Post has published by sanguinius

Ce sujet a 5 réponses, 3 participants et a été mis à jour par  sanguinius, il y a 3 ans et 5 mois.

6 sujets de 1 à 6 (sur un total de 6)
  • Participant
    Posts1364
    Member since: 17 avril 2015

    Je voulais faire un petit sujet sur les batailles rangées de la guerre du Péloponnèse donc assurément Délion et Mantinée et peut être Amphipolis ainsi que l’expédition de Sicile.

    La bataille de Délion

    Nous sommes en 424, Les premières invasions spartiates de l’Attique n’ont pas réussies à faire plier Athènes, mais eurent un résultat inattendu: la peste d’Athènes, on l’appelle peste mais l’on ne sait pas exactement quelle genre de maladie c’était, ceci est du au fait qu’à l’époque on qualifiait à peu près chaque épidémie de “peste”, pour se représenter ce que fut cette maladie, imaginez une ville prévue pour 50,000 habitants, qui se retrouve à devoir en accueillir 200,000, sans les installations sanitaires requises et ensuite imaginez que dans ce milieu fermé (dehors il y a l’armée péloponnésienne forte de 60,000 combattants) se propage une épidémie qui serait un mélange de grippe, de rougeole, de dysenterie et de pneumonie. Résultat des dizaines de milliers de morts dont environ 4,000 et hoplites et Périclès.

    Après la peste Athènes doit montrer aux autres grecs qu’elle n’est pas encore morte, ce qu’elle fit à Pylos et à Sphactérie, mais elle est en grave danger: à l’Ouest les Péloponnèsiens peuvent revenir piler l’Attique à n’importe quel moment et au Nord la Béotie, alliée de Sparte et donc ennemie d’Athènes.
    http://image.noelshack.com/fichiers/2015/35/1440578937-delion.jpg
    Ainsi, les Athéniens craignent de devoir combattre sur deux fronts comme à peu près tout les peuples de l’histoire, ils tentèrent donc d’anéantir la menace béotienne en les attaquant, tentant de reproduire le résultat ayant suivi la bataille d’Oenophyta, à savoir la domination athénienne de la Béotie. Le plan initial Athénien était que Démosthénès monte une opération amphibie, visant à débarquer sur les côtes béotiennes afin de provoquer un soulèvement démocratique contre l’oligarchie béotienne.

    Pendant ce temps, l’armée béotienne en marche vers les troupes d’Hippocratès, le général athénien commandant la force principale, ce serait retrouvée prise entre d’un côté l’infanterie athénienne et de l’autre les révoltés béotiens, soutenus par quelques hoplites athéniens, ce plan très optimiste échoua lamentablement quand Démosthénès attaqua la ville de Siphaï bien trop tôt ce qui eut pour effet de prévenir les oligarques de la tentative de soulèvement démocratique qui envoient leurs troupes afin de décourager une tentative d’insurrection, et évidemment quand on a la deuxième meilleure infanterie de Grèce devant chez soi, on évite de se révolter ( à part quand on est polonais mais là c’est une autre histoire).Démosthénès ne pouvant plus rien faire il se replia, laissant l’armée athénienne seule contre les forces de la confédération béotienne. Hippocratès qui n’est pas idiot, décide de rebrousser chemin et de rentrer à Athènes, malheureusement pour lui les béotiens (sous l’impulsion du thébain Pagondas) se ruent à leur poursuite et les rattrapent à Délion. Les forces en présence sont sensiblement égales: 7000 hoplites dans chaque camp soutenus par un millier de cavaliers et des milliers de combattants légers, et j’ai un doute sur leur nombre: Victor Davis Hanson me dit qu’ils étaient plus nombreux chez les athéniens et Wikipédia me dit l’inverse.

