Post has published by vauban

Ce sujet a 23 réponses, 10 participants et a été mis à jour par  Saganami, il y a 5 ans et 1 mois.

24 sujets de 1 à 24 (sur un total de 24)
  • Participant
    Posts2977
    Member since: 12 avril 2012

    Je vais tenter dans ce sujet de faire une rapide mais néanmoins (je l’espère) intéressante chronologie sur la civilisation égyptienne de (-5000 avant à 395).

    Époque pré-dynastique(-5000 à-3100):

    néolithique:notablement cultures de Nagada
    -3200:dynastie 0,roi scorpion.

    Époque Thinite(-3100 à-2700)

    -3100: Ier dynastie,Narmer unificateur de l’Égypte.
    -2800: IIe dynastie.

    Ancien empire(-2700 à-2200)

    -2700:IIIe dynastie,règne de Djéser
    -2600:IVe dynastie,règne de Snéfrou,Khéops,Khephren,mykeniros.
    -2500:Ve dynastie
    -2350:VIe dynastien,règne de Pépi I et II.

    Première période Intermédiaire(-2200 à -2035)

    -2200:VIIe dynastie
    -2200:VIIIe dynastie
    -2170:IXe dynastie
    -2140:Xe dynastie

    Moyen empire(-2035 à -1780)

    -2140:XIe dynastie,règne des Antef et des Montouhotep
    -2000:XIIe dynastie,règne des Amenemhat et les Sésotris

    Deuxième période Intermédiaire(-1780 à -1545)

    -1780:XIIIe dynastie
    -1730:XIVe dynastie
    -1730:XVe dynastie
    -?:XVIe dynastie
    -1650:XVIIe dynastie,règne des Taa et de Kamosis.

    Nouvel Empire(1545-1070)

    -1560:XVIIIe dynastie,Iahmès,les Aménophis,les Thoutmosis,Hachepsout
    ,Toutankhamon,Ay,Horemheb.
    -1295:XIXe dynastie,Ramsès,séthi I,Ramsès II,Méremptah.
    -1190:XXe dynastie,Ramsès III et IV.

    Troisième Période intermédiaire(-1070 à -656)

    -1070:XXIe dynastie,Smendès,Psousennés I,Héryhor.
    -945:XXIIe dynastie
    -818:XXIIIe dynastie
    -730:XXIVe dynastie
    -760:XXVe dynastie,règne de Piankhy

    Basse époque (-656 à -332)

    -672:XXVIe dynastie,Psammétique I
    -525:XXVIIe dynastie
    -404:XXVIIIe dynastie
    -399:XXIXe dynastie
    -380:XXX dynastie
    -343:XXXIe dynastie

    Époque Gréco-romaine (-333 à-395)

    -332:Dynastie macédonienne,Alexandre III le grand.
    -304:Dynastie ptolémaïque,les Ptolémée,Cléopâtre VII.
    -Empire romain

    Note:L’époque Thinite et les époques impériales sont des périodes d’unité politique et territoriale.
    Les 3 périodes intermédiaires sont des époques de troubles politique ou l’empire est divisé.
    Les XIe,XVIIIe et XXVe dynastie marquent la réunification de l’empire.

    Source:cour d’archéoscience,université de rennes 1.

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    -2700:IIIe dynastie,règne de Djéser
    -2600:IVe dynastie,règne de Snéfrou,Khéops,Khephren,mykeniros.

    C’est l’ère de l’édification des pyramides de Gizeh.

    Deuxième période Intermédiaire(-1780 à -1545)
    C’est l’ère de l’invasion hyksos.

    Nouvel Empire(1545-1070)

    -1560:XVIIIe dynastie,Iahmès,les Aménophis,les Thoutmosis,Hachepsout
    ,Toutankhamon,Ay,Horemheb.
    -1295:XIXe dynastie,Ramsès,séthi I,Ramsès II,Méremptah.
    -1190:XXe dynastie,Ramsès III et IV.

    C’est l’âge d’or de la civilisation égyptienne, même si il y a des problèmes religieux avec Aménophis IV, qui crée un nouveau culte pour lutter contre l’influence de Karnak. ;

  • Participant
    Posts2977
    Member since: 12 avril 2012

    Oui,c’est tout à fait vrai.Toutefois je me borne comme tu l’aura remarqué à noté le nom des dynasties et des principaux pharaons. 😉

  • Participant
    Posts1957
    Member since: 12 avril 2012

    Je me disais que c’est une bonne idée, mais que mentionner quelques évènements en rapport à ces dates les rendraient plus inintéressantes

  • Participant
    Posts2977
    Member since: 12 avril 2012

    Tu as tout à fait raison.cependant il me faudrait un tableau pour classé tout cela(ce que je ne sais pas faire). En tout cas toute aide ou apport est bienvenue et remercié pour une chronologie aussi imposante que celle de l’Égypte antique.

  • Participant
    Posts1563
    Member since: 29 juillet 2012

    Très bonne idée! L’histoire égyptienne étant très longue il n’est pas facile de s’y retrouver. 😆

  • Participant
    Posts2977
    Member since: 12 avril 2012

    Merci @jddelsignore cela fait plaisir.n’hésite pas à enrichir cette chronologie. 😉

  • syt
    Participant
    Posts212
    Member since: 14 avril 2012

    Si tu veux je te ressort mon cours d’archeo egyptienne, j’ai des dates légèrements différentes que les tiennes :whistle:

  • Participant
    Posts1563
    Member since: 29 juillet 2012

    Je suis en mesure de détaillé la dynastie ptolémaïque si tu le souhaite (toujours grâce à mes bouquins). 😉

  • Participant
    Posts2977
    Member since: 12 avril 2012

    Merci à tous,comme je l’ai dit n’hésitez surtout pas à donné toute les informations disponibles sur ce sujet.

    @syt
    J’espère que nos datations ne différent pas énormément parce que c’est quand même mon cour d’archéoscience. :cheer:
    Mais si tu as des dates plus précises,je suis preneur.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    A l’invitation de Vauban, je vais me risque à étoffer un peu cette chronologie.

    Le Prédynastique, à partir de -5000 jusque vers -3200 est une période où les futurs Egyptiens s’installent dans la vallée par petits groupes, chassés par la sècheresse grandissante du Sahara. Ce sont encore des chasseurs-cueilleurs des savanes, de culture paléolithique supérieur alors que maintes régions comme la Mésopotamie et l’Anatolie ont les pieds plantés dans le néolithique – agriculture et élevage – depuis longtemps. L’Egypte se présente alors comme une multitude de villages isolés par des rives encore luxuriantes de vie sauvage grouillant de reptiles, de crocodiles et d’hippopotames.

    http://blogs.stjodijon.com/coulissecollege/files/2012/01/car_Croissant20fertile2.jpg

    Ces villages plus ou moins distants commercent, entrent en conflit, bref se frottent les uns aux autres mais génèrent une culture commune que l’on qualifie de “nagadéenne”, du nom de Nagada, son site le plus riche. A la fin de cette période, l’agriculture et l’élevage sont partout présents. On glisse même rapidement vers le “chalcolithique” par ajout de la métallurgie du cuivre et de l’or, deux métaux à fusion relativement basse aisés à extraire… quand on en trouve.

    Vers -3200, quelques tentatives d’unification sont tentées, notamment avec le roi Scorpion (du nom de son emblème) et l’on parle d’une dynastie zéro.

    Les débuts de la période dynastique, dite “époque thinite”.

    Vers – 3100, un roi du Sud, Narmer, conquiert le Delta et s’en attribue la royauté. Les Deux-Terres sont réunies sous la double couronne Pschent, habile combinaison des deux coiffes royales. La notoriété de Narmer doit beaucoup à une palette à fard gravée à sa gloire.

    http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2f/Palette_de_Narmer.jpg

    Bourrée de symboles sur ses deux faces, cette palette. Sur la face de droite, Narmer, coiffé de la tiare du Sud, achève sa conquête. Le serviteur qui le suit, les sandales royales à la main, figure son armée. Au-dessus du captif en fâcheuse position, le représentation des terres nouvellement conquises et désormais dévolue au dieu Horus, dont on voit l’image de faucon. La palette est surmontée de deux taureaux. L’idée de Taureau puissant est indissociable de l’image royale. Narmer porte d’ailleurs une queue de bovidé au bas du dos. Entre les deux taureaux symbolisant la royauté des Deux Terres se trouve un serek qui est comme un cartouche rectangulaire en forme de château et l’on y lit le nom du roi.
    L’autre face de la palette montre, en haut, Narmer défilant coiffé du pilon du Nord avec les enseignes de ses corps d’armée, figurant bien entendu l’ensemble de ses forces.

    Avec Narmer débute la 1ère dynastie et l’histoire égyptienne proprement dite.

    Ière dynastie – 3150-2925 (+/-)

    Politiquement, les pharaons cherchent l’apaisement après la conquête. Le Delta est ostensiblement traité d’égal à égal. La capitale reste This, près d’Abydos, mais les reines portent des noms en hommage à Neith, la déesse guerrière du Nord : Neithotep, MerNeith, etc.

    Une politique extérieure se dessine, expéditions contre les Libyens et les Nubiens, exploitation de mines dans le Sinaï, construction de postes fortifiés aux frontières (déjà !) et le pays importe du bois du Liban.
    Les pictogrammes symboliques que l’on trouvait sur la palette de Narmer évoluent rapidement en une vraie écriture, les hiéroglyphes.

    Et pendant ce temps-là…

    En Europe, c’est l’ère des mégalithes. Une population mal définie fait pousser cromlechs, dolmens et menhirs comme des champignons.
    En basse-Mésopotamie, les Sumériens au Sud et les Akkadiens au Nord, d’origine et de langue diverses mais de culture commune, s’organisent en cités-Etat où l’on inscrit ses comptes en caractères cunéiformes sur des tablettes d’argile. On en a retrouvé des milliers à Ourouk.
    Deux cités de la vallée de l’Indus, Mohenjo-Daro et Harappa, commencent à prospérer.
    Beaucoup de cultures prometteuses avortent avec le dessèchement progressif des déserts.

    IIème dynastie – 2925-2700

    Des rivalités entre clans éclatent sous forme de conflits religieux. Horus est aux prises avec Seth. Il n’y a pas de répartition géographique : les partisans de l’un et de l’autre sont inextricablement mêlés dans la population. Les pharaons cherchent à calmer le jeu en se plaçant sous l’égide des deux divinités. Quand cela marche, il y a trève. Quand ça rate, les émeutes recommencent.
    Finalement, Khâsekemouy impose la paix. Avec lui commence…

    L’ANCIEN EMPIRE – 2700-2200

    IIIème dynastie – 2700-2625

    Le calme retrouvé, Djéser, fils de Khâsekemouy, veut frapper un grand coup pour affirmer son pouvoir. Il a la chance d’avoir un collaborateur d’élite en la personne d’Imhotep, le premier génie répertorié de l’Histoire.

    http://emeagwali.com/media/africa/imhotep.jpg

    Imhotep (son nom signifie Bienvenu ) conçoit et fait bâtir la première pyramide à degrés, celle de Sakkarah, et il en dessine chaque détail, jusqu’aux chapiteaux des colonnes.
    Djéser y est inhumé et sa statue, enfermée dans un serdab, observe par deux trous les visiteurs et les offrandes.

    Sur la demande insistante de mon Ego, je précise que cette prise de vue est de mon cru :lol:. On le devine immédiatement à l’erreur de date. 1892 ! D’accord, j’ai quelques heures de vol, mais pas à ce point-là :dry:

    Les successeurs de Djéser s’efforcent de l’imiter mais Imhotep, désormais chez Osiris, n’est plus là pour superviser les travaux. Nombreux échecs, donc, aggravés sans doute par des règnes trop courts.
    Le dernier pharaon de cette IIIème dynastie, Houni, règne assez longtemps pour se bâtir une pyramide à Meidoum, à 40 km au sud de Gizeh. A sa mort, il laisse enfin des équipes bien commandées et bien entraînées. C’est l’heure de Snéfrou.

    IVème dynastie – 2625-2510

    Nebmaât Snéfrou, fondateur de la IVème dynastie, laissera le souvenir d’un souverain idéal : affable, intelligent,attentif aux autres et en même temps énergique et tenace. Ayant désormais les moyens de se faire une grande pyramide, il la veut lisse (c’est une première) et très pointue. Un peu trop. Son poids énorme sur un sol mal préparé provoque de multiples fissures. Snéfrou la fait achever au plus court en cassant ses angles et lance une deuxième pyramide un peu plus au nord, de base équivalente mais nettement plus plate pour gagner du temps. Pour doubler ses chances, il fait dans le même temps convertir en pyramide lisse celle de Meidoum, qui était à degrés.
    Ces deux solutions de rechange seront menées à bien.

