Post has published by cuirassier

Ce sujet a 24 réponses, 9 participants et a été mis à jour par  mongotmery, il y a 1 an et 8 mois.

25 sujets de 1 à 25 (sur un total de 25)
  • Modérateur
    Posts2995
    Member since: 12 avril 2012

    Comment concevoir une opération ?

    Les américains ont créé un outil, utilisé aux niveaux opératif tactique, pour simplifier la conception des opérations. Cet outil, appelé OPORD (operationnal order) ou ordre des 5 paragraphes, doit être obligatoirement rédigé par les officiers américains avant chaque opération et il définit l’intention du commandant et le schéma de déroulement de la mission.

    http://www.ww2gyrene.org/assets/Oral-Order.gif Exemple d’OPORD du corps des Marines en 1943.

    Alors qu’est-ce que cet OPORD de quelle manière peut-on en rédiger un?

    Dans un premier temps je détaillerai comment rédiger un OPORD et dans un second temps j’y appliquerais un exemple.

    Comparaison n'est pas raison.

  • Modérateur
    Posts2995
    Member since: 12 avril 2012

    Ci-dessous un OPORD vierge, ce n’est qu’un exemple il est bien sûr adaptable en fonction du contexte où se trouve le rédacteur de cette ordre.

    ORDRE OPÉRATIONNEL :

    1. Situation

    A. Force ennemie
    1) disposition, composition et force:
    2) capacités :
    3) conduites probables de l’ennemi:

    B. Force amie
    1) mission et intention de l’unité supérieure:
    2) mission de l’unité de gauche:
    3) mission de l’unité de droite:
    4) mission de l’unité avancée :
    5) unité en réserve ou unité suivante :
    6) unité en soutien: stuka, artillerie, logistique et services

    C. forces rattachées et détachées


    2. Mission

    But de la mission répondant aux questions : Qui ? Quoi ? Quand ? Où ? Pourquoi ?

    3. exécution

    A. Concept de l’opération
    1) intention du commandant:
    2) manœuvre:
    3). priorité des cibles:
    4) mesure anti-aérienne:
    5) guerre électronique:
    6) génie:

    B. tâches des unités de la manœuvre principale

    C. tâches des unités de soutien

    D. instruction de coordination

    4. services

    A. général

    B. matériels et services

    C. Évacuation médical et hospitalisation

    D. personnels

    E. coopération civils-militaires

    F. divers

    5. commandement et communications

    A. commandement

    B. communications

    Comparaison n'est pas raison.

  • Modérateur
    Posts2995
    Member since: 12 avril 2012

    1ère partie la rédaction de l’ordre opérationnel :

    Alors l’ordre opérationnel comprend 2 principales idées:

    – l’intention opérationnel:

    C’est là que chef établit
    un but général à la mission (exemple sécuriser un secteur)
    une estimation des risques (probable présence de mine)
    une synchronisation des unités (tout le monde avance dans le même rythme)
    – des points décisifs (informations importantes que le subordonné doit savoir)

    L’intention dépend de la situation finale que l’on souhaite obtenir après l’opération. Où sont mes unités, où se retrouve l’ennemi et dans quel état* (amis, ennemis, terrain).
    Elle comprend les tâches clés à réaliser. Les tâches clés, ce sont étapes qui doivent être absolument accomplies pour que l’on considère que cette opération soit un succès.

    – le schéma du déroulement de l’opération:

    C’est expliqué en 5 questions:
    QUI? Quelle unité?
    Quoi? les tâches clés
    Quand?quand cela doit commencer, finir et le rythme
    où? points de départs, objectifs …
    pourquoi? le but de la mission

    De plus le schéma décrit aussi le type de la mission: offensives ou défensives.
    Le schéma doit être assez “libre” pas trop contraignant pour que le subordonné puisse s’adapter à la situation en cas d’imprévus ou de bonne opportunité à saisir (genre détruire un objectif facile), avant de revenir l’intention initiale**.

