Post has published by kymiou

Ce sujet a 15 réponses, 5 participants et a été mis à jour par  kymiou, il y a 9 mois et 2 semaines.

16 sujets de 1 à 16 (sur un total de 16)
  • Modérateur
    Posts1921
    Member since: 20 juillet 2013

    Après 210 av. J.-C., l’armée d’Hannibal est en crise. Les vétérans de la Trébie, du lac Trasimène et de Cannes ne sont plus qu’un noyau qui fond irrémédiablement tandis que les recrues sont loin de faire le poids. Sans doute Hannibal reçoit-il de temps à autre de petits renforts – notamment quelques éléphants – mais l’initiative est passée dans le camps romain. Une bataille générale n’est clairement plus dans ses moyens et il tient surtout bon grâce à l’immense appréhension que les Romains, en bons chats échaudés, conservent à son égard. Évidemment, si son frère Hasdrubal, toujours à guerroyer en Espagne, pouvait le rejoindre, la situation se renverserait…

    Mais en Espagne, la position carthaginoise n’est guère plus brillante. Hasdrubal a pu un moment croire en son succès après sa double victoire sur les légions et la mort de Cnaeus et Publius Scipion, survenue en -211. Mais un troisième Scipion – le futur Africain – avait redressé la situation, allant jusqu’à s’emparer du plus grand port punique d’Ibérie : Carthagène (-209).

    L’année -208.

    En Italie, le consul Marcus Marcellus inflige un rude revers à Hannibal à la bataille de Canusium mais est tué peu après, avec son collègue, dans une embuscade.

    En Espagne, même revers pour Hadrubal à Baecula (en Andalousie) devant Scipion. Comme ce dernier combinait ses opérations avec une politique d’ouverture envers les tribus ibères, les Carthaginois rencontraient les plus grandes difficultés à combler leurs pertes. Hasdubal décida de jouer son va-tout : quitter le théâtre espagnol et rejoindre à tout prix son frère en Italie. Il fonça donc vers les Pyrénées ; Scipion n’osa pas le poursuivre car deux autres armées puniques – assez modestes, il est vrai – demeuraient dans la péninsule.

    Les forces d’Hasdrubal étaient réduites mais essentiellement constituées de vétérans de haute qualité. En revanche, il disposait de beaucoup d’or et comptait enrôler un maximum de Gaulois et de Ligures au cours de son avance. Ainsi espérait-il apporter à Hannibal un renfort immédiat efficace et une foule de recrues qu’il conviendrait naturellement de former.

    Ce plan fut suivi point par point et, au début de l’hiver 208-207, Hasdrubal se présenta au pied de ces Alpes qu’il avait déjà traversées dix ans plus tôt avec l’armée de son frère.

    A Rome, on ne perdait pas une miette de sa progression grâce aux dépêches de l’allié marseillais et l’anxiété grandissait à mesure…

    Avec la disparition de Marcellus et l’âge avancé de ses généraux les plus expérimentés, le Sénat dut se tourner vers ses deux meilleurs « seconds couteaux » : Marcus Livius et Claudius Néron. Tous deux compétents mais aussi dissemblables que possible. De plus, ils se détestaient pour des raisons personnelles. On déploya d’immenses efforts pour les convaincre de conclure une trêve à leur inimitié : ils promirent. Pour faire bonne mesure, il fut décidé que Néron s’occuperait de bloquer Hannibal dans le Sud tandis que son collègue s’efforcerait d’enrayer le péril Hasdrubal dans le Nord.

    Ce dernier point consistait, entre autres, à empêcher les arrivants de gagner en puissance en soulevant la Gaule Cisalpine et passer ensuite en Etrurie, une région considérée elle aussi comme peu sûre.

    Le total des forces romaines représentait 23 légions auxquelles il convenait d’ajouter autant de forces alliées. Serait-ce suffisant ?

    Le Sénat édicta dans l’urgence une série de mesures :

    – levée de renforts dans les colonies maritimes romaines, traditionnellement exemptées ;
    – rappel de volontaires démobilisés en raison de leur âge ;
    – liberté laissée aux consuls de se répartir leurs troupes à leur guise et de lever de nouvelles forces où ils en trouveraient ;
    – prélèvements dans l’armée de Scipion de 8 000 Espagnols et Gaulois, 2 000 légionnaires et 1 000 cavaliers – moitié Ibères, moitié Numides – qui transiteraient par mer jusqu’au camps du consul Livius ;
    – de Sicile, le prêteur C. Manilius expédierait un corps léger de 4 000 archers et frondeurs.