    L’armée de Pagondas s’arrête derrière une colline: de l’autre côté, en contre bas les Athéniens qui s’étaient arrêtés à Délion, petit sanctuaire qu’ils avaient fortifiés, mais en apprenant que les béotiens marchent sur lui Hippocratès décide de partir à leur rencontre; sans se douter de rien l’Athénien harangue ses troupes, quand soudain Pagondas (qui a obtenu le commandement de l’armée, les béotiens étant une confédération, chaque ville apportait son général) met ses troupes en mouvement, coupant court au discours d’Hippocratès qui doit vite rejoindre son poste dans la phalange, le Athéniens furent totalement pris par surprise et pas par n’importe qui: les Thébains serait ceux qui enfonceront les rangs spartiates à Leuctres en 371. Pagondas a disposé ses troupe par communauté: les Thébains sur l’aile droite, c’est là que les meilleurs troupes sont disposées, selon les usages des grecs. Hors la plaine de Délion est assez étroite, ce qui permit à Pagondas de former un gros bloc de 25 rangs de thébains (ce qui est énorme une phalange normale compte huit rangs), l’aile droite athénienne, composées de l’élite de la ville, charge les Thespiens qui leur font face, et ce passage de la bataille est particulièrement triste, les Thespiens ne sont pas de si mauvais combattants, si ils ont été placé là c’est avant tout pour des raisons politiques, mais ils ne font pas le poids face à l’élite d’ Athènes, et ils le font encore moins si leurs milles alliés en charge de couvrir leur droite s’enfuient!

    Les 500 soldats de Thespie vont se faire encercler et massacrer jusqu’au dernier, mais ils ne fuiront pas.Le reste de l’aile gauche béotienne tint bon jusqu’à ce que l’aile droite thébaine arrive à leur secours. Diodore de Sicile mentionne que les Athéniens tuèrent un grand nombre d’ennemis, mais on a pas de chiffres précis, ce qu’il faut savoir c’est qu’il est assez difficile de tuer un hoplite ennemis, en effet protégés par une lourde cuirasse, un casque, un bouclier et ds jambières le hoplite est très bien défendu, c’est pour cela qu’une bataille grecque est très violente, les hoplites poussent te déchaînent une tempête de coups sur leurs adversaires, tentant ainsi d’atteindre un point non protégé, tout cela au milieu d’un vacarme épouvantable et d’une confusion sans nom.http://2.bp.blogspot.com/_DZMJvLVkcNM/RubNAYgwKII/AAAAAAAABgE/7-Kg_iLB1hs/s320/cover_HOPLITES.jpg
    les coups sont donnés de haut en bas afin d’atteindre l’aine ou le cou, les points vulnérables du hoplite grec

    Hors comment fait-on pour se reconnaître en plein milieu de cette mêlée? Les combattants parlent la même langue et portent le même équipement, la solution trouvée est donc de tuer celui qui se trouve en face, le problème c’est que pendant un encerclement on peut se retrouver en face d’alliés.C’est ainsi que périrent bêtement des dizaines d’Athéniens, tués par leurs fils/pères/voisins/cousins, les hoplites étant placés dans la phalange à côté de gens qu’ils connaissaient, ainsi l’on se bat pour protéger ses proches mais aussi pour éviter la fuite, c’est une chose de fuir devant un inconnu qui habite un dème lointain c’en est une autre de fuir devant son père. Mais cette épisode tragique ne fut pas la raison de ce qui allait suivre: en pleine avancée, l’aile droite athénienne se désintègre subitement, tourne les talons, lâche bouclier et lance, délace la cuirasse et fuit.

    La raison? Deux escadrons de cavalerie arrivant en renfort, en règle générale une phalange peut repousser les cavaliers ennemis, qui dépourvus d’étriers ne disposent pas d’une grand force d’impact. Mais là les Athéniens paniquèrent, pensant que toutes une armée de renforts fondaient sur eux et ils fuirent, pendant ce temps l’aile gauche athènienne, balayée par les thébains avaient elle aussi tournée les talons, se retrouvant isolés les soldats du centre décidèrent que rester seul contre toutes l’armée béotienne n’était pas une bonne idée, ils imitèrent donc leurs compatriotes et fuirent. La bataille de Délion était une éclatante victoire Thébaine ( et pas tellement béotienne).


    Conclusion
    : J’ai dit précédemment que les Athéniens fuyaient, mais ils fuyaient où? et bien imaginez que vous êtes un hoplite grec, vous fuyez, vous êtes paniqué, vous voyez un fort, que faîtes vous? Évidemment, les Athéniens se replient en masse sur le sanctuaire fortifié de Délion, c’est quand même génial pour les béotiens non? Au lieu de devoir poursuivre une multitude de groupes qui s’éparpillent de partout, voici les ennemis qui se regroupent et qui vous attende!

