Post has published by Nicopoleon 1er

Ce sujet a 7 réponses, 7 participants et a été mis à jour par  Caesares, il y a 2 ans et 11 mois.

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    Member since: 12 avril 2012

    André Peugeot et Albert Mayer
    Les premiers morts de la Grande Guerre

    Dans chaque ville et chaque village de France, à côté de l’église et de la mairie, se dresse un monument aux morts. Il égrène les noms des hommes qui ont donné leur vie pendant la Grande Guerre. Des inconnus auxquels on doit un peu de notre liberté. Certains noms, de part leur célébrité, restent gravés dans la mémoire collective comme ceux d’hommes qui donnèrent leur vie pour leur patrie : Charles Peguy, Alain Fournier, Louis Pergault, incarnent dans nos esprits ces victimes du conflit, françaises et allemandes. Parmi ce Panthéon de noms de tombés au champ d’honneur, deux anonymes ont une place particulière et symbolique. Leurs noms ? Jules André Peugeot et Albert Mayer. Ils n’étaient ni poètes, ni écrivains. Pourquoi L’Histoire, si prompte à oublier les noms des millions de morts, a-t-elle retenu leurs noms?

    Ils sont le premier mort français et le premier mort allemand de la guerre. Le 2 Aout 1914, il y a 100 ans, leur rencontre leur fut fatale.

    I Itinéraire de Jules André Peugeot

    Jules André Peugeot est né le 11 Juin 1893 à Etupes, dans le Doubs. Fils d’un ouvrier d’usine et d’une institutrice, il désire très jeune suivre le chemin de sa mère. Il entre à l’école normale de Besançon, dont il sort en octobre 1912, prenant son premier poste d’instituteur à l’école du Pissoux, sur la commune de Villers le Lac, à la rentrée de cette même année. Il enseigne un an dans cette école, habitant le village.

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    Le 26 Novembre 1913, ce hussard noir de la République, appelé pour son service militaire, rejoint l’infanterie. Après s’être présenté à Belfort, il est affecté au 44e Régiment d’infanterie, à Montbéliard, qui appartient à la 14e Division. Incorporé dans la 27e bataillon, au fort du Lomont, il se fait à la vie militaire, et, le 1er Avril 1914, il est promu au grade de caporal. Il suit aussi, à partir de juillet, le peloton des élèves officiers, et réussit des examens qui lui auraient permis, en 1916, une fois ses trois ans de service terminés, de devenir officier de réserve. Il est estimé des hommes sous son commandement et de ses supérieurs.

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    En Juillet 1914, son unité est déplacée à Montbéliard, en perspective d’une guerre avec l’Allemagne. Après la mobilisation, le gouvernement, en gage d’apaisement, ordonne aux troupes des frontières de reculer de 10 km. Le bataillon de Peugeot, appartenant au 44 RI, s’établit dans le village de Joncherey, près de Delle, au matin du dimanche 2 août. Il met en place deux postes d’observation, sur deux hauteurs du village, pour surveiller les routes de Favellois et de Boron. Le poste de la route de Boron fut installé dans une maison en face du cimetière, et Peugeot, chargé de celui de Favellois, prit place dans la maison de la famille Drocourt, à environ 700 m à l’est du village, où il fut accueilli avec ses 4 hommes. Il place un soldat en sentinelle à une cinquantaine de mètres de la maison.

    II Itinéraire d’Albert Mayer

    Albert Otto Walter Mayer est né le 24 avril 1892, à Magdeburg en Saxe-Anhalt. Lors de son enfance, sa famille déménage à Mulhouse, en Alsace. Il y passe sa jeunesse, et s’engage en 1912 dans l’armée allemande. Il est en 1914 lieutenant du 5e Régiment de Chasseurs à cheval, qui fait partie de la 29e brigade de cavalerie, affectée à la 29e division d’infanterie, basée à Mulhouse.

