impérial austro-hongrois (1867-1918).

    1.Le Congrès de Vienne.

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    Le Congrès de Vienne a lieu du 18 septembre 1814 au 9 juin 1815, ce congrès réuni les représentants des grandes puissances européennes. On peut dire que c’est toute l’Europe monarchique qui arrive dans la capitale autrichienne, en effet, 15 familles royales, 200 princes, des têtes couronnées à ne plus en savoir en conter. L’Autriche, la Prusse, la Russie, la Grande-Bretagne sont les principaux vainqueurs de l’Empire français mais il y a aussi la Suède, les Etats Pontificaux, la Sardaigne, la République de Gênes, les Royaumes d’Espagne et du Portugal et même la Confédération des 22 Cantons (Suisse). Il ne faut évidement pas oublier le Royaume de France (de la Restauration) représenté par Talleyrand. Les pays vainqueurs de Napoléon 1er se rencontrent afin de redessiner la carte de l’Europe mais pas que, en effet le Congrès de Vienne permettra l’interdiction de la traite des noirs (malheureusement sans interdire l’esclavage) due à la présence d’abolitionnistes de la traite négrière. Nous pourrions qualifier (comme l’a fait le prince de Ligne) que le « Congrès s’amuse », en effet, la plupart des représentants ne participeront même pas aux négociations et aux pourparlers, ils préféreront aller à des soirées mondaines, à des fêtes, à de grandes réceptions et à laisser les grands choix aux 4 grands vainqueurs. Mais déjà des dissensions apparaissent, deux camps rivalisent pour imposer leur visées territoriales et politiques.

    1.1 Les deux camps.

    Les représentants des puissances sont très nombreux et ont des idées divergentes de la façon dont le Vieux Continent ressemblera à la sortie du Congrès. En effet, le Tsar lui-même a de grandes ambitions pour son empire, il veut d’abord annexer une bonne partie de la Pologne, il veut ensuite s’étendre vers les détroits turcs du Bosphore et des Dardanelles afin de fragiliser toujours plus l’Empire Ottoman (déjà vieillissant à l’époque). Le fait de voir la Russie vouloir devenir un géant inquiète non-seulement l’Autriche mais aussi la Grande-Bretagne (tout deux attachés à l’équilibre européen). La Prusse elle aussi a de grandes ambitions, elle veut s’imposer comme grande puissance et assurer (déjà) sa domination sur l’Allemagne. L’Autriche fait naturellement bloc. Elle refuse tout agrandissement du Royaume de Prusse sur l’Allemagne qui menaçait déjà la Bohème (territoire correspondant à l’actuelle République Tchèque) autrichienne depuis l’invasion de la Silésie en 1763. L’Autriche est aussi hostile à toute avancée russe dans les Balkans (les Russes se voulaient protecteurs des slaves) qu’elle voit comme lui appartenant déjà après les Ottomans, elle reçoit l’appui de la Grande-Bretagne qui quand à elle craint l’avancée russe vers les détroits. Londres qui contrôle les mers depuis des siècles voit d’un très mauvais œil la marine russe se rapprocher de la Méditerranée, porte vitale de l’Empire vers l’Inde. Deux camps se forment, le premier est constitué de l’Autriche et de la Grande-Bretagne qui désirent un strict rétablissement de l’ancien ordre européen prérévolutionnaire refusant les visées territoriales de la Prusse et surtout de la Russie, le second camp est donc ces derniers qui veulent profiter du Congrès pour étendre leurs territoires respectifs. Ce climat de conflits va profiter à un homme, il s’appelle Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord et va permettre à la France de sortir du Congrès la tête haute.

    1.2 Les manœuvres de Talleyrand.

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    La première manœuvre de Talleyrand est de réussir à participer aux négociations réservées aux « 4 Grands » en donnant son soutient à l’abolitionniste britannique Castlereagh de la traite des noirs, il s’allie ensuite au chancelier autrichien Metternich (que nous verrons plus tard) contre les ambitions prussiennes (il évite l’annexion de la Saxe par la Prusse en contrepartie de la Rhénanie). Il soutient aussi les Britanniques pour le rétablissement du Royaume des Deux-Siciles. Par ses soutiens, il peut faire entrer la Suède, l’Espagne et le Portugal dans « la Cour des Grands » et s’en fait des alliés face aux vainqueurs principaux. Par ses manœuvres, il réussit en excellent diplomate à alléger les sanctions à l’encontre de la France déjà alourdies par le retour de l’Aigle durant les Cent Jours.