    Après avoir dévalé la colline recouverte des armes des fuyards, les coalisés mettent le siège devant le sanctuaire bien entendu tout les Athéniens ne se réunirent pas dans le fort, mais étant donné que les béotiens disposaient d’une forte cavalerie, ils purent rattraper et massacrer de nombreux athéniens, le carnage dura jusqu’à la tombée de la nuit.Puis les béotiens apprirent que les athéniens s’étaient réfugiés à Délion, qui est un sanctuaire béotien. Et violer un sanctuaire, ce n’est pas très bien vu en Grèce aussi bien vu que si je me mettais à courir à poil dans une église avec du métal à fond tout en hurlant des insanités. Les béotiens ne pouvant laisser passer ça, vont refuser de rendre les corps athéniens (ce qui ne se fait pas non plus, personne n’a envie d’errer sur le mauvais bord du Styx pour l’éternité).

    Et quand ils les rendirent dix-sept jours plus tard, bah vous savez à quoi ça ressemble un corps laissé sous le soleil grec pendant dix-sept jours. Ceci traumatisa les athéniens car ils n’avaient )pas non plus pu enterrer leurs morts après la Peste, ces événements inspireront Les Suppliantes à Euripide, tout comme tout ce qui touche aux Thébains (Mais si! Regardez! Les Thébains sont des barbares consanguins! Ils vont même jusqu’à s’entretuer dans la même famille et laissent les corps sans sépultures*!) d’ailleurs je pense que de nombreux évènements historiques inspireront les auteurs grecs pour leur pièces de théâtre, leurs poèmes où même leurs débats: “Qu’as-tu fais à Délion?”. Nous retrouvons parmi les fuyards d’illustres personnages tels que Socrate, Alcibiade où encore le beau-père de Platon.Il est aussi à noter que le neveu de Platon fut parmi les athéniens qui restèrent à pourrir pendant deux semaines sur les collines de Délion, cette guerre détruisit la grande famille des Alcméonides.

    Alors que faîtes vous lorsque-vous êtes Thébain** et que vous voulez déloger une garnison d’Athéniens d’un de vos lieux sacrés?
    a) Vous négociez
    b) Vous inventez la guerre bactériologique
    c) Vous attendez que tout ce beau monde crève de faim et de soif, enfermés dans le sanctuaire
    d)Vous inventez le lance flammes

    la d…. Les béotiens vont évider une poutre et remplir tout cela de poix, goudron, soufre et de charbon auquel ils mirent le feu et vous savez ce qu’il se passe lorsque l’on met le feu à des matières hautement inflammable contenues dans un espace étroit,non? Les athéniens n’ayant pas été transformés en merguez bien cuite par le génie humain, vont périr asphyxiés par les fumées où les vapeurs toxiques dégagées par la combustion. Quelques athéniens parvinrent tout de même à s’enfuir en bateau (le sanctuaire de Délion est un sanctuaire côtier) en laissant deux-cents cadavres derrière eux. On estime le bilan total des morts athéniens à environ deux-mille hommes (hoplites et combattants légers confondus)

    Les Athéniens durent donc se battre sur deux fronts durant toute la guerre, le soulèvement démocratique ne se produisant pas , l’oligarchie dirigeant Thèbes resta au pouvoir et ne remit pas en cause l’alliance avec les lacédémoniens

    Une victoire Thébaine?

    Et bien oui, les troupes ayant subies le plus de pertes étant les Thespiens et les autres béotiens, les Thébains, placés face aux plus faibles troupes athéniennes n’enregistrèrent que très peu de pertes, et le prestige du à la victoire rejailli essentiellement sur Thèbes car Pagondas est thébain, les troupes ayant brisé l’aile gauche athénienne était thébaine et les seules béotiens ayant fui n’était pas Thébains, les Thespiens quand à eux sont tous morts, donc ils ne peuvent pas tirer grand chose de tout ça.

    Les Thespiens ont été placés sur l’aile gauche par Pagondas afin qu’ils y meurent, et ainsi Thèbes put tranquillement envahir la cité, abattre ses murs et acquérir un bon paquet d’esclaves quasi-gratuitement, ahh la confédération: l’entraide, la coopération, l’entente, eeeeeet l’hégémonie thébaine.
    Voilà c’est tout sur Délion, je ferai certainement un autre post sur la bataille de Mantinée, ne vous inquiétez pas je ne ferai pas de “300 like”.

    * Un des plus graves sacrilèges, si ce n’est le plus grave.
    ** Part Thébains, entendez béotiens.