    Les grands travaux exigent des ressources en rapport. Snéfrou lance des razzia sur la Libye et la Nubie. Il en ramène troupeaux et prisonniers. Des mines d’or, de turquoise, de malachite et de cuivre sont ouvertes partout où il y en a. L’Egypte est en pénurie permanente de bois : on a trouvé mention d’une flotte de 4O vaisseaux partis acheter du cèdre et du pin à Byblos. Une partie de ce bois servira à construire des bateaux supplémentaires.
    Pas de chômage, sous Snéfrou, et son immense popularité franchira les siècles comme en témoignent des graffitis du Nouvel Empire retrouvés sur ses stèles.

    Après tant d’activités, inutile de dire que les Egyptiens peuvent maintenant bâtir une pyramide les yeux fermés. C’est le fils de Snéfrou, Khéops, qui en retirera tout le fruit. Et ce qui est vrai pour les tombes royales l’est aussi dans le domaine civil. Dans ce pays régulièrement inondé, les bornes sont remises au millimètre près, les digues sont au cordeau,les administrations bien tenues quoiqu’un peu rapaces (mais c’est la loi du genre), les tribunaux rendent une justice équitable et une police recrutée dans les tribus nubiennes traque le mauvais garçon dans les rues et les dunes.

    Jusqu’à la fin de l’Ancien Empire, les pharaons continueront à se bâtir des pyramides mais elles deviendront progressivement plus modestes et surtout plus simples. Avec la disparition graduelle des hommes de Snéfrou, on en arrivera à une construction standard offrant toutes les garanties de stabilité, certes, mais sans plus guère d’innovation.

    Au total, la IVème dynastie aura connu six pharaons, le dernier étant Shepseskaf. Avant de passer à la suivante, offrons-nous un dernier regard, genre carnet mondain, sur cette époque que je considère comme flamboyante. J’ai une Dame à vous présenter…

    https://artcheologie.files.wordpress.com/2013/12/table-offrande-iounou-louvre.jpg

    Elle s’appelle Nefertiabet. Son titre est en haut à gauche : sat Nisout : fille du roi. Lequel ? on n’est pas sûr. Snéfrou ou Khéops. Sur sa stèle funéraire, à présent au Musée du Louvres, elle trône devant une table copieusement garnie d’offrandes. Maquillée au micropoil, longue perruque de cour, robe coupée dans de la fourrure de guépard… Elle n’a pas l’air commode mais quelle classe ! Toute la civilisation égyptienne de ce temps esl là.

    Et du côté d’ailleurs

    En Mésopotamie, les cités se protègent d’épaisses murailles. Les rois sont, tels Gilgamesh d’Ourouk, “héroïsés” et introduits dans des légendes édifiantes. C’est à Kish, en Akkad, que l’on épingle le premier roi réellement historique : Mebaragesi.
    A Our, les souverains décédés sont inhumés avec leurs courtisans, assassinés pour la circonstance. Sa Majesté aura besoin de compagnie.

    Dans la vallée de l’Indus, Mohendjo-Daro et Harappa influencent un large arrière-pays d’agriculteurs et de pasteurs. Ces deux villes, d’un périmètre de six kilomètres, sont tracées en damier avec des rues de sept mètres de large. Elles disposent d’un réseau d’égout mais n’ont curieusement ni palais ni temples. Ni leur écriture ni leur langue n’ont encore été identifiées à ce jour.

    En Grande-Bretagne, on met la dernière main à Stonehenge et les Scandinaves viennent de faire une trouvaille d’avenir : le ski.

    Sur l’île Wrangel, au nord-est de la Sibérie, s’éteignent les derniers mammouths.

    Vème dynastie – 2510-2460

    Huit pharaons au total. Sous la dynastie précédente, les nécessités liées aux pyramides avaient placé la région de Memphis en pointe en matière d’organisation et de moyens. A présent, les progrès acquis se répandent dans toute la vallée et chaque province – on dit : “nome” – se dote d’administrations compétentes en tous domaines.

    Les sous-sols sont systématiquement explorés pour satisfaire aux besoins des architectes, des artisans et des orfèvres. A côté de l’or et du cuivre sont exploités des sites de basalte, diorite, albâtre et grès sans oublier les semi-précieux : améthyste, cornaline, turquoise et cristal de roche.

    On lance même des expéditions lointaines vers la Nubie profonde et jusqu’à ce pays de Pount, toujours mal identifié aujourd’hui.

    L’Egypte tourne comme une machine bien huilée où se développe lentement une nouvelle classe de haut-fonctionnaires aux pouvoirs de plus en plus étendus et à l’autonomie toujours plus grande. Pharaon ne peut âtre partout. Il faut bien qu’il délègue.

    VIème dynastie – 2460-2200

    Sept pharaons. Le dernier est… une reine, Nitocris. Première souveraine à exercer le pouvoir effectif en Egypte et peut-être une première mondiale.

    Dans le droit fil de la Vème, la VIème semble plus impérialiste. Les Egyptiens se sont bien implantés en Nubie et contrôlent le réseau de routes caravanières qui, d’oasis en oasis, serpentent dans le désert occidental. Ils ont durci leurs positions sur les sites miniers du Sinaï et patrouillent loin dans le couloir syro-palestinien.

    http://www.egyptos.net/img/vie_quotidienne/Mesehtisoldiers.jpg

    Retenons le nom d’Ouni, investi de nombreuses charges tant civiles que militaires sous les règnes de Pepi Ier et Merenrê. Dans la biographie gravée dans son tombeau, il narre qu’il a mené une offensive près de l’actuelle ville de Haïfa et donne une idée de son opération – une opération amphibie, s’il vous plaît !

    Je voguai en mer sur des vaisseaux avec une partie de mes soldats et je touchai terre derrière la Montagne du Nord tandis que l’autre moitié de mes troupes restait sur le chemin terrestre. Je revins en arrière pour encercler les ennemis en sorte qu’ils furent tous tués“.

    Un autre fonctionnaire/militaire, Horkhouf, gouverneur d’Eléphantine sous Pepi II, explique qu’après avoir vaincu les Nubiens, il revint avec “trois cents ânes chargés d’encens, ébène, huile, grains, peaux de panthère, défenses d’éléphants, boomerangs, toutes choses belles de valeur“.

    … mais les choses vont bientôt se gâter.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    Je m’étais arrêté, quelques lignes au-dessus, à ce qui peut sembler être l’apogée de l’Ancien Empire égyptien. Le souverain en place vers -2300 est Pepi II, qui passe pour avoir eu le plus long règne de l’Histoire : 94 ans ! Il est vrai qu’il fut sacré à 6 ans et qu’une curieuse sculpture montre sa mère, la reine Ânkhesenmerirê, le tenant tout bambin sur ses genoux sous l’aspect d’un pharaon adulte en réduction.

    http://www.saqqara.nl/img/Cont_Glossary/Deel2/_350/PepiII.jpg

    Mais voilà que subitement, à la fin de ce 23ème siècle avant J.-C.,quelque chose se détraque dans le régime des moussons. La pluie ne tombe plus sur les montagnes abyssines où le Nil Bleu prend sa source. L’inondation annuelle disparaît. Une sècheresse s’installe qui frappera non seulement l’Egypte mais les contrées environnantes et jusqu’à la Mésopotamie, où elle détruira l’empire de Sargon d’Akkad.

    Sur les rives du Nil désormais réduit à peu de choses, c’est d’abord la disette, puis la famine, enfin la dislocation de tout ce que les Egyptiens tenaient pour fixé à jamais par les dieux. Devenu très vieux, sinon sénile, Pépi ne peut réagir. Les grands fonctionnaires provinciaux, sous couvert de ramener l’ordre, prennent leurs distances avec Memphis et se proclament indépendants. Les deux successeurs de Pepi, Merenrê II et Nitocris ne peuvent qu’acter le désastre. La sècheresse semble avoir duré une quarantaine d’années mais l’Egypte mettra, à travers désordres et pillages, près de deux siècles à s’en remettre.

    Au cours de cette Première période intermédiaire apparaissent et cohabitent dans la vallée désormais morcelée plusieurs royaumes. Leur brève histoire est très lacunaire. En gros, disons que nous avons :

    VIIème et VIIIème dynasties – 2200-2160 (?)

    Centrées sur Memphis, elles ne représentent qu’un très petit territoire. Une grande partie du Delta est occupée par des tribus nomades arrivées là poussées par la sècheresse et vers le sud, les :

    IXème et Xème dynasties – 2160-2040 (?) tiennent la Moyenne Egypte avec Heracléopolis pour capitale. Ce sont elles qui semblent les mieux préservées. Elles finiront d’ailleurs par absorber le domaine memphite. Un de leur pharaons, Kheti III, se distingue. Il a écrit pour son fils et successeur Merikarê un recueil de conseils devenu un grand classique de la littérature égyptienne. Quelques citations, pour le plaisir :

    ” De l’amour de tes sujets, construis-toi un monument durable. Renforce tes frontières car nul ne sait ce qui peut s’y produire. Sois juste afin que ton nom demeure à jamais. Console celui qui pleure ; n’opprime pas la veuve ; n’expulse personne de la propriété de son père ; prends garde de ne pas punir à tort. Ne fait aucune distinction entre le fils d’un noble et celui d’un homme de condition modeste. Que tes mains ne restent pas oisives mais travaille avec joie : l’indolence ruinerait le ciel lui-même…”

    Un type bien, ce Kheti III.

    http://antikforever.com/Cartes/carte_1ere_per_inter.jpg

    Mais plus au sud encore, une famille princière prend de l’importance et réunit les nomes depuis celui de Thèbes jusqu’à la frontière d’Eléphantine. C’est elle qui, par une succession de campagnes, réduira le royaume héracléopolitain et, dans la foulée, expulsera les Bédouins du Delta, réunifiant les Deux-Terres.

    Cela ne se fait pas sans pertes ni fracas. La guerre de réunification nous a laissé un témoignage, celui de 58 soldats – dont 5 archers – et de leurs deux officiers, ensevelis ensemble et retrouvés en 1923. Ce sont des hommes de bonne taille dont certains présentent des blessures guéries – pommettes enfoncées ou fractures diverses – attestant de leur vaillance.

    Sans entrer dans le détail des autopsies, l’examen des bandelettes et l’emplacement des blessures permettent de reconstituer l’affaire.

    Montouhotep II, de la XIème dynastie (rivale de la Xème) lance l’attaque sur une place forte ennemie, peut-être même leur capitale, Héracléopolis.
    Un premier assaut est repoussé. Des hommes tombent, les uns le crâne écrasé par des pierres lancées de haut, d’autres sous les flèches tirées des murailles puisqu’elles ont surtout touché les têtes et les épaules.
    Les attaquants se retirent. Les assiégés sortent et achèvent les blessés : certains ont la face défoncée à coups de massue. En fin de journée, des vautours ouvrent des ventres pour en gober les entrailles. De nuit, Montouhotep fait récupérer les cadavres et les enfouit provisoirement sous le sable.
    La victoire est finalement acquise au cours d’un second assaut. Le roi fait rapatrier les soixante héros à Thèbes et les fait embaumer. Il fournit même les linges nécessaires dont beaucoup portent sa marque.

    Le tombeau collectif, creusé dans le falaise de Deir-el-Bahari, sera pillé au temps de la seconde période intermédiaire et les corps démembrés en quête de bijoux. Puis un éboulement en dissimulera l’entrée jusqu’en 1923.

    Montouhotep a gagné. L’Egypte, réunifiée,aborde le :

    MOYEN EMPIRE – 2100-1785.

    XIème dynastie – 2160-1991

    L’apogée de la dynastie se situe sous Montouhotep III, qui passe son règne à consolider les Deux-Terres et tendre à la situation de l’Ancien Empire. Il monte même des expéditions vers le pays de Pount pour en ramener des produits tropicaux.

    Mais la cause première de la chute de l’Ancien Empire, on s’en souvient, c’est une longue période de sècheresse et celle-ci tarde à s’estomper. On dirait un peu qu’elle connaît des “répliques” comme les seismes. Les années d’inondation trop basse se répètent régulièrement et cela se passe toujours de la même manière : l’aridité provoque à la fois la famine et un afflux de Bédouins cherchant à tout prix à abreuver leurs troupeaux. Il s’en suit des troubles qui peuvent, à tout moment, anihiler les efforts entrepris pour redresser le pays.

    D’autant plus qu’à chaque Nil bas, le prestige du pharaon en prend un sérieux coup. En principe, c’est un dieu vivant , intercesseur des hommes auprès des divinités. Il lui incombe de maintenir l’harmonie cosmique par ses rites devant les autels. Si quelque chose de déplaisant se produit, mauvaise inondation, nuées de sauterelles, épidémie, tout ce qu’on veut, c’est que Sa Majesté n’a pas fait correctement son boulot. De là à le lui faire sentir, il n’y a qu’un pas.

    Et justement, une série d’inondations calamiteusement basses se produisent à la fin du règne de Montouhotep IV.
    Un propriétaire agricole du Nord écrit avec fatalisme à sa mère, restée dans le Sud :
    Je me suis procuré des vivres pour toi mais le Nil est bas et tout le monde crève de faim. Ne te fâche pas du peu que je t’envoie : mieux vaut être à moitié mort que tout à fait“.

