Post has published by Solduros_390
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    Antiochos 3 Megas (223-187)

    Roi de l’Asie, roi des rois, basileus tôn basileôn, shahân shah, héritier d’Alexandre, nouveau Xénophon… Antiochos 3 se présente comme un digne successeur de héros grecs. Xénophon d’abord en réitérant l’Anabase. Alexandre ensuite en reconquérant le monde iranien. Seleukos nicator enfin en aspirant à l’hégémonie sur les royaumes hellénistiques.
    Homme de terrain, toujours à la tête de ses troupes, il se montra intelligent, habile et n’eut qu’un seul but durant sa vie : remonter l’empire à ce qu’il était en -280 et se placer en seul héritier d’Alexandre le grand.

    C’est le souverain séleucide dont il y a le plus à dire (avec Seleukos Ier). Préparez-vous pour un pavé, préparez-vous à vivre sous le soleil de l’Asie, préparez-vous à entendre les phalanges avancer en ordre et les cataphractes retourner la terre, préparez-vous à marcher dans les pas d’Antiochos megas !

    http://miltiade.pagesperso-orange.fr/antiochos_megas.jpg

    Né vers 243 avant JC, Antiochos n’était pas destiné à monter immédiatement sur le trône. En effet, son frère aîné Seleukos 3 succéda en premier à leur père Antiochos 2. Malheureusement pour lui, comme nous l’avons vu, il mourut assassiné en -223 alors qu’il tentait de reconquérir l’ouest de l’Anatolie, envahie depuis peu par Pergame.
    A ce moment-là, Antiochos se trouvait en Mésopotamie. Et comme l’armée avait besoin d’un roi, elle proclama Achaïos, un cousin de Seleukos 3 que nous avons déjà rencontré. Pourtant, Achaïos (qui était stratège au sens hellène) refusa. Il fit acclamer à la place son cousin, Antiochos qui s’empressa de quitter Babylone. Ce dernier procéda à des remaniements «ministériaux » avant de se rendre à l’ouest ; il nomma Molon en Iran, Achaïos en Asie mineure (qu’il devait d’abord reconquérir) et Hermias pour diriger les finances. Une fois le royaume stabilisé, le nouveau roi put sans crainte rejoindre Antioche. Ce retour s’accompagna d’une bonne nouvelle pour les Séleucides vu qu’en 222, Achaïos avait repris les terres que Pergame avait envahies (à part Pergame même). Ce règne commençait sous les meilleurs auspices et le basileus n’avait aucune raison de s’inquiéter. Du moins le croyait-il…

    A peine quelques mois plus tard, Molon entra en rébellion envers le pouvoir séleucide. Si je dis pouvoir et non roi, il y a une raison. Le satrape n’en voulait pas à Antiochos, mais à Hermias. Car ce dernier dirigea réellement l’empire pendant plusieurs années, profitant de la jeunesse du monarque. Il souhaitait réduire le pouvoir des satrapes au profit du souverain (entendez lui-même !), ce qui ne manqua pas de faire peur à Molon.

    Au moment où la cour séleucide apprit la révolte, elle se trouvait à Zeugma sur l’Euphrate, où elle y attendait la princesse Laodice du Pont, la fiancée d’Antiochos. Sans hésiter, un « ministre » conseilla de réagir tout de suite. Si le basileus se montrait rapidement, les insurgés n’oseraient pas bouger. Mais Hermias veillait et il conseilla au roi d’attaquer sans plus attendre la Coelé Syrie. En tentant de détourner Antiochos de l’est, il prouvait qu’il avait peur d’être déposé si Molon lui mettait la main dessus. Et il y réussit ! Antiochos se laissa convaincre de rentrer à Antioche pour préparer l’assaut tandis que 2 stratèges devaient mater Molon.
    Malheureusement, cela ne fonctionna pas. A peine arrivé dans sa capitale, Antiochos apprit que le satrape de Médie avait repoussé ses 2 généraux. Il voulut alors se rendre en personne en Babylonie pour vaincre la révolte, mais Hermias l’en dissuada une fois de plus. On envoya un mercenaire accomplir le travail. Car pour le ministre des finances, l’important restait la Syrie creuse (et surtout la perspective d’éloigner le roi de Molon).
    L’expédition partit donc au printemps 221. Mais Hermias avait sous-estimé les défenses lagides ; l’attaque se brisa dans les montagnes libanaises. Dès lors, Antiochos dut rentrer piteusement à Antioche.

