Post has published by Maxsilv
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Fort de connaissances nouvelles (merci les cours d’histoire romaine), je me permets de relancer ce débat.

Sylla, en chassant les marianistes de l’Urbs et en établissant des listes de proscriptions (encore que la mort opportune de Marius semble résulter de causes naturelles), s’inscrit dans la continuité d’une longue série d’assassinats politiques, dont on pourrait faire remonter l’origine aux tribunats des Gracques. À ce titre, l’acte de Sylla constitue un nouveau recours à la violence pour régler le clivage politique entre les populares, défenseurs des intérêts de la plèbe, et les optimates, défenseurs des intérêts des élites. Sa confiscation du pouvoir consacre ainsi le triomphe des seconds, rétablissant la République fragilisée par ces luttes internes.
Cependant, même si son programme politique n’est pas à rejeter en bloc, il ne résout aucunement les problèmes, se contentant de les faire taire par la force. Les proscriptions massives condamnent au silence la plèbe (elle perd ses moyens d’intercessio et de veto en la personne des tribuns de la plèbe), en exécutant ses meneurs. Pire, en franchissant armé le pomerium, l’imperator construit cette restauration de l’oligarchie sénatoriale sur une base tout sauf stable ; après sa mort, d’autres Romains ambitieux sauront reprendre le flambeau des intérêts de la plèbe et utiliser eux aussi à leur avantage l’outil remarquable que constitue la légion des réformes de Marius.

En apparence, la dictature de Sylla restaure la République des sénateurs ; en fait, le consensus n’existe plus depuis déjà plusieurs décennies au sein des élites de la cité et ce n’est pas son intervention qui met fin au clivage populares/optimates. Il s’agit donc d’une restauration partielle, entretenant l’illusion d’un retour au calme. Néanmoins, le levier utilisé, l’armée, est tout sauf en accord avec le fonctionnement normal des institutions. D’autres généraux sauront donc eux aussi s’engouffrer dans cette plaie béante faite à la République. Cette première guerre civile ne résout rien, elle constitue l’amorce des guerres civiles, qui se profilaient à l’horizon depuis le début du premier siècle avant notre ère.
Sylla n’était pas un monstre sans cœur, il a souhaité s’ériger en défenseur des institutions républicaines, cependant la manière avec laquelle il effectue cette restauration rend celle-ci intenable sur le long terme. N’oublions pas qu’à l’origine, c’est à lui, en tant que consul, qu’aurait du revenir la guerre contre Mithridate. Il s’est d’ailleurs arrangé pour qu’effectivement on lui remette ce commandement. Sauf que marcher sur Rome n’était pas le meilleur moyen pour faire cesser les dysfonctionnements au sein des institutions…

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