    Le phénomène se répète sous Montouhotep V. Des émeutes de la faim éclatent tandis que Bédouins et Libyens mettent le Delta en coupe réglée. Le roi meurt sans descendance. Un haut fonctionnaire du nom d’Amenemhat s’empare du pouvoir. Avec lui commence la :

    XIIème dynastie – 1991-1785

    Amenemhat Ier a de la chance : les crues redeviennent bonnes. La prospérité revient. Libyens et Bédouins sont vigoureusement reconduits aux frontière. Le roi fait construire le Mur du Prince du golfe de Suez à la Méditerranée et pour garder un oeil dessus, il transfère sa capitale de Thèbes à Ity-Taoui (actuellement Licht) à 25 kilomètres au sud de Memphis.

    Il fit l’objet d’une tentative de meurtre qui l’aigrit profondément. Les conseils qu’il laissera à son successeur n’ont pas la sérénité de ceux de Khety III :

    “Arme-toi contre tous subordonnés
    Seul, ne t’approche pas d’eux
    N’aime aucun frère
    Ne connais aucun ami
    J’ai donné aux pauvres et nourri l’orphelin
    Mais ceux qui ont mangé mon pain se sont révoltés
    Celui à qui j’ai tendu la main
    A provoqué des émeutes…”

    A la fin de son règne, il associe son fils Senousret au pouvoir, une nouveauté souvent reprise par la suite.

    Senousret Ier est surtout connu pour ses démélés avec les noirs du sud lointain. Les tribus nubiennes, en cours d’égyptianisation, ne sont plus un problème. La tribu Medjaï, par exemple, fournit depuis longtemps aux pharaons des renforts appréciés – un peu comme les Gurkhas de l’armée britannique. Ces Medjaiou sont autant utilisés à la guerre que comme force de police pour maintenir l’ordre intérieur.

    http://media.paperblog.fr/i/587/5872544/levolution-cette-police-moyen-empire-medjayou-L-yV8YZX.jpeg

    Le danger vient de plus loin, du Soudan,au delà de la Troisième Cataracte. Senousret lance plusieurs grosses expéditions et verrouille la vallée de plusieurs forteresses. Amenemhat II poursuit en ce sens. Sous Senousret II, les Soudanais se rebiffent au point que la vallée craint une réelle invasion. Sans doute quelques défaites égyptiennes dont on ne sait rien.

    Senousret III, le grand homme de la dynastie, écrase les Soudanais en quatre campagnes successives. Sur le plan intérieur, il charge ses ingénieurs d’étudier le moyen d’adoucir l’impact des crues basses par des travaux appropriés. Des solutions seront dégagées mais étant donné l’ampleur et la durée des travaux, c’est son successeur Amenemhat III qui en bénéficiera. Quant à Senousret III – transformé par les Grecs en un personnage légendaire sous le nom de Sésostris, ses statues sont repérables entre mille : il fait perpétuellement la gueule !

    http://antikforever.com/Egypte/Dyn/Images/Dynastie%2011-17/sesostrisIII02.jpg
    Senousret III n’était pas là pour rigoler.

    Il attachera le plus grand soin à verrouiller la vallée nubienne. Il fixe la frontière à la 2ème cataracte, ce qui est raisonnable : la 3ème est vraiment trop loin. Mais il fera construire cinq forteresses dont les défenses rappellent ce que les Européens feront de mieux au moyen-âge. Ce qui reste de ces forteresses est aujourd’hui sous les eaux du lac Nasser mais tout a pu être inventorié et photographié à temps. Voici, à titre d’exemple, une vue de la forteresse de Bouhen (aujourd’hui Wadi Alfa).

    http://www.egypte-racontee-aux-enfants.fr/imagesarmee/arme03.jpg
    La photo souligne bien le soin apporté au système de défense : fossé, double enceinte trouée d’archères, tours flanquantes. Remarquez la base des murs inclinée pour empêcher la pose d’échelles. On se croirait à Château-Gaillard. Le contraste est que la garnison ressemble trait pour trait aux medjaiou montrés plus haut. L’Egypte possède les meilleures forteresses du monde mais l’équipement de ses soldats est quasiment néolithique ! Cette contradiction se paiera un jour au prix fort.

    Après Senousret-à-la-longue-figure, voici Amenemhat III. C’est lui qui inaugure l’extraordinaire système de retenue lancé par ses prédécesseurs. L’oasis du Fayoum, jusque là une zone marécageuse alimentée par un bras du Nil, devient un lac de retenue (Fayoum = pa-Yom = le lac) recevant des eaux prélevées sur le Nil 300 kilomètres en amont, via un canal appelé aujourd’hui Bar Yousouf. Un jeu de vannes à guillotine permettent de déverser le lac dans la vallée basse en cas de besoin.
    Pour la haute vallée, il semble qu’on ait construit “quelque part” un barrage de retenue un peu dans le style de celui d’Assouan mais il n’en reste rien, sinon des listes d’ampleur d’inondation bizarrement élevées.

    Ces aspects technologiques spectaculaires ne doivent pas faire oublier que pour les Egyptiens des temps futurs, le Moyen Empire fut par excellence l’âge classique. Le plus gros de leur littérature remonte à cette époque. Mythologie, codes de morale et de sagesse, écrits scientifiques, poésie, contes divers et même romans, tout est abordé. Le plan social comporte même une véritable révolution : désormais, la vie éternelle dans les champs d’Osiris est offerte à tous et non plus aux seuls rois et à leurs proches… moyennant évidemment quelques conditions d’ordre moral et pécuniaire.

    Amenemhat IV et la reine Sebeknefrourê clôturent la dynastie.

    Tandis qu’au-delà de l’horizon…

    Ur-Nammu, fondateur de la IIIème dynastie d’Our, offre à sa ville un siècle de prospérité brillante en dépit d’attaques incessantes venue d’Elam. A la fin, les Elamites l’emportent.

    Dans la vallée de l’Indus, où l’on commence à domestiquer la poule et l’éléphant, une vague probablement indo-européenne saccage Mohendjo-Daro et Harappa. Ces mêmes Indo-Européens, issus de régions situées au nord d’une ligne mer Noire-mer Caspienne-mer d’Aral, ont domestiqué le cheval et commencent à en exporter vers la Mésopotamie.
    Un de leurs groupes, fraîchement arrivé en Anatolie, fera parler de lui : les Hittites.

    Les Chinois tâtonnent encore sur la question de l’écriture mais commencent à tracer leurs tout premiers pictogrammes.

    La Crète aborde l’âge du bronze moyen. Les Crétois marquent le coup en bâtissant leurs premiers palais et amorcent un commerce intense avec les îles égéennes, l’Asie Mineure, les ports syro-palestiniens et le Delta du Nil.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

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    Member since: 20 juillet 2013

    SECONDE PERIODE INTERMEDIAIRE – 1785-1552

    La XIIIème dynastie prolonge tout naturellement la précédente. Nous savons peu de chose sur la première partie de cette période. La vie semble se poursuivre normalement et, si on note une arrivée régulière et continue de tribus bédouines dans le Delta, l’Egypte garde sa mainmise sur la Nubie dans le sud et de solides alliances avec les ports syro-palestiniens dans le nord.

    Mais entre -1785 et -1674, cette dynastie ne comprend pas moins de 24 pharaons ! Cela sent la crise de régime et la dislocation du pouvoir central bien plus qu’une catastrophe touchant l’agriculture ou la vie quotidienne des populations.

    Tout de même, une XIVème dynastie , centrée sur la seule ville de Xoïs, dans le Delta, apparaît en parallèle avec la XIIIème. Elle sera du reste éphémère.

    En revanche,les choses changent vers -1720 quand des “chefs des pays étrangers” – en égyptien : heqaou-khasout et pour nous : Hyksôs – s’emparent de la ville d’Avaris. Ils y fondent la XVème dynastie et plus tard la XVIème. De là, ils s’avancent en force avec du matériel que l’on trouve déjà un peu partout dans la région à l’exception notable de l’Egypte : des armes en bronze et des chars attelés de chevaux. Avec leur équipement de chasseurs du dimanche, les troupiers de la XIIIème dynastie ne pouvaient faire le poids et ce fut une fameuse débandade pharaonique. Une frontière précaire finit par s’établir un peu au nord de Thèbes et s’y maintint quelques décennies, Thèbes ayant fini par faire allégeance aux occupants.

    Ces derniers firent, en contrepartie, de gros efforts pour se faire accepter par la population. Leurs rois se coulèrent dans le moule égyptien et se présentèrent comme “pharaons de Haute et Basse-Egypte” à l’instar de leurs prédécesseurs avec toutes les références religieuses appropriées.

    http://www.crystalinks.com/amenemhet3sphinx.jpg
    Un “pharaon” hyksôs sous forme de sphynx.

    Mais dans le sud, ils rongeaient leur frein. La longue XIIIème dynastie semble s’être éteinte en -1674 et la XVIIème prit le relais. Sa situation était d’autant plus grave qu’au sud, la Nubie s’était érigée en état indépendant avec Bouhen pour capitale. Son pouvoir, totalement égyptianisé, entretenait de bonnes relations avec les Hyksôs via les routes caravanières doublant la vallée du Nil.

    Il fallait réagir. Les princes thébains préparèrent leurs armées des années durant, se procurant les armes, les chevaux et les vaisseaux nécessaires au prix de mille trafics dont on ne sait rien.

    Aux alentours des années -1570, Sekenenrê Taâ et son épouse, la reine Ahhotep – dont j’aurai à reparler – lance l’offensive. On n’a aucun détail pour la suite mais on sait que le roi fut tué dans une certaine bataille que ses troupes ont néanmoins gagnée. Si cela n’avait pas été le cas, on n’aurait pas retrouvé son corps momifié dans les règles. Enfin, à peu près dans les règles puisqu’on a oublié de lui retirer son cerveau.

    http://www.cafeduweb.com/images/upload/historizo/Seqenenre_Tao_II_250711.jpg
    Extrait du rapport légiste : Sekenenrê était un bel homme élancé doté d’une puissante musculature. Il n’avait pas plus de quarante ans. Le crâne et la face portent six blessures profondes. Une première en plein front; la seconde sur le rebord orbitaire droit; la troisième sur la pommette droite; la quatrième sur le nez; la cinquième sur la joue; la sixième sous l’oreille gauche. Une hache, une massue et une arme pointue, genre pique, ont été conjointement utilisées.

    C’est l’heure de son épouse, la reine Ahhotep, fille de Taâ Ier et de la reine Tétisheri. Après la mort de SekenenRê, une paix précaire s’installe et elle assure la régence au nom de ses deux fils Khamès et Ahmès. Dès qu’il en a l’âge, le premier rassemble ses armées et s’élance vers le nord dans une expédition essentiellement navale. Il remporte victoires sur victoires avec l’aide probable de nombreuses 5ème colonnes – malgré leurs efforts, les Hyksôs ne furent jamais très populaires.

    Il échoue cependant devant la principale place asiatique, Avaris, de son vrai nom Hat-Ouret – le grand chateau. C’est là qu’il intercepte un message du pharaon hyksôs Apophis au roi de Nubie, qu’il invite à attaquer le domaine thébain par le sud. Sans doute a-t-il blêmi quelque peu car le plan était bon mais sa mère Ahotep avait pris les devants. Confiant la régence à sa mère Tétishéri ( et donc la grand mère de Khamès ), elle se porta avec des troupes sur la frontière d’Eléphantine. On ne sait s’il y a eu combat mais les Nubiens n’insistèrent pas.

    Peut-être est-ce dans ces circonstances qu’Ahhotep reçut le collier à trois mouches d’or, la plus haute distinction militaire égyptienne, que l’on a retrouvé dans son tombeau en compagnie d’un poignard à lame d’or et une hache de guerre…

    http://3.bp.blogspot.com/_wK7VRzurvm0/Sh8PZmrDmtI/AAAAAAAAGe4/5tcxs169JNk/s200/tres+moscas.jpg
    Pourquoi trois mouches ? Logique dans ce pays brûlant : elles symbolisent les guerriers infatigables harcelant l’ennemi sans trève.

    Ensuite, les opérations marquent une pose. Khamès consolide ses conquêtes et rentre à Thèbes où il fera élever quelques constructions avant de mourir de cause inconnue après trois ans de règne.

    Le scénario se répète. La reine Ahhotep, probablement aidée par bonne-maman Tétishéri (qui sera plus tard adulée comme la fondatrice de la puissante XVIIIème dynastie), achève la formation de son cadet Ahmès (ou Iâhmès ou Amosis) qui s’élance à son tour dans la reconquête.

    Après avoir repris Memphis, il s’empare enfin d’Avaris qu’il livre au pillage. Le dernier réduit hyksôs, Charouen, dans le sud-ouest palestinien tombe peu après. Pour faire bonne mesure, Ahmès remonte haut dans le couloir syro-palestinien et l’on discute sur la question de savoir s’il a atteint ou non l’Euphrate. C’était sans doute une promenade militaire destinée à faire comprendre aux peuplades intéressées que l’Egypte n’était plus à prendre. Et il y avait aussi un signal aux ports comme Sidon et Byblos : qu’on se le dise, les affaires commerciales allaient reprendre.

    http://www.egiptoaldescubierto.com/personajes/ahmosis/ahmosis_hacha.jpg
    La hache d’apparat d’Ahmès.

