Post has published by florian30051
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Je vais tenter d’expliquer au mieux la situation de l’empire byzantin du VIIe siècle, maintenant que j’ai trouvé le temps.

Notre histoire commence en l’an 600. L’empire byzantin vit l’instabilité et de sombres heures depuis plusieurs décennies. Son empereur, Maurice Ier, est connu pour son impopularité. On raconte qu’il est régulièrement raillé dans les rues de la Nova Roma. Sa politique est contrastée. S’il est parvenu à asseoir le pouvoir romain en Arménie, il doit faire face aux ravages des Avars dans les Balkans qui appauvrissent les territoires. Néanmoins, Maurice refuse de reculer et oppose une résistance suffisament forte contre les Slaves. Alors que leur khan Bayan ruine la Thrace, menace la péninsule hellénique jusqu’au Péloponnèse, les “barbares” se frottent à une puissante résistance byzantine. Vaincus par le général romain Priscus, les Avars quittent la Thrace. Mais le bilan est terrible. Les provinces sont ruinées, et les impôts qu’imposent Constantinople sont toujours aussi écrasants. En hiver 601-602, une famine fait rage dans la capitale et la situation dégénère en émeute. En les réprimant, l’impopularité de l’empereur s’est encore accrue.


Monnaie représentant l’empereur Maurice

Pourtant, Maurice est un empereur compétent. D’intelligentes idées lui avaient poussé à envoyer son frère Pierre poursuivre les Slaves avec une armée dans les régions danubiennes. Pour se faire, il avait contraint l’armée du Danube à s’établir au delà du Danube, en région hostile. Mais l’armée, ne pouvant non seulement plus supporter les excès de leur empereur que les conditions de vie en Dacie se mutine. Mécontent, les soldats nomment le centurion ambitieux Phocas nouvel empereur et l’armée marche dès à présent sur Constantinople, à la poursuite de Pierre qui les fuit.

La situation étant intenable, Pierre cherche désespérément une solution et propose au populaire Germanus, ancien co-héritier du trône avec Maurice, de prendre la place de son frère. Cependant, l’empereur refuse d’accepter cette situation et fait poursuivre Germanus par sa garde personnelle. Ce dernier, après une course poursuite, demande un asile à Sainte-Sophie. Les soldats de Maurice continue cependant à le harceler dans ce lieu saint, ce qui provoque une nouvelle émeute dans Constantinople.

Au final, Maurice et sa famille abandonne Constantinople et la laisse en situation anarchique. Germanus tente de s’affirmer nouvel empereur mais celui-ci est contesté par la faction des Verts, le prétendant ayant été un fervent défenseur des Bleus. C’est dans cette situation explosive que Phocas et son armée pénètrent dans Constantinople.

Le 23 novembre 602, il est proclamé nouvel empereur. Installé sur le trône, il fait poursuivre Maurice mais épargne Germanus. L’ancien empereur avec son frère Pierre est arrêté à Nicomédie, et est tué avec cinq de ses six fils. Leurs têtes sont exposés dans les rues de Constantinople.


L’empereur Phocas

Mais son ascension est loin de faire l’unanimité. Le général d’Orient Narsès le déclare illégitime et le roi perse Chosroès II jette un ambassadeur de Constantinople en prison.

Une coalition entre le général romain et le roi sassanide est organisé afin de restaurer le pouvoir impérial au main d’un Justinien. Théodose, l’unique fils de Maurice ayant réussi à fuir, est choisi pour tenir ce rôle.

Ayant conclu un accord de paix avec les Avars en échange d’un lourd tribut, il peut désormais entièrement concentrer sa politique autour des frontières orientales de l’empire. Mais les Slaves s’avèrent incontrôlables et ravagent à nouveau les provinces balkaniques. L’armée impériale est défaite face aux sassanides et la campagne en Arménie tourne à la débâcle pour Phocas.

Un nouveau complot est mis au jour courant 605 et les plus hauts dignitaires de l’administration impériale, dont la mère de Phocas, sont arrêtés, et éliminés. En Orient, le neveu de l’empereur est parvenu à décrocher quelques succès, en obtenant la reddition de Narsès en échange de la vie sauve. Mais Phocas refuse d’épargner un ancien traître et décide qu’il soit brûlé vif. Théodose meurt vers 607. Malgré la mort du prince impérial, les Perses ne quittent pas l’Arménie et continuent leurs conquêtes du territoire byzantin.

En Italie, c’est aussi la guerre. Les Lombards veulent poursuivre leur conquête de la péninsule et Phocas choisit finalement de conclure un traité humiliant (pertes de nombreuses grandes villes italiennes) en échange de la paix. La révolte gronde partout dans l’empire, et les Slaves aussi bien que les Perses sont inarrêtables.