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    Début août, son unité reçoit l’ordre de patrouiller le long de la frontière. Voyant qu’il n’y a pas de troupes françaises dans le secteur, on donne au leutnant Mayer l’ordre de pousser plus en avant la reconnaissance. À la tête d’une patrouille de 7 cavaliers, il couche à Bisel, puis, le lendemain, pénètre sur le territoire français aux alentours de 8 heures. La patrouille traverse le village de Rechesy, puis, dans la localité suivante, Courtelevant, Mayer aurait déclaré à une jeune fille “Nous allons faire de grandes choses”.

    III Récit d’une rencontre tragique

    Alors que la section du caporal Peugeot s’apprêtait à prendre son petit déjeuner, la patrouille de Mayer longe le bois des coupes voisins. Nicolet, la fille de 9 ans de M Docourt, aperçoit des casques à pointe dans le champ voisin. Elle courre vers la maison et crie “Voilà les Prussiens ! Voilà les Prussiens !”, tandis que la sentinelle voit la patrouille et alerte ses camarades au cris de “Aux armes, aux Armes !”.

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    Mayer, qui voit la sentinelle avertir les Français, charge le soldat, sabre au clair et revolver sorti. Il lui assène un coup de sabre, qui, arrêté par l’équipement et l’uniforme, ne le blesse heureusement que très légèrement, et l’envoie dans le bas côté de la route. Il fonce alors à bride abattue vers le village.

    Peugeot, sorti de la maison, s’interpose en criant à l’agresseur”Halte-là !”. Il met en joue Mayer, et en réponse, le leutnant tire trois balles de son Luger Parabellum. La première et la troisième se perdent, mais la seconde atteint Peugeot à l’épaule et ressort part l’autre épaule, sectionnant l’aorte, ce qui constitue la cause de la mort presque immédiate de Peugeot. Avant de s’écrouler, il réussit à tirer lui même une balle, qui atteint Mayer à l’estomac. Il fait quelques pas, lâche son fusil et s’effondre sur le pas de la porte. Les autres soldats français ouvrent le feu à leur tour, et une balle atteint le jeune officier à la tempe. Il continue sa course quelques mètres puis tombe de son cheval.

    IV Suite des événements

    Le soldats de Mayer, constatant la mort de leur officier, se débandent. Trois se jettent dans le bois tout proche. Deux d’entre eux réussiront à regagner la frontière allemande, le troisième sera porté disparu. Trois cavaliers tentent de contourner le village, mais, sous le feu du deuxième poste de garde, leurs chevaux sont tués, et ils se dispersent à pied. Deux sont récupérés dans la journée, soignés par les infirmiers du 44e RI et partent pour Belfort, où la population accueille dans l’enthousiasme les premiers prisonniers de guerre.

    Le troisième, Peters, reste deux jours dans les bois, se nourrissant de baies, avant de décider le 4 de se rendre. Alors qu’il s’approche, à bout de force, de Joncherey, la sentinelle lui tire dessus. La balle lui transperce le poumon gauche. Il est ramené au village, et de là transporté à l’hôpital de Delle. Aucun vaisseau important n’étant touché, il est soigné et se fait apprécier des habitants de la ville, qui lui apportent du vin et des friandises, mais aussi des soldats en convalescence, qui ne le considèrent pas comme un ennemi, mais plutôt comme un ami. Le 1er Septembre, il est évacué vers l’hôpital de Montbéliard, qu’il quitte en décembre.

    V Sort de Peugeot et Mayer

    Les dépouilles des deux jeunes hommes sont transportées dans une grange au centre du village, où deux infirmiers font leur toilette funèbre. Les corps sont examinés par le médecin du 44e RI, le docteur Lihierge, qui note avec soin les détails de leurs blessures.

    Le corps du caporal Peugeot est ensuite transporté en voiture à Etupes, et placé “Dans le lit où il était né”, selon les mots de sa mère. Celle ci a conservé pieusement la chemise que portait Jules André Peugeot au moment des faits, percée aux deux épaules par les trous d’entrée et de sortie de la balle qui l’a tué. Le 4 août, soit le lendemain de la déclaration de guerre officielle, il est inhumé dans la tombe du colonel Pechin, son grand-père maternel.

