Post has published by Solduros_390
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Démétrios 1er Soter (163-150)

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Lorsqu’Antiochos Epiphanès mourut, deux prétendants pouvaient légitimement monter sur le trône. D’une part Antiochos 5 en tant que fils du roi précédent, d’autre part Démétrios, neveu d’Epiphanès, qui aurait dû accéder à la dignité royale avant de s’en faire éjecter par son oncle.

La situation demeurait néanmoins difficile pour les deux. Le petit Antiochos n’avait que cinq ans et la réalité du pouvoir était exercée par Lysias, un «satrape» qui avait éliminé Philippe, le tuteur désigné par Antiochos IV pour veiller sur son fils.
Quant à Démétrios, il était toujours otage à rome et son sort dépendait en grande partie des sénateurs. Bien qu’il demanda au sénat de rentrer chez lui, celui-ci refusa catégoriquement; il valait mieux pour rome avoir un enfant de cinq ans en face qu’un homme de 25 ans qui avait le sens de la royauté.

Sur ces entrefaits, les romains dépêchèrent une mission en orient pour se tenir au courant de la situation générale. Celle-ci passa par la Cappadoce, la Syrie et l’Egypte. Quand elle vit la puissance militaire restaurée des Séleucides, la mission ordonna immédiatement la destruction de la flotte et la mise à mort des éléphants; ce qui fut fait. Non sans avoir coûté la vie à un diplomate latin.
Aussitôt, Démétrios sauta sur l’occasion pour revendiquer une nouvelle fois son droit à la succession séleucide. Et encore une fois, les sénateurs le déboutèrent. Mais à ce moment-là, le prince décida de s’enfuir et y réussit (avec la complicité de quelques sénateurs et de Polybe probablement). Il partit pour la Phénicie et débarqua en 162 avant JC à Tripolis d’où il marcha sur Antioche. Une fois arrivé, il laissa mettre à mort Lysias et son cousin Antiochos V. Il put alors monter sur le trône.

Cependant, cela impliqua une première révolte. Deux hauts fonctionnaires, deux frères, étaient partisans d’Antiochos V. Ils décidèrent donc de se soulever contre le nouveau basileus, d’autant plus que ce dernier licencia un des deux. Mais l’autre, Timarque, gouvernait les satrapies supérieures et se déclara roi lui-même. Il réussit à attirer le roi d’Arménie dans son sillage mais il ne profita pas longtemps de son usurpation. Il livra bataille à Démétrios et mourut sur le champ de bataille. Désormais, les romains furent obligés de reconnaître le nouveau maître de l’empire séleucide, même si ça leur déplaisait fortement (-160). De plus, Démétrios acquit grâce à sa victoire le surnom de Soter de la part des Babyoniens.

En parallèle, les affaires de Judée préoccupaient toujours le monarque séleucide. A cette période, le grand pontificat était aux mains d’un certain Alkimos, un homme proche des milieux hellénistiques. Ce dernier tentait d’appliquer le traité conclu entre Antiochos IV (qui avait abandonné l’idée de supprimer la torah) et ses sujets juifs. Si beaucoup d’Hébreux voyaient ce texte d’un bon œil (respect de la loi mosaïque et du culte juif), même certains «radicaux», il n’en allait pas de même pour Judas Macchabée.

Dès que l’armée séleucide repartit pour Antioche, il en profita pour déstabiliser Alkimos, qui dut appeler son souverain à la rescousse. Ce dernier dépêcha donc un certain Bacchidès pour confirmer le traité conclu par son oncle (Epiphanès) et le grand pontificat à Alkimos. Mais ce dernier commit la maladresse de repousser les hasidim («radicaux» juifs) et d’en tuer quelques-uns pour l’exemple. A cause de cela, tous les Juifs se ressoudèrent pour combattre la monarchie hellénistique.

Nikanor, stratège de Démétrios, pressa alors son roi de négocier avec Judas directement. Mais Alkimos (de retour dans la capitale) le convainquit du contraire et au dernier moment il fit échouer les pourparlers; la guerre devenait inévitable.

Nikanor fut chargé de mâter les révoltés. Cependant, l’armée principale se trouvait toujours en Babylonie après avoir écrasé Timarque. Il conduisit donc une force assez réduite et périt dans un combat contre les Hébreux (printemps 160).
Démétrios ne pouvait supporter cela. Il convoqua alors Bacchidès pour reprendre la tâche échue à Nikanor, mais cette fois avec une armée de 22’000 hommes (2’000 cavaliers et 20’000 fantassins). Le stratège mena ses hommes à travers la Syrie et passa l’Anti-Liban (à l’ouest de Damas) pour se retrouver en Palestine. De là, il longea la vallée du Jourdain et s’établit à Elasa à quelques kilomètres au nord de Jérusalem. Le terrain favorisait les manœuvres et l’emploi des phalanges. De plus, Judas mena également son armée à cet endroit; tout était prêt pour la grande bataille.