    1.3 La Nouvelle Europe.

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    Signé le 9 juin 1815, le Traité de Vienne délimite les nouvelles frontières de l’Europe. C’est la victoire de la Grande-Bretagne et de l’Autriche, ils réussissent à freiner les ambitions de Berlin et de Saint-Pétersbourg. L’Allemagne reste encore très divisée même si grandement simplifiée : il n’y a plus que 39 états contre 350 en 1792 ! La Confédération Germanique regroupe les territoires du Saint-Empire, bien que la Prusse s’est relativement agrandie (acquisitions de la Prusse Occidentale, d’une partie de la Saxe, de la Rhénanie et de la Westphalie et de toute la Posnanie), les Habsbourg conservent une avance confortable sur leur voisin du nord. En effet, Vienne recouvre les territoires perdus (sauf les Pays-Bas espagnols qui correspondent aujourd’hui à la Belgique) ainsi que la Vénétie (région de Venise), la Lombardie et la Dalmatie (territoire correspondant aujourd’hui à la Croatie) qui appartenait à Venise. Aussi, elle annexe la Galicie et la Lodomérie (province du nord-ouest de l’Ukraine actuelle).Enfin, l’Autriche installe des membres de la famille impériale à la tête de la Toscane et de Modène, garantissant ainsi pour longtemps l’influence des Habsbourg en Italie du Nord. Le Royaume du Piémont-Sardaigne (dont la capitale est Turin) reçoit la Savoie et la ville de Nice. Le Pape retrouve son Etat Pontifical mais se voit refuser Avignon. Plus au sud, le Royaume des Deux-Siciles revient au Bourbon Ferdinand 1er (marié à Marie-Caroline d’Autriche, femme de caractère, sœur de Marie-Antoinette et donc, adversaire acharnée à la Révolution et à Napoléon 1er). Le Tsar Alexandre 1er gagne la majeure partie de la Pologne (c’est son 4ème partage, celle-ci garde une certaine autonomie en ayant sa propre constitution, sa propre armée et son gouvernement, cependant, le maître de ce territoire est un vice-roi, frère du Tsar) et la Finlande. L’Espagne ne réclame rien, au même titre que le Portugal (où les monarchies sont rétablies). La Grande-Bretagne, quand à elle ne demande pas de territoires sur le Vieux Continant pour elle mais obtient l’acquisition de l’île de Malte, de l’île de Héligoland (au nord ouest de l’Allemagne, prise au Danemark) et des îles Ioniennes. Elle obtient aussi la création du Royaume des Pays-Bas (comprenant la Belgique et le Luxembourg), état tampon au nord de la France, le Royaume est confié à la famille d’Orange.

    —————————————————————————————–

    Ceci n’est que le début du dossier sur le déclin de la dinastie des Habsbourg, j’espère que cela vous aura plus. 🙂

    Une Spartiate équipant son fils : "Reviens avec ce bouclier au bras ou bien dessus"

  • Modérateur
    Posts2270
    Member since: 8 février 2014

    Connais tu l’origine du drapeau autrichien?
    Sinon, super dossier. 🙂

    "Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve"-Euclide

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Connais tu l’origine du drapeau autrichien?
    Sinon, super dossier. 🙂

    Il s’agit de la bannière personnelle des Habsbourg et non du drapeau “national” de l’empire d’Autriche(-Hongrie). Très bon début de dossier Leo mais tu oublies de mentionner que Talleyrand était tout aussi connu à Vienne pour ses talents de diplomate que pour sa bonne table.

  • Participant
    Posts1616
    Member since: 21 avril 2012

    C’est bien vrai, d’ailleurs l’émission Secrets d’Histoire sur Talleyrand en parle bien. 🙂

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  • Participant
    Posts1616
    Member since: 21 avril 2012

    Étant en examens, je n’ai pas pu continuer le dossier, lorsqu’ils seront terminés, je m’y remettrai! 🙂

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  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    Leonidas :

    Étant en examens, je n’ai pas pu continuer le dossier, lorsqu’ils seront terminés, je m’y remettrai!

