Post has published by Miuryng

Ce sujet a 4 réponses, 3 participants et a été mis à jour par  Miuryng, il y a 3 mois et 2 semaines.

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    Posts4
    Member since: 3 juin 2016

    Bonjour, voici un travail réalisé au cours de ma Licence d’Histoire à l’URCA. Ce travail est la trace écrite d’un exposé dans le cadre d’un TD de Fondamentale d’Histoire moderne.

    Bibliographie

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    • GEORGEON François, VATIN Nicolas et VEINSTEIN Gilles, Dictionnaire de l’Empire Ottoman, Paris, Fayard, 2015.
    • HILGEMANN Werner et KINDER Hermann, Atlas historique, Paris, Perrin, 2000.
    • HANNE Olivier, Les seuils du Moyen-Orient. Histoire des frontières et des territoires, Monaco, Rocher, 2017.
    • HITZEL Frédéric, L’Empire Ottoman. XVe-XVIIIe siècles, Paris, Belles Lettres, 2010.
    • LOISEAU Julien, Les Mamelouks, Paris, Seuil, 2014.
    • MANTRAN Robert, Histoire de l’Empire Ottoman, Paris, Fayard, 1989.
    • RAYMOND André, « La conquête ottomane et le développement des grandes villes arabes », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, 27-1, 1979, p. 115-134.
    • ROGAN Eugene, « Du Caire à Istanbul », Histoire des Arabes, Paris, Perrin, 2016.

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    Conquête ottomane de l’Egypte (1517)

    Si la prise de Constantinople, par Mehmed II, en 1453, a connu un fort retentissement en Occident, il existe bien une campagne militaire, menée par Selim Ier, contre les Mamelouks, d’une importance toute aussi capitale, qui connait un impact moindre dans l’historiographie ottomane, appelée la conquête ottomane de l’Egypte.

    moindre dans l’historiographie ottomane, appelée la conquête ottomane de l’Egypte.
    Ici, l’Egypte correspond au territoire des Mamelouks et l’année 1517 fait référence à la soumission des territoires et la chute du Sultanat causée par les Ottomans. Cependant, l’étude de ce conflit doit s’organiser autour d’un temps plus long, pouvant partir du XIVème siècle et pouvant atteindre le XIXème. L’étude sur un champ chronologique plus long permet d’en comprendre les rouages, les causalités et les effets qui découlent de ce conflit militaire. De plus, le cadre géographique ne doit pas limiter à la simple Egypte, car le conflit recoupe des réalités géographiques plus importantes, allant de l’Egypte aux territoires Perses. Un des acteurs principaux de cette conquête reste cependant, l’Empire ottoman.

    Un empire issu d’un clan nomade ou semi-nomade poussé par les Mongols et qui s’installe au XIIIème siècle sur le plateau de l’Anatolie. Un empire belliqueux qui s’empresse d’être victorieux, de s’étendre et de rivaliser avec les grandes puissances voisines, telles que l’Empire byzantin. Cet empire s’entend en Anatolie et face aux puissances européennes et vainc les Byzantins à Constantinople en 1453.

    Cependant, à partir du XVIème siècle, un tournant commence à s’opérer dans les logiques expansionnistes ottomanes, qui se dirigent de plus en plus vers des territoires orientaux et méridionaux. Nous pouvons donc nous demander, dans quelles logiques s’ancre la conquête ottomane de l’Egypte et quelles en sont les conséquences.

    Il est tout d’abord intéressant de présenter les deux ennemis en tant qu’éléments politiques, puis de s’appuyer sur le conflit et ses causes, pour ensuite en étudier ses conséquences sur les territoires conquis.

    I. Deux puissances islamiques du quart sud-est de la méditerranée

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    A. L’Empire ottoman de Selim Ier

    Durant le règne de son père, Selim se trouve à Trabzon. Sa présence dans cette zone frontalière lui permet de prouver son énergie et sa valeur militaire. La montée en puissance en Iran du Chah Ismail lui pose problème, car des fidèles à se dernier sont présents dans le territoire administré par Selim. Celui-ci est scandalisé mais son père, le Sultan Bayezid II n’est pas favorable à une intervention militaire. Malgré les réticences du Sultan, Selim mène des actions militaires contre les Séfévides, ce qui lui attire la sympathie des militaires. N’étant pas ainé, Selim est écarté de la succession. Cependant, il contraint son père à lui laisser le trône, avec l’aide de l’armée, en 1512, et tente d’assassiner les princes qui peuvent s’opposer à son pouvoir. Selim n’hésite pas à faire exécuter les personnes qui pourraient lui poser problème pour son règne. C’est pour cela que le surnom « le Terrible » lui est attribué.