  • Modérateur
    Posts1944
    Member since: 20 juillet 2013

    J’ai retrouvé dans un vieux livre – même moi, j’étais pas né ! 😛 – une reconstitution du lance-flamme thébain.

    http://images.empreintesduweb.com/originale/1440607903.jpg

    La vie des Grecs d’Homère à Périclès, M. Quennell, Payot, Paris 1937.

    P.S. Sanguinius, tu peux effacer ton post précédent relatif à l’aération de ton texte. C’est bien mieux ainsi. 😉

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts1189
    Member since: 18 février 2015

    Il y aurait sans doute quelques améliorations au niveau du texte (tu pourrais mettre plusieurs petites phrases au lieu d’une grosse) mais sinon c’est pas mal.

  • Participant
    Posts1364
    Member since: 17 avril 2015

    Mantinée où la bataille qui devrait être connue à la place des Thermopyles

    Là ou la bataille des Thermopyles nous montrent que ce ne sont pas les vainqueurs qui écrivent l’histoire et que les lacédémoniens peuvent être très bête (mais je vous dis que ça passe, on va mettre deux trois Thespiens et ça ira, les perses auront jamais l’idée de passer par ici) la bataille de Mantinée justifie leur réputation de très bons guerriers, qui peuvent vaincre de bons ennemis (les Argiens) tout en étant en infériorité numérique.

    Après la bataille d’Amphipolis de Sphactérie, de Pilos, de Délion, les incursions péloponnésiennes en Attique, la peste et les divers massacres, les grecs se mirent enfin à comprendre que cette guerre allait trop loin, des négociations commencèrent. Menée par Nicias elles débouchèrent sur paix de 6 ans, les Spartiates voulant à tout prix récupérer leurs otages, signèrent la paix sans prendre le temps de se concerter avec leurs alliés, qui continuèrent la guerre. Le problème était que les Spartiates craignaient toujours autant la formation d’un empire athénien, et ces derniers ne faisaient rien pour les dissiper, dans ce climat d tension il ne faisait aucun doute qu’une nouvelle crise éclaterait.

    Pendant ce temps à Athènes, Alcibiade et le parti de la guerre avaient imaginés un plan “à la Délion” en fait ils voulaient faire à peu près la même chose qu’en béotie mais cette fois dans le Péloponnèse. Donc créer un mouvement démocratique, qui serait bien évidemment allié à Athènes contre Sparte afin de retourner les cités péloponnèsiennes alliées de Lacédémone contre elle.

    Cette alliance était constituée d’Argos, rivale de Sparte, Élis riche cité-état quasi-démocratique, et la démocrate Mantinée, dominant l’Arcadie. Comme vous pouvez le voir sur la carte ci-dessous, ces cités forment une “barrière” dont le but est d’isoler Sparte.

    http://image.noelshack.com/fichiers/2015/35/1440684990-carte-pelopo.jpg

    Et que firent les Spartiates pour contrer cela? Rien. De 420 à 418 les lacédémoniens attendent tranquillement que ça leur tombe sur le coin de la figure, car depuis Sphactérie ils hésitent avant de ne mettre qu’un seul petit orteil hors de l’enceinte de Sparte. Pourquoi? Et bien parce que Sparte à un gros problème: le nombre d’homoioi, parce que pour en devenir un il faut survivre à l’agogée, apporter une contribution financière pour le repas commun, être fils de deux citoyens…

    Hors le klèros, portion de terre, est divisée entre chacun des fils d’un spartiate, ce qui a pour résultat de réduire de plus en plus les revenus des homoioi et donc de les empêcher à payer le repas. Mais alors il faut faire des réformes (accepter les métis, quelques périèques etc…) et bien voilà comment ça se passe les réformes à Sparte:
    -Hé, y a Agis qui veut faire des réformes!
    – Des, des ,des réf… Léanos 80 ans s’écroula, il venait d’être victime d’un infarctus
    – On le bute?
    – Ouais bonne idée
    – Je suis d’accord
    – Oui on y va
    – Des réformes, non mais n’importe quoi, on croirait rêver…

    Devant le manque de réaction spartiate il est fort probable que les athéniens auraient pu briser Lacédémone [strike]mais vu qu’ils sont aussi cons que leurs ennemis[/strike], mais à la place de ré-élire l’énergique Alcibiade qui avait jusque là bien mené le projet, les citoyens élirent Nicias le mou (je l’appelle comme je veux) et oui, Nicias qui avait milité pour la paix, le voilà nommer à la tête d’une opération visant à la briser!