    Dans l’attente de l’ennemi.

    Début janvier -207, le dispositif est en place et se présente ainsi :

    http://images.empreintesduweb.com/originale/1429637046.jpg

    Et la fête commence.

    Alors que chacun retient son souffle, un message de Lucius Porcius, de sa lointaine Gaule Cisalpine, éclate comme un coup de tonnerre : Hasdrubal, que l’on croyait encore quelque part du côté du Rhône, vient de déboucher des Alpes. Selon les espions romains, 8 000 Ligures enrôlés par les agents carthaginois l’attendent déjà sur le Pô !

    La rapidité de déplacement d’Hasdrubal a surpris tout le monde ; même Hannibal n’est pas prêt. Il tient encore ses quartiers d’hiver du côté de Tarente, que les Romains lui ont repris l’année précédente. Il se met aussitôt en campagne mais s’aperçoit vite que deux armées adverses, celle de Néron et le corps de Hostilius Tubulus – cantonné à Capoue – lui coupent toute progression vers le Nord. Une seule solution : faire retraite vers le Brutium en espérant que les Romains perdront leur cohésion en le poursuivant.

    Néron l’a compris. Il marque un arrêt, ce qui lui laisse le temps de concentrer sous ses ordres 40 000 fantassins aguerris et 2 500 cavaliers, soit beaucoup plus que n’en peut aligner Hannibal. Le solde, la moins bonne part de ses hommes, le consul l’a envoyée renforcer les deux légions du Brutium de Q. Fulvius.

    Mais Hannibal voit clair, lui aussi. A force de marches et de contre-marches, il espère pouvoir gagner la côte adriatique en Apulie mais il lui faudra du temps. Sans doute a-t-il fait prévenir son frère de temporiser quelque peu.

    En effet, on constate que dans le Nord…

    Alors que la traversée des Alpes avait été rapide vu qu’il avait utilisé la route ouverte par Hannibal onze ans plus tôt, Hasdrubal se présente devant la ville forte romaine de Plaisance et entreprend d’en faire le siège. C’est une entreprise longue et d’issue douteuse car son frère lui-même avait échoué dans les jours qui avaient suivi sa victoire de la Trébie.

    Peut-être était-ce une manière de garder une apparence « offensive » alors que sa situation était précaire : même s’il disposait de quelques bonnes troupes, l’armée considérée dans son ensemble était plus que médiocre avec cette masse de recrues gauloises et ligures mal dégrossies. Passer en Etrurie par-dessus les Apennins était impossible parce que des détachements romains contrôlaient les cols. Et il fallait se garder des deux petites légions de Lucius Porcius, toujours prêtes à profiter de la moindre occasion pour harceler les patrouilles et les fourrageurs carthaginois.

    Et pendant ce temps…

    Dans le Sud, Hannibal se débat comme un beau diable pour se dégager de Néron. Il marche d’abord vers Grumentum (en Lucanie) mais son adversaire, cantonné à Venusia (actuelle Venosa) vient à sa rencontre. Un bref engagement tourne à la défaite des Carthaginois qui y perdent six éléphants. Les deux camps, à 1 500 mètres l’un de l’autre, s’observent quelques jours…

    Une nuit, Hannibal – qui reste tout de même Hannibal ! – se retire discrètement vers l’Apulie en laissant quelques hommes pour faire du bruit et entretenir les feux. Au petit matin, ce dernier détachement se sauve au galop et Néron se retrouve devant un camp entièrement vide ! Quant à Hannibal, son mouvement vers l’Apulie n’est qu’une feinte : en réalité, il a contourné les positions de Néron et trace vers le Nord.

    Mais tous ces gens sont des professionnels qualifiés. Les Romains s’élancent à la poursuite des fugitifs, éventent facilement la feinte et rattrapent les Carthaginois à Venusia. Nouvelle escarmouche et nouvelle défaite d’Hannibal ! Ce dernier, qui ne voyage désormais plus que de nuit, se replie vers Metaponte, dans le golfe de Tarente. Ses effectifs semblent avoir atteint un seuil critique parce qu’il envoie des agents rameuter les garnisons carthaginoises du Brutium et – si possible – recruter d’urgence des renforts.

