Post has published by cuirassier

Ce sujet a 11 réponses, 9 participants et a été mis à jour par  Pano, il y a 1 semaine.

12 sujets de 1 à 12 (sur un total de 12)
  • Modérateur
    Posts2996
    Member since: 12 avril 2012

    Comment les prussiens ont-ils pu perdre la bataille d’Auerstedt ?

    Fin 1806, Napoléon 1er lance une fulgurante campagne en Allemagne contre les prussiens et leur allié saxons. Un vaste mouvement tournant par l’Est provoque la retraite de l’ensemble des armées royales vers Berlin.
    L’empereur des français espère vaincre le gros des forces ennemies à Iéna pendant qu’à l’extrême droite de son dispositif le 3ème Corps, sous les ordres du maréchal Davout, doit couper la retraite des prussiens.
    Cependant ces derniers sont allés plus vite que prévu. Le résultat est que finalement à Iéna Napoléon, en supériorité numérique, n’affronte qu’une arrière garde en pleine retraite qu’il vainc sans grande surprise. En revanche Davout se retrouve seul face au gros de l’armée prussienne et pourtant il parvient à les mettre en déroute, constituant là l’un des plus haut fait d’arme de l’Histoire militaire française.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/22/Doppelschlacht_bei_Jena_und_Auerstadt.jpg/330px-Doppelschlacht_bei_Jena_und_Auerstadt.jpgLe Duc de Brunswick blessé mortellement à Auerstedt.

    Davout est en large infériorité numérique (27 000, 44 canons VS 60 500, 230 canons selon Wikipédia). En plus face à lui ce ne sont pas n’importes quelles unités prussiennes. Une grande partie est constituée des troupes de la garde, le roi en personne est présent pour galvaniser ses hommes. Quelques généraux notables sont présents le Duc de Brunswick, Blücher ou encore Scharnhorst.
    Dans ces conditions comment expliquer que les prussiens aient pu perdre la bataille ?

    Question secondaire : pour quelle raison le corps de Bernadotte n’a rien fait de la journée alors qu’il n’aurait pas été de trop pour aider le 3ème corps ?

    Comparaison n'est pas raison.

  • Participant
    Posts1365
    Member since: 17 avril 2015

    je ne pourrai apporter qu’une modeste précision, mais il me semble que parmi de nombreux corps “de garde” en Europe, il y en avait un certain nombre qui n’étaient en fait que des unités disposant d’un grand prestige, mais n’étant pas réellement une unité d’élite (dans le sens où cette unité serait apte à remplir la mission confiée avec un minimum de pertes) et c’est le cas de la garde prussienne. Il ne s’agit en fait que d’une unité destinée à l’aristocratie où l’on peut mettre les fils de la noblesse pour qu’ils fassent carrière dans l’armée, mais pas non plus avec la plèbe. La même chose pour la garde en Russie, on voit dans Guerre et Paix de Tolstoï qu’un poste dans la garde se marchande dans la noblesse, les gens ne sont pas recrutés en fonction de leur compétences mais en fonction de leur naissance et de leurs relations. Ce ne sont donc pas des unités d’élite mais des unités de fils de nobles aspirant à faire une carrière tranquille dans l’armée.

  • Modérateur
    Posts2009
    Member since: 26 août 2013

    La bataille se déroule en plein brouillard, ce qui permet aux Français de masquer leur faible nombre et leurs manœuvres. De plus, les attaques prussiennes sont plus ou moins décousus. Ainsi, Blücher chargera le flanc droit français avec sa cavalerie sans aucun soutien de l’artillerie ou de l’infanterie, ce qui servit juste à tuer en vain des braves soldats. Si je me souviens bien (j’écris de mémoire), l’artillerie de Davout aurait neutralisé son homologue prussienne dès le début de la bataille.

    La moyenne d’âge dans l’état-major prussien est de 60-70 ans. Le conseiller en stratégie militaire du roi en avait plus de 80… Frédéric-Guillaume ne valait déjà pas son illustre parent alors conseillé par des vieillards qui ne juraient que par des guerres antérieures à celles de la Révolution, il ne faut pas s’attendre à un foudre de guerre. Le duc de Brunswick, c’est le commandant coalisé qui a reculé à Valmy. Qui plus est, au niveau de l’organisation interne des armées, les Français étaient plus “souples”, “rapides” et réactifs. Qualités qui font défaut aux Prussiens malgré une bravoure indiscutée et une discipline de fer.

  • Participant
    Posts893
    Member since: 24 février 2015

    @cuirassier :
    Dommage que je n’aie pas sous la main La révolution militaire napoléonienne ! Il y a justement un passage là-dessus, mais je vais tenter de répondre à ta deuxième question en m’en souvenant.

