Post has published by RexFrancorum
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Salut à tous !

Je me permets de rouvrir le débat car j’aimerai apporter quelques précisions historiques qui me paraissent importantes dans cette discussion. Il y a donc un certain nombre de choses sur lesquelles j’aimerai revenir, en tant que partisan d’une solution de continuité entre l’Empire Romain et les royaumes occidentaux. En effet, une partie des arguments avancés relèvent de conceptions classiques mais erronées que l’on a du haut moyen-âge (terme que je favoriserai à “royaumes barbares” tout en entendant la convénience de l’expression).

Pour pouvoir être relativement complet et répondre à tous les arguments en globalité plutôt qu’un par un, je vais suivre un développement thématique. Du coup, si vous ne trouvez pas réponse à une interrogation dans un morceau du texte, c’est certainement que j’y reviens plus tard. C’est notamment le cas de la désurbanisation du monde européen suggérée par Bat, sur laquelle je vais revenir en plusieurs points.

Bon, je vais pas vous écrire ca à la mode dissertation, mais en gros, voila ce que je vous propose ici.

Je parlerai donc d’abord de l’empire romain tardif afin de démonter un certain nombre de conceptions erronées qui entrent dans notre débat. Ensuite, je reviendrai sur ces “barbares” et leur entrée dans le monde romain afin d’essayer de mieux les comprendre. Je poursuivrai ensuite sur la transition politique, économique et sociale à différentes échelles. A partir de tout ca, on pourra dégager des ruptures et des continuités. Je conclurai finalement en abordant les questions de niveau de vie à proprement parler à la lumière de ce qui aura été dit avant.

I L’Empire romain tardif.

Je commence ici par une série de rappels historiques sur l’évolution politique de l’Empire (A) et je développe ensuite les questions sociales et économiques du pouvoir (B)

A. L’évolution politique de l’Empire.

Cette première partie s’avérera surement un peu rébarbative. C’est à partir du B que l’on va vraiment rentrer dans l’analyse, mais il me semble essentiel de remettre certaines choses au clair.

On a tendance à voir l’empire comme un système stable ou, au moins, centralisé, qui permet d’orienter les énergies et les moyens vers des objectifs communs. Aux IIIème, IVème et Vème siècle, rien n’est plus faux. Il faut d’abord rappeler que l’histoire de l’Empire n’est pas une. Dans un premier temps, les empereurs, princeps, sont issus de l’aristocratie sénatoriale romaine : les Juliens, puis les Julio-Claudiens qui s’éteignent avec Néron sont tous issus de familles patriciennes traditionnellement dominantes à Rome.

Dès la mort de Néron, les choses changent du tout au tout : pendant l’année des 4 empereurs, l’empire se déchire et les légions soutiennent leurs propres candidats. Le principat est donc donné au gré du prestige militaire d’un général et de la disposition de ses hommes à l’emmener sur le trône. Après tout, Jules César n’a t-il pas crée le plus flagrant des précédents en traversant le Rubicon ?

Malgré tout, l’empire reste, dans un premier temps, relativement stable en dehors de quelques successions difficiles. Surtout, le sénat continue à jouer un rôle dans la politique romaine. Il faut souligner de plus que c’est sous le règne Trajan (97-118) que l’Empire connaît son extension maximale. C’est un point qui se révélera important quand nous parlerons des troubles internes à l’Empire.