Bacchidès déploya son armée de manière conventionnelle. Face à ses 22’000 soldats, Judas en alignait au moins 20’000, même si leur composition reste floue.
La bataille débuta par un échange de tir entre les tirailleurs ennemis qui refluèrent rapidement lorsque l’infanterie lourde s’ébranla. Il semble que Bacchidès, situé sur la droite avec l’âgema de la cavalerie (hétairoi, cataphractes… ?) ne bougea pas à ce moment. Toujours est-il que le choc eut lieu au centre ou les fantassins lourds juifs (on parle d’hoplites) tinrent tête aux phalanges pendant assez longtemps. Judas aperçut alors le stratège séleucide et fonça sur lui pour le tuer. Bacchidès reflua sans attendre et le général juif le poursuivit. Cependant, ce dernier n’avait pas vu les cavaliers de la gauche séleucide qui avaient fondu sur lui entre temps. Il dut les combattre tandis que Bacchidès revenait à la charge contre le Macchabée. Le général hébreu trouva la mort dans cet engagement et le reste de ses troupes s’enfuit sans demander leur reste, d’autant plus que les fantassins lourds séleucides avaient pris l’avantage.
On ne connait pas les chiffres des pertes dans les deux camps, mais vu que les Séleucides l’emportèrent, qu’ils poursuivirent les survivants pendant plusieurs jours et que la révolte subit un gros coup d’arrêt, on peut s’attendre à un nombre considérable de morts chez les Hébreux.

Après cette victoire éclatante, Bacchidès marcha sur Jérusalem et plaça des garnisons dans différents endroits de Judée ainsi que des otages dans la citadelle de Jérusalem. La paix fut ainsi garantie pendant 2 ans. Cependant, elle fut rompue après cela car les hellénistes tentèrent de se débarrasser de Jonathan (frère de Judas), ce qui échoua. Après quelques années (-152), Bacchidès conclut un accord avec lui qui impliquait que le stratège séleucide rentrerait en Syrie. Curieux retournement de situation que l’on peine à expliquer.

Du côté de l’occident, Démétrios tenta de renouveler la bonne entente que ses prédécesseurs entretenaient avec la Cappadoce. Sa tante en avait épousé un roi et désormais, le nouveau (Ariarathe V) venait de monter sur le trône (-163). Démétrios décida de donner sa sœur en mariage à cet homme. Cependant, cette sœur en question (Laodicée) était la veuve de Persée, basileus de Macédoine. Inutile de dire que rome voyait en elle une insulte à son pouvoir. Cela effraya le roi cappadocien qui préféra refuser l’offre séleucide, recevant ainsi les applaudissements du sénat romain. Le monarque séleucide n’allait pas lui pardonner cela.

Le frère d’Ariarathe, Oropherne, revendiquait le trône pour son compte. Il trouva sans problème l’appui du Séleucide. Contre rémunération, ce dernier le plaça à la tête de la Cappadoce en 158 avant JC, tandis que le roi déchu se réfugiait à Pergame. A ce moment-là, les deux prétendants envoyèrent des ambassadeurs à rome pour défendre leur position. Mais celle-ci ne pouvait choisir entre les deux car ils se montreraient de toute façon loyaux à l’Italie et ils dépendaient chacun d’un souverain ami du peuple romain.
Une armée pergaménienne marcha alors sur la Cappadoce pour rétablir Ariarathe, ce qui fut facilité par la haine des Cappadociens pour Oropherne qui dilapidait les richesses et commettait des sacrilèges. Ce dernier dut donc gagner Antioche pour ne pas finir sa vie prématurément.

 

La dernière affaire du règne de Démétrios concerne l’Egypte. Cette dernière n’avait pas perdu de vue la Coelé Syrie, mais pour le moment, elle ne pouvait rien faire vu qu’aucun parti (séleucide ou hasmonéen) ne lui était favorable. De plus, Démétrios essaya d’acheter Chypre à un gouverneur lagide, en vain. Inutile de dire que cela ne réchauffa pas les relations entre les deux souverains hellénistiques.
A côté de ça, la popularité de Démétrios descendait régulièrement. Ses penchants pour l’alcool et sa misanthropie valurent une gloire posthume à Antiochos IV. Ainsi, lorsqu’Oropherne voulut soulever la capitale en tant que petit-fils d’Antiochos III il y réussit. Le basileus réprima la contestation dans le sang; ce qui accrut encore la haine des habitants d’Antioche contre lui. Oropherne mourut quelques temps plus tard en captivité.

Dès lors, tous les états alentour décidèrent de la fin de Démétrios. Attale II créa un prétendant, du nom de Balas qui se disait fils d’Antiochos IV, auquel on adjoignit le prénom Alexandre pour la cause. Il l’installa en Cilicie et dépêcha une mission diplomatique à rome. Sans surprise, cette dernière soutint Balas. La Cappadoce, Pergame et l’Egypte emboitèrent le pas.
Dès lors la position du Séleucide devint plus que précaire. Il voulut s’assurer le soutien des Juifs qui jouèrent double jeu pour l’occasion. Ils demandèrent au deux prétendants des concessions. Démétrios évacua ses troupes sauf de Jérusalem et d’une ville palestinienne, il libéra les otages, confirma les privilèges et agrandit le territoire de la Judée. Jonathan accepta tout mais donna sa voix à Balas… qui l’avait nommé grand prêtre.
Démétrios se résolut à livrer bataille. Après avoir mis ses deux fils en sécurité, il combattit les usurpateurs et mourut sur le champ de bataille.

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