    Selim hérite de son père un empire qui s’étend de l’Anatolie à l’Europe de l’Est jusque Belgrade, intégrant la Crimée. Cependant, celui-ci est en pleine crise. Des insurrections manipulées par le Chah d’Iran sont toujours possibles et le Sultan perd de l’influence en Anatolie. Les princes se sachant cibles de la règle du fratricide ne veulent pas renoncer à leur droit sur le trône. Selim Ier, dans la première partie de son règne, doit donc se charger de résoudre les problèmes de l’intérieur. Ce qu’il fera avant d’envisager l’expansion de son empire.

    B. Un empire mamelouk pluriséculaire

    Mamelouk est avant tout un terme qui signifie « esclave ». Selon le Dictionnaire de l’Empire Ottoman « Le mot a plus particulièrement désigné l’esclave blanc acheté par un détenteur du pouvoir militaire, sultan, émir, bey, etc. ». L’esclave est souvent acheté enfant et est ensuite formé aux arts militaires et converti à l’Islam. La fin de l’éducation d’un esclave mène, dans la majeure partie des cas, à l’affranchissement de l’esclave, ce qui caractérise son entrée dans la carrière militaire. L’utilisation du terme Mamelouk pour désigner un sultanat remonte à 1250, quand des Mamelouks de la garde royale accomplissent un régicide sur le souverain ayyoubide. C’est après ce régicide que se mettent en place les dynasties mameloukes sur les territoires de l’Egypte et de la Syrie. Le fonctionnement du royaume mamelouk peut laisser croire qu’il est une république militaire en son fonctionnement mais est en réalité un sultanat. Les sultans mamelouks sont désignés par un conseil à la mort du Sultan, parmi les Mamelouks. Sur cinquante sultans, 22 ont commencé leur carrière en tant que simples esclaves soldats affranchis.

    Les Mamelouks héritent de l’Empire ayyoubide, qui correspond peu ou prou aux territoires qu’ils conservent tout au long de leur existence. Ayant un territoire conséquent dès la mise en place de leurs dynasties, à l’approche de l’époque moderne, les Mamelouks n’ont pas vocation à s’étendre territorialement et ne mènent donc pas de campagnes pour augmenter de façon drastique leur territoire. Les traditions mameloukes restent cependant militaires et les sultans se doivent d’aller se battre sur le champ de bataille. La seconde moitié du XVème siècle est une période de difficulté pour le sultanat d’Egypte. Tout d’abord, l’Empire connait des problèmes de succession sur toute cette période. A ceci s’ajoute des difficultés économiques liées à la perception des impôts. De plus, les sultans allant à l’encontre des traditions militaires médiévales, avec notamment l’enrôlement de régiments d’arquebusiers, font naitre des tensions chez les élites militaires mameloukes.

    C. Des liens déjà existants entre les deux sultanats

    Ottomans et Mamelouks n’ont quasiment jamais eu de frontière commune, les deux sultanats étant séparés par des principautés turkmènes. Jusqu’aux années 1470, les relations sont calmes, malgré quelques conflits à la fin du XIVème siècle, en Anatolie. C’est notamment l’expansion en Anatolie, à partir de 1468, qui mène à de premières tensions. Les Ottomans étendent leurs frontières jusqu’à celles des principautés sous influence mameloukes et qui peuvent exploiter leurs positions de zones tampon. Le conflit est d’abord indirect, avec des expéditions pour mettre des candidats favorables sur les trônes de ces provinces. Puis en 1485, l’affrontement devient direct, au cours d’une guerre difficile pour les Ottomans, qui se solde par le maintien des deux principautés sous l’influence des Mamelouks en 1491.