    Il faut quand même savoir ce qu’on veut, on reste en paix, où on détruit Sparte? les athéniens ont choisi les deux, ce qui pouvait difficilement fonctionner. C’est pour cela que Nicias soutint très mollement ses alliés, en fait il les soutenait car il y était obligé, le train était partit, il ne pouvait plus en descendre. Finalement en 418 Agis, roi de sparte entre en Arcadie à la tête de 12,000 combattants.

    Les spartiates ont enfin décider à se bouger, il y va avec la ferme intention de rétablir la réputation d’invincibilité des spartiates et pour protéger Tégée, ville alliée de sparte et rivale de Mantinée pour la domination de l’Arcadie, ce qui en fait une cible de choix pour l’alliance démocratique péloponnèsienne (ADP, enfin c’est comme ça que je l’appelle). les troupes ennemies s’était elle aussi réunies en Arcadie, le destin du Péloponnèse allait se jouer dans cette bataille.

    Initialement, les forces coalisées sont déployées en terrain accidenté, ce qui nuit gravement à la cohésion de la phalange attaquante, ce qu’il faut savoir, c’est qu’Agis II ne bénéficie pas de la confiance de son peuple (entendez par là les homoioi), ainsi la gérousie lui a adjoint dix Xymbouloi afin de l’assister dans son commandement ( oui niveau autorité royale on a fait mieux). Alors qu’Agis lance ses troupes à l’assaut de ses ennemis, qui sont largement avantagés par le terrain, un des Xymbouloi interpelle son roi alors que la phalange lacédémonienne est à peine à une dizaine de mètres de son homologue, le vétéran dit à Agis qu’attaquer en terrain inégal, ce n’est pas une bonne idée, parce que cela disloque la phalange, et une phalange disloquée à a peu près la même espérance de vie qu’un légionnaire à cannes.

    Agis, écoutant les conseils du vieux soldat, retire ses troupes, les stratèges ennemis ne poursuivent pas les spartiates, ceux-ci peuvent donc [strike]fuir[/strike] effectuer leur retraite stratégique en toute tranquillité. sauf que maintenant il y a un problème: comment qu’on va faire pour affronter les ennemis, parce que bonjour la perte de prestige si les lacédémoniens se replient, déjà que leur domination du Péloponnèse est en péril alors si en plus ils se ridiculisent…

    Les lacédémoniens imaginent donc un plan: le problème; c’est le terrain, solution: on supprime le terrain. Les Spartaites (et leurs alliés) détournent donc un cours d’eau afin d’inonder la position retranchée de la coalition. Leur position devenant intenable, les alliés décident donc de marcher au Sud, vers les Lacédémoniens, la stratégie adoptée est simple: On y va, on les trouve, on leur fonce dessus, et on voit le résultat. ceci est du aux divisions entre les stratèges, certains sont en effet accusés d’être pro-spartaite car ils ont laissé s’échapper Agis, afin qu’on ne mette plus leur allégeance en doute, ils décidèrent de prouver qu’ils étaient bien les ennemis de Sparte, en attaquant ses soldats.

    Agis se présente dans la plaine de Mantinée, son armée qui est beaucoup moins nombreuse que celles envoyées en Attique au début d la guerre, convainque ses ennemis d’accepter le combat, ignorant par là les conseils de Périclès. En fait les batailles de Délion et Mantinée sont quasiment des accidents, si certains hommes ( Pagondas où le vétéran spartiate) avaient pris des décisions différentes il est certain que la bataille se serait déroulée très différemment.

    Le lieu de Mantinée est l’idéal du champ de bataille hoplitique: une plaine plate, sans obstacle qui puisse gêner la cohésion de la phalange. C’est aussi un lieu assez vaste pour accueillir des milliers de combattants, mais assez étroit pour jouer le rôle de “bouchon”, comme les thermopyles, ce qui fut fait le 1er août 418, la date qui nous intéresse mais aussi beaucoup d’autres fois, la position stratégique de Mantinée dans l’axe Nord-Sud du Péloponnèse y est également pour quelque chose. Les montagnes bordant la plaine peuvent servir à couvrir les flancs de l’infanterie lourde, mais aussi de refuge en cas de défaite.