    C’est probablement de Métaponte qu’il expédia à son frère le dernier message que celui-ci reçut, comme nous le verrons plus loin. Peu après, il trouve enfin une faille dans le dispositif romain. Il reprend la route de Venusia en direction de l’Apulie, mais Néron l’observe de loin. Ce dernier décide de resserrer encore le carcan en faisant venir à proximité les deux légions du Brutium de Q. Fulvius. Son rôle : menacer Hannibal par le Sud et bloquer les renforts qu’il avait demandés.

    Un message et ses effets

    Hasdrubal a reçu le message envoyé de Métaponte et y répond aussitôt : «  Je lève le siège de Plaisance et me dirige vers le centre de l’Italie, au Nord de Rome. Rendez-vous en Ombrie ».

    Mais les messagers en route pour Métaponte se trompent de chemin et obliquent vers Tarente où ils sont faits prisonniers par des fourrageurs de l’armée de Q. Claudius. La lettre est aussitôt transmise à Néron qui a dû blêmir : d’Ombrie sortent deux routes ; l’une file vers le Sud-Est, l’autre descend droit sur Rome, via la ville de Narnia (actuelle Narni) !

    La décision du consul est immédiate. Ordre est donné à la légion de Tubulus, couvrant Capoue, de gagner la capitale de toute urgence. De là, toutes les forces disponibles, y compris les milices urbaines, devront marcher sur Narnia et s’y retrancher solidement. Les éclaireurs d’Hasdrubal ne manqueront pas de s’en apercevoir et celui-ci sera alors bien obligé de conserver son axe vers le Sud, le long de la côte adriatique.

    Cela signifie qu’il perdra progressivement sa marge de manœuvre car les Apennins se décalent vers l’Est et forment avec la côte un entonnoir au fond duquel attend l’autre armée consulaire, celle de Marcus Livius. Ce dernier a truffé la région de faux bergers, de faux fermiers, de faux bouviers, tous chargés de tromper les Carthaginois qui leur demanderaient le chemin pour contourner l’armée romaine. Le piège est prêt…

    http://images.empreintesduweb.com/originale/1429648558.jpg
    Résumé des opérations. On a beaucoup reproché à Hannibal son “inaction” mais on voit bien que c’est inexact. Il a fait le maximum.


    Ignorant tout de ce rendez-vous en Ombrie, Hannibal a quand même réussi à arriver en Apulie, toujours serré de près par Néron. Les deux armées posent leur camp à peu de distance l’un de l’autre. Désormais, Hannibal et sa maigre armée ne peuvent plus qu’attendre en priant Baal qu’Hasdrubal passera.

    Néron, lui, a une autre idée. Avec ses 40 000 hommes, il ne risque pas grand chose à détacher quelques milliers de ses meilleurs soldats pour aller renforcer, in extremis et sous son commandement, son collège Livius. Une jolie manière de rendre à Hannibal son déménagement à la cloche de bois de Venusia !

    Pour la suite, voyez ici .

    Source principale : Tite-Live, avec un chouia de Frontin, Aurelius Victor, Valere Maxime, un peu Silius Italicus… mais surtout Tite-Live (Livre XXVII).

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Modérateur
    Posts2005
    Member since: 26 août 2013

    La première comparaison qui m’est venu à l’esprit est entre cette campagne et la guerre du désert après la seconde bataille d’El-Alamein. Est-elle pertinente ? On voit dans les deux cas un adversaire tactique redoutable (Hannibal// Rommel) qui ont infligé à leurs ennemis des désastres sans noms (Tobrouk, Gazala // Cannes et les autres…) que l’on n’ose pas affronter…
    Magnifique texte @kymiou, comme toujours, un vrai plaisir à lire et à apprendre.

  • Modérateur
    Posts1921
    Member since: 20 juillet 2013

    guigit :

    La première comparaison qui m’est venu à l’esprit est entre cette campagne et la guerre du désert après la seconde bataille d’El-Alamein. Est-elle pertinente ?

    Je ne sais pas. Ce qui m’a le plus frappé, c’est que les évolutions – plus deux batailles quand même – dans le Sud ne visent pas vraiment à l’élimination d’un des deux adversaires. Hannibal cherche à passer, Néron agit pour l’en empêcher. Cela ressemble à une phase de basket-ball : tu as le ballon, tu zig-zages vers le panier, je m’interpose.