    En parallèle, Molon vainquait le stratège envoyé contre lui et s’emparait de Séleucie du Tigre et de Doura Europos. Cette fois encore, le basileus décida de marcher contre le rebelle. Hermias s’y opposa mais il était désormais seul. Il dut s’incliner. Néanmoins, il fit assassiner le ministre qui avait dès le départ préconisé de mâter Molon sans attendre. Il voulait jusqu’au bout maintenir son influence sur le roi.
    Toujours en 221, Antiochos 3 gagna la Mésopotamie. Lors de la bataille décisive, l’aile gauche de Molon passa à Antiochos, ce qui lui permit de vaincre. Voyant la défaite arriver le rebelle se suicida. Après cette victoire, l’ordre fut rétabli dans la région. Antiochos poussa alors une pointe vers l’Atropatène (l’Azerbaïdjan) car son prince avait été l’allié de Molon. Si Hermias était réticent au départ, il accepta volontiers lorsqu’on apprit la naissance d’un héritier. Car un prince jeune et orphelin a besoin d’une tutelle… Malheureusement pour lui, Antiochos n’eut pas à combattre. L’Atropatène rentra dans le rang et le souverain séleucide put regagner sa capitale en toute quiétude à l’automne 220. Il fit même un geste très populaire en assassinant Hermias le détesté. Désormais, il était seul maître à bord. Il n’apprit qu’en rentrant qu’Achaïos avait pris le titre de roi en Asie mineure.

    On ignore tout des actions d’Achaïos entre 222 et l’été 220. Il semblerait qu’il ait fait ce qu’il avait à faire en tant que satrape, et qu’au moment de l’expédition en Atropatène, il décida de marcher sur Antioche pour éviter qu’Hermias s’emparât du trône. L’armée l’ayant acclamé, il accepta le titre de roi et ne le « rendit » pas lorsqu’il apprit le retour triomphal d’Antiochos. Ce fut une surprise en soit, mais pas autant que celle qui vit le roi « légitime » adresser seulement une lettre de reproches à Achaïos. Et de fait, l’empire allait connaître une corégence durant plusieurs années. Car loin de vouloir mâter son cousin, Antiochos se résolut à marcher une nouvelle fois sur la Palestine. La 4ème guerre de Syrie était lancée.

    Profitant de la jeunesse du nouveau Ptolémée, Antiochos débuta sa campagne en 219. Sa première étape fut la prise de Séleucie de Piérie que Ptolémée 2 avait conquise. De là, le roi séleucide pouvait marcher vers le sud sans crainte d’être harcelé sur ses arrières. La situation s’améliora encore pour lui lorsque le général lagide commandant la Coelé Syrie lui livra les places fortes de la région.
    A Alexandrie ce fut la stupéfaction. On s’attendait à ce que les défenses du Liban tiendraient plus longtemps. La panique gagna l’Egypte. On inonda la région de Péluse (les portes du delta pour qui vient d’Asie) et on tenta de gagner du temps pour lever une armée. Ptolémée envoya une délégation négocier avec le roi séleucide. Un armistice fut signé et l’on continua de chercher un compromis.
    Pendant ce temps, Ptolémée commença à recruter des soldats pour parer au plus pressé. Il dut faire ce que ses prédécesseurs avaient refusé: engager des Egyptiens. Cela fit naître de graves troubles dans le royaume ptolémaïque mais pour le moment, seule la survie entrait en ligne de compte.
    Quelques mois plus tard, la guerre reprit. Antiochos poursuivit son avantage en s’emparant de nombreuses places fortes. A l’hiver 218, seuls Sidon et le sud de la Palestine lui échappait. Ptolémée n’avait plus le choix. Il mena lui-même l’armée au devant des Séleucides. Le choc eut lieu le 23 juin 217 (le même jour que le lac Trasimène) à Raphia, tout au sud de la Palestine.

    L’armée séleucide se déploie dans la plaine. Sa phalange forte de 20’000 hommes en compose le centre. La moitié est constituée de soldats professionnels, la plupart étant des argyraspides. Plus de 26’000 autres fantassins gravitent autour de cette phalange. Ils sont soutenus par 5’500 archers perses et crétois et par 6’000 cavaliers. Pour finir, Antiochos place ses 102 éléphants en première ligne.
    De son côté, Ptolémée aligne 25’000 phalangites macédoniens, 20’000 phalangites égyptiens et 14’000 fantassins galates, thraces et hellènes. Les 3’000 soldats de l’agêma sont aussi présents. 5’000 tireurs et 5’000 cavaliers complètent le dispositif lagide avec les 73 éléphants africains également placés en première ligne.