    Les grecs aimaient Mantinée, autant pour sa fertilité et ses minces cours d’eau que permettant de ravitailler des armées que pour sa prédisposition naturelle à hébérger des batailles, ce lieu est imprégné d’histoire si vous arrivez dans cette plaine aujourd’hui désertée vous avez vu sur l’endroit ou des milliers d’hommes sont morts au cours de diverses batailles, la majorité des grands-hommes grecs, philosophe, écrivains, poètes, dramaturges, généraux ont probablement brandi lances et boucliers, c’est aussi l’endroit où le plus grand génie militaire grec est mort, une lance enfoncée dans les entrailles: Epaminondas. c’est aussi ici que se brisèrent les espoirs d’Alcibiade, qui était déjà passé par là afin de mettre son alliance en place, mais en 418 il fut absent à cause du manque de discernement des athéniens.

    L’armée Spartiate était composée de 600 Skirites, habitants des montagnes de Lacédémonie qui en échange de la citoyenneté Spartiate, combattaient sur l’aile gauche (comme ça on craint rien, à chaque bataille y en aura la moitié qui ne rentrera jamais) le centre comportait les Lacédémoniens et les alliés Péloponnèsiens et la droite était constitué de l’élite Spartiate et des bataillons Tégéens. au total Agis commandait 12,000 hoplites, 5000 combattants légers et 1000 cavaliers béotiens, soit 18,000 soldats. En face les ennemis de Lacédémone était légèrement plus nombreux (environ 13,000 hoplites) disposés comme ceci: 2000 Mantinéens soutenus par les milles soldats d’élites d’Argos faisaient face aux Skirites, le reste (environ 9,000 hommes) formaient le centre et la gauche, ils provenaient d’Élis, d’Argos et de cité de moindre importance, à l’extrême gauche, le pitoyable contingent athéniens comportait à peine un millier d’hoplites et quelques cavaliers.

    Le seul espoir des coalisés était qu’après avoir brisés les Skirites, les Argiens arrivent à enrouler le centre Spartiate, car autrement ces derniers vaincraient, leurs troupes ayant l’avantage au centre et à droite. Agis ne perdit pas de temps: il fit rapidement avancer son centre et sa droite vers les coalisés, la vue des rangées de Spartiates en cape rouge, les cheveux et la barbe peignée et huilée, avançant en ordre tels des machines au seul son de la flute rappelèrent aux Argiens tout ce qu’ils avaient entendus sur l’invincibilité lacédémonienne, et ils firent comme les béotiens à délion: ils délacèrent leur cuirasse, lâchèrent bouclier et lance avant de s’enfuir, Thucydide nous raconte que des hommes furent piétinés à mort dans la folle fuite des coalisés, nous montrant que l’homme est après tout un animal, et que ses réactions extrême peuvent provoquer le dégoût.

    A l’époque, l’on avait pas comme ça, le désordre était plus grand, et le professionnalisme des spartiates provoquaient des cas de terreur, la discipline, le savoir faire, l’organisation et l’aspect des spartiates avaient de quoi stupéfier leurs adversaires qui ne se battaient qu’en été et rentraient vite chez eux pour la moisson. Puis les Spartiates après avoir tués environ 700 ennemis, laissèrent passé les fuyards et se tournèrent vers la droite avec la même efficacité que durant leur avancé, puis ils remontèrent la ligne de front, qui ne pouvait plus rien faire pour les arrêter, les discours faits sur la défaite Spartiate et la fausseté de leur réputation disparurent dans le bruit de la bataille et la fuite effrénéee des coalisés.

    Pendant un moment l’élite Argienne et les Mantinéens purent se féliciter d’avoir mis en déroute les Skirites, pendant quelques minutes ils eurent l’occasion d’inverser le cours de la guerre du péloponnèse et d’épargner à la Grèce 14 ans de conflits dévastateurs, mais cette opportunité disparue aussi rapidement qu’elle était arrivée. En effet après la défaite des Skiritès (en même temps à 600 contre 3000 troupes d’élite ils n’avaient pas beaucoup de chance de victoire), le déplacement d’unité du centre afin d’aller couvrir la gauche provoquèrent une confusion dans les rangs Spartiates.