    Je trouve aussi que cette combinaison entre le front nord (Hasdrubal) et le front sud (son frère), a un aspect “opératif”. Je me demande ce qu’en dirait @cuirassier.

    C’est aussi, globalement, un bel exemple de mouvements par lignes intérieures ou un belligérant, coincé entre deux ennemis en approche, frappe alternativement l’un et l’autre jusqu’à ce que la victoire se dessine. Une manœuvre que Napoléon a totalement ratée en 1815 . Hannibal n’a pas rejoint Hasdrubal tandis que Blücher a pu rejoindre Wellington 😉 .

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Admin bbPress
    Posts6283
    Member since: 5 août 2017

    Merci Kymiou pour cette excellente présentation! Hannibal n’a en effet en aucun cas été inactif durant cet épisode loin d’être évident. Je ne connaissais pas ce détail concernant les faux fermiers envoyés pour tromper l’ennemi. Très astucieux de la part des Romains. Le genre de petit détail qui fait gagner les guerres 😉

    Je viens de partager ton texte sur ma page Facebook, en espérant que plusieurs commente ton travail ^^

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Modérateur
    Posts1921
    Member since: 20 juillet 2013

    BaT :

    Le genre de petit détail qui fait gagner les guerres

    C’est pour cela que j’aime les détails. Sans eux, on ne comprend pas grand chose.

    Plus on creuse cette campagne du Métaure, plus on est frappé par le professionnalisme de ses acteurs. Après onze ans de conflit, ils sont tous au sommet de leur art et je n’ai trouvé que deux erreurs, encore étaient-elles le fait de subalternes.

    La première est celle des six cavaliers envoyés par Hasdrubal avec un message pour son frère. Se trompant à une bifurcation, ils filent vers Tarente au lieu de prendre la route de Métaponte et se font arrêter – mais pas tuer – par des fourrageurs romains pleins d’initiative.

    La seconde est celle d’un obscur sonneur du camps de Livius. Chargé de donner chaque matin un coup de buccin pour saluer son général, il en sonne deux parce que Néron était arrivé dans la nuit ! Et les éclaireurs carthaginois, qui ont des oreilles, s’en aperçoivent aussitôt. A propos d’oreilles, celles du sonneur ont dû chauffer 😛 !

    Mais pour le reste, rien n’est laissé au hasard. En approchant du camps de Livius avec ses renforts, Néron lui fait demander s’il doit se présenter de jour et en fanfare ou de nuit et secrètement. Livius opte pour la discrétion. Son camps ne doit pas être agrandi et les hommes de Néron devront s’empiler comme ils peuvent.

    Quand Hasdrubal arrive, son expérience lui permet d’estimer les forces romaines en fonction de la taille de leur camps. Il en découvre deux, celui de Livius et un plus petit, avec les deux légions de L. Porcius, qui a rallié après ses délicates opérations de retardement. L’illusion pourrait être parfaite mais : observant de loin, Hasdrubal remarque des soldats anormalement bronzés pour la saison (on est au début du printemps) et, parmi les chevaux qui paissent au pied des murs, des animaux plus maigres que les autres, preuve qu’ils ont récemment beaucoup marché.

    Quand on vient lui annoncer le coup de la double sonnerie, sa religion est éclairée : il est tombé dans un traquenard où l’attendent ce qu’il croit être les deux armées consulaires. D’où sa retraite précipitée et le désordre qui s’installe chez ses recrues mal encadrées.

    Acculé au fleuve sur un terrain qu’il n’a pas pu choisir, il dispose son armée en trois corps en front étroit : ses meilleurs hommes à droite, les moyens au centre derrière ses éléphants et enfin à gauche ses mauvaises recrues, abritées derrière une colline escarpée qui sera malaisée à franchir par les Romains. Il n’y a pas plus avisé.

    Comme force principale, l’armée de Livius attaque la droite carthaginoise et le combat est équilibré. Mais tandis que Porcius, au centre, se heurte aux éléphants, Néron ne songe pas à gravir la colline. Comprenant rapidement que les recrues ne bougeront pas, il choisit de les ignorer et effectue avec ses hommes une rocade derrière toute la ligne romaine pour tomber sur le flanc de la droite carthaginoise.