    Nous y comptons bien ! 😉

    PapaZoulou :

    Connais-tu l’origine du drapeau autrichien?

    Les familles nobles aimaient évoquer, par leur blason, un haut-fait d’armes réel ou légendaire de leur grand ancêtre. Le drapeau rouge à bande blanche… pardon ! l’écu de Gueules à la Fasce d’Argent remonterait au duc d’Autriche Léopold II qui participa à la 2ème croisade et fut tellement criblé de blessures lors d’un siège que sa cotte de mailles en devint rouge, sauf à l’emplacement de son ceinturon blanc.

    L’illustrateur Pierre Joubert, auteur de nombreux ouvrages sur la héraldique, en a fait ce dessin.
    http://media-cache-ec0.pinimg.com/originals/7c/c7/44/7cc7442d8460644bc9058b0b23c0c9ef.jpg

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Certains en sont revenus avec des prunes, d’autres avec un drapeau.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Dis, il va peut être y avoir une petite interférence, je réfléchis sur le fait de faire un dossier sur 1848.

  • Participant
    Posts266
    Member since: 23 décembre 2013

    J’ai reconnu sur la photo que tu à mis Léonidas le blason Alsaciens (celui avec les hérons) ainsi que celui de Bohême me semble-t-il (ben l’autre)… Si c’est vraiment celui de la Bohême je comprend mais pour l’Alsace… L’Autriche et l’Alsace ont-il des liens de sang?

  • Participant
    Posts1616
    Member since: 21 avril 2012

    Oui car les derniers Empereurs d’Autriche appartenaient à la maison Habsburg-Lotharingen (Habsbourg-Lorraine). 🙂

    Une Spartiate équipant son fils : "Reviens avec ce bouclier au bras ou bien dessus"

  • Participant
    Posts1616
    Member since: 21 avril 2012

    Je pense qu’un retour du dossier est à venir.

    Une Spartiate équipant son fils : "Reviens avec ce bouclier au bras ou bien dessus"

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Je pense qu’un retour du dossier est à venir.

    Super ! Je me demadais quand il allait reprendre. Beaucoup de travaux sans doute ?

  • Modérateur
    Posts8432
    Member since: 14 mai 2013

    Dossier très intéressant, car il y a plein d’aspects et cela est caractéristique de la rupture opérée en europe par la première guerre mondiale. Merci! 🙂

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Participant
    Posts1616
    Member since: 21 avril 2012

    1.4 Les mouvements nationaux.

    Les buts des grandes puissances étant d’affaiblir la France en la dépouillant de ses conquêtes menées sous la Révolution et l’Empire, d’assurer une paix durable en Europe, de maintenir la domination des monarchies absolues sur le Vieux Continent et de créer une ceinture d’états-tampons composés du Royaume des Pays-Bas (Provinces Unies, Pays de Liège et Pays-Bas autrichiens), de la Suisse (la Fédération unit de nouveaux cantons que le Valais, Neuchâtel et Genève) et du Royaume de Piémont-Sardaigne (renforcée par l’acquisition des villes de Nice et de Gène ainsi que de la Savoie), les mouvements nationaux ont été complètement ignorés lors du Congrès de Vienne. Ces mouvements, tendant soit à unir les différents fragments d’une nation en un seul état (l’Italie et l’Allemagne), soit à libérer une population d’une ou de plusieurs dominations étrangères (Grèce, Pologne, Belgique, etc…). Il faut aussi savoir que les mouvements nationaux sont lancés par les bourgeois qui réclament une libéralisation politique (droit de vote censitaire, création d’assemblées législative, augmentation des droits individuels et diminution du pouvoir des souverains) et économique (droit du libre échange, de la libre concurrence et de la libre entreprise).