    Je ne veux pas ré enfoncer le clou (déjà tant fait sur le forum) de traiter Bernadotte de traître, mais il est vrai qu’il a parfois manqué de prise de risque, d’initiative. Était-ce pour autant dû à son éternel ressentiment contre Napoléon ? Le palois était par nature extrêmement prudent, et ne prenait pas de risques. Il n’est donc pas si étonnant que cela, connaissant sa personnalité, qu’il ne soit pas intervenu, même s’il entendait de là où il était le son du canon. Pourtant, il est trop hâtif et partial de penser à une trahison de sa part à cette époque. Que je sache, il n’y avait pas entre lui et Davout une animosité particulière, du moins (à ma connaissance) pas plus qu’entre certains maréchaux (en Espagne, la plupart craignaient de faire des mouvements dont leur camarade puisse tirer gloire à leur place).
    Je ne pense donc pas que cela soit dû à une haine envers Davout, ni vis-à-vis de Napoléon ; d’autant plus qu’en 1806, rien ne témoigne d’activités de trahison n’ai de liens particuliers avec des puissances étrangères.

    En fait, le 3e corps de Bernadotte était chargé de faire la liaison entre les deux groupements : le plus massif, celui de l’Empereur à Iéna, et celui de Davout à Auerstaedt. Il doit veiller à ce qu’on ne sépare pas l’armée française, et doit garantir de bonnes communications entre eux. Rôle crucial. Et Bernadotte, malgré sa prudence parfois excessive, est un bon général (en 1809, il repousse un débarquement anglais en Hollande, et Napoléon tiendra rigueur à Paris de l’avoir envoyé lui au lieu d’un autre).
    Je pense donc que Bernadotte, ne recevant aucune instruction de l’Empereur, n’a souhaité prendre aucun risque et ne pas compromettre sa mission première : il s’agit là d’un manque d’initiative de sa part je l’avoue.
    A-t-il reçu une missive de Davout ? Cela ne me dit rien, mais je regrette amèrement de ne pas avoir ce livre sous la main…

  • Modérateur
    Posts2009
    Member since: 26 août 2013

    Je tiens ici à rajouter d’autres éléments qui expliquent le mauvais état de l’armée prussienne, devenue une véritable «pièce de musée».

    Outre l’âge avancé des officiers supérieurs, les Prussiens avaient gardé des doctrines datant de Frédéric II : leur infanterie se tenait encore sur trois rangs rigides avec trop peu de bataillons légers non-intégrés au dispositif général, leur cavalerie ne chargeait pas en «grosse formation» comme les escadrons français de Murat (qui percèrent les lignes ennemies à Eylau ou la Moskova avec une telle méthode), et l’artillerie était incapable d’une mobilité tactique au contraire des bouches à feu françaises capable de se regrouper rapidement en «grande batterie» (comme à Friedland, Wagram). Le haut commandement était partagé entre ministres et généraux où le Roi ne parvenait pas à imposer un avis clair. Des hommes comme Scharnhorst ou Clausewitz sont à des postes secondaires ou ne sont pas (encore car ça viendra en son temps) écoutés.

    Il y eu bien quelques réformes qui ont été tentées au contact et à l’observation de l’art de la guerre napoléonien. Par exemple, il y eu la formation dans l’armée de divisions interarmes. Mais, à la veille de la campagne, cela ne provoqua que confusion. Cependant, à cause d’un budget réduit (ou d’effectifs trop importants), les pièces d’artillerie et les fusils de 1754 n’ont pas pu être remplacées par du matériel moderne.

    Pour les officiers, il y avait 4 généraux de plus de 80 ans, 13 de plus de 70 ans, 60 de plus de 60 ans. Un quart des colonels et des chefs de bataillon avait la même tranche d’âge. De plus, la conduite des officiers durant la campagne ne répondit pas vraiment à l’appel de la patrie et de l’honneur que se devraient d’avoir des meneurs d’hommes et des stratèges. Malgré tout, les soldats du rang, recrutés par conscription, eurent un comportement exemplaire. Mais, comme les Français en 1940, que pouvaient-ils faire si les chefs se déshonoraient ?

    Lors de la bataille d’Auerstedt, Davout fit engager progressivement ses trois divisions qui s’accrochèrent aux villages alentours pour résister aux attaques prussiennes. Comme écrit plus haut, les charges de cavalerie étaient décousues et la fumée des tirs d’artillerie combinée avec le brouillard masqua le IIIe Corps. A 11h, Brunswick fut touché et le Roi dut assumer le commandement. Ce dernier ordonna un assaut général qui échoua. A ce moment, le maréchal de fer décida de passer à l’attaque et bouscula les troupes prussiennes que Frédéric-Guillaume ne sut réorganiser pour contenir la «furia» française. Davout enveloppa les deux flancs (droit et gauche) des Prussiens qui fuirent vers Iéna….

    Auerstedt, c’est un exemple de tactique, de ténacité, de moral et d’audace.

  • Participant
    Posts51
    Member since: 7 décembre 2014

    N’oublions pas aussi la condition de la Prusse à cette époque : ce sont les descendants de Frédéric le Grand, et c’est une nation qui s’en enorgueillit. Ils ont la renommée d’être la meilleure armée d’Europe, et avec Napoléon, cela fait aussi un challenge. Et puis la ferveur populaire, un grand nombre pour le parti de la guerre, dû à la neutralité longue (plus de 15 ans environ), influence les décisions.