    Après la victoire, Livius prendra soin de laisser s’enfuir de nombreux Gaulois et Ligures pour qu’ils aillent raconter chez eux ce qui s’était passé. Il ne pouvait pas savoir que deux ans plus tard, Magon, le cadet d’Hannibal, tenterait effectivement d’enrôler des Ligures pour tenir la région de Gènes et qu’il ne trouvera pas beaucoup de volontaires….

    Néron, Hadrubal, Livius,… je donnerais volontiers à tous la cote maximale.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Admin bbPress
    Posts6283
    Member since: 5 août 2017

    Encore d’autres petits détails d’un intérêt grandiose. L’analyse du niveau de bronzage des soldats ou encore l’évaluation de l’état physique des chevaux. Aujourd’hui, on ne pense plus à ces subtilités qui départageaient le bon observateur de l’excellent; l’embuscade qui fonctionne à celle qui échoue. Les Barcides étaient justement les maîtres de l’embuscade et de la ruse. À l’inverse, il est donc inévitable qu’ils ait été (et aient entraîné leurs hommes afin d’être) des analystes hors-pairs.

    Personnellement, c’est aussi le genre de détail qui me fascine, qui font en sorte de donner cette saveur unique à l’histoire 😉

    La guerre a été écrite dans le SANG...
    Pour le reste, il y a le FORUM DE LA GUERRE!!!

  • Modérateur
    Posts1921
    Member since: 20 juillet 2013

    BaT :

    Aujourd’hui, on ne pense plus à ces subtilités qui départageaient le bon observateur de l’excellent; l’embuscade qui fonctionne à celle qui échoue

    J’ai dit plus haut qu’ils étaient tous au sommet de leur art. Je creuse un peu :

    Les chefs en présence ne sont pas des vedettes. Livius n’avait plus combattu depuis la guerre d’Illyrie. Condamné au civil pour une histoire de répartition de butin (sur témoignage de Néron!), il avait boudé à l’écart jusqu’à ce qu’on le rappelle pour siéger au Sénat. Trois mois avant le Métaure, cela faisait bien 14 ans qu’il n’avait plus coiffé un casque !

    Néron avait fait toute sa carrière comme assistant de Marcellus. Il était plutôt considéré comme un bon convoyeur de troupes. J’ai retrouvé deux de ses missions ordinaires : livrer des renforts pour renforcer le siège de Capoue, ou encore conduire des légions en Espagne dans l’attente de la nomination de Scipion, futur Africain, à leur commandement. En -209, à Canouse, il n’est que commandant d’une aile de l’armée de Marcellus. Comment s’est-il retrouvé consul ? D’abord faute de rival sérieux ; ensuite, cet éternel intérimaire semble avoir commandé l’armée de Marcellus après la mort de celui-ci en -208. Sept mois comme général en chef, c’est peu.

    Même Hasdrubal, malgré ses excellents états de service, était largement éclipsé par son frère. En Espagne, après le désastre des deux Scipion, il aurait pu balayer les derniers Romains de la péninsule rien qu’en soufflant et il ne l’a pas fait !

    D’où vient-il dès lors qu’ils semblent tous touchés par les ailes du génie en cette année -207 ?

    Je crois qu’en plus de leurs qualités innées, ils étaient bien entourés. Toute la hiérarchie de ces armées, du tribun au dernier décurion, était imprégnées de l’expérience de onze années de guerre. Le soldat combat avec sang-froid, rien n’échappe à l’éclaireur, le frondeur et l’archer visent juste, l’intendance suit et les renseignements – complets et exacts – affluent dans les états-majors qui en discutent ferme avant que le général – qui a la sagesse de s’ouvrir aux suggestions – ne tranche.

    Un détail qui en dit long ? Quand Néron choisit la crème de ses hommes pour rejoindre Livius, il prend avec lui ses meilleurs officiers. Parmi eux, un jeune tribun prometteur de 26 ans : M. Porcius Caton, futur Caton l’Ancien, l’homme du célèbre delenda est carthago mais aussi l’auteur d’un traité d’art militaire qui s’est perdu mais dont parle encore Végèce.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Modérateur
    Posts8250
    Member since: 14 mai 2013

    C’est très intéressant ces opérations successives calculées par tous les commandants, et les engagements visiblement bien préparés.
    Surtout qu’on dirait que les engagements plus impromptus, comme ceux d’Hannibal et de Néron pendant leurs manoeuvres, semble être mené rapidement car aucun des deux généraux ne s’y attendaient, et donc ne les veux. Je me trompe?

