Post has published by Von_Clausewitz
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Il m’apparait comme historiquement et honnêtement peu correct de parler d’improvisation au sujet de la bataille de la Marne. De même que le rôle de Joffre et ses qualités semblent quelque peu minorées, suivant en cela une certaine historiographie (qui n’est désormais plus à jour) qui avait dressé une “légende noire” de Joffre.

Tout d’abord, Joffre maîtrise la retraite, et, tout en se repliant, cherche à se constituer une masse de manœuvre. En effet, après la perte de l’initiative stratégique, Joffre ne songe qu’à la reprendre en livrant une nouvelle bataille quand les circonstances le permettront. Il lui faut donc soustraite son aile gauche à la menace d’enveloppement, et modifier le dispositif général des armées en faisant roquer leur centre de gravité vers l’ouest. Cela revient à céder du terrain à l’ouest, tout en verrouillant la trouée de Charmes si survient une attaque des Allemands en Lorraine. Preuve qu’il ne s’agit pas d’une initiative improvisée, l’Instruction générale n°2 est diffusée le 25 août en ce sens.

Une masse de manoeuvre, qui deviendra la 6e Armée, est en voie de concentration à la hauteur d’Amiens, à la gauche du BEF, et son commandement est confié à Maunoury. L’idée de Joffre est de réponde au débordement allemand par un débordement plus large grâce à une manoeuvre sur lignes intérieures. Or, les Allemands exploitent immédiatement leurs succès aux frontières, poussant Joffre à poursuivre la retraite, avec toutes les difficultés liées à l’indépendance du BEF (qui se replie derrière l’Oise, découvrant le flanc gauche de Lanrezac et de sa 5e armée). Joffre, jusqu’à la Marne, doit poursuivre la conception de sa manoeuvre tout en s’assurant d’une aile gauche soudée et cohérente en vue d’un futur retour de balancier offensif. Il crée le “Détachement d’armée Foch” pour assurer la liaison entre les 5e et 4e armées.

Autre preuve de non-improvisation, l’Instruction générale n°4 du 1er septembre propose une limite de repli s’étendant ainsi : Seine (5e armée) – Aube (Détachement Foch) – Ornain (4e armée) – Bar le Duc (3e armée). Le maréchal French, commandant du BEF, reçoit pour instruction, après avoir envisagé un repli à l’ouest de Paris, de maintenir son armée sur la ligne de bataille en se conformant aux mouvements de l’armée française.

Qu’en est-il maintenant de la planification d’une contre-offensive ?

Des débats internes au GQG montrent que les avis sont partagés. Berthelot est partisan d’une bataille d’aile intérieure (retraite jusqu’à la Seine avant d’attaquer l’aile marchante ennemie depuis l’intérieur du dispositif général, c’est-à-dire du sud-est vers le nord-ouest); le 3e bureau est partisan d’une manoeuvre d’aile extérieure (suspendre le mouvement de retraite avant la Seine et attaquer frontalement l’aile marchante allemande combinée à une attaque de flanc depuis le camp retranché de Paris); Joffre quant à lui veut poursuivre le mouvement de repli, préalable à une manoeuvre d’aile extérieure. Pour la réussite de celle-ci, il relève Lanrezac du commandement de la 5e armée (3 septembre) en raison de sa mésentente avec French, et y nomme Franchet d’Espèrey. Avec la manoeuvre aventureuse de l’aile droite allemande qui offre son flanc droit, Joffre prévoit l’offensive le 6 septembre au matin (instruction n°6). Le 11, dans un télégramme à Millerand, Joffre parle déjà de “victoire incontestable” quant à l’avenir de l’opération.

Ainsi, entre le 25 aout et le 6 septembre, Joffre a fait preuve d’une adaptation permanente à l’évolution de la situation, en conceptualisant une véritable opération au niveau du théâtre Nord-Est. En pleine retraite, il a conçu une manoeuvre (initiée par le coup d’arrêt porté aux Allemands par Lanrezac à la bataille de Guise) rendue possible par le basculement de son effort par transfert de son centre de gravité sur ses lignes intérieures. Il a réorganisé le commandement, avec création de la 6e armée de Maunoury, de la 9e de Foch, en remplaçant Ruffey (3e armée) et Lanrezac (5e armée) par Sarrail et Franchet d’Espèrey.

Improvisation ? Je ne le crois pas. “Miracle” ? Plutôt ténacité de Joffre et adaptation sereine aux circonstances.

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