     

    Mercenaire galate

     

    Le combat débute par une harangue aux troupes de la part d’Antiochos, de Ptolémée et de… Arsinoé, la sœur de Ptolémée. Polybe nous dit que les deux rois n’avaient pas d’expérience de la guerre et qu’ils exaltèrent l’honneur de leurs ancêtres pour les motiver (il oublie la campagne d’Antiochos contre Molon). Une fois les discours finis, la bataille s’engage par un duel d’éléphants sur la droite séleucide. Les pachydermes d’Asie l’emportent facilement sur leurs congénères africains. Le premier rideau égyptien est tombé. Antiochos peut alors mener lui-même la charge de cavalerie qu’il espère victorieuse. Et de fait, ça marche. L’aile gauche lagide plie complètement et doit se replier. Ptolémée en personne doit se réfugier derrière sa phalange. Mais le général lagide commandant l’aile droite ne perd pas son sang froid. Il lance sa cavalerie sur la gauche séleucide. Il contourne les éléphants et charge les cavaliers qui fuient tandis que les fantassins ptolémaïques repoussent les fantassins arabes et mèdes de l’aile gauche. Ainsi, chaque armée a gagné sur sa droite et perdu sur sa gauche. Il ne reste que les 2 phalanges intactes, menacées sur leur flanc gauche. Ptolémée s’avance au milieu du champ de bataille pour se montrer à tous les soldats. Encouragés par cette vision, les troupes lagides marchent contre les Séleucides. Le moment est critique. Antiochos n’a qu’à revenir s’abattre sur l’arrière ennemi et c’est bon. Mais Antiochos ne revient pas de sa poursuite, contrairement à son adversaire qui peut complètement encercler la phalange séleucide. Lorsque le basileus revient et s’en aperçoit, il est trop tard; son armée est en déroute.

     

    Les argyraspides

     

    La défaite de Raphia porta un coup d’arrêt à l’avance séleucide. Antiochos perdit 10’000 fantassins, 300 cavaliers et 6 éléphants tandis que Ptolémée ne payait sa victoire qu’au prix de 1’500 fantassins, 700 cavaliers et 16 éléphants. Le Lagide put continuer son marche victorieuse jusqu’en Syrie où le roi des rois se décida à traiter. Il renonçait à la Coelé Syrie tandis que Ptolémée lui rendait Séleucie de Piérie.

    A ce moment-là, Antiochos devait sûrement se sentir abattu. Il se voulait un souverain digne de Seleukos 1er. Il se devait de réagir rapidement pour restaurer son blason. L’Iran oriental échappait à sa famille depuis plus de 20 ans. C’était l’occasion de remettre la main dessus. Mais avant, il devait encore régler une affaire: vaincre Achaïos pour réunir les territoires séleucides sous la gouvernance d’un même homme.

    Achaïos avait justement fort à faire pour conserver intact l’héritage de sa famille. Attale n’arrêtait pas de l’attaquer avec l’aide de Celtes de la région. On connaît très peu le résultat des ces affrontements, mais on suppose que personne n’arrivait à prendre l’avantage.
    En 216, Antiochos marcha à l’ouest et passa une alliance avec Attale contre son cousin. Malheureusement, nous ne connaissons que l’épilogue de cette guerre fratricide. Achaïos fut rapidement contraint de se réfugier dans Sardes et le siège dura plusieurs années. On nous donne heureusement quelques précisions sur la fin de cette opération.

     