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Modérateur
    Posts1921
    Member since: 20 juillet 2013

    C’est surtout une question de réactivité. Les deux chefs décident à vue… et ils ont du coup d’œil.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Modérateur
    Posts8250
    Member since: 14 mai 2013

    D’accord mais je parlais plus des objectifs: d’après les armées en présence que tu décris, il semble que ni Néron ni Hannibal ne veulent le combat, alors que Néron via Lucius, le recherche contre Hadrusbal.

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Modérateur
    Posts1921
    Member since: 20 juillet 2013

    Mongot, je ne saisis pas bien ta préoccupation. Pour les Romains, le but ultime de la campagne de -207 est l’élimination du danger Hasdubal. Pour Hannibal, c’est faire à tout prix la jonction avec son frère.

    Donc, Livius attend Hasdrubal au fond d’un entonnoir par lequel celui-ci est obligé de passer et, de son côté, Néron bloque toutes les tentatives d’Hannibal pour remonter vers le nord, quitte à combattre si nécessaire mais sans jamais se donner à fond. C’est du pur combat retardateur.

    Le reste est péripéties dictées par les circonstances. Le renfort de Néron auprès de Livius, avec ses accents épiques, en est une. Il aurait pu s’en abstenir car Livius aurait gagné de toute façon, quoique plus difficilement. A mon avis, trois raisons l’ont poussé à cette décision : 1- son sens du panache ; 2- il laissait derrière lui assez d’hommes pour pouvoir se le permettre ; 3- il jouait ainsi un bon tour à son vieil adversaire Livius en lui pompant une partie de la gloire.

    Er de fait, si Livius reçut le triomphe, Néron reçut l’ovation. Bien joué. 😉

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Modérateur
    Posts8250
    Member since: 14 mai 2013

    Ce n’était pas vraiment une préoccupation, mais disons que tu y as répondu avec cette partie:

    Néron bloque toutes les tentatives d’Hannibal pour remonter vers le nord, quitte à combattre si nécessaire mais sans jamais se donner à fond. C’est du pur combat retardateur.

    Je me posais la question de savoir si c’était un combat retardateur, un combat dû à une rencontre fortuite, ou une vraie tentative d’un des deux de détruire l’autre (avec quand même 6 éléphants perdus à un des combats).

    Comme le forum, me voici amélioré du type 2 au type 10!

  • Modérateur
    Posts1921
    Member since: 20 juillet 2013

    Ah oui, les éléphants. Hasdrubal en avait aussi. On comprend mal cet entêtement carthaginois pour ces pauvres bêtes. Il y avait longtemps que les Romains savaient là-contre.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

  • Participant
    Posts2156
    Member since: 16 avril 2012

    Ah oui, les éléphants. Hasdrubal en avait aussi. On comprend mal cet entêtement carthaginois pour ces pauvres bêtes. Il y avait longtemps que les Romains savaient là-contre.

    A chaque fois que les Carthaginois avaient des éléphants ils ont perdu, à chaque fois qu’ils n’en avaient pas, ils gagnaient.

  • Participant
    Posts1365
    Member since: 17 avril 2015

    Il y a quelque chose que je ne comprends pas: Les Ligures et les Celtes de la plaine padane se battent depuis des décennies contre Rome, c’est même un celte qui tue Nepos au lac Trasimène si je me souviens bien, donc comment est-ce que ça se fait que leurs recrues n’aient qu’un niveau médiocre? Les Celtes sont pourtant bien des peuples assez guerriers, non?

  • Modérateur
    Posts1921
    Member since: 20 juillet 2013

    Hasdrubal a engagé ces recrues sur son chemin et à titre individuel. Il n’avait pas de temps à perdre en tractations avec des chefs pour louer des groupes constitués et aguerris.

    Ces Celtes-là, d’origines multiples et enrôlés au coup par coup des Pyrénées aux Alpes, étaient jeunes et sans expérience.

    .

    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

16 sujets de 1 à 16 (sur un total de 16)

You must be logged in to reply to this topic.

A password will be emailed to you.