    Il se retourna ensuite vers la Nubie qu’il reconquit, fixant la frontière un peu au sud de Bouhen dont il fit son centre militaro-administratif.

    Nous possédons quelques données sur ces batailles par les récits auto-biographiques laissés par certains protagonistes dans leur tombe. Voici ce que raconte, entre autres, Ahmès fils d’Abana, officier dans l’armée thébaine originaire de Nekheb – future El-Kab :

    “On m’enrôla à bord du vaisseau “Septentrion”. Je suivais alors Pharaon à pied quand il montait son char… On mit le siège devant Avaris. Je montrai ma vaillance devant le Roi etje fus affecté au vaisseau “Gloire dans Memphis”. On se battit sur l’eau à Pedjkou : je fis un prisonnier et rapportai une main. Cela fut rapporté au scribe militaire et je recus l’or de la vaillance… On mit Avaris au pillage et j’emportai du butin, un homme et trois femmes que Sa Majesté me donna comme serviteurs…”
    Plus tard, Ahmès fils d’Abana se trouve confronté aux Nubiens. Il poursuit :
    Sa Majesté rencontra les Nubiens près de Khenet-Nefer et en fit un grand carnage. J’en ramenai comme butin deux hommes et trois mains. Je fus à nouveau récompensé par de l’or et je reçus deux femmes commes servantes…”
    NB. L’or de la vaillance se présentait sous la forme d’un collier.

    Voilà pour l’ambiance. On aura compris que la main droite d’un ennemi tué servait de coupon détachable à échanger contre des récompenses.

    http://i.imgur.com/rghXM.jpg
    On a retrouvé quelques-unes de ces mains dans les ruines d’Avaris.

    Victorieux sur tous les fronts, le pharaon Ahmès meurt vers l’âge de 35 ans à une date indéterminée centrée autour de -1526, peu après sa mère Ahhotep, dont l’énergie comme régente avait permis à ses fils de reprendre les Deux-Terres et d’ouvrir ainsi le NOUVEL EMPIRE et la XVIIIème dynastie.

    Tandis que bien loin de là…

    La Mésopotamie, elle aussi, a été secouée. Après la disparition du royaume de Sargon d’Akkad et l’avénement de la IIIème dynastie d’Our, on y était revenu au concept de cités-etats culturellement intégrées mais politiquement indépendantes. Mais voici qu’était apparue Babylone et ses habitants se taillèrent, par paliers, le Ier Empire Babylonien (- 2000-1575) avec le roi Hammourabi en figure de proue. Son règne avait favorisé l’étude du Droit (son code est célèbre), la grammaire, les mathématiques, la médecine et la divination.

    En Anatolie, les possessions hittites gagnent en surface et en puissance. En -1650, ils fondent Hattusa, leur capitale. En -1595, un raid en profondeur mené par leur roi Moursili Ier s’empare de Babylone mais ne s’y éternise pas car dans son dos, des cités vaguement alliées entre elles menacent ses communications. Du reste, le royaume hittite se voit attaqué chez lui par d’autres peuplades anatoliennes et sa progression vers le sud-est est interrompue. On peut même parler de repli hittite… pour l’instant.

    Vingt ans plus tard, des tribus kassites, venues de l’est, mettent fin au Ier Empire Babylonien et mettent la Basse-Mésopotamie en sommeil pour trois siècles – un sommeil politique, non culturel.

    Les Crétois abordent le Bronze Récent. C’est l’époque des nouveaux palais et l’apogée commerciale de la Crète qui paraît complétement remise des dégâts consécutifs à l’explosion du Santorin.
    Les premiers Indo-Européens de langue grecque parviennent à la mer Egée et amorcent l’essor des Mycéniens.

    Vers l’époque de la mort du pharaon Ahmès, les cités-etats alliées qui avaient menacé les arrières hittites dans son offensive vers Babylone se muent en une confédération plus structurée sous l’autorité de Barattarna, roi du Mitanni. Il s’agit d’une population hourrite (c’est à dire originaire du sud caucasien) mais mélangée à des éléments indo-européens qui forment une élite militaire spécialisée dans l’usage des chars : les Maryanou.

    Les personnages sont en place pour la suite…

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts1563
    Member since: 29 juillet 2012

    Eh bien, que de péripéties ! Je te remercie de nous faire partager tout cela et j’attends la suite avec impatience. 😉

  • Participant
    Posts144
    Member since: 24 août 2012

    Merci beaucoup Kymiou, tout cela est plus qu’intéressant et je me réjouis de la suite 😉

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    NOUVEL EMPIRE (Thébain) – 1552-1069

    XVIIIème dynastie

    Cette dynastie, la plus brillante de toutes, comporte quinze pharaons. Impossible de l’évoquer dans son ensemble, une bibliothèque n’y suffirait pas et ceci n’est, après tout, qu’une chronologie plus ou moins étoffée. C’est l’apogée de la civilisation égyptienne sur le plan des arts, de l’architecture, du rayonnement culturel et de la puissance militaire. Tout pourraît laisser supposer qu’il y en aurait pour des siècles de stabilité.
    Pourtant, cette dynastie sera littéralement « tuée » par la consanguinité systématique des souverains qui la composent.

    Nous avons vu plus haut comment Ahmès a libéré les Deux-Terres des Hyksôs et repoussé les frontières vers le Nord jusqu’à l’Euphrate et vers le Sud jusqu’à la deuxième cataracte. Sans vouloir nier son mérite, il faut tout de même préciser qu’il a eu de la chance : aucune puissance réellement dangereuse ne pouvait s’opposer à lui. Le couloir syro-palestinien pratiquait un système de cités-etats aux forces très dispersées et ce n’étaient pas les quelques tribus de pasteurs nomades qui pouvaient arrêter la charrerie égyptienne. Quant au Mitanni, il vient à peine d’émerger sous la forme d’une confédération de cités à vocation essentiellement défensive.

    Rien d’étonnant donc à ce que les quatre règnes qui suivent celui d’Ahmès – Amenhotep Ier, Thoutmès Ier, Thoutmès II et Hatshepsout – soient plutôt pacifiques. On compte pour les trois premiers une expédition en Nubie et une autre dans le « Naharina », la Syrie du Nord. Cela n’est pas la guerre, au mieux une tournée de perception d’ impôts.

    En -1478, Thoutmès II trépasse et sa soeur Hatshepsout se désigne comme régente le temps de la minorité de Thoutmès III. Deux ans plus tard, elle change d’avis et coiffe la couronne des Deux-Terres, le fameux « pschent ». Un règne pacifique à cent pour cent. Au sommaire : une grande prospérité, de nombreuses constructions, quelques obélisques et une expédition à Pount soigneusement détaillée sur les murs de son tombeau de Deir-el-Bahari. La précision des bas-reliefs est telle qu’on a pu reconstruire un de ces vaisseaux et l’essayer.

    http://www.bartier.fr/chronologie/04_fichiers/nav_com_anc_egypt.jpg
    Il faut admettre qu’en dépit de leur allure altière, leur conception reste fluviale : ce sont de vraies coquilles de noix incapables de supporter la moindre houle. Le chef de l’expédition, l’amiral Néhési, a eu bien du mérite !

    Mais les bataillons égyptiens sont restés l’arme au pied vingt années durant et cela a donné des idées aux cités nord-syriennes qui se tournent vers les Mitanniens. Ceux-ci ne demandent pas mieux que d’intervenir mais, prudents, cherchent dans un premier temps à instaurer l’instabilité au Sud de l’Euphrate et user ainsi les forces égyptiennes dans un régime de révoltes locales à répétition.

    Mais là, il vont avoir affaire à Thoutmès III, récemment (-1457) libéré de la tutelle de sa belle-mère. Et là, je ne peux mieux faire que vous renvoyer au dossier sur ses campagnes réalisé par notre ami Jeremieds.
    http://www.strategietotale.com/forum/21-les-guerres-en-mesopotamie-et-en-egypte/70228-dossier-les-campagnes-et-le-regne-de-thoutmosis-3

    http://img.over-blog.com/352×500/1/88/50/55/Mes-images-5/Carte-Syrie-Palestine–Valbelle-.jpg

    Je passe donc aux deux règnes suivants :Amenhotep II et Thoutmès IV. Le premier, un grand costaud qui affirmait être le seul à pouvoir tendre son arc, se heurte à son tour aux Mitanniens. La fin de sa campagne est contradictoire : d’une part, son armée ramène beaucoup de butin, mais il semble qu’il ait perdu la région comprise entre l’Oronte et l’Euphrate. On n’en sait pas plus mais on « sent » que les belligérants sont fatigués et qu’ils cherchent un modus vivendi.

    Du reste, le Mitanni a d’autres problèmes. Les Assyriens, théoriquement vassaux, ne sont pas des voisins de tout repos et les Hittites, toujours occupés en Anatolie, déployent d’inquiétantes capacités militaires.

    Bref, Thoutmès IV et Artatama Ier de Mitanni nouent de bonnes relations et il ne sera plus jamais question de conflits entre les deux empires.

    Il faut dire que nous, esprits du 21ème siècle, sommes très influencés par notre propre histoire récente où il n’est question que de guerres au finish, de redditions sans conditions et de quête de la victoire totale, fut-ce au prix d’un désastre atomique.
    Ces conflits d’il y a 3500 ans ne tendent pas vers des objectifs aussi radicaux. On se bat, et parfois durement, mais sans remettre fondamentalement en cause l’existence même de l’adversaire.

    L’Egypte et le Mitanni – comme plus tard l’Egypte et les Hittites, sont comme deux fauves convoitant la même proie. L’altercation peut être musclée, voire sanglante, mais ne va jamais jusqu’à la suppression physique du concurrent. Autrement dit, Mitanniens et plus tard Hittites n’envisageront pas plus une conquête de l’Egypte que les pharaons ne rêveront d’aller prendre des rhumes dans les montagnes humides de Haute-Mésopotamie. Ce qu’on se dispute, c’est le couloir syro-palestinien, à la fois indispensable glacis défensif et source de gros revenus en matières premières et objets manufacturés.

    A ce jeu, le règne d’ Amenhotep III marque le sommet de la prééminence des Deux-Terres. Son nom est attesté sur des myriades d’objets trouvés dans les fouilles de Crète, d’Anatolie, de Grèce mycénienne, d’Assyrie et du Yemen. La pacotille égyptienne inonde le Proche-Orient. Sa pharmacopée aussi. La vallée compose remèdes, onguents et talismans qu’on s’arrache sur tous les marchés du monde connu.

    La richesse est partout et les classes dirigeantes thébaines et memphites vivent une dolce vita avant la lettre. La vie quotidienne atteint des degrés de raffinement inouïs.
    En dehors d’une brève tournée militaire destinée à montrer que le petit nouveau a de la branche, Amenhotep III ne connaîtra que la paix et couvrira la vallée, Nubie comprise, de tant de monuments qu’il est, après Ramsès II dont il sera le modèle, le plus grand bâtisseur de l’histoire des Deux-Terres. Pour la politique étrangère, les messages ont succédé aux armes et chaque roi de Mitanni lui offrira une de ses filles pour épouse. Les maîtres de Babylone feront pareil.

    http://www.bbc.co.uk/history/ancient/egyptians/images/women_tiy_statue.jpg
    La Grande Epouse Royale Tiy, pas du genre qu’on aime à contredire.

    Des épouses secondaires évidemment, car il y a l’omniprésente Tiy, « Grande Epouse Royale », une forte personnalité, mère du futur Akhenaton et qui, flanquée de sa puissante famille, jouera un rôle politique et religieux considérable tout au long du règne. Un règne ? Un âge d’or plutôt, de -1390 à -1352, mais qui passera le temps d’un éclair car l’essentiel est ailleurs. Plus au Nord.

    D’abord, le Mitanni connaît des troubles internes. Roi assassinés, usurpateurs, retour à la lignée légitime,… cela n’arrête plus.
    En plus, les Hittites en ont terminé avec leurs problèmes anatoliens. Suppilouliouma (-1382-1342) monte sur le trône, constate qu’il a désormais les mains libres et arrache le Nord de la Syrie aux Mitanniens. Les alliés égyptiens laissent faire. Grosse erreur.

    Ce n’est pas tout. Le prince de Kadesch cherche à s’établir en état indépendant en compagnie de cités voisines. Son collègue d’Amourrou,sur la côte nord de la Syrie, vise ouvertement à s’emparer des ports du nord-Liban. Les armées égyptiennes pourraîent réagir avec la plus grande vigueur ; elles en ont les moyens mais là encore, Pharaon ne moufte pas au grand dam de sa crédibilité internationale.