    Alors comment rédige-t-on un OPORD?

    Sachant qu’il doit être compris par au moins 2 niveaux hiérarchiques inférieur à celui qui le rédige, l’ordre opérationnel se doit donc d’être:
    clair
    concis : privilégier une expression courte facile à retenir plutôt qu’un roman
    contraignant : le subordonné doit impérativement suivre l’intention prévue
    complet : le subordonné doit savoir ce qu’il doit faire pour qu’on lui dise “mission accomplit” et pourquoi

    le succès(la victoire) = c’est la relation finale (après la bataille) entre soi, le terrain et l’ennemi (son état, sa position)

    L’ordre opérationnel comprend aussi les points décisifs : informations importantes sur la mission comme une colline qui serait bien à prendre ou la présence de mines etc…

    Plus le niveau est bas plus l’ordre opérationnel est précis: à un régiment on lui dit juste protéger un secteur par contre à une compagnie on lui dit précisément où elle doit se positionner, défendre etc…

    Avant de rédiger, il faut faire un estimation personnel de la situation (on analyse le champs de bataille, où est l’ennemi, ses effectifs, sa force etc… et une visualisation des combats (on s’imagine comment peut se dérouler l’opération, imaginer ce qu’il peut arriver, comment réagir etc..)

    Contrôler son ordre après la rédaction:

    à la fin de la rédaction il faut pouvoir répondre à tous ces question. Mon ordre :
    – est-il clair pour les subordonnés, est ce qu’ils savent leurs tâches essentiels à faire, + QUI?, QUOI?, QUAND?, OU ?, POURQUOI ?.
    – y a-t-il une définition de qu’est que le succès de la mission, les points décisifs et l’estimation des risques ?
    – est-il clair, concis, contraignant et complet, peut-il être compris par 2 échelons hiérarchiques inférieurs?
    – les subordonnés peuvent-ils prendre des initiatives tout en suivant l’intention (le but) initiale.

    ———-
    * état de l’ennemi: détruit ou pas, en retraite, sur la défensive…

    **Sur ce point l’OPORD rappelle les « auftragstaktik » utilisés par les allemands lors de la 2ème GM. Les « auftragstaktik » étaient des ordres accès sur la mission, c’est-à-dire que l’on confiait au subordonné une mission/un objectif à réaliser mais qu’on lui laissait toute l’autonomie nécessaire pour atteindre son objectif. On obtient ainsi un commandant souple et décentralisé.

    ———-
    Sources :
    http://en.wikipedia.org/wiki/Operations_order
    http://en.wikipedia.org/wiki/Five_paragraph_order
    http://www.lavoiestrategique.com/2.articles/2.Combat/2.2_Procedures/Articles_2008/5-Procedures._Intention_operationelle.pdf

    Comparaison n'est pas raison.

  • Modérateur
    Posts2995
    Member since: 12 avril 2012

    2ème partie exemple d’ordre opérationnel :

    Un exemple d’ordre opérationnel: la traversé de la Meuse en Mai 40 par la 7ème Panzer division du général Rommel.

    Rappel du contexte :

    Le 13 mai 1940, le général Rommel est le commandant de la 7ème Panzer Division avec laquelle il a atteint les rives de la Meuse. Sa mission est de franchir le fleuve le plus rapidement possible pour foncer vers l’Ouest et atteindre les côtes de la Manche. Son supérieur (le général Hoth) lui confère temporairement le commandement du Panzer regiment-31.
    La 18ème Division d’infanterie composée de réserviste et mal équipée va tenter de résister.

    http://i32.servimg.com/u/f32/09/02/08/13/traver10.jpg

    ORDRE OPERATIONNEL

    1. Situation

    A. Force ennemie
    1) disposition, composition et force: 18ème division d’infanterie, trop étirée, sous équipé notamment armement en anti-char, unités de chars repérées
    2) capacité: peu de mobilité et faible capacité de résistance face à une attaque blindée
    3) conduite probable de l’ennemi: restera statique, en défensive sur la berge occidentale, possible contre attaque blindée