    (1) Tout étant prêt, quand la lune eut disparu, Lagoras et sa troupe s’approchèrent doucement des murs avec les échelles et allèrent se cacher sous une pointe qui faisait saillie sur le fossé. Au retour du jour, (2) les sentinelles furent levées en cet endroit. Comme de coutume, Achaios envoya une partie de ses forces à leurs postes, et réunit le reste dans l’hippodrome en ordre de bataille, sans que personne eût idée de la présence de Lagoras. (3) Mais quand les deux premières échelles furent dressées, et que Denys et Lagoras commencèrent à monter, un mouvement inusité et un grand tumulte se firent dans le camp ; (4) car si pour ceux qui étaient dans la ville, et pour Achaios retenu dans la citadelle, Lagoras et ses compagnons restaient inaperçus, grâce à la pointe dont nous avons parlé, la hardie escalade de ces braves était visible pour le camp entier. (5) Parmi les soldats, les uns admiraient tant d’audace, les autres en attendaient plus particulièrement les suites avec quelque crainte, et tous étaient debout partagés entre l’étonnement et la joie. (6) A la vue de cette agitation, le roi afin de porter ailleurs l’attention de l’armée et celle de l’ennemi, donna ordre à ses troupes d’avancer, et les dirigea sur la porte opposée à celle que devait attaquer Lagoras, et qu’on appelle la porte de Perse. (7) Achaios de son côté, frappé du mouvement qui avait lieu chez l’ennemi, ne savait à quoi l’attribuer et était fort incertain sur ce qu’il devait faire. (8) Enfin il envoya quelques détachements vers la porte menacée, mais comme il fallait descendre par une pente étroite et très roide, le secours arriva tard. (9) Aribaze, qui commandait la ville, s’était déjà rendu à la même porte dès qu’il avait aperçu Antiochos, sans avoir soupçonné un instant quelque ruse. Il plaça une partie de ses soldats sur les murs, et lança l’autre au dehors, les engageant à repousser l’ennemi qui déjà était proche, et à en venir hardiment aux mains avec lui. Polybe, 7, 17.

    Les hypaspistes avaient encore une fois prouvé leur valeur. Ils avaient permis à Antiochos de s’emparer de la ville rebelle. Sardes fut pillée et Achaios (cousin d’Antiochos je rappelle) fut exécuté. Le roi voulait sans doute faire un exemple envers tous les rebelles qui oseraient contester son autorité.

     

    Désormais, rien ne s’opposait plus à la campagne que le roi projetait de mener contre les satrapies supérieures qui échappaient aux séleucides depuis plusieurs décennies. Il rêvait de marcher dans les pas d’Alexandre, et nul doute qu’il reviendrait de son anabase victorieux et couvert de gloire.
    Il se mit donc en route avec son armée en 212. Sa première étape fut l’Arménie, pays théoriquement vassal mais qui ne payait plus le tribut depuis quelques années. Après un semblant de résistance, le roi arménien traita et paya les arriérés. De plus, il dut épouser une sœur d’Antiochos, Antiochis.
    Après ce hors-d’œuvre, le basileus se dirigea vers le vrai but de sa mission: l’orient. En 211, il atteignit la Médie. Il y rassembla une grande armée (100’000 fantassins et 20’000 cavaliers selon Justin qui exagère sans doute) fort coûteuse. Car même avec l’argent arménien, il dut recourir à un expédient pour solder ses troupes; il spolia un sanctuaire indigène ce qui lui rapporta 4’000 talents. Enfin, il acheva ses préparatifs en associant son fils aîné à la royauté au cas où il mourrait durant la campagne.

    Les vraies opérations débutèrent en 209. Antiochos longea la mer caspienne sans difficulté jusqu’à Hecatompylos. Le roi parthe Arsace 2 se retira à l’est, vers le Khwarezm. Dès lors, la progression séleucide devint plus dure et Antiochos, Néanmoins, un fragment de Polybe nous apprend qu’Antiochos réussit à s’emparer d’une ville nommée Sirynx, ce qui contraignit les Parthes à traiter. Cependant, on ne connaît pas les termes de cette ambassade. Est-ce qu’Arsace dut se déclarer vassal ? Est-ce qu’il dut fournir des troupes ? Est-ce qu’il dut payer un tribut (probablement) ? Toujours est-il que les Iraniens allaient se tenir tranquilles pour quelques années et que les routes commerciales vers l’orient étaient rétablies.

    Le deuxième gros objectif du roi était la Bactriane du roi Euthydème. Antiochos se mit en marche en 208 en direction de l’Arie, passage obligé pour se rendre à Bactres. Le roi de Bactriane entendait bien arrêter la progression du séleucide. Il rassembla une armée de 10’000 cavaliers sur les bords du fleuve Arios. Cependant, Antiochos parvint à tromper son adversaire en traversant le cours d’eau à un endroit qu’il n’attendait pas. Ainsi, il força son ennemi à lui livrer une bataille rangée.

    Le roi séleucide ne peut compter que sur 2’000 hétaires et 10’000 fantassins parmi lesquels des peltastes. Sans hésiter, il mène lui-même la charge contre l’avant-garde bactrienne. Malgré une blessure à la mâchoire, il continue de combattre. Et il parvient à repousser la première vague ennemie. Mais bientôt, deux autres colonnes de cavaliers (des cataphractes ?) surgissent pour attaquer les hétaires. L’intervention d’un officier séleucide permet de redresser la situation. Les chevaux bactriens doivent à nouveau battre en retraite, poursuivis par les cavaliers séleucides qui tranchent dans le vif et font de nombreux prisonniers.