    Cependant, le nouveau Sultan mamelouk, Qânsûh al-Ghûrî, entretient de bonnes relations avec Bayezid II. L’Empereur Ottoman apporte, par exemple, une contribution conséquente à la création d’une flotte mamelouke en Mer Rouge, pour contrer les Portugais en Inde. De plus, les Ottomans envoient des ingénieurs, des techniciens et du matériel pour aider les Mamelouks à dompter la mer. Mais, dès l’avènement de Selim ces contributions s’arrêtent sous prétexte d’effort de guerre. Les relations entre les deux puissances ne sont pas basées que sur des conflits et tensions ; la conquête ottomane de l’Egypte s’ancre dans des processus géopolitiques plus complexes.

    II. Un conflit dans la continuité géopolitique de la région

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    A. Les causes du conflit

    La conquête des territoires mamelouks s’ancre dans un contexte de guerre entre Ottomans et Séfévides. A son avènement, Selim Ier doit faire face à des poches de résistances qui se réclament du Chah. Selim Ier obtient du cheykh ül-islâm Sarï Görez, la plus haute autorité religieuse, une sentence qui autorise à « massacrer tous les Perses et mettre les femmes et enfants en esclavage ». Les deux Sultans se disputent l’Anatolie Orientale et pour Selim, seule la chute du Châh Ismâl’il permet de mettre fin aux problèmes en Anatolie. 1514 marque le commencement de la guerre entre Ottomans et Perses. Les troupes des deux empires s’affrontent lors de la bataille de Tchaldiran, le 23 août 1514 et qui se solde par une victoire ottomane. Les prisonniers sont tous exécutés mais le Chah arrive à s’enfuir. Lors de cette bataille, le Chah a perdu une grande partie de son armée mais les troupes de Selim refusent de poursuivre à cause de l’hiver. Selim retourne en Anatolie.

    La conquête de l’Egypte ne fait pas partie des projets de Selim Ier, mais, la principauté de zulkadride entre dans les territoires ottomans en 1515 et en 1516, les dernières partisans du Chah sont chassés d’Anatolie. Les Mamelouks perdent leur glacis protecteur. De plus, Les Perses décident donc de forger une alliance avec les Mamelouks, après leur défaite. Pour continuer la guerre contre les Perses, Selim Ier veut écarter le danger que représente une attaque sur deux fronts de la part des Mamelouks et de des Séfévides. L’expansion de son empire dans les régions du sud de l’Anatolie a pour but de consolider sa défense dans la guerre contre les Perses. De plus, l’aide apportée aux chiites par les Mamelouks est dénoncé, ainsi dès 1514 des fatwas ottomanes appellent à la mort des Mamelouks (une fatwa est une consultation juridique sur un point religieux).

    B. Le conflit armé face à deux Sultans

    Cependant, le Sultan mamelouk Qânsûh al-Ghûrî se place avec son armée au niveau de sa frontière nord dans un but de dissuasion, pour limiter les ambitions ottomanes et maintenir un équilibre régional. Selim se sentant en danger décide de mettre fin aux hostilités avec les Perses et de marcher contre l’armée mamelouke. Tout ceci mène à la bataille de Marj Dabiq, le 24 août 1516. Selon les chroniqueurs de l’époque, les Ottomans sont environ 60000 et trois fois plus nombreux. En plus de posséder l’avantage numérique, 7
    les Ottomans possèdent un avantage technologique. L’armée mamelouke préfère agir dans la tradition en combattant à l’épée. Les troupes de Selim, quant à elles, usent d’équipements modernes d’infanteries et de mousquets. Cette bataille est une confrontation entre une puissance militaire de type médiévale et une puissance moderne. Cette bataille entre les Mameloukes, qui se battent à l’épée, et les Ottomans, à l’arme à feu, est symbole de l’entrée de cette partie du monde dans l’époque moderne. Le Sultan mamelouk décède lors de la bataille et l’armée fuit le combat. Les prisonniers sont exécutés. L’armée et les élites mameloukes sont décapitées. Cette victoire offre la Syrie aux Ottomans et la ville d’Alep ouvre ses portes au Sultan. Selim marche sur Damas sans résistance. Les chefs militaires mamelouks restants désignent Al-Achraf Turman Bay, régent durant l’absence de Qânsûh al-Ghûrî, pour être le cinquantième et dernier sultan. Cette victoire amène progressivement Selim à modifier ses plans et à continuer la guerre.

