Post has published by Solduros_390
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    Giornico et le convenant de Stans (1478-1481)

    Au lendemain des guerres de Bourgogne, les confédérés apparaissent comme des acteurs essentiels dans la politique de l’ouest européen. On les voit désormais comme des soldats redoutables et avides de richesses, et pourtant incontournables dans les conflits que l’Europe va connaître. Cette «période glorieuse» de l’histoire suisse durera jusqu’en 1536, date de la paix avec la Savoie.

    A peine les affaires de Bourgogne réglées, les Confédérés (surtout les Uranais) voulurent aplanir les choses avec le duché de Milan. En effet ce dernier avait choisi le camp de Charles le téméraire, ennemi des Suisses. Il fallut donc réécrire un traité de paix et d’accord commerciaux. Ce qui fut fait rapidement (dès 1477). Cependant, la situation dégénéra lorsque le duc mourut. Bien que sa femme (une Savoyarde) semblât bien intentionnée envers les Suisses, elle se laissa persuader par ses conseillers de ruser pour éviter d’avoir à respecter ses engagements. Le sang des Uranais ne fit qu’un tour et ils décidèrent sans plus tarder de faire valoir leur droit par la force. Ils franchirent le Gothard en novembre 1478 et placèrent les autres membres du corps confédéral devant le fait accompli. Malgré leur réticence, ceux-ci envoyèrent des renforts ; 10’000 hommes marchèrent sur le nord du duché.
    Sans plus attendre, ils mirent le siège devant Bellinzone. Ils auraient certainement pris la ville (une brèche avait été faite) si la mésentente n’avait pas gagné les commandants confédérés. Cela laissa le temps aux Milanais de lever une armée de 10’000 soldats pour venir aider la citadelle assiégée. Les Suisses crurent la partie perdue et s’en retournèrent alors chez eux, en laissant une arrière garde de 600 ou 700 hommes pour ralentir les Italiens. Ces derniers n’hésitèrent pas à attaquer ce petit groupe en un lieu appelé Giornico (28 décembre 1478).
    Les Milanais pensèrent réitérer leur victoire d’Abredo. Ces quelques piquiers suisses adossés à un flanc de montagne ne pouvaient pas résister à une masse de 10’000 hommes. Les cavaliers lourds milanais chargèrent. Cependant, les confédérés avaient retenu la leçon de leur défaite précédente ; désormais les piques de leurs fantassins dépassaient les lances des cavaliers ennemis. Ces derniers se brisèrent sur le mur de hampes. La suite de la bataille est floue mais il est sûr que les Uranais remportèrent une victoire assez inattendue. Ils purent alors tranquillement rentrer chez eux.
    Ce succès leur permit de faire respecter les termes du traité, d’autant plus que le nouveau duc était empêtré dans des affaires internes. La Lévantine passa aux mains des Uranais qui la conservèrent jusqu’au 19ème siècle.

    Toujours en 1477, un épisode faillit mener la Confédération à la guerre civile. Un litige entre villes et campagnes s’envenima. Ces dernières reprochaient aux cités de nommer les chefs lors des campagnes et de s’emparer des plus grosses parts du butin. De plus, les villes voulaient faire adhérer Fribourg et Soleure à l’alliance confédérale, ce qui hérissa le poil des campagnes. Malgré les diètes (assemblées) successives, les esprits s’échauffèrent, au point qu’un groupe de Suisses campagnards décida d’aller se payer tout seul à Genève qui leur devait 24’000 couronnes. Les Genevois n’avaient pas cet argent, mais ils trouvèrent une solution. Ils donnèrent 8’000 couronnes et tout le vin entreposé dans leurs caves. Les mécontents s’en accommodèrent d’autant plus que les Bernois commençaient à ne plus supporter cette situation; ils menaçaient de prendre le parti des villes «pillées» par les campagnards.
    Grâce à la campagne italienne, les disputes furent mises de côté jusqu’en 1480. Elles purent alors reprendre à Stans, où la diète s’était rassemblée. Le point de non-retour allait être atteint lorsqu’on fit appel à un ermite appelé Nicolas de Flue. Son message est resté inconnu jusqu’à aujourd’hui mais il permit de mettre fin aux tensions. Soleure et Fribourg rejoignirent la Confédération qui retrouva la paix. Quant à Nicolas, il devint le saint patron de la Suisse.

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