    Après sa défaite, Euthydème dut se replier à Bactres, où Antiochos vint l’assiéger. On rapporte que cela dura 2 ans au bout desquels, les 2 adversaires résolurent de trouver un accord. Antiochos avait sans doute voulu reprendre toute la Bactriane. Il dut admettre que ce projet aurait nécessité trop d’efforts. Il conclut donc une alliance avec Euthydème et promit une de ses filles en mariage à Démétrios, un prince bactrien. Puis, après avoir reçu des vivres et des éléphants, le Séleucide continua son chemin.
    Il atteignit «l’Inde», et reçut l’hommage d’un dynaste local qui lui paya un tribut, le ravitailla et lui donna des éléphants. Dès lors, Antiochos pouvait tranquillement revenir en Syrie. Il emprunta le même chemin de retour qu’Alexandre. Cependant, contrairement à son illustre prédécesseur, ce ne fut qu’une formalité.

    On pouvait se dire qu’il allait regagner la Syrie directement. Mais il voulut faire un dernier crochet, histoire de finir sur une note encore plus positive. Il embarqua avec quelques troupes dans le golf persique pour se rendre dans la cité de Gerrha (Bahreïn). Il voulait sans doute rééquilibrer le commerce international qui profitait plus aux Lagides qu’aux Séleucides. Ce qui fonctionna. Les Arabes le supplièrent de respecter la paix et leur liberté. En contre partie, ils lui donnèrent 100 talents d’argent, 1’000 tonnes d’encens et 200 tonnes de myrrhe. De là, Antiochos se rendit à Séleucie du Tigre où s’achevait son anabase.

    Il put alors se concentrer sur des réformes administratives afin de réorganiser son empire. Le roi créa des provinces plus petites, et supprima les satrapes. Il les remplaça par des stratèges pourvus des pouvoirs militaires et civils. Cela servit à homogénéiser l’administration et l’organisation militaire. A côté de ça, Antiochos créa le culte du couple royale. Désormais, il recevrait les mêmes honneurs que les dieux. Rien de tel pour souder encore un peu plus l’empire et son monarque. Mais comme très souvent la guerre n’était jamais loin à cette époque, un événement la réveilla.

    Antiochos voulut visiter ses possessions occidentales. Or, lors de son passage vers la côte méditerranéenne de l’Anatolie, quelques cités déclarèrent être prêtes à se ranger sous sa protection plutôt qu’à celle des Lagides. Ce que le Séleucide s’empressa d’accepter. De plus, il passa un accord avec Philippe 5, roi de Macédoine en 203. Les deux souverains se partageraient des possessions lagides que le jeune Ptolémée 5 ne pourraient certainement pas garder intactes. La cinquième guerre de Syrie pouvait commencer.

    En 202, Antiochos mena son armée vers en Coelé Syrie. Comme en 218, les places tombèrent les unes après les autres. Comme en 218, les Lagides contre-attaquèrent. Et comme en 217, il y eut une bataille décisive. A Panion (le Golan d’aujourd’hui), en 200 avant JC, le destin des deux empires les plus puissants de leur temps se joua.

    Du côté lagide, Scopas, un Etolien commande l’armée. Du côté séleucide, Antiochos est secondé par ses deux fils. Le roi commande la phalange, tandis qu’Antioche le jeune mène les cataphractes sur la droite séleucide et qu’Antiochos l’aîné doit occuper une position qui domine les ennemis. Le roi commence par faire traverser une rivière à son armée. Là, il peut la placer en bonne position sur le plateau qui domine la plaine. Il remarque que la gauche ptolémaïque est constituée de mercenaires étoliens légers ainsi que de cavaliers, eux aussi étoliens. De son côté, il range sa phalange sur 32 rangs de profondeur. Avec les autres fantassins (dont les hypaspistes) et la cavalerie lourde, on arrive à un front de 3 kilomètres de long. En plus de cette formidable barrière humaine, il faut rajouter les éléphants positionnés en avant des troupes et supportés par divers tireurs. Sur la gauche séleucide, Antiochos l’aîné dirigeait une autre phalange, quelques cavaliers et des éléphants. L’armée lagide se positionne également de manière traditionnelle à l’exception de leur droite, composée uniquement de tirailleurs. Le choc des chocs peut débuter.
    Sans attendre, Antiochos le jeune fait avancer ses cataphractes. Le terrible choc met en déroute la cavalerie étolienne tandis que les éléphants indiens s’avancent. Ils parviennent à repousser les éléphants africains sans grande difficulté. A ce moment-là, les tirailleurs lagides avancent sur la droite et commencent à cribler l’infanterie lourde séleucide. La situation pourrait se retourner en faveur des troupes ptolémaïques. Mais la phalange séleucide s’ébranle, argyraspides en tête. Son assaut est inarrêtable. L’infanterie ptolémaïque commence à céder. Les éléphants s’occupent alors des tirailleurs qu’ils mettent en déroute, tandis que le prince revient de sa poursuite. Les pauvres phalangites lagides sont pris entre un marteau pilon et une enclume, d’autant plus qu’un raz-de-marée pachydermique les menace sur leur droite. Dès lors, la fuite est la seule issue possible. La déroute est totale. Scopas ne parvient à se retirer qu’avec 10’000 hommes. On ignore les pertes du côté séleucide.