    Selim propose au nouveau Sultan de devenir son vassal ou de finir écrasé. Turman Bay choisit de rassembler une armée, de mener la défense de l’Egypte et de lever l’interdiction d’utiliser des armes à feu. Le 23 janvier 1517 l’affrontement a lieu, les Ottomans sont encore supérieurs numériquement. La bataille prend fin, une heure après la charge mamelouke, par la retraite de l’armée égyptienne. Selon Ibn Iyas, historien de l’époque, cette bataille est encore plus violente que celle de Marj Dabiq. Les Ottomans occupent la ville du Caire, dans les mosquées, la prière du vendredi est maintenant prononcée au nom de Selim Ier. Turnman Bay est trahi et livré aux Ottomans en avril et est pendu en place publique du Caire. Cet évènement marque la fin du Sultanat mamelouk. Avec la mise à mort du dernier Sultan, Selim Ier s’approprie les territoires mamelouks.

    C. Le découpage en provinces du territoire et son administration

    Les territoires étant annexés, les Ottomans doivent trouver le moyen de les administrer. Les territoires arabes s’ajoutent à l’Empire dans une phase de forte extension de ce dernier, le nombre d’administrateurs qualifiés commence à diminuer face à la demande. Pour cela, les Ottomans tentent de constituer une administration avec les anciennes élites mameloukes. Le territoire est divise en trois provinces, celle du Caire, celle d’Alep et celle de Damas. La province d’Alep est directement intégrée à l’Empire, pour cause de sa proximité. Les deux autres provinces sont confiées à des Mamelouks. A Damas, c’est l’ancien gouverneur mamelouk de la Syrie qui est mis à la tête du gouvernorat, Janbiri al-Ghazali. Selim le choisit pour sa fidélité, qu’il a su montrer au cours de la bataille de Marj Dabiq, même si cela est un risque considérable. C’est l’ancien gouverneur d’Alep qui est désigné par Selim pour diriger la province du Caire. C’est pour sa trahison au cours de la bataille de Marj Dabiq qu’il est désigné à ce poste.

    Le territoire du Hedjaz devient vassal de l’Empire Ottoman et est placé sous la direction du chérif de la Mecque. Ce qui confère au Sultan ottoman une plus grande légitimité, un pouvoir religieux plus fort ; lui permettant de se présenter comme « serviteur des deux saints sanctuaires » et champion de l’Islam sunnite. En 1519, c’est le corsaire seigneur d’Alger Khayrredin Barberousse qui présente sa soumission à Selim Ier. Le territoire étant découpé, le pouvoir sultanesque doit faire face à un nouveau défi, pacifier et faire accepter sa domination aux nouveaux territoires.

    III. Le devenir des nouvelles provinces

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    A. Assimilation et résistances

    Les populations locales sont plus impactées par la gestion de la justice, de l’administration, de la sécurité et de l’impôt que de signification de la domination turque. De plus, les habitants de la Syrie sont libérés du poids de l’impôt et des décisions arbitraires du pouvoir. C’est en partie ce qui peut expliquer que les habitants de la ville d’Alep ferment les portes aux Mamelouks en déroute après la bataille de Marj Dabiq. Selon le chroniqueur Mohammed ibn Tulun, les habitants de Damas considèrent les dernières années du règne mamelouk comme fardeaux. Jusque la fin du règne du Selim, l’organisation et l’administration du territoire se fait sans problèmes majeurs. Cependant, à sa mort, la situation change.

    A la mort de Selim, en 1520, certains décrètent que leur allégeance vaut pour le conquérant, mais pas pour sa dynastie. Ce qui mène à des épisodes de révolte. Tout d’abord à Damas, Janbirdi al-Ghzali se proclame sultan, dans un but de restaurer les mamelouks. Les villes syriennes de Tripoli, Homs et Hama joignent sa cause. Alep ne se joint pas à l’insurrection et est assiégée. Cependant, les troupes de Janbiri lèvent le siège au bout de 15 jours. L’armée ottomane affronte celle de Damas, rentre dans la ville, la met à sac et envoie la tête de Janbiri à Istanbul. Un gouverneur ottoman est par la suite désigné pour la ville de Damas. En Egypte, il y a une succession de remise en cause. Après la mort du gouverneur en 1522, une tentative de rébellion a lieu en 1523 mais est étouffée rapidement par la présence de troupes sur place positionnées sur place. La réussite des Ottomans à imposer leur domination leur permet de profiter pleinement des atouts des nouveaux territoires.