    Il faut dire qu’Amenhotep III, vieux et malade, a déjà un pied dans le sarcophage. On suppute que ces problèmes seront réglés par son successeur, le jeune Amenhotep IV.

    Je n’affirmerai pas qu’Amenhotep IV, bientôt Akhenaton (- 1352-1337)fut le pharaon le plus lamentable de l’histoire d’Egypte mais c’est à coup sûr celui qui aura fait le plus de dégâts. Obsédé par sa chimère atonienne, il a fermé les temples et provoqué par là une profonde crise économique du fait de leur rôle dans la circulation des biens. Son administration archi-centralisée dans ce trou perdu qu’était sa nouvelle capitale Akhetaton ne pouvait pas fonctionner. Et pour la gestion de l’Empire, inertie totale ! On a retrouvé des centaines de suppliques de princes syriens fidèles implorant de l’aide contre les Hittites de plus en plus menaçants : on ne s’est même pas donné la peine de leur répondre.

    http://3.bp.blogspot.com/_V1FHbuG8JbY/Stc3-foUhfI/AAAAAAAAADI/PkV_D4AF3C0/s320/akhenaton.jpg
    Akhénaton : zéro pointé pour avoir voulu réformer son royaume millénaire du haut de son petit nuage.

    Alors, ce culte d’Aton plus ou moins monothéiste, la divine beauté de Nefertiti, les scènes familiales tracées dans un style se voulant délivré des conventions, les rapports réels ou supposés entre des personnages dont on ne sait pratiquement rien à part leur nom, je les laisse aux amateurs d’histoire-fiction. Il y a de la bonne matière à romans.

    Mais le fait est qu’à la fin de ce règne, il ne reste plus grand’chose de l’empire créé par les Thoutmosides.

    Glissons sur le bref passage de Semenkhârê, qui n’est qu’une ombre. La crise économique est partout, flanquée de son petit frère pervers la corruption ; l’administration nulle part. ; la capitale au diable vauvert, la population profondément troublée et les militaires verts de rage.

    Un enfant de douze ans aurait compris qu’il fallait arrêter cette folie et c’est précisément l’âge de Toutânkhamon (- 1336-1327) quand il prend cette décision dans la troisième année de son court règne.

    Les inconditionnels d’Akhénaton ont parlé de « faiblesse devant le clergé thébain » et gna-gna-gna mais je demande à voir : les pressions ont dû plutôt venir de la cour amarnienne où il se trouvait quand il décida d’abandonner la ville et le fait qu’il conserva ses deux titulatures – Toutânkhamon ET Toutânkhaton – laisse supposer une volonté d’apaisement plutôt que l’esprit revenchard des prêtres d’Amon.

    D’ailleurs, après avoir quitté Amarna-Akhetaton, il séjournera le plus souvent à Memphis (on y a retrouvé la tombe de sa nourrice) certainement pour s’éloigner de l’encombrant clergé d’Amon. Ses successeurs feront pareil.

    Pauvre Toutânkhamon ! Mort à 19 ans d’une scepticémie consécutive à une fracture ouverte du genou. Des romantiques ont voulu y voir une blessure de guerre ou un accident de char mais, comme il était affligé d’un pied douloureusement difforme et ne pouvait marcher qu’avec une canne, il est peut-être bêtement tombé des escaliers ! On ne le saura jamais.

    Avec lui s’éteint la lignée d’Ahmès et la question de sa succession se pose. On parle d’Ay, un haut-fonctionnaire ayant commencé sa carrière sous Amenhotep III dont il était peut-être un neveu mais cela implique qu’il épouse une fille royale. La reine veuve Ankhesenamon ne veut pas en entendre parler et c’est là qu’une idée folle lui vient. Elle écrit au souverain hittite Souppilouliouma : ” On veut me marier à un serviteur. Envoie-moi un de tes fils, je l’épouserai et nous règnerons ensemble“.

    Le roi hittite ne se le fait pas répéter deux fois et lui expédie le prince Zannanzach. Dans l’entretemps, l’intrigue avait été percée à jour et le jeune homme se fit tuer au cours du voyage. En représaille, Souppilouliouma s’empare de Kadesch que les Egyptiens du général Horemheb venait tout juste de récupérer.

    Ay épousa Ankhesenamon dont nous perdons la trace aussitôt après. Quant au “serviteur”, il n’occupa le trône que 4 ans.

    Et c’est Horemheb – général en chef des armées de Toutânkhamon, diplomate et ministre – qui lui succède pour 27 ans (- 1323-1296). Quand j’ai évoqué, un peu plus haut, les militaires verts de rage devant l’inertie d’Akhenaton, c’est surtout à lui que je pensais. Il mit toute son énergie à gommer l’épisode atonien et restaurer la situation antérieure. Tandis qu’il fait systématiquement marteler les images d’Akhenaton et de son dieu solaire, il légifère en force contre la corruption, les dénis de justice et l’inefficacité de l’administration. Cette dernière devient largement régionalisée avec deux vizirs nommés (ce terme ottoman s’est imposé ; les Egyptiens disaient tjaty) , l’un pour le Nord, l’autre pour le Sud. L’armée est réorganisée sur le même modèle.

    Il construit beaucoup en répartissant ses chantiers sur l’ensemble des cultes de la vallée, mais avec un accent particulier pour Thèbes où il bâtit les 9ème et 10ème pylônes de Karnak. Il en a profité pour se faire plaisir : ces pylônes ont besoin d’un remplissage de blocs de pierre. Il les fait bourrer avec des éléments récupérés sur le palais amarnien d’Akhenaton !

    http://www.akhet.co.uk/luxor/tal1.jpg
    NB. Ces blocs appelés “talatates” peints et sculptés forment aujourd’hui le plus grand puzzle du monde : des milliers de pièces de 50 kgs.

    Sentant venir sa fin et n’ayant pas d’enfant, Horemheb se choisit comme successeur un officier originaire du Delta oriental, vieux compagnon d’armes dont il avait déjà fait son vizir du Nord : Ramsès. Avec lui commence la XIXème dynastie.

    XIXème dynastie (encore « thébaine » mais… le moins possible )

    Ramsès Ier, d’un certain âge déjà, semble avoir immédiatement associé au trône son fils Sethi pour des domaines relevant de la politique extérieure et l’armée. Il fut bien inspiré car il mourut après seulement deux ans de règne.

    Sur le plan intérieur, Sethi Ier poursuit la politique lancée par Horemheb : ménager l’encombrant clergé d’Amon en finançant des agrandissements à Karnak mais en résidant dans le Nord sous l’égide de ses dieux traditionnels Rê, Ptah… et Seth, naguère considéré plus ou moins comme le diable mais désormais traité avec la considération due à une divinité guerrière tournée vers les terres étrangères.

    Et d’ailleurs la grande oeuvre de Sethi est une reprise en main du couloir asiatique de l’Empire. Et il a de quoi faire : toute la Palestine est hostile aux Egyptiens qui ne conservent que les trois places fortes de Bethsan, Reheb et Megiddo.

    En trois campagnes, il restaure l’autorité des Deux-Terres jusqu’à Kadesch en neutralisant systématiquement les cités pouvant lui résister.

    Ses forces semblent divisées en corps d’armée indépendants et munis de tout le matériel nécessaire, un peu à l’instar des futures légions romaines. Ainsi Sethi peut-il leur assigner des missions différentes dans le cadre d’un mouvement stratégique. Au cours de sa première campagne, on voit les divisions Amon et Seth marcher respectivement sur les cités d’Hamoth et de Yenoam tandis que la division Rê dégage Bethsan assiègée par une fédération de tribus. Après quoi, les Egyptiens se regroupent pour attaquer et prendre, forces réunies, les ports d’Acre et de Tyr.

    Une 4ème campagne l’oppose directement aux Hittites autour de Kadesch mais l’issue en est indécise. Cette guerre-là sera rude, aussi les belligérants conviennent-ils d’une trève pour se préparer. « On se reverra… ».

    Sethi se fit construire l’un des plus beaux et des plus grands tombeaux de la Vallée des Rois. Il est fermé au public mais il a été remarquablement reconstitué dans le jeu “Egypte-
    1156 av.J.-C. – L’énigme de la tombe royale”.

    http://www.egyptos.net/img/pharaon/Pharoah_Seti_I_-_His_mummy_-_by_Emil_Brugsch_(1842-1930).jpg
    Quant à sa momie, elle est, et de loin, la mieux conservée que l’on possède encore.

    Sethi s’éteint après quatorze ans d’un règne brillant en -1279. C’est l’heure de Ramsès II.

    Impossible de le traiter dans ce cadre restreint. Evoquons brièvement : la reprise des hostilités avec les Hittites ; la célèbre bataille de Kadesch qui l’oppose à Muwatalli ; le traité qu’il signa avec son frère et successeur Hattousili III ; la construction d’une nouvelle capitale – Pi-Ramsès « la maison de Ramsès » – dans le Delta oriental et la multiplicité de ses constructions où il exprime un subtil équilibre entre Amon, Rê, Seth et Ptah.

    (A propos de ce dernier, son temple principal situé à Memphis porte pour nom « le palais du double de Ptah », en égyptien : Hat-ka-Ptah, d’où nous vient « Egypte ».)

    Ramsès II a bien gagné son pari de dépasser en constructions diverses les réalisation d’Amenhotep III, qu’il s’était donné pour modèle.

    Mais son trop long règne (66 ans) implique automatiquement des difficultés successorales. Il aura momifié, au cours de sa vie, douze princes héritiers dont Khâemouaset, saint patron des égyptologues pour avoir consacré une bonne part de sa vie à restaurer les bâtiments anciens dégradés par le temps.

    A la disparition de Ramsès II en -1213, c’est Merenptah, déjà vieillissant, qui lui succède pour dix ans. Il livre du blé aux Hittites menacés de famine, monte une expédition contre Ascalon et Israël – dont c’est la première mention historique – et surtout : écrase dans le Delta occidental une invasion de Peuples de la Mer mêlés d’éléments libyens.

    A sa mort, l’inévitable lutte pour le pouvoir éclate entre collatéraux issus de Ramsès. Amenmès, petit-fils de ce dernier par une de ses filles l’emporte dans un premier temps, suivit par Siptah , considéré comme légitime par rapport à Merenptah mais trop jeune pour régner. Taousret, sa belle-mère, assure la régence avec un notable (et amant) d’origine syrienne, le chancelier Bay que la postérité surnommera Iarsou (le parvenu). Siptah meurt après six ans de règne théorique et Taousret coiffe la couronne pour 2 ans.

    Ainsi s’achève la XIXème dynastie, que Ramsès II avait porté au plus haut et qui finit 26 ans après sa mort en eau de boudin !

    XXème dynastie – 1188-1069

    Après la reine Taousret, le changement de dynastie se déroule en douceur puisque son fondateur Sethnakht laisse en place la plupart des grands commis de l’Etat – mais c’était peut-être le prix à payer pour son couronnement, allez savoir…

    En tout cas, son fils Ramsès III (- 1186-1154) sera le grand homme de cette dynastie qui n’est, par ailleurs, qu’une longue décadence. Il se veut dans la ligne de Ramsès II et bâtira effectivement beaucoup, son oeuvre maîtresse étant son temple funéraire de Médineh Habou, qu’il construit en face de Thèbes et à un kilomètre au Sud de celui de son grand modèle.

    Ses débuts sont guerriers. En l’an 5 du règne, les Libyens cherchent une nouvelle fois à forcer le Delta. Ramsès les bat et incorpore les survivants dans l’armée égyptienne. En l’an 8, les Peuples de la Mer déjà repoussés par Merenptah reviennent à la charge par la Palestine. Bloqués par le Mur du Prince et la puissante forteresse de Tjarou, à la hauteur des Lacs Amers, ils tentent leur chance par voie maritime et Ramsès les écrase dans une bataille navale restée fameuse.

    http://imgc.allpostersimages.com/images/P-473-488-90/22/2260/2EVZD00Z/posters/j-gardner-wilkinson-ramses-iii-returning-with-his-prisoners.jpg
    Allons, une dernière petite image de triomphe pour la route. Il n’y en aura plus tellement.

    Trois ans plus tard, les Libyens remettent ça et se font une nouvelle fois battre. Scénario désormais connu : les rescapés se retrouvent encasernés avec femmes et enfants dans le Delta et le Fayoum. Cette nouvelle population y fera souche et finira par prendre le pouvoir quand l’Etat sombrera dans l’anarchie et c’est pour bientôt.

    C’est sous Ramsès III que l’administration commence à battre de l’aile puisqu’on y note la plus ancienne grève connue, celle des ouvriers chargés de la construction des tombes royales et qui n’avaient plus été payés depuis deux mois !

    Le règne finit mal. Un énorme complot de palais fomenté par une épouse secondaire rassembla vingt-huit conjurés tous issus de la haute société. Même des juges chargés de l’enquête furent compromis.