    http://www.europabarbarorum.com/i/units/arche-seleukeia/seleukid_hellenikoi_kataphraktoi.gif

    Une représentation des cataphractes qui jouèrent un rôle déterminant dans la bataille de Panion et qui allaient occuper une place centrale dans l’armée séleucide.

    Après cette victoire écrasante, Antiochos put marcher sur Sidon qu’il conquit en 199. La population hébraïque reçut le basileus comme un héros; elle lui ouvrit les portes de Jérusalem. Le général Scopas dut alors se précipiter en Egypte pour assurer la défense du delta. Mais Antiochos ne voulut pas pousser plus avant. Il plaça un transfuge lagide à la tête de la Phénicie et accorda quelques privilèges aux juifs. La conquête de la Coelé Syrie était achevée. Plus jamais les Ptolémée ne règneraient dessus.

    A ce moment-là, on peut se demander pourquoi Antiochos n’en profita pas pour marcher au cœur du royaume ennemi. Une des hypothèses serait la nouvelle présence romaine en Grèce. Vu que rome était entrée en guerre contre Philippe 5, le Séleucide avait les coudées franches en Asie mineure, que convoitait aussi l’Antigonide. Ce dernier devant défendre son pays, il ne pouvait pas empêcher son allié d’attaquer les intérêts de Pergame en Anatolie.

    Antiochos dépêcha d’abord un officier dans les terres qu’Attale avait conquises sur Achaïos quelques années auparavant. Epouvanté, le nouveau roi attalide, Eumène 2, envoya une délégation à rome, bien qu’à contre cœur. Tite live nous dit que les Séleucides se retirent sous la pression. Mais force est de constater que cela ne fonctionna que pour quelques bandes côtières. «L’arrière pays» restait aux mains séleucides.

    Pour résumer une situation compliquée, je dirais qu’en 197 Antiochos prit les commandes de son armée et la fit avancer vers l’ouest, jusqu’aux détroits qu’il atteignit en 196. En parallèle, sa flotte conquérait les cités littorales ptolémaïques. Devant l’une d’elles, Koakesion, Antiochos reçut une ambassade rhodienne. Cette dernière lui fit savoir que Rhodes n’accepterait pas qu’il pousse plus avant. Mais entre temps, la nouvelle de Cynocéphales leur parvint (197). Les Rhodiens furent convaincus que cette bataille allait avoir un effet intimidant sur Antiochos. Il n’en fut rien. Le basileus continua sa marche triomphale le long de la côte, qui s’acheva par la prise d’Abydos en 196. Cependant, deux cités lui résistèrent, Smyrne et Lampsaque. Elles firent appel au sénat romain sous prétexte de garantir la liberté des cités grecques. Elles venaient d’en devenir les fossoyeurs.

    Les ambassadeurs romains tentèrent d’intimider Antiochos qui ne se laissa pas faire. Les latins ne désiraient rien moins qu’arbitrer les différents entre «états» hellénistiques. Le Séleucide répondit que Rhodes ferait bien mieux l’affaire et que la liberté des Grecs serait mieux vue si elle venait d’un souverain hellénique que de barbares. Les choses en restèrent là. Personne ne voulait la guerre. On ne la fit pas et chacun rentra chez soi.

    Sur ces entrefaits (195), Antiochos décida de conclure la paix avec l’Egypte. Il lui arrachait les terres qu’elle détenait en Carie et en Lycie en plus de la Coelé Syrie. En outre, le Séleucide maria sa fille Cléopâtre à Ptolémée 5. Les liens dynastiques se resserraient encore. A la fin de la même année, Antiochos eut une surprise. Hannibal se réfugia à sa cour où il rejoignit le roi à Ephèse. Bien que le Punique joua un rôle limité, il suscita la méfiance des sénateurs romains.