    B. Développement économique des provinces

    Tout d’abord, l’Egypte ne perd pas son statut de point de passage maritime entre l’Orient, avec le commerce en provenance de la Mer Rouge et l’Océan Indien et l’Occident, avec la Méditerranée. La Syrie domine une grande partie des échanges terrestres. La Syrie et l’Egypte constituent une zone charnière entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Le Caire reste indispensable dans le commerce des épices jusqu’au XVIIIème siècle et s’empare d’un nouveau marché de consommation au XVIème siècle, celui du café. Le Caire se présente encore comme une place majeure de redistribution des produits orientaux en Europe mais également pour le commerce interne l’Empire ottoman. La Syrie change de statut en termes d’économie, elle passe de région frontière à territoire au coeur d’un empire qui s’étend jusque la Perse. De plus, cette région se trouve au coeur des routes commerciales terrestres internationales. Alep se présente comme un centre de confluence des produits de luxe en provenance du Golfe Persique et de l’Inde.

    La conquête du territoire mamelouk permet de créer un vaste empire qui favorise les déplacements en son sein. De plus, l’annexion des lieux saints de l’Islam permet par conséquent de développer le pèlerinage. L’Egypte et la Syrie constituent des points de rassemblement pour les pèlerinages, dont les Sultans ottomans tentent de faciliter. Les pèlerins se doivent de s’approvisionner pour faire le long voyage, ce qui mène à une forte activité et prospérité des marchés. Les voyages se font par caravanes qui permettent la convergence de produits venants du Maghreb, de l’Afrique Noire, des Balkans, de l’Anatolie et du Proche-Orient vers la Syrie et l’Egypte.
    Cependant, le développement économique ne peut pas uniquement se soustraire à l’étude du commerce. L’essor des provinces mameloukes est aussi impulsé par la production artisanale. Par exemple, la ville d’Alep produit en quantité des toiles. Dans les statistiques du commerce de Marseille, il est spécifié que les Marseillais achètent plus de tissu à Alep que la ville lui en vend, vers 1750.

    L’essor économique dans les provinces conquises a des effets sur les grandes villes arabes. De plus, la présence de personnel administratif et militaire, consommateur de produits de luxe, dans les capitales des provinces a un impact économique sur ces dernières. L’essor économique de ces villes se traduit, en partie, par une croissance urbaine conséquente tout au long de l’époque moderne.

    C. Expansion urbaine des villes mameloukes : Le Caire, Damas, Alep

    Pour la ville du Caire, l’expansion urbaine se voit notamment avec la création de bains et de fontaines sur toute la période. Un autre élément caractéristique de la croissance urbaine du Caire est le déplacement progressif des tanneries. Ces tanneries situées immédiatement après la muraille fatimide sont déplacées à proximité de la porte de bâb al-Lûq. Les tanneries posent problème pour le voisinage, d’où la nécessité de les déplacer des nouvelles habitations. Le déplacement des quartiers riches est également un élément qui montre l’expansion urbaine de ville. Le déplacement de ces quartiers est progressif. Le développement du centre de la ville (Qâhira) et de l’activité économique pousse les populations riches à se déplacer vers dans le Sud de la ville. Puis le développement des quartiers du Sud de la ville pousse les populations les plus aisées à se diriger vers l’ouest de la ville, à proximité du canal Halîg, puis de la traverser, dépassant ainsi l’ancienne limite occidentale de la ville.

    La province de Syrie change de statut stratégique avec la conquête ottomane. Elle passe d’une zone frontière à une zone au plein coeur d’un Empire. Les villes n’ont plus la nécessité d’être des places fortes de défense et les remparts perdent de leur usage. La ville d’Alep s’urbanise également après la conquête ottomane. La nécessité de trouver de grands espaces libres pour les constructions de grande ampleur pousse les architectes à développer le côté ouest de la ville. Il y a une réelle régularité dans la poussée des waqf vers l’ouest, vers les zones peu urbanisées. Un waqf est un bâtiment financé par un particulier et ensuite donner pour qu’il soit un lieu pieux ou un bâtiment d’utilité publique. Dès 1574, le surpeuplement du centre de la ville d’Alep pousse à des programmes de construction en extérieur de la ville, avec le programme Muhammad pacha. Tout comme au Caire, les tanneries installées à l’époque ayyoubide sont déplacées à l’extérieur de la ville. Cependant, c’est notamment vers l’est et le nord que la croissance d’Alep se remarque, avec le développement de faubourgs. La surface totale de la ville passe de 91 hectares en 1516 à 198 au XIXème siècle.