Une fois la dynastie des Antonin éteinte (assassinat de Commode, 192), tout change et la Rome impériale sombre dans une période d’anarchie militaire : les légions du Danube placent Septime Sévère sur le trône. Il y recrute sa garde prétorienne… qui finit par l’assassiner à son tour. Entre 235 et 268, 16 empereurs se succèdent en l’espace de 33 ans (soit un règne moyen de 2 ans, certains n’excédant pas quelques jours). Faits et défaits par des coups militaires, des assassinats, des complots, ces empereurs mettent Rome au bord du gouffre et le sénat s’efface plus encore au profit d’autocrates militaires. Pour financer la défense de l’empire et écarter le sénat et les grands propriétaires de la politique, certains tentent de les écraser par la fiscalité. En retour, les classes dominantes traditionnelles nominent elles aussi leurs empereurs. Dans une dernier baroud d’honneur de l’aristocratie, qui ne régnera plus jamais après lui, Gallien devient empereur et se voit déjà confronté aux Francs et aux alamans. La Dacie, conquise par Trajan, est abandonnée. Zénobie et Postume forment respectivement l’Empire de Palmyre, oriental, et l’Empire des Gaules.

C’est juste après la résolution de cette crise que commence la période qui nous intéresse réellement : l’Empire tardif. Les réformes de Dioclétien, dont le règne commence en 285, sont majeures. Il instaure une tétrarchie, dans laquelle quatre empereurs se partagent le monde romain sous la supervision d’un Primus Augustus, le Premier Auguste. C’est une étape de décentralisation du pouvoir sur l’Empire, qui s’avérera très importante par la suite.

Plus important encore, Dioclétien crée le système de diocèses, des subdivisions de l’Empire qui regroupent plusieurs provinces sous l’autorité d’un vicaire. Il est remarquable que certains de ces diocèses correspondent grosso-modo à certaines formes administratives qui survivront à la chute de Rome. Les vicaires sont des nobles latins de la classe des chevaliers qui ne rendent compte qu’à l’Empereur et dirigent donc relativement librement leur diocèse, gérant la fiscalité et les plus hauts aspects de la justice, au dessus des gouverneurs. Les sénateurs, quant à eux, sont complètement exclus de cette fonction. Or, ici, un des aspects importants de la période médiévale semble se dessiner : l’empire liquide le contrat politique et le remplace par un contrat d’homme à homme (nomination par l’empereur) qui, par certains aspects, rappelle le contrat féodal… à l’exception près que le vicaire n’a pas de prérogatives militaires.

C’est également sous le règne de Dioclétien que se renforce le caractère sacré de l’empereur. Le culte qui lui est voué s’intensifie comme en témoignent les évolutions du protocole et l’appellation “Jovien” (de Jupiter) donnée aux empereurs.

Sous le règne de Constantin, seul maître à Rome, une décentralisation plus forte encore est mise en place afin de rendre possible la gestion de l’Empire par un seul homme : des préfets directement nominés par l’empereur élargissent leur autorité sur les différentes provinces romaines.

Surtout, les peuples fédérés à Rome se multiplient. Dès le IIIème siècle, les Francs deviennent foederati. C’est ensuite au tour des Goths, des Alamans, des Alains, et des Vandales, entre autres. Autant dire, donc, que ces peuples connaissent très bien le monde romain : de nombreuses colonies de peuplement s’installent sous le limes impérial et servent comme auxiliaires, les élites de ces peuples sont parfois (souvent !) formées à Rome comme l’est Attila ou comme le fut en son temps Arminius. Childeric, roi des Francs, administre la Belgique romaine ! Chef des francs saliens, il défendra l’Empire jusqu’au bout et trépassera en 481. Priscus, historien grec, fait de Mérovée le fils adoptif d’Aetius, connu pour sa lutte acharnée contre Attila. Il est vrai, cependant, que ces mouvements ne se font pas sans peine, du fait, d’un côté, de la pression de l’empire hunnique (qui fonctionne d’ailleurs sur un modèle de fédération qui me semble similaire à celui mis en place par Rome) et aux difficultés de Rome à assimiler les fédérés…

Je reviendrai dans le I.B sur les évolutions de la société romaine et les particularités de son mode de production afin de dégager des aspects que nous pourrons montrer comme des ruptures ou des continuités avec le féodalisme du haut moyen-âge. Cela me permettra aussi de répondre à Bat sur la désurbanisation. Mais ca, c’est pour tout à l’heure !

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