    B. Force amie
    1) mission et concept de l’unité supérieur: Panzergruppe HOTH ,atteindre les côtes de la Manche
    2) mission de l’unité de gauche: franchir le fleuve et foncer vers l’ouest
    3) mission de l’unité de droite: 5ème Pz Div. flanc garde droit
    4) mission de l’unité avancé (il y en n’a pas)
    5) unité de réserve: Pz regiment 31
    6) unité en soutien: stuka, artillerie, logistique et services

    C. forces rattachées et détachées
    Pz régiment 31 en réserve…

    2.Mission

    but de la mission répondant au schéma
    Qui? 7ème Pz Div. Quoi? Franchir la Meuse Quand? le 13 mai 40 à 6h00 Où? entre la commune de Dinant et Houx Pourquoi? Poursuivre vers l’ouest

    3.éxécution

    A. Concept de l’opération
    1) intention du commandant: Franchir le fleuve par l’ensemble de la division dans les délais les plus courts possibles.
    2) manœuvre: prise d’assaut de la berge, installation d’un ponton, franchissement du fleuve par la division, élargissement de la tête de pont et poursuite vers l’ouest
    3) priorité des cibles: postes de mitrailleuses, anti-chars
    4) mesure anti-aérienne: disposition de Flak sur la rive Est
    5). guerre électronique: espionnage des communications radios ennemies
    6) génie: mise en place d’un ponton dès que l’infanterie débarque sur la berge ouest

    B. tâches des unités de la manœuvre principale
    IIème bataillon d’infanterie prend d’assaut l’autre berge grâce à des canots pneumatiques. Le génie prêts à travailler sur le ponton. Les autres unités de mêlées (chars, infanterie) prêtes à franchir le fleuve et à poursuivre l’attaque.

    C. tâches des unités de soutien

    unité d’artillerie et stuka appuient les troupes sur de la rive ouest (fumigènes et bombardement).

    D. instruction de coordination

    en gros les horaires du bombardement doivent coïncider avec l’assaut etc…

    4. services

    Services et logistiques rôles habituels…

    5. commandement et communications

    A. commandement
    souple, flexible, très agressif et rapide il faut resté le moins longtemps possible à découvert.

    B. communications

    Codes radio, fréquences utilisées etc…

    Comparaison n'est pas raison.

  • Modérateur
    Posts2995
    Member since: 12 avril 2012

    Je voulu faire un exemple même si il ne suit pas le côté ultra protocolaire des militaires c’est juste histoire de donnez une idée…

    En conclusion (enfin) ce qu’il faut retenir c’est que le OPORD n’est finalement que la mise sur papier de la réflexion que doit avoir chaque stratège avant la bataille.

    Et je pense notament aux amateurs de jeux vidéos de stratégie qui peuvent simplifier et adapter à leurs besoins cette procédure. Et avec de l’entrainement ils pourront la perfectionner pour mieux planifier leurs plans.

    Comparaison n'est pas raison.

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Super. Ce serait cool de s’en inspirer pour le jeux de l’ONU. Même si tu joue pas, merci beaucoup 🙂

  • Modérateur
    Posts2995
    Member since: 12 avril 2012

    En fait cela correspond plus à des jeux tels que les Total war. Le joueur peut s’inspirer de cette méthode réelement utilisée par les américains en la simplifiant pour concevoir son plan.

    exemple de procédure simplifée pour un jeux:
    – faire un estimation de la situation: analyse du terrain et de l’ennemi
    – imaginer comment les opérations vont se dérouler

    puis l’intention: détruire l’armée ennemie

    ensuite répondre aux question; qui, quoi, quand , où, pourquoi et les tâches clés
    exemple:
    – mon aile droite, fixe l’ennemi(enclume), dès le début de la partie, dans la forêt
    – mon aile gauche, détruire l’ennemi(marteau), à partir du moment où l’ennemi est fixé, se placer sur la coline.