    Toujours en 195, Antiochos prit pied en Thrace, qu’il estimait sienne depuis que Seleukos 1er avait vaincu Lysimaque. A partir de ce moment, les ambassades romaines se firent plus pressantes. Pour détendre la situation, le basileus proposa une alliance à rome. Cette dernière y mit deux conditions. Soit qu’Antiochos parte d’Europe et rome ne s’occuperait plus de l’Asie, soit qu’Antiochos reste en Thrace mais rome se mêlerait des affaires asiatiques. Antiochos demanda du temps pour réfléchir. La situation romaine en Grèce devenait de plus en plus tendue. Avec de la chance, les latins ne pourraient plus rien exiger dans quelques temps.

    Mais un autre élément vient se greffer ici. Pergame ne voulait pas que rome (son allié) partît d’Asie sans faire la guerre au Séleucide. Elle la poussait donc à l’intransigeance. De l’autre côté, les Etoliens voulaient se venger de rome qui les avait lésés. Ils cherchaient à mettre sur pied une coalition anti-romaine. Et qui était mieux placé qu’Antiochos pour s’opposer aux romains ? Les Etoliens promirent à Philippe une revanche cinglante tandis que Pergame affirmait qu’Antiochos cherchait à marcher sur la Grèce avec une armée. Ainsi, à la fin de l’année 192, les Etoliens rompirent avec le sénat romain et lui déclarèrent la guerre. Dès lors, rome et Antiochos furent entraînés malgré eux dans une guerre qu’ils ne souhaitaient pas.

    A contrecœur, Antiochos mena donc une petite flotte à Démétrias (en Thessalie) en 192. Les Etoliens promettaient aux Hellènes que l’Asie et ses éléphants allaient se vider pour venir les aider. En fait, il n’y avait que 6 éléphants et 10’000 hommes… De plus, à part les Etoliens, peu de monde voulait oser soutenir le Séleucide. L’année se passa donc en quelques sièges et en opérations mineures. La campagne démarrait mal pour Antiochos. D’autant plus qu’en 191, 20’000 romains avaient débarqué, soutenus par les forces du roi de Macédoine. Les Etoliens prirent peur; ils se réfugièrent chez eux. Antiochos n’était pas de taille à affronter ses adversaires en rase campagne, aussi décida-t-il de barrer les Thermopyles.

    Il positionna sa phalange pour bloquer le défilé, les tirailleurs et les peltastes en avant de cette phalange et des engins de siège positionnés sur des murs pour compléter le tout. Pendant ce temps, les Etoliens occupèrent deux défilés pour garder les arrières séleucides.

    Peltaste macédonien. Aussi appelé hypaspiste. Troupe d’élite hellénistique à ne pas confondre avec le peltaste thrace léger

     

    Lorsque que les Romains avancent contre les troupes royales, les tirailleurs soutenus par les peltastes se mettent à les harceler. Rapidement cependant, ceux-ci doivent se replier devant l’avance des légions. Ils se réfugient alors au sein de la phalange. La phalange des Macédoniens s’ouvrit et les [les tirailleurs et peltastes] laissa passer avant de se réunir et de les protéger. Les phalangites en formation pointèrent alors leur sarisse en avant de manière resserrée, ce que les Macédoniens font depuis Philippe et Alexandre pour effrayer leurs ennemis qui n’osent pas traverser ces nombreuses grosses lances. Appien, Livre syriaque, 19. Malheureusement pour Antiochos, les Etoliens ne se battirent pas aussi vaillamment que contre Philippe quelques années plus tôt. Ils abandonnèrent rapidement leurs positions quand les Romains attaquèrent les défilés. Les troupes royales, prises à revers (terrorisées par la réputation des Romains et affaiblis par la mollesse de leur campagne hivernale nous dit Appien) s’enfuirent aussitôt et elles se firent massacrer. Les Latins perdirent 200 hommes contre 10’000 pour Antiochos qui parvint à s’enfuir avec 500 cavaliers.

     

    La deuxième manche allait se jouer en Asie. A moins que la flotte séleucide n’empêchât les romains de traverser. Malheureusement, les romains obtinrent le concours de Rhodes et de Pergame. Malgré une défaite, la coalition vainquit la flotte d’Antiochos. Ce dernier se décida à la paix, mais les romains étaient intransigeants. Ils exigèrent une réduction notable de l’empire et le versement d’une immense indemnité de guerre. Antiochos jugea avec raison que la situation ne pouvait être pire même en étant totalement vaincu. Il décida donc de combattre et choisit lui-même le terrain: Magnésie du Sipyle (189).