    1.4.1 La tentative allemande.

    Déjà avant 1848, ces mouvements tenteront de faire libérer ou unir leur nation. L’Autriche, puissance vainqueur de Napoléon, connaîtra les deux types de mouvements nationaux. En effet, dés 1817, un puissant vent de contestation naît en Allemagne, il naît des jeunes étudiants romantiques qui rêvent d’unir l’Allemagne. Le chancelier autrichien Metternich, conservateur et instigateur de la Sainte Alliance (alliance des pays européens, Angleterre exceptée, dont l’objectif est de contenir toute nouvelle insurrection révolutionnaire), réagit par la force envoyant l’armée autrichienne écraser la contestation. En effet, Metternich se méfie des idées beaucoup trop avant-gardistes des étudiants, il en profitera pour faire surveiller les universités et pour censurer la presse.

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    Metternich, farouche adversaire des libéraux, fut chancelier de 1808 à 1848.

    1.4.2 La volonté italienne.

    En Italie, où le mouvement Carbonari (né à Naples lors des guerres napoléoniennes pour contrer les Français) fait lancer des insurrections dans les villes de Parmes, de Modène et de Lucques afin de contrer l’avance des Habsbourg en Italie sont impitoyablement écrasées, par les armées autrichiennes une nouvelle fois. Les carbonaristes lanceront, en 1821, une insurrection au Piémont, forçant le roi Victor-Emmanuel Ier à abdiquer, ils portèrent au pouvoir Charles-Albert, un roi libéral, les Autrichiens viendront violement rétablir l’absolutisme, la constitution de Charles-Albert fut alors abrogée et la répression féroce. L’Autriche interviendra aussi à Naples, où le mouvement réussi à obliger en 1821 le roi Ferdinand IV (souvenez-vous, c’est le mari de Marie-Caroline d’Autriche, la sœur de Marie-Antoinette) à créer une constitution. Cela n’empêche pas que c’est non-seulement le clergé, la noblesse, l’armée et la bourgeoisie qui se met à haïr viscéralement les Autrichiens. Cette haine, attisée par les Carbonari, atteint aussi la paysannerie et la classe ouvrière. L’Autriche réussi néanmoins à surveiller la population, à censurer la presse et à diriger les mœurs. En Italie, le conservatisme est bien établi, et ce, par la force.

    1.4.3 L’audace polonaise.

    Quinze années après le Congrès de Vienne, en 1830, la monarchie des Bourbons s’effondre définitivement en France avec la Révolution de Juillet. En Pologne, une rumeur court que le Tsar Nicolas Ier (monté sur le trône en 1825, frère cadet du Tsar Alexandre Ier) va envoyer l’armée polonaise (soumise à l’autorité russe) écraser la révolution et rétablir les Bourbons sur le trône de France. C’est alors qu’un événement étonnant va se produire : tout le peuple de Varsovie va se soulever contre l’autorité russe, l’armée polonaise organise une insurrection avec le soutient de l’ensemble de la population et s’empare de la ville, enfin, la Diète (assemblée polonaise créée en 1815) proclame l’indépendance du pays ainsi que la déchéance des Romanov. La révolte, prenant complètement de court la Russie, permettra à la France d’avoir le temps de faire sa révolution et que Louis-Philipe d’Orléans soit proclamé Roi des Français et soit reconnu par les autres puissances, en effet, les Russes mettront 9 mois pour écraser la révolution ! Car bien que les Russes envoient une armée de 115 000 hommes face à une armée polonaise mal armée et mal commandée, ils auront beaucoup de mal à rétablir l’ordre. Mais malgré des succès initiaux, les Polonais sont vaincus à la bataille de Grochow. La répression russe sera malheureusement extrêmement sanglante, la Pologne souffrira aussi d’une sévère restriction de son autonomie.

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    « L’ordre règne à Varsovie » de Grandville témoigne de la sévérité russe envers les Polonais.
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    La Révolution de Juillet 1830, symbolisée par les Trois Glorieuses, aurait pu être écrasée par la puissante armée russe venue des confins de l’Europe, ainsi, les Polonais réussirent, à défaut d’eux-mêmes, à sauver la France.