    assurer la synchronisation des unités, estimation des risques (contre attaque de la cavalerie ennemie qui serait cacher dans la forêt, les points décisifs (la coline)

    J’ai écris ces 3 posts en espérants simplifier la compréhension de “l’ordre opérationnel” mais bon n’hésitez pas à lire directement à la source;
    http://www.strategique.org/index/wp-content/uploads/2011/04/Intention_operationelle1.pdf

    De plus le site de l’ancien magazine la voie stratégique http://www.strategique.org/ possède plusieurs textes intéressants sur la tactique dans la rubrique article-tactique ou documentation. A voir!

    Comparaison n'est pas raison.

  • Participant
    Posts667
    Member since: 6 février 2013

    Vraiment excellent cuirassier.

  • Participant
    Posts754
    Member since: 31 octobre 2012

    Tres bon posts.

    j’ajouterai que cela aidera beaucoup certains joueur en appliqant ces methodes dans les jeux de strategie.

  • Modérateur
    Posts2995
    Member since: 12 avril 2012

    Merci.

    Je tiens à dire que prochainement je vais mettre à jours plusieurs sujets de la section théorie et concept – dont celui-ci – pour corriger quelques imperfections et pour en faciliter la compréhension. A bientôt donc sur ces sujets.^^

    Comparaison n'est pas raison.

  • Participant
    Posts754
    Member since: 31 octobre 2012

    Je te conseille de surveiller la chaine de petit poucet.

    Tu risques d’y voir de la pornographie militaire sur ce theme.

    😉

  • Modérateur
    Posts2995
    Member since: 12 avril 2012

    J’avoue que je m’intéresse plutôt à la guerre dans le monde réel, mais je regarderai. Ce sujet est avant tout fait pour ceux qui veulent comprendre la guerre, plus que pour être appliqué dans des jeux.

    Comparaison n'est pas raison.

  • Participant
    Posts754
    Member since: 31 octobre 2012

    La technique de planification s’applique tres facilement dans le monde reel, qu’il soit militaire ou comme pour moi, marketing.

  • Modérateur
    Posts2995
    Member since: 12 avril 2012

    Voilà, ce sujet a été mis à jour. Il est passé au standard dossier, ce qui fait de ce sujet mon 10ème dossier depuis mon inscription au forum!

    Bonne lecture.

    Comparaison n'est pas raison.

  • Participant
    Posts9
    Member since: 17 décembre 2013

    Super. Ce serait cool de s’en inspirer pour le jeux de l’ONU. Même si tu joue pas, merci beaucoup 🙂

    de quels jeux tu parles ?

  • Participant
    Posts2169
    Member since: 12 avril 2012

    D’un MV (Monde Virtuel) qui avait été organisé avant que cette section ne soit fermée.

  • Modérateur
    Posts8432
    Member since: 14 mai 2013

    Merci beaucoup cuirassier c’est très intéressant, et puis cela peut être utile pour comprendre pourquoi des missions ont du retard ou autre ou non pas l’appui escompté, dans les faits réels de guerre.

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Participant
    Posts57
    Member since: 7 août 2013

    On peux difficilement l’impliquer dans certains jeux car il faut prendre des décisions rapides.

  • Participant
    Posts11
    Member since: 30 août 2013

    Super intéressant comme sujet, ça va m’être utile pour mes prochaines campagnes sur TW. B) Merci beaucoup cuirassier. 😉

  • Modérateur
    Posts8432
    Member since: 14 mai 2013

    Une question à propos de cet ordre OPROORD qui est utilisé dans l’armée américaine: est-ce que tous les soldats d’une unité sont mis au courant d’un ordre, ou est-ce que l’ordre est décliné sou différentes versions pour chaque niveau hiérarchique?