    Quant à Mayer, il fut enterré avec les honneurs militaires le 3 août, dans un cercueil fourni par l’hospice de Delle, et aux frais des officiers du 44e RI. Durant toute la durée de la guerre, il reposa au cimetière de Joncherey, sa tombe étant surmontée d’une croix de bois indiquant “Officier allemand, tué le 2 août 1914 “.
    A la fin de la guerre, sa famille réclama son corps et il fut transféré dans un caveau à Mullheim, puis au cimetière militaire d’Illfurt.

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    VI Monument commémoratif

    M Docourt, pour commémorer la mort tragique du caporal et du lieutenant, posa sue le mur de la maison une plaque, avec une une croix, qu’il incrusta de verroterie. Il grava sous cette croix la date de l’engagement, et l’accompagna de l’inscription”Ici mourut le caporal Peugeot”.

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    En 1922, suite à une souscription, on éleva un monument à la mémoire du caporal Peugeot, qui fut inauguré par le président Poincaré. Il se constituait d’un pylône, surmonté d’une effigie de Peugeot. Au bas de ce pylône, une oeuvre en relief de l’artiste Armand Block montre Germania poignardant dans le dos un soldat français.
    Sur le socle du monument figuraient le nom de villes ayant participé à la souscription mondiale et un inscription relatant les circonstances de la mort du caporal.

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    Ce monument fut détruit en juillet 1940 par l’occupant allemand.

    Le 20 Septembre 1959, pour le 45e anniversaire des événements, un nouveau monument est érigé.

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    Conclusion

    La rencontre entre cette patrouille allemande et ce poste de garde français, qui aurait pu n’être qu’un banal incident frontalier, fit des deux victimes de ce drame les premiers morts français et allemand de la Grande Guerre. Comment ne pas faire de ces deux victimes des symboles des millions à venir? Ils étaient jeunes, ils avaient la vie devant eux, ils avaient grandi à 30 km l’un de l’autre. Pourtant, aucun des deux n’hésita lorsqu’il mit en joue le jeune homme qui lui faisait face, et lorsqu’il pressa la détente. Et maintenant, ils reposent à 30 km l’un de l’autre. Comme pour nous rappeler l’absurdité de cette guerre. Comme pour donner un exemple tragique à Victor Hugo, qui disait

    Une guerre entre européens, c’est une guerre civile.

    Sources

    Bibliographie

    L’histoire de France en bande dessinée

    Sitographie

    http://www.joncherey.fr/pages/pages%20patrimoine%20culturel/drame%20de%20joncherey.htm
    http://www.westernfrontassociation.com/great-war-people/48-brothers-arms/1515-the-first-to-fall-peugeot-and-mayer-2-august-1914.html
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Mayer
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Andr%C3%A9_Peugeot

    Annexe 1 : Carte

    http://www.flickr.com/photos/westernfrontassociation/5111643747/

    Annexe 2 : Discours de Nicolas Sarkozy, Président de la République Française, à l’occasion de la mort de Lazare Ponticelli, dernier poilu, le Lundi 17 mars 2008