    1.4.5 Le courage belge.

    Après quinze années de domination hollandaise, la coupe est pleine pour les Belges ! Eux qui se sentent d’avantage plus proches de la France que des Pays-Bas. C’est à Bruxelles, le 25 août 1830, à l’occasion du 59ème anniversaire du roi Guillaume Ier d’Orange, qu’on autorisa la représentation de la pièce « La Muette de Portici » au Théâtre de la Monnaie. Les quelques semaines qui suivirent les Trois Glorieuses virent en Belgique des incidents mineurs tels que des graffitis, des affiches et des tracts antigouvernementaux. A la fin de la représentation, une immense clameur soulève la foule à l’appel de la liberté, des cris comme « Vive la Révolution ! Liberté ! », « Droit et Egalité ! », « Assez d’impôts pour le gouvernement hollandais » fusent de partout dans la salle. On entendra même s’exprimer un néerlandophone « Les têtes de fromages, chez eux ! » en référence aux visages plus pâles des Hollandais. Une foule d’hommes et de femmes, quelque peu éméchés, constituée en majorité de bourgeois, sortit sur la Place de la Monnaie puis prit la direction du Ministère de la Justice pour le faire flamber ! Les Bruxellois, passant la nuit à faire disparaître les signes du pouvoir hollandais, se réunirent sur la Grand Place, où un drapeau français avait été accroché à une hampe de l’Hôtel de Ville. Le premier drapeau belge fut cousu dans la nuit du 25 au 26 août 1830, dans la boutique de Marie Abts, ce drapeau, dont les couleurs étaient réparties horizontalement, remplaça le drapeau tricolore. Ce ne sera qu’en janvier 1831 que les couleurs seront misent à la verticale (bien que la Constitution belge ne fut jamais modifiée à propos du drapeau national) car l’ancien rappelait trop le drapeau hollandais.

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    Confection du premier drapeau belge dans la boutique de Marie Abts.

    Guillaume Ier enverra une armée reprendre le contrôle de Bruxelles mais celle-ci fut vaincue par une résistance surprenante. Les Hollandais furent « accueillis » par des Bruxellois déchaînés (qui n’hésitèrent pas, des fenêtres de leurs habitations, à lancer des meubles sur leurs assaillants), les Hollandais réussirent néanmoins à s’enfoncer jusque dans le Parc de Bruxelles où, pris au piège, ils durent tenir face à la population bruxelloise tentant sans arrêt d’envahir l’endroit. Une nuit, alors qu’il y avait du brouillard, les Hollandais s’éclipsèrent sans bruit, une aubaine pour eux car, le lendemain matin même eu lieu l’ultime assaut des Bruxellois qui, d’abord méfiant de trouver le parc vide, furent plutôt amusés de découvrir les bottes des soldats hollandais qui, pour éviter d’être entendus, partirent pieds nus ! Les villes d’Anvers, de Liège, de Namur, de Gand se soulevèrent les unes après les autres, boutant l’occupant hollandais dehors.
    Pendant ce temps, sur la scène internationale, les puissances conservatrices telles que la Russie, l’Autriche et la Prusse, soutiennent l’idée du maintient de la Belgique au sein du Royaume des Pays-Bas, mais l’Angleterre, craignant une tentative d’annexion française, se range du côté de la Belgique, la France quand à elle, où la Révolution de Juillet a porté Louis-Philipe sur le trône, décide d’intervenir militairement pour soutenir les Belges. Ceux-ci tentent d’offrir à l’un des fils de Louis-Philipe le trône de Belgique mais le nouveau Roi des Français refuse (il craignait en effet une réaction négative de la part des autres nations européennes et il voulait éviter un conflit où la France serait isolée).

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    Louis-Phillipe refusera de laisser son fils, le Prince de Nemours, à devenir Roi des Belges car il craignait les réactions de ses voisins, notamment celles des Britanniques.

    Le 20 novembre 1831, la Conférence de Londres reconnaît la victoire belge. Paul Devaux, qui est avec Rogier et Lebeau, l’un des instigateurs de la Révolution, propose comme roi Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha, un prince allemand (qui sera l’oncle de l’Impératrice Victoria) très apprécié dans les cours européennes.

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    Ce choix est non-seulement soutenu par l’Angleterre mais par aussi le Congrès belge. C’est le 21 juillet 1831 qu’arrive Léopold à Bruxelles, celui-ci prête serment et devient le premier Roi des Belges.