    – Dans le premier cas, tout le monde est au courant de ce qu’on veut faire au niveau général, mais la spécification de la tâche de chacun est moindre. Du coup, les soldats risquent de se disperser (au sens figuré) entre les différents objectifs, avancer, appuyer.. et on risque de trouver, par exemple, pour un ordre global d’attaque, des artilleurs s’avançant au même rythme que les fantassins au lieu de le sappuyer.

    – Dans le deuxième cas, chacun est alerté au niveau de son unité sur ce qu’il doit faire, et c’est un avantage car chacun va faire son tâche. Mais on risque de louper ne opportunité, par exemple, l’unité devant fuit, l’infanterie la suit et occupe sa position, mais l’artillerie ne suit pas pour consolider la position car elle a reçu l’ordre d’appui en restant derrière les fantassins attaquants (ce qui se justifie quand un ennemi se défend). De plus, une telle disposition nécessite une administration très lourde, pour décliner les ordres en ordre adapté à chaque niveau hiérarchique.

    Je caricature peut être un peu, mais dans le premier cas, cela ressemble plutôt à des armées comme la Wehrmacht, avec le principe de l’Aufstragtaktik, et dans le deuxième cas, ce serait plus l’Armée Rouge.
    A quel niveau se place les Américains et leur OPORD? J’aurais tendance à dire plus dans le deuxième que le premier cas, mais c’est en parlant a posteriori des actions effectivement faites. Quelle est la pensée américaine en la matière (durant la seconde guerre mondiale)?

    En espérant que ma question est claire

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Modérateur
    Posts2995
    Member since: 12 avril 2012

    @mongotmery

    Alors en effet nous avons traditionnellement deux types de commandement :
    – Le commandement par mission : autrement dit l’Auftragstaktik, on donne juste un objectif et toute la liberté d’action aux subordonnés pour atteindre cet objectif.
    – Le commandement par ordres : qui suit un processus d’étapes imposées et planifiées dans le temps et l’espace.
    Chacune de ces méthodes a ses avantages et ses inconvénients.

    Traditionnellement l’armée américaine se trouve plutôt dans la seconde catégorie. C’est le résultat de la culture anglo-saxonne, que je qualifierais de très scientifique, et c’est un des restes de l’influence française (post 1918 notamment) sur l’armée américaine.
    Alors on trouvera sans aucun doute des manuels américains avec des phrases du genre « il faut laisser le maximum d’autonomie aux subordonnés sur le terrain » mais il y les manuels… et la réalité des procédures que connaissent les soldats sur le terrain…
    L’armée américaine est d’ailleurs de plus en plus procédurière et centralisé. C’est un peu le résultat de l’action des généraux, voir du président, qui suivent et contrôlent en direct les opérations de niveaux tactiques grâce aux images satellites et de drones, et ce alors qu’ils sont parfois à des milliers de kilomètres du champ de bataille !

    Comparaison n'est pas raison.

  • Modérateur
    Posts8432
    Member since: 14 mai 2013

    C’est bien ce que je me disais, les Américains sont plutôt planificateurs.

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Modérateur
    Posts2995
    Member since: 12 avril 2012

    D’ailleurs la citation d’Eisenhower dans ma signature est assez révélatrice :
    “Les amateurs parlent de tactique, les professionnels parlent de logistique”
    On voit que les américains considèrent la guerre comme une question logistique, domaine où ils excellent. Hors la logistique est une activité reposant sur des procédures strictes et une planification très poussée.
    En caricaturant un Guderian ou un Manstein aurait plutôt dit une phrase du type : « Les grands capitaines trouvent des solutions tactiques, les planqués se cherchent des excuses dans les contraintes logistiques »…

    La différence de commandement va aussi avoir des répercussions sur la manière de combattre. Un commandement par ordre se basera plus sur la puissance de feu (artillerie et aviation). La flexibilité en revanche du commandement par mission permettra une action misant plus sur le choc.