    Du côté séleucide, Antiochos aligne 60’000 hommes. 16’000 phalangites placés sur 32 rangs de profondeur. 6’000 cavaliers dont des cataphractes et l’âgema. 64 éléphants. Des chars à faux, des mercenaires venus de plusieurs endroits: archers/chameliers arabes, tireurs montés dahens, infanterie galate… Chez les alliés, les romains placent une légion romaine (10’000 hommes) sur leur gauche, une légion d’alliés (10’000 hommes) au centre. Derrière ce centre on trouve 3’000 peltastes achéens. Au centre se trouvent 3’000 fantassins légers achéens et pergaméniens. Sur la droite, les cavaliers romains et pergaméniens mélangés à des unités de tir de différents horizons. Enfin, 2’000 Macédoniens et Thraces gardent les bagages.

    Comme à son habitude, Antiochos commence le combat par une charge de cavalerie sur sa droite. Les cataphractes aidés par les Dahens se lancent à l’assaut de la gauche ennemie. Les légionnaires et la cavalerie sont écrasés. On peut lancer l’assaut sur la gauche. Les chars à faux s’élancent donc à leur tour. Mais ils sont accueillis par des volées de javelots des tirailleurs crétois et pergaméniens. Pris de panique, ils refluent sur leur propre cavalerie et infanterie qui commencent à se désagréger.
    Eumène en profite pour faire avancer sa cavalerie aidée par les cavaliers romains. Cet assaut surprend l’aile gauche séleucide qui fuit en bloc. Comme à Raphia, les ailes droites sont victorieuses. Comme à Raphia, le centre va jouer un rôle important. Cependant, cette fois il n’y a pas de phalanges en face des sarissophores séleucides, mais des tirailleurs et des légions. Sagement, les phalangites se positionnent de manière défensive. Ils forment un carré impénétrable. Les tirailleurs sont contraints de harceler les carrés sans grands résultats, tandis que les légionnaires ne font rien. Eumène a alors l’idée de harceler les éléphants qu’on avait positionnés au milieu des phalanges. Au bout d’un moment, criblés de traits, ils paniquent et chargent leurs propres troupes ! L’infanterie séleucide est contrainte de fuir. La bataille est perdue. Et Antiochos dans tout ça ? Il commet la même erreur qu’à Raphia. Il s’empare du camp ennemi sans se rabattre. Pire, il doit rebrousser chemin suite à la contre-attaque des Macédoniens/Thraces. Quand il revient au centre, il ne peut que constater la défaite.

    Les pertes sont très difficiles à estimer. Tite-live nous sort 400 morts romains/pergaméniens pour 50’000 morts séleucides… Chiffres bien évidemment aberrants. En tout cas, Antiochos commit une deuxième erreur. Il accepta immédiatement de traiter. En se retirant vers la Syrie, les romains ne l’auraient certainement pas suivi. Ainsi fut conclue la paix d’Apamée en 188. Antiochos perdit toutes ses terres à l’ouest du Tauros. Il ne pouvait plus dépasser une certaine ligne à l’ouest avec une armée et ne pouvait plus combattre offensivement dans ce secteur. Il ne pouvait non plus y recruter de mercenaires. En plus, il paya les troupes romaines et détaxa les marchandises rhodiennes. A noter que seuls les romains spolièrent les Séleucides de ses terres et de son argent. Pergame et Rhodes n’apparaissent pas dans ce traité.

    Antiochos sortit dépité de ce traité. Il voyait s’effondrer plusieurs années de dur labeur dédiées à la restauration de la puissance séleucide. Une des conséquences les plus graves de la défaite de Magnésie fut le coût financier. Il greva les caisses de l’empire qui dut recourir à des expédients peu catholiques pour remédier à la situation. Antiochos en fit les frais lui-même. De passage en Elymaïde, il voulut s’emparer des richesses d’un temple. Mais la population résista et le tua nuitamment. Un jugement divin pour son comportement impie selon Diodore de Sicile. Ainsi finissait Antiochos Megas, basileus tôn basileôn. Nous sommes en 187.

    http://www.summagallicana.it/lessico/a/Apamea%20pace.jpg

    Bravo à ceux qui ont eu le courage de lire ce mastodonte jusqu’au bout (d’une traite)

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