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    La Hollande tentera à deux reprises de reprendre le territoire belge mais sera empêché par les Français qui, envoyant l’Armée du Nord, sauveront le tout jeune état belge d’une nouvelle annexion des Pays-Bas. Le Traité des XVIII articles imposera aux deux pays un nouveau découpage, celui-ci reconnaissait l’indépendance de la Belgique tout en lui privant du Limbourg Hollandais ainsi que du Grand-duché de Luxembourg.

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    La Conférence de Londres, dont résultera le Traité des XVIII Articles, où l’on voit la Belgique (à droite) et la Hollande (à gauche) attachées, l’Angleterre (le renard), entourée de la France (le lapin), la Russie (l’Ours écrasant la Pologne), l’Autriche (le singe) et la Prusse (le cheval), explique les clauses de la Conférence.
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    Comme pour la France, la Russie voulut aussi anéantir la révolution belge, se déroulant peu de temps après celle de Juillet, nous pouvons devoir une sacrée chandelle aux courageux Polonais car le Tsar Nicolas Ier, partisan inconditionnel de l’ordre qu’apporte la Sainte Alliance, n’acceptait pas la chute d’une monarchie et l’indépendance d’un pays en Europe.

    1.4.6 La victoire grecque.

    Le mythe dit qu’en 1821, l’archevêque de Patras réussi à faire fuir une soixantaine de soldats ottomans venus l’arrêter. L’homme, subjuguant son public, commanda à commencer la guerre d’indépendance. C’est en décembre 1821 qu’une assemblée grecque se réuni à Piada (prés d’Epidaure) pour voter l’indépendance du pays, c’est le 1er janvier 1822 que l’indépendance est votée. La réaction ottomane fut très agressive, non-seulement l’armée turque écrasa à plusieurs endroits la révolte grecque, mais parce qu’elle se livra à de nombreux massacres. Notamment celui de Chio qui émouvra les puissances européennes. Dés lors, la France, la Russie et le Royaume-Uni entreront dans le conflit. Les Ottomans seront vaincus à la bataille navale de Navarin en 1827 mais résisteront jusqu’en 1828. En 1829, le Traité d’Andrinople entre les Russes et les Turcs donne une paix avantageuse à la Russie. Le Traité de Londres en 1830 va confirmer l’indépendance de la Grèce qui fut le seul pays, avec la Belgique, à réussir sa révolution d’indépendance. Néanmoins, l’Empire Ottoman conserve une bonne partie du territoire grec, ainsi que certaines îles de la Mer Egée.

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    La Grèce se verra refuser l’Epire, la Thessalie, la Macédoine, la Crête. Les Îles ioniennes, appartenant à la Grande-Bretagne reviendront à la Grèce en 1864.

    1.4.7 Une rapide conclusion.

    Nous pouvons donc remarquer que les mouvements nationaux ont été assez efficacement contenus par la Sainte Alliance, en effet, après l’Allemagne, l’Italie et la Pologne (3 pays assez vastes), seules la Grèce et la Belgique (pays à territoire réduit) ont eu leurs indépendances.

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  • Modérateur
    Posts8432
    Member since: 14 mai 2013

    C’est clair, méthodique et instructif. Bravo!

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Le chancelier autrichien Metternich, conservateur et instigateur de la Sainte Alliance

    Ce ne serait pas plutôt le tsar l’instigateur? Par contre, Metternich en est la clé de voûte, c’est sûr!

  • Participant
    Posts1616
    Member since: 21 avril 2012

    J’avoue que j’ignore si c’est du Tsar ou du Chancelier l’instigateur de la Sainte Alliance, j’avoue que je verrai plus l’Autriche chercher des alliés avec la raison “Allez les gars, c’est pour contrer le libéralisme et le nationalisme!”

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  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Mais c’est Alexandre Ier qui devient mystique après 1812 (d’où le nom Ste Alliance, protégée par la Ste Trinité), et qui propose la Ste Alliance, même si après, la Russie se coupe de l’Europe et c’est Metternich qui joue encore plus le gendarme.