    Agis ordonna alors à deux de ses officiers de l’aile droite d’aller boucher les brèches avec leurs unités, les deux officiers n’obéirent pas à cet ordre étrange (normalement on essaye juste d’enrouler plus vite le dispositif adverse, pas de ralentir l’avancée de l’ennemi) et continuèrent leur avancée vers l’aile gauche ennemie, le résultat fut probant: déroute totale des ennemis. malgré cela les deux officiers seront reconnus coupables de lâcheté et exiler.Souvent les batailles d’hoplites se déroulent comme ceci:

    L’aile droite de chacun des deux camps détruit l’aile gauche adverse le plus vite possible
    Puis, la victoire dépendait alors d’une seconde phase où les ailes droites adverses tentaient de prendre de vitesse son opposée, à partir de là il pouvait se produire deux choses: soit l’une des deux élites était plus rapide auquel cas la victoire appartenait à son camp, soit les deux ailes droites ayant sensiblement la même vitesse, se retrouvaient face à face et s’apercevant que l’adversaire était coriace, la bataille se finissait sur une égalité. ce ne fut pas ce scénario qui eut lieu, l’aile droite Spartiate remontait plus vite les défenses adverses que les Mantinéens et les Argiens ne le faisaient et quand les lacédémoniens s’aperçurent que leurs alliés avaient été mis en déroute ils mirent un point d’honneur à tuer deux fois plus vite les ennemis afin de venger cet affront.

    L’aile droite coalisée fut accrochée par les Spartiates mais rapidement les coalisés fuirent et les spartaites laissèrent passer les Argiens, mais pas les Mantinéens, qui perdirent deux-cents hommes avant de réussir à s’enfuir. Pourquoi cela? Les troupes d’élites argiennes étaient constitués de riches citoyens, donc par nature plus favorable à une oligarchie, les spartiates commencèrent donc la récupération du Péloponnèse avant même la fin de la bataille.

  • Participant
    Posts1364
    Member since: 17 avril 2015

    Demain, j’ajoute une conclusion et les préparatifs de la bataille.

  • Participant
    Posts1364
    Member since: 17 avril 2015

    je suis un peu en retard, mais je n’avais pas la motivation, alors voilà la conclusion, j’ai ajouté les préparatifs en éditant le message initial:

    Le camp lacédémonien perdit environ 300 hommes contre 1100 soldats coalisés, surtout des Mantinéens et des membres des cités alliées, les Spartiates ayant laissés fuir les athéniens, après tout les deux pays ne sont pas officiellement en guerre et l’on hésite à la reprendre ( Sphactérie…), les soldats d’élites argiens sont eux aussi épargnés car ils pourront se montrer d’un grand secours pour l’oligarchisation d’Argos, une fois cette ville reconquise, car ces argiens là, étant riche, sont plus favorables à un régime oligarchique.

    Après cette bataille, le camp athénien évita la bataille rangée avec les Spartiates, ce qui se conclut par une guerre extrêmement longue (pour une guerre grecque), qui ruinera la grèce. En effet, imaginons que les athéniens et leurs alliés livrent une grande bataille contre les Péloponnésiens (pas que les spartiates, eux et tout leurs alliés) même sans les béotiens, il faudra ramasser les athéniens à la petite cuillère, et bien sur ces derniers le savent, la suite des évènements amènera à l’expédition de Sicile (où l’on retrouve notre cher Nicias) t à la guerre d’Ionie, qui signera la fin d’Athènes, après un effort de guerre incroyable, signe du déclin de la Grèce: les trières Spartiates sont construite par l’or Perse.

    Pour finir voici comment on déterminait qui occupait quelle aile dans la phalange:
    La cité hôte (ici Mantinée) occupe l’aile droite, avec si il y en a, les meilleures troupes de son camp (les Argiens), les autres citées, celles qui suivent, sont placées au centre et à la gauche, et ainsi même si la bataille est gagnée, les troupes occupant l’aile gauche auront perdu. de cela peut sortir un profond ressentiment, qui peut miner une alliance, c’est pour cela qu’Epaminondas place ses hoplites d’élite à gauche, face à l’élite spartiate lors de la bataille de Leuctres, ainsi ses alliés gardent confiance en lui. A Mantinée les Athéniens sont -pour moi- placés à gauche, car les stratèges péloponnésiens doivent être légèrement énervés, du fait que les athéniens n’aient envoyés qu’un minuscule groupe de soldats en renfort, alors que c’est avec sparte, la plus grande puissance hélènne. A Délion, les Thespiens sont placés à gauche, car ils sont les rivaux des Thébains, et le plan de Pagondas réussit parfaitement: non seulement les thespiens étaient tous morts, mais en plus ils avaient réussi à retenir l’élite athénienne. Thespies fut ensuite envahie par les Thébains, ce qui arriva encore une fois après la bataille de némée et était déjà arrivé après la bataille des thermopyles.

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