    On discute ferme sur la question de savoir si Ramsès fut assassiné en cette occasion. « Non » disent les uns car un premier examen de sa momie n’avait rien révélé en ce sens ; « Oui » disent les autres qui font valoir que le procès se tint sous Ramsès IV, fils du précédent et qui ne règna que deux ans. Puis, un deuxième autopsie fut exécutée ; on constata alors que la gorge du roi avait été tranchée de la pomme d’Adam aux vertèbres cervicales. La question était réglée !

    Mais on n’en a pas fini avec les Ramsès. Il y en aura encore sept, compris entre -1148 et -1060. Ils connaissent une véritable descente aux enfers.

    Le clergé d’Amon, qualifié jusqu’ici d’encombrant, pèse désormais des tonnes dans la gestion de l’Etat. Dans ce pays qui s’entête à n’avoir nulle monnaie et où tout se traite par troc, quiconque possède le grain domine l’économie et la population. Face aux immenses domaines agricoles du temple de Karnak, les Pharaons font de moins en moins le poids.

    Comme si cela ne suffisait pas, une crise économique durable s’installe et l’on gémit à chaque coin de rue sur la chèreté de la vie. En corollaire, l’insécurité galope. A partir de Ramsès IX, on ne se gène plus pour piller les tombes royales. Quand, par hasard, on capture une de ces bandes organisées, elles passent devant un juge… qu’elles s’empressent de soudoyer avec le produit de leur vol !

    Sur le plan extérieur, Pharaon garde un certain contrôle sur la Nubie mais dans le couloir syro-palestinien, cela fait déjà longtemps qu’en ne parle plus des Egyptiens qu’à l’imparfait.

    A la fin du règne de Ramsès X, des troubles apparentés à une guerre civile éclatent entre tenants du roi et partisans des prêtres. Les choses vont si loin que Panéhési, le gouverneur de Kouch ( donc vice-roi de Nubie) intervient manu militari pour calmer le jeu.

    Sous Ramsès XI, les choses sont devenues regrettablement claires. Le pouvoir se répartit inégalement entre trois hommes. Au grand-prêtre d’Amon Hérihor, le pouvoir total sur le Sud en ce compris le commandement des armées de Nubie ; à Smendès, le pouvoir dans le Delta sous la férule théorique du premier ; à Pharaon le reste, soit l’inauguration des chrysanthèmes et des choses de ce genre.

    Outré des prétentions d’Hérihor, Panéhésy fait défection et l’Egypte retrouve sa vieille frontière d’Eléphantine.

    Fin de la XXème dynastie et du Nouvel Empire.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

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    TROISIEME PERIODE INTERMEDIAIRE (- 1069 – 672)

    XXIème dynastie. Tanite (-1069-945)

    Le domaine royal que reprend Smendès est limité au seul Delta augmenté d’un petit tronçon de vallée avec Memphis. Le Sud, centré sur Thèbes, est désormais l’apanage des prêtres d’Amon mais ceux-ci se gardent bien de coiffer une quelconque couronne. Il s’ensuit une idéologie rappelant un peu notre Moyen-Äge avec son double pouvoir : sprituel pour les papes, temporel pour les rois.

    Smendès siège dans un premier temps à Pi-Ramsès mais la situation de la ville se déteriore. La branche du Nil qui l’arrosait s’ensable et tourne en bras mort où pullulent les moustiques à malaria. Le roi entame à peu de distance la construction d’une nouvelle capitale, Tanis.

    Dans le Sud, c’est toujours la foire aux voleurs dans la nécropole thébaine. Découragés, les gardiens de la Vallée des Rois déménagent les momies royales et en empilent quarante – dont Ramsès II et Thoutmès III – dans une cachette où Emile Brugsch les retrouvera en 1881.

    Sous les successeurs de Smendès se poursuit le transfert de Pi-Ramsès vers Tanis. Des temples entiers, statues colossales de Ramsès II comprises, sont démontés, transportés, reconstruits. Des bosseurs, ces Egyptiens ! Des farceurs aussi  car les historiens ont mis un temps fou à comprendre les événements. Pensez donc, Pi-Ramsès introuvable et Tanis couverte de monuments à la gloire de Ramsès II alors qu’il est prouvé qu’elle n’existait pas à son époque !

    Pour cette XXIème dynastie, il convient d’épingler Psousennès 1er, dont le tombeau fut retrouvé inviolé par Pierre Montet au début de 1940. Etant donné l’actualité, cette trouvaille passa beaucoup plus inapercue que celle de Toutânkhamon. Elle révéla pourtant bien des trésors, dont un masque en or et un sarcophage en argent massif .

    http://louxor-egypte.e-monsite.com/medias/images/49359305psousennes-1-jpg.jpg
    Psousennès 1er. Son masque funéraire vaut bien celui de Toutânkhamon.

    XXIIème dynastie. Libyenne (- 945-746)

    En -945, un Libyen, issu d’une famille installée dans le Delta depuis 150 ans, devient pharaon sous le nom de Sheshonk 1er et fixe sa capitale à Bubastis, partie sud-est du Delta. Rien de violent : il était le gendre du dernier roi de la XXIème, Psousennès II et commandait ses armées.

    L’événement de son règne fut l’invasion de la Palestine et de la Syrie comme au bon vieux temps. La Bible en parle sous le son de Shishak, qui aurait marché sur Jérusalem et n’accepta de se retirer qu’en échange des trésors du temple et du trône. De son côté, Sheshonk confirme la chose sur le mur extérieur de la grande salle hypostyle du temple de Karnak. Il y détaille la prise de 156 villes de Palestine entre la frontière sud de Judée et le Nord de la Galilée.
    NB. Cet épisode a servi de base au scénario des Aventuriers de l’Arche Perdue.

    Et les règnes s’égrènent, Osorkon 1er, Sheshonk II,… Sous Osorkon II (- 874-850), la montée en puisssance des Assyriens commence à inquiéter. Assurnasirpal II s’est emparé du Nord de la Mésopotamie et du moyen-Euphrate. Son fils Salmanazar III aborde la Syrie et la côte d’Amourrou. Paniqués, les royaumes d’Hamath, Damas et Israël montent une alliance à laquelle s’adjoint Byblos et l’Egypte, mais Osorkon II, quelque peu négligent ou pris au dépourvu, n’expédie que 1000 hommes. C’est la bataille de Qarqar, sur l’Oronte. Les Assyriens sont vainqueurs mais ne peuvent exploiter leur succès : une guerre civile vient d’éclater et Salmanazar sonne le repli.

    Le reflux assyrien va se prolonger un siècle : C’est le temps qu’ils mettront à contenir l’Ourartou, un petit royaume issu de l’ex-empire hittite et dont se réclament encore aujourd’hui les Arméniens.

    http://antikforever.com/Egypte/Dyn/Images/Dynastie%2021-31/Karomama%201b.jpg
    Ces vicissitudes ne doivent pas faire oublier que la décadence ne touche en rien la qualité des productions artistiques. Sculpteurs et orfèvres continuent à faire merveille. Voyez cette statuette bronze-or-argent de Karomama, divine adoratrice d’Amon.

    La XXIIème dynastie finit dans un désordre politique que les historiens ont du mal à démêler. Il semble que les pharaons aient agi « à la mérovingienne » en laissant leur domaine se fragmenter entre plusieurs branches cadettes.

    Tandis que Takelot II règne à Tanis, son demi-frère Nimlot s’établit à Hérakléopolis. Un certain Petoubastis installe sa propre dynastie, la XXIIIème, à Leontopolis dans le Delta alors qu’un autre Nimlot est couronné à Hermopolis, en Moyenne-Egypte. Dans le Delta encore, la ville de Saïs prend du poids avec Tefnakht, un ambitieux qui fonde la XXIVème dynastie et ne cache pas ses ambitions réunificatrices..

    Des Libyens tout ça, et tous cousins ou neveux à des degrés divers et s’entendant plus ou moins bien mais vous voyez la pagaille. La déesse féline Bastet, patronne de Bubastis, n’y retrouverait pas ses chatons. Et cela ne s’arrange pas côté Sud car tous ces potentats ont leurs entrées à Thèbes où ils intriguent pour faire élire « leur » candidat à la Grande-Prêtrise en échange d’ajouts aux temples de Karnak et Louxor.

    De plus en plus inquiet, le clergé d’Amon se cherche un allié et le trouve 1300 km plus au Sud.

    En Nubie profonde – si profonde qu’on parle même d’Ethiopie quoique cela soit exagéré – s’est développé un royaume autochtone centré sur la ville de Napata, non loin de la quatrième cataracte.. Son roi se nomme Piânkhy. Egyptianisé jusqu’au bout des ongles, il ne connaît qu’un dieu : Amon et brûle de voler à son secours.. .

    Piânkhy en a les moyens. Son armée devait ressembler à celles des pharaons de la grande époque, qui comprenaient toujours de forts détachements nubiens – souvenez-vous des Medjaiou ; les mines d’or du désert d’Ikaïta fournissaient des richesses en abondance et le commerce avec l’Egypte lui apportait toutes les matières premières nécessaires et jusqu’au luxe de la vie égyptienne..

    Les prêtres lui envoyent un message lui affirmant que Tefnakht de Saïs s’est allié avec Nimlod d’Hermopolis et marchait sur Thèbes. Piânkhy leur répond de déclarer l’état de guerre, de lever le plus d’hommes possible et de tenir les positions : il arrive.

    Piânkhy se moque pas mal des roitelets du Nord et ne voit qu’une chose, Thèbes, la ville sainte d’Amon, est en danger. Devant ses troupes rassemblées, il déclare :
    « Ne vous attardez ni de jour ni de nuit et combattez à vue. Imposez le combat à l’ennemi car c’est Amon qui vous envoie. Lorsque vous arriverez à Thèbes, baptisez-vous dans la rivière sacrée. Devant les autels d’Amon, aspergez-vous d’eau lustrale et prosternez-vous en disant : » Amon, montre-nous le chemin, que nous combattions à l’ombre de ton épée »

    Il y a du croisé dans cet homme-là.

    Les vaisseaux de l’armée éthiopienne descendent le Nil, dépassent Thèbes et défont la flotte de Tefnakht. Ils poursuivent jusqu’à Hérakléopolis où ils retrouvent le même Tefnakht à la tête d’une coalition rassemblant les rois Nimlod d’Hermopolis, Ioupout de Leontopolis, Osorkon de Bubastis ainsi que les princes de Busiris et de Mendès.
    Au terme d’une furieuse bataille, les confédérés du Nord sont défaits et battent en retraite. Nimlod, quant à lui se retranche dans sa ville d’Hermopolis. Les Ethiopiens en entament le siège mais celui-ci s’éternise.

    Piânkhy, resté à Napata, s’énerve et accourt. Hermopolis se rend. Il visite la ville en compagnie de Nimlod, le roi vaincu. Pénétrant dans une écurie, il constate que les chevaux ont souffert de la faim pendant le siège. Il dit : »Nimlod, aussi vrai qu’Amon m’aime, je ressens plus de douleur devant ces chevaux affamés que devant tous les autres torts que tu m’as causés ! ».

    C’était son style. Quand une ville se fermait à son approche, il leur livrait ce message :

    « O êtres stupides, misérables et cherchant votre propre perte, s’il s’écoule une heure avant que vous ne m’ouvriez ces portes, vous êtes des hommes morts, ce qui me serait douloureux ».

    Cela marcha partout, sauf à Memphis. La ville fut prise d’assaut et le massacre, paraît-il, épouvantable. Après quoi, Piânkhy présenta ses hommages au dieu Ptah, réinstalla les prêtres, fit enterrer les morts et… nettoyer la ville. Il était comme çà, Piânkhy.

    La conquête terminée, il reçoit les remerciements du clergé d’Amon – auquel il laisse la plus grande partie des richesses raflées au cours de sa campagne ainsi que son petit-fils Shabaka comme chef des armées – et rentre chez lui.

    Notez que le Pharaon en titre – le vrai – est toujours Osorkon III de la XXIIIème dynastie, qu’on a laissé complètement en dehors de l’affaire vu qu’il ne dérangeait personne.

    Finalement, le petit-fils de Piânkhy se fait couronner sous le nom de Shabaka, premier pharaon de la XXVème dynastie, qualifiée de nubienne comme vous vous en doutez.

    XXVème dynastie Nubienne – 746-656

    Shabaka récupère très vite l’ensemble des Deux-Terres mais laisse quelques pouvoirs féodaux aux familles princières du Delta. Elles se détestent tellement entre elles qu’elles ne sont plus un danger. Pour l’instant.

    Le danger, justement, il vient de ces Assyriens dont on connaît les abominables moeurs guerrières. Comme ils sont médiocres administrateurs, ils sont bien obligés de s’appuyer sur les notables des villes dont ils s’emparent. Ceux-ci se rebellent à la première occasion, d’où retour des gueules casquées qui se cherchent d’autres administrateurs flirtant à leur tour avec la révolte, etc… On voit ça partout : Elam, Ourartou, Babylone et ailleurs. Ce cycle infernal les occupe loin de l’Egypte et c’est tout ce qui compte. D’ailleurs, Pharaon finance en sous-main tout ce qui pourraît, dans le couloir syro-palestinien, faire obstacle à ces sanguinaires-là.