    En Pologne, une rumeur court que le Tsar Nicolas Ier (monté sur le trône en 1825, frère cadet du Tsar Alexandre Ier) va envoyer l’armée polonaise (soumise à l’autorité russe) écraser la révolution et rétablir les Bourbons sur le trône de France. C’est alors qu’un événement étonnant va se produire : tout le peuple de Varsovie va se soulever contre l’autorité russe, l’armée polonaise organise une insurrection avec le soutient de l’ensemble de la population et s’empare de la ville, enfin, la Diète (assemblée polonaise créée en 1815) proclame l’indépendance du pays ainsi que la déchéance des Romanov. La révolte, prenant complètement de court la Russie, permettra à la France d’avoir le temps de faire sa révolution et que Louis-Philipe d’Orléans soit proclamé Roi des Français et reconnu par les autres puissances, en effet, les Russes mettront 9 mois pour écraser la révolution ! En effet, bien que les Russes envoient une armée de 115 000 hommes face à une armée polonaise mal armée et mal commandée. Malgré des succès initiaux, les Polonais sont vaincus à la bataille de Grochow. La répression russe sera malheureusement extrêmement sanglante, la Pologne souffrira aussi d’une sévère restriction de son autonomie.

    En fait, les Polonais ne sauvent pas la révolution de 1830, mais celle de la Belgique: c’est en réalité les Pays-Bas que Nicolas Ier a l’intention d’aider à reprendre la Belgique. Et c’est surtout parce que Nicolas Ier est encore plus réactionnaire que son frère que les Polonais se révoltent, malgré les quelques libertés qui leur avaient été octroyés par la Russie. Et en Pologne, les notables, par peur des “Rouges”, préfèrent encore le tsar à la révolution populaire!

  • Participant
    Posts1616
    Member since: 21 avril 2012

    Il est vrai que l’Autriche de Metternich a du intervenir un peu partout en Europe, en ce qui concerne Alexandre Ier, l’idée de la Sainte Alliance, nom un peu exagéré puisque ce n’est pas une alliance à vocation religieuse mais à vocation politique et conservatrice.

    Note, je vois d’ici le loustic partir en croisade contre les vils Ottomans! N’empêche, ça l’arrengerait bien d’écraser enfin l’ennemi héréditaire. 😛

    Une Spartiate équipant son fils : "Reviens avec ce bouclier au bras ou bien dessus"

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    A propos de la Grèce, Metternich a dit que l’indépendance grecque serait le signal d’une immense révolution : il a pas eu tort, le bougre.

    Note, je vois d’ici le loustic partir en croisade contre les vils Ottomans! N’empêche, ça l’arrengerait bien d’écraser enfin l’ennemi héréditaire.

    C’est ce que Nicolas Ier a essayé de faire durant la révolte grecque: au début, il a tenu compte des Anglais, de Metternich et des Prussiens et a laissé les Ottomans faire leur carnage en Grèce, notamment à Chios et Missolonghi.
    Mais si la Grèce a gagné, c’est parce qu’il s’est finalement décidé quelques années plus tard, et pour pas qu’il en tire profit en partant tout seul pour soit disant sauver les Grecs et les Serbes, les français et les Anglais l’ont rejoint pour imposer LEUR solution.

  • Participant
    Posts1616
    Member since: 21 avril 2012

    Logique puisque l’Europe pré-napoléonienne n’est pas satisfaite du Congrès de Vienne, je parle des petits pays évidemment. Les grandes puissances avalent des pays entiers pour se remettre du passage de l’Ogre corse!

    Une Spartiate équipant son fils : "Reviens avec ce bouclier au bras ou bien dessus"

  • Participant
    Posts235
    Member since: 25 janvier 2015

    Excellent dossier ! J’ai hate de lire la suite

  • Participant
    Posts1189
    Member since: 18 février 2015

    Par contre, sur Wiki, ils mettent la Bataille de Grochow, comme une victoire polonaise… :unsure:

  • Participant
    Posts1616
    Member since: 21 avril 2012

    Tout à fait, malheureusement pour les Polonais, leur victoire ne faisait que retarder l’inéluctable. C’est un peu comme lors de l’échec de l’opération Market Garden, les Allemands avaient surpris les Alliés mais cela n’empêcha pas ces derniers à vaincre l’Allemagne moins d’un an plus tard.

    Une Spartiate équipant son fils : "Reviens avec ce bouclier au bras ou bien dessus"

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Quel dommage que ce dossier n’ai pas de suite!

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