Post has published by kymiou
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    @Rémicas :

    La doctrine nestorienne s’est dressée face à la décision de l’un de ces conciles, et peut donc être considéré de plein droit comme une hérésie.

    Cette condamnation arrangeait bien les Nestoriens ! Ils s’étaient principalement propagés en Asie et notamment chez les Perses. Ces derniers pouvaient, à bon droit, les considérer comme des agents de l’ennemi byzantin et sévir en conséquence. Mais dès l’instant où ce dernier clamait bien haut sa condamnation du Nestorianisme, celui-ci devenait acceptable, voire sympathique, pour la Cour sassanide.

    Il n’est pas exclu que les pères conciliaires auteurs de l’excommunication aient tenu compte de ce facteur. Dans les siècles qui suivirent, les échanges entre la papauté et les Nestoriens furent toujours détendus, allant jusqu’à la collaboration comme aux temps de l’empire mongol.

    Là-bas, les Nestoriens étaient implantés depuis longtemps et les khans les avaient plutôt à la bonne, assistant parfois aux offices car beaucoup de leurs épouses relevaient de ce christianisme-là. Ces prêtres offraient l’hospitalité aux émissaires occidentaux, qu’ils soient du pape ou de quelque roi (tel Louis IX), et se faisaient leur intermédiaire auprès de la Cour de Karakorum.

    Le franciscain Guillaume de Ruysbroek, envoyé par Saint-Louis justement, en 1254, rapporte qu’alors qu’il désirait célébrer une messe catholique, un confrère nestorien lui prêta aimablement sa propre église.

    Quant à l’hypothèse d’une alliance euro-mongole sur le dos des Musulmans dans le cadre des croisades, elle ne fut jamais envisagée par les Chrétiens. Au contraire, les quelques tentatives qui eurent lieu à l’échelon local, du côté d’Antioche, furent immédiatement condamnées par Rome. On avait vu en Pologne et en Hongrie de quoi étaient capables ces cavaliers des steppes et ce n’était guère engageant. De plus, les émissaires comme Ruysbroek, Plan Carpin ou encore Jehan de Carcassonne avaient rapporté des détails sur les grandes campagnes chinoises et kwarizmiennes qui faisaient froid dans le dos.

    Au fond, on préférait les Musulmans, ennemis séculaires certes, mais qu’au moins on pouvait comprendre. C’en était au point que lorsque les Mameloucks se portèrent à la rencontre des Mongols en 1260, ils purent les battre près de Zérin parce que les croisés de Saint Jean d’Acre les avaient ravitaillés au passage !

    Pourtant, les Mongols recherchèrent à de multiples reprises l’alliance européenne dans la seconde moitié du XIIIème siècle : « Comme la terre des Sarrasins est placée entre vous et nous, nous les encerclerons et les chasserons avec l’aide de Dieu, du pape et du grand-khan ». Ce programme se traduisit par des lettres au pape, à Edouard Ier d’Angleterre, à Philippe le Bel et même des ambassadeurs devant le concile de Lyon, le tout à de multiples reprises… sans résultats.

    A la fin, les Mongols se lassèrent. Du reste, l’empire commençait à subir des forces centrifuges et ils eurent d’autres soucis que ces Croisés qui, décidément, ne se croisaient plus que les bras…

    Et pour en revenir aux Nestoriens, l’Église leur a retiré leur statut d’hérétiques en 1994. Pour services rendus ? B)

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    A l'inverse du généraliste, le spécialiste est celui qui en sait toujours plus sur un sujet de plus en plus restreint. Le spécialiste parfait est donc celui qui sait absolument tout sur absolument rien.

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