    Une de ces villes, Asdod, au Nord d’Askalon (et donc à deux pas du Delta), se rebelle sous la conduite de son prince Iamâni. Ce dernier, battu, se réfugie à la cour memphite. Shabaka, qui ne veut pas d’histoires avec le terrible Sargon II, le livre enchaîné à ses émissaires.

    Même pour un pharaon, cela s’appelle « se déculotter ».

    C’est vraiment honteux que… Un minute, j’ai un E-mail. Je vous le livre :

    « Jeune homme, vous n’y connaissez rien et vos commentaires ont fait se retourner ma vieille momie dans son sarcophage. Ne mélangeons pas morale et politique. Si j’ai financé les roitelets syro-palestiniens, ce n’était pas pour leurs beaux yeux. C’était le meilleur moyen d’user la bande à Sargon sans trop de risques. Je me fiche du sort de ces misérables cités comme de la première poupée d’Hatshepsout. Elles me servent juste de fusibles.
    L’épisode Iamâni, pour pénible qu’il soit, m’a permis de nouer des liens diplomatiques avec Ninive et j’y ai gagné quinze années de paix . Cela pèse plus lourd qu’un petit prince philistin, non ?
    D’ailleurs, je n’avais pas le choix. Si Sargon s’était approché, les princes de Delta auraient aussitôt passé dans son camp, rien que pour le plaisir de me contrarier.
    Méditez cela, mon ami.

    (s) Neferkarê SHABAKA, nécropole royale d’El Kourou (Nubie) 3ème droite en entrant. »

    Heu… bon. Je continue.

    Le pharaon suivant, Shabataka, paraît plus pugnace. A la mort de Sargon II, en -704, éclatent comme d’habitude des troubles de succession ; comme d’habitude, les Etats syro-palestiniens croient pouvoir en profiter ; comme d’habitude, le nouveau roi – Sennachérib – les écrase (bataille d’Eltekeh) et entreprend le siège de Jérusalem.

    Cette fois, l’Egypte envoie une armée de secours sous le commandement de Taharka, le frère du roi. La nouvelle s’en répand. Du haut des murs, le roi Ezéchias cherche à négocier avec Sennachérib qui hausse les épaules :

    ”En qui donc mets-tu ta confiance pour t’être révolté contre moi ? Voici que tu comptes sur ce roseau brisé, l’Egypte, qui pénètre et perce la main de qui s’appuie sur lui. Tel est Pharaon, roi d’Egypte, pour tous ceux qui se fient à lui »

    Comme pour lui donner raison, Taharka, qui a pris la mesure de la situation, ordonne le repli. Ezéchias dépité demande son pardon et Sennachérib, qui a bien ri, le lui accorde.

    En -690, nous retrouvons Taharka, mais comme pharaon cette fois. Le début de son règne est tranquille. Sennachérib s’est détourné vers l’Est et guerroye contre l’Elam et Babylone avant de se faire assassiner en -681. Assarhaddon lui succède et est immédiatement obligé de faire le ménage à coups de cadavres comme c’est la coutume dans les successions à l’assyrienne. En -671, il descend vers Askalon révoltée mais les Egyptiens s’interposent et les Assyriens doivent battre en retraite.

    Trois ans plus tard, Assarhaddon revient, bat l’armée de Taharka et s’empare de Memphis. Il raconte :
    «  je m’emparai de Mempi (sic) en une demi-journée. La reine du pharaon, les femmes de son palais, le prince héritier, ses autres enfants, ses chevaux, son bétail, je les emmenai en Assyrie comme butin… Partout en Egypte, je nommai d’autres rois, des gouverneurs, des officiers, des fonctionnaires… »

    Taharka s’étant réfugié dans le Sud, les Assyriens sont miel et sucre pour ses rivaux du Delta et tout particulièrement la dynastie saïte issue de Tefnakht. Après le reflux d’Assarhaddon, Taharka fomente des troubles dans le Nord et en récupère une bonne partie. Assourbanipal, qui vient de succèder à son père envoie un corps expéditionnaire qui bat une nouvelle fois Taharka et s’efforce, cette fois, de le poursuivre. Les Assyriens remontent ainsi jusqu’à Eléphantine, recevant au passage la soumission de Thèbes, mais renoncent à marcher jusqu’à Napata.

    http://antikforever.com/Egypte/Dyn/Images/Dynastie%2021-31/Taharqa%201.jpg
    Taharka ne manquait pas de bonnes raisons pour prier…

    Après avoir établi des princes à leur solde partout où c’était possible, les hommes d’Assourbanipal quittent l’Egypte : de nouvelles révoltes les attendent à l’autre bout de l’empire. Routine.

    Taharka meurt en -664. Son cousin Tantamani(ou Tanoutamon) lui succède et décide d’agir à la Piânkhy en récupérant les Deux-Terres dans leur intégralité. Une nouvelle croisade !

    En quelques mois, il atteint le Delta où il écrase tous ses opposants. Son triomphe est total mais de courte durée. Assourbanipal revient avec ses armées et cette fois, les Assyriens sont de très mauvaise humeur : Memphis est reprise, Thèbes suit et l’inconcevable se produit  : la ville d’Amon est mise à sac, ravagée, pillée. Des douzaines de vaisseaux surchargés d’or descendent le fleuve en direction de l’Assyrie.

    Ainsi disparurent, en -663, les trésors accumulés dans les temples par chaque pharaon depuis les temps lointains du Moyen-Empire.

    Quittant l’Egypte et cette fois pour de bon – Ninive disparaîtra 51 ans plus tard, les Assyriens confient l’administration de l’Egypte à leur meilleur allié, le prince de Saïs, Nekao. Avec lui commence la XXVIème dynastie, dite « Renaissance saïte ».

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

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    Posts1264
    Member since: 26 avril 2013

    Je propose que ce sujet soit considéré comme étant un dossier (sa m’étonnerai que Kymiou fasse du copié-collé) et classé dans la bibliothèque. Cela permettrait de mettre en valeur cet excellent sujet.

  • Participant
    Posts719
    Member since: 4 mai 2012

    J’approuve le post à Xénophon.

    À quand la Période ptolémaïque?

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    BASSE EPOQUE dite aussi : RENAISSANCE SAÏTE – 672-525

    XXVIème dynastie.Saïte

    Il y a de l’ironie dans la manière dont cette dynastie s’est installée. Nékao n’est « que » gouverneur d’Egypte pour le compte des Assyriens et il semble avoir bien tenu ce rôle puisqu’à sa mort, son fils Psemthek reçoit d’Assourbanipal l’autorisation de coiffer la Double-couronne Pschent. Roi vassal mais roi quand même. Cette famille qui donnera à l’Egypte ses derniers feux est donc au départ une famille de « collabos »..

    Psammétique 1er – il faut bien observer cette orthographe ridicule imposée par l’usage – commence donc en – 664 un règne qui s’achèvera en -610. Laissant à Saïs le statut de résidence d’été, il s’installe à Memphis d’où il reprend, petit à petit, le contrôle sur l’ensemble du pays par une politique subtile de nominations administratives et sacerdotales.

    Sur le plan militaire, il profite des difficultés rencontrées par Assourbanipal contre les Elamites pour reprendre son indépendance (-653) et « reconduit » les garnisons assyriennes en Palestine. L’année où meurt Assourbanipal (-627) et où commencent les traditionnelles luttes entre ses héritiers, des Scythes attaquent l’Assyrie par le Nord, les Babyloniens de Nabopolassar par le Sud et les Mèdes de Cyaxare par l’Est.

    A mesure que l’étau se ressèrre, Psammétique prend conscience que l’Assyrie offrait finalement de meilleures conditions de stabilité que ces conquérants ivres de vengeance. Il se pose donc en… allié de Ninive et expédie quelques troupes (-616) mais sans succès : Assur tombe en -614 et Ninive est totalement rasée en -612. Les vainqueurs passeront trois mois à en niveler le moindre muret ! On ne la relèvera que beaucoup plus tard sous un autre nom : Mossoul.

    On peut penser que Psammétique recruta comme mercenaires tous les débris d’armée assyrienne qu’il put trouver. Car les mercenaires étaient fort demandés. Cela faisait plus d’un siècle que des populations grecques, cariennes et anatoliennes s’installaient dans le Delta où elles fournissaient le plus gros des troupes des royaumes du Nord.

    Politiquement, Psammétique profite largement de l’effacement assyrien. L’Egypte, qui a abandonné son côté « continental africain » au fil des dernières décennies, devient une puissance méditerrannéenne avec ce que cela implique comme relations diplomatiques et commerciale avec la Phénicie, l’Asie Mineure, la Cyrénaïque, Carthage et surtout la Grèce. Les Deux-Terres sont redevenues une puissance avec laquelle il faut compter.

    En réaction nationaliste, les Egyptiens sont tombés fous amoureux de leur propre passé. Les rites religieux sont retravaillés pour retrouver leur pureté originelle. Les oeuvres architecturales, sculptées et littéraires de l’Ancien et du Moyen-Empire sont restaurées et copiées. Les cultes étrangers sont chassés ou taxés. D’immenses ateliers fabriquent à la chaîne des momies d’animaux que les pélerins s’arrachent pour les offrir en ex-voto aux dieux qui ont retrouvé leur faciès zoomorphique original : des chats pour Bastet, des crocodiles pour Sébek, des ibis pour Thot, des faucons pour Horus, etc…

    Les rayons X nous apprennent aujourd’hui qu’il y avait souvent tromperie sous les bandelettes mais c’est une autre histoire.

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    O.K. Celle-ci est conforme.

    Pendant que certains prêtres jouent au guide-interprète pour touristes dans les temples, d’autres inventent carrément l’Egyptologie : Par exemple, ils creusent une galerie dans le flanc de la vieille pyramide à degré de Djeser rien que pour savoir comment elle était faite.
    Ici, je cite Jean-Philippe Lauer, architecte et archéologue qui consacra sa carrière à relever le monument en question :

    « Ils ont percé un trou pour arriver, au bout de 50 mètres, au sommet du puit au fond duquel se trouvait le caveau. Là, (…) ils ont vidé le puit (…) Ils ont dû ressortir les blocs qui obstruaient le puit sur quelque 28 mètres de profondeur par la galerie qu’ils avaient percée et ça, c’était vraiment du sport. «  (Saqqarah, une vie – ed. Rivages – 1988 – p.214)

    A Psammétique 1er succède Nékao II (-610-595). Le dernier siècle ayant largement prouvé que l’Egypte était concernée par tout ce qui se passe en Mésopotamie, que cela lui plaise ou non, Nékao s’efforce d’y jouer un rôle. La disparition de l’Assyrie ayant laissé un vide, il remonte la Palestine et la Syrie jusqu’à Karkémish et s’offre le plaisir de contempler l’Euphrate. Comme Thoutmès III ! Mais c’est une illusion : il a simplement profité du temps nécessaire aux Néo-Babyloniens pour s’organiser.

    Nabopolassar envoie son prince héritier, Nabuchodonosor règler l’affaire et cela ne traîne pas. Karkémish est reprise et l’armée égyptienne écrasée à Hamath (-605). Après quoi le vainqueur rentre vite à Babylone car son père vient d’y trépasser. Devenu roi, Nabuchodonosor revient achever le travail mais Nékao le bat près de Gaza, ce qui stabilise la frontière pour un temps.

    Par ailleurs, le pharaon se penche sur les affaires maritimes : construction d’une flotte, creusement d’un canal entre un bras du Nil et la Mer Rouge, enfin – et surtout : il commandite des Phéniciens pour réaliser la première circumnavigation de l’Afrique. Un voyage épique de trois ans et treize mille kilomètres. C’est le seul véritable titre de gloire de Nékao II

    Vient après lui le court règne de Psammétique II (-595-589). Il se mêla peu des affaires de Palestine mais mena une campagne contre la Nubie avec une armée comportant de nombreux mercenires grecs et cariens – dont on a retrouvé quelques graffitis sur les colosses d’Abou Simbel.

    Psammétique II laisse un fils, Apriès (- 589-570) , qui connaîtra bien du malheur.

    J’ai parlé plus haut de la période saïte, à voir comme un retour aux valeurs essentielles de la civilisation des Deux-Terres et cela à tous points de vue. Mais ce mouvement a un côté sombre : la naissance d’un nationalisme exacerbé dont sont particulièrement atteints les soldats égyptiens autochtones qui, du coup, vivent à couteaux tirés avec les mercenaires étrangers, grecs mais pas seulement.

    Psammétique 1er avait perçu le problème et veillé à ce que ses bataillons-ennemis se côtoyent le moins possible. Gardant les Nationaux dans la région de Saïs, il avait cantonné les mercenaires dans deux forteresses de première ligne, l’une à Naucratis, face à la Libye, l’autre à l’Est, à Daphnae, près de Port-Saïd, pour contrer les Asiatiques.

