Post has published by Maxsilv
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    La seconde guerre mondiale, du fait de l’emploi du feu nucléaire, mais aussi de l’ampleur des destructions, marque assurément un coût d’arrêt de l’escalade vers ce que Von Clausewitz aurait qualifié de « guerre absolue », modèle-type de conflit total en pratique inatteignable, car en butte à la réalité du terrain, aux concessions politiques des deux camps, etc. Pour autant, les bombardements restent massifs et imprécis, loin des frappes chirurgicales desquelles nous sommes aujourd’hui coutumières.
    Si la bombe atomique sert de puissante arme de dissuasion entre deux forces militaires en disposant, les plans conçus ensuite durant la guerre froide montrent aussi que des alternatives conventionnelles impliquant d’importants déploiements de troupe sont toujours de mises, faisant de la Bombe une arme de dernier recours, lorsque des intérêts estimés vitaux par un pays détenteur sont touchés ¹.

    Aussi placerai-je plutôt le tournant avec le traumatisme outre-Atlantique de la guerre du Vietnam : si décriée par l’opinion, scandalisée par les vies étasuniennes broyées par le conflit, le tout pour des résultats manqués, puisque le régime ami n’obtient qu’un sursis et s’écroule sitôt la perte du soutien américain. L’intense et amer remue-méninges qui s’enclenche du côté des théoriciens aboutit alors à l’Air Land Battle, doctrine donnant la part belle à l’aviation, bien qu’en partie dépassée aujourd’hui avec l’Air See Battle, mieux adaptée au théâtre Pacifique ².
    Le moyen optimal de s’engager sans s’embourber dans un conflit qui ne concerne pas directement la population de la puissance entrant en guerre réside alors dans la voie des airs, où la supériorité technologique doit permettre d’éviter d’avoir à subir des pertes trop lourdes, couplée à une réduction des effectifs déployés sur place, qui coïncide ensuite parfaitement avec les réductions des budgets de Défense faisant suite à la dislocation du bloc soviétique au début des années 1990.

    Pour autant, même lorsque c’est un drone, ça reste une bombe qui explose et répand les tripes de sa victime sur le sol, et pour peu qu’on durcisse un peu la charge et qu’on soit en théâtre urbain, comme à Gaza ³, ça peut vite souffler un immeuble et entraîner d’importants dégâts collatéraux qui affectent la crédibilité de ces frappes dites chirurgicales. Le matériel s’est amélioré, l’hostilité des opinions publiques occidentales a rendu tout engagement conventionnel difficile à assumer, mais cela reste des démonstrations de force.
    Par ailleurs, en dépit des fantasmes autant politiques que médiatiques que nourrit l’espoir de remporter la guerre uniquement par la voie des airs, il importe d’avoir des troupes au sol pour tenir le terrain, conquérir le territoire ennemi, prendre le contrôle de ses voies de communication… ce qui passe parfois aussi par faire la sale besogne. Nous avons beau être fiers de notre bel oxymore de « guerre propre », ça ne permet pas pour autant de la gagner, en témoigne la situation en Syrie et en Irak, où ce sont bien des armées régulières qui mènent les contre-offensives contre Daesh, et non les avions de la coalition, dont le soutien est appréciable, mais insuffisant sur le plan stratégique.

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    ¹ Je conseille par exemple le dossier de @Von_Clausewitz : « La Force d’Action Rapide (FAR) ».

    ² Du même auteur, voir : « L’AirSea Battle : la nouvelle doctrine américaine ».

    ³ @cuirassier en parle bien mieux que moi dans « Tsahal à l’assaut de Gaza : l’Opération Plomb durci 2008-2009 ».

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