    Les généraux, tous très vieux, se batte encore comme à l’époque de Rossbach, victoire de 22 000 hommes prussiens contre 54 000 hommes coalisés du Saint-Empire, de l’archiduché d’Autriche et du Royaume de France (d’après Wikipédia). Ils utilisent alors des tactiques qui datent d’antan: de vieux schémas tactiques, de déplacement d’infanterie, utilisation de l’artillerie juste comme un support… Depuis Rossbach d’ailleurs, les prussiens se basent souvent sur une charge massive de cavalerie sans soutien souvent, fatal face aux carrés français. De plus, les prussiens sont en possession d’une armée inactive depuis un certain temps, certainement non prête je pense pour la guerre.

    Bref, nous avons des prussiens qui après des années de neutralité, aveuglé par Rossbach, avec un monarque qui veut être aussi illustre que son ancêtre, s’engage seul alors que les russes arrivent avec une armée, pourquoi ne pas attendre?? Face à une armée française exercée, après l’exploit d’Austerlitz, face au moment où le génie stratégique de Napoléon est à son apogée…

    Pour la situation politique du pays à ce moment, l’armée ainsi que ses généraux et la cause de cette défaite et de cette campagne fulgurante, je vous recommande La Nouvelle Histoire du Premier Empire de Thierry Lentz, actuel meilleur historien du régime napoléonien, je vous le conseille vivement, et cela se trouve dans le premier tome, Napoléon et la conquête de l’Europe, 1804-1810.

  • Participant
    Posts6
    Member since: 8 mars 2017

    leur infanterie se tenait encore sur trois rangs rigides

    Cela correspond il à une formation de l’infanterie dépassé ? Quelle était la nouvelle méthode (plus efficace) employé par Napoléon ?

    Je m’intéresse beaucoup en ce moment à réforme militaire de l’époque Napoléonienne. Ce qu’il à pu apporter comme modification. Surtout pour l’infanterie. Sur leur organisation (comme les lignes) leurs mouvements, tactiques etc…

    Ça m’intéresse énormément d’en savoir plus sur le sujet.

    Si quelqu’un s’y connait. Merci =)

  • Modérateur
    Posts2009
    Member since: 26 août 2013

    Les Français avaient pour doctrine de se déplacer rapidement en colonnes massives puis de se déployer rapidement en ordre de bataille pour affronter l’ennemi avec une puissance de feu supérieure. C’était la fusion des ordres «mince» et «profond». Les Prussiens n’appliquaient que l’ordre mince qui était vulnérable au choc (attaque de cavalerie ou corps à corps).

  • Participant
    Posts6
    Member since: 8 mars 2017

    Tu as totalement répondu à ma question. Merci

  • Participant
    Posts911
    Member since: 20 décembre 2014

    Le comportement de Bernadotte est indigne d’un vrai serviteur de la patrie, et sous le pretexte avancé  d’obeir aux ordres de Napoleon, n’a fait que lui nuire, car il savait Davout en danger et son premier devoir etait de le soutenir, pas de le quitter pour ne servir a aucun quand il fallait assurer la victoire de Napoleon, il le savait.

     

    Aussi, il est certain que Napoleon aura l’œil sur lui a l’avenir.

    Deja son comportement est trouble et frole la trahison, mais il y  a pire, il a comploter en 1800 contre le 1er Consul, ses amis ont été arretés, lui avait deja pris ses precautions en jouant double jeu et c’etait crée un alibi qui l’a sauvé en s’éloignant a temps au cas ou…pour revenir au pouvoir si le complot avait réussi.

    Bref, un faux-jeton et un traitre  ne regardant que ses intérêts propre au point de guerroyer contre la France et ses anciens soldats en 1813.

  • Participant
    Posts678
    Member since: 18 juin 2014

    Ne pas oublier le rôle prépondérant de l’artillerie française dans les intervalles des carrés français arrêtant les charges de cavalerie et mitraillant l’infanterie prussienne, le brouillard et la fumée cachant la faiblesse du 3ème corps, et l’arrivée les uns derrière les autres des régiments de Davout comblant les intervalles et laissant penser aux prussiens que toute l’armée arrivait.

    Quant à Bernadotte, aussi pusillanime en 1807 qu’en 1813 devant Berlin.

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 semaine et 1 jour par  Marcellus.
  • Participant
    Posts484
    Member since: 21 avril 2012

    Cette bataille me fait un peu penser à celle d’Austerlitz… au moins par deux aspects : le contraste entre la moyenne d’âge au sein des États-majors en présence & le brouillard. 😉 (À cela, on pourrait bien sûr ajouter un troisième point : la victoire française ! 😆 )

     

    Voici, à titre de complément, un lien vers un descriptif de la bataille d’Auerstedt : 🙂

    http://www.napoleon-empire.net/batailles/auerstaedt.php

     

     

    La guerre, c'est l'histoire de l'humanité !
    Vouloir juger sans (bien) connaître, n'est-ce pas là le meilleur moyen de se tromper ?

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