    Damas est située sur une position moins favorable que les deux autres villes, car est à l’écart des grandes routes commerciales. Cependant, la conquête ottomane lui octroi des bénéfices grâce au pèlerinage. La ville devient le point de rassemblement principal avec le Caire. Du XVIème au XIXème siècle, la superficie de la ville augmente de 50 % (elle passe de 212 hectares à 313). Le centre urbain étant déjà trop densément peuplé, le développement de la ville se fait à l’extérieur des murailles. C’est à l’ouest mais surtout vers le sud que la ville s’étend, le long de la route du pèlerinage. L’extension de la ville vers le sud s’étend sur 3 kilomètres, jusqu’à englober le village de Qbeybât.

    L’extension urbaine s’accompagne également, dans ces villes, de la construction de monuments et de mosquées.

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    La conquête ottomane de l’Egypte est la confrontation entre deux puissances islamiques, entre un empire pluriséculaire et un empire en pleine expansion mené par un Sultan belliqueux. La conquête en elle-même est plutôt rapide, avec peu de batailles et est symbole de la confrontation entre monde médiéval et monde moderne. Malgré quelques difficultés d’affirmation de leur pouvoir, les Ottomans réussissent à faire prospérer l’économie de la région et ses villes.

    Cette guerre s’ancre dans le contexte de tension qui oppose le Chah au Sultan ottoman, ainsi que dans les ambitions expansionnistes ottomanes. Ce conflit marque également la transition entre époque médiévale et époque moderne pour la partie méridionale de la Méditerranée. De plus, l’annexion des territoires arabes amènent à un développement économique des provinces et des villes, comme par exemple Le Caire.

    Après sa victoire militaire, Selim Ier annonce que son prochain objectif est la Perse, mais ses soldats refusent de s’aventurer outre l’Euphrate. Le Sultan repart pour Istanbul, où il médite à une nouvelle expédition contre l’Iran, qui ne voit cependant jamais le jour, pour cause de sa mort en 1520.

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    Donc voilà la trace écrite d’un expo plutôt court et ayant un but d’introduire à la question et d’apporter les éléments de base à mon groupe de TD. Il serait donc intéressant d’approfondir les différents éléments qui s’articulent autour de cette thématique.

  • Modérateur
    Posts2015
    Member since: 26 août 2013

    Jolie présentation, @miuryng d’un conflit que l’on avait jamais abordé sur le Forum de la Guerre. J’aurais cependant deux petites remarques. Est-ce que tu pourrais rajouter des cartes sur la situation des deux empires, des Etats-tampons de la région,… pour que l’on se rende compte au mieux de la géopolitique proche-orientale ? Pourrais-tu aussi nous en dire plus sur les tactiques des belligérants et le déroulement des batailles ?

  • Participant
    Posts75
    Member since: 8 avril 2017

    Voici un aperçu général des différentes phases de l’expansion ottomane :

  • Participant
    Posts4
    Member since: 3 juin 2016

    Tout d’abord merci. Pour ce qui est des cartes je peux trouver un moyen de vous partager le diaporama que j’ai utilisé durant ma présentation orale. Pour ce qui est des stratégies, cela risque d’être plus compliqué. Comme je l’ai dit dans l’intro, ce conflit est vraiment sous représenté dans l’historiographie et le manque de sources et de temps risque de me poser problèmes. Cependant, le livre qui résulte d’un colloque universitaire sur ce sujet est en commande par ma BU. L’arrivée de ce livre pourrait rimer avec un approfondissement de ce sujet d’un point de vue militaire.

  • Participant
    Posts4
    Member since: 3 juin 2016

    Il y a un problème sur ta carte @massassi1, les territoires du Hedjaz se soumettent à Selim Ier, alors que sur ta carte l’annexion de La Mecque et de Médine est marquée ultérieurement.

5 sujets de 1 à 5 (sur un total de 5)

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