    Néanmoins à la guerre encore une fois il ne faut pas voir cela de manière trop binaire ; strictement commandement par ordre ou strictement commandement par mission. Il y a toujours des nuances.
    Une unité expérimentée, qu’elle soit américaine ou allemande, prendra plus confiance en elle et aura tendance à être plus autonome et à prendre des initiatives. Les américains au cours du 2nd conflit mondial ont ainsi fait preuve de souplesse avec leur task forces et leur combat commands. Ou inversement une unité manquant d’encadrant reposera plus une planification rigide pour compenser ses faiblesses.

    Ce sont avant tout des raisons culturelles qui poussent une armée à tendre vers l’une ou l’autre des méthodes de commandement. Ce que je trouve d’ailleurs assez intéressant à étudier. On peut trouver les origines de ce qui deviendra l’Auftragstaktik dans l’armée prussienne dès les réformes qui ont suivi le désastre de 1806. Mais ce n’est que sous l’ère de Moltke l’ancien que cela se met vraiment en place, bien qu’il y aura des oppositions d’officiers craignant de perdre le contrôle de leurs hommes jusqu’en 1914 ! Ensuite l’armée allemande l’applique plutôt correctement ce qui explique en grande partie sa supériorité tactique jusqu’en 1945. Cela fut permis par une excellente formation des officiers et des sous-officiers.
    Ignorant à quel point elle a été influencée par l’OTAN, je ne serais pas dire où en est la Bundeswehr.

    Comparaison n'est pas raison.

  • Modérateur
    Posts8432
    Member since: 14 mai 2013

    Effectivement, on ne trouve que rarement une opposition binaire. D’autant que la toute-planification est inenvisageable en soi, puisqu’elle impliquerait que l’ennemi ne réagirait pas (ou qu’on ne d’adapterait pas à ces réactions, ce qui est source de défaite).

    D’ailleurs les Soviétiques, qui ont durant la seconde guerre mondiale beaucoup basé sur la planification, avait des sortes d’équivalents aux Task forces terrestres américaines: les armées de choc, étaient des unités qui avaient un rôle de rupture, souvent conçus de manière indépendante: l’armée pouvait faire ce qu’elle voulait tant que les axes étaient libérés en temps et en heure dans la zone voulue, pour permettre la progression des forces d’exploitation, qui étaient un peu plus liées dans leurs trajets. En revanche, elles avaient tout loisir d’organiser leurs différents moyens (chars, infanterie…..) en interne, de manière à constituer des groupements interarmes pour la prise de points (relief, aérodromes, isolement de villes…) ou envoyer des groupes de véhicules rapides en avant en l’absence de résistance.

    Un point qui se rapproche au niveau tactique de cette différence entre liberté d’initiative et planification, est la phrase de Nelson. J’en profite pour mettre en lien un sujet que j’ai créé visant à discuter des “petites phrases”, “diktat” et autres documents de militaires visant à donner des méthodes pour que les suborodonnés se comportent convenablement.

    http://www.strategietotale.com/forum/104-de-la-tactique/182147-un-capitaine-qui-place-son-bateau

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Modérateur
    Posts8432
    Member since: 14 mai 2013

    Ca serait intéressant, @cuirassier, si tu pouvais présenter comment différents ordres d’opération s’articulent entre eux?

    Tu as déjà fait un exemple avec l’ordre d’une unité qui a plusieurs possibilités, et cela serait bien de voir les ordres de ces unités d’appui par exemple, ou des unités à gauche et à droite (comment on fixe leurs interactions, dans le cas interarmes entre autres)?

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

25 sujets de 1 à 25 (sur un total de 25)

You must be logged in to reply to this topic.

A password will be emailed to you.