    Le dernier survivant vient de rejoindre le premier mort de la plus atroce des guerres.
    Qui se souvient de ce premier mort ?
    Il était Caporal. Le 2 août 1914, en poste dans le village de Joncherey au sud-est du Territoire de Belfort, il s’oppose à une patrouille allemande qui a violé la frontière. Il fait les sommations d’usage.
    En réponse, l’officier qui commande la patrouille sort son revolver et tire. Il est mortellement touché.
    Avant de mourir il a le temps de riposter et de blesser mortellement à son tour celui qui vient de luiôter la vie.
    On pose les deux corps dans une grange côte à côte sur un lit de paille.
    Le Français a 21 ans à peine. Il est instituteur. Il s’appelle Jules-André Peugeot.
    L’Allemand est Alsacien, natif de la région de Mulhouse. Il a tout juste 20 ans. Il s’appelle Camille Mayer.
    Ils aimaient la vie comme on l’aime à 20 ans. Ils n’avaient pas de vengeance, ils n’avaient pas de haine à assouvir.
    Ils avaient 20 ans, les mêmes rêves d’amour, la même ardeur, le même courage.
    Ils avaient 20 ans et le sentiment que le monde était à eux.
    Ils avaient 20 ans, ils croyaient au bonheur.
    Ils sortaient à peine de l’enfance et ils ne voulaient pas mourir.
    Ils sont morts tous les deux par un beau matin d’été, en plein soleil, l’un d’une balle à l’épaule, l’autre d’une balle en plein ventre, ils étaient les premiers acteurs inconscients d’une même tragédie dont le destin aveugle et la folie des hommes avaient depuis longtemps tissé secrètement la trame sinistre qui
    allait prendre dans ses fils une jeunesse héroïque pour la conduire au sacrifice.
    Ces deux morts de 20 ans ne virent pas la suite effroyable de ce qu’ils avaient commencé, ces millions de morts tombés face contre terre fauchés par les mitrailleuses, noyés dans la boue des tranchées, déchiquetés par les obus. Ils ne virent pas non plus l’immense foule de ces millions de blessés, de paralysés, de défigurés, de gazés, qui vécurent avec le cauchemar de la guerre gravé dans leur chair.
    Ils ne virent pas les parents qui pleuraient leurs fils, les veuves qui pleuraient leurs maris, les enfants qui pleuraient leurs pères.
    Ils n’éprouvèrent pas la souffrance d’un soldat qui fume cigarette sur cigarette « pour vaincre l’odeur des morts abandonnés par les leurs qui n’ont même pas eu le temps de jeter sur eux quelques mottes de terre, pour qu’on ne les vît pas pourrir ».
    Ces deux jeunes de vingt ans ne connurent pas les nuits de pluie, l’hiver, dans les tranchées, « l’attente
    silencieuse et grelottante, les minutes longues comme des heures ».
    Ils ne croisèrent pas les colonnes qui revenaient du feu « avec leurs plaies, leur sang, leur masque de souffrance » et leurs yeux qui semblaient dire à ceux de la relève : « N’y allez surtout pas ! »
    Ils ne se battirent pas sans relâche contre la boue, contre les rats, contre les poux, contre la nuit, contre le froid, contre la peur.
    Ils n’eurent pas à vivre pendant des années avec le souvenir de tant de douleurs, avec la pensée de tant
    de vies foudroyées à côté d’eux et des corps qu’il fallait enjamber pour monter à l’assaut.

    […]

  • Participant
    Posts1122
    Member since: 10 juillet 2013

    Excellent dossier! Cependant il y a quelques choses à modifier.

    Jules André Peugeot est né le 11 Juin 1993 à Etupes, dans le Doubs. Ne serait-ce pas 1893 ? Et les photos ne sont pas visibles et les liens non-cliquables.

    Tu devrais aussi faire un dossier sur le dernier mort de la guerre 😉

  • Modérateur
    Posts1264
    Member since: 26 avril 2013

    Très intéressant.

  • Participant
    Posts2169
    Member since: 12 avril 2012

    Merci à vous deux.

    Je sais pour les problèmes d’affichage, mais malheureusement je suis sur mobile et c’est extrêmement dur de trouver les URL exactes des images… Dans quelques jours, je pourrai corriger ça…

  • Participant
    Posts1273
    Member since: 26 mai 2012

    Excellent dossier très instructif !

  • Participant
    Posts51
    Member since: 9 mars 2014

    tres bon et beau dossier.

  • Participant
    Posts235
    Member since: 25 janvier 2015

    Tres bon dossier sur les premiers morts “occidentaux” de cette guerre.

  • Participant
    Posts9
    Member since: 6 juin 2015

    superbe dossier !

8 sujets de 1 à 8 (sur un total de 8)

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