Pendant ce temps, l’Afrique et une majeure partie de l’Egypte ne reconnaissent toujours pas le pouvoir de Constantinople. L’exarque de Carthage Heraclius veut mettre un terme à l’anarchie byzantine et affirme son ambition de rétablir l’ordre. Il prépare à partir de 608 une expédition navale pour Constantinople. En 610, Héraclius et ses partisans arrivent à destination de la capitale avec le plus grand soutien de la population.
Phocas est trahi par son peuple et ses plus proches officiers. Il est arrêté le 5 octobre et est fait exécuté. Héraclius est immédiatement couronné Nouvel Empereur d’Orient.
Malgré le renversement politique, les Perses ne reconnaissent pas Héraclius et continuent leur conquête. Cette fois-ci, le jeu sassanide est clair : profiter de l’instabilité politique romaine pour prendre du territoire. La situation ne cesse d’empirer et l’ancien exarque carthaginois va devoir faire sortir Byzance de ce gouffre. Mais la situation est grave, les Perses ont maintenant envahi non seulement l’Arménie et la Mésopotamie, mais aussi et surtout la Syrie, la Palestine et l’Egypte! L’énergie que déploit Héraclius face aux Perses pour leur infliger des revers ne suffit pas. En 626, les Avars et les Perses font front commun et assiègent Constantinople. L’arrivée de renforts et l’intervention de l’imposante marine byzantine sauvent la ville de Constantin. Les Avars sont arrêtés décisivement et leur pouvoir commence à stagner au profit d’autres peuples slaves. Mais les Sassanides ne faiblissent pas et Héraclius est contraint de livrer bataille. L’enjeu est alors de taille. S’il perd, c’en est sans doute fini de Byzance. S’il gagne, la Nova-Roma est sauvée.


L’avancée sassanide

Profitant de plusieurs alliances avec des tribus turques et khazares, l’opposition byzantine est désormais forte et peut lutter efficacement contre les Perses. En 627, Héraclius obtient la victoire tant attendu à Ninive. La bataille n’est peut-être pas un succès totale, mais il est suffisament décisif pour faire reculer les Sassanides qui doivent abandonner leurs conquêtes. Chosroès II refuse ce mouvement de retraite et essaye de reformer ses troupes à Suse, dans le sud de la Mésopotamie perse. Mais il est victime d’un complot organisé par son armée et son fils ainé. Ce dernier, Shirôyé, accéda au trône sassanide et promit la paix à Héraclius. Le traité se solda en un retour à la normale. Byzance récupère l’Egypte, la Palestine, la Syrie, la Mésopotamie du nord et l’Arménie. La campagne est ainsi un grand coup d’éclat pour Héraclius qui rentre triomphant à Constantinople.

Le colosse de Barletta à l’effigie de l’empereur Héraclius

Cependant, l’empire est ruiné. L’Asie mineure a souffert de la guerre contre les Sassanides et de nombreuses cités jadis prospérant sont détruites. Les caisses de l’Etat sont vides, l’appareil militaire byzantin est essoufflé et Byzance a perdu une très grande partie des Balkans face aux peuples slaves.

Toutefois, la menace ne viendra désormais plus de la plaine danubienne ou des déserts perses mais désormais des confins d’Arabie, où une multitude de peuples s’est ralliée autour d’une bannière encore anecdotique en Europe, celle de l’Islam.

Ainsi, les armées byzantines de Palestine sont bousculées par des armées méconnues et sévèrement vaincus. Encore une fois, Héraclius part guerroyer contre un ennemi des plus féroces. Mais les Arabes sont bien organisés, repoussent successivement les armées impériales de renfort. Leur victoire éclatante à Yarmouk en 636 restera dans les annales de l’Histoire. Cette bataille scella sans doute la chute des provinces de Palestine, voir d’Egypte et de Sud-syrie. Héraclius mort en 641, c’est à Constant II de reprendre le pays en main. Mais la situation tourne au désastre. Les Arabes ont déjà commencé leur invasion de l’Egypte et ont conquis l’empire Sassanide. Toute la frontière orientale de l’empire est dès à présent menacée.


L’avancée du monde musulman au VIIe siècle

Dans le même temps, les Musulmans se construisent une flotte et défient la marine byzantine, jadis garantissant la suprématie romaine en Méditerranée. Les Byzantins connaissent de nouvelles défaites, y compris navales, et continuent de reculer. Après 655, c’est au tour de l’Arménie d’être visée par les ambitions arabes. Celles-ci ne s’arrêtent pourtant pas au territoire caucasien, puisque les Arabes se sentent désormais en mesure d’en finir avec Constantinople. Constant II est prêt à se confronter au retour de la menace arabe mais choisit au préalable de s’installer à Syracuse. Contrairement à Constantinople, la cité sicilienne est l’une des rares villes de l’empire ne connaissant pas la guerre. Mais il est assassiné et c’est à son successeur Constantin IV de prendre le relai.
Le nouvel empereur doit faire face directement à la conquête arabe. Elle concerne directement l’Anatolie occidentale, Constantinople comprise. J’en arrive donc aux quatre années de sièges qu’a subi la Nova-Roma, de 674 – 678.

En avril, la flotte arabe quitte les ports d’Asie mineure en direction du Bosphore. Un blocus est mis en place, et une série d’engagements prend place au pied de la capitale. Les Byzantins résistent férocement à l’avancée arabe et mette à utilisation le feu grégeois lors des combats maritimes. La flotte arabe est bousculée, et les batailles terrestres se concluent en un recul des Arabes en 677. Mise sous pression et vaincue à de nouveaux engagements, les armées Ommeyyades doivent abandonner le siège en 678.


La résistance de Constantinople

Grâce à cette victoire, les Byzantins sauvent leur capitale. Plus tard, les Arabes connaîtront une guerre civile qui permettra aux Romains d’Orient de regagner du territoire en Anatolie jusqu’en Arménie. Par contre, Constantinople connait également une grande défaite face aux Bulgares en 681 qui viendra sceller le sort des provinces sud-danube pour un bon bout de temps.

Voilà, j’espère avoir bien fais ma chronologie des événements, tout en étant clair. Cette période de l’histoire byzantine n’est pas des plus aisées à traiter. 😆

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