    Quand Apriès est couronné, il est contraint d’agir au plus tôt contre Nabuchodonosor II qui a entrepris de conquérir l’ensemble du couloir syro-palestinien. Il s’est déjà emparé de Sidon et ses troupes assiègent simultanément Jérusalem et le port de Tyr… qu’Apriès s’empresse de ravitailler par mer.

    Mais les besoins de sa flotte font que ses troupes de terre sont réduites. Des mercenaires grecs costauds, certes, mais il y en a aussi chez les Babyloniens – et en plus grand nombre. Bref, Jérusalem tombe et l’intervention d’Apriès en Judée se solde par un échec. Celui-ci sera vu par les soldats nationaux comme l’échec des mercenaires. Comme on sait qu’il y en avait dans les deux camps, les rumeurs les plus folles se répandent et l’importante garnison d’Eléphantine se mutine, évoquant pêle-mêle l’incapacité du roi et la molesse suspecte de ces mercenaires qui ont des tas de copains chez l’ennemi, etc…etc.

    Le général Nes-Hor finira par calmer le mouvement mais le feu couve toujours.

    Il reprend en -570 dans les circonstances suivantes. Des Grecs doriens venus de Sparte, Thera et Rhodes cherchent à implanter une colonie en Cyrénaïque. Les Libyens demandent de l’aide à Apriès qui envoie un corps d’armée composé de Nationaux. Ceux-ci tombent dans une embuscade tendue par les Doriens et sont anéantis. En Egypte le bruit se répandit que Pharaon avait envoyé ses hommes au massacre pour se débarrasser d’officiers égyptiens influents.

    Il s’ensuivit un énorme soulèvement. Apriès cru habile de désigner un général très populaire pour traiter avec les rebelles. Issu du peuple, il avait des manières vulgaires et ne détestait pas la bouteille mais s’était couvert de gloire dans l’expédition contre les Nubiens. Il s’appelait Amasis.

    Amasis rencontre les mutins… et se laisse convaincre de prendre leur tête pour marcher contre Apriès. Celui-ci, affolé, lui envoie un messager demander une trève. Amasis, sur son cheval, écoute la proposition, soulève une cuisse… et lâche un pet tonitruant :

    Voici ma réponse. Porte-la à ton chef.

    Dans la bataille qui suivit, les mercenaires furent écrasés par les troupes égyptiennes et Apriès fait prisonnier. Il sera tué plus tard dans une tentative pour reprendre son trône.

    Voici donc Amasis (- 570-526) sur le trône et le règne de ce pharaon pour le moins atypique sera le dernier où l’Egypte brillera de tous ses feux. Malgré sa rusticité spectaculaire, il avait le coup d’oeil pour cerner les problèmes et l’énergie pour les résoudre.

    La richesse des temples, par exemple, qui leur conférait un énorme pouvoir source de cauchemar pour des douzaines de pharaons au fil des siècles. L’affaire fut réglée en un quart d’heure : les revenus religieux passent à la Couronne ; on en rétrocèdera un peu aux prêtres… s’ils sont bien sages.

    Le renouveau nationaliste causait de sérieux troubles entre les soldats et les marchands grecs nombreux dans le Delta. Amasis les confina à Naucratis avec statut d’extraterritorialité et privilèges divers. La ville servit très vite de plaque tournante pour le commerce extérieur et répandit la prospérité aux alentours, préfigurant Alexandrie. On cite souvent Solon qui, comme homme public, joua un grand rôle dans l’éclosion de la démocratie athénienne. Dans le privé, il dirigeait une entreprise d’import-export d’huile d’olives avec Naucratis.

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    Amasis. On le nomme parfois Ahmès II et ce n’est pas faux mais il y a l’usage…

    Le peuple adorait son pharaon et n’en finissait pas de rapporter telle ou telle anecdote à son propos, comme celle-ci.
    Amasis avait connu une jeunesse tumultueuse. On pouvait dire qu’il avait fait les 400-coups, avait connu les tribunaux mais s’en était toujours tiré par une relaxe parce qu’il était beau parleur.
    Un jour, devenu pharaon, il convoqua les juges devant lesquels il était passé et les limogea tous… pour NAÏVETE !

    Au fil des années, il devenait de plus en plus évident que les Perses de Cyrus montaient en puissance et qu’ils menaçaient tous les peuples environnants. Conscient de la chose, Amasis noua des alliances avec Polycrate, tyran de Samos et Crésus, roi de Lydie et prit même contact avec Babylone. Il entretint aussi les relations les plus amicales avec les cités grecques.
    Mais la Lydie s’effondre en – 546, Babylone suit en -539. Si Cyrus meurt en -529, son fils Cambyse affiche le même appétit. Désormais isolée car les cités grecques ne bougent pas, l’Egypte attend l’inéluctable. Amasis ne veut pas voir ça et Osiris, le dieu des morts, lui arrange le coup : il le convoque en -526. Juste à temps.

    Psammétique III n’est qu’un éclair dans le temps : dès le printemps -525, Cambyse écrase l’armée egyptienne à Péluse et entre à Memphis. Le voilà maître de l’Egypte.

    XXVIIème dynastie Perse – 525-404

    « Cambyse avait peu de traits communs avec son père Crésus. C’était un fils-à-Papa caractériel et violent qui a procédé à des déportations en masse, saccagé Thèbes et Memphis et tué de ses mains le taureau Apis, le plus sacré des animaux sacrés. Pour finir, il s’est blessé avec sa propre épée en montant à cheval et est mort de septicémie huit jours plus tard. Bien fait ! ».

    Ah, on ne l’a pas gâté, Cambyse. Mais tout ceci, c’est de la propagande développée par les Ptolémées contre les Perses sur le thème du « Voyez : avant nous, c’était pire ».

    En réalité, Cambyse était conscient qu’il avait touché là la plus riche de ses satrapies et le joyau de son empire. Encore fallait-il respecter certaines formes pour ne pas heurter ces Egyptiens au nationalisme si sourcilleux.

    Il coiffa donc la couronne des Deux-Terres sous le nom de Mestyourê Kampitchet, se fit instruire des devoirs de sa charge vis-à-vis des dieux d’Egypte – ce qui était quand même énorme pour ce monothéiste mazdéen ! – et fit procéder à quelques travaux dans les temples qui en avaient besoin.

    A part ça, il renonça à conquérir la Nubie et échoua dans son offensive vers les oasis occidentales. Il aurait perdu une armée entière dans la Mer de Sable et bien des archéologues rèvent aujourd’hui d’en retrouver les traces sous quelque dune.

    A Cambyse succède Darius 1er, qui lança quelques grands travaux : désensablement du vieux canal de Nékao, restauration de temples à Busiris et Elkab, nettoyage et purification de divers sites religieux endommagés. Dans la foulée, il procède à des réformes administratives, fait rédiger un code de loi et frapper une monnaie locale.

    Darius laissa un bon souvenir aux Egyptiens, ce qui ne les empêcha pas de se révolter à sa mort en -486. Xerxès y met immédiatement le holà et place comme satrape son frère Achaiménès, qui participera à la bataille de Salamine avec 200 vaisseaux deltaïques.

    En -466, Xerxès laisse la place à Artaxerxès 1er. C’est le temps où Hérodote joue au touriste-reporter sur place et rédige son livre II « Euterpe » consacré intégralement à l’Egypte. Un incontournable, les gars !

    En -424, Darius II règne à son tour mais l’empire entre dans son déclin et tout le monde s’en rend plus ou moins compte. A la mort du roi, en -405, l’Egypte se soulève et nomme pharaon un prince de Saïs du nom d’Amyrtaios. Il ne règne que 6 ans et forme à lui seul la XXVIIIème dynastie.

    Un certain Nefâaouroud (Néphéritès pour les Grecs) ouvre la XXIXème dynastie et fait alliance avec Sparte contre l’envoi de 20.000 mercenaires grecs pour tenir ses frontières (-396). La prospérité égyptienne semble retrouvée. Elle se confirme avec ses successeurs Psamouthis et Haker (Achoris en grec). Arts, sciences et belles-lettres florissent, les temples débordent d’offrandes et la population vaque paisiblement à ses travaux.

    Mais en -385, les Perses délivrés du front grec par le traité d’Antalcidas se retournent contre l’Egypte. Achoris, bien préparé, résiste d’autant mieux que la tentative perse se combine avec une autre pour reprendre Chypre. Cette campagne, qui dure jusqu’en -373, est si riche en péripéties tactiques et diplomatiques qu’elle mériterait un traitement à part. Je n’en dirai ici que ce fut, pour les Perses, une victoire à Chypre mais un désastre en Egypte.

    Dans l’entretemps s’était ouverte une XXXème dynastie avec Nekhthorheb (Nectanébo 1er), -380-362. Riche du prestige acquis par sa victoire, il pèse lourd sur le théâtre méditerranéen et peut envisager l’avenir avec confiance. L’empire perse semble partir à la dérive. Sous le règne falot d’Artaxerxès II, de nombreuses satrapies prennent leur distance avec la cour de Suse et se muent en états indépendants. A la mort de Nectanébo, son fils Tachos passe à l’action. Il monte une expédition d’envergure et envahit Judée et Phénicie comme à la grande époque. Tout semble lui sourire… mais une révolution de palais le dépose et les forces égyptiennes refluent.

    http://realhistoryww.com/world_history/ancient/Images_Egypt/Egypt_Nectanebo_IIa.jpg

    Le nouveau roi, Nectanébo II, n’a pas les qualités militaires de ses trois prédécesseurs et c’est dommage car en face, la Perse sort graduellement de la crise sous l’impulsion énergique d’Artaxerxès III Ochos. Celui-ci fait une tentative sur le Delta en -351 et se fait sévèrement repousser. L’écho de cet échec éveille des espoirs dans les régions récemment soumises et se concrétisent en révoltes en Phénicie, en Cilicie et ailleurs. S’il était intervenu de tout son poids, peut-être Nectanébo II aurait-il pu souffler l’empire à Alexandre (alors âgé de 5 ans) mais il se borna à fournir un renfort de quelques milliers d’hommes qui n’obtinrent aucun résultat. Artaxerxès surmonta la crise et, en -343, récupéra l’Egypte.

    Kheperkarê Nechtnebef, dit Nectanébo II, le dernier des pharaons égyptiens, se réfugia en Nubie où il mourut peu après. Fin de l’histoire.

    Nous sommes douze ans avant Gaugamèles.

    Cette chronologie propre à l’Egypte antique s’achève ici. Par la suite, son histoire se confond avec celle de ses divers occupants, macédoniens, romains, arabes…

    Pour ceux qui seraient curieux d’en voir la suite, c’est ici que cela continue.

    Bibliographie :

    Histoire de l’Egypte Ancienne – Nicolas Grimal, ed. Fayard, Paris 1988
    La Civilisation Egyptienne – Erman & Ranke, ed. Plon, 1963
    Les Momies – Ange-Pierre Leca, ed. Hachette, Paris 1978
    L’Egypte Ancienne – Arne Eggebrecht, ed. Bordas, Paris 1986
    Les Pharaons – tome1 Le temps des pyramides
    tome2 L’empire des conquérants – Direct. Jean Leclant, ed. Gallimard, Paris 1978
    Les Egyptiennes – Chistian Jacq, ed. Perrin, Paris 1996

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts1563
    Member since: 29 juillet 2012

    Tu ne chômes pas, kymiou ! Me voilà avec un peu de retard, que je vais m’empresser de rattraper. 😉

    Je propose que ce sujet soit considéré comme étant un dossier (sa m’étonnerai que Kymiou fasse du copié-collé) et classé dans la bibliothèque. Cela permettrait de mettre en valeur cet excellent sujet.

    Il ne fait pas de copiés-collés. Du moins, semble-t-il. 😛
    Plus sérieusement, avec la taille que cette chronologie atteint, je suis presque obligé de l’intégrer et je serais même déçu de ne pas le faire. Même si le sujet n’avait pas vocation à être un dossier, il en remplit désormais toutes les conditions. Je l’intègre donc, mais si kymiou tient vraiment à ce qu’il ne fasse pas partie de la Table des Matières, je le retirerai à contrecœur (tu ne voulais pas « masquer » le premier post de Vauban, comme j’ai compris ; mais je pense plutôt qu’il le met en valeur en le remplissant ; et puis, je suis persuadé que l’intégration du sujet au sein de la Table des Matières ne posera aucun problème à Vauban, le connaissant). 😉

  • Participant
    Posts1004
    Member since: 28 juillet 2012

    Je n’ai jamais été très callé sur l’Egypte antique et ton sujet est le bienvenue il me permettra de combler mes (nombreuses) lacunes ;).

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    Faites comme bon vous semble. 🙂

    Et à propos, j’en ai fini. Cherche volontaire pour la suite…

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts3524
    Member since: 12 avril 2012

    Incontestablement, ce sujet rempli tout les critères en l’état. Je ne crois pas avoir vu une chronologie aussi complète, et la lecture de ces deux seules pages donnent une introduction dense, claire et agréable à lire pour qui veux se repérer dans l’Histoire de cette région.

    Bravo et merci à vous deux ;).

24 sujets de 1 à 24 (sur un total de 24)

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